Pas le temps de niaiser : il n’y a qu’une demi-heure de battement entre l’ouverture des portes et le premier set. Une bière et au boulot ! On n’est pas là pour enfiler des perles.
BIRDSTONE
Derrière le micro comme derrière la batterie, en mode jazette, on retrouve les transfuges de Necromancers. L’ouverture du jour est résolument rock, avec un storytelling qui assure. Aucune mauvaise langue ne trouvera à reprocher quoi que ce soit à ce set, où les trois zicos s’investissent jusqu’à se peindre la face en or. L’effort est payant : Birdstone ouvre le bal et le public valide.
BRIGHT CURSE
C’est une étrange continuité qui se joue avec Bright Curse. Car si le groupe monte d’un cran en volume et en intention, il reste dans l’air quelque chose de cousin avec la formation précédente. Plus doom que rock cependant, il faut jeter un œil et tendre une oreille attentive du côté du poulpe batteur qui, dans sa livrée tie and dye, porte une formation au gros qui laisse régulièrement percer des envolées guitaristiques rétro-rock particulièrement alléchantes.
ACID MAMMOTH
La soirée commence réellement avec les Grecs d’Acid Mammoth, qui trente minute plus tôt, en toute décontraction se demandait à quelle heure ils allaient passer. Il est pourtant attendu, ce trio doom tellurique ! Les descendants d’Electric Wizard laminent le public avec une sélection de titres qui grondent et font vibrer le sol de la salle avec au premier chef, « Supersonic Megafauna Collision ». Le niveau de la jauge ne ment pas : c’est un pur moment de plaisir pour tous que de savourer cette vague sonore sur fond de lumières majoritairement vertes. Le nouveau batteur du groupe ne failli pas à la tâche et le groupe où figurent aux six-cordes père et fils, en profite pour claquer deux inédits, encadrant « Tree of Woe », puis « Them! » et concluant sur « Jack the Riffer ». C’est parti le second jour a officiellement débuté!
EL ALTAR DEL HOLOCAUSTO
Les Gros Costauds avaient déjà ravi le public lors leur précédente venue au Westill. Il est vrai qu’à l’époque, les Espagnols avaient convaincu l’assemblée tant par leur musique que par leur livrée de pénitents. En pleine tournée de promotion de leur nouvel album, ils sont de retour, toujours vêtus de leurs robes blanches et de leurs cagoules qui font leur marque de fabrique. Cette année encore on passera rapidement sur leur post rock/metal instru, tant le tout est éloignée de nos habitudes musicales, pour ne pas dire du gout de vos serviteurs. Cependant il sera difficile au sortir de ce concert de trouver un seul détracteur de leur prestation qui en a ému plus d’un et fera résonner le nom du groupe jusqu’à la fin du festival.
THE OBSESSED
La bande à Wino ne déroge pas à sa propre règle : ça joue carré et au calme. Wino prend bien la parole quelques fois, face à un public qui ne comprend pas trop ce qui se dit ni ce qui se joue. Car si la formation est intrinsèquement une pièce majeure de la scène stoner, il semblerait que beaucoup de ceux présents ce soir ne trouvent pas tout à fait leur compte dans ce set, qui déroule une bonne moitié de titres issus de The Church Within, sans doute dans le cadre de la tournée célébrant les 30 ans de l’album.
Pour le supplément, les Ricains enchaînent « Live Fast, Love Hard, Die Free » et « Sacred », avant de conclure, pour le plaisir, sur « Stoned Back to the Bomb Age ». Tant pis pour les plus dissipés : c’est une leçon de rock et de savoir-faire.
MY SLEEPING KARAMA
Avec une entrée désormais classique sur Aphrodite’s Child et son éternel câlin, My Sleeping Karma pousse les murs. Impossible d’approcher la scène. Rien à faire : une fois le set lancé, c’est une mise sur orbite totale avec son inépuisable « Prithvi ». Qu’on soit au milieu ou au fond de la salle, l’abandon est complet. Le public s’immerge puis acclame « Ephedra » frappant la mesure.
Il faut dire que le set est enveloppant. Derrière le groupe, toujours d’aussi belle qualité, les clips vidéos sont mis à contribution en particulier pour « Prema ». Les projections se voient complétées par des tubes néon qui se dressent au milieu et autour des musiciens, répondant à d’autres néons suspendus au plafond de toute la salle.
Quelle merveille que ce groupe, qui balaie tous ses « concurrents » par une absence visible d’égo. Le câlin musical se poursuit longtemps après la dernière note de « Hymn 72 ». Il n’est pas rare de croiser des festivaliers enlacés ou les larmes aux yeux. Un set qui fait du bien, peut-être plus encore qu’à l’accoutumée. My Sleeping Karma ne se raconte plus, il se vit, il se sublime.
CANDELMASS
On se demande bien comment poursuivre le festival après l’envolée cosmique et émotionnelle que l’on vient de vivre. Simple, la réponse vient de Candlemass, en mode « Hold on, keep my beer! ». Les vieux doomsters sont toujours sur la route à fêter leurs 40 piges bien tapées.
Le public, pour moitié composé de metalleux pur sucre et pour l’autre de stonerheads reconnaissants, vient se serrer devant la scène pour la leçon. Si on était fainéants, on redirait du groupe ce qu’on avait déjà écrit en 2023 au Hellfest : des riffs de dingues, des solos aux petits oignons, la voix de Johan Längqvist magistrale et tenue de bout en bout, avec toujours ses allers-retours hors scène lorsque les autres s’adonnent à leurs instruments.
Ça sent le cuir, la sueur et le soufre grâce à des titres comme « Demon’s Gate », « Crystal Ball » et surtout « Bewitched », que le public chante à pleine voix quand on lui tend le micro. D’ailleurs, au milieu de la fosse, les Acid Mammoth gueulent tout ce qu’ils peuvent les paroles du début à la fin du set, pendant que Chris Angleberger, de The Obsessed, joue de l’air guitar dans un coin jusqu’a ce que Längqvist le pointe du doigts en gueulant « We Love You! ». Ça va être chaud dans les loges!
De notre côté, on craint de voir filer « Solitude », mais non : les patrons savent fêter Halloween comme il se doit et nous donnent le coup de grâce après une trop courte heure trente de set, qui finit de nous essorer pour cette seconde journée.
MESSA
Alors que l’édition précédente s’achevait dans la folie d’un Orange Goblin en mode chant du cygne, c’est cette année le spleen doom de Messa qui vient clore la fête.
Les premiers rangs sont encore totalement investis dans la performance. À l’arrière de la classe, on sent cependant poindre la fatigue et l’ivresse, qui auraient peut-être préféré un peu plus d’énergie pour finir dans la sueur et le pogo.
Messa sublime pourtant cette fin de soirée avec beaucoup d’émotion et de subtilité. Portés par la virtuosité de leur guitariste, les Italiens savent aussi sortir les griffes à coups de riffs acérés et d’accélérations de batterie, mais retombent toujours sur leurs pattes rock & gloom.
Une heure de set permet au public de savourer les incontournables « At Races » et « Fire on the Roof », qui s’enchaînent avec « The Dress ». Le groupe a majoritairement tablé sur The Spin ce soir, ajoutant à la setlist « Immolation », « Reveal » et « Thicker Blood ».
La performance est réussie, malgré un état fiévreux avancé pour Sara, qui se sera battue comme une diablesse avec sa voix.
C’est encore une belle édition que le Westill nous a offerte cette année. Déjà, la presse annonce pour ce festival un avenir plein d’ambition, caressant même l’idée d’une version open air, si l’on en croit les manchettes de la presse généraliste locale.
Qui vivra verra. Et ça tombe bien : on ne comptait pas avaler notre acte de naissance sous deux ans, malgré la fatigue accumulée durant ces deux derniers jours..
Textes & Photos: Sidney Résurrection & Kara























