Wormsand – Shapeless Mass

Label : Saka Čost / Poutrasseau Records (2021)
Chroniqué par Laurent

Voici enfin le premier LP de Wormsand, trio du sud-est, frénétiques activistes de la scène depuis longtemps (label, organisation de concerts…). Après trois ans d’existence (depuis la (re)naissance sur les cendres encore chaudes de Clystone, pour 2/3 du trio) et un petit EP pour se chauffer, il était temps de transformer l’essai par un véritable album, ce qui nous amène ce Shapeless Mass.

On rentre dans ce disque avec en mémoire les prestations live du groupe (oui, c’était il y a longtemps), féroces et nerveuses, où des plans de stoner psyche limite space rock venaient très vite être bousculés par des assauts de gros sludge, ou des bourrasques de gros doom. On présume donc qu’on ne rentrera pas dans cette galette comme dans un disque de rock bas du front. Euphémisme en réalité : les premières écoutes sont froides et âpres. La musique du trio est exigeante, on le savait, mais on se fait quand même cueillir comme des bleus : dès que la machine à riffs commence à tourner à plein régime, elle se prend les pieds dans des breaks venus de nulle part… Et sitôt le headbang prêt à déclencher, les gars viennent nous coller dessus des rythmiques saugrenues, genre mesures asymétriques… Pas évident en première approche. Or la frontière est étroite entre la musique prétentieuse, souvent à grands renforts de compos complexes et techniques, et la musique audacieuse, où le travail d’écriture vient servir un propos et une musicalité originales. Avec Wormsand, on est plutôt dans la seconde catégorie, vous l’aurez compris.

Quelques compos plus « immédiates » captent assez rapidement l’attention (« Unlit Sun », « Deprivers » qui rappellera même ici ou là quelques plans de Mars Red Sky – c’est un compliment) avant de nous amener dans le piège des autres titres, plus complexes (« Collapsing », « Shapeless Mass »…), l’ensemble donnant à l’album cette densité qui fait qu’on s’en lasse difficilement. Avec 45 minutes au compteur, Wormsand évite le piège des disques du genre qui s’étendent et dissolvent le propos. Le groupe n’a pas de dogme de compo et peut proposer une bonne claque en 2min20 (« Escaping », qu’on aurait presque apprécié de voir continuer un peu !) et un peu plus loin un bon gros titre de presque 10 min (le colossal « Shapeless Mass »). On n’est pas sur des jams improvisées la veille, tout ça a été bien travaillé.

La richesse de sons en œuvre sur la galette est notable : les vocaux complémentaires de Julien (sombre et guttural) et de Clément (plus clair) viennent enrichir les chansons, les effets de guitare et de basse sont utilisés à bon escient pour apporter qui de la densité, qui de la légèreté… Quoi qu’il en soit, cette richesse ne vient jamais nuire à l’homogénéité du disque et à son identité, tangible de bout en bout.

Même si le disque n’est pas parfait, ses choix (d’écriture, de son) sont revendiqués par le trio comme marque profonde de leur identité musicale. On ressort en effet de ce disque avec l’impression d’avoir affaire à un groupe à l’identité forte et unique, dont les références et influences sont suffisamment digérées pour ne jamais venir perturber le propos. L’album est dense et complexe, à déconseiller aux amateurs indécrottables de stoner classique ; mais c’est avant tout un disque audacieux, de la part d’un groupe qui ne manque ni d’idées ni d’ambitions.

 




Note de Desert-Rock :
   (8/10)

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On a appris hier le décès de Shiran Kaïdine : guitariste dans bon nombre de formations françaises qui gravitaient dans des sphères proches du stoner/doom (dont Year of No Light), il luttait contre la maladie depuis plusieurs années. Shiran n'était pas que talentueux, sa gentillesse, son humilité et son enthousiasme (nous) manqueront.[ENGLISH BELOW]C'est avec une profonde tristesse que nous vous annonçons la disparition de Shiran Kaïdine, après une bataille de 2 ans contre le cancer.Il est parti hier, serein, apaisé, entouré de sa famille et de ses amis.Il est difficile pour nous de trouver les mots justes pour exprimer notre tristesse et le vide qu'il va laisser.Nous sommes nombreux à le porter dans notre cœur, et nous vous invitons à nous rejoindre pour lui rendre un dernier hommage.Vous pourrez lui dire au revoir :– au funérarium (PFG, 98 Avenue de l'Adour, 64600 Anglet) du mardi 21 à 9h au vendredi 24 à 10h – au crématorium de Biarritz (Boulevard Marcel Dassault, 64200 Biarritz) le vendredi 24 à 11h, pour une cérémonie de 1hIt is with deep sadness that we announce the passing of Shiran Kaïdine, after a two-year battle with cancer. He passed away yesterday, peacefully, surrounded by his family and friends.It is difficult for us to find the right words to express our grief and the void he will leave behind. Many of us carry him in our hearts, and we invite you to join us in paying him a final tribute.You may bid farewell:– at the funeral home (PFG, 98 Avenue de l'Adour, 64600 Anglet) from Tuesday the 21st at 9a.m. to Friday the 24th at 10a.m.– at the Biarritz crematorium (Boulevard Marcel Dassault, 64200 Biarritz) on Friday the 24th at 11a.m., for a one-hour ceremony

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