DESERTFEST Berlin 2024 – Jour 1 (Amenra, Monkey3, Acid King…) – 24/05/2024

Le temps semble facétieux en ce premier jour de fest, il le sera durant 2 jours, et c’est à la ramasse que nous nous radinons du côté de Tempelhof. Les festivités berlinoises prennent à nouveau leurs quartiers de printemps dans le complexe « Columbia », entre la halle et le théâtre, sis à une extrémité du quartier de Kreuzberg, épicentre de la culture de la capitale allemande.


PRAISE THE PLAGUE

Sans gloire, nous loupons un bon bout du groupe pas actif dans notre style de prédilection. Les transports auront eu raison de notre soif – toute relative – de métal extrême. Le choc entre le soleil ainsi que la chaleur de cet après-midi radieux et le black metal déployé dans la fureur sur la petite scène est prenant. Nous tapons du pied et hochons du chef alors que les tempi assassins donnent leurs derniers coups de boutoir dans la pénombre.

 


NEANDER

Les Hambourgeois  de neànder passent ensuite dans le Columbia Theater le temps d’un rapide changement de setup. Qualifiés de collectif lourd instrumental, les Allemands ne sont pas venus les mains vides à la capitale puisqu’ils ont profité d’annoncer la suite de leurs tribulations discographiques avec III qui pointera le bout de son nez cet automne. En attendant, le présent c’était du post-tout délicieux qui a été envoyé avec notamment « Khàpra » et « Aäs » issus du petit dernier qui a déjà 5 ans (oh mon Dieu). Bonnes sensations pour les amateurs de Cult Of Luna et autres friandises du genre.

 


MONKEY3

C’est scandalisés que nous rejoignons la grande salle pour le premier concert du festival à s’y dérouler. Les Suisses jouent avant même l’heure de l’apéro ; ce placement nous laisse dubitatifs vu l’engouement général pour le quatuor de Lausanne actuellement en tournée. La masterpiece récemment livrée et la fréquentation des shows en cours, auxquels on ajoute l’affect du public de ce fest, auraient pu justifier de voir le groupe se produire plus haut sur l’affiche. Nous boudons un poil, mais constatons que le public est au rencard pour ce groupe à l’affiche de ce festival depuis ses débuts ! Les vétérans proposeront un set de malade avec la virtuosité qu’on leur connaît. Deux extraits remarquables de Welcome To The Machine sont envoyés, « Collapse » ainsi que « Kali Yuga », que nous n’avions jamais savourés live. La dégustation est probante, les nouvelles ogives bottent le cul et le public a la banane sur son visage suant. Pour compléter le setlist, les mecs ajoutent leurs hits intersidéraux : « Birth Of Venus » et « Through The Desert » qui font un carton plein auprès du public harangué par les musiciens. Final en apothéose dans la fumée, tout le monde réclame une fessée instrumentale supplémentaire, hélas l’horaire sera tenu en ce premier jour. Monkey3 a placé la barre très haut en début d’évènement en délivrant un set impeccable durant lequel la communion entre les artistes et leur public a relevé de la magie. Merci les gars vous avez fait très fort à nouveau et balancé un des meilleurs sets de l’événement.

 


THRONEHAMMER

De retour dans le Theatre, les avis diffèrent sur le set de Thronehammer : le gros metal aux reflets death / doom / thrash s’inscrit dans une sorte de logique de la programmation de la petite salle dans la journée (on est sur un début d’après-midi plutôt costaud), mais le passage entre Monkey3 et ses hautes sphères, vers les tréfonds lugubres et l’agression du combo anglo-germanique nous semble un peu trop difficile… Pourtant l’exécution du set est impeccable, et le public répond présent, bon gage de qualité. Mais nous ne sommes qu’humains et nos cerveaux fragiles et nos corps déshydratés nous éloignent de la salle avant la fin du set, pourtant exempt de reproches.

 

En revanche, nous serons littérallement happés en sortant de la salle par les volutes psyche-kraut rock frénétiques et hypnotiques de Kombynat Robotron, qui évolue en plein air, sur la petite scène sise sur la cour centrale du complexe Columbia, entre food trucks, barbecue et tablées de spectateurs en phase de houblonnisation. Super set surprise !

 


ACID KING

L’ambiance sombre et chaleureuse de la Columbia Halle participe à l’immersion rapide, et de fait c’est exactement ce qu’il nous faut pour tomber sous l’enchantement du doom hanté de Acid King. Le chant de Lori, toujours aussi particulier, envoûte le public, qui ondule en symbiose durant tout le set. Le nouveau line up du groupe confirme son talent, qu’il s’agisse du jeu de basse efficace et assez technique de Bryce Shelton, ou de Jason Willer à la batterie, dont l’énergie apporte un vrai plus au groupe (Lori nous avait habitué à des batteurs plus « minimalistes », or Willer, même si le style musical ne s’y prête pas forcément, déborde d’énergie, se dresse derrière son tabouret, fait des mimiques…). Le groupe s’appuie sur une set list intelligente, qui repose beaucoup sur son excellent dernier opus (Beyond Vision), avec notamment un très efficace enchaînement « Mind’s Eye » / « 90 Seconds », mais n’oublie pas le reste de sa discographie, avec quelques extraits de plus vieux albums (dont le toujours aussi goutu « Electric Machine »). Au milieu du set, Lori accueille Gussie Larkin, la frontwoman de Earth Tongue (qui ouvre pour Acid King sur leur tournée européenne en cours) en tant que discrète choriste en fond de scène pour l’épauler sur 2 ou 3 discrets passages… Dispositif inédit pour le groupe, mais qui montre comment, à l’instar de son dernier album, le groupe s’ouvre à la nouveauté. Un très bon concert d’Acid King.


BLACK PYRAMID

Après avoir bien poncé leur nouvel album, The Paths of Time are Vast, fraîchement sorti, on attendait impatiemment de voir le groupe sur les planches – c’est même un euphémisme. On avait pu croiser leur route dans une configuration proche il y a quelques années (à Munich notamment), pour une jolie claque, mais nous étions un peu déstabilisé par cette nouvelle instance du combo, pourtant habitués que nous étions à la carrière (et au line up) quelque peu instable de la formation étasunienne. Niveau stabilité pourtant, il ne faut pas longtemps pour constater que ce que proposent les trois gaillards sur la petite scène, c’est du très solide. Beau signe de confiance en soi, le combo est si fier de sa dernière galette qu’il nous la sert en quasi-intégralité, du 1er titre (le complexe et audacieux « Bile, Blame and Blasphemy ») au 6ème (le solide « The Paths of Time are Vast – part II »)… dans l’ordre de l’album ! Couillu… Evidemment, ils font l’impasse sur les deux très gros titres de fin de l’album (il aurait fallu 25 minutes de set supplémentaires !) pour délivrer leur classique « Visions of Gehenna » (et son intro) en final, à un public de connaisseurs (la salle est pleine) qui n’attendait que ça pour exploser. Et pourtant, on n’est pas complètement dans le metal « bourrin », mais la richesse musicale des américains emporte tous les suffrages ce soir. Le chant d’Andy Beresky, avec des placements complexes et audacieux sur disque, est parfaitement maîtrisé en live, et le résultat est plus que convaincant. Gros set, lourd ET subtil. Superbe.


PIGS PIGS PIGS PIGS PIGS PIGS PIGS

L’anomalie et la mauvaise blague de la programmation du jour, c’est de retrouver PIGS (x7) aussi haut placé sur la main stage (au vu de ceux qui les y ont précédés, on peut aisément crier au crime de lèse majesté). Les anglais bénéficient d’un orage déclenché à l’extérieur pour profiter d’un flux supplémentaires de spectateurs cherchant abri temporairement. Zéro surprise sur scène, le groupe entame sur son classique « GNT » et déroule en roue libre, avec conviction et énergie. Son frontman Matt Baty fait toujours le mariole en courant dans tous les sens pieds nus en short et marcel ridicules, haranguant la foule, gesticulant et grimaçant sans véritable lien avec la musique. On applaudirait des deux mains si le groupe avait un peu plus de fond de jeu à proposer musicalement, mais on manque cruellement de riff marquant et d’originalité. La dichotomie entre l’offre musicale et le spectacle proposé nous laisse un peu froid et nous quittons les lieux avant la fin (nous ne serons pas les seuls dans ce cas).


EARTH TONGUE

Sur la petite scène, un jeune duo suscite bruissements et excitation discrète depuis le début de la journée : Earth Tongue assure la première partie d’Acid King sur leur tournée européenne, et se prévaut parmi d’autres faits d’armes d’une première partie sur la dernière tournée de QOTSA en Nouvelle Zélande (certes, uniquement une poignée de concerts, mais quand même…). De quoi susciter notre curiosité, d’autant que nous sommes passés à côté de leur album. C’est donc aux premiers rangs, aux côtés de Lori d’Acid King (qui, malgré le fait qu’elle a dû les voir un paquet de fois, est venue assister au set complet du groupe, c’est dire…) que nous nous laissons embarquer dans ce qui ressemble à une véritable aventure musicale. Protéiforme à plus d’un titre, le duo repose pour beaucoup sur Gussie Larkin, frontwoman impressionnante, qui sort de sa guitare des sons de toutes sortes pour servir des compos très variées. On passe allègrement de riffs dooms bien fat à des plans plus aériens voire des structures prog bien décalées. Derrière, Ezra Simons suit parfaitement, proposant lui aussi un jeu de batterie riche et efficace, tout en contribuant aux lignes de chant. Le public est conquis, et nous aussi : l’énergie déployée, l’originalité et la densité musicale sont là, mais on doit avouer qu’on ne sait pas trop ce qu’il s’est vraiment passé… A surveiller de près, très clairement.


AMENRA

L’affiliation des Belges avec la scène stoner n’apparaît pas comme une évidence, pourtant les chantres de la Church Of Ra n’en sont pas à leur coup d’essai en affichant leur patronyme tout en haut de l’affiche d’un festival d’obédience désertique. On connaît la chanson : mécanique savamment huilée avec une esthétique soignée, une maîtrise instrumentale parfaite et une mise en scène en totale adéquation avec le propos. Même si la set list ce soir ne propose guère de surprise, ça fonctionne savamment bien et les amateurs s’en tapent une bonne tranche durant un déluge sonore hypnotique qui a débuté de manière intimiste avec des percussions métalliques délivrées par le maître de cérémonie dos à son assemblée (une mise en scène d’intro elle aussi déjà vue de nombreuses fois sur le lancement de « Boden »). Les amateurs de sensations moins brutales et froides ont profité des toitures disponibles pour boire une binouze au sec après que la capitale allemande eut été bien rincée par un orage.

 


La météo farceuse du weekend dictera certains courts déplacements aux abris durant les premiers jours de ces Berlinades stoner. C’est la fin de la journée et tout le monde converge vers la sortie afin de soigner les organismes qui seront encore bien mis à contribution deux jours durant. Tips de la rédaction : les contrôles dans les transports publics sont monnaie courante désormais à Berlin (certains festivaliers en ont fait la cruelle expérience). Les temps ,changent comme dirait l’autre.

 

 

[A SUIVRE]

Chris & Laurent

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