Le concert de ce soir, rajouté un peu en dernière minute dans le plan de tournée de 1000Mods, est aussi l’occasion pour nous de découvrir cette nouvelle salle de Bordeaux. Après avoir passé bien trop de temps à gagner le lieu en voiture, et presque autant pour parvenir à se garer, nous entrons dans l’antre assez bluffante de cette salle de spectacle à la configuration remarquable : grande, large, haute, proposant un vaste espace gradin ouvert, une grande scène pro avec super son et beau dispositif lumières, un grand bar, une zone balcon / mezzanine, un stand de tatouage… N’en jetez plus, on est conquis !
GRIM RHYTHM
Pour l’heure, le trio australien invité par 1000Mods pour assurer la première partie de leur tournée nous laisse un peu circonspects. Musicalement, le groupe évolue en configuration 100% instrumentale, et produit une sorte de métal assez diversifié, d’où émergent parfois quelques saillies stoner et autres poutres fuzzées. Comme tout power trio qui se respecte, a fortiori pour un groupe australien, la base rythmique basse-batterie est redoutable d’efficacité, et le guitariste délivre en sus des dizaines de soli virtuose. L’ensemble reste un peu déroutant mais assez plaisant et fait bien le job attendu de la part d’une première partie. 1000Mods nous a souvent habitué à nous proposer des formations atypiques pour leurs première partie, et c’est à nouveau payant.
1000MODS
« War Pigs » dans la sono annonce désormais traditionnellement l’arrivée du trio / quatuor hellène (rappelons que la formation ne compte plus « officiellement » que trois membres officiels, et se voit épaulée d’un guitariste supplémentaire en live), qui prend la scène devant un public déjà bien chaud. La salle, pourtant d’une grande capacité, est très correctement remplie. Le très fat “Carve” délivré d’entrée de jeu annonce un peu la couleur : le set ce soir se veut lourd et solide.
Sur scène, pas de grosse surprise en réalité : la machine 1000Mods tourne un peu toujours pareil… et on n’a pas encore trouvé motif de s’en plaindre ! Les gars sont toujours à fond, concentrés sur leur jeu mais toujours en mouvement, s’adressant occasionnellement au public… Bref, toujours justes, sans jamais surjouer ni à l’inverse laisser penser qu’ils s’ennuient.
Les classiques déroulent très habilement, avec désormais des emprunts à leur dernier album, Cheat Death, intégrés de manière robuste dans leur set list « standard » : on mentionnera en particulier ce soir un toujours audacieux « Overthrown », le hargneux « Götzen Hammer » qui enflamme le pit, et un « Cheat Death » efficace (qui n’est pas joué sur toutes les dates de la tournée).
Petite coquetterie, le groupe propose une reprise en milieu de set, en l’occurrence le peu prévisible « Electric Funeral » de Black Sabbath, joué en entier – pas le choix le plus simple dans le répertoire du grand Sab’, mais le résultat est convaincant !
Un peu plus loin l’intro à la fois relax et quasi cérémoniale de “Low” amène le public, accroupi, à sauter comme un seul homme sous le coup de boutoir du riff bulldozer de ce standard, tandis que dans le fond de la scène, en guise de backdrop géant, est projeté le subtil message “tout le monde la déteste la police”, en français dans le texte, et avec la faute SVP (qui ne nuit pas, convenons-en, à la bonne compréhension du propos).
Le rappel commence par le rude « El Rollito », pour lequel Dani, frontman naturel, demande un énième circle pit, que le public lui offre sans hésitation – plaisir d’offrir, joie de recevoir. Les slammers et stage divers défilent toujours, et une sorte de mosh pit lent et souriant se matérialise aux premiers accords groovy du pourtant assez lent “Vidage”, a priori peu propice aux pogo les plus furieux – de fait, la fosse se mue en une sorte de circle pit / queue-leu-leu joyeuse, transpirant le plaisir d’être là et de profiter du moment.
À l’heure du bilan de cette superbe soirée, on se prend néanmoins à regretter le manque de prise de risque de la set list : à une paire de chansons près (et un ordre différent), on aura eu à peu près les mêmes chansons que lors de leur tournée précédente, il y a un peu plus d’un an. Pour autant, chaque titre aura ce soir apporté une brique singulière et pertinente à la construction d’un set redoutable, et finalement le constat s’impose à tous comme une évidence : les groupes qui peuvent proposer un concert de plus d’1h40 (!) aussi efficace ne courent pas les rues. Ne boudons donc pas notre plaisir et profitons de pouvoir compter des formations aussi enthousiasmantes au cœur de notre scène musicale. Merci à 1000Mods d’exister.














