Aetere n’a pas, sur le papier, les atours d’un projet à fort potentiel commercial : deux musiciens girondins qui se retrouvent en 2017 autour d’un projet doom-drone-ambiant, enregistre des bandes, « éclate » géographiquement, puis sort son premier disque presque neuf ans plus tard, sur un petit (mais qualitatif) label italien… C’est pas gagné d’avance ! Et pourtant il y a bien plus à dire sur ce disque, et encore plus, surtout, à écouter.
Prévenons les plus prosaïques de nos lecteurs toutefois : Aetere nous embarque parfois assez loin des contrées les plus classiques et confortables du doom. Il faut y voir le lien direct avec le bagage musical du duo, formé de la multi-instrumentiste (et vocaliste) Alice Ronzini, ainsi que de Johan Sébenne, notoirement reconnu pour son apport au sein de Year of no Light, formation vétérane dont il est le bassiste mais aussi le pourvoyeur d’arrangements sonores plus ou moins électroniques, entre autres…
Aetere, donc, ne conviendra pas aux doomsters bas du front – ceci dit sans la moindre condescendance. Ses six compositions (pour 45 minutes au total) proposent un échantillon assez diversifié d’orientations musicales pour ne jamais ennuyer, sans pour autant jamais perdre son auditeur non plus, avec une ligne artistique claire et assumée, et une mise en son cohérente. Les ambiances tissées sont tout aussi marquées pour chacun des morceaux (voir le dark et mélancolique « Ténébrisme », le léger et aérien « Galea », le sombre et désespérant « Cilice », etc…).
Le disque repose en effet avant tout sur un très beau travail mélodique, chaque morceau proposant une trame propre, voire plusieurs, portées par un riff de guitare plus ou moins saturée, par la basse, ou même les claviers (à l’image de « Ténébrisme »). Mais la profondeur du disque tient aussi beaucoup à son travail de production et d’arrangements, avec une grande richesse de sons et d’instruments, des nappes de claviers, des machines, des guitares frontales ou en fond… le tout étant parfois élevé par les percées vocales hantées d’Alice Ronzini. On n’ira pas jusqu’à dire que ce travail de fourmi (enregistrement, post-prod, mix, etc…) justifie les 9 années passées à peaufiner ces titres, mais reconnaissons de bonne grâce l’effort remarquable apporté en ce sens, qui finit de définir l’identité musicale de ce projet.
Reste à savoir si Aetere n’existe qu’autour de cet enregistrement, ou s’il trouvera une autre matérialisation dans les mois à venir, via d’autres enregistrements ou même – soyons fou – une incarnation scénique… C’est tout le bien qu’on leur souhaite.
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