Le trio suisse est un habitué des slots en festivals, stoner ou autres (Desertfests, Hellfest, etc…), avec à chaque fois des performances convaincantes, mais il nous restait à les voir en club, et en tête d’affiche. Ils n’auront pas fait les choses à moitié pour défendre leur nouvel album : pas moins de huit concerts en France (!) dont le premier annoncé sold out fut celui de Bordeaux (Pessac) – autant dire qu’on n’allait pas manquer cette date ! On arrive donc par cette belle fin de journée à la salle, pour profiter un peu de la terrasse un verre à la main, en attendant le début de la prestation de la formation Suisse – et oui, pas de première partie ce soir.
Le concert commence avec un énergique « Pandora’s Dream » aux penchants gentiment funky, avant de proposer une grosse poignée de compos issues de leur dernier album, Me and My Shadow : ça commence avec « Dead Inside » et ça enchaîne sur « Dance and Die » et ses plans de basse funky impeccables – une occasion parmi des dizaines ce soir d’apprécier la qualité et la variété du jeu de basse de Marco. Son binôme avec l’impeccable Maxime à la batterie (au jeu dynamique, riche et toujours solide) constitue une section rythmique remarquable, qui sera le ciment de ce set.
Une petite parenthèse plus chill se dessine ensuite avec « Calypso » et « Long Drive », qui viennent plutôt mettre en avant le travail de guitare subtil et efficace de Stavros, ainsi que son chant délicat sur ces deux titres. Il confiera même que le public de ce soir lui permet « d’aller très profondément dans l’émotion »… parlons-en, du public : il ne fait pas que remplir la salle (une petite salle, il est vrai), il est impliqué, souriant, disponible, venu pour le groupe. Et effectivement, comme le souligne le frontman, cette « connexion » se ressent de manière quasiment tangible.
Le trio va ensuite déterrer un titre plus ancien, « Skull Drawing Rose », un morceau protéiforme, transpercé de saillies nerveuses, sur des plages plus soft… et surtout propice à des séquences d’impro intéressantes, qui étirent la chanson sur un petit quart d’heure. Et c’est là qu’on comprend que le concert est en train de prendre un virage : lorsque Dirty Sound Magnet, sur une intro presque soul/funk, lance « Me and My Shadow », sous ses atours de musique orientale (Stavros l’introduit comme du « swing du désert »), on prend la mesure d’un titre complètement ré-interprété, assimilé et « déconstruit ». Ça commence par un véritable solo de batterie au début, puis s’enchaînent les breaks, jams, etc… pour encore une fois un gros quart d’heure passé sur ce titre ! Même traitement un peu plus loin pour « Mr Robert », où Stavros et sa 6-cordes prennent toute la lumière, avec ses envolées bluesy tour à tour aériennes ou acérées.
Changement de rythme avec le classique « Social Media Boy », dont le trio reprend la trame assez librement (et son gimmick mélodique catchy) pour l’étirer encore sur plus de 10 minutes (la version studio dure 3 minutes…) d’un psych rock vivifiant, aux limites du kraut. Plus d’1h30 de set, tout le monde sourit, et le groupe quitte la salle, avec le sentiment du devoir accompli… Mais non, quand y’en a plus, y’en a encore, et on aura droit à un rappel. Ils reprennent la scène sur le vieux classique « The Sophisticated Dark Ages », pour finir le concert sur une version dantesque de leur « Body In Mind » d’encore un bon quart d’heure. Ouf !
Deux heures de concert ! Les concerts aussi longs sont devenus rares, et il se trouve qu’avec Dirty Sound Magnet, la musique s’y prête : riche, organique, variée, elle est faite d’espace pour que les trois musiciens s’y expriment, prennent leur aise et développent leurs idées, se réapproprient leur répertoire, et en proposent une expérience unique à leur public. C’est le fruit d’une vraie générosité de la part du trio, qui fait écho à un plaisir tangible de la part du public, qui le lui rendait bien. On peut aimer ou pas le style musical du groupe, ses velléités moins saturées, mais en tous les cas on ne peut que reconnaître que sur son terrain de jeu, la scène, Dirty Sound Magnet est redoutable.















