Tiens, un premier disque, c’est toujours cool : la découverte, l’énergie d’un nouveau groupe, etc… Sauf que non : derrière Goddess se cache Goatess ! Leur second guitariste Niklas a quitté la formation avec leur nom sous le bras, les membres restant ont donc reconstitué un quatuor, et choisi un nom quasi-similaire à l’oreille (et anecdotiquement le titre d’une superbe compo de leur dernier album en tant que Goatess). Il leur aura néanmoins fallu plus de six ans pour aboutir à un premier disque sous cette nouvelle entité – pas une surprise pour un groupe qui, même sous sa forme précédente, n’était malheureusement pas vraiment « hyperactif »…
Musicalement, les premiers tours de piste nous ramènent dans un environnement musical très chaleureux, confortable (et un peu familier pour l’amateur de Goatess). Le quatuor suédois propose une sorte de stoner aux discrètes vapeurs doom, toujours en tempo lent voire mid-tempo. On pense très souvent à The Devil and the Almight Blues, non pas pour la similitude musicale directe (même si elle existe par moments, dans les plans les plus chauds et bluesy notamment) mais surtout par cette propension à proposer des compos solides dans ce spectre rythmique très encadré. Attention toutefois, on n’est pas ici dans un exercice de style forcé et stérile : les compositions et le groove développé par la formation nécessitent ces structures.
La musique développée par la formation est évidemment très orientée guitares, mais le son est très riche : la production met bien en avant les plans en lead quasi-blues parfois, les murs de guitare agressifs (aux sonorités heavy metal ici ou là : voir le break au milieu de « Blood Fever »), les plans plus mélodiques, les riffs plombants…
Comme avec Goatess, les compos s’appuient très souvent sur des petits licks de guitares ou trames mélodiques très accrocheuses (« To Be King », « Inquisition »), ou a minima des riffs plus que solides (« Godless », « Blood Fever », « Devil’s Reef »), leur transmettant une identité bien distincte, et les rendant vite attachantes. L’ensemble est parfaitement servi par la voix chaude et puissante de Karl-Martin Buhre, subtilement éraillée, qui fait des miracles pour amener les compos à des niveaux de qualité encore supérieurs. Son spectre vocal est vaste, allant même, très ponctuellement, jusqu’à compléter ses lignes de chants les plus agressives par des saillies aux frontières du growl le plus guttural (le final de « To Be King »). Le tout est riche, très efficace, sans fioriture mais avec des constructions intéressantes ; sur six titres, aucun n’est plus faible.
Même si ça leur aura pris du temps, on ne peut que saluer le retour des ex-Goatess sous cette nouvelle forme… qui, heureusement, ne change pas les ingrédients de la recette initiale ! Le quatuor propose un disque solide, bien travaillé, et dont la maturité trahit bien cette continuité. Ritual of the Cloven Hoof s’avère vite chaleureux et très attachant : absolument exempt de point culminant, il se déguste d’une traite, et l’on enchaîne les écoutes en boucle avec plaisir. Un vrai bon disque que l’on espère être la première pierre d’une nouvelle dynamique pour le groupe.
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