Gozu – Gozu VI

Label : Blacklight Media / Metal Blade Records (2026)
Chroniqué par Laurent

Tandis que l’on avait attendu cinq trop longues années pour leur album précédent, le superbe Remedy (2023), le quatuor de Boston semble revenir à des rythmes d’écriture plus classiques en nous proposant « déjà » Gozu VI, leur sixième album (comme son nom le laisse présager…). Dans l’intervalle, le groupe a assuré quelques tournées, dont quelques passages remarqués en Europe (au Hellfest notamment) – trop peu, évidemment, mais toujours bon à prendre.

Si le groupe a, de tous temps, été affilié à la scène stoner, leur musique tend plus à une hybridation à base de hard rock/metal/grungy, qui sait néanmoins faire tourner un riff fuzzé ou quinze. Pour l’illustrer, il suffit de lancer la rondelle, où on est (ac)cueillis par le colossal « Corinthian Leatherface » : riff de plâtrier, son de guitare brutal, refrain insolent, break accrocheur, pont plein de groove… Merci, au revoir. On aurait pu s’arrêter là, on a de quoi tenir trois ans. On sait que Gozu est, bien plus que tant d’autres, un groupe aux nombreuses facettes musicales : derrière sa musique se nichent d’innombrables références, strates musicales, sonorités, etc… Pour autant, Gozu VI est probablement leur disque contenant le plus de titres agressifs : outre le susmentionné, on tombe un peu plus loin sur « Killer Khan » et son riff metal de furieux, le débridé « Banacek » et son refrain poing-en-l’air, le heavy « Gimme the Lute »…

Paradoxalement, la formation propose aussi certains de ses meilleurs morceaux dans un registre plus soft, à l’image du lancinant et oppressant « Midnight Express » (aux atours doom metal atmosphérique par moments !) et du très beau « Corner Lariot » : reposant largement sur une ligne de chant aiguë de Gaf, la semi-balade électro-acoustique nous prend la main affectueusement puis se transforme en une power balad super accrocheuse, pour mener à un dernier tiers de la chanson tout en leads aériens envoûtants. Un titre que l’on aurait aimé détester (beurk, une balade), mais tellement bien écrit…

Mais Gozu est aussi le parangon de la subtilité : derrière ses atours rugueux et sa musique aux atours « droit au but », se cachent des trésors d’inventivité, qui se nichent au détour d’un break, d’un refrain… Ces petites perles se matérialisent par de véritables moments de grâce, qui rendent chaque titre spécial, jamais linéaire, jamais ennuyeux. On pense à ces chœurs aigus délicieusement naïfs en fin de « Midnight Express », la transition/transformation aérienne d’une grande beauté au milieu de « They Did Know Karate », ce break bien heavy sur « Banacek » ou celui quasi-doom de « Gimme the Lute »…

On aurait tendance à jeter directement le titre de MVP de la galette à Marc Gaffney, sa prestation vocale étant époustouflante sur tout le disque, dans des registres souvent aventureux, mais plus globalement avec sa profondeur et la chaleur de sa tessiture qui font tant de bien aux compos. Mais ce serait vite oublier le travail remarquable de Doug Sherman à la guitare, partageant avec Gaf les riffs superbes du disque, mais surtout alignant quelques soli prodigieux (tant d’autorité sur celui au milieu de « Banacek »). Et on ne parle pas de la section rythmique…

A l’heure du bilan après des dizaines d’écoutes de ce superbe disque, on prend la mesure qu’il s’agit probablement du disque le plus homogène de Gozu, leur plus riche en compos remarquables. Peu de titres sortent du lot ; ils sortent TOUS du lot. Du coup, tous ne sont pas des bangers immédiats, c’est vrai (même s’il y en a), mais la densité du disque, son inventivité, le tout transpercé d’une qualité d’écriture qu’on trouve rarement dans le style, font de ce disque, à nouveau, l’un des meilleurs de sa discographie. Il serait criminel de passer à côté.

 




Note de Desert-Rock :
   (8,5/10)

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