A chaque nouvelle livraison de Graveyard, notre cerveau entre en ébullition, tant la carrière du groupe est faite de virages légers et de bifurcations imprévues, le tout sans jamais encore ne nous avoir déçus. Sur leur disque précédent, 6, qui suivait un album plutôt nerveux (Peace), le quatuor suédois s’engouffrait dans une voie résolument plus mélodique et soft, osons le dire, pour un résultat pour le moins surprenant, mais étonnamment réussi. Qu’en sera-t-il de ce nouveau disque ? On ne va pas vous mentir, en lançant la première écoute, on se tient prêt à quasiment toutes les éventualités…
Et grand bien nous fit ! Car encore une fois, Graveyard nous prend à contrepied… en proposant probablement le disque le plus brut de leur carrière ! Est-ce cette volonté de se débarrasser de leurs oripeaux qui a provoqué le départ de Jonatan Ramm, leur second guitariste ? Même s’il a (a priori) participé à l’enregistrement du disque, le groupe semble en profiter pour s’engouffrer dans le cliché du power trio, resserrant son travail d’écriture sur le strict essentiel : une base rythmique, une ligne de chant très présente, et des soli fiévreux (Fever… vous l’avez ?). Et comme ces gars ne font jamais les choses à moitié, ils décident de jouer le jeu à fond et de ne se reposer que sur eux-mêmes pour produire et enregistrer l’objet, comme des grands. Pour parfaire le tableau, ils le font en full analogue, puis confient le mixage de ces bandes à Pelle Gunnerfeldt, qui a fait ses armes avec des formations comme les Hives, les Viagra Boys ou Refused – un bel assortiment de variantes punkoïdes suédoises… L’intention est clairement affichée.
Dans les faits, l’équation se matérialise en toute logique par une poignée de brulots imparables, à l’image de « Tongue Tied » avec son backbeat de batterie punk en diable et sa prod garage suintante, ou encore le puissant « Year of the Horse » et ses relents d’energy rock punky à la Hellacopters / Backyard Babies. L’essentiel du disque est constitué d’une série de torgnoles punchy, dont on isolera aussi le premier titre « Back from the Grave » et son riffing glorieux, ou encore le dernier morceau « Room Tempered » (avec une prod garage volontairement rudimentaire, qui ne lui laisse que la peau sur les os !).
Pour autant, le disque contient quelques mid-tempi fiévreux (Fever… vous l’avez ?) à l’image du torride « Time to Tell », ou, surtout, du superbe « Don’t Shoot !», une compo brillante, à la rythmique chaloupée et au refrain imparable (on présume qu’il est chanté par Truls Mörck, surprenant là aussi, tant la tessiture éraillée de Nilsson aurait pu nous apparaître plus logiquement indiquée sur ce type de morceaux).
Fever n’est finalement pas le disque le plus surprenant de Graveyard, il n’est pas le mieux produit, le plus mélodique, le plus… Pour autant, il représente deux facettes du groupe, emblématiques du groupe sous sa forme en 2026 : d’un côté, le disque propose une synthèse impeccable de leurs principaux atouts (des gros riffs, des titres mélodiques accrocheurs et intelligents, un jeu de guitare vintage délicieux…), et d’un autre côté ils se recentrent et développe une facette rock plus « basique », aux limites du punk rock, où la formation revient à l’essentiel, et où prime l’efficacité. La fiche promo qui accompagne ce disque (un document subjectif et parfois mensonger qu’on ne lit que rarement) mentionne l’éventualité que Fever soit le meilleur disque de Graveyard à ce jour. Rien que ça ! Et pourtant… Après avoir bien essoré ce disque, et avoir à chaque fois, goulument et frénétiquement, appuyé sur la touche « repeat », on arrive quasiment nous aussi à cette conclusion ! Quel groupe passionnant ! Et quel disque ! Leur meilleur ? Si l’on met de côté notre affect pour leurs premières galettes, la question est pertinente…
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