Hellfest 2026 – Jour 2 Valley (Mastodon, Slift, Stoned Jesus…)- 19/06/2026

Chronique de

En routards du festival nous ne nous pressons plus le matin pour voir courir les hordes de fans se ruer sur le merch du Sanctuary. Nous risquons le retard car il faut depuis la presse et le VIP fendre une foule compacte qui en queues postales serpente patiemment pour arracher au festival un bout de souvenir 100% coton. Nous arrivons donc pile à la Valley au moment des premières notes de la journée, à peine le temps de faire un bisou sur la joue de nos Challengers, gardiens du pit photo et c’est parti.


DRAGUNOV

Après avoir enchanté les bourrins l’été dernier dans une cage sur la Purple Stage, le binôme s’est affranchi de ses geôliers pour attaquer un set audacieux en levé de rideau. En mode guerrier, les Français ne garderont toutefois leurs masques à gaz que sur un seul titre en raison de la chaleur ambiante.

Malgré un soleil de plomb, les bourrins sont dans la vallée sous le cagnard pour se faire mettre une branlée dans les règles de l’art (pas du cochon). Un show efficace déployé dans le temps imparti pour le plus grand bonheur des petits et des grands

 


YAROSTAN

Nous demeurons dans un registre outrageusement guerrier avec les soldats du Yarostan qui envoient la bataille dans la Valley avant même que le clocher de l’église de Clisson ait sonné les 12 coups de midi. Post tout, le quintet envoie un set violent où les vociférations côtoient les machines ainsi que quelques riffs hérités du trash qui agrémentent un set monolithique déferlant comme un rouleau-compresseur sur le public malheureusement assez concis. Les Marseillais nous crament la gueule plus que le soleil nantais.

 


REZN

Le quatuor de Chicago bénéficie d’un slot à l’heure du lunch et la fréquentation est cohérente avec ce placement de choix. Le soleil joue à cache cache avec quelques rares volutes nuageuses qui vont à merveille souligner celles des lignes excitées au saxophone exécutées par le clavier de la bande.

Au royaume post, ces ambassadeurs sont au-dessous de leurs prédécesseurs en terme d’agressivité. Ça envoie du gros rifts avec mesure pour soutenir des envolées quasi-lyriques sur fond de rythmiques carrées, presque belliqueuse. La section rythmique est bigrement efficace mes cadets !

C’est pas l’effervescence, mais le sol de la Valley est bien marqué par les battements de mesure des fans de ces Ricains gratifiés par des salves d’applaudissements entre les titres variés de ce set sans redondance.


CONJURER

Ce quartette anglais possède un duo de voix crachée/hurlée qui ne renie pas le mélodieux lorsque c’est nécessaire. Un juste équilibre dans le monde du post-metal.
Malheureusement, il n’est pas certain que le soleil les aide, vu le peu de monde présent en ce début d’après-midi qu’on qualifierait de fournaise si on n’avait pas traîné dans le coin jusqu’au dimanche.

Solide et dévastateur, le groupe a une fanbase bien présente à en juger par l’ovation scandée de leur nom. Il faut dire que côté scénique et physique, on ne peut que rester ébahi devant le bassiste au headbang à la manière d’un Corpsegrinder junior — on félicite son ostéopathe — aussi fort que le groupe balance un “fuck you Elon Musk” à l’issue d’un «Hadal» cathartique.

 


STONED JESUS

C’est toujours un petit événement que la venue de Stoned Jesus, qui jouit partout où il passe d’une hype hors gabarit. Cet après-midi, la bande à Igor Sydorenko est venue pour se venger. On se souviendra en effet que le groupe avait raté sa présence sur la Valley l’an passé et dû jouer en cage à la Purple House en offrant son slot à Witchfinder (allez lire la chronique, ce qui s’est passé là-bas appartient à l’histoire du Hellfest).

Pour prouver qu’il n’est pas rancunier, Jesus fait don à ses disciples d’un inédit de Song for the Moon, à paraître cette année : «Under Their Skin», qu’il enchaîne avec le encore frais «See You on the Road».

De sa voix chevrotante poussant jusqu’aux limites de sa tessiture, Igor fait le jeu des questions-réponses avec le public. Avant d’entamer le toujours très attendu «I Am the Mountain», il lance pour son pays qu’il a fui, un appel aux dons pour soutenir l’effort de guerre.

Le set se conclut dans la cohue sur le très inspiré de Red Frang, «Here Comes the Robot», sans doute le titre le plus appréciable du groupe. Igor, comme l’an passé, balance ses godasses dans la fosse, ça change de la sempiternelle setlist à ramener sur son étagère à trophées.


TORCHE

Ça joue, difficilement définissable, donc on dira sludge. Entre blast et mélodies, il ne se passe rien de fou sur scène, mais par touches le festival y pourvoit en ajoutant quelques effets aux images diffusées sur les écrans géants.

Le début du set n’a pas de destination claire, et sans mode d’emploi il faudra attendre quelques grosses dizaines de minutes pour finir par jouir pleinement des riffs de bûcherons du quartette. C’est franc du collier, ça joue à la nuque, c’est fort et dégueulasse, sludge as well.

 


LOATHE

Échappant subtilement à toutes les étiquettes qui arrangent parfois bien le quidam, les quatre garçons biberonnés dans le brouillard se retrouvent étonnement sur la Valley et leur style pourrait les emmener sur n’importe laquelle des six scènes du fest tant le style est ouvert.

Le pari est osé et la gageure est au rencard car les foules convergent en MainStage pour une autre sensation ratissant large : Opeth qui se produit juste avant la Vierge de Fer et vu les t-shirts croisés depuis l’ouverture des portes au petit matin, les places sont foutrement chères du côté des Mainstages. Le quatuor fait face à un public réceptif qui n’hésite pas une seule nanoseconde à agiter son corps sous les impulsions du charismatique frontman de la formation. Mélangeant le post-tout et bien plus encore, Loathe n’est décidément pas notre came quand bien même quelques plans sludge soutenus par une énorme basse viennent truffer les compos au milieu de passages nu metal ou screamo.


SLIFT

La voix porte-t-elle la responsabilité d’une fosse clairsemée ? Il serait cruel d’attribuer à ce courageux pari qu’était le chant de l’album Fantasia une défection nécessairement due à Iron Maiden.

Variations à la console, larsens, scénographie psychédélique. La belle audace des morceaux ne nous fera pas renier que le groupe a du talent, même lorsqu’il s’égare pour crier la vilenie de ce monde. Le public salue mollement, concentré, le teint cireux, signe d’un transport certain et d’une deuxième journée torride. Néanmoins les rangs du public se sont resserrés et à la moitié du set la Valley présente une fréquentation digne des grand jours.

Pour notre sensibilité, il est heureux que le concert fasse un détour par «Ilion». Mais très vite, les Toulousains se retournent à nouveau vers leur nouvelle production et balancent «Day of Execution» et «Secret Mirror», qui nous font ressentir cependant moins de pression qu’au début du set. Nous avons dû ouvrir nos chakras entre-temps et c’est tant mieux, car il y avait du monde pour communier ce soir à grands coups de nuques et les yeux écarquillés vers la scène.


MASTODON

Première expérience dans cette nouvelle configuration scénique pour les icônes sludge d’Atlanta qui ont déjà foulé les vignobles de Clisson par le passé sur des scènes diverses et variées de notre belle Valley au Mainstages. N’ayant sorti qu’un titre (en plus de leur collab avec les agneaux de dieu) tout récemment en plus, depuis leur dernier passage, c’est plein d’appréhension qu’une foule compacte piaffe d’impatience presqu’une demi heure avant que les Étasuniens ne déferlent sur scène pour bouter le feu aux poudres.

«Crazy Train» envahit la sono pour chauffer la prairie saturée après le show de Vierge de Fer. Mastodon déroule un set incroyable avec notamment des pépites issues de leurs dernières productions assez éloignées de notre style, mais remarquables bien gaulées genre «Motherload», «Your Ghost Againx», «More Than I Could Chew», «Steambreather » ou «Crack The Sky» qui nous semble récent, mais commence à dater tour de même. Le final sur le magique «Blood And Thunder» de l’incroyable «Léviathan» (qui eu le droit à une tournée dédiée récemment) est tout bonnement énorme et on se tire de là avec un sourire béat sur le faciès entamé ou cramé par le soleil voire les deux à la fois pour les plus chanceux de l’assistance.

 


On s’en retourne le cœur plein de joie et la facétie en bandoulière pour les quelques vingt minutes qui nous séparent du parking. Fourbus nous atteignons nos pénates mais encore en état de nous accrocher à la Valley dès le lendemain demain!

 

Textes & Photos : Chris & Sidney Résurrection



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