In The Company of Serpents – A Crack In Everything

Label : Auto-Production (2025)
Chroniqué par Sidney Résurrection

Depuis 2012, le duo mué en trio de In The Company Of Serpents a sorti quelques plaques d’un sludge tout en finesse, tombées dans notre escarcelle assez tardivement, sans doute la faute à une auto-production à laquelle le groupe est attachée. Le coup de foudre avait été assez total lors de la sortie de Lux en 2020. Leur sludge, entre lourdeur et mélodie, avait bénéficié d’une production léchée qui avait propulsé cet album parmi nos coups de cœur de l’année, aiguisant au passage notre appétit pour un nouvel enregistrement.

Le retour aux affaires se fait cette fois avec une plaque toujours auto-produite et annoncée comme personnelle, en particulier du point de vue de Grant Netzorg, le chanteur du groupe, qui utilise A Crack In Everything comme catharsis de ses problèmes de boisson passés. Un enregistrement qui prend donc le risque de tourner autour d’un membre unique dirigeant l’ensemble (mais au fond, rien ne nous dit que cela n’était pas déjà le cas, vu le succès évoqué plus tôt).

On s’attend donc, à l’ouverture de l’album, à un sludge qui colle aux pattes, ce que « Don’t Look In The Mirror » ne dément pas. Très vite, on avance dans A Crack In Everything comme dans le brouillard d’un marigot d’où peut surgir une surprise à chaque instant. L’enchaînement des titres n’a rien d’un trajet paisible. Comme pour leur précédent album, In The Company Of Serpents fait sonner son sludge avec talent. Que ce soit avec « A Patchwork Art » et ses riffs doom en alternance avec un mid-tempo bien du sud, ou même un titre plus faible comme « Endless Well », aux lassantes phrases en boucle, le trio sait donner le change avec un pont qui apporte un vent de renouveau : un mid-tempo, un break, ou bien de discrets chœurs (assurés par Jeff Owens de Goya).

Mais laissons ici la promesse d’un album tout en sludge. « Cincers », avec un son distordu, fébrile, imparfait, joue avec les codes de la fissure, laissant même planer le doute quelques secondes d’une involontaire erreur d’enregistrement (dans la lignée d’une plaque, disons-le tout de suite, à la production nettement plus en retrait que la précédente).

« Buzzard Logic » se pose en charnière doom qui plonge la galette dans un monde plus froid, plus sombre. Introduite et conclue par le son du glas, elle se mue vite en un paysage plus proche du post-rock qu’autre chose. Le chant scandé, en appui des cordes et de la batterie, s’enfonce dans un monde de plus en plus poisseux, qui dérivera jusqu’au final noir comme un shoegaze de « Ghost On The Periphery ». Un univers où les balades express (à peine plus d’une minute, et diptyque qui ressemble fort à celui déjà présent sur Lux), empoisonnées de « Delirium » et « Tremens », viennent préparer le terrain à « Until Death Darkens Our Door » et son chant rocailleux à la manière de Leonard Cohen, en réponse au titre de l’album, tiré des paroles d’une chanson de ce dernier, « Anthem ».

Au final, l’album n’est plus sludge que par les échos de ce qu’on connaissait des précédents, et la figure post-rock prend le dessus pour accéder à la catharsis. On sent dans A Crack In Everything un besoin vital de purger le mal qui habite l’auteur des compositions. Un besoin exprimé dans un phrasé mélodique, mélancolique et dur, qui achève la mutation d’un style larvé dans les précédents enregistrements. Un album nécessaire pour le groupe, qui pourra déstabiliser ceux qui attendaient la redite du précédent opus. Au final, A Crack In Everything restera-t-il une parenthèse où l’auditeur accompagnera In The Company Of Serpents dans son cheminement ou est-ce la fin d’une mue et donc un nouveau corps qu’il faudra accepter ?

 



Note de Desert-Rock :
   (7,5/10)

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On a appris hier le décès de Shiran Kaïdine : guitariste dans bon nombre de formations françaises qui gravitaient dans des sphères proches du stoner/doom (dont Year of No Light), il luttait contre la maladie depuis plusieurs années. Shiran n'était pas que talentueux, sa gentillesse, son humilité et son enthousiasme (nous) manqueront.[ENGLISH BELOW]C'est avec une profonde tristesse que nous vous annonçons la disparition de Shiran Kaïdine, après une bataille de 2 ans contre le cancer.Il est parti hier, serein, apaisé, entouré de sa famille et de ses amis.Il est difficile pour nous de trouver les mots justes pour exprimer notre tristesse et le vide qu'il va laisser.Nous sommes nombreux à le porter dans notre cœur, et nous vous invitons à nous rejoindre pour lui rendre un dernier hommage.Vous pourrez lui dire au revoir :– au funérarium (PFG, 98 Avenue de l'Adour, 64600 Anglet) du mardi 21 à 9h au vendredi 24 à 10h – au crématorium de Biarritz (Boulevard Marcel Dassault, 64200 Biarritz) le vendredi 24 à 11h, pour une cérémonie de 1hIt is with deep sadness that we announce the passing of Shiran Kaïdine, after a two-year battle with cancer. He passed away yesterday, peacefully, surrounded by his family and friends.It is difficult for us to find the right words to express our grief and the void he will leave behind. Many of us carry him in our hearts, and we invite you to join us in paying him a final tribute.You may bid farewell:– at the funeral home (PFG, 98 Avenue de l'Adour, 64600 Anglet) from Tuesday the 21st at 9a.m. to Friday the 24th at 10a.m.– at the Biarritz crematorium (Boulevard Marcel Dassault, 64200 Biarritz) on Friday the 24th at 11a.m., for a one-hour ceremony

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