Monkeys On Mars (Mars Red Sky, Monkey3) + Red Sun Atacama – 14/03/2026 – Bordeaux (Rock School Barbey)

Chronique de

Un plateau d’exception est proposé en ce samedi soir à Bordeaux : dans la grande et toujours classieuse Rock School Barbey, on retrouvera non seulement deux formations locales, mais aussi en point d’orgue ce projet incroyable qui voit fusionner deux des plus grands groupes de notre genre musical de prédilection. Le public girondin à répondu présent, remplissant fort bien cette excellente salle de concert, écrin parfait pour cet alignement des planètes exceptionnel… Pas un mince exploit dans cette métropole du Sud Ouest, tandis que se jouait le même soir le mythique “crunch”…

RED SUN ATACAMA 

Le trio d’Eysines, à quelques encablures de la salle, a des fourmis dans les jambes, et prend la scène avec dix minutes d’avance. Se chauffant sur quelques mesures jammées, ils balancent vite les premiers accords de “Furies”, pied au plancher. Tant pis pour ceux qui pensaient pouvoir finir de siroter leur verre tranquillement au bar… La salle se remplit très vite. Évidemment, le concert de ce soir, calé le lendemain de la sortie de leur nouvel album, sur leurs terres, fait logiquement office de release party. Parfaite occasion de tester sur les planches le furieux “Conveyor” et “Summerchild”, issus de ce nouvel opus, qui trouvent très naturellement leur place dans le set. Un peu plus tard, c’est “Commotions” qui passe lui aussi brillamment l’exercice de la transposition scénique, avec toujours ce binôme de cordistes surexcités. Ces gars-là mêlent une énergie débordante et une maîtrise instrumentale jamais prise à défaut (les leads de Vincent, les “riffs de basse” de Clément…) et on ne s’ennuie jamais à les voir bouger et bondir en tous sens. Bien souvent on pense tenir là nos “Atomic Bitchwax français” (l’énergie, le talent), mais Red Sun Atacama trace son propre chemin, loin des références.

Un peu plus loin un très bon “Ribbons”, tout en mid-tempo groovy, est propice à des plans jammy (on pense même que le titre a été “étiré” pour l’occasion…) et, les gaillards dépoussièrent pour leur final leur vieux glaviot punky “Cupid Arrows”, pour une paire de minutes qui viennent finir d’asseoir tout le monde. Le groupe avait annoncé un “set express”- après 45 minutes de cette énergie, on a effectivement l’impression que c’est passé bien trop vite !

 

 


MONKEY3

Le projet un peu fou qui a vu l’hybridation de Mars Red Sky et Monkey3 sur disque il y a quelques mois, se décline en live sous la forme d’un concert de chaque formation, et d’un passage commun. Ce soir, c’est le quatuor helvète qui entame les hostilités. La scène de Barbey est vaste et permet de loger confortablement les deux kits de batterie en fond, avec les claviers de dB entre les deux, et le reste de la scène pour les musiciens plus “mobiles” – en l’occurrence Jalil le bassiste à gauche, et Boris à droite. Les sourires sont au rendez-vous (côté public aussi) quand les nappes sonores d’intro du superbe “Collapse” commencent à faire monter la pression, avec les premières percées bluesy de Boris. Pendant les plus de dix minutes de ce titre protéiforme, le groupe révèle une large part de son registre, des plages les plus ambiantes et “spacy” jusqu’aux plans les plus épiques et majestueux, à grands renforts des leads sublimes de Boris. Conscient de la qualité de son superbe dernier album, Monkey3 engage d’affilée le superbe “Kali Yuga”, tout en puissance.

Même si ces deux titres font déjà office de “classiques” dans le répertoire des suisses, le public réserve un accueil encore supérieur au classique “Icarus” : engagé sans intro directement sur son riff emblématique, il permet à nouveau à Boris d’emmener le titre dans des sphères lointaines pendant un quart d’heure où le public est la tête dans les étoiles.

L’interprétation impeccable du quatuor, en grande forme ce soir, est soutenue par un light show sobre mais travaillé et efficace, et une mise en son – comme souvent à Barbey – impeccable. La fête ne serait pas aussi belle sans le référentiel “Through the Desert” et ses atours orientaux, planants et enivrants. Le final de la chanson voit le trio de Mars Red Sky venir rejoindre discrètement Monkey3 sur scène, et prendre place dans la chanson pour une conclusion quasi-orgiaque : la séquence finale de la chanson, propice aux jams, voit donc les strates instrumentales se cumuler pour un titre rallongé de plusieurs minutes – dans les clins d’oeil et les sourires.

 


MARS RED SKY

Les quatre Suisses s’éclipsent alors tranquillement (pour aller “manger des fondues et régler leurs montres”, évidemment, comme l’indique Jimmy Kinast…) laissant la grande scène aux locaux de l’étape.Tandis que Jimmy et Julien se partagent le centre de la vaste scène, Mat se retrouve un peu loin relégué en fond de scène… Le luxe des grands espaces… Il en faut plus pour entamer la qualité de la prestation de notre trio, qui en a vu bien d’autres…

L’ambiance s’installe d’abord gentiment avec la célèbre boucle d’”Arcadia” et ses pérégrinations chaloupées. Le costaud “Collector” vient ensuite apporter quelques grosses rythmiques au chant affirmé de Julien – le chanteur n’aura d’ailleurs pas été pris à défaut de toute la soirée, malgré, on le sait, des passages vocaux parfois complexes à appréhender.

Difficile de proposer une set list au rabais quand on dispose du catalogue de MRS. Les choix du soir font dans le “classique”, un peu comme pour Monkey3 avant eux : le choix est très pertinent au vu du format de ce plateau, car il est fort probable que des curieux , ou des fans de l’un des deux groupes seulement, voient l’occasion de découvrir l’une ou l’autre des formations.

Pour autant, plusieurs titres récents sont inclus, et pas des moindres, à l’image de ce toujours marquant “Maps of Inferno” (chanté par Julien, alors qu’Helen, la chanteuse invitée sur disque était dans le public…) enchaîné à “The Final Round” : présentant des lignes de chant en choeur très bien exécutées, il finira surtout de souffler le public sur son final puissant, sur une rythmique quasi martiale.

Pour le reste, les classiques “Apex III” ou “The Light Beyond” remporteront les derniers suffrages. C’est sur ce dernier que les suisses reviennent prendre place sur la scène, l’occasion d’agrémenter son final de quelques envolées psych-bluesy très sympa.

 


MONKEYS ON MARS

Cette fois, plus personne ne quitte la scène, et c’est donc la formation hybride au complet qui prend place sous nos yeux. Pas de surprise pour la set list : avec seulement deux titres en catalogue pour cette formation, il est assez évident qu’ils seront interprétés ce soir – et ce n’est pas pour nous déplaire. “Seasonal Pyres” est lancé sur orbite le premier, avec son intro lancinante et très progressive, permettant à chaque musicien d’entrer en piste progressivement. Au bout d’une poignée de minutes, la principale surprise est que tout ce monde sur scène ne génère jamais la moindre cacophonie ! Les compositions ont été écrites avec une telle intelligence, que chaque musicien, des deux formations, y trouve intelligemment sa place. C’est d’autant plus marquant pour la section rythmique, dédoublée pour l’occasion : les deux batteurs, s’ils alignent souvent leurs frappes pour un effet de densité inédit, jouent souvent différemment, de manière complémentaire. Il en va de même pour les deux bassistes, qui proposent des lignes mélodiques généralement différentes.

Côté guitare, bien souvent Julien est plus présent sur le terrain de la guitare rythmique et mélodique, tandis que, logiquement, Boris apporte son art savant du solo sur bon nombre de séquences.

L’interprétation est respectueuse et soignée (les plages autorisant les improvisations sont rares, mais permettent néanmoins quelques prises de liberté), et les constats se confirment avec le complexe “Hear the Call” sur un petit quart d’heure encore très réussi.

Si tant est qu’on ait pu rester sur notre faim après plus de deux heures de concert(s) sans interruption, les sept (!) musiciens engagent le grand oublié de la soirée, avec le “Strong Reflection” de Mars Red Sky. S’il est un titre fédérateur de cette veine musicale, c’est bien celui-là, et nos musiciens prennent plaisir à y glisser leurs propositions musicales pour l’emmener… ailleurs.

 

 

Le concert s’achève après moults saluts et remerciements pour le dense public, qui repartira la tête dans les étoiles, avec le sentiment d’avoir assisté à un concert et une expérience exceptionnels. Merci messieurs !



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