Sentirait-on poindre le frisson du changement du côté de Monolord ? Cinq ans ont passé depuis Your Time to Shine, leur précédent LP, soit leur plus long « trou » discographique en treize ans de carrière ! Certes, ils ne sont pas restés inactifs sur la période, ils ont sorti un EP en 2023 , et ont assuré quelques sporadiques salves de concerts… Par ailleurs, on écarquille un peu les yeux en constatant que la liste des titres de l’album compte rien moins que… huit chansons ! Pour une durée totale de 43 minutes… vous l’avez compris, plusieurs de leurs compos sur ce disque durent entre 3 et 4 minutes ! En outre, un rapide coup d’œil aux crédits du disque nous fait aussi noter la présence de Sylvia Massy en tant que productrice (l’américaine, moins active ces dernières années, a travaillé avec des dizaines de groupes dans sa carrière : Melvins, Tool, Johnny Cash, Turbonegro, Life of Agony, Soilwork, etc…). Une révolution de la part d’un groupe qui a plutôt l’habitude de prendre les choses en main seul, avec le concours de son batteur Esben lui-même, ingénieur du son reconnu.
Et côté line up, des surprises ? On avait envisagé un peu plus de « volatilité », dans la dynamique de leurs prestations live récentes où Per Wiberg venait épauler le groupe… et bien non, sauf une petite coquetterie sur la fin de l’album (voir ci-dessous), Monolord reste assurément un trio sur ce disque. Autre chose qui ne change pas : le disque sort à nouveau chez Relapse Records.
C’est donc avec un regard frais (et une oreille friande de nouveauté) que l’on aborde les premiers tours de piste de ce Neverending… Finalement, en première approche, pas de surprise fondamentale à se mettre sous la dent ! Les deux derniers albums avaient tracé la voie musicale que confirme ce disque : désormais un peu plus détaché du stoner doom qu’il incarnait parfaitement en début de carrière, le groupe assume les passages plus légers et mélodiques apportés à certaines de ses récentes compos. Ça passe en premier lieu par le chant de Thomas Jäger, qui ne se retient plus de ses penchants les plus aériens, clairs et harmonieux (!) – à l’image de son chant aigu sur le refrain de « Iodine » qui sert bien la chanson, sans lui faire perdre une once de puissance.
Musicalement, chaque musicien trouve toujours bien sa place, comme une zone de confort désormais, avec une section rythmique qui sait se faire brutale sur certaines attaques (« Iodine », « Crystal Bridge »), ou plus robuste et mélodique sur d’autres passages. Notons à nouveau l’apport de Häkki à la trame mélodique de Monolord : pour permettre à Jäger de proposer des leads efficaces, il assure la parfaite continuité de la guitare rythmique. On sent, clairement, toujours plus de maturité dans le dispositif, mais pas d’évolution franche par rapport aux deux derniers disques.
Autre piste de nouveauté à évaluer : les compos. Là-dessus, une évolution parmi d’autres : la variété ! Huit chansons à se mettre sous la dent, c’est toujours mieux que cinq ou six – sans dénigrer la richesse de certaines de leurs plus longues compos. Encore faut-il qu’elles soient bien foutues, ce qui est le cas ici : à l’aise dans ses baskets, Monolord se lâche, se fait plaisir, et propose huit chansons bien différentes, sans jamais compromettre son identité. De cette profusion de riffs émergent quelques titres plus marquants : outre les très monolordiens « Iodine » (et son break harmonisé bien vu) et « Oozing Wound », on s’attardera sur le single « You Bastard » (riff régalien, rythmique groovy et lourde) ou encore sur ce brutal et heavy « Crystal Bridge » (malgré son passage « guitare et percus au coin du feu » en mode « Planet Caravan »… ce n’est pas la première fois qu’ils nous font le coup !).
Comme rien n’est jamais parfait en ce bas monde, quelques titres un peu plus faibles viennent nuancer un bilan plutôt enthousiaste, à l’image de ce lancinant (et trop lent) « Inside a Collider » ou ce surprenant « The Masque », qui développe des plans heavy metal pas inintéressants mais un peu déroutants. Le final du disque, avec « It’s Neverending », vient rebattre les cartes de nos convictions : emmené par une intro décalée, très déstabilisante (avec un chant growlé par l’ancien bassiste d’Entombed Jörgen Sandström), le titre déroule quelques breaks aux harmonies de guitare un peu malaisantes autour d’un lick mélodique assez accrocheur, avant un final de deux minutes en acoustique… Confusant.
Avec Neverending, Monolord propose une franche évolution, non pas de son style musical, mais de sa vision discographique, d’une certaine manière. S’il assume des incursions musicales plus franches (déjà tentées sur ses dernières productions), il se détache aussi d’un schéma d’écriture devenu un peu systématique, à travers des compos plus directes, souvent efficaces. Dans les faits, Neverending montre un groupe qui ne manque pas de créativité, qui affiche son ambition à ne pas se laisser enfermer dans un carcan. Les prochains mois et années s’annoncent donc intéressantes.
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