C’est toujours un plaisir de venir assister à un concert dans cette salle atypique de Bordeaux : le complexe est classé aux monuments historiques, et la salle biscornue, avec un sol de grosses pierres et une charpente immense, est un ancien entrepôt de vivres de la marine. Pas forcément faite pour le spectacle vivant, elle est désormais équipée de toute la structure adaptée pour permettre des événements accueillant plusieurs centaines de personnes, adossée à un jardin, des œuvres d’art, etc… L’écrin idéal pour accueillir un groupe bien atypique…
PUSSY MIEL
Le quatuor qui monte sur scène pour ouvrir les hostilités vient de Capbreton, petite ville côtière landaise plus connue pour ses surfeurs (alerte cliché) que pour son activité rock underground. C’est une grosse bêtise, et les quatre musiciennes sont là pour en attester.
Bien rodées par une petite tournée qui s’achève ce soir, c’est sûres d’elles et pleines d’énergie qu’elles prennent la scène. On prend très vite la teneur de leur proposition musicale, avec ce gros riff épais, charpenté par une batterie punchy aux limites du punk. Les compos s’enchaînent dans le même maelstrom de riffs, oscillant entre stoner et punk rock, le tout émaillé de leads énervés, et toujours sur des rythmes plutôt rapides pleines de groove.
Pas le temps de s’ennuyer pendant les 45 minutes de ce set enjoué, où la bonne ambiance dans la fosse fait écho à celle sur les planches. On aurait aimé voir tout le monde se lâcher un peu plus, mais le genre musical n’est pas exactement celui que l’on associe au public de Slift, et la taille conséquente de la salle inhibe un peu la dynamique, peut-être. On peut imaginer un tout autre effet en club. Quoi qu’il en soit, le groupe est loin d’avoir démérité, et a parfaitement fait ce qui était attendu : chauffer l’ambiance, et… se faire connaître !
SLIFT
A quelques minutes du début du concert, on sent que les choses sérieuses commencent, au vu de la fosse qui se densifie et du public qui se masse désormais devant la scène. Quand le trio toulousain monte sur les planches, l’ambiance est déjà bien chaude. Sur scène, on est habitué, Jean est à gauche à la guitare, son frère Rémi est à droite avec la basse, et Canek est au centre des débats derrière ses futs. A la place de lights, de patterns psychédéliques mouvants et hypnotisants sont projetés sur un immense backdrop pendant tout le concert, c’est tout : les musiciens ne sont quasiment éclairés que par les motifs vidéos projetés sur la scène.
Deux ans après la sortie du colossal Ilion, on peut penser que le groupe a quelques nouvelles compos dans sa besace, et ils ne tardent pas à nous les proposer, puisqu’ils entament le concert sur des titres “inconnus” (les aficionados les auront peut-être entendus sur des concerts récents, le groupe les interprétant depuis l’été dernier en gros sur leurs rares dates de ces derniers mois). Un choix bien audacieux, surtout qu’on ne parle pas de deux ou trois titres jetés en pâture en mode “test”, mais bel et bien de… plus de la moitié du concert de ce soir ! Hallucinant ! Et un beau signe de confiance aussi de la part d’un groupe qui, décidément, n’a pas fini de nous surprendre.
Pourtant, et c’est la beauté de leur musique, les nouvelles compos sont parfaitement amalgamées, le tout se mêlant de manière absolument organique dans le set. Il est bien difficile de décrire ces titres après une seule écoute, tant ils se fondent dans le style désormais emblématique du groupe : des torrents de guitares, des grooves psyche hypnotiques, emmenés par des rythmiques dévastatrices… Sans surprise, les nouvelles compos sont bien toujours dans cette veine, et on attendra de les entendre sur disque pour vraiment se projeter sur une évolution musicale franche ou des apports plus ou moins originaux. Le public en tout cas ne semble pas regretter ce choix (ou ne pas y prêter attention, pour une partie d’entre eux), chaud qu’il est, avec des premiers slams (en ombre chinoise sur le backdrop) qui apparaissent dès le troisième ou quatrième titre.
A la moitié du set, le groupe dégaine enfin le très attendu et très apprécié “Ummon”, avec son groove psyche nerveux et piquant. On frise l’incandescence quand on les voit enchaîner avec le terrible duo “Ilion”/“Nimh”, désormais un classique en termes d’intensité et d’efficacité.
Enchaînées à ces pièces maîtresses, le set se termine sur une nouvelle poignée de compos « presque inédites », qui ne choquent toujours pas. On notera à nouveau des morceaux “montagnes russes”, avec pas mal d’alternance entre des plans psyche/space et des assauts rageurs, ces derniers étant particulièrement véhéments (ou alors c’est notre ressenti en fin de concert !).
Au bout d’1h30 d’un set mené sans temps mort, le groupe quitte la scène et le public est encore transi. Ce fut à nouveau une longue et dense prestation de Slift, sans temps mort, menée de main de maître : interprétation sans faille, audace, efficacité… Ce soir, le trio a, à nouveau, impressionné. On ressort quand même un peu frustré, reconnaissons-le, de ne pas avoir pu se « raccrocher » un peu plus à des morceaux connus ; c’est une sensation étrange, de connaître un groupe et néanmoins de passer presque un concert entier sans repère… Pour autant, on se rappellera peut-être de cela dans quelques années en souriant et en se rappelant que Slift est vraiment un groupe à part, loin de jouer la facilité… En tous les cas, vivement le nouvel album – pour la nouvelle musique, bien sûr, mais surtout pour la tournée qui va le supporter ! Car sur scène, le groupe est sur une autre planète… littéralement !


















