Trente ans déjà que Solace, le mythique combo du New-Jersey a débuté son périple dans l’univers stoner. Durant cette odyssée, trois fois plus longue que celle d’Ulysse, la discographie du groupe a toujours été ponctuée d’épisodes glorieux, dont les louanges sont encore chantées par une armée de disciples à travers le monde, armée malheureusement clairsemée.
Car s’ils accouchent de véritables chefs d’œuvre (A.D., The Brink), Solace n’a jamais fait sien l’adage conseillant de battre le fer tant qu’il est chaud, et n’a par conséquent jamais réellement surfé sur la qualité de ses galettes pour accroître sa notoriété et élargir une fanbase qui criera une fois de plus au génie à l’écoute de cette cinquième offrande. Car oui, ce Fading Failing Ruin est un pur bijou qui devrait squatter les podiums des différents tops album 2026.
Après deux morceaux d’ouverture qui plantent le décor de cette nouvelle aventure sonique et nous plongent dans cet univers stoner/doom si cher au groupe du New-Jersey, le bien nommé « A God Changes his plans », titre de moins de quatre minutes vient, tel un oracle, nous annoncer la suite des évènements. Tel un Poséidon rancunier au possible, le chant enragé de Justin accompagne des riffs tranchants jusqu’à un dernier accord de guitare plaintif, qui clôt les préliminaires. C’est alors qu’une bascule s’opère avec « Wraths Object (The big fall) », titre le plus long de l’album (près de 15 minutes). Ce morceau est un véritable pivot dans ce nouvel opus. Pendant près de 7 minutes, les Ulysses que nous sommes sont leurrés par la délicatesse d’une guitare et conduits vers notre perte. Car dès la fin de cet interlude lyrique, les riffs déferlent par vagues de plus en plus violentes et nous ébranlent. Il devient alors difficile de ne pas chavirer, et d’être happé par le tourbillon « Culling the herd » et sa bestialité dévastatrice qui nous ramène un peu à l’époque de A.D., avant de nous emporter « Beyond below », vers de noirs abîmes où la lourdeur des riffs de Justin et Tommy finit de nous assommer.
Difficile dans ces conditions de remonter à la surface et de reprendre une bouffée d’oxygène, d’autant que Solace persiste : « Malengine the scaffold » avec son groove imparable tout droit venu des mythiques contrées du doom, et « Every day is a loaded gun », bâti sur une rythmique syncopée, plantent la dernière banderille, ultime attaque avant la mise à mort. C’est sans compter sur la magnanimité de Solace qui vient clore notre périple avec « Ridden ». Cette échappée salvatrice, avec sa cavalcade de riffs, et portée par un final diabolique au refrain fédérateur, nous rend au rivage, gisant sur le sable tel une épave brisée. Mais le mal est fait et ce retour à la terre ferme n’est qu’une escale. Nos oreilles sont restées au large, et sitôt nos esprits retrouvés, le chant des sirènes nous fait vaciller, et replonger corps et âme dans de Fading Failing Ruin.
Contrairement à l’épopée racontée par Homère, nous sommes donc les Ulysses d’une Odyssée auditive dans laquelle le dieu Solace triomphe, comme à chacune de ses rares apparitions, de la plus belle des manières.
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