Sunn O))) – Sunn O)))

Label : Sub Pop Records (2026)
Chroniqué par Laurent

Sept années séparent ce Sunn O))), leur dixième LP, de son prédécesseur, Life Metal (et son petit frère Pyroclasts). Durant cette période, les deux musiciens de la formation (Stephen O’Malley et Greg Anderson) ont un peu réduit la voilure, que ce soit sur leurs activités annexes (groupes, projets…) mais aussi sur leur activité commune (Sunn O))), en live notamment…), même si ce dernier n’a jamais été mis en sommeil : après une enthousiasmante tournée pour soutenir Life Metal, les deux musiciens se sont concentrés sur leur formation en pur duo, sous l’appellation Shoshin (concept japonais qui repose sur la nouveauté, la fraîcheur, un esprit de création et de découverte…). Ce concept fut manifestement très structurant pour la suite, car les deux musiciens estiment que ces dernières années sous ce format, sans autre musicien, a fait évoluer leur approche musicale et leur conception de l’écriture et de l’interprétation. L’expérience live était différente (moins convaincante, pour certains, dont votre serviteur) mais a donc servi de terreau pour ce nouveau disque – le fait qu’il s’agisse de leur premier album éponyme (ou l’inverse pour nos amis grammairiens) n’est probablement pas un hasard ni un manque d’inspiration, donc, mais manifestement une façon d’affirmer une sorte de renouveau pour le groupe.

Les sessions d’enregistrement, en duo, ont eu comme objectif d’incarner sur disque la même énergie que cette formation resserrée en live. Enregistré seuls, donc, dans un studio perdu en pleine campagne, le disque est aussi transcendé par le lien avec la nature, et son interaction avec le son. Le groupe a copieusement expérimenté, que ce soit via le placement des micros (dehors, à l’extérieur du studio, loin des amplis…), via les sons réels de leur environnement (voir les bruits de vent ou d’eau qui viennent alléger le lancement de « XXANN », l’intro et l’outro de « Mindrolling », de discrètes sections de « Glory Black »…), mais plus largement, en termes d’inspiration des musiciens (les marches en pleine nature ayant semble-t-il structuré l’écriture et les séances d’enregistrements).

Derrière ces considérations quelque peu ésotériques, on se retrouve confronté à un disque de drone/metal/doom, dont les premiers tours de piste ne font pas forcément penser à des mélopées mélancoliques à écouter allongés dans un champ de coquelicots. Désolé pour nos lecteurs hermétiques, mais c’est toujours du Sunn O)))… et du Sunn O))) dans sa version la plus radicale : en termes de son, Sunn O))) l’album est probablement leur plus dense et homogène, reposant à 99% sur les deux guitares du duo. Quelques plans instrumentaux complémentaires viennent apporter un peu de relief (quelques claviers, un beau piano sur « Glory Black »), et sont interprétés par les deux musiciens eux-mêmes : aucun invité ne vient cette fois les épauler, ce qui participe à l’aspect inédit de cette galette, la première en « vrai » duo.

Difficile de décrire la musique de Sunn O))) sans tomber dans la pédagogie condescendante, ou les clichés bas-du-front. Toutefois, on se doit d’informer : si vous ne connaissez pas encore Sunn O))), écoutez quelques pistes avant d’acheter l’album, car leur musique est très compliquée.

A ce titre, ce nouvel album présente, vous l’aurez compris, leur musique sous son angle le plus radical : la mélodie telle qu’on la conçoit est quasiment absente (sauf pour quelques séquences perdues ici ou là, à l’image de « Glory Black », ou de l’intro de « Everett Moses »…), et le son est pour la plus grosse part du disque comparable à une masse d’une densité insondable, qui évolue en continu, percée par les feedbacks de SOMA sur les nappes rythmiques mouvantes d’Anderson – ou l’inverse. Sous cette forme épurée, son aspect organique devient prépondérant, et le disque s’écoute d’une traite sans accros (sauf les « breaks » plaisantins de l’intro de « Butch’s Guns ») : 1h20 d’un bloc sonore quasiment ininterrompu dans lequel on se retrouve absorbé et empêtré. On ne retient pas de mélodie, de rythme, ou de détails auxquels se raccrocher, on se laisse juste porter…

C’est cela qui rend ce disque aussi complexe : les « points d’accroche » sont habituellement plus nombreux dans leurs disques, comme autant de portes d’entrée dans leur musique, de ponctuation dans leurs albums. Sunn O))) l’album n’en est pas complètement exempt, mais ils sont rares, concentrant l’auditeur sur son ensemble, l’amenant sur des moment de tension, de respiration, de ténèbres, et tentant de retranscrire les conditions d’une émotion – que peu de monde ressentira à l’identique.

Après des dizaines d’écoutes, le constat ne change pas : l’imperméabilité du disque est souhaitée par les musiciens, l’album n’est pas prévu pour être absorbé et « compris » par l’auditeur, mais est plutôt à envisager comme un moyen de transport dans les méandres et turpitudes de Sunn O)), le groupe.

Une renaissance dans la radicalité, souhaitée et assumée, qui nous laisse interrogatifs sur la suite qui sera donnée au disque, et à l’évolution de la formation : le disque ressemble à une sorte de paroxysme, et il est difficile d’imaginer le dépasser sur ces composantes. Un cul-de-sac stylistique ? A suivre… Un disque décontenançant, en tout cas, mais jamais confusant, que l’on ne conseillera toutefois, répétons-le, qu’aux amateurs avertis.

 


 



Note de Desert-Rock :
   (7.5/10)

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