THE LUMBERJACK FEEDBACK + Fiend + Wyatt E. – 18/05/19 – Paris (Espace B)

Chronique de

En prévision d’un petit festival parisien encore relativement confidentiel, était organisé ce soir une Warm Up pour le Saturday Mud Fever qui se tiendra au mois d’octobre et embarquera, on le sait déjà, Monolord. En attendant, ce soir, le triptyque Almost Famous, Fuzzoraptors et Fauchage Collectif avait réuni sur scène Fiend, Wyatt E. et The Lumberjack Feedback. Le top était donné à l’Espace B, salle récemment rouverte après une fermeture administrative qui lui a permis de se doter d’une sortie de secours (Coté salle rien de nouveau donc).

On retrouve l’arrière Salle du bar, poisseuse et peinte de noir, où rien n’a changé pour accueillir Fiend. Bien que leur premier opus ait plus de 10 ans et que le quatuor ait offert depuis des galettes pépites sur le papier et au vu du running order, il ne sont pas l’attraction majeure ce soir. Il n’en reste pas moins à mon sens le groupe qui aurait dû pousser les parisiens à se ruer sur cette date plutôt que de n’attirer qu’une grosse cinquantaine de personnes.

Qu’importe, ravis d’attaquer les gars ouvrent le bal et immédiatement le son fait des siennes, Heitam est privé d’amplification et son chant ne porte qu’au premier rang. Le problème est vite réglé et rien ne semble les déstabiliser ni pouvoir les arrêter. Le set livré par Fiend est sans effet de manche et fait rentrer le Doom dans la grande confrérie Metal tant les influences sont diverses. Le chant de Heitam couplé aux hurlements du bassiste Nicolas fait vibrer la petite salle d’une invocation démoniaque du fond des âges et prépare le terrain aux groupes suivants.

Il aura fallu l’assistance des organisateurs pour comprendre le choix du running order, Fiend est un groupe talentueux et capable de retourner une salle, son antériorité sur la scène en aurait fait logiquement le second groupe de la soirée (Si ce n’est la tête d’affiche). Mais rajouté après le booking il auront finalement fait office de chauffeurs de salle. Personne ne s’en plaint au demeurant car ils embrassent pleinement la fonction et servent avec leur musique un esprit underground sur cette scène au son mal préparé et au show light minimaliste.

Côté Set List, elle s’axe quasi exclusivement sur le dernier album, Seeress. Néanmoins ces inclassables musiciens nous offrent un retour sur les précédents albums avec le titre « The Widow » et même un « St. Helen’s » de leurs débuts.

 

 

Wyatt E.

Une brève pause nous transporte alors vers des contrées plus orientales, le trio Wyatt E. investi la scène vêtue de Burqas qui ne laisse qu’impudiquement dépasser les mains des musiciens (Une plainte à d’ailleurs été déposée à ce sujet auprès du Tribunal Islamique et le procureur requiert la lapidation). Passé l’effet de surprise, les trois compères emplissent la salle de sonorités profondes et basses qui présentent l’avantage de n’avoir pas de chant à proposer. Leur route est psychédélique et promène l’auditoire sur des dunes torturées à grands renforts de sonorités électroniques. La crainte qu’il ne puisse pas combler un vide qu’aurait laissé Fiend semble disparaître, tout du moins, il ne se fait pas de creux au sein du public.

J’avoue ne goûter que moyennement le set qui me semble manquer de relief. Impression toute personnelle, je l’avoue. Le public semble me donner tort et se laisse surprendre dans une nuit saharienne peuplée de Djinns dévoreurs d’âmes. L’orchestration est une réussite qui envoûte la fosse pour en faire un amas de marionnette désarticulées dont je contemple le soubresaut des corps depuis le fond de la salle où me parvient le grondement des percussions africaines. Une fois Wyatt E. retiré, l’avis semble unanime, le set était planant et porteur. J’en regretterais presque d’avoir été laissé sur le bord de la route mais votre serviteur va s’accrocher à ses convictions et survivre.

 

The Lumberjack Feedback

Tout à mes réflexions, je me console devant le montage du double kit de batterie de The Lumberjack Feedback. Une fois le tout assemblé à grand renfort de vaseline pour imbriquer ce Tetris sur une scène aussi petite, les cinq lillois prennent leur tour avec force applaudissement de la salle pas encore au complet. The Lumberjack Feedback se livre à un set parfaitement calibré et fait oublier les défauts de sonorisation du début de soirée. Les batteurs faux jumeaux suivent le même phrasé et se livrent tout en même temps à un jeu détaché et complémentaire.

La Set List met en avant des morceaux qui sur scène prennent toute leur ampleur, notamment avec « Blackened Visions », « New Order II » ou encore « Kill! Kill! Kill! Die! Die! Die! ». Ce dernier titre emporte la fosse tel un raz de marée. La température grimpe malgré la maigre assistance du soir. Il est plaisant de voir le jeu dans lequel s’immerge totalement le bassiste ainsi que Nicolas et Virgile derrière les fûts et l’impact de celui-ci sur la fosse.

Le set clôture avec « Kobe » comme une fuite, une élévation où le jeu se fait plus vivant encore et où chaque musicien s’oublie. Chaque prestation du groupe à laquelle j’ai pu assister est un réel bonheur et ne laisse pas une seule seconde la possibilité de se désamarrer de la scène, la prestation de ce soir ne fait pas exception à la règle. Même dans une arrière salle exigüe et quasi anonyme la magie opère pour ce groupe aux définitions floues dans la musique duquel se mêlent Doom, Sludge et Post-Metal.

Le temps vient de libérer la place, après une bière et un peu de merch’, je prends la température auprès de quelques acolytes. Il est clair qu’il n’aura pas fallu moins de trois associations pour proposer une soirée à l’envergure plus que respectable et promettant un événement de qualité pour la Saturday Mud Fever de cette année, nous resterons donc tous à l’écoute pour capter les premiers ajouts à cette date.

 



Partager cet article :
Voir toutes les chroniques de :
 
 

  •   English version



On a appris hier le décès de Shiran Kaïdine : guitariste dans bon nombre de formations françaises qui gravitaient dans des sphères proches du stoner/doom (dont Year of No Light), il luttait contre la maladie depuis plusieurs années. Shiran n'était pas que talentueux, sa gentillesse, son humilité et son enthousiasme (nous) manqueront.[ENGLISH BELOW]C'est avec une profonde tristesse que nous vous annonçons la disparition de Shiran Kaïdine, après une bataille de 2 ans contre le cancer.Il est parti hier, serein, apaisé, entouré de sa famille et de ses amis.Il est difficile pour nous de trouver les mots justes pour exprimer notre tristesse et le vide qu'il va laisser.Nous sommes nombreux à le porter dans notre cœur, et nous vous invitons à nous rejoindre pour lui rendre un dernier hommage.Vous pourrez lui dire au revoir :– au funérarium (PFG, 98 Avenue de l'Adour, 64600 Anglet) du mardi 21 à 9h au vendredi 24 à 10h – au crématorium de Biarritz (Boulevard Marcel Dassault, 64200 Biarritz) le vendredi 24 à 11h, pour une cérémonie de 1hIt is with deep sadness that we announce the passing of Shiran Kaïdine, after a two-year battle with cancer. He passed away yesterday, peacefully, surrounded by his family and friends.It is difficult for us to find the right words to express our grief and the void he will leave behind. Many of us carry him in our hearts, and we invite you to join us in paying him a final tribute.You may bid farewell:– at the funeral home (PFG, 98 Avenue de l'Adour, 64600 Anglet) from Tuesday the 21st at 9a.m. to Friday the 24th at 10a.m.– at the Biarritz crematorium (Boulevard Marcel Dassault, 64200 Biarritz) on Friday the 24th at 11a.m., for a one-hour ceremony

Voir plusVoir moins

Voir sur Facebook