Thou – Umbilical

Label : Sacred Bones Records (2024)
Chroniqué par Laurent

Difficile de s’y retrouver dans la discographie chaotique et dense de Thou : leur page bandcamp déborde de disques de reprises plus ou moins obscurs, de bandes annonces de jeux vidéos, d’EP, de collaborations… Dans cette jungle digitalo-vinylique, Umbilical n’est que leur 6ème véritable album en presque vingt ans de carrière, et surtout le seul véritable LP depuis le très bon Magus, sorti il y a presque 6 ans. Depuis, jamais inactif, le groupe a expérimenté, s’est frotté à des musiciens différents, s’est confronté à ses influences… En outre, on le sait, Thou est un groupe qui réfléchit (qui a dit « une bande de nerds introspectifs » ?!), qui essaye des choses, et ce nouvel album suscite donc une forte curiosité.

On est cueilli à froid par le très solide « Narcissist’s Prayer » en intro, qui propose probablement le meilleur choix pour rappeler très vite à l’auditeur à qui il a affaire – et fondamentalement que Thou n’a pas changé sur ses bases. Gros riff sale et rampant, mur de guitares, et ce chant de Bryan Funck qui, littéralement, vient couvrir le tout. Jetons immédiatement le pavé dans la mare : les cris de gorge de Funck sont tout à la fois une marque de fabrique inébranlable de Thou et, plus largement, l’un des meilleurs exemples de chant/cris sludge pur jus, tous groupes confondus, sa technique étant clairement au-dessus du lot. En revanche, le groupe propose des choses vraiment très intéressantes (sur ce disque et précédemment) et l’inconvénient de ce chant est son aspect « monocorde », avec finalement un spectre de tonalité très faible. Mixé tellement en avant par rapport aux instruments, il vient très souvent recouvrir l’ensemble pour y apporter une sorte de couche filtrante, qui efface les reliefs et les subtilités instrumentales. Est-on surpris ? Non, la musique de Thou s’est toujours réfugiée derrière ce rempart « d’agression vocale ». En revanche, on peut être un peu frustré, ou plutôt curieux de se demander si, avec un peu plus de nuance, la musique du groupe n’en ressortirait pas plus riche ? Voir à titre illustratif l’excellent « The Promise », où Funck n’est finalement jamais calé sur l’amplitude mélodique développée sur le refrain… Éternel débat qui ne trouvera pas d’issue aujourd’hui.

Le sujet principal est donc la qualité de ces compos, qui cette fois encore est de haut vol. Le groupe s’épanouit évidemment toujours dans un sludge assez classique (riff poisseux, agression sur chaque refrain, mid-tempo ou rapide) qu’il maîtrise sur le bout des doigts, à l’image de quelques pièces maîtresses du disque, comme « Emotional Terrorist », le glauquissime « Siege Perilous » ou encore le très bourrin « I Feel Nothing when You Cry » où Coburn se déchaîne sur ses futs. Mais le quintette de Baton Rouge ne se repose pas sur ses points forts, et vient greffer des plans très intéressants. On pense par exemple à la deuxième moitié de « House of Ideas » et son pattern mélodique très accrocheur, au dévastateur « I Return as Chained and Bound to You » qui mêle hardcore et doom (une certaine définition du sludge…), à « The Promise », mentionné plus haut, probablement le titre le plus catchy du disque avec « Panic Stricken, I Flee ».

Il apparaît très vite que Umbilical va se placer dans le peloton de tête de la discographie du groupe, qui ne compte pourtant pas vraiment d’albums faibles. Efficace, riche, très bien écrit, l’album est assez malin pour proposer de quoi satisfaire à la fois le gros sludgeux bas-du-front amateur d’agression sonore en premier lieu (vous nous connaissez assez pour savoir qu’il n’y a rien de péjoratif selon nous derrière ces qualificatifs…), mais aussi l’auditeur exigeant qui cherche plus de recherche musicale et d’expérimentation, qui trouvera dans les recoins de ce disque de quoi satisfaire sa soif de découverte et d’expérimentation – généralement – réussie. Bref, on est à peu près sur un carton plein, une réussite à tous niveaux – même si réservée à un public réceptif à ce style musical exigeant.

 




Note de Desert-Rock :
   (8/10)

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On a appris hier le décès de Shiran Kaïdine : guitariste dans bon nombre de formations françaises qui gravitaient dans des sphères proches du stoner/doom (dont Year of No Light), il luttait contre la maladie depuis plusieurs années. Shiran n'était pas que talentueux, sa gentillesse, son humilité et son enthousiasme (nous) manqueront.[ENGLISH BELOW]C'est avec une profonde tristesse que nous vous annonçons la disparition de Shiran Kaïdine, après une bataille de 2 ans contre le cancer.Il est parti hier, serein, apaisé, entouré de sa famille et de ses amis.Il est difficile pour nous de trouver les mots justes pour exprimer notre tristesse et le vide qu'il va laisser.Nous sommes nombreux à le porter dans notre cœur, et nous vous invitons à nous rejoindre pour lui rendre un dernier hommage.Vous pourrez lui dire au revoir :– au funérarium (PFG, 98 Avenue de l'Adour, 64600 Anglet) du mardi 21 à 9h au vendredi 24 à 10h – au crématorium de Biarritz (Boulevard Marcel Dassault, 64200 Biarritz) le vendredi 24 à 11h, pour une cérémonie de 1hIt is with deep sadness that we announce the passing of Shiran Kaïdine, after a two-year battle with cancer. He passed away yesterday, peacefully, surrounded by his family and friends.It is difficult for us to find the right words to express our grief and the void he will leave behind. Many of us carry him in our hearts, and we invite you to join us in paying him a final tribute.You may bid farewell:– at the funeral home (PFG, 98 Avenue de l'Adour, 64600 Anglet) from Tuesday the 21st at 9a.m. to Friday the 24th at 10a.m.– at the Biarritz crematorium (Boulevard Marcel Dassault, 64200 Biarritz) on Friday the 24th at 11a.m., for a one-hour ceremony

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