Blue Heron – Ephemeral

Label : Seeing Red Records / Kozmik Artifactz (2022)
Chroniqué par Laurent

Le Nouveau Mexique n’a jamais vraiment été (re)connu comme une plateforme du stoner rock américain, loin s’en faut. On pourra néanmoins se rappeler qu’un ambitieux jeune groupe, Spiritu, avait sorti autour du changement de millénaire un excellent disque  (hey, devinez quoi : on était déjà là et on vous en parlait) qui en appelait d’autres, mais a fini par disparaître discrètement par la petite porte. Son chanteur Jadd Shickler n’est toutefois pas resté inactif tout ce temps, œuvrant en coulisses pour d’innombrables groupes du genre, à travers labels et boîtes de promotion notamment. Vingt ans plus tard environ, ils décident, avec Mike Chavez, le guitariste de Spiritu, de monter un nouveau groupe sur les cendres bien refroidies de leur ancien combo. Leur récent EP nous avait titillé, et on ne s’est donc pas fait prier pour se plonger dans leur premier LP.

Blue Heron (le Héron Bleu, étrange sobriquet convenons-en) propose probablement un extrait de ce qui peut être fait de mieux dans un genre très balisé : celui du stoner « à l’américaine », un stoner rock moderne, heavy, structuré, qui ne se perd pas en jams sans fin ou tergiversations de toute autre nature. Un style où le songwriting est primordial, et très fortement « riff-dépendant », trahissant une approche de la musique heavy bien charpentée, respectueuse de quelques basiques. Une sorte d’hybridation entre les groupes de pur desert rock (Slo Burn et compagnie) et les combos plus « carrés » du Nord-Est des USA (Lo-Pan, Gozu, etc…). Par ailleurs, toujours dans cette veine musicale, une importance significative est apportée au chant, placé bien en avant, avec un vrai chanteur (si si) au style varié, à la voix puissante et accrocheuse. L’effet est toutefois un peu à double tranchant ici : Shickler est présent sur tous les plans, du chant clair limite suave (« Push the Sky », « Salvage ») aux passages puissants et énervés (« Salvage » encore, « Black Blood of the Earth »), en occupant tout le spectre stylistique intermédiaire (« Futurola », etc…). « Double tranchant » car tout en servant habilement chaque compo par un réel effort d’adaptation, cette diversité n’aide pas à mettre en lumière la ligne directrice musicale du groupe.

Côté songwriting, le « jeune » groupe est au rendez-vous de ses ambitions, usant adroitement qui de riffs punchy, qui de leads percutantes et travaillées, qui de mélodies accrocheuses. Le tout est (bien) servi (évidemment) par une bonne prod bien costaude – « à l’américaine », quoi, où rien n’est laissé au hasard. Le mid-tempo énervé est à la fête, bien servi par un son de guitare gras et puissant, adroitement fuzzé, à l’image de « Futurola » ou « Push the Sky ». Le groupe explore aussi des voies moins balisées, avec des morceaux plus complexes, comme « Black Blood of the Earth » (début bourrin avec chant guttural caverneux et blast beat, ouvrant sur la deuxième moitié du titre des plages aériennes de plus pur stoner désertique) ou ce « Sayonara » à l’ambition un peu démesurée (13 minutes, c’est trop, même si la séquence mélodique est porteuse et pas mal pilotée sur la longueur). Au final, 6 chansons (8 avec les deux courts instrus, pas inintéressants pour autant) ça reste quand même peu pour se faire un avis définitif, même si le groupe a le bon goût de ne jamais se répéter entre chaque titre.

Ce premier véritable album de Blue Heron s’avère donc séduisant et prometteur. Il a les (petits défauts) de sa jeunesse : il montre beaucoup de choses, et il est donc un peu ardu d’en faire émerger une identité claire. Mais il y a de l’envie et du (bon) travail, et ce disque devrait contenter les amateurs de desert rock old school et de gros stoner US nerveux.



Note de Desert-Rock :
   (7.5/10)

Note des visiteurs :
   (0/10 – 0 vote)

(Pour donner votre note, cliquez sur le nombre de cactus voulus)


Partager cet article :
Voir toutes les chroniques de :
 
 

  •   English version



On a appris hier le décès de Shiran Kaïdine : guitariste dans bon nombre de formations françaises qui gravitaient dans des sphères proches du stoner/doom (dont Year of No Light), il luttait contre la maladie depuis plusieurs années. Shiran n'était pas que talentueux, sa gentillesse, son humilité et son enthousiasme (nous) manqueront.[ENGLISH BELOW]C'est avec une profonde tristesse que nous vous annonçons la disparition de Shiran Kaïdine, après une bataille de 2 ans contre le cancer.Il est parti hier, serein, apaisé, entouré de sa famille et de ses amis.Il est difficile pour nous de trouver les mots justes pour exprimer notre tristesse et le vide qu'il va laisser.Nous sommes nombreux à le porter dans notre cœur, et nous vous invitons à nous rejoindre pour lui rendre un dernier hommage.Vous pourrez lui dire au revoir :– au funérarium (PFG, 98 Avenue de l'Adour, 64600 Anglet) du mardi 21 à 9h au vendredi 24 à 10h – au crématorium de Biarritz (Boulevard Marcel Dassault, 64200 Biarritz) le vendredi 24 à 11h, pour une cérémonie de 1hIt is with deep sadness that we announce the passing of Shiran Kaïdine, after a two-year battle with cancer. He passed away yesterday, peacefully, surrounded by his family and friends.It is difficult for us to find the right words to express our grief and the void he will leave behind. Many of us carry him in our hearts, and we invite you to join us in paying him a final tribute.You may bid farewell:– at the funeral home (PFG, 98 Avenue de l'Adour, 64600 Anglet) from Tuesday the 21st at 9a.m. to Friday the 24th at 10a.m.– at the Biarritz crematorium (Boulevard Marcel Dassault, 64200 Biarritz) on Friday the 24th at 11a.m., for a one-hour ceremony

Voir plusVoir moins

Voir sur Facebook