Earth Tongue – Dungeon Vision

Label : In the Red Records (2026)
Chroniqué par Laurent

Earth Tongue, la « sensation de 2024 », n’a pas vu sa renommée exploser comme on aurait pu le supposer. Le duo néo-zélandais, désormais plutôt implanté sur le vieux continent, a pourtant un sacré paquet d’arguments à faire valoir – en tout cas en matière d’originalité !

Pour rappel, Earth Tongue a beau exister depuis une grosse dizaine d’années, ils ont été extirpés de la confidentialité par le truchement d’une première partie de QOTSA sur ses dates 2023 en Nouvelle Zélande, qui lui ont ouvert les portes de quelques festivals européens et de quelques dates ici ou là.

Si la musique de la jeune formation n’a pas encore atteint vos oreilles, soyez préparés à une expérience absolument inédite, difficile même à décrire : leur musique pourrait être le fruit d’un accouplement sans ménagement entre Acid King, Abba, QOTSA et les White Stripes… en gros ! Ou, pour résumer de manière encore plus stupide, une sorte de doom psych aux relents pop assumés.

Au fil des écoutes, les différents styles musicaux s’enchaînent dans une sorte de défi dont tout le monde sort gagnant, les riffs fuzzés répondant aux mélodies catchy, les lignes de chant pop faisant écho aux rythmiques sévères. Les influences doom metal (et non pas stoner doom : on parle plus de Pentagram que d’Electric Wizard, pour schématiser) sont assumées, depuis la structure des titres (durée moyenne des chansons : 3min30) jusqu’aux influences thématiques, notamment en lien avec l’occultisme (« Dungeon Vision », « Ritual », « 1000 Curses », « Orbit of a Witch »…).

En termes de son, à l’image de son prédécesseur, ce troisième disque de la formation reprend les trois mêmes composantes clés : le son de guitare garage fuzzé crunchy, sans excès de saturation, de Gussie Larkin, son chant édulcoré subtilement nasillard (et parfois aux limites de la dissonance, comme sur cette section en chœur sur « Ritual »), et la frappe nerveuse d’Ezra Simons – pas l’élément le plus surprenant de premier abord, mais un élément crucial pour la dynamique musicale de l’ensemble.

Avec pas moins de douze nouvelles chansons proposées sur ce nouveau disque, Earth Tongue ne se moque pas de son auditoire. Forcément, sur la quantité, quelques titres ne sont pas des bangers absolus, mais l’approche peut être plus nuancée : dans ce voyage de moins de 45 minutes, on ne s’ennuie jamais ! Alors qu’un gros riff vient vous caresser les oreilles, les atours d’une bluette mélancolique se dessinent aux alentours d’un break. A peine une paire de minutes pour lever les sourcils, qu’on est repassé à un glaviot de rock nerveux, sur un pattern de batterie binaire sec, qui disparaît ensuite sous un déluge de cymbales crash… Sans parler de la parenthèse électro-80s instrumentale (« Symmetry Dipper »), si jamais on avait besoin d’une bouffée d’air frais !

Paradoxalement, il y a une vraie continuité musicale dans cet ensemble… et on en est le premier surpris ! Signe s’il en est de l’identité déjà forte du binôme. En outre, les écoutes s’enchaînent avec un réel intérêt : les refrains accrocheurs et les couplets à fredonner en chœur s’enchaînent, et les chansons de ce nouvel opus deviennent familières (dans le bon sens du terme) au bout d’une poignée d’écoutes à peine.

La musique de Earth Tongue requiert une ouverture d’esprit assez atypique (d’autant plus sur disque), et il apparaît que leur potentiel en terme d’auditoire n’est pas forcément le cumul des amateurs de tous les genres musicaux brassés par le duo. Earth Tongue n’est pas fait pour tout le monde, que cela soit dit, mais peut plaire à beaucoup de monde. Comptons sur l’alignement des planètes (et le bouche à oreille) pour faire se rencontrer tout ce beau monde – il y a pas mal de plaisir partagé à la clé.

 


 



Note de Desert-Rock :
   (7.5/10)

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