Frank Sabbath – Are You Waiting ?

Label : (2017)
Chroniqué par Laurent

 

Les sudistes de Frank Sabbath tracent leur route musicale depuis plus de quatre ans sur un chemin caillouteux et… un peu chaotique reconnaissons-le. Enfanté à Paris, le trio murit sa conception bien spécifique de la musique, avant de se retrouver quelque peu atomisé géographiquement dans l’hexagone. Mu à la fois par une démarche musicale commune et par des contraintes techniques et logistiques, leur production musicale se matérialise naturellement par l’expression de longues séquences jam et autres improvisations, généralement enregistrées d’une traite. Parfois gravées sur vinyl (leur premier album, composé de 2 sets distincts), parfois plus « informellement » (voir leur bandcamp, qui collecte plusieurs de leurs enregistrements), ces bandes ont comme point commun une liberté musicale et instrumentale que l’on sent inspirée du free jazz, déclinée au fuzz rock heavy tendance psyche. Frank Sabbath, sobriquet parfait, donc (Black Zappa sonnait moins bien, reconnaissons-le). Cette nouvelle production s’inscrit complètement dans cette veine.

Le premier contact déstabilise un peu, en tous les cas, et il faut un peu s’accrocher pour rentrer dans l’univers bien barré de nos gugusses. Les écoutes défilent sans déplaisir, et on pense ici ou là à Frank Zappa (c’est inévitable), mais aussi parfois à Mister Bungle, à Domadora pour les passages les plus incisifs, et plus largement à Tia Carrera. On y est : on l’a notre power trio de jam music français, notre Tia Carrera à nous ! Un groupe pour lequel l’exécution d’un morceau à l’identique d’une fois à l’autre est une sorte de non-sens, un groupe qui privilégie l’osmose instrumentale et le dialogue sonore entre musiciens. Domadora tenait bien la barre, un peu seul, avec une approche musicale et instrumentale proche. Sans l’ombre d’une posture concurrentielle, les deux approches, proches mais non identiques, satisferont chacune les aficionados et esthètes du bon son.

EP ? LP ? Autre ? L’objet du jour se retranscrit en quatre séquences plus ou moins carrées dans leur structure, quatre morceaux de 6 à 11 min en gros. Chacun a son identité, ses multiples reflets et rebondissements. « Goat » est bondissant et vif et amène son riff fondateur dans des chemins de traverse passionnants, dont un final de pure jouissance. « Lazarus » est plus lent, plus accrocheur aussi, glissant ses mélodies lancinantes et ses lignes de chant incantatoires dans nos cervelles enfumées. « Take the Lead », plus atypique encore, propose une intro d’ambiance s’étirant et se construisant sur plus de cinq minutes ( !) qui déroule ensuite gentiment sur la seconde moitié. Pas le morceau le plus intéressant, mais déstabilisant, pour sûr. Le comble du barré clôture la galette : « Sasume », avec son riffing sur-fuzzé sur fond de dialogues de films nippons old school, déroule sa rythmique galopante, sans jamais oublier de laisser une bonne place aux soli. Le titre offre une conclusion complètement WTF à un album qui en avait pourtant déjà une bonne dose.

Frank Sabbath est un groupe à découvrir si ce n’est pas déjà fait, et ce disque est un excellent point d’entrée pour pénétrer leur univers. Maintenant, il leur reste à surmonter les difficultés qui les empêchent de déverser plus largement leur savoir-faire sur nos scènes hexagonales (et européennes) car clairement, c’est là qu’on veut les voir.



Note de Desert-Rock :
   (7/10)

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On a appris hier le décès de Shiran Kaïdine : guitariste dans bon nombre de formations françaises qui gravitaient dans des sphères proches du stoner/doom (dont Year of No Light), il luttait contre la maladie depuis plusieurs années. Shiran n'était pas que talentueux, sa gentillesse, son humilité et son enthousiasme (nous) manqueront.[ENGLISH BELOW]C'est avec une profonde tristesse que nous vous annonçons la disparition de Shiran Kaïdine, après une bataille de 2 ans contre le cancer.Il est parti hier, serein, apaisé, entouré de sa famille et de ses amis.Il est difficile pour nous de trouver les mots justes pour exprimer notre tristesse et le vide qu'il va laisser.Nous sommes nombreux à le porter dans notre cœur, et nous vous invitons à nous rejoindre pour lui rendre un dernier hommage.Vous pourrez lui dire au revoir :– au funérarium (PFG, 98 Avenue de l'Adour, 64600 Anglet) du mardi 21 à 9h au vendredi 24 à 10h – au crématorium de Biarritz (Boulevard Marcel Dassault, 64200 Biarritz) le vendredi 24 à 11h, pour une cérémonie de 1hIt is with deep sadness that we announce the passing of Shiran Kaïdine, after a two-year battle with cancer. He passed away yesterday, peacefully, surrounded by his family and friends.It is difficult for us to find the right words to express our grief and the void he will leave behind. Many of us carry him in our hearts, and we invite you to join us in paying him a final tribute.You may bid farewell:– at the funeral home (PFG, 98 Avenue de l'Adour, 64600 Anglet) from Tuesday the 21st at 9a.m. to Friday the 24th at 10a.m.– at the Biarritz crematorium (Boulevard Marcel Dassault, 64200 Biarritz) on Friday the 24th at 11a.m., for a one-hour ceremony

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