Om – God is Good

om-godisgood

Om… le groupe qui fascine ou laisse totalement indifférent. Il faut dire que, né des cendres de Sleep, le groupe a de quoi surprendre avec une musique assez indéfinissable. Qui plus est, leurs détracteurs y voient une musique répétitive voir lassante, manquant d’originalité et ne sachant pas se renouveler. Mais pourquoi vous dis je tout cela? Simplement parce que je fais partie de la première catégorie de personnes et que, si à la lecture de cette chronique vous allez écouter cet album, certains pourraient se dire “mais les gars de desert-rock ils sont bien gentils avec leur chronique dithyrambique mais c’est naze ce truc”. Et à la limite je ne pourrais leur jeter la pierre.
Oui c’est ça, Om on adhère énormément ou pas du tout, pas de juste milieu. Sauf que ce groupe poursuit inlassablement, invariablement même, son chemin et nous voici déjà au quatrième album. Alors oui, mille fois oui, les reproches (sans en être vraiment) que l’on avait fait pour les albums précédents sont encore et toujours les mêmes. On a l’impression que le groupe ne se renouvelle pas vraiment et c’est en partie vraie. Mais sérieusement, que c’est bon. Avec un chant toujours aussi hypnotique, une ligne de basse qui l’est tout autant et un jeu de batterie très subtil et aussi très riche, je ne peux m’empêcher de crier au génie. Car oui, le génie se trouve aussi dans la simplicité (toute relative ici attention). C’est fort, c’est prenant, une longue méditation en quatre chapitres. Et puis ce groupe sait vous surprendre. Prenons par exemple le passage absolument magnifique de flûte pour terminer Meditation is the Pratice of Death, c’est osé mais totalement bien placé, parfaitement bien amené et le rendu est splendide.
Steve Albini est comme pour le précédent opus, derrière la console et contribue à son niveau à l’édification de ce temple. Un travail sobre et efficace, exactement ce qu’il faut pour ce groupe.
Alors voilà, j’ai adoré cet album et je n’ai pas vraiment d’argument pour convaincre ceux qui n’ont pas aimé les précédents, tout comme je n’ai pas besoin d’argument pour convaincre ceux qui aiment déjà ce groupe. Une chronique inutile me direz vous? Surement pas, car si parmi vous j’ai persuadé deux trois curieux d’aller jeter une oreille sur leurs productions, et bien c’est que j’ai fait mon job, vous donner envie de découvrir!

Wo Fat – The Conjuring

wo-fat-the-conjuring
Dans un sud des US bouillant comme ses marécages en plein cœur du mois d’Aout, on ne chiffre plus le nombres de formations rock excitantes, de la scène NOLA jusqu’à la légion de combos Texans, pour qui les guitares et les influences de nuques rouges font parti de l’ADN au même titre que les grandes lampées de bourbon. Enfoncés dans les clichés du coin, qui ne sont finalement que leur quotidien, ces dizaines de « stoner bands » font rutiler leur rock groovy écrasé de soleil. Et ces derniers temps, lorsque l’on parle groove, c’est bien à Wo Fat qu’il faut se référer car c’est peu dire que le trio de Dallas a le deep south collé jusque dans le stetson de Kent Stump, bretteur/chanteur de la bande. Après trois opus à haute teneur en psychédélisme (The Gathering Dark/2007 ; Psychedelaut/2009 et Noche De Chupacabra/2011) récemment réédités en vinyle par Nasoni Records, le combo a franchi un cap avec la publication de Black Code en 2011 chez Small Stone Records. Le mariage entre le trio Texan et l’hyperactif label de Détroit apparait aujourd’hui comme une évidence : Wo Fat s’est mis à composer des hits sans perdre une once de ce groove qui est sa marque de fabrique. Les envolés de guitares de Stump n’ont aucune raison de s’inquiéter de la tenue de la rythmique, tant la paire Wilson/Walter tient la route. Sans perdre de temps, après un split avec Egypt paru sur le label Français Totem Cat Records et après avoir enfin réussi à venir jouer en Europe (une dizaine de dates en compagnie d’Abrahma ainsi que le Roadburn en 2013), le combo s’enferme dans son propre studio de Dallas et enregistre The Conjuring, nouvelle étape discographique d’un groupe décidément en mouvement.

Dans la continuité de The Black Code, Wo Fat prend soin de caresser le stonehead dans le sens du poil et revient sans perdre une once d’efficacité. The Conjuring garde cette aura unique, fait tourner le groove jusqu’à la transe, offrant à Stump une tribune de choix pour dérouler des mélopées de guitares, quelque part entre Earthless et du Southern Rock pur jus. Si les préoccupations de l’album – à l’instar de sa pochette – sont plus sombres, le saint groove est intact et quelques pièces maitresses viendront compléter la set list déjà aiguisée du combo (« The Conjuring », « Beggar’s Bargain »). Le trio conclut comme par tradition sa galette avec une épique pièce de 17 minutes, « Dreamwalker » et impose dans la continuité de sa discographie sa lente mue en un parfait mélange d’héritage southern rock et de préoccupation fuzzées. Peut être un poil moins immédiat que The Black Code, surement plus pessimiste aussi, The Conjuring est une cinquième étape importante dans le voyage proposé par cette formation qui commence clairement à compter.

Le point vinyle : Edité en LP en même temps qu’en CD (une vraie évolution du ce coté chez Small Stone), en version 180g translucid Orange (500 exemplaires, as usual), l’objet est magnifique. Il ne manque plus qu’une carte de téléchargement, comme à chaque fois avec Small Stone, voire un gatefold pour être au top.

Sardonis – II

sardonis-II

Sardonis n’est pas comme son patronyme pourrait le laisser supposer un groupe folklorique grec pour amateurs de Sirtaki. Sardonis c’est en réalité deux flamands un peu rustres, un peu aigris aussi apparemment, qui depuis bientôt huit ans passent un petit peu trop de temps tous les deux à ressasser leurs idées noires dans leur cave en répétant des riffs à longueur de journée… Au final on va pas pleurer, parce qu’on prend quand même une bonne claque revigorante à l’écoute de leur très audacieusement nommé second album, “II”, sorti il y a plus d’un an (Desert-Rock, à la pointe de l’actu !).

Sardonis, donc, c’est du gros doom très gras. Lorsqu’il devient trop graisseux, la musique du binôme belge peut laisser entendre quelques sonorités sludgesques, mais au final, c’est plutôt du doom mâtiné de grosses rasades metal, pour les assauts rapides et violents qui étayent ses riffs lents et patibulaires. Autre spécificité de la musique de Sardonis : c’est instrumental, il n’y a pas de chant. Le champ musical exploré par le groupe est intéressant, car accessible au plus grand nombre : les fans de doom les plus puristes pourraient se détourner des explorations diverses du duo, mais ce serait dommage. Les autres fans de stoner un peu pointu et rugueux devraient se délecter de cette galette qui dévoile son potentiel au bout d’une poignée d’écoutes : les premières écoutes distraites font penser à un croisement un peu bâtard entre Electric Wizard et High On Fire. Mais petit à petit, on s’aperçoit que le groupe explore en réalité toute la gamme entre ces deux tendances, avec réussite. Il injecte des saillies puissantes après une séquence de trois minutes tournant sur le même riff monolithique joué à la vitesse d’un pachyderme anémié sans que ça choque (voir “Burial Of Men” ou “The Drowning”), il s’engage dans une cavalcade metal sans perdre son son gras et aiguisé une seule seconde (voir “Warmonger” ou le très metal “Emperor”), etc… Et ça déroule ainsi sur presque quarante minutes, qui se concluent par l’épique et monumental “Aftermath of Battles”, audacieusement entamé et terminé par une gratte acoustique, avec au milieu une montée en puissance presque malsaine, qui mène à un passage plus doom porté par une rythmique presque martiale, puis une section plus enlevée avec soli dans tous les coins (jouer ça en live ça doit pas être évident avec une seule gratte…).

Bref, Sardonis est un groupe qui, c’est assez rare pour être précisé, propose certes une musique pointue, rugueuse, âpre parfois, mais qui offre un grand nombre de facettes et de points d’entrée pour les amateurs de plusieurs tendances de stoner. Pas une musique facile, mais un disque qui récompense l’auditeur qui s’en donnera la peine.

Monster Truck – Furiosity

monster-truck
On avait vu Monster Truck l’an dernier en première partie de Vista Chino sur un paquet de dates européennes (rappelez-vous : cette tournée qui a si prodigieusement et opportunément évité la France et autres terres francophones…), ce qui avait commencé à nous titiller sur ces quatre canadiens presque inconnus. Faut dire aussi que le groupe est plutôt jeune (moins de cinq ans d’existence) et n’avait pas encore eu l’opportunité de se faire connaître de ce côté-ci de l’océan Atlantique avant ce petit événement : avec seulement deux EP sortis plutôt confidentiellement, leur réputation reste à faire. C’est donc avec une certaine circonspection mêlée d’une touche de curiosité que l’on reçoit enfin ce disque, leur premier véritable album.
On se laisse emporter assez vite par ce quatuor et leurs compos bien efficaces. On est devant un disque de gros rock très calibré, y’a du gras, y’a du volume, y’a de la guitare… Tout ça est puissant et accrocheur, et il est, avouons-le, difficile d’y résister. Bien emportés par la puissance remarquable de l’organe vocal de leur frontman Jon Harvey, les titres sont bien balancés, entre brûlots rapides et percutants (“Psychics”, “Boogie”), mid-tempo efficaces et puissants (“The Lion”, “Power to the people”) et même titres plus lents pour calmer les esprits (“For the sun”, le presque soul “My love is true”). Les bonhommes jouent bien, on a des soli de grattes bien chiadés… Tout roule ! On a même une dose de boogie bien agréable, bien étonnante de la part d’un groupe émanant de contrées si éloignées des torrides états du Sud des Etats-Unis (“Undercover Love”, le presque blues-rock “Call it a Spade”). Ceci est à mettre au profit aussi des lignes de clavier très “Hammond-esques” de Brandon Bliss, discrètes au fil du disque, mais qui apportent un son bien particulier en fond de chaque titre (ça peut ne pas plaire à tout le monde…).

Niveau son, et prod, ça déboîte. C’est de la grosse prod, “à l’américaine”. Une belle mécanique quoi. Pour pousser l’analogie automobile, si Fu Manchu c’est la bonne vieille Trans Am Firebird qui va bien décalaminer le pot sur les highway californiennes, Karma To Burn une vieille Ford Mustang vrombissante et qui tient bien les virages serrés, Hermano une grosse Dodge Charger bonne routière propice aux grosses accélérations en ligne droite… et ben au milieu, Monster Truck c’est plutôt une grosse Lexus fraîchement sortie de chez le concessionnaire ! Une jolie bagnole rutilante, bien clinquante, joli design, finition impeccable, et un moteur qui ronronne comme il faut, doté de perfs impeccables sur circuit… Un beau joujou quoi, il y a matière à se faire bien plaisir, et c’est ce qui se produit sur “Furiosity”. Mais ici ou là ça manque un peu de gras et de cambouis pour être complètement excitant ! On aimerait que ça crache un peu, qu’il y ait quelques dérapages pas trop contrôlés qui laisseraient un peu de gomme sur nos cages à miel bitumées…

Même s’il n’est pas à proprement parler un groupe de stoner comme on peut se l’imaginer, Monster Truck propose avec son “Furiosity” un disque qui, s’il manque d’audace au sens “style musical”, compense bien par une qualité d’exécution et de composition qui feront faiblir bon nombre d’entre nous. C’est très puissant et très bien fait, et la réputation live du groupe trouve désormais une incarnation sur disque à sa hauteur. Attendons de voir vers quels rivages le groupe poussera son orientation musicale sur ses prochaines galettes pour y apposer ou pas un tampon “Desert Rock”. Pour l’heure, qualitativement, on peut dire qu’il y a du matos…

Radio Moscow – Magical Dirt

radiomoscow

Radio Moscow c’est d’abord un groupe purement 70’s. Power-trio, psychédélisme, wah-wah, fuzz et moult effets et techniques sont au programme et en quantité illimitée. Le vice est poussé au maximum en produisant la sensation d’écouter un enregistrement à l’ancienne. Radio Moscow c’est aussi Parker Griggs, créateur du groupe, chanteur et guitariste. La rumeur dit qu’on est ici face à l’un des meilleurs guitaristes en exercice. En tout cas, cela ne me semble pas aberrant. La technique restant heureusement au service du feeling. La voix est quand à elle un condensé du meilleur entre groove et puissance en plus d’être une véritable signature. Nous voilà face à la cinquième mouture.

Le premier morceau “So Alone” est lancé en saccades, en boucles et sur un rythme endiablé. Une minute et on est déjà gratifiés d’un court solo puis la voix prend le relais. Suit encore wah-wah avant le solo repris et agrémenté. Je ne parlerais pas en détails du superbe solo final à consonance psychédélique parce que c’est assez difficile à retranscrire. Ce qui est sûr, c’est qu’on y prend son pied !
Ce premier morceau résume finalement assez bien le style du groupe. Les riffs sont lancés à grande vitesse, les solos ne sont jamais très loin et la voix nous accroche l’oreille. L’album continue sur cette lancée sans freiner ni baisser en qualité. Sans forcer, on imagine assez bien à quel point les montées psychédéliques doivent nous emporter en live (“These Days”), tout comme les avalanches de wah-wah (“Before It Bruns” qui possède aussi quelques sonorités orientales). Seuls événements modifiants le programme, à mi-parcours un morceau plus blues au tempo ralentit “Sweet Lil Thing” et une presque ballade en presque acoustique pour conclure l’effort avec “Stinging”.

Graphiquement le groupe évolue dans un univers qui lui appartient à base de lunettes qui pense au troisième œil et divers collages. En toute subjectivité, ce gigantesque champignon montagnard aux couleurs pastels est une réussite.
Pour terminer, du classique oui, mais du bon aussi.

Zombie King – Calling the Unknown

zombie king
Zombie King est un quatuor trouvant son origine dans la sympathique région de Charleville-Mézières, une ville pas forcément connue pour son riche patrimoine de groupes de rock. Et pourtant, depuis bientôt six ans, Zombie King y roule tranquillement sa bosse, proposant en ce début d’année leur troisième production, sous la forme de ce EP quatre titres.

Musicalement, Zombie King évolue dans un stoner rock absolument classique. Vraiment, pas la peine de tergiverser ou de se retourner le cerveau : on frôle ou on survole occasionnellement quelques “sous-genres” stoner ici ou là (ouais, y’a quand même un peu de vieux doom là derrière), mais franchement, on est en plein dans du stoner pur jus. Spécificité qui très vite prend le pas sur toute considération : le groupe est emmené par une chanteuse, phénomène assez rare pour être signalé, a fortiori dans l’hexagone (on salue les Water Pipe Cult au passage, évoluant dans un genre un peu différent). Le chant d’Emeline est donc clairement une clé de voûte stylistique du groupe. Faut dire que son timbre intéressant tient bien la route, et ses intonations et incantations presque hantées ici ou là (la fin de “Ghost of the Ancient Witch”) rappellent même les premières productions d’Acid King, avec les premières velléités vocales d’une Lori moins assurée qu’aujourd’hui. Zombie King met donc le paquet là-dessus, c’est légitime – un peu trop quand même peut-être, avec notamment un mix où tout semble tourner autour (ou derrière) ces vocaux. Faut dire que derrière ça joue pas mal, et la baraque est fort bien tenue, sans outrance non plus, personne ne se met en avant (voir les soli ou modestes leads très très timides qui peuvent intervenir ici ou là). C’est une qualité et, sur une galette de quatre titres bien homogènes, une clé d’efficacité.

Niveau compos c’est quand même pas mal foutu. Le riff introductif de “Beggars from another world” est un peu trop sabbathien pour être honnête, certes, mais c’est fort bien exécuté, et ça fonctionne bien, notamment dans son coup de boost en fin de chanson. “Haddonfield’s Sabbath”, un titre diversifié qui emprunte occasionnellement au psyche rock 70’s, est peut-être pour moi le titre le moins efficace – à trop partir dans tous les sens, on perd un peu le fil conducteur du morceau. “Cosmic Guru” est plus carré, à l’image de sa ligne de basse sans chichi qui fait le job en enrobant le master riff lui aussi simplissime. La deuxième partie du titre varie un peu (pas mal le solo) mais ça fonctionne toujours. Pour finir “Ghost of the Ancient Witch” synthétise bien la teneur musicale du combo, avec là aussi une fin de chanson en mode accéléré du plus bel effet.

Au final, on est satisfaits de constater que Zombie King occupe une place encore inoccupée dans le paysage stoner français aujourd’hui bien étoffé : le groupe trace son chemin avec son originalité et son intégrité, et son EP ici présent est à son image. Un bon EP, qui donne envie d’entendre plus de titre dans cette mouvance.

Sleepy Sun – Maui Tears

SleepySunMauiTears

Sleepy Sun, c’est plus pareil depuis le départ de Rachel Fannan…..enfin, c’est ce que laissait entrevoir le précédent « Spine Hits ». Avec ce nouvel effort, « Maui Tears », les californiens inversent la tendance.

Les 9 titres qui composent cet album sont autant de morceaux différents, et contiennent à la louche 96 idées elles aussi toutes différentes. Certaines mauvaises langues objecteront que trop d’idées tue l’idée. N’en reste pas moins que l’on se laisse prendre à une course poursuite mélodico-psychédélique sans jamais pouvoir rattraper un groupe qui a toujours 8 longueurs d’avance. Symbole de cette réussite, l’incroyable « Everywhere Waltz » et son final a capella, où comment, pendant 6 minutes, acculer l’auditeur dans les cordes et parvenir à toujours le cogner là où il s’y attend le moins. KO assuré. L’auditeur est donc ballotté, au gré des pistes, entre le hawaïannisme des Beach Boys sur le très très très très lent « Slowdown » (qui porte très très très très bien son nom) ou encore la british touch d’un Placebo sur une piste comme « Galaxy Punk ».

Exception faite de « The Lane », et de son riff pourtant bien trouvé et ma foi assez burné (attention, tout est relatif, on parle de Sleepy Sun quand même), cet album est assurément moins « stoner » que ses prédécesseurs. Il devrait néanmoins ravir ceux qui s’étaient laissés prendre au jeu des albums précédents. Pour les plus puristes des fans du combo, seul le morceau titre les envoûtera pendant un peu plus de 10 minutes et leur laissera encore entrevoir une lueur du Sleepy Sun d’antan.

Ce « Maui Tears » est un disque intéressant, fort riche, mais destiné à une poignée d’aficionados…..ou aux plus curieux d’entre vous.

Crowbar – Symmetry In Black

crowbarsymmetryinblackcd

Crowbar est de ces nombreux groupes qui ont, depuis une dizaine d’années vécu dans l’ombre du géant Down, partageant le temps – et l’inspiration – de son guitariste Kirk Windstein (puis de Patrick Bruders, nouveau bassiste du supergroupe de NOLA). Déjà responsable de sept opus studio notables entre 1991 et 2001 et dépositaire d’un sludge/harcore où la pesanteur des riffs est élevé au rang d’art, le combo s’est même permit d’atteindre le sublime le temps d’Odd Fellows Rest en 1998.

Mais à l’instar de la carrière de Corrosion of Conformity ou EyeHateGod, celle des petits princes du riffing US a pâti dans les années 2000 du retour de l’ogre Down au premier plan. Qui se souvient vraiment de Lifesblood For The Downtrodden, publié en 2005 pourtant seul témoin discographique du combo lors de cette longue décennie de disette ? Pas grand monde. Heureusement aujourd’hui Windstein a prit conscience qu’il avait tout à gagner à faire vivre – et tourner – un maximum ce projet qui lui doit tout. Sever The Wicked Hand, paru en 2011 lui a remit en bouche le goût de sa parfaite mixture de hardcore et de sludge. Exit Down pour le natif de Middlesex (oui Middlesex) tandis que Patrick Bruders (vu aussi dans Goatwhore et EyeHateGod) a, lui, prit la décision inverse et s’est vu remplacé par Jeff Golden. Crowbar fête en 2014 ses 25 ans avec la publication de Symmetry In Black, élégamment habillé de noir – anniversaire oblige. Lorsqu’il s’agit de parler d’un nouvel album de Crowbar, cela revient à mon sens à l’étalonner vis à vis d’Odd Fellows Rest, unité de mesure absolue parue au milieu du suffocant été 1998. Insurpassable tant ses qualités de mélancolie mélodique et de puissance dans la lenteur, le chef d’œuvre du combo était un tournant du son Crowbar, une parfaite synthèse de ce qui fait de ce groupe un composant unique de la scène heavy US. Et Sever The Wicked Hand par bien des aspects m’a procuré à sa sortie des frissons équivalents à ceux ressenti à la découverte du masterpiece susmentionné. Faisant suite à ces glorieux antécédents, Symmetry In Black se révèle un poil moins fédérateur, moins passionnant. Pourtant le duo de composition Windstein/Brunson n’a rien perdu de son efficacité et apprendre qu’une bonne moitié des paroles ont été écrit par le vieux briscard barbu en collaboration avec sa femme et plutôt touchant. Reste que les quelques grosses raisons de s’enthousiasmer (« Walk With Knowledge Wisely », « Symmetry In White », « Reflection Of Deceit » ou la respiration « Amaranthine ») ne suffisent pas à élever cet album pourtant fort agréable au panthéon de ce que les artificiers de la Nouvelle Orleans ont produit de mieux lors des 25 années qui ont composé  leur brillante carrière. Mais l’album semble par bien des aspects faire la synthèse de tout ce qu’à représenté Crowbar durant sa frustrante carrière, revenant sur le versant hardcore de ses débuts avec « Symbolic Suicide », que Windstein dédicace à Peter Steele, eu égard de l’influence que le bonhomme a eu sur la scène heavy mondiale (il expliquera en interview que la découverte d’une cassette des premières démos de Carnivore, groupe pré-Type O Negative de Steele aura été pour beaucoup dans les choix d’orientation musicales pris par Windstein et Bower à la toute fin des années 80). Quelques autres morceaux plus dispensables (« Ageless Decay », « Teach The Blind To See ») font également le pont entre les périodes et semblent donner un sens de synthèse à cet opus anniversaire pas forcement appelé à faire date dans l’histoire du groupe. La fin poussive de l’opus confirme alors cette sensation d’honnête travail manquant d’un supplément d’âme.

S’il ne faut alors juger Symmetry In Black que par la joie que son écoute procure, il est indéniable que nous sommes en présence ici d’un brûlot tout a fait valable même si, et c’est là un très joli défaut, chaque note de cet opus me donne envie de me replonger dans ce voyage magnifique qu’est l’écoute d’Odd Fellows Rest. La malédiction des groupes qui ont un jouer eu l’honneur de toucher au sublime.

Floor – Oblation

floor-oblation
Le patient du jour se prénomme… Floor… oui c’est bien ça : Floor.
Le patient susnommé présente à la première écoute une forme de trouble de la personnalité multiple. En effet une certaine alternance de personnalités semble se produire au fil des morceaux sans que le patient, ce Floor, ne puisse apparemment le contrôler. Mais ce cas ressemble fortement à un cas plus renommé. Un certain Torche, non ? En effet et pour cause à la genèse de Torche il y avait Floor mené également par Steve Brooks.
Première rencontre discographique avec le groupe pour ma part. Le groupe existe depuis 1992, n’a jamais réussi à sortir quoi que ce soit d’autres que des singles avant 2002, pour splitter en 2003, se reformer en 2010 et sortir un nouvel album en 2014… Ca a de quoi jouer sur les nerfs effectivement.

Et ça commence très fort avec la chanson éponyme de l’album : « Oblation » : riff massif joué à l’unisson par deux guitares sous-accordées, au diable la basse à deux grattes on fera sans aujourd’hui, et une batterie qui matraque. Puis ce qui frappe d’entrée c’est le chant ! Cette voix ! Mais c’est qu’il a une voix claire ! Une voix claire ! On finit par oublier que le chant sonne bien aussi sans glaviots au fond de la gorge, sans whisky pour brûler les cordes vocales, sans fumée pour enrouer la glotte. C’est donc une belle voix claire qui nous accueille. Pas d’une puissance inouïe mais avec ses lignes originales gonflées de mélodies, Steve Brooks, à la guitare et au chant, nous rappelle ainsi que le son « Torche » tient pour beaucoup de lui. Ce décalage pop/sludge unique. Ici plus que du sludge, on lorgne même vers des horizons doom.
Deuxième morceau « Rocinante », on accélère un peu le tempo même si on reste dans la même démarche et on finit sur une pesanteur doomique. On commence par se faire attraper par cette approche qui déroute. Les guitares sont crades mais le son est clair. Ca sonne froid et gras à la fois. La voix est douce et les riffs suintent. C’est pesant et doux en même temps, contraste de mélodies et de plans lourds. On ne sait jamais sur quel pied dansé, bien que danser est certainement la dernière chose que donne envie de faire le trio. Les troubles psychotiques du groupe sont réels, c’est comme si votre meilleur ami était serial killer.

Pour éviter le sentiment de répétition, le groupe sait se jouer de quelques breaks punks, claque des riffs parpaings à tour de bras, pond des mélodies entêtantes, sort des petits interludes instrumentaux et surtout boucle le tout en moyenne en 3 minutes pour chaque morceau. L’efficacité pop au service d’un sludge/doom de derrière les fagots. Ecoutez « Sister Sophia » et vous comprendrez. Néanmoins ça s’enchaine tellement que sans crier gare, les nuances pourraient presque vous échapper. Ca rendrait presque l’album inoffensif pour un tueur en série.
C’est finalement quand le groupe se pose, que la magie est totale. « Sign of Aeth » et ses près de 8 minutes de synthèse d’album. Là l’atmosphère a le temps d’être posé, les breaks le temps de se développer, les riffs le temps de s’appesantir, la voix le temps d’envouter. Quel dommage que l’album ne se clôt pas ainsi, les deux morceaux de fin faisant plus figure de bonus « il y a en a un peu plus, je vous le laisse ».

De par certains arrangements et mélodies, je dirais que Floor fait de la cold wave-sludge. Ce côté désenchanté, un peu mélancolique, fait de contraste. Ca ne s’écoute pas à la fraîche au levé du soleil. C’est un disque entre chien et loup. La pénombre n’est pas totale, il fait encore assez jour pour ne pas avoir besoin de lumière. Mais pour percevoir la richesse qui nous entoure, il faut être attentif. Le nom de l’album fait référence à une offrande, mais ce n’est pas une musique qui se donne si aisément. Attardez vous sur ce patient, c’est un cas d’école.

One Night Stand – Brothers in the Raw

ONE-NIGHT-STAND_Brothers-In-The-Raw

 

Groupe originaire de Strasbourg, One Night Stand accouche en octobre 2013 d’un premier album autoproduit intitulé « Brothers in the Raw ».

En l’espace de 12 titres, le quintet nous livre une prestation plus qu’honorable. Au programme : du rock n’roll ra(va)geur, des riffs efficaces, un rythmique solide et, à certains moment, une urgence « punk ». A l’écoute de « Speedfreak », de « Glory Hole » ou encore de « Who’s Your Daddy ? », il est évident que nos lascars ont biberonné du AC/DC et autre Motörhead, et ce pour notre plus grand plaisir.

Et même si, finalement, One Night Stand ne révolutionne pas le genre, les morceaux de ce skeud sont accrocheurs et respirent la fraîcheur. Et c’est bien le principal pour passer un bon moment.

Avec ce « Brothers in the Raw » qui ravira les fans de rock old-school, les One Night Stand ne resteront pas longtemps inaperçus. Ils ont d’ailleurs déjà ouvert pour Valient Thorr et Nashville Pussy.

A suivre.

Stonerpope

Causa Sui – Summer Sessions Vol.1

causa-sui-summer-vol1

Oublions les tracas du quotidien voulez-vous ? Faisons fi de la grisaille automnale, hivernale ou printanière suivant la saison où vous lirez cette chronique. Fermons les yeux et projetons-nous sous le soleil bienveillant de l’été. Vous stoppez le moteur de votre véhicule, contemplez la baie de Figari au sud de la Corse et souriez à votre compagne/compagnon/animal de compagnie qui, radieuse/radieux/poilu, vous tend le « Summer Sessions Vol.1 » de Causa Sui.

Paru à la fin des années 2000, l’album des danois pourrait avoir 50 ans tant il excelle dans l’art délicat du psychédélisme. « Vision of Summer », épique voyage acide et coloré, nous embarque pour 24 minutes de transe sensuelle. Articulé autour de quatre mouvements, le morceau réussit la prouesse de nous faire traverser son paysage sonore sans ennui. D’un début hypnotique, développé autour d’un riff répété jusqu’à la transe et son principe de fréquence métronomique, l’on passe à un bon quart d’heure de jam psyché et acidulé piqué de pointes synthétiques. Le final est une explosion orgiaque de prog-rock fiévreux, incandescent. Tudieu ! 24 minutes bandantes oscillant entre Zappa, le Floyd et The Mars Volta. Ces mecs savent composer. A tel point que les trois autres morceaux pourraient passer pour des hymnes punks avec leur « petites » 7 minutes de durée moyenne.
« Red Sun in June » est le cocktail parfait pour se reposer entre deux cavalcades prog, la tequila sunrise de l’album. Un morceau sucré, rafraîchissant, arpégé mais qui monte en puissance au fil des minutes pour aboutir à une cascade de solis baignés de reverb’. Le soleil rouge de juin, celui qui réconforte l’épiderme, qui l’apaise. Causa Sui enchaîne parfaitement avec « Portixeddu » et son groove sud-américain. On pense à Santana période moustache flamboyante, à Gong, à ces jams incessants, aux ritournelles percussives qui explosent l’esprit. La chaleur est encore au rendez-vous mais celle-ci perle le corps de sueur et injecte une grosse dose d’intensité sexuelle avec son saxophone hurlant de plaisir. On ne respire plus dans ce morceau. On exulte, on crie, on s’oublie. La compo stoppe, quasi-net, nous laissant haletant, un peu perdu sur le sable, face à la mer.
« Soledad » solitude, cette infime instant post-orgasmique où l’infinité du monde et l’étroitesse du corps ne font plus qu’un. Le titre clôt le « Summer Sessions Vol.1 » de belle manière. La guitare se fait plus puissante. Causa Sui pousse le gain, simplifie la structure pour mieux nous achever. Plus direct, moins prog, un fade out efficace et puissant qui explose le reste du corps.

En quatre morceaux, Causa Sui vient de composer la BO parfaite pour faire l’amour. Intensité, progression rythmique, cassures, envolées, respiration. Jamais un album n’aura aussi bien porté son nom. « Summer Sessions Vol.1 » n’est pas un disque de surf, non, c’est un album de dune, sensuel et érotique. Un véritable voyage sensoriel et physique que je vous conseille d’écouter lorsque vous préparerez vos prochaines vacances sous le soleil rouge d’été.

Down – IV, EP I & II

down-ep1-2

Down est de ces combos qu’il n’est plus nécessaire de présenter. Dès son premier opus en 1995, le quintet américain s’est imposé comme une implacable machine à riff, un dealeur hautement recommandable de rock graisseux. Bande de potes issus de ce que le sud des US a fait de mieux dans les années 90’s (Pantera, Crowbar, EyeHateGod et Corrosion Of Conformity), ses musiciens revendiquent une liberté absolue et un régionalisme identifié, tamponné du Lys et siglé des quatre lettres : N.O.L.A. pour New-Orleans Louisiana, devenus l’ancrage ou encrage de nombreux barbus à travers le monde. Auto qualifié récréation musicale, n’affolant pas les majors et se refusant aux tournées, le groupe assumait sa position de respiration musicale aérant les têtes pleines de riffs de ses rednecks tatoués de membres, devenus prophètes du southern métal à travers les continents. Aujourd’hui les choses ont bien changé. Pantera a été définitivement abattu à Colombus en 2004 et Down, par la force des choses, a remplit le vide laissé par les divins thrasheurs. Désormais entité principale de ses protagonistes, forçant Crowbar, EyeHateGod et Corrosion Of Conformity à modifier leur rythme et leurs habitudes, loi du dollar oblige, la bête déboule en force sur Roadrunner, multiplie les tournées, tire sur la pompe à fric et épuise Rex Brown pour des raisons bassement monétaires.

Down III en 2007 signait le grand retour discographique du combo sans pour autant marquer les esprits aussi durablement que ses deux insurpassables prédécesseurs, mais se positionnant tout de même comme un disque solide, émaillé de quelques pépites passionnantes. A partir de ce moment, Down deviendra un mastodonte du genre, un nom dont on affiche le logo sur la main stage dans tous les festivals pour hommes en noirs et pompes à bières. Alors qu’une suite se fait attendre, Anselmo annonce dès 2011 qu’à en juger par l’état du marché du disque mondial, les nouveaux titres ne sont que prétextes à partir en tournée et que le matériel récemment composé par sa clique sortira à intervalles réguliers sous formes d’EP. Un premier en 2012, vite affublé du surnom de Purple EP puis un second en 2014, sans qu’une couleur dominante ne permette de filer la métaphore pigmentaire.

Entre la publication des deux dits supports, Kirk Windtstein quitte le navire, plus enclin à vivre sa vie de capitaine incontesté et incontestable au sein de Crowbar, son plus fiable navire. A l’heure de l’introspection, la cinquantaine approchant, il semble évident que se dissoudre dans de multiples projets faire perdre de vue l’essentiel. Remplacés par un roadie de luxes (handicapant ainsi Honky, nouvelle formation à pâtir désormais de l’emploi du temps de l’ogre Down), la désertion n’entrave pas la marche en avant du combo mais ne semble pas arranger son déclin en matière de composition. En effet, le premier Ep ne brillait pas autant que les précédents joyaux d’un combo à la discographie hautement recommandable. Pourtant serti de quelques pièces de luxe (« Witchtripper », « Misfortune Teller ») l’ensemble est inégal et semble bâclé. La déception était alors suffisante pour doucher les attentes concernant les trois pièces suivantes, déjà en fabrication.

La question de l’intérêt du second EP apparaît finalement comme presque philosophique, si l’on considère que cette bande de potes, prônant la récréation sans avenir (Down, 1995) ou revendiquant la plaisir de s’enfermer pour des semaines de jams et de défonce (DOWN II, A Bustle In Your Hedgerow, 2002) publie désormais leur musique sous forme d’Ep ou interchange ses musiciens tant que cela permet de respecter le planning. Las de ne pouvoir reformer Pantera à cause des dégâts causés par sa grande bouche au fil des années, Anselmo, brailleur en chef, cumule les annuités, plus conscient finalement que ne semble l’être son public que sa voix montre des signes de faiblesse. Sa reconversion dans le music business via son label (Housecore Records) ne risquant pas de financer ses vieux jours, puisque ce dernier n’a rien compris au retour du support physique de qualité et est de toute façon bloqué par des goûts franchement douteux et une ligne artistique pour le moins contestable.

Down IV part II est donc la résultante de tout ce chemin parcouru sans semer les précieux cailloux qui aurait permis de retrouver la bonne direction, celle du riff qui fait mouche et des breaks qui luxent les nuques les plus entrainées. A l’image du poussif Ep précédent, cette nouvelle fournée n’offre aucun intérêt, versant faiblement dans le heavy métal musculeux, ressassant quelques gimmicks sans jamais n’offrir une pièce de bravoure suffisamment tangible ou un quelconque refrain marquant. Il ne subsiste qu’une impression de bouillie bayou dont les inflexions grassouillettes donnent envie de dépoussiérer les albums précédents, et réentendre les titres poisseux qui ont formé la légende. Le sort réservé à l’écoute de cet album était sellé avant même sa publication, rien de bon n’est possible lorsque l’on verse dans l’auto caricature par nécessité conjoncturelle.

A ceux qui me répondront qu’il fait du bien d’entendre de vieux amis revenir avec du matériel neuf, je leur suggère de réfléchir à ce que Down nous prive et nous a privé pendant tant d’années en éloignant des musiciens talentueux de leurs amours premiers. Crowbar, Corrosion Of Conformity ou EyeHateGod sont tous de retour ces derniers temps avec des opus bien plus intéressants que ce fatras métallique tiède comme une Bud depuis trop longtemps sortie de la glacière.

Southern Badass – Born In Mud

southern-badass
Southern Badass, avec un nom pareil on s’attend à un groupe de stoner metal dans ce style si prolifique et populaire il y a 2-3 ans ou le nombre de musiciens français en chemise à carreaux se revendiquant de la scène nola pullulaient.

Et bien aussi incroyable que ça puisse paraître c’est le cas ! Mais et j’insiste sur le mais car il a son importance : ici tout est revendiqué et assumé. Du coup on arrive à rentrer dans la musique et à apprécier ce mélange sans prise de tête.

L’album est assez classique et efficace avec des références aux groupes des années 90. D’ailleurs dans les influences citées on retrouve Down, Corrosion Of Conformity, Sasquatch, Metallica et Black Sabbath. J’ajouterais Ugly kid joe et ZZ top pour le coté fun et à la cool .

Bien qu’un peu long on se retrouve à hocher la tête tout le long de l’album et pour le style pratiqué j’ai envie de dire que c’est un signe que le but est atteint !
En fait non, parfois on arrête de taper du pied et on s’évade dans les plaines de l’Arizona, c’est à ces moments que je comprends pourquoi il est également noté Enio Morricone comme source d’inspiration, jetez une oreille sur “Dusty road” pour avoir une idée de ce dont je parle.

Petit bémol sur la production, le son est peu trop froid pour être adapté à la zik, c’est très correct mais on sent le home studio. Plus précisément sur la batterie qui est un peu trop sèche et impersonnelle, en dehors de ça les guitares pourraient être plus massives mais rien de catastrophique à ce sujet. Niveau chant, le panel est assez large et malgré un léger manque de conviction ou de maîtrise sur certains passages on sent que le maître à pensées du projet se fait plaisir !
Et oui, derrière ce groupe il n’y a qu’une seule personne, c’est assez rare dans ce milieu pour mériter d’être souligné.
C’est un peu dommage de se dire qu’on ne verra donc pas le groupe en concert mais puisque ça fonctionne ainsi pourquoi demander autre chose ?

Chaque morceau raconte une histoire, cowboy, sorcières, sud profond, pinard, marécage et compagnie, à chaque changement de piste on pénètre un peu plus dans la boue d’où est tiré ce disque.

Typiquement le genre de groupe qu’on écoute en soirée, entre potes en buvant quelques bières et en s’efforçant d’aborder les sujets les moins prise de tête qu’on ait en stock afin de passer une soirée bien cool.

Mon prof de géo vient de m’appeler et me confirme que je suis toujours aussi nul : que Pau est bel et bien une ville appartenant à la Louisiane … et moi qui croyais pouvoir y aller en voiture cet été …

Sylvain

The Ultra Electric Mega Galactic – The Ultra Electric Mega Galactic

the-ultra-electric-mega-galactic-album-cover

Le cas Ed Mundell est un peu particulier. Propice à tous les clichés putatifs, le bonhomme n’est finalement jamais allé où l’on pensait qu’il irait. Ce petit cirque de dupe a commencé avec son départ de Monster Magnet en 2010, après 18 ans de bons et loyaux services, et alors que le groupe, avec la sortie de “Mastermind” chez Napalm, voyait un gros coup de boost dans sa carrière. Pas malin (ou en tout cas pas carriériste). Mundell rejoint son épouse en Californie, de l’autre côté du pays, une zone géographique réputée propice aux échanges entre musiciens. Bingo, quelques mois plus tard on apprend la formation de 9 Chambers, sorte de super combo de hard rock californien calibré, où Mundell riffe aux côtés de mercenaires tels que Vinnie Appice ou le bassiste Jorgen Carlsson (Gov’t Mule). Le projet a pudiquement basculé dans un oubli mérité, pendant lequel Mundell a fourni des soli ici ou là chez des potes. En 2011 toutefois on apprend la création de son nouveau projet, “The Ultra Electric Mega Galactic”, un chouilla plus excitant sur le papier, puisque trio instrumental, notamment doté du groovy batteur de Sasquatch, Rick Ferrante. Salive.

Mais il aura quand même fallu attendre deux ans pour que le grand blond ne produise la première galette de son power trio. Dès les premières nappes spacy de “Unassigned Agent X-27”, dotées d’un spoken word du maître scribe de la science fiction US Harlan Elisson, on comprend bien qu’on va aller péter à quelques encablures au dessus de la stratosphère. “Exploration Team” et son riff décoiffant nous confirment notre constat. Diantre, que ça joue bien ! Evidemment, la gratte surnage (faut dire que pour apporter un peu plus de volume à ses titres, le bonhomme n’hésite pas à superposer les lignes de guitare au mixage – c’est un peu de la triche pour un power trio, non, Eddy ?). Mais derrière aussi, la boutique tourne bien : la paire rythmique produit une montagne de groove, un truc massif et sexy à la fois. Déjà, Ferrante fait preuve d’une subtilité dans son jeu qu’on ne lui connaissait pas, rock, metal, space rock, jazz, blues… son bagage musical est bien rempli, et il pioche dedans avec justesse et talent. Première bonne surprise. La seconde vient du peu connu Collyn McCoy, un bassiste remarquable, lui aussi opérationnel sur des lignes de basse rondes et grasses, mais aussi sur des jams sinueuses avec Mundell, ainsi que des passages lead avec un son hyper saturé. Au final, Mundell est le seul des trois qui s’avère prévisible, en tout cas bien là où on l’attendait. Sorte de Satriani du space rock, le gars aligne sur chaque titre une poignée de riffs bien sentis, et s’engage assez rapidement (et quasi systématiquement au bout de quelques mesures de chaque titre) dans des espaces musicaux plus aérés, où les espaces sont vite remplis par des jams impeccables d’efficacité et de robustesse, festivals de Wah-Wah nappés de basse rondouillarde et de vols de cymbales… Et du coup, on ne s’ennuie pas, et ce malgré l’absence de chant, que l’on n’a jamais vraiment l’occasion de déplorer.

Dans ce déluge de notes, difficile de voir ressortir des titres en particulier, même si – notons-le – on ne s’ennuie jamais au regard de la variété des compositions présentées. On remarquera par exemple le robuste “7000 Years Through Time” dont la ligne de basse rappellera les meilleures heures de Karma To Burn, ou un exemple de la variété du disque, avec l’oriental “The Man With A Thousand Names”. Mais on pourra surtout mettre en avant le roboratif (presque douze minutes) “The Third Eye”, qui pourrait à lui seul résumer l’album : un hymne space rock porté par un riff quintessenciel absolument grisant, qui fait office de booster de fusée, pour emmener vers l’espace un premier tiers de morceau redoutable d’efficacité. A l’arrivée des quatre minutes, les moteurs à poudre se détachent, et le premier étage de la fusée se barre petit à petit pour amener les trois bonhommes dans l’espace vers une orbite gravitationnelle qu’ils ne quitteront donc qu’au bout d’une petite douzaine de minutes de jams superbes.

Même si ce n’est pas le disque du siècle, l’album du trio (chiche qu’on arrête de considérer que c’est juste le disque de Mundell et de ses potes ?) est une excellente surprise. Sorti sur un label approximatif, supporté par une distribution anémique, gageons que ses ventes confidentielles ne permettront pas au trio de rafler une poignée de disques d’or. Mais après avoir vu les gaziers en live convaincre des centaines de personnes à la fois à chaque prestation, il semble que le groupe semble s’engager sur un parcours de carrière raisonnable, humble, construit à la sueur et à la force du poignet. Une attitude remarquable, saluée par un album à sa juste dimension.

Sandveiss – Scream Queen

ScreamQueen
Alors que l’on trouve bien quelques combos canadiens de grande qualité dans nos pages virtuelles, les groupes québécois en particulier, eux, y sont rares. Heureusement, on a dégoté les p’tits jeunes de Sandveiss pour faire changer les a priori sur le pays des caribous (et hop, cliché n°1, check, ça c’est fait). Le quatuor s’est formé il y a moins de trois ans – on s’attend donc un peu à un groupe en phase d’apprentissage, à une poignée de chansons un peu dépouillées qui permettent de semer des graines prometteuses, au mieux. Genre “c’est bien, faut encourager les jeunes”. Sauf que non : c’est un “vrai” album que nous sert ici Sandveiss, avec un vrai gros son, pas moins de huit vraies compos matures, et une qualité d’exécution sans faille.

Clairement, il s’agit ici d’un disque autoproduit qui par sa qualité pourrait sans problème se défendre face à des disques qui sortent sur des labels pros. Musicalement, les bonhommes évoluent dans un gros hard rock graisseux, une sorte de mélange de gros stoner “à l’américaine” (typique de leurs compatriotes Monster Truck par exemple) et des groupes de stoner patibulaires particulièrement emblématiques des pays scandinaves d’il y a quelques années (Honcho, The Awesome Machine, les premiers Sparzanza…). Le tout est enrobé d’une prod classieuse, puissante et claire, de toute grande classe.

Les compos ne sont pas moins robustes, apportant la preuve par neuf de la compétence du combo québécois dans ce domaine. On mettra particulièrement en avant “Scar” et son gros refrain fédérateur à scander en chœur (ainsi que son break percus / solo du meilleur effet) ou encore le pachydermique “Bottomless Lies” qui se permet le luxe insolent d’accueillir un solo aérien, presque suraigu parfois, sans que ça ne perturbe la structure du morceau par ailleurs lent et sombre. On pourra avoir quelques réserves sur l’aspect parfois un peu systématique de la structuration des chansons (le passage break/solo aux deux tiers du morceau…), mais ça ne perturbe pas vraiment, et l’âge les incitera probablement à tenter des choses différentes avec le temps.
Quant à la maîtrise instrumentale des zicos, elle n’est pas à remettre en cause, ça joue dru, c’est vif et acéré, c’est carré et pointu à la fois… Le chant de Luc Bourgeois est lui aussi inattaquable, puissant et efficace dans tous contextes. Une fort belle exécution vraiment.

Même si le groupe n’évolue pas dans un stoner pur jus tel qu’il peut s’entendre dans les plaines du haut désert californien (difficile d’attendre la même ambiance musicale de la part de bonhommes qui vivent la moitié du temps dans des températures négatives…), cet album est susceptible de plaire à bon nombre de stoner heads, pour peu qu’ils apprécient les gros riffs “à l’américaine” (rien de péjoratif), le gros son, et globalement le stoner un peu plus “policé” et propre sur lui.

Se connecter