96|12 – La Grange

96|12

(2016)

En passant par la Lorraine avec ses poteaux, William Mecum a certainement égaré un peu de sa verve ; celle-ci a fortement influencé le jeune duo originaire de Lunéville. Articulé autour de deux instruments seulement (guitare et batterie), 96|12 est actif dans un registre sans chant, simple et poutrement efficace.

« La Grange » est la deuxième trace tangible (en cd pour les ceusses qui refusent de consommer de la musique virtuelle ; pour les autres y a qu’à aller faire un tour dans le cyberespace) laissée à la postérité par les français. Enregistrée avec les moyens du bord, cette grange contient quatre titres bien inspirés qui n’ont rien à voir avec l’hymne de ZZ Top si ce n’est un putain de groove ! Fab envoie des riffs teigneux avec sa six cordes sur lesquels Nico apporte sa contribution rythmique en tapant tel le métronome. L’absence de basse ne se fait pas sentir malgré les conditions quelque peu amateurs dans lesquels la mise en boîte a eu lieu. Une certaine rondeur se dégage même des plages – au format standard pour ce genre d’exercice de style – et la production brute de cette plaque est presque un atout sur ce coup !

Bien sûr, l’ombre de Karma To Burn plane globalement sur cette (auto)production, en particulier sur le titre de fin : « Ebola River » qui ne se contente pas de son statut de pâle copie, mais est une vraie bombe ! La recette de base est assimilée, digérée et perfectionnée : chapeau les garçons ! Deux compos plus lentes : « Dog’s Fault » et « Breaking News » constituent la partie centrale du second jet de ces mecs ; elles se laissent agréablement écouter, mais sont légèrement en-deçà des deux autres malgré un exercice de style des plus intéressants à la batterie sur le flash info.

En attaquant ce premier effort par « Lost Soul », le groupe place la barre très haut et devrait rapidement s’attirer la sympathie des nombreux quidams estimant que le grand Karma To Burn a – depuis belle lurette – perdu son inspiration. Qu’ils ne s’inquiètent pas : deux gars l’ont récupérée du côté de Nancy et viennent apporter une pierre supplémentaire à l’édifice stoner francophone qui a franchement une bien belle gueule !

Mantar – Ode To The Flame

Mantar - Ode To The Flame - Artwork

 

Les ex-locataires de la régie Svart effectuent leur retour sur les devants de la scène moins de deux piges après leur méfait précédent : « Death By Burning ». Désormais hébergés par l’importante structure teutonne Nuclear Blast Records, laquelle n’a pas son pareil pour mettre le grappin sur tout ce qui se fait d’intéressant dans toutes les catégories gravitant autour de la scène metal, les Hamburgers nous délivrent un florilège de violence aux influences diverses qui s’avère au final d’une brutalité qui tend à la perfection.

La structure de Donzdorf avait – comme à l’accoutumé – bien teasé la production à venir de ses poulains et ça faisait quelques temps que les puristes qui suivent le duo trépignaient d’impatience : celle-ci n’aura pas été veine mes cadets ! « Ode To The Flame » tient bien plus que ses promesses : c’est un véritable carnage de presque quarante-cinq minutes. Hanno Klaenhardt, aux cris et à la guitare ainsi que son acolyte Erinc Sakarya, aux baguettes et aux hurlements, ont clairement élevé leur musique à un niveau supérieur en ce qui concerne sa brutalité. C’est magique !

Les vocalises, déjà peu susceptible d’intégrer un télé-crochet, ont gagné quelques degrés sur l’échelle de la folie malsaine et les tempi gagné en urgence. Si j’ose, nous avons affaire, avec cette nouvelle livraison, à un produit expurgé de tout ce qui pouvait encore paraître soft sur leur plaque précédente ; cette dernière s’adressant par ailleurs plutôt à un public de puristes bourrins pas tout à fait nets.

Ce saccage presque ultime figurera en bonne position parmi les productions qui vont marquer cette année et ce n’est pas le fruit du hasard que de rencontrer le binôme perturbé sur les plus grandes scènes des festivités metal et stoner qui jalonnent la belle saison. Les ajouts, peu retenus, de dissonances stridentes sur certaines compos dont « I Omen » ou « Carnal Rising » – qui ouvre le sabbat –  enrobent un style qui rassemble grosso merdo la plupart des grandes tendances DIY que sont le crust punk, le doom ou le metal extrême. Capable de fédérer les fans d’Eyehategod ou d’Hypocrisy, Mantar s’est laissé aller dans le martial sur des plages comme « Schwanenstein » ou « Born Reversed » avec une classe certaine. Ils ont surtout déployé une énergie de brute épaisse pour scotcher l’auditeur de bout en bout de cette ode à la Flammenküche sans lui laisser le moindre répit, mais surtout sans jamais le lasser malgré l’outrage fait à ses fabriques de cérumen.

Là où on atteint le summum avec cette bande-son idoine pour pratiquer un peu d’automutilation à grands coups de tessons de bouteille c’est quand on se plonge dans le marigot que sont le barré « Praise The Plague », qui une digression de quatre minute au tempo évolutif, et surtout « Sundowning »,  une longue litanie ralentie et l’ultime ogive de la plaque.

Bravo les Teutons : vous avez conçu sur ce coup le skeud de dégénéré ultime qui donne envie des se frapper la tête contre du parpaing jusqu’à y répandre le contenu de sa boîte crânienne. Les épicuriens vont adorer !

Sourvein – Aquatic Occult

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Sourvein fait partie des vieux de la vieille. Cette formation américaine de Caroline du Nord exerce son courroux depuis 1993. 23 ans au service d’une musique poisseuse à l’accent du Bayou (bien qu’elle ne vienne pas de Louisiane, donc). Cette longévité est due à la ténacité d’un seul homme, T-Roy, frontman et unique membre permanent depuis la création du groupe. Oui, Sourvein est toujours debout, et ce Aquatic Occult en est la preuve vivante, et flottante.

La région du Cape Fear qui a vu grandir T-Roy est assez éloignée de l’image des villes côtières américaines qu’ont voulu nous imposer David Hasselhoff et son moule-burnes.
Le bronzage et le surf n’est pas ce qui a marqué l’enfant et qui a construit l’identité de son futur groupe, Sourvein. Loin de ce bonheur édulcoré, il retient la misère de Carolina Beach, une plage où le célèbre pirate anglais Barbe Noire se planquait il y a deux siècles et qui a maintenant laissé la place aux dealers et au port du cran d’arrêt.
Sourvein, c’est donc ça, un sludge rustre, vigoureux, et ne laissant filtrer aucun rayon de soleil. Avec une grosse discographie (3 albums, 8 splits et 3 EP) et un nombre incalculable de tournées aux États Unis et ailleurs aux côtés de Saint Vitus, High On Fire ou Bongzilla pour ne citer qu’eux, Sourvein s’est taillé une solide réputation dans le milieu. Malgré tout, la reconnaissance n’a jamais été à la hauteur de son talent, et la persévérance de T-Roy a de nombreuses fois failli s’éteindre.

Enfin, mes années de dur travail ont payé, nous dit T-Roy concernant son petit dernier, Aquatic Occult, sur lequel il a convié certains des ses amis, comme Randall Blythe (Lamb Of God) ou encore Mike Dean (Corrosion Of Conformity), producteur de l’album. En 2011, alors qu’il erre entre les hôtels miteux et le sable pernicieux de Carolina Beach, il commence l’ébauche de Aquatic Occult. Mais le cœur endolori par la perte récente de sa mère, il donnera naissance au sauvage Black Fangs, incapable de taire ses maux. Aujourd’hui, le calme est revenu et Aquatic Occult a profité de cette éclaircie pour voir le jour. C’est en partie grâce à Metal Blade Records, son nouveau label, qui, n’ignorant pas le potentiel du bonhomme, est allé chercher T-Roy pour lui tirer les notes des mains. Des labels, il en a vu défiler, mais celui là semble le bon. Gageons que cela soit vrai. Toujours est-il que Aquatic Occult marque une volonté de changement évidente dans la carrière du groupe.

D’abord, T-Roy n’a jamais autant utilisé sa voix claire. Ce choix change complètement l’ambiance de chacun des titres et éclaire le groupe d’une lumière nouvelle. L’eau a lavé une bonne partie de la crasse ambiante et montre un groupe plus frais. Des titres comme « Avian Dawn » ou « Capsized » pourraient presque faire penser à du Fu Manchu, c’est dire. Évidemment, la noirceur n’a pas disparu mais demeure cette fois-ci dans un style plus léger et romanesque. Le groove, lui, est là du début à la fin. C’est que l’homme brille magnifiquement dans la composition de riffs entêtants et captivants. « Aquanaut », « Urchins » ou encore « In The Wind » sont de purs bijoux de mélodie, en plus d’être de belles déclarations d’allégeance au grand Sabbath. Le plus déroutant reste la présence de trois titres courts parsemant l’album : « Mermaids » et sa guitare suraiguë et maladroite, sonnant comme un hymne entonné par les dockers du port qui ne pensent qu’à boire. « Cape Fearian », où T-Roy, porté par le bruit des vagues, nous récite un poème. Enfin, « Bermuda Sundown », une ballade à la basse accompagnée d’une voix passée dans les pales d’un ventilateur. Le dernier morceau, « Oceanic Procession », a même l’audace d’intégrer quelques claviers.

T-Roy souffle sur son habituel sinistre sludge une légère bise qui gonfle la voile et porte le vaisseau Sourvein sur de nouveaux rivages. Ajoutant une certaine désinvolture à une lourdeur toujours présente, il donne naissance à son album le plus dynamique, mais surtout le plus riche et abouti musicalement, regorgeant de surprises et de virages inattendus, sans jamais se prendre un iceberg. Au cours de ce voyage de 14 titres, dont le plus long titre à 4 minutes 20, vous croiserez entre autres des sirènes, le trident de Poséidon, le Cape Fear, et vous oublierez rapidement la terre ferme.

Le témoignage d’un marin enfin au sec après une longue et pénible traversée en mer, d’un marin battu par les flots, mais qui ne sombre pas.

À déguster avec : des oursins (aux pointes acérées mais au cœur moelleux)

Domadora – The Violent Mystical Sukuma

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Les français de Domadora ne font décidément rien comme les autres. Plutôt « low profile » en termes de promo ou de présence médiatique au sens large, le trio apporte le même soucis de parcimonie et de sélection dès lors qu’il s’agit des expériences live qu’il promulgue ici ou là. La qualité plutôt que la quantité, en gros. Leur second album sort environ deux ans après leur remarquable Tibetan Monk et devrait produire le même effet. Enregistré pour moitié en studio et pour moitié… à l’Auditorium du Louvre (!!), cet album atypique, difficile à dompter, s’avère séduisant à plus d’un titre.

La surprise nous attend au coin des premiers titres de la galette, en fait, et en particulier sous les contours trappus du binôme « Hypnosis » / « Rocking Crash Hero » : les atours jam-esques et psyche emblématiques du groupe sont presque écrasés par la présence d’une paire de monstre-riffs qui nous ferait presque croire à une résurgence, dans l’ombre, d’un Karma To Burn du début de millénaire. Revenus à quelque chose de plus brut, de plus direct, nos parisiens ? Naaaan… ou pas que. En fait le dernier tronçon du disque, et même les segments plus discrets (moins frondeurs) des deux titres sus-mentionnés viennent moduler tout raccourci trop hâtif. Il faut dire que le premier, à titre d’exemple, se complaît dans de roboratives sections de jams impeccablement contrôlées, de breaks somptueux de dynamisme venus de nulle part, comme autant de larmes de joie dans les yeux du fan transi de jam bands en tous genres. Un morceau colossal de douze minutes qui ne mettra pas longtemps à convaincre. Un peu plus loin, « Rocking Crash Hero » joue un peu le même rôle qu’un « Chased and Caught » sur leur galette précédente : un titre carré, droit dans ses boots, tout entier embarqué sous la bienveillance d’un riff quintessentiel parfumé au bitume encore chaud. Le contraste est bien maitrisé tandis que le titre suivant, « Solarium », propose une nouvelle orgie de jams sur plus de seize minutes sans relâche. Puis les deux derniers titres s’engouffrent dans la même brèche de jams échevelées, à rallonges certes, mais qui ne se perdent jamais en court de route.

A l’évidence, l’intérêt intrinsèque de ces compos vaut surtout par le talent des musiciens qui composent le trio. Parce que trio, d’abord : à trois, pas le droit à l’erreur. Et puis parce qu’osmose, tout simplement : même si tous les plans sont calés pour dérouler un tapis rouge à Belwill, guitariste de son état, qui répand sa science du solo pendant des pans entiers, la section rythmique, en phase parfaite, porte la musique du combo dans d’autres sphères. A noter aussi : les timides sections vocales, rares, tombent toujours à point. Petite réserve instrumentale : les tunnels de ride qui défilent pendant de longues minutes non stop viennent un peu piquer dans les aigus quand on n’est pas un afficionado de la cymbale… Mais en même temps il faut bien combler le spectre sonore… En tous les cas, le son aussi a la patate, et l’on met au défi quiconque de distinguer les titres enregistrés dans l’un ou l’autre des lieux pré-cités (un mastering-parpaing effectué dans les studios texans de Wo Fat n’est probablement pas étranger à l’affaire).

A l’heure des bilans, et après des dizaines d’écoutes, le plaisir est toujours au rendez-vous pour tout amateur de musique « libre », tour à tour carrée puis en pur délitement structurel. Evidemment, les mélomanes amateurs de jams sont déjà sur le site web du groupe pour commander la galette. L’album n’a pas la fraîcheur de la découverte (le premier disque nous aura déniaisé) mais son approche musicale (qui ne tombe jamais très loin des illustres Tia Carrera) finira de convaincre les autres : The Violent Mystical Sukuma n’est pas uniquement un prétexte à porter leur musique sur scène : il apporte un plaisir vinylique authentique, qui devrait laisser peu de place aux autres groupes sur votre platine dans les prochaines semaines.

 

(Note : artwork “Après Jacques Villon, Marcel Duchamp; Léger, Kupka et les autres” – Figure Solaire, série Les Grandes Têtes. Peinture de René Pradez (1933-2013) – Soutien gracieux)

Elephant Tree – Elephant Tree

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“Nouveau” venu sur la scène londonienne, Elephant Tree débarque de son pas chaloupé avec son premier album sous le bras. De sa genèse en 2014 qui a très vite mené à l’enregistrement d’un EP “Theia” paru chez Magnetic Eye Records, les voilà aujourd’hui toujours dans la même crémerie avec 8 titres sobrement réunis sous l’intitulé “Elephant Tree”. Le premier EP en n’avait pas laissé de marbre plus d’un, avec ses arrangements qui recouraient à la cithare et ses voix tantôt hurlées. Déroutant dès lors à la première écoute de cet album de ne pas retrouver ce qui avaient fait la “signature” Elephant Tree. Exit la cythare et bienvenue aux harmonies vocales tout en délicatesse.

Là se trouve la nouvelle patte pachydermique du groupe, si les riffs naviguent sur les eaux d’un stoner-doom somme toute classique, les voix subliment l’ensemble et catapulte ce premier “vrai” effort vers des moments de grâce qui ne sont pas sans rappeler toute la beauté qu’arrivait à atteindre le duo Staley-Cantrell. Sur le ouateux matelas de groove sirupeux que forment les instrus se reposent ainsi les lignes de chant qui subliment les sept titres à venir. L’intelligence du quatuor est de justement doser leur force. La maîtrise vocale ne prenant jamais le pas sur la qualité instrumentale sur laquelle il se pose. En variant les compositions le groupe démontre une aisance dans différentes approches de la sphère stoner. Si “Wither” fait des clins d’œil au doom des St Vitus/Obsessed et consorts, “Dawn” élève (légèrement) le tempo pour balancer le gras de la fuzz. Ainsi chaque morceau explore une nouvelle facette du genre, s’offrant même des instants acoustiques (“Circles”) ou des moments plus chauds et relaxés où le soleil de Palm Desert caresse de ses rayons naissants notre visage (“Echoes”).

Aucune méprise néanmoins, un Elephant (Tree) ça trompe énormément et le cœur de la bête est bien plus massif que les exemples pré-cités. “Aphotic Blues” en tête, pièce maîtresse de l’album qui réunit le pop-doom de Floor à la déflagration d’Ufomammut en fin de chanson. “Wither” avait déjà démontré l’efficacité de ce doom bluesy-mastodonte sublimé par les voix, “Fracture” et “Surma” enfoncent dès lors un peu plus profondément les défenses de l’animal dans nos tympans. Pas étonnant de les retrouver en première partie de la tournée prochaine en terre britannique de Mars Red Sky. Cette science de la poutre ciselée, du mur porteur mouluré, de la bûche sculptée, dont savent faire preuve ces groupes apporte un renouveau dans la scène plus que salutaire. Les anglais ont bâti un très bel album, équilibré entre le velu du riff et la clarté de la production.

La maturité dont fait preuve Elephant Tree étonne pour un groupe qui n’a que deux ans d’existence. Tel un jeune diamantaire de génie taillant dans le brut de la roche une pièce finement travaillée. Mature dans son approche sereine des différentes facettes de leurs compositions, mature dans le placement de ces harmonies vocales, mature dans l’efficacité mesurée des riffs qui se répètent avec justesse créant l’envie de plus sans ne jamais flirter avec le trop. Elephant Tree par Elephant Tree s’écoute en boucle sans risque d’overdose et on attend la suite avec impatience.

Black Rainbows – Stellar Prophecy

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Dire de « Stellar Prophecy », le nouvel opus des transalpins de Black Rainbows, qu’il reprend là où le précédent « Hawkdope » s’est terminé est un euphémisme. Il en est même troublant de prolongement. Et sortir cet album à peine un an après son prédécesseur ne fait que renforcer cette impression. A croire que toutes les compositions et les enregistrements sont issus des mêmes sessions. Alors en bien ou en mal ? On ne va pas tourner autour du pot cent sept ans, « Hawkdope » était excellent, « Stellar Prophecy », lui, est jouissif.

Refaire étal des influences serait superflu. Mais donc, oui, Black Rainbows fait honneur à la fuzz comme peu de groupes à l’heure actuelle et par là même, honneur à ces illustres aînés (Hawkind en tête de file). Goûtez-donc le titre introductif « Electrify » symptomatique de la formule italienne : fuzz partout, justice nulle part, section rythmique roborative, psychédélisme et léger retrait des voix, guitare solo virevoltante. On bascule ensuite sur le disque parfait pour se laisser aller à des ébats charnels, sensuels et langoureux, des étreintes érotiques passionnées et intenses. Car, oui, ce disque renvoie à toute la libération et l’insouciance sexuelle des 70s et l’on y plonge, ma foi, avec délectation.

De ce « Woman », déclaration passionnée et sincère à ce « Golden Window » progressif, immersif et psychédélique ; de ces petites pépites rock que sont « Evil Snake » et « Time to Die » à « The Travel », final lancinant à écouter et à vivre les yeux dans les yeux de son/sa partenaire, tout concourt à la recherche de l’extase.

« Stellar Prophecy » et « Hawkdope » feraient un fier et solide double album s’ils étaient sortis en même temps. Entendons-nous bien, Black Rainbows n’a pas pour ambition de révolutionner le genre mais bel et bien de lui rendre hommage avec sincérité, passion et qualité. Et là où certains essaient (suivez mon regard), d’autres y arrivent. Pour la peine, ce nouvel opus prétend à une sérieuse place dans le top 10 cette année.

Achetez ce disque, une bouteille de vin et Black Rainbows vous garantit une nuit que vous n’êtes pas prêt d’oublier.

Salinger’s Trip – Persona

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Les bordelais proposent avec « Persona » une quête d’identité sur 8 titres à l’instar du personnage de Salinger dans “L’attrape-coeur” et de ses trois jours d’errance dans New-York. Pour le coup c’est plus Seattle qui est visité par le quartet tant l’influence du grunge des 90s est présente tout au long de l’essai. Le travail de composition est bien maîtrisé c’est une évidence, et les influences assimilées.

Cependant pour que le combo puisse nous surprendre à l’avenir il va falloir s’en démarquer et peut-être laisser plus le champs à ses divagations psychédéliques, de les laisser prendre plus d’espace, et d’affirmer cette voix, de la rendre plus simple dans son positionnement mélodique. « Habeas Mentem » tutoie déjà cette orientation et c’est très plaisant. On ne serait pas contre de plus grosses guitares non plus, mais là on est plus sur des questions d’enregistrement puisque les riffs du combo contiennent suffisamment de kérosène pour faire de grosses traces sur l’asphalte.

Un premier ouvrage encourageant pour les bordelais qui, s’il n’affirme pas encore un style propre, dégage déjà de belles lignes directrices. La quête d’identité n’a donc pas encore atteint son but, il reste encore un jour d’errance à Salinger’s Trip pour se révéler. Affaire à suivre…

Palm Desert – Adayoff

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Palm Desert nous viennent de Pologne mais avec un nom pareil, on devine de suite leur influence géographique principale. Le groupe, actif depuis 2009, a pondu Adayoff en 2013, mais le ressort dans une version augmentée de quatre morceaux pour un total de dix. L’occasion de découvrir ce groupe qui possède des atouts conséquents. Pour commencer, le recours à un studio pro et de toute évidence, à de bons ingé son, génère une qualité de production dans le haut du panier, pas d’inquiétude de ce côté-là. Quelques partis pris, sur la voix notamment, sont d’ailleurs très bien sentis, avec une saturation plus ou moins prégnante mais très juste dans son dosage. Ensuite, nous sommes clairement en face de musiciens accomplis, avec une rythmique connaissant quelques moments de grâce et des saillies de guitares qui sont, sans être originales, parfaitement maîtrisées. D’après la légende, avec deux morceaux, quelques riffs et une journée de studio, le groupe est ressorti avec la première version de cet EP, soit six morceaux. Autant dire que les jams font parties de leur quotidien.

Alors certes, « End of The Certain » est plus un interlude qu’autre chose, mais il reste des morceaux de choix. L’ouverture faite par « Leave Me Alone » tromperait presque son monde tant l’influence de Kyuss est palpable. En ce sens, c’est peut-être le morceau à la fois le plus direct et le plus faible de l’album. On sait de quoi il retourne. Pour le reste des influences, citons simplement Monster Magnet, qui nourrit notamment de très bonnes lignes de chant. Un chant principalement masculin d’ailleurs mais féminin sur « Overload », qui est soit dit en passant la pièce la plus originale et la plus entêtante. L’EP se termine sur un jam de neuf minutes qui exprime de la maîtrise, du sens dans la construction et est pourvu d’un très bon final. Quid des quatre suppléments ? Le premier est un interlude parlé qui permet la jonction vers un titre catchy, classique mais aussi l’un des plus efficaces. Suivent « Shoutstone » qui semble être la combinaison de tout ce qu’il y avait de bon avant, et qui devient dès lors le morceau que je retiens pour les années à venir, et « Rise Above (Root Version) » une fin très typée Monster Magnet. En somme, le groupe ne se sépare à aucun moment de ses influences et en cela leur nom est définitivement révélateur. Au-delà de quelques morceaux peu marquants, il en reste de très bons. Le groupe propose ses productions au format vinyle et vient de sortir un tout nouvel EP, issu de jams, que la curiosité devrait vous amener à écouter.

Blaak Heat – Shifting Mirrors

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Le Shujaa fut. Mais la perte du courage suffixe n’empêche pas Blaak Heat de tracer sa route et de creuser un sillon post-stoner, à la génétique orientaliste et la dynamique constante. A l’instar de The Atomic Bitchwax en 2015, les franco-américains balancent avec « Shifting Mirrors » une bombinette à singles marquée par l’inventivité et la science du riff, par ce savant dosage entre épices raffinées et ketchup grassouillet.

10 titres au compteur et des vraies envies de désert, du Ponant au Levant. Les bougres ne tapinent pas pour quelques gammes histoire de styliser leur stoner. Que non. L’armada est complète et du violon à la darbouka, du oud au clavier, toutes les adjonctions présentent un réel intérêt, apportent une touche de coloration nécessaire. Avec plus ou moins de réussite certes. Car là où un « Sword of Akim » vous casse les pattes arrière sans une once de remords, « The Approach to Al-Mut’asim », lui, se perd dans la ritournelle et réduit son intérêt au gré des mesures. L’album n’est pas inégal mais souffre dans sa construction.

On touche cependant à la lumière avec le quatuor « Taksim – Ballad Of Zeta Brown – Black Hawk – Mola Mamad Djan », un enchaînement de premier ordre entre ouverture et fermeture traditionnelles, évolution lancinante de desert-rock, riff destructeur typique au stoner et chants maîtrisés et acidulés.

Il est assez plaisant de ne pas se fader une énième copie d’un groupe phare, de ces monstres ayant posé les jalons d’un genre ô combien multiple mais bien trop scolaire et appliqué ces derniers temps. Blaak Heat suit ses propres règles et tant pis si parfois il s’y perd. Le résultat à tellement de personnalité qu’il serait bien stupide de ne pas y pencher une oreille, ou deux (tout le monde n’est pas Van Gogh).

Et le groupe de finir sur « Danse Nomade » à la rythmique détachée, à la guitare solo ironique, histoire de nous expliquer qu’ils y sont bien dans leur bulle et qu’on aurait tort de les en déloger.

« Shifting Mirrors » ne sera peut-être pas l’album de l’année mais il aura assurément une place dans mon top 10, tant la richesse et l’intelligence qu’il contient fait défaut à un paquet d’autres groupes. Blaak Heat joue une musique chaleureuse, tricote de véritables ambiances, affirme une identité propre dès les premières notes. On en ressort avec du miel dans les oreilles, un peu de sable entre les dents et du cambouis tout plein les orteils. Smooth Criminals.

Sunnata – Zorya

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Un célèbre moine bouddhiste dont je vous épargnerais le nom riche en voyelles a dit : Quand quelque chose est en perpétuelle évolution, dénué de tout élément permanent et stable, on peut aussi dire de lui qu’il est “vide”. Cette notion du “vide” qui ne trouve pas d’équivalent en français se nomme Sunyata en sanskrit. En 2013, le groupe polonais Satellite Beaver s’inspire de ce concept pour se renommer Sunnata, et sort son premier album un an plus tard, Climbing The Colossus. Quand certains groupes donnent l’impression d’avoir trouvé leur nom en ayant mixé fortuitement une divinité égyptienne et un mot hébraïque (ça marche aussi avec votre deuxième prénom et le nom de votre premier animal de compagnie… à moins que je ne confonde), Sunnata a certainement choisi son patronyme en toute connaissance de cause puisqu’il nous présente son dernier album, Zorya, comme une exploration de la nature éphémère du son, bardée de changements furtifs, le tout noyé dans un océan de distorsion. La messe est dite.

Que les choses soient claires, Sunnata excelle dans le riff lourd et groovy, et toute leur virtuosité dans ce domaine a été démontré sur leur précédent et déjà très bon opus, Climbing The Colossus.
Sur celui-ci comme sur Zorya, on retrouve cet habile mélange de doom et de sludge trempé dans une atmosphère sombre et brutale, brutalité fortement épaulée par beaucoup de fuzz et un chant pas loin du grunge. Du coup, quelle différence entre les deux albums, me direz-vous ? Moultes. Là où Climbing The Colossus semble avoir été couché d’un jet très spontané et juvénile, Zorya est bien plus réfléchi et complexe. Ce n’est pas pour rien que nos quatre polonais ont passé un an et demi à se creuser la tête sur ce monolithe, entre expérimentations sonores et coups de burin dans la roche. Et Rodin a du souci à se faire.

5 morceaux, 50 minutes, et un bon nombre de changements d’ambiances, de revirements de situations et de contre-pieds. Quand on vous parlait de l’impermanence des choses…
La recherche de la puissance absolue présente sur le précédent album a ici laissé la place à un groupe plus assagi, plus mûr, plus enclin au méditatif et au spirituel. Le chant clair est bien plus présent et donne lieu à des passages vraiment sublimes, comme sur le titre introductif “Beasts Of Prey” : sur un doux tissu de guitare envoûtant et orientalisant, Szy nous prouve que sa voix peut aussi faire des merveilles quand elle est au repos. Pur chef d’oeuvre. De même sur le morceau suivant, “Zorya”, où l’on retrouve ce même brassage des genres, toujours sur le fil de la sagesse et de la démence. Second chef d’oeuvre.
“Long Gone” va jusqu’à oser une ouverture sur une guitare privée de tout effet. Plus loin, après l’agitation, on sombre dans l’oeil du cyclone et on retrouve la sérénité, temporairement, bien sûr… Vous savez, l’impermanence des choses… Sur “New Horizon”, le rythme se fait plus lancinant et l’ensemble reste toujours aussi hypnotisant. On retrouve sur “Again and Against” la hargne et la fougue caractéristiques du Sunnata des débuts, mais avec cette touche de maturité en plus, cette troisième testicule, qui pousse le groupe à se risquer dans des régions jusqu’ici inconnues.

D’un bout à l’autre de l’album, la noirceur ne déprécie jamais. Cette ambiance si prenante et souvent responsable de poils hérissés inopinément est servie par une production tout simplement énorme. Vous ne trouverez aucun solo ni aucune démonstration d’une quelconque technicité sur Zorya, mais uniquement des passages à la réverbération magistrale, au rayonnement majestueux, qui bouleversent et prennent aux tripes. Et c’est bien assez. L’album a été réalisé avec ce souci du détail qui nous fait découvrir de nouvelles choses à chaque écoute. Un larsen, un bruit étrange et dérangeant, un crissement strident… Tout a été intelligemment dompté et mis en boîte. Le travail sur les voix est lui aussi incroyable : elles s’entrecoupent, s’entremêlent, se répondent, se font l’écho l’une de l’autre, et finissent par nous tourner la tête.

Zorya apporte les pierres précieuses qu’il manquait à Climbing The Colossus pour en faire de la haute joaillerie. Écouter Zorya est la garantie de partir pour un voyage onirique et hallucinatoire baigné dans le clair-obscur. Il vous suffit de jeter un œil au magnifique artwork pour avoir un léger aperçu du périple. Comme nous l’expliquait Sunnata, tout naît et tout s’évanouit. Mais avec ce monumental Zorya, Sunnata frappe très fort et se trouve ainsi une belle place au sein de l’irrémédiable finitude de toutes les choses. L’album de l’année, si ce n’est plus.

À déguster avec : Un Romanée-Conti 1994 (un grand cru, forcément)

Slowbot – EP / Pacifier for the mind

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Slowbot, combo stoner Parisien a eu la bonne idée de regrouper ses deux premiers EPs (EP et Pacifier For The Mind) sur un seul et même support : un double digipack fort bien ciselé.

Niveau musique, là aussi le tout est fort bien ciselé. Slowbot transpire le groove comme ce n’est pas permis. « Silk Snake » ou « Casual Monsters » font le job et vous feront assurément taper du pied dans les mosh pits. Pour ce qui est du fuzz, les parisiens ne sont pas non plus avares en la matière et accouchent de riffs monstrueusement entraînants. Le tout foisonne d’idées et de fraîcheur. Et si vous n’êtes pas foncièrement convaincu, « Raise The Dead » et ses changements de rythmes improbables finira de vous mettre à genoux. Bref, dix titres plutôt réjouissants et fort bien foutus lorsque l’on considère la “jeunesse” du combo qui les a pondu.

Du stoner 100% pur jus comme on les aime, avec la pulpe, et qui en plus vient de chez nous ! Une bien belle découverte donc, et un nom à retenir: Slowbot.

RIP – In The Wind

R.I.P - In The Wind - Adam Burke cover

Totem Cat, auquel les plus connaisseurs d’entre nous accordent une véritable expertise lorsqu’il s’agit de dénicher les groupes de demain (Dopethrone, Egypt, Doctor Smoke…) ou de rééditer quelques joyaux mésestimés d’un autre temps (Sons Of Otis, Stonehelm, Earthride), qualifie le style musical de sa dernière trouvaille – R.I.P. – de street doom. Il se cache à mon sens derrière ce concept l’explication parfaite à cette épineuse question : comment faire la différence entre le bon et le mauvais hard rock (le mec est sur scène, il a sa guitare, il crache… tandis que.. Bref). Street Doom, ou le lent, le gras, comme mode de vie. On retrouve bien sûr chez le quatuor de Portland les stigmates indélébiles d’une écoute prolongée de Pentagram ou Saint Vitus, quelque chose d’authentique, de résolument doom. R.I.P. est de ces groupes dont la musique résume au mieux l’attitude.

Un chanteur (surnommé Fuzz) portant une faux en guise en micro, des musiciens aux têtes patibulaires et dégaines venues tout droit de la fin des eighties, tout ici fleure bon le doom d’antan. Dans le son, la voix, R.I.P. rappelle les regrettés The Gates Of Slumber, même si les thèmes sont ici plus urbains, loin des dragons et épées qui hantaient les préoccupations de leurs ainés de Chicago.

Orienté autour de la trilogie « In The Wind », trois titres aux tempi radicalement différents, la quatorzième publication de Totem Cat Records fauche toute espérance de bon goût, à l’image du sublime artwork, signé Adam Burke. Au milieu de ce foisonnement de perles doom punkoïdes, quelques titres ressortent, à l’image de « Smoke & Lightning » et son irrésistible solo ou « Black Leather », qui fait office de hit doom pour l’année 2016, tout simplement.

Décidément foisonnante, la scène de Portland nous offre là un énième groupe de qualité, porté jusqu’à chez nous par le vent. Gageons qu’en très peu de temps vous serez, vous aussi, emporté par l’irrésistible et morbide attractivité qu’exerce le groupe. Et puis merde, on parle d’un groupe qui a un de ses titres intitulé « Brave The Grave ». L’album de l’année un point c’est tout.

 

Point Vinyle :

Totem Cat est un habitué des Die Hard, éditions spéciales et autres test press (ici 6). Pour RIP, le label a pressé une édition spéciale « Death Certificate » à 50 exemplaires, une version Orange et Noire à 100 exemplaires et 350 LPs Noirs. Le tout avec cartes, stickers et tout le tremblement. Il ne manque, finalement qu’une download card pour que le travail soit parfait.

Churchhouse Creepers – From Party To Apocalypse

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Qui a dit qu’il n’y avait que des cailloux et des geysers en Islande ? Churchhouse Creepers nous prouve le contraire avec leur premier album From Party To Apocalypse. Puis ce n’est pas comme si la scène islandaise commençait à regorger de bons groupes (The Vintage Caravan entre autres). Il est donc temps de s’envoler avec ces neuf titres pour l’île aux merveilles.

Globalement, ce premier opus nous propose une large fraicheur instrumentale, tant la diversité rythmique et l’ambiance s’entremêlent dans un joli mariage de groove. La production est de très bonne qualité, et ce, à tous les niveaux. Un duo guitare/basse qui souffle la grosse fuzz, une batterie énergique, bien technique, et, un chant croustillant, sincère et qui va droit au but.

Dans la forme, From Party To Apocalypse livre de nombreuses pépites formant la presque intégralité de l’œuvre. « What Mama don’t know » est « the » morceau qu’il faut écouter de suite pour apprécier la juste valeur du power-trio. Laissez-vous emporter par ce sinueux refrain venu d’outre-tombe et reprenez quelques morceaux : « No Monday » avec sa tripoté de riffs sanglants et expéditifs au groove à la Truckfigthers,  « Drunk Something » et ses coups de hache qui tranchent dans le vif ou encore « Just the Tip » qui saura ravir les amoureux de Fu Manchu.

Puis on découvre un peu de sensibilité parfois comme le prouve « Satan Waits », mais une émotion au double regard, car c’est l’énergie qui domine cet album. Et ce ne sont pas « Lizard Boy » et « Apocalypse » qui diront le contraire. Ici, on flirt avec le speed-rock, un peu avec le rockabilly mais c’est surtout la grosse dose Stoner qui domine. Alors oui, on aurait pu citer « Party » qui ouvre l’album, mais ce n’est pas forcément celui qu’on retiendra le plus. On préféra se désaltérer sur « It’s all good » et profiter de ce bon gros son.

From Party To Apocalypse est donc une bien belle découverte, d’autant plus qu’il a tout ce qu’il faut pour marquer les esprits, il faut juste le prendre au bon moment et au bon endroit. Essayez avec des copains, un bon apéro et quelques rondelles de citrons et vous n’aurez envie que d’une seule chose : le remettre encore une fois.

Craneon – Hacia El Sol

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Si les terres arides espagnols peuvent rappeler les désertiques étendues californiennes, le peuple ibérique n’est pas (encore) pour autant reconnu pour sa scène rock qui dépoussière les cactus. Pourtant parmi ses fiers portes étendards on ne trouve pas que des lézards nouveaux nés mais aussi des caméléons à la couenne rompue par le live et qui depuis maintenant 10 ans sait changer de formes et de couleurs pour s’adapter à l’Epreuve de la vie de groupe: les line-up mouvants. Depuis 2006 Craneon fait parti de ses reptiles qui survivent à la rudesse du genre.

2 démo, 1 EP et maintenant leur premier album “Hacia El Sol” paru à l’origine en 2014, les madrilènes ont partagé la scène avec de beaux morceaux de choix comme Karma to Burn et Deville et plus récemment se sont évadés en terres françaises avec Soundcrawler. Pas les perdreaux de l’année donc et leur activisme pour le genre ne s’arrête pas là avec même un festival monté de leurs propres mimines. Pour leur premier album les espagnols ont léché leur production. Les guitares tantôt cristallines tantôt tranchantes mènent les débats d’envolés mélodiques à arpèges entêtants. On sent la volonté du trio de sortir l’album qu’ils avaient en tête et de ne pas se sentir frustrés à sa parution. Les arrangements foisonnent entre licks mutins, travail rythmique et ambiance sonore. Hacia El Sol se découvre comme une BO d’un blockbuster des années 80 qui mêlerait les influences 60’s à la scène dite grunge des 90’s.

Véritable voyage sonore de par la variété des titres et par ce chant espagnol qui n’est pas à négliger dans l’identité du groupe, Craneon nous emmène par monts et par vaux entre passages pop psychédélique, stoner franc du collier et rock classic burné. C’est évidemment dans les passages les plus velus que l’on se retrouve le plus, le groupe noyant malheureusement parfois ses morceaux dans de gluants moments plus rock indépendant FM ( référence à la clique de groupe rock MTV des années 2000…) qui sans être inopportuns coupent un tant soit peu le plaisir. Le trio a toutefois plus d’un tour dans leur sac et savent manier lourdeur et groove à bon escient particulièrement dans les moments plus instrumentaux. A noter l’apparition du chanteur/trompettiste du groupe Pendejo qui le temps d’un morceau nous emmène toujours plus loin dans l’escapade musicale.

Un premier album très éclectique donc, plein de promesses, plein de possibilités pour le futur. D’une qualité constante dans la production et la composition, Craneon gagnerait certainement à resserrer le propos pour plus d’efficacité. De beaux morceaux de choix néanmoins, presque tout est bon dans le Craneon.

The Real Mac Coy – In The Distance

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Le moins que l’on puisse dire en parlant de rock et d’Avignon, c’est qu’il n’y a pas grand monde sur le pont. Pourtant, entre initiés, des clubs de concerts du sud de la France aux clubs de motards les plus reculés, il se murmure le nom de The Real Mac Coy, comme une promesse depuis maintenant 5 ans. En effet, quatre activistes aux références multiples se sont regroupés sous l’égide Mac Coy pour faire un peu de heavy rock et secouer, à grand renfort de distorsion, la cité des Papes. En 2011, Barn Session leur premier EP avait montré quelques signes encourageants, convoquant Clutch ou Black Label Society au rayon des influences premières. Quatre ans plus tard, le combo nous propose un second autoproduit aux accents plus bluesy, se permettant, entre deux saillies métalliques, quelques ballades sentant un sud plus cotonneux que celui du Vaucluse.

La musique du groupe pêche encore par sa production et l’accent anglais de Stéphane, vocaliste par ailleurs émérite, mais contient, de ça de là, quelques promesses qu’il faudra concrétiser par un album au son plus personnel et à la réalisation plus léchée. Mais que ça ne vous empêche pas d’aller découvrir par vous même ce qu’il se trame lorsque le quatuor investit une scène près de chez vous.

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