Somali Yacht Club – The Sun

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Somali Yacht Club. Sous cet étrange patronyme se cache un trio ukrainien barbotant dans un stoner empreint d’essence psychée, de carburation pop pour l’aspect mélodique et de suspension désertique pour leur propension à étirer les compositions. Et donc de les classer dans le même intercalaire que Stoned Jesus tant la gémellité fait loi entre les deux formations.

The Sun paru en 2014 et rafraîchit en 2015 attaque par « Loom » un titre pas vraiment original mais bien maîtrisé qui permet à l’auditeur de rêvasser ou de conduire sans prise de tête. Pas de surprise, ni de déception. Le problème chez Somali Yacht Club vient quand le combo décide de sortir de ses sentiers (re)battus. On se retrouve face à un incompréhensible maelström d’influences et d’envies qui voit naître par exemple un passage dub pas franc du collier ou des plages d’impro à la justesse vacillante. De fait, on se dit que des titres plus ramassés permettraient une meilleure utilisation des riffs (le prometteur « Up in the Sky ») et de moins diluer les idées.

Pourtant la section rythmique fait le taf, l’assise est là mais l’ensemble manque d’animalité, d’un peu de folie dans l’interprétation, le chant, les solos pour faire avaler les 8 minutes en moyenne de chaque composition. Sun, le titre quasi-éponyme y parvient un peu grâce à des inflexions et choix mélodiques salaces peu ou pas présent dans le reste de l’album et l’on souhaiterai que le groupe prolonge cet univers là.

Sans être mauvais, The Sun de Somali Yacht Club ne provoque pas non plus cette excitation qui parcourt l’échine parfois. On traverse l’album sans jamais vraiment être surpris et on passe à autre chose sans vraiment regarder en arrière. Dommage. A voir ce que nous réserve la suite.

Church Of Misery – And Then There Were None…

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Banderille après banderilles, Church Of Misery, le plus américain des groupes japonais continue son exploration en musique des macabres élucubrations des plus notables sérials killeurs de notre temps. En 5 (ou 6) albums (tout dépend de ce qu’on fait du Vol. 1), Tatsu Mikami et ses compères ont planté le drapeau blanc, frappé du soleil levant sur les terres dévastées du doom sludgy, en plein territoire Yankee donc. Et pour And Then Were None… plus que jamais, l’accent américain se fait sentir. En effet le bassiste nippon s’est adjoint des services de Dave Szulkin (Guitare / Blood Farmers), Eric Little (Batterie / Earthride) et Scott Carlson (Voix / Repulsion, ex Cathedral), enregistrant les instruments dans le Maryland et les voix à Los Angeles.

And Then There Were None… reprend les gimmicks chers au groupe, fait suinter ses guitares d’une sauce au goût de sud des USA et déroule, sous un groove de marécage, de bien sordides histoires. On y retrouve les atrocités commises par quelques uns des plus dangereux criminels de notre temps (la Bonder Family, Harold Shipman, Tommy Lynn Sells et autres), l’occasion idéale pour se pencher sur les faits d’armes de ces charmants garçons. Si l’on est loin de la folie doom sludgy, aux accents sudistes et psychédélique de l’insurpassable Houses Of The Unholy, on en retrouve tout de même quelques ingrédients, tel le pont de « Doctor Death » ou l’intro de « River Demon ». La basse proéminente de fuzzée de Mikami fait son œuvre, relevant délicieusement quelques compositions moyennes (« Murderfreak Blues »). Toutefois l’ensemble ne se hisse pas au niveau du reste de l’indispensable discographie du combo. La voix de Scott Carlson, qui n’a ni la puissance ni la folie de ses prédécesseurs, contribue à rendre cet album trop tiède malheureusement.

 

Point Vinyle :

Rise Above oblige, les choses sont faites pour le mieux. 500 LPs noirs, 500 violets transparents, 700 en violet opaque, 250 en rouge et noir. La version Die Hard (150 Clear, 200 en Clear & Purple) quant à elle vient avec un 7’ notable, d’autant plus que les paroles s’attardent sur l’histoire de la facétieuse Clementine Barnabet, qui cumule deux particularismes rares dans l’histoire des sérials killeurs : être une femme et être noire. Pas sûr que cela suffise pour rassurer les familles des 17 personnes qu’elle a massacré à la hache au nom de l’église du sacrifice.

ZUN – Burial Sunrise

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Gary Arce n’est pas homme avare en projets. Depuis Across The River à The Sort Of Quartet en passant par Yawning Son, il est pour la plupart d’entre nous le guitariste du très bon groupe instrumental Yawning Man. Un groupe au ratio albums par année indéniablement faible, tout comme les évolutions d’une production à une autre. Mais où Gary Arce a expérimenté un style original, qui s’attache à mettre en musique un désert plus évocateur de vie et de richesse que de mort et de sécheresse. Et même si le sentiment d’avoir fait le tour de la question peut émerger aujourd’hui, tant Gary Arce semble vouloir rester dans sa zone de confort très personnelle, ce qu’il a à nous dire reste pertinent. En multipliant les collaborations, c’est sûrement un nouvel angle qu’il cherche pour ses propos. Un catalyseur à même de nous emmener sur un terrain moins arpenté. J’étais donc à l’affut de l’arrivée de ZUN et de son « Burial Sunrise », que Gary Arce considère maintenant comme son second projet principal.

Comme il me l’avait dit lors de notre rencontre il y a un an (à lire dans nos pages), ZUN, c’est d’abord lui avec sa guitare, une basse, un lap-steel et des boucles à n’en plus finir. La différence tient aussi dans le fait qu’il est accompagné de deux chanteurs. Il y a cette vielle connaissance de John Garcia puis Sera Timms (Black Math Horseman). Il n’oublie bien sûr pas sa famille et l’on retrouve Bill Stinson (Yawning Man) et Harper Hug à la batterie et son ami de toujours Mario Lalli (Fatso Jetson) pour une ligne de basse sur un morceau.

L’album est construit autour d’un parti pris, celui de donner à chaque chanteur trois morceaux qui vont s’alterner un à un.

C’est le John Garcia tout en retenue, voire par moment crooner, qui commence sur « Nothing Farther » et c’est ce même Garcia qui nous accompagnera sur deux autres morceaux. Le travail de Garcia est très juste et fin, qualités qu’on lui connaissait, mais qui est ici mis en valeur d’une manière nouvelle grâce à Gary Arce. Le résultat est excellent.

Quant à Sera Timms, c’est un chant très éthéré, mélancolique et un peu prophétique qu’elle injecte dans des compositions qui le sont déjà. Une touche de douceur également, qui s’accorde magnifiquement avec le style de Gary Arce. On s’y sent bien. Tellement bien qu’on ne rechignera pas sur les trois morceaux pourtant au ton proche.

D’un côté, ces collaborations sont donc une vraie réussite, l’alchimie est bien présente et le résultat coule de source. Tout cela semble naturel pour eux comme pour nous. La recherche musicale est très riche avec des successions de couches complexes et très travaillées, des détails nombreux dans le spectre sonore qui se révèlent au fur et à mesure des écoutes, tout en gardant une cohérence et une musicalité dans un carcan atmosphérique.

De l’autre, le spectre de Yawning Man se fait parfois trop présent, en particulier sur le morceau d’ouverture. Heureusement, cette impression n’est pas valable pour l’ensemble et on se plait à découvrir quelques nouvelles facettes du talent de Gary Arce, même s’il reste dans sa zone de confort, imperturbable. A cela s’ajoute aussi une certaine homogénéité dans le traitement réservé à chaque chanteur, légèrement dissimulée par l’alternance.

C’est donc un vrai plaisir que procure l’écoute de cet album qui possède une ambiance dont il est difficile de s’extirper. Il reste néanmoins une très grande homogénéité bicéphale qui aurait gagnée à connaître des ruptures. Il y a en tout cas matière à évolutions pour la suite, que je n’espère pas hypothétique.

Hexenjäger – Black Titan

Hexenjäger – Black Titan

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Après un EP sorti début 2015, les chasseurs de sorcières nous reviennent quasiment un an après avec un album complet.

Peu d’évolution, le style étant déjà bien défini et marqué sur leur premier enregistrement aucun besoin de tout bouleverser sans raison. Le son s’est tout de même alourdi et le travail en studio a payé, la guitare est tranchante et donne le ton pendant que la basse apporte la rondeur et le gras tant attendu, la batterie manque un peu de dynamique à mon goût mais l’ensemble fonctionne très bien comme ça. La voix est en retrait (comme il se doit ici) et a gagné en maturité.

Malgré ça le chant, croisement entre les intonations de Glen Danzig et le coté traînant de Jus Osborn accroche toujours un peu l’oreille de l’auditeur délicat que je suis et je me demande régulièrement si la note recherchée est juste à coté de celle obtenue ou si le problème vient de ma perception du morceau. Particulièrement sur le titre « Iron Riders » où le problème ressort plus qu’ailleurs.

Pour ceux qui n’auraient pas encore fait l’effort d’aller écouter l’album, le style pratiqué est un mélange de doom à la Electric Wizard, Black Sab’, voir même d’ambiance à la Boris et compagnie, On retrouve les mêmes ingrédients au niveau de l’univers du groupe : sample entre les morceaux, pochette vintage/ésotérique et son à l’ancienne. Plutôt cool non ? Moi j’aime.

Les riffs sont toujours bien trouvés et les passages instrumentaux (assez nombreux) fonctionnent à merveille, on est pris dans l’ambiance et chaque plan s’enchaîne sans faux pas avec le suivant. On sent que les gars sont des passionnés du style et connaissent leur affaire !

L’album se termine sur un morceau fleuve de quasi 20 min (et oui, c’est du vrai doom) qui pour moi est la vraie réussite du disque. La voix laisse plus souvent respirer la musique, les ambiances sont encore plus posées et développées, la guitare et la basse se permettent plus souvent de se dissocier l’une de l’autre apportant plus de richesse et de variations. Tout est à sa place et le titre passe aussi facilement qu’un morceau plus classique de 5 minutes.

Amoureux de plans lourds, lents et chargés en swing n’hésitez pas à jeter une oreille sur la nouvelle sortie des (Saint?) Nazairiens .

 

Elevators To The Grateful Sky – Cape Yawn

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Agréable de retrouver des groupes passés de la rubrique « autoprod » à celle tant convoitée de « chronique CD ». Sans n’y voir aucune forme de mérite, le soutien d’un label apporte bien souvent un éclairage plus intense sur les performances des dits-groupes. Un peu «injustement » classé dans les autoprods à l’époque (leur précédent album « Cloud Eye ayant eu le soutien de Transubstans Records finalement), les siciliens de Elevators To The Grateful Sky (que l’on nommera ETTGS pour clore cette chronique en moins de 3412 mots) nous reviennent via Hevisike (le label qui nous vient des terre saintes de Birmingham).

Composé de quatre membres loin d’être manchots, ETTGS n’est pas du genre à errer sur la banquise mais plutôt à flirter avec les vents chauds ébouriffants les ondulantes chevelures en plein cagnard méditerranéen. Les maîtres du genre sont souvent invoqués mais les influences savent se mêler et s’enrichir le temps d’un break ou d’un refrain des scènes plus humide de NOLA et désensoleillée de Seattle. Le groupe a de toutes évidences des aisances techniques et ne semble pas souffrir à ce niveau de quelconques barrières, en témoignent les envolées solistes des 6-cordes, les placements rythmiques mitonnés et le groove naturel des riffs délicieusement chaloupés. Seul ombre pour ne pas succomber sous cette chape caniculaire de morceaux aux influences évidentes du désert californien : la voix. Faire du stoner rock classique sans faille implique un chant robuste. Cape Yawn pêche dans l’utilisation trop-en-avant du chant, pas foncièrement mauvais mais les lignes et l’interprétation ne sont pas à la hauteur des prétentions instrumentales. Dommage que des brûlots tels que « Ground », « I Wheel », voire l’intégralité de la première partie de l’album se voit perdre en efficacité ainsi.

Le précédent effort avait démontré une capacité à sortir du cadre en ayant recourt à des arrangements à l’harmonica ou au saxophone, permettant aux Palermitains de se dessiner une personnalité propre. La Sicile a toujours été une terre de passage mais qui appelle à l’évasion et c’est quand ETTGS se laisse pleinement voguer qu’il fait le plus mouche comme sur le riche « Dreams Come Through ». Mais il faudra surtout attendre la deuxième moitié de l’album pour voir le groupe s’échappait vers d’autres horizons. « Mongerbino » et son mix punk-rock au final funkisant, « Cape Yawn » l’instrumental clin d’œil à Yawning Man avec le dit-saxophone en appui, « We’re nothing at all » aux clappements de main surannés et à la lourdeur nouvelle, l’interlude saxophoné « Laura ». A noter qu’au fil de l’album, la voix semble mieux s’intégrer à l’ensemble. La versatilité dont tache de faire preuve le chant tape plus dans le mille ici. Un deuxième visage donc avec des titres plus fouillés, moins automatiques comme « Unwind » qui clôt les débats sur une touche acoustique pleine de promesse.

La générosité sicilienne se retrouve ici dans sa splendeur, 13 titres pour 50 minutes de musique, les quatre de Palerme en donnent (trop ?) pour vos esgourdes. Cape Yawn a un peu les défauts de son prédécesseur, à vouloir trop en proposer ETTGS semble se perdre dans ce qui lui est facile. Des facilités le groupe en a clairement et le potentiel d’écrire des hits aussi. Un troisième album est déjà annoncé, gageons que le nom Elevators To The Grateful Sky sera bientôt incontournable avec plus de bouteille et moins de dilution.

Yidhra – Cult Of Bathory (EP)

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L’année dernière, quand j’ai découvert le dernier EP de Yidhra tout fraichement sorti, « Cult Of Bathory », je suis vite tombé amoureux. Pour épancher ma soif auditive, je me suis jeté sur leur premier et unique album à l’heure actuelle, « Hexed », sorti en 2013, et sur leur tout premier EP éponyme sorti en 2009. S’en est suivi une période d’écoute compulsive ayant duré… un long moment. Pourtant, l’écriture de cette chronique m’a pris du temps. Parce que quand tout est si bon, il n’y a pas grand chose à en dire. Ou peut-être est-ce l’inverse, et que ne sachant par où commencer, j’ai préféré me taire. Quoiqu’il en soit, ce silence a assez duré et la vérité doit être dite. Il est temps que le monde découvre Yidhra.

Quator basé à Los Angeles, le groupe emprunte son nom à l’oeuvre de Lovecraft et à son rebattu mythe de Cthulhu : Yidhra, autrement appelée The Dream Witch, est une déesse apparaissant généralement sous les traits d’une jeune et jolie jeune femme. Peut être est-ce elle que l’on aperçoit sur la pochette de l’album, la croupe charnue et aguicheuse et le visage voilé, caressant un crâne humain. Le sexe et la mort en parfaite communion.

Cette dualité marque dès le début du premier titre « Cult Of Bathory ». Le riff est lancinant et obsédant, et l’on s’imagine hébété face à la plantureuse Yidhra en pleine démonstration de souplesse dans le plus simple appareil. Pourtant, quelque chose dérange et nous empêche le laisser-aller. La présence du triton y est surement pour quelque chose : ce diabolus in musica nous gueule impétueusement que la mort n’est pas loin, et voile ce moment sensuel d’une épaisse fumée noire et inquiétante. L’instrumental « Iron Mountain » tripote le stoner avec un peu plus d’insistance, grâce à des ambiances cosmiques et psychédéliques combinées à du riff furieusement efficace. Le morceau suivant, « The Adversary », nous replonge quant à lui dans un doom plus traditionnel, avec des vocaux graisseux et une rythmique plus trainante. « Reign Of Terror » clôt l’EP sur un style beaucoup plus metal, parfois presque thrash dans sa construction, qui vient nous gifler sans prévenir. Peut-être que la présence de Bill Metoyer à la production (qui a produit Slayer, entre autre) y est pour quelque chose.

L’album a été enregistré en live et l’ensemble sonne un poil rétro, « vintage », comme l’aime à l’appeler les brocanteurs du dimanche face à un tabouret Tam Tam mêlant l’orange et le marron. Évidemment, la basse est très présente et notre chère fuzz également, le tout soutenu par un jeu de batterie faisant preuve d’un groove sans faille et servant très bien la construction des morceaux. La voix de Ted Venemann grave et rocailleuse colle très justement avec l’atmosphère du groupe, on l’aura compris, tournée vers la sorcellerie, la mort, et les monstres velus vivants sous les lits ou dans les placards.

Ce qui frappe à l’écoute de cet EP, c’est la cohérence parfaite de l’ensemble. Tout s’enchaine si bien, tout est absolument évident et à la fois original. C’est là la preuve indéniable d’un véritable savoir-faire et d’une totale maitrise de chacun des genres abordés. Classée assez injustement dans « doom », la musique de Yidhra est bien trop variée pour n’être réduite qu’à cette unique catégorie. Certes, on retrouve les sonorités lourdes et lentes caractéristiques du doom, mais il y a aussi beaucoup d’autres choses qui nous empêchent réellement de ranger le quator dans une case. Et ça, c’est signe de grandeur.

À déguster avec : du gingembre (ou n’importe quel autre aphrodisiaque)

Zippo – After Us

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On ne va pas se mentir, le groupe Zippo n’est pas très connu dans l’Hexagone et c’est bien dommage. Car avec After us, le groupe, qui est en train de monter et de prendre la tête du peloton du Stoner italien, en est déjà à son quatrième album studio, et, quel bijou mes amis !

Pour ceux qui sont de fidèles fans du groupe, sachez que cet opus marque la première configuration à quatre musiciens : délaissant une guitare et proposant une nouvelle ode sonore plus pure. Mais bien qu’un instrument disparaisse, il ne faut pas imaginer qu’on se dirige vers un album plat. C’est tout le contraire, puisqu’il a été mixé et masterisé, dans le Sound of Sirens Studio en Californie, par Toshi Kasai. Pour la petite histoire, ce grand monsieur du Rock s’était déjà occupé de grands groupes tels que The Melvins ou encore Tool. En effet, d’un point de vue sonore, After Us est avant tout un album qui se veut sérieux par sa qualité très originale : par son mélange de son studio et d’ambiance live. Ainsi, les dynamiques de la guitare sont droites, sauf pour les passages clairs et psychédéliques, et, la basse a le droit à un espace plus élargi. Tandis que la batterie reste très brut à la manière des prises de sons des années 1990 (mais sans la caisse claire insupportable aux vieux échos décalés style année 1980). Enfin, les voix sont le plus souvent soutenues par de nombreux effets ou bien alors, s’insèrent dans un contexte tout aussi brut que la batterie.

Concrètement, cet album sonne efficacement par son ton lourd, simple, mais épais à travers une construction des plus intelligentes. L’ambiance générale s’annonce psychédélique, rythmique, puissante et parfois même, voyageuse. Par ces gros efforts sonores, c’est l’intérêt pour la méga grosse distorsion fuzz qui va tout de suite interpeler en écoutant le super morceau d’ouverture « Low song », la gigantesque « After us » ou encore « Comotose » ; un délice. Mais Zippo propose aussi une ouverture plus spirituelle avec « Familiar Roads » et la dernière chanson « The Leftlovers ». Au final, on y trouve un large panel d’influences (Prog, Stoner, Psyché, Sludge, Doom, Noise ou encore Post Metal) mais subtilement défini dans un même univers. Le groupe de détache donc de la multitude de formations qui se mordent encore trop souvent la queue. Rien qu’en écoutant des morceaux comme « Summer Black » ou encore « Stage 6 », on a l’impression de s’évader dans un monde qui n’existe pas encore. Et le jeu de batterie n’est pas innocent dans l’histoire, puisque la rythmique  dessine des ambiances Funky, Jazz, Metal et Rock. Puis, aussi lourde que le son général, vous découvrez une voix grasse, forte, criarde et grave.

After Us présente donc des morceaux, avec de fortes personnalités, liés par une cohérence globale sans faute. Le quatuor italien offre ainsi une très belle réussite à leur carrière, qu’on espère encore forte en surprises.

The Texas Chainsaw Dust Lovers – Me And The Devil

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Imaginez vous en train de profiter d’un verre de whisky dans ce saloon qui respire la mort, le souffre et l’alcool frelaté. Tandis que le pianiste vous joue un grand classique et que les filles de joie vous regardent du haut de l’étage, une partie de poker dégénère. The Texas Chainsaw Dust Lovers décide alors de dégainer le premier afin de refroidir une bande de pistoleros crasseux, violents, ivrognes et amoraux à coup de Me And The Devil. Vous l’aurez compris, ici on va voyager sur le dos d’un noble destrier afin de découvrir l’Ouest américain à la sauce italienne, et, surtout, avec un zest de citron à la française.

Après une belle réussite avec leur dernier EP, The Wolf is Rising, la bande nous emmène à travers huit titres respirant la maturité et l’authenticité artistique. Ici on fait régner l’ordre en tirant des coups de riffs de basse et de guitares bien lourds et fuzzy. Car la loi est celle du plus fort comme l’atteste cette batterie puissante réglant ses comptes avec le tempo. Et, ce chant envoutant, suintant l’amour bien sale, vous fera bien comprendre que l’anti héroïsme peut avoir ses bons côtés quand on sait maîtriser toute cette diversité et richesse vocale.

Ce premier album propose des titres plus riches les uns que les autres. Il suffit de prendre au pas « Me and the Devil » qui saura introduire la galette avec subtilité et légèreté, non sans quelques retentissements très à la Josh Homme en fin de partie. « Dark stuff » commencera tout doucement à vous faire monter en pression, puis « Summer spleen » marquera le point de non retour. Il est temps d’allumer sa pipe, histoire de digérer (n’est-ce pas Tuco ?). Pour les plus connaisseurs, on pourrait même y trouver un côté un peu effréné à la Royal Republic, mais le final prouve que TTCDL sont les maîtres du jeu. En effet, l’esthétisme de Me And The Devil gagne en profondeur avec tout ce qui va suivre. « My lover of the moon », qui est un bien bel hommage à QOTSA, est certainement le morceau le plus psychédélique et planant que le groupe ait pu porter. Puis « Doin no harm » ou encore « The sleepwalker » jouent les grands angles de caméras largement ouverts sur les paysages rythmiques imposants et expressifs : entre lenteur et intensité qui monte.

Ensuite, « That town under the sun » va vous mener vers une longue scène de duel : les regards se croisent, la sueur dégouline à souhait sur les tempes tendues, et, les visages brulés par le soleil reflètent l’inévitable. Finalement, le combat n’a pas lieu, le groupe préfère réconcilier en dégainant la grosse distorsion Fuzz et une parfaite démonstration rythmique avec « Leaving town ». Un morceau magnifique et riche en intensité qui conclut cette galette avec classe.

TTCDL offre ainsi la démonstration d’un large accomplissement sans faute avec cet album. Œuvre mature, riche en nuances ainsi qu’en subtilité, addictive, et, par sa fougue originale, Me and the Devil peut déjà prétendre à devenir un album culte.

Black Cobra – Imperium Simulacra

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Question : Qui aujourd’hui peut se targuer d’avoir tourné ces dernières années avec entre autres Kyuss Lives, High on Fire, Yob, The Sword, Corrosion of Conformity, Torche, Fu Manchu, Lo-Pan, Bongzilla et j’en passe et des meilleurs ? Sorte de panel (non exhaustif soit) de toute la mouvance stoner-doom-sludge s’il en est.

Réponse : Black Cobra, le duo dévastateur au sludge vindicatif. L’amateur de stoner ne serait pas qu’un hippie féru de grosses cylindrées. Les stoneheads ont donc la tête plus dure que l’on ne croit et se plaisent à corser les propos et la manière. Car Black Cobra ne fait pas dans le psyché recyclé, quand ils tapent dans le gras c’est à coups de triques sèches et par bien des aspects leur sludge flirte avec le punk et le hardcore. Pourtant les San-Franciscains se fondent dans la scène stoner-doom-sludge comme Clark Kent dans la population.

Passé chez Season Of Mist pour ce cinquième album, Black Cobra lance fort les hostilités, à l’image de l’artilleur Pike et de son autre groupe que Sleep, avec deux titres qui placent directement dans votre mâchoire de quoi clore les tergiversations sur si vous allez poursuivre l’écoute ou non. Si vous n’avez jamais posé vos esgourdes sur le duo américain, le décrassage de vos pavillons engourdis par l’excès de fuzz graisseuse risque de vous surprendre. « Challenger Deep » est la démonstration même de ce que le hardcore peut apporter au sludge : une intensité, une violence sèche, qui n’empêche pas un headbanging constant. Ralentissez, enduisez de saindoux, jouez de manière plus détachée et vous obtenez un titre de Fu Manchu période « We Must Obey ».

Depuis sa création en 2001 le groupe a ciselé son approche et particulièrement sa production. D’album en album se sont affinés le son et les arrangements et Imperium Simulacra est certainement l’aboutissement de ce chemin. On sent tout le travail fait sur la rythmique pour stimuler la redondance de la moissonneuse-riffeuse. Les breaks, feintes et autres cassures apportés par le jeu de batterie maintiennent l’attention car s’ils n’étaient aiguisés les riffs s’embourberaient dans la masse graisseuse de ces adversaires occis par la lourdeur du tranchant. Travail également fait sur la variété des morceaux et l’apparition d’éléments plus progressifs. « Fathoms Below » évoque une intro de Monkey3 vénère, et déroule un groove haletant entre doom et math-metal. Le titre sur plus de 8 minutes s’échappe même en terres enfumées propre à un sorcier électrique dopé par la double-pédale. Le groupe vocifère et distribue les bûches comme d’autres les pains avec « Eye Among the Blind » et « The Messenger » et dénonce sur cet album au concept rageur la prédominance des nouvelles technologies. « Obsolete » est emblématique du public des Stoned Gatherings qui s’encanaillent au Blackened Gatherings avec son intro blasté contrastant avec le couplet massue. Black Cobra est telle une horde lâchée en éclaireur pour défricher des terres inconnues au plus sage d’entre nous.

Le groupe se fend de jouer du rock, certes dur voire trop dur pour certains. Sa place au sein de la communauté stonerienne tient en un mot : le riff. Les influences sont communes à tout ce petit monde. « Dark Shine » en re-décline un bel exemple dans sa dualité doom/hardcore et son solo évanescent. L’album ne se digère pas facilement et plusieurs écoutes seront nécessaires pour passer la barrière d’apparente violence qui ne fait que masquer abattage de ces deux serpents noirs qui ont haussé leurs exigences en termes de subtilités mélodiques et rythmiques. « Sentinel » pousse le vice jusqu’à un break d’une sérénité inattendue. Quand s’achève l’album sur « Technical Demise » avec ses passages parmi les plus brises nuques de ces 48 dernières minutes et son refrain à scander, on comprend que les réticences une fois tombées, Imperium Simulacra est un album qui a sa place dans toute bonne discothèque de sludge variée et ouverte.

Musculus – Six Pack

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Musculus est un groupe finlandais qui donne dans le Psyché-Metal et le Stoner-Rock. Né en 2012, le groupe vient de sortir son tout premier EP Six Pack en novembre 2015. Côté influences, on retrouve un large panel de groupes: Black Sabbath, Mastodon, Pantera, Red Fang, Truckfighters ou bien encore Church of Misery. Autant dire que sur le papier, ça s’annonce plutôt étendu en terme de style musical.

Cet EP propose six titres assez diversifiés comme on peut le ressentir en comparant « The Matador », qui pratique plutôt un Stoner très gras à l’américaine, et « Shake Your Moneymaker » jouant plus sur une teinte Rock « scandinave ». La musicalité globale de l’opus atteste ainsi toutes les influences du groupe puisque le rythme n’est jamais pratiqué à l’identique. Et puis niveau maîtrise guitares-basse, ça envoie comme il faut. Pour ce qui est de la prestation vocale, attendez vous à une démonstration plutôt puissante, lourde et bien grasse.

Six Pack est donc prometteur et intéressant. Même s’il serait souhaitable que le groupe s’émancipe plus de ses influences trop larges, pouvant parfois dilater la ligne directrice de l’EP, en se démarquant encore plus la prochaine fois. Mais il est fort à parier que la prochaine galette saura mettre encore mieux en avant toute l’énergie, la maîtrise et la puissance de Musculus.

Gin Lady – Call The Nation

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Un peu de légèreté et de subtilité musicale, c’est ce que Gin Lady entend nous offrir. Ce nouvel album du nom de Call The Nation se pose ainsi comme un accomplissement qui respire la bonne humeur et l’énergie. Alors en route pour un peu de peps et de Rock’n’roll.

Porté par une très bonne production, cet opus s’insère dans la tradition musicale du Rock seventies psychédélique avec une prestance mélodique plus contemporaine. Car propulsé par des influences à la Cream ou The Masters Apprentices, le groupe s’engage aussi vers des sonorités relativement proches de Eagles of Death Metal ou The Raconteurs. Il suffit de se mettre des morceaux comme « Down Memory Lane » ou « Mexico Avenue » pour saisir tout le charme et l’âme de l’album.

Plus concrètement, l’ensemble de la bande évolue globalement bien à travers sept morceaux d’une grande efficacité. Mais ici, pas question de pousser le gain à fond : on se pose tranquillement dans son fauteuil et on savoure la simplicité et la « non violence » sonore. Du coup, ça groove à mort côté basse-batterie et les guitares se la jouent Californie ensoleillée, voire désert du Nevada. Néanmoins, cela n’empêche pas Gin Lady de pousser les cordes vocales vers un mélange de puissance et de sensualité qui respire la sueur des douces soirées d’été. « Heavy Burden » et « Country Landslide » sont là pour vous le prouver. Puis il serait dommage de ne pas remuer un peu la tête avec « Ain’t No Use », « I Can’t Change » et l’éponyme « Call The Nation », prouvant ainsi toute la maîtrise de l’ambiance psychédélique du groupe.

Vous l’aurez compris, si vous êtes amateurs de gros riffs et de grosses lenteurs rythmiques, passez votre chemin. Par contre, si vous cherchez un peu de soleil ou si la journée a été mauvaise, ça sera l’album parfait pour retrouver le sourire et profiter un peu de la vie. Call the Nation ne déroge donc pas à la règle en s’insérant parfaitement dans la discographie des Suédois. Ils sauront ainsi ravir les amoureux du vintage et les fanatiques du Rock à l’état pur.

Karma To Burn – Mountain Czar (EP)

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Les vestiges d’une des formations les plus existantes de la planète stoner par le passé se rappellent à notre bon souvenir avec son troisième presque long format depuis leur retour aux affaires. C’est sur une nouvelle structure, Rodeostar Records qui n’est pas franchement estampillée stoner-rock ou desert-rock, que William Mecum flanqué de ses nouveaux partenaires de jeux sort la suite de « Arch Stanton » après avoir fait le bonheur de ses fans en renouant avec le format split sur vinyle si cher aux collectionneurs et autres toxicomanes de la musique.

Cette production tape dans le registre minimaliste en ce qui concerne le nombre de titres alignés puisque constituée de cinq titres uniquement d’où son estampillage bâtard d’EP. Pour ne pas égarer ses indéfectibles fans, le trio n’a pas beaucoup modifié sa recette qui est non seulement sa marque de fabrique, mais aussi une immense source d’inspiration pour de nombreuses formations tant leur style a marqué l’histoire de notre mouvement. On aligne une nouvelle série de numéros (tout comme d’hab en fait) et on ajoute à nouveau un vrai titre avec un vrai nom avec des vraies lettres et de vraies parties vocales : « Uccidendo Un Sogno ». Il s’agit en fait d’une réinterprétation de « Runnin’ Down A Dream » de Tom Petty et ses briseurs de cœurs balancée avec, excusez-moi Mesdames, une grosse paires de couilles même si c’est une voix féminine qui est posée sur la rythmique de bourrins de ces mecs. C’est Stefanie Savy qui tient le crachoir – de belle manière il faut le reconnaître avec un grain proche de certaines riot grrrl qui n’est pas pour me déplaire – dans sa langue maternelle : l’italien. Ce titre le fait plutôt bien avec la rythmique d’enfer du trio étasunien et le solo assuré par Manuel Bissing de la formation suisse Sons Of Morpheus.

Outre l’ovni non-instrumental précité, qui n’est pas une première pour Karma To Burn (« Appalachian Incantations » en contenait, par exemple), on n’est pas dépaysé par ses nouvelles compositions au format 100 % KTB. Evan Devine, à la batterie, et Eric von Clutter, à la basse, envoient une putain de rythmique qui déclenche instantanément va-et-viens de la nuque et martellements du sol à grands coups de semelles. Si l’on met de côté les réticences relatives aux éléments extra-musicaux qui constituent une bonne partie de l’actu du trio depuis quelques années et que l’on n’est pas rebuté par l’instrumental efficace et redondant, il n’y a aucune raison de ne pas se précipiter sur cette nouvelle galette dans la droite ligne de ses prédécesseures (<- certainement le mot féminisé le plus moche de la création). Avec des titres comme le single « Sixty Two », dont la vidéo a été tournée en Suisse (à Bienne) avec une omniprésence du guitariste, la formation US prouve qu’elle en a encore sacrément sous la pédale.

Monster Truck – Sittin’ Heavy

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Il y a une place pour des groups comme Monster Truck dans notre spectre musical. Un peu en bordure, certes, mais entre deux sorties de doom obscur, de sludge maussade ou de psyche-rock vaporeux, il est parfois bon de s’en taper une bonne grosse tranche. Une rasade revigorante de gros rock « à l’américaine » (les amis du cliché noteront que le combo est en fait canadien), dont le style musical emprunte plus à leur patronyme outrancier qu’à n’importe quelle référence musicale plus ténébreuse.

On vous en avait déjà parlé, Monster Truck s’est fait connaître en nos contrées pour avoir partagé la scène de combos comme Vista Chino par exemple. Musicalement, le quatuor se pose en synthèse de heavy blues de bûcheron (et il n’y a pas que la chemise à carreaux qui rappelle le grunge, aussi). On y emprunte autant aux Allman Bros qu’à Clutch sur certains titres, autant à Bob Seger qu’à Alice In Chains. Alors du coup, oui, ça peut donner cette impression un peu roborative après quelques écoutes, l’image  d’un disque si généreux qu’il manque de ligne directrice. Plus exactement, il y en a pour (presque) tout le monde : deux ou trois titres bien heavy (« Another man’s shoes »…), quelques mid-tempo un peu grassouillets (« She’s a Witch », « To the Flame »), un ou deux brulots qui défouraillent (« The Enforcer », « New Soul ») et la paire de balades règlementaires (« Sittin’ Heavy », « Enjoy The Time »). Dire que ça ratisse large est néanmoins inexact : la prod, clinquante et puissante à la fois, enrobe chaque titre et donne le liant sonore qui pourrait manquer sinon.

Il faut dire que le groupe ne se prive d’aucun plaisir égoïste, dégaine le clavier dès qu’il le juge utile par exemple, et tout ce qui peut servir les compos est judicieusement sélectionné. Après, on ne peut pas le passer sous silence (c’est le cas de le dire) : l’élément principal qui surnage de la galette est, encore une fois, le chant de Jon Harvey, par ailleurs bassiste de la formation, qui mettra tout le monde d’accord. Son organe puissant, chaleureux, impeccable de justesse, est un outil efficace pour transformer des compos qui pourraient s’enliser en hymnes d’arena rock (« Black Forest », « Don’t tell me how to live »).

Bref, même si l’on s’aventure assez loin des contrées stoner balisées et parfois un peu confortables que l’on connaît, Monster Truck, à force de culot et de conviction, pourra séduire plusieurs de nos auditeurs, en manque d’une bouffée d’air frais et de plaisirs simples, alors que la production stoner des derniers mois peut s’avérer parfois assez « sérieuse ». Rien de tel qu’une bonne claque de gros rock US joué pied au plancher !

Monomyth – EXO

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Monomyth, c’est le groupe instrumental qui monte ces dernières années. Ça, c’était ce qu’on pouvait dire lors de la sortie de leur deuxième album en 2014. Mais à force de monter, il se peut qu’avec ce troisième album, ils trouvent maintenant leur place dans les hautes sphères des groupes d’influence. En tout cas, l’objectif du groupe est clair : nous faire mentalement atteindre un petit quelque chose, mais seulement après avoir embarqué pour le voyage qui va avec. Aidé pour cela d’une armée de synthé, le groupe entretient une vraie tendance prog et post-rock. Il ne serait pas si étonnant que cela de les voir s’approcher de la synthwave dans de prochaines productions…

Le défaut inhérent à ce style est la capacité à créer du vide à l’infini, mais si et seulement si on n’a rien à raconter. Évidemment, comme pour les précédents, et peut être même encore plus ici, une histoire émerge dans l’esprit de l’auditeur attentif. Et attentif il faut l’être un minimum si on veut commencer à explorer l’univers proposé.

La tracklist elle-même est assez représentative de cet esprit de conteur et de l’exigence en matière d’attention qui est demandée à l’auditeur. « Uncharted » est un véritable prologue de plus de quatorze minutes. Si Monomyth propose régulièrement ces longs formats qui se prêtent aux constructions sans fin de riffs et de ruptures et de thèmes et de sous thèmes etc…, EXO raccourcit le format général avec l’ensemble des autres morceaux sous la barre des 10 minutes. Pourquoi parle-je d’un prologue ? Question que l’on peut compléter par : pourquoi placer le morceau le plus long en premier ? Pour la sélection pardi ! Si après les deux minutes de pluie synthétique qui ouvrent l’album, vous êtes encore présent, alors et alors seulement vous êtes prêt pour le voyage. Malheur à celui qui passera à la suite d’une simple pression de bouton le ramenant à la réalité, il lui sera refusé la plénitude. Si cette histoire de pluie vous fait peur, soyez assuré que la suite, toute en douceurs, finesses mais aussi en turbulences mérite l’intérêt des personnes sensibles.

Une fois ce trou de ver d’« Uncharted » traversé, vous êtes déjà attachés, donc laisser vous portez par le groove de « Et Oasis » ou par la collision de Hadrons déversée dans vos oreilles par « LHC », vous en redemanderez.

Crawling In Sludge – Le Dormi Dau Munstre

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D’un coté de l’atlantique on a le Bayou, qui a vu naître Crowbar et Soilent Green, de l’autre il y a les marais Poitevins qui ont enfanté Inside Conflict et Crawling in sludge. J’en conclus que lorsqu’on évolue dans la boue soit on aime ça et on y patauge de bon cœur soit on adore ça et on y sautille à toute vitesse pour en foutre partout. Dans tous les cas en mettant 5-6 personnes dans un environnement marécageux on obtient une flopée de groupes intéressants .

Dans le cas présent, Crawling in sludge a choisi l’option pataugeage, ici on se vautre dans la fange et on y prend grand plaisir. Je pourrais ressortir tous les adjectifs qu’on trouve dans les chroniques d’Eyehategod, Crowbar ou Down mais je pense qu’on en a tous marre de lire que c’est poisseux, lourd etc etc on sait ce que c’est qu’un marais, on sait ce qu’est le sludge donc on va s’éviter ça, ok ? Merci.

Tout ce qu’il faut savoir c’est que ces petit gars (façon de parler) font ça bien, on sent qu’ils ont de la bouteille et qu’ils aiment ce style depuis un moment. Forcement ça se ressent et pour une fois on a pas l’impression d’entendre un énième clone Franchouillard s’essayant au Nola style.

Les influences sont clairement celles citées par le groupe lui même : Crowbar et Alice in chains avec un gros penchant pour les premiers.

Ce qui fait qu’on se retrouve avec un album mélancolique mais pas pleurnichard dans lequel le son est là, les compos, les intentions et la maîtrise aussi.

Bon faut bien que je râle un peu non ?

Ouais, bon alors il y a quand même un point qui me gêne :

La voix.

En fait le chanteur utilise plusieurs type de voix, mais la principale n’est, à mon goût, pas suffisamment maîtrisée pour être autant mise en avant.

Les passages en voix gutturale sont propres et sonnent super bien (cf «  Le Dormi Dau Munstre »), on sent l’expérience, les plans en chant clair passent sans soucis (voir le break dans « Abriall De Chaer » digne d’Isis) mais le majorité du chant est dans un registre typé Crowbar, un peu rauque mais pas hurlé, et c’est là que je coince, trop entre deux, j’ai l’impression que le chanteur n’est pas encore à l’aise avec cette façon de faire et qu’il en chie. Les lignes perdent en fluidité et en intensité alors qu’elles sont souvent bien trouvées.

Ha oui j’oubliais, les textes sont en Poitevin-saintongeais, oui ma bonne dame, le patois de chez eux !

Ils devraient ouvrir un club avec les Bretons de Stangala d’ailleurs (« nos régions ont du talent crew »).

En tout cas, passée la première écoute ça ne pose aucun soucis.

Au final on se retrouve avec un bon album qui ne souffre ni de répétitions inutiles ni de plan bouche trou, ça passe tout seul et on en redemande quand on arrive au bout.

Le groupe existe depuis un petit moment et je me demande régulièrement pourquoi on n’entend pas plus parler d’eux, encore une histoire de com’ sans doute.

Espérons que ça vienne et qu’on les croise un peu plus souvent sur scène.

Au fait, pensez à mettre vos bottes en caoutchouc avant de mettre le disque dans la platine.

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