Ryte – Ryte

 

Sortir son premier album chez Heavy Psych Sounds n’est peut-être pas un exploit mais ça fait partie de ces petites choses de la vie qui te font un peu te gorger d’orgueil. En tout cas il n’est pas impossible que cela ait été le cas pour les petits nouveaux de Ryte. Alors chassons tout de suite la confusion possible, il ne s’agit pas de Ryte le trio du nord de la France mais de Ryte le quartet Viennois qui t’envoie valser d’une mornifle et s’affaire depuis quelques années autour de son album éponyme enfin finalisé.

Ce premier album se présente sous la forme de quatre titres épais où d’aucun trouvera son compte sans l’ombre d’un doute. Le fait est que l’on passe par toutes les strates du genre rien qu’avec le titre d’intro, “Raging Mammoth” qui laisse glisser des pralines stoner et doom ainsi qu’un assaisonnement space rock sur la même piste.

“Shaking pyramid” assume son titre, avec dès la quatrième minute une basse et une batterie qui swinguent, montent en puissance derrière une cascade de notes cristallines des grattes dans l’esprit d’un Santana. Cela ne dure qu’une minute, mais croyez-moi cela fait tout le sel du titre, même si la dérive vers des relent de Sleep n’est pas pour déplaire une poignée de minutes plus loin. Le fait est notable car il libère au passage les voix dont l’absence jusqu’à ce stade aurait fait croire à un album totalement instrumental. Pour autant la chose reste anecdotique et fini par s’éteindre pour laisser le groupe reprendre en vigueur et de la fin de ce même titre nous amener vers une suite plus vive et entraînante

Même si Ryte flirte avec le prog sur “Monolith” ce sont toujours les mêmes pérégrinations entre stoner et doom qui ressortent. Le titre une fois de plus confirme la densité des morceaux et l’envie de partir dans tous les sens. Le pari est risqué et explique sans doute la durée des pistes; deux de huit, une de Douze et une de dix. Le groupe utilise pleinement le format long  pour les truffer ses compositions d’idées et de genres. La cuisine est toujours inventive et on se laisse tantôt bercer tantôt emporter avec force. Il faut dire que Arik le guitariste chanteur et Shardik le batteur ont déjà de la bouteille et bossent ensemble depuis belle lurette, pas étonnant que la maturité de l’album puisse être garantie sur facture.

Alors que ‘l’album tire à sa fin et qu'”Invaders” se pare des atours des classiques du doom, il faudra être attentif et entendre la modernité qui est assez présente et permet de ne pas sortir frustré de la galette. Le retour du chant cependant m’a fait prendre conscience qu’une couche supplémentaire n’aurait pas été de trop. La voix de Arik est suffisamment intrigante pour qu’on puisse regretter qu’elle ne soit pas plus exploitée, voire pas exploitée du tout.

Heavy Psych Sound se trompe rarement, les Italiens peuvent s’enorgueillir de capter bon nombre de talents au sein desquels Ryte. Un format juste court comme il faut pour porter une boite pleine d’idées sans frôler l’indigestion, Ryte est de ces albums qui s’inscrivent dans le cercle des productions qualitatives et suffisamment denses que pour apporter un plein de fraîcheur nécessaire dans un monde où l’on tourne souvent autour des mêmes choses. Ici l’arbre est joli et on ne va pas aller chercher la forêt qu’il cache.

 

Spaceslug – Reign of the Orion

Non désireux de trahir leur étonnante régularité, les trois Polonais de Spaceslug ont profité de la période qui précède Noël pour inspirer les indécis de dernière minute. Ils nous proposent donc pour mettre sous le sapin rien moins que leur quatrième album, Reign of the Orion. Opus qui, à la différence des jolis Time Travel Dilemma et Lemanis, vient agrémenter cette collection grandissante d’artwork mornes et finalement assez fades qu’ils nous servent depuis 2017. Après quelques sorties chez Oak Island Record et une distribution parfois assurée par Kozmic Artifactz, c’est finalement au label polonais BSFD records que revient la seule charge de s’occuper du petit dernier. Ce qui a notamment pour conséquence un manque de communication duquel découlera une sortie assez discrète. Bien évidemment l’habit ne fait pas le moine, et on s’empresse de déballer le paquet pour voir ce que ces cinq pistes ont à nous offrir.

Côté son, on baigne dans un space rock très atmosphérique dont les sonorités de guitare font désormais l’empreinte du groupe. Cette espèce de note planante chargée d’une fuzz lourde, tel un appel à se rassembler, présent sur « Down to the sun » comme sur presque chaque ouverture d’album. Là encore Spaceslug ne déçoit pas ses fans et enfonce un clou déjà bien emmanché. L’album se voit par ailleurs affublé d’une meilleure qualité de prod que les précédents, souffrant parfois d’un son peu clair. En revanche, à la différence des précédents opus, ces cinq pistes se révèlent moins énervées qu’à l’habitude. Certains pourraient déplorer dans Reign of the Orion la petite explosivité bien sale qui venait si justement assaisonner les préparations passées.

Prenons l’exemple de « Trees Of Gold ». Un morceau d’à peine quatre minutes se démarquant du reste par sa nature douce et aérienne, presque angélique. Batterie au repos, guitare et clavier tout en mélodies éthérées, chant diaphane ; un ensemble évoquant étrangement du Time Impala et qui trouve pourtant naturellement sa place dans le registre du groupe, tout en apportant paradoxalement une certaine fraîcheur.

Une preuve supplémentaire que le groupe de Kamil, Jan et Bartosz cherche à explorer de nouveau territoire, tout en conservant l’essence faisant de lui un mésestimé et pourtant incontournable de la décennie.

Wheel of Smoke – Sonic Cure

 

Quintette qui n’est pas formé de lapins de six semaines, Wheel of Smoke réalise avec Sonic Cure sa cinquième production, celle-ci est signée chez Polder Records. On pourrait s’attendre à une galette de pur Stoner fonçant tête baissée avec un nom de groupe comme Wheel of Smoke, surtout que ce dernier vient de Louvain, capitale belge de la bière et ville estudiantine de renom. Il n’en est rien, Sonic Cure nous fait voyager vers d’autres contrées cosmiques et bien plus sensuelles.

Avec une introduction orientalisante et dans l’air du temps chez les aficionados du psychédélisme. Sonic Cure ne se dévoile pas immédiatement. Il m’a fallu attendre “Beamed” et son prog désuet pour confirmer que le quintette joue sur des bases rétro assumées. Mais avec une guitare qui apporte de la profondeur à la compo et un tempo de plus en plus lancinant, le tout devient vite jouissif et conclu sur un fond électro acoustique donnant à rebondir sur l’intro du morceau suivant cette piste. “On a Wave” à la façon d’un Naxatras ( Je t’invite à mettre ce titre en abime avec “White Morning”) démarre mid tempo puis se faisant de plus en plus vif, en vient à gratter de façon sympathique du côté  des six cordes.

Décidément Wheel of Smoke ne fait rien comme ses prédécesseurs, ils ont le talent d’avoir digéré le savoir des anciens pour offrir quelque chose d’autre. L’intro de “Electric I” m’en est témoin avec sa beauté simple et à peu de frais où semble flotter l’esprit du Pink Floyd. L’originalité faite de classique est aussi dans “Brainshaker” qui s’introduit aux portes du funky puis glisse fièrement vers le prog avec des claviers “belle époque”

Sur chaque piste la qualité de l’enregistrement est notable avec un son chaleureux et profond. Définitivement Sonic Cure oppose le “déjà entendu au-delà du raisonnable” et la recomposition des genres. La piste éponyme a beau jouer des sons réinterprétés à l’infini, le morceau ne pousse pas l’exercice jusqu’au poncif et évolue avec une dentelle musicale aussi fine que celle venue de Bruges.

Wheel Of Smoke est à l’image de son pays. Sous des dehors mornes et pâles mais intriguant il faut y revenir et y vivre un certain temps pour s’apercevoir qu’il s’y cache des trésors. J’ai dû pas mal user la galette avant de me mettre à l’ouvrage, les six pistes de Sonic Cure ne sont pas un remède de cheval mais plutôt un traitement de fond qui te feront du bien à l’âme. Un album à jouer sans excès mais avec régularité.

Esoteric – A Pyrrhic Existence

Achille, héros mythique de la guerre de Troie (Brad Pitt, jupette, trampoline) a un fils, Pyrrhus (qui a surement eu des petits enfants mais on ne sait pas si ces derniers l’appelaient Papyrrhus) qui a donné son nom à un art, la danse en armes, la Pyrrhique, consistant à simuler un combat entre Hoplites, fantassins lourdement armés (300, Zack Snyder, abdos dessinés à la peinture), joutant, chutant et se relevant, simulant la guerre. Cette introduction n’a pas vraiment de rapport avec l’album mais vous non plus vous ne saviez pas ce que veut dire « Pyrrhic » et je vous ai épargné quelques recherches internet. De rien.

Birmingham (Usines, gris, Peaky Blinder, gens moches, heavy metal) est le temple de la musique lourde. Je vous ferais bien une liste des groupes qui en viennent mais ça me prendrait 3 pages. Disons simplement qu’en plus de Sabbath, il s’agit de la ville natale de ni plus ni moins que Judas Priest, Plant, Doom, Robert Plant, John Bonham, Magnum, G.B.H., Phil Lynott, Babylon Zoo, Godflesh, Duran Duran, Benediction, Chicken Shack, Blaze Bayley, Quartz, Napalm Death, The Streets, Anal Nathrakh, Yes, UB40 et Bolt Thrower. Que des cadors (et Godflesh) en somme se sont extraits de la cité ouvrière pour faire régner la lourde musique partout à travers ce que le globe compte de pays pollués. Et depuis juillet 92 (un mois plutôt clément à Birmingham, il fait 7 degrès et il n’avait plu que 23 jours c mois-là) la ville a rajouté Esoteric au panthéon de ses rejetons les plus lents.

Esoteric s’efforce depuis 6 albums à jouer un death funéraire, aussi lent que possible, un magma sombre et désespéré, habilement nommé funeral doom. Ce genre de musique crépusculaire vient avec deux contraintes :

  • la longueur des albums, car développer son propos avec des rythmes aussi lents amène forcement à tirer sur la corde du double albums, corde qu’Esoteric s’est enroulé autour du cou depuis bien longtemps, proposant son heure et demi syndicale depuis The Maniac Vale en 2008.
  • Le temps de productions entre deux albums, qui chez Esoteric est de 5 ans. On ne parle pas tant de gestation que de digestion à ce niveau là.

Le groupe (Greg Chandler surtout, soyons honnête, tant l’homme qui porte un micro casque sur scène est la vraie tête de l’ésotérisme) semble avoir mis dans A Pyrrhic Existence, tout le désespoir que Birmingham contient (j’y suis allé, y en a à tous les coins de rue, tu marches dedans, ça colle aux bottes c’est l’enfer) et ce qui, au premier abord, ressemble à une impénétrable forteresse de tristesse (faut se fader 1h30 de dépression, y a de quoi flinguer un date, faites attention), finit, au fil des écoutes, par révéler quelques dédales, quelques passages rendant accessible la cité aux voyageurs attentifs. L’album est divisible en deux phases, deux fois 50 minutes, deux pièces d’une même face (ou le contraire) que « Consuming Lies » vient délimiter. Et par touches, la beauté se révèle à celui qui prend le temps d’écouter. Le solo au feeling triste à la fin de « Descent »,  le riff sur-heavy au bout de 5 minutes 20 de « Consuming Lies” ou l’étouffante fin de « Culmination » suivant l’un des riffs les plus rapides du groupe (qui serait, pour comparaison, l’un des plus lents de Slayer, s’il était d’eux). Un disque aussi lourd que beau sur lequel plane autant Pink Floyd que Satan (le démon pas le groupe). Et je vais m’arrêter là avant que la lecture de cette chronique soit aussi longue que l’écoute de cet album, assurément l’un des plus magistraux de l’année.

 

Point vinyle :

Season of Mist nous a gratifié de quelques pressages, triples vinyles de superbes factures : black (500 ex), black/red marbled (200 ex) et turquoise (400 ex). Tout est sold out, seul discogs ou un magasin bien intentionné pourra vous dépanner. Mais sur le site du label vous pouvez commander le pin’s. C’est cool aussi.

Domkraft – Slow Fidelity

La série de sorties Postwax se termine en beauté pour cette année 2019 (la suite est attendue pour 2020) avec cet opus proposé par les suédois de Domkraft. On rappelle le concept pour ceux qui ont vécu dans une caverne ces derniers mois : le label Blues funeral a lancé un concept baptisé Postwax en début d’année. En gros, vous filez une participation et le label vous envoie chez vous de belles galettes de groupes choisis (ou volontaires) pour enregistrer du matériel inédit. Vous recevez 7 albums ou EP de 7 groupes différents, parmi lesquels Elder ou Besvarjelsen, des one-shot projects comme Big Scenic Nowhere (avec un casting de fou furieux) mais aussi Lowrider ou encore Spotlights (prévus et hautement attendus pour 2020). Il y a quelques jours est parue la galette de Domkraft avec, oh surprise, la participation d’une légende en la personne de Mark Lanegan himself !

Pour l’instant, difficile de faire la fine bouche en évoquant le projet Postwax tant la qualité est au rendez-vous : Elder s’est surpassé, Besvarjelsen a assuré, Big Scenic Nowhere fut un grand moment alors, chers amis de Domkraft, il faut continuer sur la lancée ! On le sait depuis leur premier méfait qui date de 2015 : Domkraft ne fait pas dans la dentelle. Son sludge massif, rugueux, marécageux et boueux, sa basse lourde comme une chape de plomb qui tombe sur votre pied, sa batterie martelée sans ménagement, sa voix plaintive sortie des enfers : Domkraft, c’est du solide… Une musique à réserver aux oreilles habituées au genre car elle ne se laisse pas facilement apprivoiser, et on s’en rend compte dès les premières minutes de « Through The Ashes » : heureusement que nos dents sont solidement arrimées à notre mâchoire ! Après neuf minutes cataclysmiques et éprouvantes (qui, paradoxalement, semblent pourtant n’en durer que deux), « Mud Collider » enchaîne avec, toujours, ce tempo hypnotique (même si je trouve la batterie trop en retrait par rapport au duo basse-guitare). C’est là qu’intervient la voix lancinante de Mark Lanegan et l’on se rend compte que, finalement, son timbre n’apporte pas grand-chose à la musique de Domkraft… Un peu décontenancé sans doute par une voix qui ne colle pas franchement au sludge (bah oui, quoi, d’habitude çà beugle et çà éructe !), on retrouve heureusement les hurlements d’outre-tombe de Martin Wegeland au milieu de tout çà… Arrive le dernier des trois titres de cet EP, intitulé « Where We Part Ways », magnifique complainte de près de quinze minutes bénéficiant de la sublime voix de la non moins sublime Lea Amling Alazam (membre des formidables Besvarjelsen) et de Marty des Slomatics. A noter que ce dernier titre est proposé également en version instrumentale mais uniquement sur la version CD.

Cette cuvée Postwax 2019 s’achève en beauté avec ce superbe EP à conseiller sous le sapin de tous ceux qui aiment Domkraft, le rock, la musique et la vie en général. Bref, procurez-vous d’urgence (s’il en est encore temps) ce petit bijou qui égaiera sans aucun doute vos repas de fêtes et qui, j’en suis sûr, ravira les oreilles de votre belle-mère au moment de passer à la bûche…

 

Grotto – Lantern of Gius

En recrutant Grotto dans les rangs, on a eu le nez creux chez Stickman Records. Inutile de dire qu’après le succès écrasant d’Elder ces dernières années, promouvoir des groupes aux sonorités similaires a de quoi faire saliver. Après s’être penchée sur l’EP puis les deux albums du trio sortis successivement en 2016 et 2017, la maison allemande a dû convenir qu’il était temps de placer les jetons sur le dernier album de Grotto en vue de rafler la mise.

On nous propose donc cet automne un album à l’artwork rien moins que psychédélique composé de seulement deux pistes ; « Lantern of Gius », éponyme de l’album et « The 12Th Vigil ». Attention toutefois à ceux qui s’inquièteraient d’un si modeste inventaire, chacun des morceaux s’étire sur exactement 17 minutes. De quoi voir du pays.

Niveau son, l’influence d’Elder est ici d’une évidence frappante. Des riffs atmosphériques percutants systématiquement renforcés par la grosse caisse, un groove dense et profond, le tout habillé de phrasés de guitare hauts en couleur et mélodieux. Une musique 100 % instrumentale empruntant finalement plus au rock progressif et au post-rock qu’au stoner. Hélas, après plusieurs écoutes de Lantern of Gius et en dépit de ses indéniables qualités d’écritures, on perçoit une certaine redondance, un manque de relief. Les pistes ont beau durer et enchainer les séquences, tout a tendance à se ressembler et donne parfois la sensation de tourner en rond.

Néanmoins, le potentiel reste bien palpable. Nous sommes dans ces morceaux n’existant que pour transporter dans un univers bien distinct. Une épopée, un voyage qui se fait assis sur son canapé, les yeux fermés et l’esprit ouvert. Nul doute qu’une fois isolée l’essence de ce qui fait leur musique et affranchie des influences parfois ombrageuses qui les surplombent, le trio belge fera rêver.

Mama’s Gun – Mama’s Gun

Un certain John Lennon a déclaré un jour : « le rock français, c’est comme le vin anglais, çà n’existe pas ». Bon, il faut bien reconnaître qu’à son époque, la musique en France se cantonnait à Michel Sardou, Mike Brant, Michel Polnareff ou encore au trio de poètes Brel/Brassens/Ferré. Heureusement, depuis, force est de constater que tout cela s’est quand même amélioré avec des groupes comme Téléphone, Trust ou Noir Désir qui auront, en leur temps, permis de mettre un bon coup de pied au cul des bien-pensants qui ne juraient que par la variétoche juste bonne à passer chez Pascal Sevran et Jacques Martin. Et puis, avec l’avènement de notre cher stoner favori, de nombreuses formations émergent un peu partout dans l’Hexagone (je pense aux lillois de Glowsun, aux perpignanais de Deadly vipers, aux rémois de Dirty raven ou aux bordelais de Mars Red Sky pour ne citer que quelques exemples).

Parmi eux, on peut désormais ajouter les limougeaux de Mama’s gun, trio formé en 2016. Les 3 garçons se disent fans de Queens Of The Stone Age et de Led Zeppelin (la base, quoi…) mais aussi de Clutch ou encore Dewolff. Evidemment, avec des influences pareilles, difficile de se louper… et le premier titre « Shield and shelter » le confirme bien avec une rythmique très bluesy et la voix pleine de feeling de Théo Jude. Une belle entrée en matière, même si on aurait aimé que la grosse caisse de Théo (car oui, nous avons ici affaire à un chanteur/batteur !) soit bien moins en retrait, cela aurait sans doute donné encore plus de pêche au morceau. « Both sides of your mind » emboîte le pas avec, comme pour le titre d’ouverture, cette même rythmique enlevée, cette même voix douce et vindicative à la fois et, malheureusement, toujours ce manque de peps dans le mixage de la batterie.

Et puis, dès le troisième titre, « Dead legends », le doute m’habite (hum, coquin va…) : les deux premiers titres étaient construits sur le même moule, à savoir le sempiternel « intro/couplet/refrain/pont/solo de guitare », tout comme ce troisième titre. Alors, loin de moi l’idée de critiquer le groupe car je ne suis qu’un modeste chroniqueur (ce qui est assez différent du critique, vous en conviendrez) et je n’aime pas taper sur ce que, moi-même, je serai bien incapable de réaliser mais force est de constater que, malgré la qualité intrinsèque de chaque composition, il manque ce petit grain de folie, cette petite incartade loin des sentiers balisés, cette prise de risque qui les ferait se démarquer de la meute. Pourtant, les très enlevés « Itchcock » et « Greed », le puissant « Electrical redeemer » ou la petite douceur qu’est « Righteous hand » prouvent que Mama’s gun peut arriver à se transcender.

Alors, que dire de plus de ce premier LP des petits frenchies ? Que c’est une excellente entrée en matière, que cet album doit être mis entre les oreilles de tous ceux qui soutiennent la scène stoner française (et des autres, tant qu’à faire !) et qu’on ne souhaite que des bonnes choses à ces petits jeunes plein de talent et de bonne volonté. Manque sans doute un petit quelque chose pour s’extasier devant cet opus mais ils sont encore jeunes, laissons-leur le temps de peaufiner leur musique et nous revenir encore plus forts et meilleurs dans quelques mois. En tout cas, félicitations pour ce premier effort et recevez tous nos encouragements pour la suite !

Mos Generator – Spontaneous Combustions

Quel fascinant et étonnant objet musical que Mos Generator… Le groupe, emmené par son emblématique leader Tony Reed, a jusqu’ici produit une discographie aussi foisonnante qu’hors norme et… illisible : presque autant de labels que d’albums, des live, des démos, des captations studio, des reprises… Sa page Bandcamp, qui n’est même pas exhaustive, ressemble plus à un jeu de l’oie en ligne qu’à une discographie. Il faut dire que Reed est un musicien aussi productif que talentueux : le bonhomme n’est pas seulement un guitariste doué et inspiré, il est aussi un multi-instrumentiste redoutable (qui enregistre souvent ses disques seul en jouant tous les instruments), un producteur reconnu, un musicien de tournée (cf les dépannages en tant que bassiste vis-à-vis de ses potes australiens de Seedy Jeezus), etc…

Le trio américain, qu’on n’avait pas entendu sur disques depuis un peu plus d’un an, retrouve le chemin de nos platines à travers ce disque atypique : Spontaneous Combustions n’est pas un album en tant que tel, il est le fruit d’une session d’enregistrement jam. Le groupe a mis à profit la disponibilité d’un local pour quelques heures, a usé d’un matériel d’enregistrement rudimentaire, et s’est mis pour défi d’enregistrer quatre titres dans la journée… sans rien avoir composé (précisons en toute rigueur que l’un des quatre titres émane de trames musicales écrites quelques mois auparavant). Avant de crier au génie, rappelons que le groupe est coutumier de ces exercices (en tout cas pour produire ses démos) et que leur capacité d’improvisation est largement au-dessus de la moyenne de leurs contemporains (on se rappellera par exemple que lors de son passage au Hellfest 2014 le groupe est monté sur scène sans la moindre idée de quelles chansons ils allaient jouer). Quoi qu’il en soit, ça ne diminue pas l’ampleur de la performance. Maintenant, reste à vérifier qu’au-delà de l’exercice de style, Spontaneous Combustions est un disque intéressant en soi…

Quatre compos qui vont chacune taquiner les 10 minutes, c’est deux faces de vinyl correctement remplies. On retrouve sur ces quatre séquences la richesse musicale qui caractérise la carrière de Mos Generator, avec en particulier comme dénominateur commun, plus que d’habitude (et l’exercice s’y prête particulièrement), un penchant blues très affirmé. Qualitativement, logiquement, tout n’est pas du même niveau, mais l’exercice veut ça : les respirations, les accélérations, les breaks, les riffs… dans une jam, ça sort comme ça sort, et ça n’est pas toujours du génie pur du premier coup – sauf que là, pas possible de revoir le truc, il y a une seule prise, et pas d’overdubs. Mais les bons moments sont légion : le suave « Things to Unremember » et son riff sabbathien, le jam blues de « Age Zero » et ses plans à la Gary Moore, le très bon « Bonehenge (parts 1&2) » plein d’inventivité (bien heavy, lardé de fulgurances prog rock ici ou là)… On sera plus réservé sur certains points, comme les prises vocales/chœurs de « Who Goes There ? » (pas un détail, car c’est la base du morceau), quelques longueurs sur la première moitié de « Age Zero »… Encore une fois, pas de quoi jeter le bébé avec l’eau du bain, loin s’en faut.

Spontaneous Combustions n’est donc ni un album de Mos Generator au sens traditionnel du terme (aux compos structurées et affinées, au son polissé) mais n’est pas non plus ce que l’on pouvait craindre, à savoir « un album de musiciens » où l’onanisme luthier est roi. Il s’agit d’un disque atypique, imparfait par nature, chaleureux et intéressant, où le feeling de Reed et de sa petite troupe transpirent de bout en bout. Il est plus à rapprocher des productions de groupes comme Tia Carrera que de la discographie traditionnelle de Mos Generator.

Stoned Monkey – Stoned Monkey

« Stoned Monkey » : le sobriquet choisi par ce jeune (né en 2017) trio transalpin pour leur petit orchestre fait plus penser à une blague potache qu’à un méchant combo de sludge doom. Pourtant, c’est bien dans cet environnement propre et distingué qu’ils évoluent (ou plutôt se vautrent). Le groupe cite de plein gré la provenance de ses principales influences à trouver chez Weedeater, Sleep, Bongripper, Belzebong et Eyehategod. Pour tout vous dire, votre serviteur aurait pu jouer le quarté dans le désordre dès la première écoute et aurait remporté son poids en herbe qui fait rire (ce qui fait un sacré paquet) : Eyehategod pas trop (sauf par le je-m-en-foutisme qui transpire de chacun des 6 titres de la galette, et pour le systématisme des intro/outro en mode feedback), Bongripper un peu (le son de basse en général, monstrueux, et quelques détails à l’image de l’intro de « Green House » qui pendant quelques secondes rappelle le « Slow » du classieux quatuor de Chicago), Sleep aussi (pour le Doooooooom en général, et les bruits de pipes et autres toussements emblématiques des usagers de fumette psychotrope), Weedeater pour les plans sludge gras du bide, mais surtout, surtout Belzebong (et un peu Bongzilla à la croisée de ces deux derniers). Ils partagent avec ces derniers, en plus de cette assez présente (vous l’aurez compris) inspiration pour tout ce qui tourne autour du canabis, une même vision du doom grassouillet, riche en riffs à headbang, en mode 100% instrumental. On rajoutera aussi des groupes comme Church of Misery (« Stoned as Fuck »), etc…

Une fois qu’on a cerné le biotope du primate, reste à évaluer l’animal lui-même : en l’occurrence, Stoned Monkey propose quelque chose d’assez malin, en se positionnant sur un sillon où, effectivement, hormis les pas si vieux Belzebong, peu de groupes jeunes se font connaître. Est-ce que ça suffira à les voir s’imposer sur la scène musicale internationale ? Le potentiel commercial du genre étant ce qu’il est, peu probable de dépasser l’underground là-dessus (ce qui peut déjà être pas mal en soi). Ensuite, leur galette (leur première, rappelons-le) est perfectible : déjà, elle est bien trop courte : 6 titres, ça pourrait passer s’ils étaient denses et riches, mais là le tout fait 28 minutes, on est un peu léger pour un LP de stoned doom. Les titres sont bons toutefois, franchement, le riff est gras et souvent efficace, et la plupart des compos laissent vite oublier l’absence de chant (toutes n’étant pas du même niveau toutefois). La prod est aussi perfectible, à l’image de ce son de gratte très erratique, chaud et gras comme un glaviot parfois (l’intro de « U Bot » ou le break de « Stoned as Fuck », impeccable) mais bien trop léger d’autres fois (« Green House », des passages de « Pain of Mind ») : la gratte de tout groupe de stoned doom doit être fondue dans le bitume chaud, ses cordes distendues claquant contre le manche et jouée avec les doigts trempés dans le saindoux…

Mais ce sont des ajustements, et gageons que les jeunes italiens, s’ils se développent dans cette veine musicale et avec de si bonnes intentions, pourront être dans un avenir pas très lointain pourvoyeurs de plaisirs auditifs régressifs de premier ordre. La relève ? Peut-être bien…

 

Solace – The Brink

Il y a presque dix ans, Solace sortait A.D. et accouchait de l’album de l’année. Et puis… plus rien. La faute à un mauvais karma qui poursuit le groupe depuis ses débuts. Inactivité oblige, certains membres de Solace se sont envolés vers d’autres cieux : Rob Hultz a posé sa basse au sein de Trouble tandis que Jason est juste parti, ses hurlements primitifs sous le bras.

Les bras, Tommy Southard et Justin Daniels, les deux gratteux du groupe ne les ont pas baissés. Et c’est avec trois nouveaux comparses que les Jordan/Pippen du dirt metal ont su réactiver Solace. Alors que l’on n’osait plus y croire, le groupe est une nouvelle fois relancé et nous offre ici son quatrième album : The Brink.

Affichant 67 minutes pour 11 titres (dont un interlude de moins de deux minutes), la galette nous rassure sur un point avant même d’avoir été posée sur la platine : après dix ans de silence, le combo du New-Jersey a beaucoup de choses à dire et n’a pas renoncé à sa soif de morceaux épiques et complexes.

Épique, le titre d’ouverture intitulé « Breaker of the way » l’est assurément. Affichant plus de 8 minutes au compteur, ce morceau pose les bases de la cuvée 2019 de Solace. Car si Justin Goins possède une voix « chantée » au timbre proche de celui de son prédécesseur, les violents rugissements de Jason ont été troqués contre un hammond (?) qui surprend dès les premières secondes du morceau. Déjà audible sur le titre « Bird of Ill Omen », sorti il y a deux ans maintenant sur une cassette auto-produite, le clavier est en effet largement présent sur The Brink.

Couplé à l’approche NWOBHM des deux guitares, les cordes frappées donnent une profondeur supplémentaire à la musique de Solace, musique pourtant déjà riche. Aussi bien greffé sur du mid-tempo (« Desert Coffin ») que sur des titres plus ‘metal’ (« Waste People »), ce nouvel élément apporte un groove incontestable et alourdit le coup de massue que l’on se prend en pleine poire.

Fort de ce nouvel atout dans sa manche, le combo va donc dérouler pendant plus d’une heure dans la plus pure veine Solacienne. Les titres sont toujours sinueux et complexes, les riffs sont carrément monstrueux, les solis et les breaks incroyables, et les ambiances oscillent au gré des titres entre doom raffiné et heavy gras. Qu’il s’agisse de l’explosivité du final de « The light is a lie », de la majestuosité de l’éponyme « The Brink », la richesse intrinsèque de « Bird of Ill Omen » ou du raffinement de « Shallows Fade », chaque seconde de The Brink est une source inépuisable de plaisir auditif.

Quinze jours seulement avant la fin de l’année, les ‘ricains ont fait la nique à l’ensemble de la concurrence en pondant une nouvelle fois l’album de l’année. Fort d’une discographie demeurant sans fausse note, Solace est un groupe toujours aussi dangereux. Il ne vous reste qu’à commander ce nouvel album (en CD car l’édition vinyl est depuis longtemps sold-out) les yeux fermés pour l’écouter religieusement comme il se doit, avec une bière à la main. A votre santé m’sieu-dames ! Et surtout : Die drunk !

Fiend – Onerous

Ca y est ! Il se passe enfin quelque chose de pas pourri au royaume de Danemark ! Fiend, dont nous avions encensé le dernier album ici même, sort d’une tournée en ouverture de Tool (oui oui, vous avez bien lu, Tool, donc stades) et a effectué en juin de cette auguste année plus de concerts que lors de leurs 15 années d’existence (Hellfest inclus). Fort de ces retours, Deadlight Entertainement, leur label, a décidé de ressortir leur premier album, Onerous, initialement autoproduit en 2013 (ma chronique de Seeress parlait de troisième album, il semble qu’Agla soit une démo et Onerous le vrai premier album. Ah les affres de l’autoproduction de qualité, on a tendance à s’y perdre).

C’est que le groupe emmené par Heitham Al-Sayed (Senser, Lodestar, récent auteur publié), Nicolas Zivkovich (DDENT) et Michel Bassin (ex Treponem Pal) l’a bien mérité ce coup de projecteur récent, tant leur musique trouve un habile mélange entre organique et sophistication. Du doom il en est question, puisqu’ici les tempi sont rampants, que le son se fait fuzz mais les lignes vocales, le travail sur les guitares et le groove semblent détenir une autre vérité, qui viendrait d’ailleurs. Quelque chose d’autre, de plus produit, de plus malin, quelque chose de Tool, qui sait, même si le parallèle est de circonstance, quelque chose de raffiné sans jamais verser dans le prétentieux. En étirant tantôt leur propos sur 10 minutes (l’ultra doom « Boabdil », « The Potion part 2 »), tantôt en rapportant le riff à sa distorsion congrue (« The Broken Ship of Osiris », « Frankenstein, You’re Fired » et son groove insidieux), Fiend n’en oublie jamais la cause heavy et se positionne au contraire comme l’un de ses fervents défenseurs, alliant, comme peu de groupe avant eux, modernité et tradition.

Onerous, plus qu’une introduction à Seeress, est un grand album oublié dont la ressortie pourra, espérons le, lui offrir une méritée seconde vie. Il serait bon que Deadlight se penche également sur Agla, démo datant de 2009 qui est d’une qualité elle aussi exceptionnelle.

Fiend will be Fiend, right till the end.

 

Point Vinyle :

La ressortie Deadlight d’Onerous se fait en CD digipack mais une version LP autoproduite de 2014 existe et même si elle se fait rare, il est possible d’en attraper une copie de temps à autre sur Discogs. J’en profite ici pour renouveler ma demande maintes fois faite à Alex, boss de Deadlight de faire presser sur vinyle ses productions, que ce soit Seeress de Fiend, ainsi que les derniers (et excellents) Verdun ou Abrahma. Je suis à peu près sûr qu’il me répondra d’aller manger un pneu.

Planet Of Zeus – Faith In Physics

 

Après un  Loyal To The Pack qualifié par beaucoup d’auditeurs de mollasson pour ne pas dire mou du cul et pas forcément en phase avec les attentes du public, voici revenu Planet of Zeus qui ce coup-ci fait dans le scientifique en titrant son effort Faith In Physics. Alors si rien ne s’est perdu ni créé et que tout s’est transformé, que donne cette nouvelle plaque et faut-il garder foi en Zeus?

Avec des titres un peu sans histoires et malgré un “Gazoline” d’ouverture plein de promesses, on tombe vite sur “Revolution Cookbook” qui cherche à brailler avec une pellicule d’enrobé de voirie bien crasseuse posée sur la voix ; autant dire que la puissance n’y est pas. Des riffs accrocheurs, des intros faites pour la radio, le constat est valable pour “Revolution Cookbook” comme pour “All These Happy People” ou autres “Man Vs Gold”. Ça tourne vite au lascif pour ne pas dire au lancinant.

Pourtant il y a parfois de bons morceaux, comme dans les yaourts aux fruits, à l’image de “The Great Liar”, scandé et arrangé comme un refrain de chez Dust Lovers est bien roulé. Je souligne une réussite toute particulière sur “King Of The Circus” qui met en scène un morceau entre légèreté et saine agressivité. Il repose sur une rythmique blues qui parachève le job et permet à la basse de se qualifier dans une débauche de gammes toutes en efficacité sur les quelques saillies qui lui sont réservées.

La composition de Faith In Physics, je m’en aperçois, m’aurait peut-être séduit il y a de cela quelques années alors que je souillais le miroir de la salle de bain du jus gras de mes comédons, mais à présent c’est plus difficile. Le swing facile de bon nombre des morceaux jongle avec 3 ou 4 accords suffisamment bien agencés pour faire illusion. L’écriture va parfois taper dans le crescendo, à l’instar de “Your Song”, mais pour retomber bien vite, voire ne pas du tout prendre l’auditeur désabusé que je suis.

Me passer cette plaque aura été une audition douloureuse, en particulier sur “On Parole” et ses accents pops qui m’ont donné envie de passer à autre chose et vite. J’ai compris que j’ai perdu quelque chose en route, je ne suis plus dans la case, ça y est, c’est la crise de la quarantaine, c’est de là que vient la douleur!

Je ne vais pas être une peau de vache tout de même, je perçois que dans cette plaque il y a un potentiel défouloir live qui se cache. En effet, avec une construction différente et quelques réglages plus puissants, les titres pourraient très bien garantir une chouette soirée amplifiée, sans recherche autre que l’abondance de sudation.

Le bilan des courses, est que j’ai eu du mal à rentrer dans cet album et j’ai carrément échoué à me l’approprier. Faith In Physics contient tous les ingrédients pour produire la réaction recherchée. En cela oui, Planet Of Zeus n’a rien perdu en route mais n’a rien vraiment créé non plus. La transformation du groupe l’emmène vers autre chose que le Stoner, c’est clair. Gageons alors que Faith In Physic trouvera un public parmi les plus bienveillants d’entre nous et les moins regardants quant aux ramifications possibles de la chapelle Stoner Rock.

 

Kamchatka – Hoodoo Lightning

4 ans, c’est long… Demandez donc aux fans de ballon rond si ces 1460 jours qui séparent chaque coupe du monde ne sont pas interminables… Et posez également la question à n’importe quel chef d’état pour savoir si les 4 années de mandat de Donald Trump ne sont pas un calvaire… Et 4 longues années, c’est le temps qu’il aura fallu à Kamchatka pour nous offrir un nouvel album après le fantastique Long road made of gold paru en 2015. L’écart le plus conséquent entre 2 galettes depuis la création du groupe en 2005. Autant dire une éternité à l’heure où plusieurs dizaines de nouvelles formations éclosent chaque mois et que des centaines d’heures d’écoute sont proposées chaque mois à nous, pauvres chroniqueurs travaillant dans l’ombre pour servir un public toujours plus avide de nouveautés et de stoner de qualité. Bah oui quoi, on fait pas un boulot facile !

Bon allez, trêve de jérémiades, place à Kamchatka et son nouvel album, intitulé Hoodoo lightning (paru la semaine dernière en numérique mais dispo en physique dès vendredi 6). On est accueillis sous un déluge, à la fois météorologique (l’orage gronde…) et sonique (d’entrée, on en prend plein les esgourdes !), avec « Blues science », une bonne grosse baffe dans la tronche de plus de 5 minutes scindée en 2 parties. « Blues science », c’est un full-power rollercoaster qui vous emmène dans une chevauchée fantastique avec loopings, accélérations dantesques et assez de puissance pour vous vriller la caboche. Déjà, d’entrée de jeu, on est accro. Et ce n’est que le début des festivités…

Le groupe a récemment déclaré ne pas être amateur d’artifices quand il enregistre en studio. Et on s’en rend compte avec « Fool », un fabuleux titre de stoner « à l’ancienne », c’est-à-dire sans production grandiloquente, juste une musique réalisée avec les tripes de ceux qui sont prêts à les offrir en pâture au public sur scène. Bref, çà déménage grave ! « Rainbow bridge » poursuit le voyage avec, cette fois-ci, un groove démentiel qui démontre, s’il en était encore besoin, que Kamchatka est un maître du genre. Et on imagine sans peine une fosse se déchaîner sur ce genre de petite bombe nucléaire. Le temps de préciser de Kamchatka ne s’embarrasse pas d’intros pompeuses ni de riffs répétés à l’envi pendant des heures, aucun titre ne dépassant les 5 minutes (hormis le double titre d’ouverture) sur cette galette. Du brut, du brutal et de l’immédiat.

On décèle évidemment des influences allant des grandioses seventies au stoner californien du milieu des nineties en passant par Clutch, Graveyard (çà tombe bien, Kamchatka est en tournée avec eux en ce moment dans nos contrées), voire même quelques touches de grunge à la Soundgarden. « Supersonic universe », qui déboule tel un camion sans frein en haut d’un col de montagne, possède assez de potentiel pour devenir un des grands hymnes de cette fin d’année 2019.

La face B sera-t-elle du même tonneau ? Malheureusement, çà se gâte (très légèrement, soyons honnête) : hormis un « Monster » qui ressemble à une chute d’un album de Bad Company datant de 1974, le reste peine à convaincre. Entre « Let it roll » qu’on imagine aisément sur les ondes FM des années 80 calé entre Motley Crue et Europe ou « Stay in the wind » trop posé et introspectif pour convaincre, la seconde partie de l’album peine à convaincre. La barre était-elle mise trop haute après la première moitié ? C’est bien possible… Entendons-nous bien : l’album, dans son ensemble, tient sacrément la route mais il manque ce petit quelque chose pour en faire un grand classique de Kamchatka et, forcément, l’un des grands disques de cette année. Mention très bien quand même !

Denizen – High Winds Preacher

 

Pénétrons aujourd’hui le territoire du stoner français et approchons-nous de cet animal trop méconnu et fort discret qui vit alentour de Montpellier, j’ai nommé le Denizen. Le Denizen fait partie de la famille des quartets. Il est peu prolixe et ne s’accouple que rarement pour donner naissance à un LP. Cette année c’est justement celle de sa saillie et il a donné naissance à un petit High Winds Preacher, quatrième rejeton après 15 ans d’existence. Nous sommes partis l’admirer dans son habitat naturel de l’Argnonauta records.

Venu des terres d’inspiration clutchéenne, cette fois-ci Denizen livre sa grosse dose de fuzz qui roule des muscles pour rejoindre la culture du Goblin Orange (et certains diront que l’on perd au change) de façon très évidente sur “Chasing Guru”.

Concernant ce quartet, je ne vais pas m’appesantir sur les références à rallonge, Denizen ne fait pas dans l’originalité, c’est un groupe prêt a écouter qui joue sur l’efficacité et la qualité tout en robustesse.  La plaque est généreuse de 10 titres pour 46 minutes, autrement dit, Denizen réalise avec High Winds Preacher un album cartouchière pour des titres en forme de balles. Pas le temps de s’appesantir, ça doit fuser et claquer les tympans de l’auditeur autant que ses gencives. Cette philosophie donne naissance à des titres qui foncent têtes baissées comme “White Flamingo” ou le punk “Punch Out” (qui a reçu, je l’avoue, tout mon engouement).

La voix s’envole quelques fois vers des strates qui laissent l’auditeur perplexe , ne vous attardez donc pas trop sur la dernière minute de “Among the trees” ou l’intro de “Mandrake Is Everywhere”. En ne lui en tenant pas rigueur donc, on retiendra surtout une belle capacité à livrer de la rocaille aguicheuse. La basse fait un joli travail de laminoir et la mitraille de la batterie pourrait en plonger certains dans l’épilepsie. Bref, ça remue à souhait. Denizen c’est aussi la capacité à se poser sur des riffs lourds et hypnotiques qui s’illustrent sur “Among the Trees” ou encore sur des lignes joufflues et bluesy basse batterie, qui laissent la place à des soli de gratte qui fleurent bon l’inspiration d’un Hendrix – et j’invoque là “Ears Wide Opened”.

Ce nouvel opus, on l’espère, offrira à Denizen l’occasion de passer plus souvent près de chez toi, car il parait que sur scène le quartet envoie du bois et High Winds Preacher a tout pour envoyer des poutres en live.

 

Verdun – Astral Sabbath

 

L’histoire de Verdun (Le groupe) c’est un peu comme celle du Mort-Homme à Verdun (Le champ de bataille) : une succession de pertes et de reconquêtes, et là je parle du line up. En effet, Ästräl Säbbäth marque le retour au chant du soldat David Sadok, Paulo Rui étant tombé au combat avec Aurélien Dumont (il n’y a donc plus qu’un seul guitariste sur cet opus). Verdun y poursuit sa narration sur le thème de l’amiral Masuka et livre au jour chez Throatruiner Records, Breathe Plastic Records et Deadlight Entertainement son second LP et troisième disque.

Fait de mon imagination ou référence bien réelle, l’album ouvre sur une modulation des premières notes de Black Sabbath. Après tout l’album s’appelle Ästräl Säbbäth et le titre, “Return of the Space Martyr”… Pas improbable qu’il y ait là quelque évocation détournée mais cela s’arrête à ça. Le titre ouvre la plaque avec 9 minutes en bloc, lourdes et pesantes, entre doom et sludge. De quoi poser pour décor une sauce éprouvée lors de précédents efforts de Verdun. On rentre toute de suite dans ce qui ressemble un peu à une marche forcée vers le front, monotone mais pas exempte d’expectation.

Force est de constater que les germes post hardcore présents dans les précédents albums ont ici gangrené l’album. Je dis gangrené non pas par désintérêt pour le genre mais plutôt par soucis de cohésion avec l’univers du groupe notamment et les distance qui se prennent avec notre genre de prédilection en particulier. Pour s’en apercevoir, un tour d’écoute de “Darkness Has Called My Name”, permet de constater que la voix quitte le registre sludge pour un chant scandé plus post hardcore (j’insiste sur ce terme fourretout ayant abandonné tout espoir de classification du genre). Cette dérive est tout aussi palpable sur la judicieusement bien nommée “интерлюдия” (“interluda”). Elle dit tout de l’album en 2’16 (ou presque, puisqu’il s’agit d’une piste instrumentale).

Si  la piste “L’Enfant Nouveau” est doom tout autant que “Venom(s)” ce dernier titre marque la franche errance entre deux univers, la voix quittant le registre de la lourdeur pour s’armer d’effets entre S-F et fantastique le tout dans d’un esprit de perdition et de guitares qui s’offrent un bouquet post machin à souhait.

Côté intensité l’album pourrait se résumer à “Darkness Called My Name” avec un premier tiers de piste pesant de redondance, anxiogène, puis avec un fil conducteur très ténu et des imbrications de genres assez surprenantes : le déroulé de 10 minutes 33 exploite la porosité des genres avec intelligence et soucis de narration – ce qui pourra provoquer en revanche un écrémage de certains auditeurs, et ce malgré une qualité d’enregistrement digne du précédent opus The Eternal Drift’s Canticles.

Ästräl Säbbäth navigue entre SF et tragédie. Il faut voir cet opus comme la fin d’un cycle commencé avec l’EP The Cosmic Escape Of Admiral Masuka. Brièvement le triptyque raconte ceci : l’Amiral Masuka part dans l’espace après avoir survécu à un apocalypse nucléaire définitif. Il erre jusqu’à se jeter dans un trou noir et prendre une forme éthérée et après de longs errements prendra possession du corps d’un homme d’avant l’apocalypse, et par ce véhicule se donner naissance à lui-même. Au fond cet album est aussi torturé que l’histoire qu’il raconte, tel Masuka il est pris au piège de sa propre identité et même s’il cherche à s’extraire de sa nature profonde Doom et Sludge par quelque autre moyen, cet enfant nouveau y revient toujours.

 

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