Ascia – The Wandering Warrior

La musique comme catharsis on s’en persuadera vite après une écoute de Fabrizio Monni, chanteur et guitariste de Black Capricorn, au travers de son expérience solo, Ascia. Ce One Man Band italien devenu trio a priori pour le live sort une compilation remasterisée de ses démos précédentes au sein d’un album intitulé The Wandering Warrior, diffusé par Perpetual Eclipse Production.

Sur le produit, pas de doute, l’emballage vend la sauce avant même que la galette ne commence à tourner, avec un guerrier à cheval en contre-jour servi par un grain de photo qui révèle ce qu’il faut de rugosité et qu’on retrouvera dans le chant.

Les armes d’Ascia sont fourbies au doom velu. Ça tourne des boucles rythmiques comme des coups de marteau sur l’enclume, un coup de « Blood Bridge Battle », un autre coup de « Serpent of Fire », un coup de « Last Ride ». À chaque frappe, ça fait gicler des étincelles, qu’elles soient dans la veine la plus traditionnelle du doom à papa ou bien giclant quelques phrases bien senties dans le plus pur ton d’un Conan ou autre High On Fire, dont la voix et la rythmique se rapprochent franchement.

Ascia et se fait plaisir et livre « The Wandering Warrior » au galop. Les compos sont pleines de fougue et chevauchent le riff au clair. Elles fracassent des crânes avec « Ruins of War » ou le très épique « Samothrace », faisant tournoyer le doom ad nauseam tout en agrémentant l’acte de quelques passages de gratte qui viennent enjoliver le tout en montant dans les aigus pour accompagner la beuglarde chansonnette

On pourrait croire qu’on va assister à une accalmie lorsque démarre “The Path Of Eternal Glory” mais que nenni, à peine passée l’intro, Ascia ressort la masse d’armes et revient aider l’auditeur à se mettre sa musique dans le crâne et ne retrouvera que peu de temps pour reprendre son souffle avant la fin de la galette

Avec  « The Wandering Warrior », on est en possession d’un album sans prise de tête et presque bas du front. Ascia fait figure de bon défouloir et après quelques écoutes, on aimerait bien aller ovationner tout ça, les pieds campés dans un sol collant à l’ombre d’une scène, tout en éructant de joie et de bière.

Acid Mammoth – Supersonic Megafauna Collision

Les Athéniens d’Acid Mammoth ont fait émerger du permafrost une grosse bête doom en 2015 avec l’aide seule de leur passion pour Black Sabbath. Saluons le retour de nos archéologues ces temps-ci avec une nouvelle production signée une fois de plus chez Heavy Psych Sounds et intitulée Supersonic Megafauna Collision. Gageons que le quatuor aura su graver de puissants sillons dans la plaque, à en juger par l’excellente réputation qu’ils se sont taillée avec seulement trois albums et un split assortis d’une tournée encore récente en 2022-2023, laissant les sols de quelques clubs tout vibrants d’émotion.

Batterie pour rythmes tribaux d’entrée de jeu, riffs de basse joués ad nauseam tout au long de l’album, chant nasillard à l’extrême d’une piste à l’autre. Ce n’est pas l’excès d’originalité qui nous aura poussés dans les bras d’Acid Mammoth, mais plutôt la hype (toute relative) qui entoure le groupe. À la première écoute, il faut bien avouer que cela ne semble pas délirant. Devons-nous parler d’un préjugé grec ou d’une illusion auditive consistant à nous faire croire que les groupes issus du pourtour hellénique sont systématiquement supérieurs aux autres ? Je ne sais pas. Attention, je ne nie pas l’excellence de certains d’entre eux ; pour autant, il semble un peu court de vue de croire que tout ce qui vient d’une région du monde suffit pour garantir la qualité.

C’est donc avec beaucoup de sérieux qu’il nous aura fallu nous y reprendre à plusieurs fois pour écouter l’album d’Acid Mammoth. C’est là que la magie opère, on se surprend à chantonner l’air de « Fuzzorgasm » après seulement deux ou trois écoutes. On finit par occulter les passages les plus attendus pour savourer l’incursion acoustique sur « Garden of Bones » et la sensualité des 12 minutes de « Tusko’s Last Trip » où le chant entreprend de notables mélodies. Et puis après tout, si les thèmes sont d’un classicisme évident, tout ceci n’en est pas moins efficace, et on accepte jusqu’à la piste éponyme, « Supersonic Megafauna Collision », qui s’incruste insidieusement dans les replis de la cervelle pour devenir un de ces titres qui, dès les premières notes, se rappellera à notre bon souvenir pour nous faire dire « hey, cool ! C’est Acid Mammoth ! »

Ami lecteur, s’il te prend de vouloir te laisser aller à quelques plaisantes évidences épaisses et lourdes, cet album est fait pour toi. Pour les plus rigoureux des autres, Supersonic Megafauna Collision sera à ranger parmi les albums de doom moderne consciencieux et de bonne facture. Soyons francs, il n’a honnêtement rien à envier à un paquet de jumeaux issus du genre.

Iron Monkey – Spleen and Goad

Désœuvré face à la faillite artistique d’Eyehategod ces dernières années, le fan de sludge old school se trouve à court d’options. Dans ce cadre, la re-naissance imprévisible des anglais d’Iron Monkey il y a un peu plus de cinq ans pouvait apparaître comme une lueur d’espoir (façon de parler pour un album aussi glauque que ce 9-13). Activité scénique quasi-inexistante malgré quelques lueurs d’espoir en 2018, zéro communication ou presque… on ne donnait pourtant pas cher de la peau du désormais-trio. Sans prévenir (évidemment), ils reviennent se rappeler à notre souvenir, toujours chez Relapse (qui continue vaillamment d’essayer de faire rentrer leur comportement anti-commercial au possible dans leurs process de marketing rodés aux pratiques du XXIème siècle), avec ce Spleen & Goad, emmené par un artwork hideux (c’est dit avec une certaine tendresse – d’autant plus que la pochette serait l’œuvre de Jimbob Isaac ? Difficile en tout cas d’y reconnaître sa patte…).

Côté musiciens, du line-up originel on ne retrouve plus désormais que Jim Rushby ; même Steve Watson, resté accroché aux branches dans l’album précédent, a disparu du paysage. On notera néanmoins le retour de Dean Berry, qui avait ponctuellement officié dans le groupe du temps de Our Problem (note : au vu de la cacophonie générée par la paire Rushby/Berry, on ne prendra pas la peine de détailler si ce dernier est en charge d’un complément de guitare, ou uniquement de lignes de basse ; sachez juste que c’est l’un ou l’autre, et probablement les deux). A la batterie, « Ze Big » (Steve Mellor) est maintenu, lui qui avait été recruté en 2018 après la sortie de 9-13. Bref, on continue à recruter  l’underground anglais, aux limites de la consanguinité.

C’est avec une certaine sorte de confort (!!) que l’on accueille les premières salves de cette galette de neuf titres pour plus de cinquante minutes, car Spleen & Goad continue clairement là où 9-13 nous avait laissé (exsangues), à savoir sur un sludge d’école, emmené par un groupe à la dynamique d’innovation au ras des paquerettes. Et on n’en attendait ni moins, ni plus ! On se laisse défoncer par ces saillies sludge hardcore metal, avec un filet de bave au bord des lèvres. Le chant, désormais assuré par Rushby suite au décès de Johnny Morrow, démontre une maîtrise dans le braillement glaireux qui ne fait plus débat : c’est plus sale que nécessaire, et on ne se rapproche heureusement jamais d’un semblant de mélodie. Rushby chante comme il vomit : c’est sale, malaisant, et ça ne fait pas plaisir. Nickel. Musicalement ensuite, on est dans le rudimentaire, ou plutôt le juste-efficace, avec une prod assez massive. Y’a du riff, du son de guitare crade, du feedback mal maîtrisé, ça suinte juste comme il faut… Que demander de plus ?

Élément le plus bluffant de ce bruyant retour aux affaires, l’efficacité des compos est redoutable, et même si l’ensemble du groupe est crédité aux compos, on imagine que Rushby est à la manœuvre derrière la plupart de ces riffs de colosses. Qu’il pioche ses racines dans le hardcore (« Misanthropizer », le très énervé « Rat Flag »), le doom (« CSP » ou le riff scandaleusement WTF d’un « Off Switch » d’outre-tombe), ou le metal au sens large, il amène à ce disque un riffing 3-étoiles qui fait clairement la différence. Et ce « Off Switch », bon sang… Quelques morceaux sont un peu en deça (et on s’interroge sur l’efficacité d’une version plus ramassée, écourtée d’une poignée de titres…) mais globalement, le niveau est là.

L’intention musicale rudimentaire, la musicalité plombante (du gras, du lourd, des accordages dangereux), et des paroles d’un négativisme confondant (un champs lexical neurasthénique, où se mêlent sordide, dépression, violence et cynisme) sont les principales composantes du « Iron Monkey nouveau » qui, finalement, n’est pas très différent du « Iron Monkey de toujours ». Cette stabilité les rend attachants. Spleen & Goad est finalement un disque hors de son époque, intemporel, qui ne vient pas morde les mollets du reste de la discographie du groupe, mais y trouve une juste place, comme un nouvelle jolie pierre dans le sentier boueux bien dégueulasse que représente leur plan de carrière.

 


Surya Kris Peters – There’s Light in the Distance

Christian Peters est un homme prolifique. Il suffit de constater le nombre de ses sorties, que ce soit sous le nom de Fuzz Sagrado, Soulitude ou bien Surya Kris Peters, pour se rendre compte de l’imagination débordante du bonhomme. On le connaît bien sûr pour avoir tenu de guitare et main de maître le merveilleux trio qu’était Samsara Blues Experiment (yummy yummy que ce Long Distance Trip, on vous conseille de vous y replonger). Le six cordiste n’avait pas son pareil pour nous plonger dans des états de transe à force de moults solis et autres cavalcades de manche.

Que penser donc de son projet Surya Kris Peters et de ce nouvel album, There’s Light in the Distance ? Oubliez la force du feu-power trio et de ses jams bluesy à souhait, Peters nous invite ici à un voyage plus proche d’une BO de John Carpenter que d’un jam avec Cream.

On est saisi dès l’amorce par un arpégiateur lointain et le synthétique de la production. Les paysages post-apocalyptiques défilent à mesure que l’autoradio de la Dodge rouillée et cabossée déverse les vignettes sonores mâtinées de guitares à la réverbération toute 80s et l’acide des synthétiseurs. Pas totalement synthwave mais plus franchement rock, les compositions étonnent et peuvent aisément rebuter pour qui s’attendrait au Peters du Blues Experiment. Non, Surya Kris Peters pose des ambiances par strates simples plus qu’il ne parle au travers de sa guitare. Une fois le constat accepté et pour qui se prendrait au jeu, on peut tout à fait se laisser porter par les dix compositions jalonnant ce road-trip à mi-chemin entre les guitares testostéronées de Harold Faltermeyer et les expérimentations électroniques des néerlandais de Kong.

Reste un projet surprenant, ne correspondant plus aux canons développés par notre webzine, mais porté par un artiste touchant et riche de sa capacité à explorer et se ré-inventer. Un objet de curiosité qui pourrait piquer l’envie des moins obtus d’entre-nous.


 

Frank Never Dies – Red Moon Rising

Venus d’influences aussi variées que le Punk, le Ska, la Funk ou le Rock Psyché, les quatre musiciens de Frank Never Dies assemblent leur savoir-faire depuis 2018 dans une musique qui se présente comme un paysage cinématographique constitué de guitares seventies, de synthés vintage et de chants diffus. Les ingrédients semblent pour le moins alléchants et propices à une balade déboussolée en terres inconnues, direction Red Moon Rising, le dernier album en date du quartette italien Frank Never Dies qui est signé chez Argonauta Records

Peu de chant, peu de guitare, mais un peu de tout en abondance. Des sonorités indéfinissables et un genre qu’il serait vain d’essayer de cerner. On pourrait aussi bien penser à Pink Floyd, les Doors ou Jello Biafra (au fond, pourquoi pas ?). Frank Never Dies,  c’est un peu ce genre de choses que l’on pourrait classer dans les inclassables, dire que c’est de l’expérimental comme on dit c’est de la World Music, bref, lui coller un qualificatif alors que cela n’est pas vraiment pertinent.

Il serait compliqué de parler pendant des heures d’un groupe qui livre tout à la fois un psychédélisme éthéré sur « Peep Show » et « The Fortune Teller », adossé à un chant scandé et incantatoire sur des rythmes tribaux lors du titre « Red Moon Rising ». Frank Never Dies part dans tous les sens et finit au-delà de nos frontières avec un morceau sorti tout droit du versant confidentiel de la pop gavée de synthé des années 80 avec « Know My Name », qu’on pourrait également relier au jazzy « Living Spell » par un fil conducteur Trip Hop. On passe par une palette complète d’interprétations, chaque morceau ayant sa propre couleur, comme lorsque derrière des couches de reverb et une basse venue de l’Acid jazz des années 70, on perçoit d’étranges nappes de synthé. Quand on se laisse couler avec Audrey pour un voyage inquiétant et grave, c’est sur les berges du Post Rock que l’on finit. On y reste à se prélasser jusqu’à la piste suivante, « One of These Nights », et on y revient goûter à « The Fortune Teller » une fois de plus. Au final il semble plus pertinent d’aller écouter l’œuvre que d’en discourir longuement.

L’effet que produit Red Moon Rising est assez curieux, à la fois linéaire et déroutant. Linéaire car les morceaux s’imbriquent les uns dans les autres et se succèdent parfaitement; déroutant car faisant appel à tant de genres qu’on ne sait pas bien sur quel pied danser, trop habitués sans doute que nous sommes à écouter des albums bien sagement monomaniaques. Quoi qu’il en soit, Frank Never Dies signe ici une belle escapade qu’on vous recommande chaudement.

Mario Lalli & The Rubber Snake Charmers – Folklore From The Other Desert Cities

On commence à s’y perdre un peu avec les innombrables ramifications et emberlificotages de toutes sortes entre les musiciens du desert rock « de la source » ces dernières années, ces légendes (pour la plupart) en droite provenance du haut-désert californien. Qu’il s’agisse de simples projets ou bien de groupes « en dur », on voit défiler les participations des mêmes musiciens à travers différentes incarnations, qu’il s’agisse de la carrière solo de Brant Bjork (ou même de Nick Oliveri dans une moindre mesure), du groupe Stöner, des différents projets emmenés par Gary Arce, Fatso Jetson, des hybridations qui invitent d’autres musiciens (Yawning Balch, Big Scenic Nowhere…), etc… Avec à chaque fois, derrière les « têtes de pont », des sections rythmiques qui passent de l’un à l’autre, agiles et efficaces. Ces projets trouvent presque toujours un label conciliant et peu farouche pour sortir leurs productions qui sont, on le sait, qualitativement… « disparates », dira-t-on poliment.

C’est cette fois le tour de Mario Lalli, parrain de la « scène » bien plus que d’autres, musicien génial et inspiré, peu carriériste, d’assumer son propre projet, derrière son nom. De manière assez surprenante, en plus de quelques lignes vocales au début, c’est à la basse et non à la guitare que le gaillard choisit sa place dans ce projet. Depuis plusieurs années, de nombreux musiciens amis viennent épauler Lalli derrière ce projet essentiellement live, et le line-up ici présent voit le copain Brant Bjork s’emparer de la 6-cordes, le batteur attitré de ce dernier, Ryan Güt, aux baguettes, et le vieux partenaire Sean Wheeler au micro. Cette formation a déjà opéré sur scène (notamment en « pièce rapportée » de certains des projets sus-mentionnés) sous des formes musicales plus ou moins structurées. Fidèle à cette approche peu orthodoxe et peu rigide, la formation de copains a profité d’une tournée australienne de Stöner (où l’ensemble des membres de ce chatoyant aréopage officiait en tant que zicos, tech, ou autre partenaire de voyage) pour assurer un set dans une réputée salle de la banlieue de Brisbane. Jamais avare d’un disque live produit à peu de frais (ça devient malheureusement leur marque de fabrique), Heavy Psych Records a tout simplement récupéré les bandes d’un enregistrement produit par la salle afin de générer cette sortie vinylique (note : la vidéo du set est dispo sur youtube gratos, autrement plus intéressante que sa version disque…).

Sous sa forme ici présentée, le concert n’est rien moins qu’une grande impro de 40 minutes, une jam live parfois décousue, découpée plus ou moins artificiellement en 4 plages (de manière parfois presque absurde : voir le « cut » entre les deux premières plages, où il est bien difficile de distinguer un morceau qui se termine et un autre qui commence).

Musicalement, on est sur quelque chose qui va du jam rock groovy aux plans plus planants, qui se positionnera (de manière absolument pas surprenante) entre le boogie-jam groovy à la Brant Bjork, l’énergie de Fatso Jetson, et les plans aériens de Yawning Man (le son de guitare irritant en moins). Ça ne riffe pas vraiment, la grosse structure rythmico groovy est tressée par Lalli (bien supporté par un Güt très efficace, toujours sobre dans son jeu, ne saturant jamais l’espace sonore comme trop de batteurs dans ce type d’exercices), avec quelques incursions funky-soul-bluesy de Bjork à la guitare. Mais on est quand même largement sur un jam rythmique. Le chant de Sean Wheeler est en réalité plus proche du spoken word déclamé, probablement pour partie improvisé, en mode slam. En tous les cas, même s’il sait s’effacer assez souvent au profit des instrus, ce chant vient apporter un vernis bien spécial au projet.

Comme on vous laisse l’imaginer, la nature musicale du dispositif n’est pas très propice à faire émerger un titre ou un autre : en tant qu’objet musical global, Folklore From The Other Desert Cities est ambiances, lignes mélodiques, leads de guitare, séquences rythmiques,… empilés les uns aux autres avec plus ou moins de bonheur. On ne reviendra donc pas particulièrement vers une séquence ou une autre pour reprendre tel riff ou fredonner tel refrain (quoi que le gimmick de paroles autour du morceau-titre, structuré autour du standard folk US « Where Did you Sleep Last Night », aussi popularisé par Nirvana, retient inévitablement l’attention). Mais l’ensemble se porte très bien, et on ne s’y ennuie pas (ce qui n’est pas toujours le cas avec tous ces projets sus-mentionnés). La fraîcheur de ce line-up, qui détonne un peu avec les set-up les plus traditionnels dans ce genre musical, apporte quelque chose de différent. Avec en outre un talent musical et mélodique remarquable, l’ensemble s’écoute et se réécoute sans effort et avec même – soyons fous – un certain plaisir !

Alors certes, on ne dépasse jamais fondamentalement les limites de « l’agréable » et on ne s’aventure jamais en territoire « jouissif » non plus, mais ce premier disque a le mérite (non négligeable pour le format) de proposer un contenu autoporteur sans trop de points faibles, charmeur (d’où le nom du projet ?), pas ennuyeux. Un bon moment, intéressant, même si fondamentalement un peu anecdotique, car ne laissant pas de trace marquante.

 


 

 

Iota – Pentasomnia

Après une tentative d’écriture en 2018-2019, le projet avait subi une léthargie forcée. Le nouvel album de Iota, Pentasomnia aura donc dû attendre 5 ans pour voir le jour sous la houlette bienveillante de Small Stone Records. Le trio de Salt Lake City a une carte de visite bien chargée et cela explique sans doute pourquoi cet ensemble n’a à ce jour livré que deux galettes dont la présente rien que seize ans après la précédente! Pour autant malgré l’attente, le trio n’annonce pas plus de prétention que la fois précédente; une musique honnête par des gens honnêtes dit leur bio. On ne demanderait qu’à les croire, mais on va quand même dépasser les bornes du marketing pour en juger par nous même.

Plongeant dans l’univers de Pentasominia, on est dès le démarrage enveloppé d’une ambiance teintée de blues, qui accompagne l’auditeur vers des voyages psychédéliques d’un Iota dont les artworks rendent hommage à l’esthétique lysergique dès le premier regard. La guitare, jamais agressive mais toujours prête à s’aventurer dans des territoires épiques, comme en témoigne « The Returner », offre une expérience proche d’une jam session, avec ses solis , comme dans « The Witness » ou « The Time Keeper ». Cependant, au-delà de ces prouesses guitaristiques (Parfois un peu lourdes à digérer), c’est la basse qui donne réellement du corps à l’ensemble ( sans jamais pour autant venir totalement sur le devant de la scène), dépassant ainsi le simple rôle de la section rythmique pour apporter des nuances plus profondes à chaque morceau, soutenue habilement par une batterie qui structure définitivement l’ensemble.

Quant au style, bien que l’aspect psychédélique soit indéniable, il serait réducteur de le limiter à cette seule dimension. Après l’écoute de morceaux tels que « The Time Keeper », qui explore un répertoire plus vaste, et « The Great Dissolver », dont les harmonies oscillent entre le hard rock, (notamment à travers son solo) et une structure doom on se convainc aisément qu’il y a un peu plus derrière tout cela qu’une errance hallucinée. Le chant est particulièrement appréciable lorsque sur la dernière piste il est repris en chœur ce qui permet de quitter l’album avec une nette sensation de satisfaction.

Iota ne sort pas souvent du bois, à vrai dire on l’avait oublié et on le regretterait presque car de l’honnêteté il y en a indéniablement dans les idées développées au sein de Pentasomnia et il est à présent certain que ces idées sont également portées par d’honnêtes artisans.  Il n’y a plus qu’à espérer que l’emploi du temps de ces derniers leur offre la possibilité de se faire plus assidu dans la fréquentation de nos conduits auditifs, pardon mais 32 minutes tous les seize ans, c’est un peu chiche.

Bongzilla – Dabbing (LIVE) Rosin In Europe

Tiens, un live de Bongzilla ! Quelle étrangeté pour un groupe qui s’est déjà adonné à l’exercice du disque live en 2003 (même si Live from the Relapse Contamination Festival était plutôt un EP qu’un LP) – ça date certes, mais on ne peut pas dire que le groupe soit connu pour la profusion de son activité scénique. Pas forcément sur un temps fort de sa carrière depuis sa reformation en 2015 (avec deux derniers albums entre le « pas mal » et le « vraiment bof »), l’opportunité de briller à travers une captation live ne se faisait pas forcément sentir a priori… sauf à vendre quelques vinyles multicolores supplémentaires ? Ne soyons pas médisants et voyons ce que la bête a dans le ventre…

Premier constat : la production / mix sonore propose un son d’une clarté remarquable… mais laisse une sale impression d’un groupe qui joue en studio, un peu comme ces « live COVID » qui pouvaient fleurir pendant le confinement. Côté bruit d’ambiance, c’est le néant pendant les chansons (même si on sait la foule plutôt silencieuse sur des concerts de doom), et à la fin des chansons on entend parfois quelques bruits du public au loin, très loin… probablement captés indirectement par le micro chant. On se retrouve avec une prise de son aseptisée, 3 instruments et 1 micro chant ajoutés les uns aux autres. Le chant de Makela, rare heureusement, vient écraser le tout en surnageant dans le mix, noyant tout le reste de sa glaireuse bile sludge à chaque intervention… La formation en trio désormais de Bongzilla (Jeff Schultz seul à la gratte) ne permet pas, du coup, de compenser cela par une couche de gras… pardon, « par une ligne de guitare » supplémentaire, pour mieux équilibrer la mise en son. Apparemment le mix a mobilisé un ingénieur du son + 2 assistants… probablement d’excellents techniciens, mais niveau feeling, ça souffre un peu. A côté, leur live de 2003, imparfait, sentait le souffre et la saleté, pour un feeling bien plus immersif.

Pour rendre le tout un peu plus « désincarné », le disque est capté sur trois concerts différents. La set list est plutôt correcte, avec une plus forte représentativité des derniers albums du groupe (deux titres pour chacun des deux derniers disques depuis leur reformation – même s’ils ne sont pas les meilleurs, leur label actuel n’est pas maso et cherche à valoriser les titres édités à la maison…) puis un titre à peu près de chacune de leurs productions antérieures. Pas de vraie surprise, on est sur une set list de référence de Bongzilla ces dernières années, pour leurs rares concerts.

Niveau interprétation, on peut rendre hommage aux musiciens : même si on n’est pas sur du Dream Theater, la clarté du mix retranscrit tellement bien les parties instrumentales qu’on note bien qu’elles ne souffrent pas de problèmes de jeu ou d’approximation. Si on voulait être méchant, on dirait que le fait de piocher dans trois concerts différents permet de ne sélectionner que les titres impeccablement interprétés… mais ce serait être mauvaise langue, et Bongzilla n’a pas la réputation de manquer d’efficacité en live.

Fondamentalement, pour un groupe aussi rare en concert, on pourra s’étonner de retrouver dans leur discographie déjà 2 albums live. La valeur ajoutée de celui-ci, à ce titre en particulier mais aussi de manière générale, est questionnable. En tant que best of, il tient à peu près la route (on aurait préféré plus d’anciens titres), mais en tant que live, il ne parvient pas à retranscrire efficacement l’énergie lourde et poisseuse d’un concert du trio.

 


 

 

Leather Lung – Graveside Grin

Avec des origines Punk Hardcore et une carrière débutée en 2014 sous les auspices du gras et de la weed, une poignée de galettes d’un sludge de bon aloi, cinq zicos qui tiennent le pavé et la bénédiction de Magnetic Eye Records, voilà de quoi dessiner les contours de Leather Lung, un groupe qu’on pourrait croire venu d’Alabama ou de Louisiane mais qui officie en fait sur la côte est des États-Unis, dans le Massachusetts. Il y a donc eu pas mal de curiosité à la barre de la découverte de ce dernier opus, Graveside Grin.
Il ne faut pas plus de quelques mesures pour se faire une idée d’où on a foutu les pieds. Dèja la pochette à gros nibards et giclée de bière laiteuse sonnait comme un avertissement. Ça tabasse d’office, un pied dans le bayou, un autre dans le sable du désert. « Spit In The Casket » dit tout du chant dans un simple mot, “Bitch” craché à la gueule de l’auditeur entre deux harmonies des gratteux qui la jouent tout en agressivité et mélodie soutenues par une batterie enveloppante.
Que ce soit « Big Bad Bodega Cat » ou « Empty Bottle Boogie », la sautillance des morceaux donne envie d’une part de laisser la musique emporter son corps puis de casser des briques avec sa tête. Tout le long de l’album, le chant reste l’élément majeur des compos avec un style sludge mais presque toujours sans excès, ce qui ravira autant les amateurs du genre que les plus rétifs de ce style glaireux. Les esprits les plus chagrins n’auront qu’à faire abstraction et attendre la mélodieuse introduction au chant de « Twesting Flowers ». Cependant, quel que soit son goût, l’auditeur aura tout intérêt à se concentrer sur des cordes qui ont su synthétiser différents horizons du metal, comme lorsque le gras d’un growl d’outre-tombe de « Guilty Pleasure » cède le pas à des grattes qui virent hardcore. Un autre bref aperçu de la large culture du groupe se fait jour sur « Macrosdose (Interlude) » qui donne à entendre d’autres étendues que celles de nos habituels terrains de jeu, y compris lorsque la piste suivante « La La Land » fait glisser quelques riffs subtils et presque orientalisant. On ne s’ennuie pas avec cette belle plaque qui pourrait faire croire au distrait qu’il s’agit d’un album un peu simplet de plus dont le seul intérêt serait d’être un défouloir. Il n’en est rien, Graveside Grin s’écoute et se réécoute, il y a de bonnes idées à la pelle et elles ne sont pas toujours si évidentes que cela.
Alors que certains pontes du genre sludge déclinent gentiment dans les brumes parfumées de leurs cigarettes à rigoler, Leather Lung délivre avec Graveside Grin un album jouissif, un album de métal, un album auquel il est bon de s’abandonner totalement. Bas du front, on fonce, pour ce qui est de l’intelligence, la musique s’en chargera.

Early Moods – A Sinner’s Past

Moins de deux ans après leur premier disque (Early Moods, meilleur disque de 2022 que personne n’a écouté), le quintette angeleno aura suivi notre précieux conseil de battre le fer tant qu’il était chaud : après quelques séries de dates live nord-américaines, le fougueux combo s’est immédiatement attelé à la composition de ce nouveau disque et s’est engouffré en studio pour sortir cette nouvelle galette, toujours chez les brillants et décalés Riding Easy Records.

Son écoute attentive confirme la furieuse passion de ces jeunes californiens pour ces influences complètement surannées qui avaient fait le charme de leur première galette : une sorte de doom metal nerveux, absolument ancré il y a 3 ou 4 décennies plus tôt, l’ensemble teinté d’une énergie qui emprunte beaucoup aux groupes de la NWOBHM. A cet égard, l’alchimie déjà entendue sur leur première rondelle est toujours là.

Qu’est-ce qui distingue ce disque du précédent ? On serait tenté de dire « rien »… et on n’aurait pas tort, en un sens. Est-ce que l’écriture est meilleure ? Oui parfois, mais les meilleurs titres de Early Moods restaient meilleurs que les moins bons de ce second opus, donc franchement, on est dans une belle continuité. On pourra mettre en avant une plus grande maturité (quelle surprise…) avec un groupe qui s’assume et se complait dans ce style musical. Mais pour le reste, pas de révolution : ils font toujours brillamment ce qu’ils faisaient super bien avant.

« Ce qu’ils font », donc, c’est en quelque sorte faire reprendre vie au Pentagram des années 80 (son chant hanté, ses riffs mêlés d’occultisme et ses leads malaisants), lui injecter le riffing du Sabbath des années précédentes, et emmener le tout sur des rythmiques issues du metal des années 80. Jamais proche du plagiat, Early Moods développe plutôt son style si enthousiasmant à travers 8 compos de plus de cinq minutes (minimum syndical pour du doom metal traditionnel) qui ne se dispersent jamais. Mentions spéciales à « Unhinged Spirit » (pour son riff délicieux bien sûr, mais surtout son groove prodigieux sur ce break rythmique emmenant la fin de la chanson sur une cavalcade metal de haute volée), le très occulte « The Apparition » et son riff en droite lignée du 1er Sabbath, les soli roboratifs de « Walperguise » ou de « Hell’s Odyssey » sur sa seconde moitié…

A Sinner’s Past se déguste comme une petite pastille hédoniste, un plaisir coupable et extrêmement régressif. Il y a une vraie satisfaction à écouter un groupe talentueux et inspiré jouer une musique que l’on pensait morte, contenue exclusivement dans une pile de vieux disques poussiéreux : voir ce style musical prendre vie, animé par tant de talent et d’inspiration est un sentiment particulièrement vivifiant. Quand, en outre, l’intégrité et la passion mènent la barque, alors il devient difficile de ne pas succomber et tomber en fol amour avec ce groupe de jeunes loups inspirés. On attend déjà leur troisième méfait, et on se dit que maintenant qu’ils se sont affirmés en totale maîtrise de ce style, ils ont probablement le potentiel de transcender le genre et l’emmener vers des champs inédits, pour l’installer complètement dans ce nouveau siècle. Croisons les doigts pour qu’Early Moods soit ce groupe – ou l’un d’entre eux.
En attendant, on se repasse encore le disque.

 


 

Sundrifter – An Earlier Time

Le label américain Small Stone Records a beau ne plus être que l’ombre de lui-même en termes d’activité (nombre de sorties) depuis quelques années, on peut lui faire confiance pour maintenir son roster à un haut niveau qualitatif, et garder son soutien (vraisemblablement désintéressé) pour les groupes qui le méritent. C’est donc avec une certaine bienveillance que l’on appréhende le troisième disque des bostoniens de Sundrifter, leur second chez Small Stone, après un Visitations que l’on avait bien apprécié, il y a presque six ans. Le groupe s’est fait discret depuis, sans actualité ou activité significative, à part quelques disparates prestations scéniques.

On imagine à peu près à quoi s’en tenir en lançant les premières rotations de ce An Earlier Time, qui sans surprise propose un heavy rock charpenté, où stoner et grunge viennent se tirer la bourre (on pourrait penser à un mix de QOTSA-milieu de carrière et de Soundgarden, grossièrement), avec deux composantes clés propres au trio étasunien : un travail sonore, harmonique et mélodique très marquant, et le chant de Craig Peura.

Le premier point est vraiment le driver principal qui emmène le groupe dans des territoires inaccessibles à la plupart des groupes (pas le territoire du succès pour le moment, apparemment). Il se traduit avant tout par un goût du riff « hybride », où les patterns mélodiques sont courts et répétitifs et viennent renforcer la rythmique. On pense à l’intention musicale post-rock… sans le son post-rock ! Car ici la mise en son est travaillée, la production est mature, efficace, finement ciselée : des arrangements classieux (discrets claviers, discrets effets guitare & voix…) viennent apporter un clinquant bien particulier à chaque titre. Cet état de fait participe à ce très agréable contraste qui définit la musicalité du groupe : souvent enclins au riffing sec et froid, Sundrifter n’hésite pas à l’enrober d’une subtile nappe de claviers, de soli mélodiques, de chant aérien… (voir le dernier tiers de « Begin Again » par exemple).

Puisqu’on parle de chant, on notera que Craig Peura a encore développé son spectre vocal sur ce disque, apportant à chaque titre un relief particulier. S’il évoque souvent Chris Cornell (par exemple sur « Prehistoric Liftoff ») il trouve aussi sa place dans des plans plus nerveux, ou à l’inverse plus aériens encore (son chant sur « Want Your Home » évoque plutôt Bono de U2 !).

On a donc là une galette de belle qualité. Pour faire la fine bouche, on pourra un peu gloser sur le running order, qui voit trois titres lents (mid-tempo au mieux) clôturer le disque, ce qui donne une « fin de bouche » un peu surprenante, et qui ne reflète pas la tonalité globale du disque. Mais la première moitié étant un exemple d’efficacité, on appuiera simplement sur « repeat » (ou on tournera la galette pour les vinylistes) pour se replonger à fond dans cet excellent disque.

 


 

 

Clouds Taste Satanic – 79 A.E

Voilà quelques temps que nous n’avions pas discuté de Clouds Taste Satanic ici, sans doute trop occupés par une mission supérieure lors de la sortie de leur précédent album l’an passé. Je suis cependant persuadé que le quartette psychédélique de New York nous pardonnera (comme s’ils pouvaient en avoir cure) avec l’écoute attentive et dévouée de leur nouvel opus 79 A.E.

Coutumiers de la piste à rallonge, les Américains ne nous ont pas laissé d’autre choix que d’invoquer en préambule de l’écoute le fameux “Pas ce soir, chérie, j’ai Clouds Taste Satanic”. A plus forte raison lorsqu’on s’attaque à 79 A.E., un album de 45 minutes divisé en deux pistes d’égales longueurs. Autant vous dire que pour aborder l’œuvre, on ne peut pas s’y prendre à plusieurs fois. Il faudra disposer de temps et d’une totale capacité de concentration.

On aurait pu s’attendre à deux fois 22 minutes de redites, mais ça aurait été sans compter sur l’ingéniosité des quatre gonzes de New York. On navigue ici entre un psychédélisme intersidéral et du stoner pur jus. Le tout est 100% instrumental et fait la part belle à une section rythmique où la basse écrase tout sur son passage mais laisse tout de même aux six cordistes l’opportunité de s’exprimer avec subtilité, comme lorsque sur « Collision » la saturation s’atténue pour un peu de légèreté électro-acoustique ou les envolées lyriques d’un solo tout floydien qui conclut la piste avec force majesté.

Cet esprit issu de Pink Floyd, poncif du genre, on le trouve en redites perlées tout au long de la seconde piste, « Reclamation », durant laquelle le groupe effleure même des sonorités post-rock en alternant avec de bien plus méchants riffs grassement metal et mid-tempo. On est bien loin d’un bloc musical, plutôt l’enchevêtrement d’idées variées qui se répondent les unes aux autres au sein d’un même grand tout délicat à digérer au final.

Clouds Taste Satanic livre avec 79 A.D. un opus captivant mais bourratif. Casse dalle sans doute nécessaire pour explorer les confins du psychédélisme et du stoner en naviguant entre influences évidentes et parties instrumentales de choix. C’est une expérience immersive qui impose une écoute attentive et prolongée pour en saisir la profondeur.  Un disque à réserver aux amateurs de sonorités progressives et de voyages musicaux intenses.

 

Mr Bison – Echoes From The Universe

La dernière fois qu’on vous avait causé du trio Italien Mr Bison, le monde de la culture se mourrait (Oui ça se dit, c’est vilain à l’oreille mais ça se dit!), ses droits braqués par un vilain virus dont je me refuse à écrire le nom encore une fois. Comme à son habitude le groupe avait offert à nos oreilles un beau collier de perles progressives. Ils reviennent cette fois bras dessus, bras dessous avec Heavy Psych Sounds pour porter leur nouvelle œuvre, Echoes From The Universe et elle n’a pas eu à nous faire de l’œil longtemps pour qu’on aille passer du temps avec elle.

Du prog en veux-tu en voilà, encore une machine à remonter le temps pourrait on se contenter de dire. Mais voilà ce serait bien trop réducteur et surtout aller un peu vite en besogne. Echoes From The Universe c’est 41 minutes et 7 pistes taillées sur mesure pour les oreilles les plus sensibles à ce qui est beau et entraînant.  Le chant en chœur se met à porter le thème, qu’il s’agisse de « Collision » ou de « The Veil » et on a envie de reprendre avec lui dès la seconde écoute. Les riffs montent lentement pour ouvrir « Dead In the Eye », palpitent sur « Fragments » et en quelques notes on se retrouve happé par la piste. A titre personnel je retrouve des sensations que j’ai quelques fois avec Elder mais sans la lassitude que ce groupe finit toujours pas susciter en moi (Oui, je suis un hérétique et je n’en ai cure). Mr Bison fait de la qualité, c’est beau, c’est bien pensé, c’est entraînant et malgré tout parfois ça manque un poil d’aboutissement. J’ai trouvé à ce titre « Staring At The Sun » un peu trop frêle comme conclusion, allez savoir pourquoi. J’ai également trouvé déplacée la clôture de « Collision » qui semble du coup un rien bâclée après la joie toute personnelle qu’elle m’avait apportée. Non, il faut le dire cette plaque n’est pas parfaite et ne viendra probablement pas vous chauffer l’encéphale à blanc MAIS c’est important qu’elle ne soit justement pas parfaite car ce sera un prétexte tout à fait licite pour venir se jeter sur la prochaine production du groupe pour voir s’ils ont remonté leur niveau d’un petit cran tout à fait facultatif. Car au final, c’est chipoter que de relever ces anicroches dans un album qui n’a aucune vraie faille.

Si au détour de votre ennui vous ne savez que faire, venez découvrir Mr Bison si vous étiez passé à côté et pour celles et ceux qui se doutent de quoi il retourne, ne tardez pas à venir écouter cette prolongation de la carrière d’un groupe qui en l’espace d’une grosse dizaine d’année s’est installé dans un standard des plus respectables. Echoes From The Universe est une plaque complémentaire des précédentes, une prolongation et une évidence nécessaire.

Monkey3 – Welcome To The Machine

En 2019, les Helvètes ont commis Sphere que nous avions – en commun et démocratiquement – élu album de l’année vu les qualités intrinsèques de cette production prodigieuse. Même si, en majorité, nous sommes plutôt bon public lorsqu’il s’agit de partager notre avis au sujet du quatuor de Lausanne – que nous chroniquons depuis leurs débuts vu qu’ils partagent avec nous une certaine longévité dans notre microcosme – c’est avec un peu d’appréhension que je me suis lancé à la découverte de cette nouvelle sortie qui débarque 5 années après la précédente réussite.

Mon appréhension trouvait ses fondements dans deux éléments bien précis : le premier était la lecture du fameux press-kit qui comptait les influences cinématographiques marquées sur cette production, toutes au rayon science-fiction (lequel ne m’attire franchement pas du tout) et le second tenait de la perception du bonhomme qui s’interroge lui-même (en tant que fan) sur la capacité de ses compatriotes à rééditer l’exploit commis avec la précédente livraison interstellaire (on n’est pas calviniste pour rien par ici). Pour spoiler le lecteur d’entrée, je peux lui dire qu’il s’agit d’un authentique produit de Monkey3, qui contient tous les marqueurs de la cuisine du groupe et que c’est pas un megamix des bandes-sons des films de Kubrick et compagnie : c’est de la bombe les enfants !

Tout d’abord, les artisans de cette réussite sont les mêmes que ceux qui ont œuvré sur son prédécesseur sauf pour ce qui est du bassiste, Jalil, qui rôde déjà sur scène depuis 2022. On reprend donc Walter à la batterie, Boris à la guitare, dB aux bidouillages électro et Raphaël Bovey derrière les manettes, on confie le mastering à Lad Agabekov et la pochette à Sebastian Jerke en demeurant, esthétiquement parlant, dans la lignée de Sphere, et, au final, on obtient une production dans la droite lignée de Sphere.
Ensuite, pour ce deuxième album concept de la discographie du groupe, le processus d’Astra Symmetry (qui n’est pas mon album préféré de nos potes) a été inversé en ne partant pas du concept pour composer, mais en composant pour converger vers le concept, ce qui fait une sacrée différence.

Alors, je vois s’élever des voix sceptiques au fond de la salle qui qualifient le quatuor de flemmards en sortant un album de « seulement » 5 titres, qui se déploient « seulement » sur 45 minutes, à qui je réponds bien volontiers que l’écoute de cet album dans l’ordre, même si elle est brève, est une expérience monumentale, à laquelle ne rend pas vraiment hommage la livraison en amont des deux singles « Rackman » et « Collision », isolés de l’ouvrage comme si on abordait un bouquin en lisant les chapitres de manière aléatoire. Je dis aussi à ces pisse-vinaigres que rarement la quantité fait la qualité d’une œuvre (allez voir la taille des tableaux de Vermeer).

Comme c’est un concept album et qu’il s’agit d’un tout, en voiture Simone, c’est moi qui conduit c’est toi qui klaxonne ! L’auditeur débute son voyage (qui dure le temps d’un épisode d’une série en vogue sur les plateformes de streaming) par « Ignition » avec des bidouillages à base de voix insérées dans des nappes de synthé posées sur une rythmique électro et, à peine installé dans le siège de son vaisseau spatial, il se prend, en pleine poire, une accélération jouissive de rock pur sucre. Ce morceau rapide superpose les riffs et les nappes traditionnelles du quarté gagnant en variant sur un thème central qui voit tour à tour la machine prendre l’ascendant sur les hommes, puis le contraire, puis, comme pour un happy end, l’homme et la machine avancer conjointement. C’est un truc de guedin que cette entrée en matière avec des déluges de guitares aériennes qui me laissent bouche bée (avec un filet de bave qui pend) avant un retour frontal de l’armada du rock qui ponctue le titre vigoureusement pour laisser place à « Collision » après 10 minutes. Déjà défloré sur la toile, ce single de 6 minutes aux textures jungle débute avec les basses en première ligne. Il illustre parfaitement le titre de cette production jusqu’à sa moitié et son titre propre aussi en se déployant en deux parties distinctes qui se collisionnent au milieu du chemin.

A mi-parcours du disque, c’est « Kali Yuga » que les petits veinards ayant assisté aux prestations récentes du groupe ont déjà dégusté live. Titre d’une dizaine de minutes, aérien dans son ensemble, mais pachydermique dans son exécution, ce morceau pourrait s’apparenter à un condensé de l’album à lui tout seul car il recèle tous les ingrédients dispensés durant l’écoute, avec un petit plus généré par le rendu très floydien et l’incursion de la guitare acoustique en tomber de rideau.

L’avant-dernier, déjà ? Ben ouais fallait suivre aussi, c’est « Rackman », le deuxième single, qui transpose le concept dans un territoire sombre, voire lugubre, sur une rythmique lente. La marche funèbre est en route jusqu’à un shift biomécanique induit par les machines qui accélèrent le tempo afin que les parties de guitares distordues viennent se déployer en première ligne avant un final rassemblant tous les protagonistes. Finalement, c’est « Collapse » qui vient conclure cette sortie en dépassant les 12 minutes au compteur (on est encore loin des plus de 14 minutes d’« Icarus »). D’abord tout en douceur, la clôture de rideau monte en intensité en cohérence avec ses prédécesseurs ainsi que, pour tout dire, avec la discographie complète de la formation. S’inscrivant dans la plus pure tradition des morceaux longs de Monkey3, cette dernière pièce a tout le potentiel de constituer un futur morceau de clôture de set hyper-bandant ! Il s’agit en tous cas d’une fin magistrale apportée à une production très homogène, qui ne s’adresse pas particulièrement aux zappeurs.

2024, l’odyssée du space-rock a un nom et c’est Welcome To The Machine, un disque homogène qui se savoure dans son intégralité et dans l’ordre. Plus qu’un énième album de la galaxie stoner, ce monolithe constitue une expérience musicale bipolaire entre les machines des musiques actuelles et un quatuor de rock aguerri ; c’est en tous cas une réussite de plus à mettre à l’actif d’une formation musicalement et humainement au top, qui est là pour durer ! Merci les gars !

 

Point Vinyle :

Le précieux sera décliné à sa sortie en trois versions différentes en plus de sa version digitale moderne ou cd passéiste. Tout d’abords le bon vieux vinyle noir, dans son gatefold, qui est sensé ravir les puristes du son. Une rondelle orangée synchro avec le parallélépipède rectangle de l’artwork, aussi dans un écrin gatefold, limitée à 300 unités qui ravira les puristes de l’astre solaire. Enfin une version Die Hard tirée à 200 exemplaires en vinyle transparent cristal avec slipmat et artwork au format 30 par 30 ce qui est assez pratique pour y loger un 30 centimètres sensé ravir les collectionneurs qui auront de toutes manières commandé la trilogie !

 


 

 

Witchorious – Witchorious

Nous avons pu assister à la démonstration scénique des tout jeunes doomsters de Witchorious lors du Westill 2024 et soyons francs, c ‘était sans aucun déplaisir. Le jeune trio parisien (de Chelles précisément) y avait déroulé un doom bien fait mais monté sur des pattes encore peu assurées tel le faon sortant du bois, c’était à la fois beau et touchant. Alors que leur première galette sort chez Argonauta nous saisissons l’occasion de reprendre notre observation de l’animal.

Il faut admettre que l’écoute de la plaque éponyme de Witchorious s’avère plutôt plaisante. Un travail bien fait, des chœurs qui se présentent à point nommé et qui avaient déjà su nous séduire en live. L’ambiance est sombre à l’instar de « The Witch » qui s’ouvre sur un thème des plus classiques et nous joue les bandes son de film d’angoisse à grands coups d’arpèges et de remontées de fûts tout en souplesse. La lancinance du chant d’Antoine le guitariste sur cette piste est particulièrement réussie ce qui tranche avec d’autres morceaux et des tentatives criardes sans doute encore un peu frêles. Ce fait est particulièrement marquant lorsque les deux genres s’enchaînent sur « Watch Me Die ». Pour autant c’est le carton plein lorsque la bassiste Lucie prend le chant comme sur « Eternal Night » en toute sensualité ou que les deux voix s’adossent sur « Monster » et « Why ».

D’excellentes idées il y en a plein la galette, une sorte d’épiphanie où chacun trouvera sa fève. Des riffs qui sonnent comme des évidences et une batterie soutien indéfectible de chaque titre excusent le titre « The Grave » que l’on pourrait presque considérer comme une sortie de piste trop lumineuse sur un album aux tendances sombres ; sans doute une tentative trop empreinte d’originalité en regard d’un album qui égrène les classiques du style.

Au final il faudra retenir de Witchorious une envie de faire les choses bien. Gageons qu’un travail approprié ne manquera pas de les mettre en avant parmi les jeunes formations hexagonales. En attendant la suite et jouant sur des bases classiques tout en apportant la touche de séduction suffisante à chaque titre, le combo délivre ici une première œuvre long format de bonne facture. Une affaire à suivre donc.

 


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