|
|
Tiens, un album de Boris… On sait jamais trop à quoi s’attendre avec les japonais ! En fait on sait juste à quoi ne PAs s’attendre : du hard rock racé et épique, rapide, 23 riffs par chanson, des chansons de 2 minutes avec couplet – refrain – couplet – refrain – break – refrain… Naaaan… Boris ne fait rien comme les autres. Pas par principe, plutôt par conviction. Parce qu’ils ne savent pas faire autrement, ils sont nés pour ça, taillés pour jouer “du Boris”.
Première illustration dès l’insertion du CD dans la platine : 5 plages seulement en tout… qui se révèlent être les 5 passages d’une même chanson, 5 étapes nécessaires à la construction de l’édifice “Boris at last – feedbacker”.
Première étape : une larmoyante, lancinante complainte exclusivement guitaristique de plus de 9 minutes, donne le ton. Pas vraiment une succession de notes, on a plus l’impression que les pédales sont plus utilisées que la main gauche, et que le larsen joue à cache cache pendant plusieurs minutes… Spécial…
Seconde “chanson”, une marche de plus vers la “chanson” est franchie, avec l’ajout de quelques coups de cymbales et caisse claire, sur des nappes de gratte/basse aériennes, lascives. Ca tourne à 2 à l’heure, et un semblant de mélodie commence à se détacher ! Heureusement, car c’est quand même une plage d’un quart d’heure ! Dès le milieu du morceau, des chants de guitare commencent à s’élever et à prendre le devant, pour quelques soli illuminés, en tout cas de fort bon aloi. Le chant vient même s’ajouter pour ajouter un relief bienvenu… Et là, surprise ! On ne s’ennuie pas, finalement !
On est donc arrivé à une certain “rythme de croisière” (étrange d’employer cette expression pour un album de Boris !!) lorsqu’arrive la plage 3, sans doute la plus variée de la galette, puisque même si elle prend la suite de la “grande chanson”, propose le plus de variété, que ce soit dans le chant ou les parties de batterie par exemple, notamment sur des parties où Takeshi et Atsuo chantent en choeur sur fond de grattes saturées.
Si la plage 3 était le point culminant en terme d’intensité musicale, la 4 est finalement le début de la “redéscente”. On a l’impression que les instruments sont posés là, par terre, encore essouflés par cette montée de pression, émettant des sons improbables, distants, poussifs, des dissonnances grésillantes qui pourtant ne heurtent pas les tympans. Toujours, d’ailleurs, les japonais garderont en tête cette priorité “physiologique” : chaque son émis par Boris ne doit pas blesser l’oreille ! Les larsens sont donc maîtrisés, les aigus pas trop aigus…
La plage 5 vient cloturer l’ensemble en reprenant la lente mélodie déja entamée sur la plage 2, qui devient vu le contexte presque “rassurante”. Ouf, quelque chose de “concret” auquel se rattacher, un vrai bout de chanson presque “normal”…
Et puis l’expérience s’achève ainsi. Et puis finalement on le ré-écoute, parce que l’on a forcément oublié quelque chose… Et puis ce solo là il était pas mal, mais on se souvient plus comment il a été amené… Et puis cette partie de batterie juste avant la plage 3, elle était un peu décalée quand même… Et puis la basse, on l’entendait bien plus sur la plage 3, mais le son me semblait différent…
C’est ça Boris, finalement : d’abord, un mouvement viscéral de recul, un réflexe instinctif de sécurité. Et puis on essaye d’analyser, vu que ça ne semble pas très rationnel, on va essayer de comprendre. Mais même ça, ça n’apporte qu’un piètre “confort” : la musique de Boris n’est pas rationnelle, elle se vit, et par étapes. Elle génère d’abord du recul, puis de la curiosité.
Recommander Boris à n’importe qui n’est pas une bonne idée. Suggérer à un ami ou un aventurier de tenter l’expérience est plus excitant. Qui sait, lui aussi pourrait aimer !…

Un nom hispanisant, un album qui s’appelle ‘Viva’, un toreador/squelette en sombrero sur la pochette. Pourquoi est-ce que les norvégiens d’El Caco essayent-ils de se faire passer pour espagnols à tout prix ? Peut-être qu’il est devenu difficile d’être l’un des centaines d’excellents groupes rock scandinaves ? Une fois oubliées ces questions existentielles, il est temps d’enfourner la galette dans le lecteur CD, et de se manger une baffe de folie ! Ben oui, parce que ça tarde pas, dès le ‘I’ll play’ d’ouverture, c’est un riff énorme qui lamine nos tympans, bien enrobé par le chant rocailleux et mélodique de Øyvind Osa. La rythmique, ultra heavy, mais aussi groovy et carrée, ainsi que le son de guitare bien lourd, nous guident alors tout naturellement vers l’étiquette ‘stoner’. Mais dès le troisième morceau, ‘Oh you’, une simili-ballade pop-rock au refrain bien plombé, on se pose des questions ! El Caco ne serait donc pas uniquement un ‘pur’ groupe stoner, on nous aurait menti ? Ben on dirait bien, parce même après plusieurs dizaines d’écoutes de ‘Viva’, on arrive toujours pas à trouver une étiquette commune à toutes les chansons. En tout cas, elles ont des points communs : la qualité de la composition, le don de l’arrangement idéal et du gros son (ils se sont produits eux-mêmes, les bougres !), un chant tour à tour hurlé, susurré, rocailleux, chaleureux, et j’en passe. Les ‘Oh yeah’ et autres ‘She-man’ et ‘High on a low’ nous confortent dans l’idée qu’on a bien un groupe largement influencé par le stoner rock en général, mais El Caco est tellement plus que ça, que tout amateur de bonne musique plombée, tous genres confondus, est forcé d’adorer.

Cette formation qui a tiré son nom de la bande de goudron qui mène de la Cité des Anges au désert confine à être la dream team du stoner californien et les fans des groupes de la région de Palm Spring salivent rien qu’à l’évocation des membres qui la compose. Jugez plutôt : Gary Arce, à la guitare, a participé à Yawning Man et The Sort Of Quartet, son homologue Mario Lalli a gratté pour Fatso Jetson, Orquesta Del Desierto et Yawning Man, le batteur Bill Stinson a oeuvré pour d’obscurs combos dont Chuck Dukowski Sextet, Greg Ginn, Fastgato HOR et Dessau, et son bassiste de luxe a carrément collaboré au mythe qu’est Kyuss ainsi qu’à Fu Manchu, The Bros et une quantité non négligeable de projets gravitant autour de la scène stoner.
A chaque fois qu’une sortie de ce type est sur le point de débarquer sur ma platine, je rêve en secret que je vais me retrouver en possession d’un chef-d’oeuvre dans la droite ligne de Kyuss. A chaque fois je me prends une bonne claque au travers de la gueule l’histoire de me rappeler que ce groupe a cessé toutes ses activités depuis une tapée d’année et qu’il faudrait peut-être cesser de croire au père Noël à mon âge avancé. Quand bien même je ne peux qu’être un peu dépité par cette nouvelle production, il faut bien avouer qu’elle n’a pas que des défauts et que je ne vais pas utiliser le cd comme dessous de bière pour la prochaine visite d’un membre de l’équipe de Desert-Rock dans ma tanière helvète.
Ten East sort huit plages fleurant bon le désert dans un registre planant dont les guitares me rappellent Yawning Man (la moitié du groupe en a fait partie). Se concentrant uniquement sur leurs instruments, ces quatre vétérans de la scène nous emmènent pour une petite heure de jam instrumental planant et halluciné. Les amateurs de gros sons vont donc détester et ceux qui cherchaient Kyuss derrière ce projet vont déchanter. Pour ma part, je me laisse bercer tranquillement par ses notes dispensées avec passion de manière envoûtante et continue à nourrir le rêve que Kyuss nous balance à nouveau de nouvelles compositions dans la veine de leurs pièces maîtresses des temps jadis. Nostalgie quand tu nous tiens…
Monster Magnet signe avec ‘Monolithic Baby !’ un des meilleurs albums de sa déjà longue carrière. Toujours inspiré par Black Sabbath et tout ce qui gravitait dans l’univers rock des années septante, le quatuor aligne sur sa nouvelle production douze compositions de rock pur jus sans fioritures inutiles. Les riffs simples sont d’une efficacité terrible et du premier accord de ‘Slut Machine’ au final apocalyptique de ‘CNN War Theme’ cet album groove sans jamais lasser. Puisque tous les ingrédients d’un excellent album de rock sont réunis, y compris la superbe et langoureuse ballade habituelle, en l’occurrence une reprise de ‘There’s No Way Out Of Here’ de David Gilmour (Pink Floyd), cet achat s’avère indispensable pour tout amateur rock qui se respecte.
On ne peut pas dire que la scène stoner belge ait beaucoup fait parler d’elle ces derniers temps. Ce manque est réparé avec panache avec le nouveau CD de Cowboys & Aliens, qui dépote pas mal dans son genre ! Son genre, puisqu’on en parle, c’est clairement du stoner rock, bien groovy dans les angles, mélange heureux de stoner “à l’américaine” (Fu Manchu) et de groupes européens (Spoiler, Demon Cleaner). Rien de révolutionnaire, mais bon sang, c’est sacrément bien gaulé ! A noter aussi une super version du “Sharp Dressed Man” de ZZTop. Contrairement à ce qui se dit ici ou là, l’analogie avec Kyuss n’est pas si évidente, les belges se prenant moins la tête qu’il n’y paraît, privilégiant des sonorités heavy rock, des structures claires, et alignant les riffs francs du collier. Et finalement, pourquoi leur demander autre chose ? Vraiment, on n’a pas de quoi rougir vis à vis de nos collègues d’outre-atlantique.

Voilà un groupe qui a commencé à jouer en 71 et qui est toujours actif. Vous me direz que les Black Sabbath sont toujours là eux-aussi. Ok, mais pour moi, Sabbath sans Ozzy c’est un peu comme un couteau sans manche, tout le reste n’est qu’anecdotes. Les gars de Pentagram ont ceci de supérieur à Black Sabbath qu’ils continuent envers et contre tout à faire de la musique qui tue. De la soupe progressive ? Non merci. Donc voici un superbe album de heavy doom comme les anciens savaient le faire, fait par des anciens qui savent le faire. Le travail de « Review your choices » est d’autant plus remarquable qu’il a été réalisé par deux bonhommes de premier plan : Joe Hasselvander (tous les instruments, chapeau !) et Bobby Liebling (toutes les parties vocales, brillant !, écoutez les chœurs de « Downhill slope », cela vous donnera une idée de l’étendue de son registre). Ce disque devrait ravir les fans de St Vitus, de Serpent, des premiers Black Sabbath, de Wytchfinder General et de Cathedral. Tous les ingrédients sont présents. Les riffs lourds, les solos aériens, les rythmes méga-lents, les tempos plus rapides, l’agressivité, la sensibilité. Le tout servi sur fond de satanisme bon enfant qui n’effraie même plus ma mère. Nous sommes donc en présence du quatrième album de Pentagram (seulement !) après cinq années de silence. Le groupe n’a manifestement jamais été pressé, alternant congés sabbathiques et périodes d’activités plus intenses. Nous sommes donc en pleine phase dynamique. La bête vient de se réveiller, histoire de démontrer à la nouvelle garde, qui sont les patrons.

Avec ce deuxième album solo, Mark Lanegan frappe très fort.Car, contrairement à ce qui s’était produit avec The Winding Sheet, ce n’est plus au chanteur des Screaming Trees que l’on pense à la première écoute de cette galette, c’est à un Mark Lanegan, artiste à part entière, nous offrant SA vision des choses. Plus mature que son prédécesseur, ce Whiskey For The Holy Ghost est empreint d’une atmosphère à la fois reposante et sombre, tellement prenante qu’elle laisserait presque à penser que le blues a été inventé du côté de Seattle. Le magnifique “Sunrise” avec ses parties de Saxophone ou encore le très émouvant “House a Home” et ses violons plaintifs en sont les parfaits exemples.Le titre phare de cet album est sans conteste “Borracho”. Servi par des guitares dissonantes et ce timbre si particulier, façonné par un régime draconien whisky/cigarettes, le morceau véhicule une émotion forte et étonnement familière à tout un chacun à tel point que l’on a envie de crier sa rage en même temps que Lanegan. Cette voix, que dis-je cet instrument, fait également mouche sur le subtil “Dead On You”. Quant à “Kingdoms of Rain” (et ses voix féminines), il fait parfois penser à la beauté simple d’un “If It Be Your Will” de Leonard Cohen. Bref, grâce à Whiskey For The Holy Ghost, Lanegan rejoint le club très fermé des très très grands. Les années auront beau passer, ce disque, que je ne saurais trop vous conseiller, reviendra toujours sur vos platines tant il peut être le parfait reflet de ce que l’on peut ressentir un jour où tout semble aller de travers.
Le premier album de Drunk Horse, “Adult Situations”, m’avait bien calmé. je l’avais acheté par hasard, le nom du groupe me disait quelque chose, la pochette était hilarante, et l’album s’était révélé jouissif, énervé, enjoué… Ben c’est pareil ici ! A savoir, en gros, que si vous connaissiez pas Drunk Horse, In Tongues est un bon album pour commencer.
Alors comment décrire la musique de Drunk Horse ?… Vaste, une appropriation du rock sous de multiples coutures, le tout mastiqué dans tout les sens et recraché par les enceintes de votre chaîne hi-fi sous la forme de chansons aux touches délicieusement rétro… Et pourtant tout est très original, pas de repompe : c’est bien ancré dans les années 2000, et les influences sont bien digérées.
Témoin cette slide guitar sur “Strange transgressors”, que l’on pourrait juger quelque peu désuette si elle ne tenait pas toute la chanson de bout en bout ! Et que dire de cette avalanche de riffs que l’on croirait directement écrits et joués par Phil Lynott – ce qui en dit long sur la qualité des mélodies déployées sur cette rondelle ! Voyez “Nice Hooves”, son son de gratte, ses riffs, sa rythmique “cavalière”, le refrain “sautillant” de “Priestmaker”ou encore les soli harmonisés de “Howard Phillips” : du véritable Thin Lizzy dans le texte !!
Le reste est à l’avenant : du gros rock bien plombé, des riffs en pagaille, des envolées de grattes, une basse qui balance du groove par caisses entières, un chanteur très très intéressant (un timbre très accrocheur et des intonations proches de Scott Hill parfois), et des compos “fun” ! Pas de balade, pas de morceaux sur-heavy tendance doom, que du hard rock pied au plancher, tendance seventies certes, mais avec l’attitude “surf” californienne qui rend l’ensemble en apparence insouciant. Témoins les titres des chansons, peu enclins à dénoncer les affres de la société de consommation ou les dernières crises politiques guadémaltèques (“Reformed asshole”, “Vatican Shuffle”,…). Des passages instrumentaux rajoutent en originalité et en “altitude” à l’ensemble, et ça joue bien (voir “Skydog” par exemple) !
De la musique pour ce qu’elle devrait toujours faire : mettre tout le monde de bonne humeur, avec talent et intelligence. Une vraie bouffée d’air frais.

Ce vol lunaire fait suite au cinq titres ‘Overloaded Rock’n’roll’ sorti en deux mille trois par ce trio italien. Dans un registre très lourd à la limite du doom, c’est le titre éponyme qui ouvre ce simple porté par ses vocaux sonnant très extra-terrestre avec la masse de reverb qui les accompagne. Très plaisant avec ses riffs très heavy et sa rythmique volontairement monotone à en devenir obsédante, ce morceau est un peu gâché par la présence inutile de notes spatiales émises par un synthé pas très rock’n’roll. On enchaîne avec ‘Wasted Words’, composition plus incisive et cohérente qui se laisse agréablement écouter. Au-delà du second morceau nous pénétrons dans la quatrième dimension avec un interlude doomesque uniquement parlé qui n’est pas sans me rappeler mes vertes années lorsque je faisais tourner les lp de Venom à l’envers sur la platine du salon de mes parents (pas con le mec j’allais pas niquer la mienne). Meilleure plage à mon humble avis, ‘Magic Drug’ termine la montée en puissance et en vitesse de cet album. Les incursions synthétiques collent parfaitement aux riffs lourds et à la basse vrombissante. Entêtant à l’extrême, ce morceau est une véritable pépite rock et son titre m’explique un peu comment ces transalpins ont pu mettre la plage numéro trois sur ce cd. Plus qu’un disque, ce voyage intergalactique malgré ses inégalités a de la peine à quitter ma platine ces jours.

À l’instar de The Awesome Machine, il est très difficile de cataloguer Spoiler. Les Hollandais proposent une sorte de gros hard rock très heavy que l’on pourrait rapprocher de, ben personne ! Parce que même s’ils n’ont rien inventé (loin de là), leur propension à piocher des influences un peu partout et à les recracher d’un coup sur vinyl force l’admiration. Les relents 70’s sont bien présents (notamment au niveau du chant – tantôt chaleureux, tantôt hurlé -, des chœurs, …), mais à aucun moment la musique du groupe ne paraît datée, belle performance. Au contraire, on se laisse vraiment emporter par ces envolées de grattes (‘Mud’N’Glitter’, ‘Wear Me Out’), ces riffs plombés (toutes les chansons !!), ces parties de lead aériennes (‘Million’) et ces breaks heavy (‘Jack’). Au rayon anecdote, notons aussi la reprise du ‘Electrifying’ de Grease sauce metal, un nectar ! Bon, inutile de tergiverser, c’est un très bon album, une excellente surprise : après deux ou trois écoutes, vous accrocherez forcément. C’est si rare un bon album finalement. Ne ratez pas celui-ci !
La rumeur sourde de la popularité grandissante de Last Barons commençait à se faire entendre fortement à nos oreilles ces derniers mois. Pour autant, ce groupe assez discret donne l’impression de tracer sa route sans faire de vague dans la « scène rock » française. Sentiment confirmé après écoute de ce disque : Last Barons n’est pas un groupe comme les autres.
Affichant des affinités assumées avec le stoner, les influences du groupe vont chercher bien plus loin, composant un patchwork musical diversifié, et en tout cas sans équivalence dans la scène rock française. La première surprise vient des vocaux de Julien, dont le timbre ne fait pas que rappeler Layne Staley (Alice In Chains), parfois même de manière très présente (l’intro de « Guru’s rules »). Perturbant. Les échos de Scott Weiland ne sont pas non plus absents, sur les passages les plus « crooner ». L’autre surprise que l’on n’attendait pas c’est la subtilité de la prod : tout est propre, classieux, y’a pas grand-chose qui dépasse. Un son de gratte léché, une « mise en musique » globalement très travaillée. Les influs stoner sont bien là, mais plutôt à rattacher du côté QOTSA période post-Rated-R, avec des relents « robot-rock » évidents par moments. De manière assez surprenante, la bio du groupe est plutôt clairvoyante (croyez-moi, on en voit généralement des vertes et des pas mûres sur les bios des groupes), affichant aussi des influences du côté Faith No More, qui sont effectivement très claires ici sur des titres comme « Ethanol Blues » et ses subtils claviers très « Bottum-esques » ou encore ses passages jazzy typiques du groupe de San Francisco.
La maturité des compos est vraiment bluffante, tant les titres sont élaborés et audacieux : cet aspect désarçonnera probablement les amateurs de titres directs, de riffs tranchants et d’albums « coups de poing » homogènes et droits à l’essentiel. « L’éparpillement » musical du groupe apporte en revanche une richesse inédite pour ce type de groupes, portée par une production que l’on prend rarement à défaut. Au final, cet album est à recommander à ceux qui savent écouter plusieurs fois un disque pour en apprécier la richesse, tandis que ceux qui préfèrent les albums plus directs et tranchés pourront être refroidis par les premières écoutes.
En toute confidentialité, et par de sordides réseaux à peine visibles sur la toile, est apparue il y a quelques semaines cette somptueuse double-galette (100% cautionnée par le groupe rassurez-vous – contrairement à cette hideuse compilation sans âme sortie il y a quelques mois). Génèse : avec la reformation du groupe il y a quelques mois à peine, un appétit remarquable de “toujours plus” les a incités à non seulement engager une tournée mondiale (qui a ravi ces dernières semaines nos oreilles fébriles), mais aussi à préparer l’enregistrement d’un nouvel album… et à sortir ces vieilles bandes live qui traînaient dans un coin ! Qui s’en plaindrait ?…
Je vais m’abstenir d’en faire 3 tonnes sur quels titres déchirent plus que les autres. Ou plutôt si, tiens, ça peut être marrant. Ca commence donc par le célèbre riff ultra-catchy de “20”, enchaîné au super-heavy “38”. L’intro aérienne, limite psychédélique, de “31” désarçonne un peu dans un contexte live mais amène à une conclusion bien plus heavy et étonnamment bien charpentée. “30” est le titre suivant, probablement l’un des plus efficaces en live de leur répertoire. Quelques titres “dans la trentaine” tout aussi excellents défilent, pour culminer à “39” et son riff saccadé comme un cheval au galop. Après “8”, c’est “35” qui déboule : intro vicieuse et montée en puissance pour réduire le public en charpie dès le premier riff. “32” prend la suite avant que le set ne se cloture sur l’orgasmique “28”. Bref, que des titres issus de leur deux dernières galettes.
Fini la grille de loto, l’essentiel est que ce concert de 2001 est servi par un son qui, s’il n’est pas honteusement sur-produit, est tout à fait correct. On appréciera par ailleurs dans ce set bien tassé (11 titres, pas de temps mort) un groupe qui assure au moins aussi bien en live que sur album. Il est commun chez les groupes 100% instrumentaux d’assister à des impros et soli a gogo, à chaque coin de refrain, particulièrement en live. A l’opposé, K2B distille ses titres ciselés à la note près, taillés pour être efficace avant tout, et accorde une place limitée aux “écarts de conduite”. Leur crédibilité en tant que “vrai groupe” (et non pas uniquement “groupe instrumental”) passe aussi par là : la reconnaissance qu’une chanson, si elle est structurée à la perfection, n’est pas moins bonne sans ligne vocale. A ce titre, ce live est une vibrante illustration de ce constat.
A noter que pour ne pas “voler” les acheteurs de ce superbe témoignage live, le groupe y ajoute un disque “best of” reprenant pas moins de 16 chansons issues de leurs deux derniers albums. Idéal pour ceux qui n’ont pas encore les 3 albums du groupe : ce mini-best of aura tôt fait de les convaincre.
Rawk’n’roll !!! Houla que cela fait du bien d’entendre des disques de cet acabit. Pas de fuzz. Même pas de disto. Mais un son sec et crade délivré par des amplis poussés dans leurs retranchements. On est bien loin de Kyuss et c’est tant mieux. Du sax, de l’orgue, du piano, de l’harmonica. On vogue tout d’abord dans les eaux saumâtres des Stooges et des New Christs. Voire, dans une certaine mesure, dans la fange psychédélique d’On Trial. Cheveux longs et haute énergie. Mais la référence la plus marquée de ces suédois constitue probablement les Stones. Ce qui leur confère un air souverain. Un air qui les autorise à nous toiser comme s’ils étaient un alliage de Mick Jagger et d’Iggy Pop. Rhythm’n rock à fond. Punk’n blues à bloc. Sûr qu’ils le font bien ces gaillards. On peut s’incliner.
Après deux albums “presque normaux” (des instrumentaux qui déboitent autant, c’est tout sauf “normal”), les suisses de Monkey 3 choisissent, probablement pour détendre l’atmosphère, de nous offrir un mini album (presque 40 minutes tout de même) de reprises. Ce qui peut se révéler un peu convenu est en réalité un exercice compliqué pour un “jeune groupe”… et la démarche se révèle d’autant plus dangereuse pour un groupe 100% instrumental !
L’album déboîte fort dès le 1er titre, une reprise du groupe Archive, dotée d’un rythme martial, porté par la frappe de mule métronomique de Walter. Les claviers de dB ajoutent une teinture électro-rock plutôt couillue qui fonctionne bien (on pense même parfois à Waltari). Le quatuor tombe dès le deuxième titre l’un de ses plus gros atouts, avec “Watchin’ you” (Kiss), proposant un featuring du grand John Garcia. Le plus surprenant est que l’on s’attendait à quelques vocaux et un refrain répétitif tourné en boucle, or le brillant vocaliste occupe bien ici le poste de chanteur “à temps plein” : couplet, refrains, etc… Chapeau ! La prestation est bonne, et le titre, du metal basique, tourne bien. Le “One of these days” de Pink Floyd qui prend la suite, porté par une rythmique classieuse, voit les nappes de synthé se frotter aux leads de Boris, pour un résultat épique et concis. Moins original est le choix du “Kashmir” de Led Zeppelin ensuite, sur lequel le groupe envoie au carton l’autre chanteur invité sur l’album, Tony Jelencovich (chanteur de Transport League). On ne se frotte pas impunément au grand dirigeable, et même si la reprise tient fort bien la route, le groupe ne parvient pas à la transporter sur une dimension très différente. Mais ne gâchons pas notre plaisir, ça le fait bien quand même. Pour finir le trip “oldies but goodies”, c’est le “Burn” de Deep Purple qui est complètement machouillé et digéré par le quatuor, pour finir transformé, ralenti, alourdi aussi (dans le bon sens du terme), et dans tous les cas, bien réussi !
Pour finir, la reprise de Ennio Morricone figurant sur leur seconde galette, “Once upon a time in the west”, est proposée en version live. La capture est correcte (une prise de son perfectible quand même – les vibrations des peaux de batterie pas terribles pendant l’intro…) mais le morceau fonctionne bien et a déja fait ses preuves sous cette forme.
Ce mini album bien rempli est une bonne surprise de la part des jeunes suisses. Ils auraient pu se vautrer lamentablement, mais leur choix de morceaux est audacieux (ils n’hésitent pas à se frotter aux plus grands groupes et aux plus grands titres), et leur talent, que l’on savait déjà remarquable, emporte la partie. Un très bon disque.
Quelle écoute étrange que celle de l’album du Bakerton Group… Pour lever immédiatement tout mystère, The Bakerton group, c’est Clutch sans Neil : tous les zicos de Clutch réunis, sans vocaux (ni la guitare additionnelle qu’ajoute Neil Fallon parfois). Et on va pas vous la faire : ça sonne comme Clutch… sans Neil ! Hum…
Ca veut dire quoi concrètement ? En gros, ça groove par chaque centimètre de corde de basse, ça swingue au moindre coup de symbale, et sur ce festival jouissif de musique se greffent les torrides accords de clavier de Mick Shaver (quel excellent élément que cette recrue au sein de Clutch !), et les brillants lead de guitare de Tim Sult. J’appelle ça un orgasme auditif.
En gros, la différence entre TBG et Clutch, c’est sans doute une touche de folie ici ou là (la variété entre les titres est moins importante ici), et une légère dose de rock en moins. TBG fait du rock quand même, mais leur rock partouze avec du blues (of course) mais aussi du jazz, tout en se frottant à quelques passages preque progressifs (un peu normal, pour maintenir l’attention sur un morceau sans vocaux, il faut quelques structures bien alambiquées). Mais bon, ne vous leurrez pas : ça ressemble quand même bougrement à Clutch, et vous reconnaîtrez même quelques riffs qui ont été repris sur les derniers albums du combo !
Si vous aimez le stoner bien gras qui tâche, et rien que ça, allez voir ailleurs, ce disque n’est pas pour vous. En revanche, si vous aimez explorer les strates “alternatives” du genre, épater vos potes en leur montrant que ces mecs-là font partie de Clutch, participer à construire des passerelles avec le jazz ou le blues, épater quelques musiciens, et globalement vous en foutre plein les oreilles de GROOOOOVE, alors jetez-vous sur cet album modeste mais superbe.
|
|