Switchblade – Switchblade

Switchblade – Switchblade

Amis du gros lourd bonjour ! La formation suédoise a choisi le 9 du 9 de l’année 9 pour débouler sur nos platines avec un cinquième album. Cette cinquième plaque est, comme la précédente, un album éponyme : ça va être simple pour nos amis les disquaires !
Composée de trois titres sobrement intitulés PART I, PART II et forcément PART III, cette galette pour fous furieux est une véritable ode à l’apocalypse. Les rythmiques s’égrainent de manière lancinante avec une lourdeur de malade mental qui ferait passer certaines formations de doom pour les boys band du câble ! Les guitares suivent la même voie à grands renforts d’effets où compresseurs, distorsions et overdrive font bon ménage. Les vociférations, nous ne parlerons pas de chants car ce qualificatif serait de la publicité mensongère que les ligues de consommateurs se plairaient à attaquer en justice pour satisfaire leurs égos démesurés, font l’objet du même traitement que les grattes et elles se situent dans la plus pure tradition du mathcore et du death pur jus !
Vous l’aurez compris, cette galette n’est pas le genre de trucs à faire tourner sur votre autoradio avec votre nouvelle conquête pour vous lancer dans une folle étreinte romantique sur fond de couché de soleil hollywoodien : c’est lourd, hargneux et furieux ! C’est donc une production qui va ravir les amateurs de plans burnés et hallucinés qui prennent leur pied en se passant des trucs tordus avec le volume et les basses à coin alors que le commun des mortel aurait plutôt tendance à prendre ses jambes à son cou !
Sur le plan musical, car c’est bien de cela dont il s’agit, Switchblade nous propose quarante minutes d’ambiance lugubre sans réel tempo qui me rappellent agréablement à la fois Earth, Mouth Of Architect et Boris à écouter sans modération aucune !

Mustasch – Above All

Mustasch - Above All

Le titre de Mustasch paru courant 2000 sur compilation Underdogma Rds « Judge not » m’avait fait une très, très forte impression. S’en est suivi un excellent MCD « The true sound of the new west » en 2001. Leur premier album, dont il est question ici, bien que paru fin 2002 n’est arrivé que très récemment à mes oreilles. Bien que disposant d’un contrat avec une major, les disques de ces suédois ne sont pas distribués en France. En Allemagne si. Evidemment ! Il va donc falloir être un peu entreprenant pour mettre la main sur ce disque. Mais si tant est que vous soyez un stoner addict, vos efforts seront pleinement récompensés. Car il s’agit d’un disque excellent. Tout y est. Gros son, groove et compos haut de gamme. Aucune révolution, mais une réappropriation particulièrement brillante du patrimoine sabbatho-zeppelinien avec un clin d’œil par ci, en direction de Janis Joplin et un clin d’œil par là, en direction de l’école NWOBHM. Comme s’ils avaient retenu le meilleur pour le restituer sous la forme d’un assemblage riche et contrasté. Le tout exécuté avec un entrain communicatif qui conduit à ressortir son « air guitar » de l’étui et à prendre la pose dans son salon. Emmené par un chanteur à la voix de tête, évoluant dans un registre proche de Ian Astbury ou de Pete Stahl, Mustach prend position dans le peloton de tête de l’élite stoner.

Dozer – Madre De Dios

Dozer - Madre De Dios

OK, pas la peine de se défiler, de chercher à éviter les étiquettes : sur ce coup c’est du pur stoner. Tout y est : les murs de grattes bien crasseuses mixées bien en avant, ce culte du riff suprême qui emprunte largement aux bons vieux Sabbath, le chant qui, bien que sous-mixé, se fraie un passage conséquent dans la masse sonore, une basse vrombissante qui enrobe une rythmique copieusement charpentée, etc. Et surtout, du groove à revendre, des gimmicks accrocheurs et réussis par packs de douze, et au final une pure machine à headbanger frénétiquement. Impossible d’écouter ce disque sans jouer de la batterie imaginaire, de taper du pied comme un malade en suivant le rythme, ou en jouant de la ‘air guitar’ comme un cinglé en espérant que personne ne nous verra ! Comment résister à ce massif ‘Let the shit roll’ d’intro, ‘Full circle’ et ses passages instrumentaux superbement inspirés ou encore ce ‘Octanoid’ groovy en diable ? Ben oui, parce que l’air de rien, Dozer est probablement aujourd’hui déjà devenu l’un des combos ultimes de pur stoner ‘contemporain’ – avec des groupes comme Lowrider ou Goatsnake – , et, toujours l’air de rien, ils se placent là comme nouvelles références du genre, tout simplement. Bref, si vous n’y connaissez rien en stoner, et que vous lancer dans les bibliques Kyuss ou autres ne vous tente pas pour le moment, ce disque peut se révéler être un excellent choix pour mettre le premier doigt dans l’engrenage stoner-rock. Mais attention ! Vous vous ferez bientôt manger le bras !

Sabians (The) – Beauty For Ashes

Sabians (The) - Beauty For Ashes

Mystérieux groupe que The Sabians. L’album commence par une musique ambiante aux sonorités orientales, puis prend très vite un penchant heavy doom fort plaisant. Et comment pouvait-il en être autrement pour un groupe rassemblant en son sein deux anciens membres des légendaires Sleep ? Sans s’appesantir sur l’héritage de leur ancien groupe, The Sabians va de l’avant et ratisse large : du très heavy au très atmosphérique, The Sabians sait groover quand il le faut, sait faire ‘tourner’ et virevolter un riff comme Sleep savait si bien le faire en son temps, le tout mâtiné d’une grande variété d’ambiances et d’atmosphères pesantes. Les morceaux sont longs et bien construits, la musique est efficace, les sonorités et la production sont fouillées, et les musiciens talentueux (mention spéciale au chanteur). Que demande le peuple ?

7 Weeks – All Channels Off

7 Weeks – All Channels Off

Après une démo et un premier ep, tous deux chroniqués sur ce site, la formation de Limoges est de retour dans les bacs avec un son premier réel long format. Cette nouvelle plaque dopée aux anabolisants aligne dix titres de toute beauté qui se succèdent avec cohérence sans verser dans le redondant qui guette toujours au coin du bois.
Le quatuor du centre de l’hexagone m’avait laissé une agréable impression avec ces deux sorties de deux-mille sept et c’est avec plaisir que je les retrouve deux ans plus tard dans un registre assez similaire avec la maturité en plus. Déboulant sur les chapeaux de roue avec le titre éponyme, ces lascars annoncent la couleur d’entrée de jeu avec un titre carré aux rythmiques martelées avec force. Les gros riffs saturés dans la plus pure tradition fuzz se radinent rapidement suivis par la ligne de chant qui me rappelle agréablement Queens Of The Stone Age. Ce titre est une excellente entrée en matière que la suite de cette galette va confirmer.
Les influences de la bande à Dave Grohl ont cédé le pas à celle de la bande à Josh Homme et seules subsistent les six minutes de ‘Whisper (And Dig The Ground)’ dans ce trend-là. Pour le reste de cet album le quatuor a opté pour un style fuzzy sans fioritures avec des titres congrus qui sont exécutés en moins de quatre minutes (voir en à peine plus de trois pour les plus rapides d’entre eux). Les addictes à QOTSA peuvent se ruer sur ce cd régional qui propose deux missiles imparables : ‘Dust And Rust’ et ‘Crash’ que je me plais à passer en boucle : du tout grand art avec un grand A.
Le travail de Shanka (No One Is Innocent) et Bastien Burger (Blackstrobe) au Studio Destruction Inc fait ressortir le talent du groupe avec une production à la fois terriblement pugnace et épurée. Les chants ne prennent que rarement l’ascendant sur les guitares (‘Deadloss’ étant l’exception à la règle) alors que la basse et la batterie sont mixées bien en avant pour assurer un rendu terriblement heavy qui éclipse les influences alternatives de 7 Weeks.
Cette agréable lourdeur est à son apogée sur ‘Submarine’ qui poutre furieusement sur un tempo ralenti dans la pure tradition des poulains de l’écurie Small Stone (Halfway To Gone par exemple). Merci les gars pour ce skeud de stoner français dans la plus grande tradition US !

Fatso Jetson – Archaic Volumes

Fatso Jetson - Archaic Volumes

Après 8 ans d’abstinence auditive, nos oreilles peuvent enfin se délecter du successeur du fameux « Cruel & Delicious ». Car oui, Fatso Jetson est de retour avec cet « Archaic Volumes » absolument splendide.Bon, on ne va pas vous la faire : la musique du gang des cousins Lalli est souvent très complexe, ce qui peut la rendre imperméable à certains auditeurs. Et ce nouvel opus ne déroge pas à la règle, notamment en donnant plus d’espace à Vince Meghrouni pour s’exprimer avec son saxo diabolique et son harmonica.Ceux qui n’ont jamais accroché à un album de ces vétérans de la scène stoner peuvent donc passer leur chemin directement.Quant aux autres, ils vont se délecter, re-délecter et re-re-délecter d’un Jet Black Boogie, titre d’ouverture finement ciselé à coups de guitares affûtées et d’harmonica bien bluesy. Ils vont également frôler l’orgasme grâce au torturé et ébouriffant Here Lies Boomer’s Panic, un instrumental durant lequel guitare et saxo font une course effreinée sur des rythmes aux relents de punk façon Black Flag.Et que dire du bizarrement très groovy Golden Age of Cell Block Slang qui a lui seul peut résumer l’esprit Fatso : génialissime.Bref, nos 4 Jetsons nous livrent une fois de plus un skeud d’excellente facture, riche d’influences, et qui fera aisément patienter les puristes pour les 8 prochaines années à venir…enfin, on espère quand même moins….

Saturnia – Muzak

Saturnia - Muzak

Après avoir proposé à tous les amateurs de heavy teinté de psychédélisme une série d’albums hautement recommandables, Elektrohasch s’offre une petite digression et Stefan Koglek en profite pour se faire plaisir en sortant ce quatrième album de Saturnia qui, autant l’annoncer d’entrée de jeu, ne contient aucun élément susceptible de rassasier l’amateur de gros son qui sommeille en vous. Vous ne trouverez ici aucune basse vrombissante, aucun martèlement de fûts et même pas la moindre trace d’une guitare saturée.

Conçu à la base comme un projet incluant diverses disciplines artistiques (littérature, design, peinture, photographie, …), Saturnia est devenu au fil des années le groupe d’un seul homme, Luis Simões, multi-instrumentiste portugais tout autant influencé par la scène progressive psychédélique des 70’s que par la culture Rave des 90’s qui vit l’éclosion de la Drum&Bass et de la Jungle. Même si cet album n’a pas vraiment sa place sur ces pages, ne fuyez pas à l’évocation de ces courants musicaux, Saturnia ne fait pas non plus de la musique diffusable dans les boîtes d’Ibiza. L’écoute de ces dix titres évoque plutôt ce qu’aurait fait le Floyd s’il s’était formé au début de ce siècle après un voyage en Inde avec Massive Attack en boucle dans le walkman (je ne pense pas que les ipods étaient très répandus à l’époque).

Muzak (aah ce titre, il fallait oser …) est le résultat d’un travail de deux ans et demi passés à superposer et enchevêtrer des couches de guitares en tous genres, des claviers vintage et des effets variés en s’appuyant sur des rythmiques empruntées au Trip Hop, le tout réhaussé par l’utilisation quasiment obligatoire mais néanmoins judicieuse d’instruments exotiques. Par dessus ce mélange très riche duquel aucun instrument ne ressort particulièrement, Luis Simões déclame plus souvent qu’il ne chante des textes imagés mais dont la signification demeure impénétrable. La recette fonctionne à merveille sur la première moitié de l’album qui voit s’enchaîner une série de titres à l’identité très forte structurés autour d’une rythmique tribale et forcément répétitive qui mêle séquenceurs et percussions orientales. La plus belle réussite de l’album reste à mon sens Mindrama qui parvient à faire le pont entre les styles musicaux précités et laisse présager du meilleur pour la suite. La suite, c’est Nik Turner (le leader de Hawkwind) qui fait une apparition quasiment anecdotique à la flûte sur Organza, titre qui précède Kite, le résultat d’une collaboration improbable entre Gainsbourg pour le dépouillement de la mélodie et Thom Yorke pour le traitement sonore. Ce titre, qui se démarque par sa légèreté, n’est qu’une parenthèse avant que Infinite Chord ne nous replonge dans un état méditatif, aidé en cela par les « Om » qui parsèment le morceau afin de nous permettre d’ouvrir nos shakras. Et si jusque là notre homme parvenait à habilement équilibrer les ambiances éthérées, les mélodies facilement mémorisables et les rythmiques accrocheuses, la fin de l’album montre quelques signes d’essoufflement, les morceaux s’enchaînant sans jamais parvenir à retenir l’attention. Ce qui n’est pas très grave étant donné qu’à ce moment-là, vous devriez théoriquement déjà être en lévitation, l’esprit totalement libéré des contingences du monde physique, insensibles aux phénomènes qui vous entourent et qui ne sont d’ailleurs qu’illusions.

Floor – Dove

Floor - Dove

Voici un disque qui aura mis exactement 10 ans à être publié. Et on se demande bien pour quelles raisons. Dire que ce disque est génial de bout en bout, serait un peu rapide. Dire que certains des titres qui le composent sont proprement géniaux me semble plus tenable. Sept titres donc, dont deux sont dispensables. Il en reste cinq, qui oscillent entre 1’45 et 18’02. Le programme reste incontestablement roboratif. Ça démarre très fort. Feedback de la mort, chant hystérique, riffs d’une efficacité redoutable. On a envie de se dévisser la tête illico ! Imaginez un mixte entre Nirvana (période « Bleach »), Fudge Tunnel (période « Hate songs »), Melvins (période « Lysol ») et Eyehategod (période « Take as needed »). Vous voyez les dégâts. Et tout cela sans bassiste. Simplement deux guitaristes et un batteur. Ces mecs étaient en avance et nous arrivent en retard et sont en quelque sorte toujours en avance. Car des synthèses de ce type là sont très rares, il faut bien le reconnaître. Sans compter que des groupes qui mixent leurs guitares autant dans le rouge (je pense notamment au titre qui donne son nom à l’album), de manière aussi crade, ne sont rien moins que des héros à mes yeux. Ça bave de tous les côtés et c’est bon ! Ça dure longtemps et c’est bon ! Ça résiste aux normes et c’est bon ! Dommage que ce groupe ait disparu de la circulation. Il lui revient néanmoins une place de choix dans le patrimoine du doom rock et du sludge.

Fu Manchu – Daredevil

Fu Manchu - Daredevil

L’intro de « Trapeze Freak », premier titre de ce nouveau Fu Manchu est terrible. Un son de guitare reconnaissable parmi mille et un riff enchanteur vient vous cueillir à froid et vous transporte immédiatement dans une contrée inconnue mais bizarrement attirante. Il faut dire que la patte Fu Manchu est bien rodée maintenant et ce second album ne devrait que confirmer tout le bien que l’on pense de ce groupe, en tout cas on l’espère !
Brad Davis vient de remplacer Mark Abshire à la basse mais l’alchimie est bien là, d’autant que la base de Fu Manchu reste ces deux guitares maniées de main de maître par Eddie Glass et Scott Hill ; et de ce côté on est servi et pas qu’un peu.
Certes comme pour le premier album du groupe on ne peut pas vraiment crier au génie mais on est tout de même forcé de constater qu’on s’en rapproche et de très près. Ce qu’il manque à cet album, c’est peut être un son un peu plus clean et qui le rendrait plus accessible. Mais d’un autre côté, ce son parfois lourd et nasillard ne fait il pas partie intégrante de ce qu’on appelle le stoner à la Fu Manchu ? En fait, je ne sais même pas si ça existe le « stoner à la Fu Manchu » et je serai bien incappable d’en définir les bases. Mais lorsque l’on écoute ce « Daredevil » on se rend bien compte que c’est différent de tout le reste de la production rock.
Bref, un bon album mais on sent bien que les Fu’s en ont encore sous la pédale et qu’il ferait bien de tout lâcher sous peine de gâcher un potentiel énorme.

Kinch vs. Shard – Kinch vs. Shard

Kinch vs. Shard - Kinch vs. Shard

Kinch et Shard nous viennent d’Allemagne. Les premiers nous proposent six titres contre quatre pour les seconds. Le combat est d’emblée inégal. Kinch assène le premier coup. Les choses sont claires : ils sont dopés au Kyuss, substance qui fait actuellement fureur Outre-Rhin. Soit du groove rock bien exécuté, avec le son et tout. Vraiment agréable. Leur point fort : le chant. Loin de l’amigo Garcia, le freund Haris dispose d’un organe vocal réellement intéressant. Une voix de tête (de nez ?) assez particulière, mélodique et puissante qui confère sa part d’originalité à l’ensemble. Pourtant c’est « Cadu », morceau instrumental que je préfère. Allez comprendre. Mais déjà Shard entre en scène et frappe. A la basse on retrouve un certain Sascha. Est-ce le même qui officia il y a quelques années dans un groupe fabuleux du nom de Nonoyesno ? Auquel cas le combat redevient plus équilibré au privilège de l’expérience. Mais bon sang. Eux aussi sont dopés. Au Fu Manchu pour ce qui les concerne. Au troisième morceau, changement de produit, ils optent pour du Hellacopters. Ça frappe vite. Kinch est à leur portée. Ils essaient de les achever par une manchette rock’n’roll mid-tempo. Le coup part, mais non, Kinch se relève. La timbale retentit, le combat est fini. Les adversaires se regardent dans les yeux en attendant le verdict de l’arbitre : ex-aequo. Un vrai Jacques Martin cet arbitre.

Danko Jones – Never Too Loud

Danko Jones - Never Too Loud

2008 commence à peine, et déjà on prédit que le coup de bluff de l’année sera cet album de Danko Jones. Après 2 albums furieux, deux mollards nerveux crachés à 3 ans d’intervalle, Danko ne franchit pas seulement une marche avec son nouveau disque, “Never Too Loud” – il franchit un ravin, escalade une falaise à mains nues, et plante un drapeau “rock’n’roll” en haut de l’Everest !!

Alors qu’à l’instar d’un AC/DC, le trio canadien pratiquait peu ou prou le même genre musical depuis quelques années (un gros hard rock / punk-rock-isant, essentiellement composé d’hymnes dégoulinants de sueur et de riffs nerveux), avec une réussite remarquable et sans jamais la moindre lassitude (de la part de l’auditeur), personne ne pouvait prédire une telle évolution.

L’album commence par un “Code of the road” finalement pas dépaysant. Mais dès “City streets”, on croît entendre… “Thin Lizzy” ! Tant le chant que les harmonies de guitare nous rappellent les géniaux irlandais… Voilà une influence que l’on ne pensait pas retrouver chez Danko Jones ! On retrouvera ces sonorités fortement Lizzy-esques dans “Ravenous” quelques plages plus tard, avec une intro pompée sur celles de “Jailbreak” ou de “The boys are back in town”, et des envolées de guitare qui, si elles n’étaient pas si jouissives, frôleraient le plagiat !

Evidemment, on retrouve une belle série d’hymnes parfaitement dans la lignée du Danko que l’on a appris à adorer : le lancinant “Still in High School”, l’impeccable “Let’s get undressed” ou “Something better” n’auraient pas détonné sur l’une des 2 galettes précédentes du canadien. “King of magazines” sort aussi son épingle du jeu : même si elle ne détonne pas de la part de Danko Jones, la prouesse au chant du bonhomme et l’efficacité de la compo sont remarquables. Plus loin, “Your tears, my smile” emporte le ponpon : sur un riff sec et saccadé (qui nous rappelle de bons souvenirs), Danko signe l’une des meilleures compos de l’album.

Ensuite, le morceau que l’on attendait tous était évidemment “Forest for the trees”, que la rumeur annonçait déja comme “le morceau stoner composé par Danko Jones”. Gagné, il s’agit d’un pur morceau stoner. Même si on lui reprochera d’être un peu trop propre derrière les oreilles pour être honnête, la gratte 100% sabbathienne et la rythmique pachydermique (jetez une oreile au duo basse-batterie de ce titre, et vous aurez l’impression de ré-écouter “Volume 4”) fonctionnent impeccablement. Et lorsqu’à mi-morceau, Pete Stahl apporte son timbre chevrotant suave si particulier à la seconde partie des couplets/refrain, soutenu par ni plus ni moins que John garcia en “choeur de luxe” sur le refrain, forcément, ça le fait. Ca sent l’hommage, c’est honnête, et ça fonctionne. Rien à dire.

Au rayon des “too much”, on aurait pu se passer en revanche du folk “Take me home”, qui n’apporte pas grand chose d’autre que l’info que, oui, Danko Jones peut aussi jouer du folk à la gratte acoustique, et bien le faire.

Au niveau de la prod, Raskulinecz (une grosse machine de la prod hard rock US qui pond du single) accomplit un travail redoutable, si bien que l’on en vient parfois à se demander comment, sous forme de trio, le groupe parviendra à rejouer tout ça sur scène.

Pour conclure, difficile d’appréhender ce disque pour un fan hardcore de Danko Jones : il serait quelque peu frustré par les premières écoutes (ce fut mon cas). Mais au gré des écoutes suivantes, la qualité remarquable de l’objet l’emporte sans ambigüité. Jamais Danko Jones n’a pondu d’album si ambitieux et couillu. Jamais non plus il n’a “ratissé si large”. Mais ce n’est pas forcément péjoratif. Ou en tout cas, de la part du passionné de hard rock qu’il est, c’est un gage de sincérité, et de réussite. Sans effacer la qualité de ses productions précédentes, “Never Too Loud” marque une évolution hallucinante dans la carrière du trio canadien. Bluffé. On attend de voir sur scène.

Totimoshi – Mysterioso

Totimoshi - Mysterioso

Amis de la poésie lyrique et du psychédélisme seventies passez votre chemin ! Le trio d’Oakland est de retour pour un second album de heavy rock incisif et explosif. Enregistré en collaboration avec Alex Newport, qui a déjà collaboré avec At The Drive In ou les Melvins, et Billy Anderson, qui a travaillé avec Fantomas, Mr. Bungle, Sleep ou Neurosis, ces huit nouveaux titres exploitent aussi bien les influences hispaniques que le gros heavy metal hypnotique et sont parfois teintés d’une touche de relents hispaniques à l’image de ‘Float’ qui ouvre les hostilités.
Résolument sombre, cette production sans concession ravira les inconditionnels des productions plombée sorties par le passé par les hôtes de Relapse. C’est bruyant, malsain et brutal à la fois, un peu comme si on mixait High On Fire et Isis, pour vous convaincre des évidents attraits de cette formation, vous pouvez sans autre écouter ‘Cellophane’ ou ‘Oblivian’, compos auxquelles va ma préférence.
La nouvelle version de cet objet contient une piste cd-rom avec un clip de tournée et la vidéo de glauque ‘Cellophane’.

Dixie Witch – Smoke & Mirrors

Dixie Witch - Smoke and Mirrors

Après leur remarquable 1er effort “Into the sun”, leur deuxième album était un peu une transformation sans risque : pareil, mais mieux. Un peu comme le Evil Dead 2 de Sam Raimi par rapport à Evil Dead : voyez comment j’aurais fait mon 1er film avec plus de moyens, plus d’assurance, et un peu moins “d’urgence” dans la réalisation. Car oui, “One Bird, Two Stones” est un album brillant, mais il manquait globalement un peu de remise en cause, de mise en danger en général, en fait.

Voilà donc le 3ème album parfait à une discographie déjà parfaitement construite : après avoir fait la preuve évidente de leur maîtrise et de leur savoir faire, le trio texan reprend brillamment tous ces éléments, les jette en pâture à un producteur remarquable (Joel Hamilton donne une sacrée patate au son !), et se concentre sur les bases de sa musique, à savoir la qualité d’écriture, et l’interprétation.

Au niveau interprétation, Dixie Witch fait honneur à sa qualité de trio texan (remember ZZ Top) : ça joue monstrueusement bien, ça groove, les duels gratte / basse sont somptueux de feeling, un régal. Mention spéciale pour l’instru “Last Call”, une ballade épique d’une dizaine de minutes, fourrée de soli hendrixiens superbement sublimés par une section basse/batterie subtile et suave : pas une seconde d’ennui. Mais le MVP est encore et toujours ce putain de Trinidad : la batterie est encore une fois monumentale, autant en rythmique pure qu’en “texture” ajoutée aux morceaux (voir le jeu de cymbales, remarquable), et le pire, c’est que le bonhomme est aussi chanteur du combo ! Et le voir jouer le poulpe jazzy-hard-rock derrière sa batterie tout en crachant ses poumons dans le micro est une expérience dont on ne peut sortir qu’éberlué. Surtout que le bonhomme signe ici une performance vocale de haute volée, avec encore des vocaux en directe provenance des trippes du loustic, et des intonations qu’on en lui soupçonnait pas ! Voir des morceaux comme “S.O.L.” ou “Thursday” où l’animal sonne comme le sosie parfait de Lemmy de Motörhead ! Bluffant.

Au niveau compos, là encore, c’est le sans faute, avec les traditionnels morceaux hard-boogie texans (le superbe “Out in the cold”, “Getaway”, “What you want”), mais aussi des variantes quasi-inédites chez DW, avec des penchants assez sévères du côté du heavy (“Shoot the moon”, l’intro très hard-rock de “Thursday”), du doom, presque (“Ballinger cross”), et même du vieux garage-punk-metal (l’intro et la rythmique de “S.O.L.”).

L’ensemble est d’une tenue impeccable, et DW s’affirme avec ce disque non plus comme simplement les dignes héritiers des groupes de rock sudiste des dernières décennies, mais désormais comme l’unique fer de lance du renouveau du genre, plus excitant que jamais, comme a pu l’être Raging Slab il y a quelques années. La sorcière sudiste est de retour, plus énervée que jamais, et ça fait plaisir à voir !

Solarized – Driven

Solarized - Driven

OK, pas d’esbroufe, ne surtout pas tourner autour du pot, tout est là, dans ce ‘Dig the ride’ qui ouvre le bal : en trois secondes chrono, c’est un mur de grattes qui nous assaille, sur lequel déboule une lead guitar imparable, relayée par un chant qui, s’il n’est pas techniquement transcendant, fait vraiment chaud aux oreilles. Alors tout est dit ? Oui et non. D’abord, il y a cette section rythmique qui déborde de groove (‘Meanspirit’, ‘Box full of dirt’) et cette machine à riffs énorme qui apporte une teneur bien heavy à l’ensemble (‘Stab your back’, ‘Firefight’), mais l’ajout de cette merveilleuse guitare lead, ces soli aériens distillés avec grâce (si si !), ajoutent vraiment une texture originale et vraiment heureuse à l’ensemble, alternant ses apparitions avec des lignes vocales qui savent donc aussi se rendre discrètes parfois pour mieux laisser parler la poudre, bref, un principe d’alternance chant/guitare qu’on retrouve (dans le principe au moins) chez les plus grands blues men. Du grand art en tout cas. Mais point trop de subtilité non plus, ne vous méprenez pas, les bougres n’hésitent pas à se ruer dans des morceaux tendance punk-rock plombé de Motörhead quand le cœur leur en dit, pour la plus grande joie des petits et des grands.

Calamus – The same old demons

Calamus - The same old demons

Qu’est-ce que peut bien venir foutre ce groupe de gros heavy allemand sur les pages virtuelles de Desert-Rock ? Après un bon paquet d’écoutes, le doute n’est plus permis : si le résultat est une sorte de crossover metal-hard-heavy bien velu, il est évident que les germaniques Calamus ont beaucoup écouté les grands maîtres du stoner avant de composer ces 9 titres. Ecoutez par exemple l’intro à la basse et le break central de “Once more”, ou encore l’intro de “Make you cry” pour vous en persuader : on attend presque John Garcia pousser la voix sur une chanson égarée de Kyuss !Mais ne vous y trompez pas : en fait de clone de Kyuss, les allemands se distinguent par un son plus “hard rock” (en gros un mélange de Kyuss et de Hermano ??!), mais aussi par des compos bien plus originales que ne pourrait le laissait penser ce préjugé de “copiage” éhonté. Car de plagiat, il n’est jamais question, et des compos aussi accrocheuses que “Make you cry”, le très calme (avant la tempête) “Sunshine” ou “Speed queen” (“sold my soul to rock’n’rooooooll”) sauront montrer la réelle originalité de ce combo. Malgré cela, on entend toujours ici ou là des sonorités plus ou moins prononcées qui nous rappellent qui Monster Magnet (dernière version), qui Ozzy en solo, qui le vieux Sabbath. Mais le morceau de bravoure de cet album en est aussi sa conclusion : un instrumental remarquablement enlevé, “Devil’s Run”, incisif, riffu au delà du raisonnable, charpenté par un groove ultra heavy et efficace.Un album redoutable, donc, que je conseille vivement à tous les amateurs de stoner qui savent apprécier une bonne galette metal de temps en temps ! Un excellent mélange.

Se connecter