Mars Red Sky – APEX III (Praise for the Burning Soul)

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Le monde-comète porté par la raie manta, totem graphique et symbole de cette musique qui flotte ou qui vole, on ne sait plus trop, ce monde-comète dis-je, ne cesse de croître. Là où Mars Red Sky aurait pu s’empêtrer dans de trop pompeuses idées, là où le groupe aurait pu étouffer dans sa propre ambition, réside une suite logique de Stranded in Arcadia, le précédent effort.

Stranded marquait une évolution évidente du trio, Apex III semble être la deuxième partie d’un triptyque voulant asseoir le combo bordelais comme référence absolue d’un psychédélisme lourd et intelligent.

Pas anodin donc d’y déceler quelques croches et incipit aux accents 60s, borsalino piqué d’acide et lointain cousin des amours folk de Julien Pras. Le EP Shot in Providence amenait d’ailleurs l’auditoire vers cette facette, des influences floydiennes assumées sur le magnifique « Saphir Vessel » à une écriture esthétique de plus en plus cinématographique. Pas étonnant donc que l’album ouvre sur « Alien Ground » au développement classieux à mi-chemin entre Le Sacre du Tympan de Fred Palem pour l’aspect pellicule et Oiseaux-Tempête pour la montée angoissée des arrangements. Rien de stoner là-dedans mais un parti pris retrouvé tout au long d’Apex III qui donne aux riffs gras des compositions un impact plus important qu’à l’habitude chez les bordelais.

L’influence de Gabriel Zander sur l’ensemble de la galette se fait ô combien ressentir. On savait que l’inattendue expérience précédente avait enchanté les différentes parties, il devient évident que cet homme est LE producteur parfait pour Mars Red Sky. Des voix magnifiquement mixées (ce qui rend justice à la science mélodique du frontman, je vous renvoie à son opus solo Shady Hollow Circus, un p’tit bijou folk), une façon de faire résonner la basse et la batterie façon « biffle de velours » et une science de l’équilibre en font un véritable fil de feriste du son. Il est rare d’entendre un album aussi bien produit. Paradoxalement cette maîtrise adoucit un peu les entournures et l’on ne serait pas contre un peu de grésillements.

Mars Red Sky poursuit sa quête d’esthétisme total et rare sont les groupes qui poussent la réflexion à ce point. Apex III est peut-être moins lié dans sa track list que Stranded. Là où son prédécesseur présentait une évolution cohérente et une notion de circularité, le petit nouveau pêche peut-être à ce niveau. On tatillonne un peu dans la soupe mais la position de « Friendly Fire » et son aspect plus pop dévie un peu l’attention. Il reste néanmoins un excellent titre, peut-être même celui qui fera découvrir le trio à d’autres publics.

La question n’est pas de savoir si Mars Red Sky est un grand groupe. Il l’est. Point. Et mérite une reconnaissance plus grande encore. Apex III est un bel album, il sera assurément l’un des meilleurs de 2016. Il assoit un peu plus l’identité du groupe et de sa vision. Le monde-comète grandit, prend de l’ampleur, gagne en beauté. Il nécessite plus de cohérence pour devenir total et se muer en classique. Mars Red Sky termine ce nouveau chapitre par « Shot in Providence », histoire de montrer que rien n’est dû au hasard ? Goûtons ce nouvel opus jusqu’au prochain arrêt manta alors.

Clouds Taste Satanic – Your Doom Has Come

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2014

Clouds Taste Satanic est venu titiller nos platines il y a quelque temps avec une première proposition originale. Deux morceaux instrumentaux pour deux faces d’une même galette, avec des riffs simples, lents, bien exécutés et suffisamment d’idées pour nous tenir en haleine encore et encore. Le soin apporté à la création sonore se retrouvait aussi physiquement par le pressage de vinyles colorés et protégés dans une belle pochette. Pour cette nouvelle sortie, on retrouve le pressage vinyle qui fait plaisir avec ici une teinte blanc explosive et toujours bien dans sa pochette. Mais attention, comme vous vous en doutez, le pressage est à tirage limité…

Mais quoi de neuf ici ? Et bien le groupe a décidé de revoir un peu sa copie. Tout d’abord c’est six morceaux qui sont proposés, dont « One Third of The Sun » qui ne dépasse pas 5 minutes ! Ensuite, le tempo est légèrement accéléré. Pas de cavalcades mais des ruptures plus marquées et dynamiques. Il y a aussi une plus grande richesse dans les compositions en générale. On perd un peu le côté épuré du premier album, mais n’est-ce pas une évolution nécessaire pour éviter de tourner en rond dans un exercice qui pouvait, à la longue, s’avérer un peu vain ? Pour le son, il reste égal, avec une guitare dont la saturation travaillée est omniprésente, ce qui crée en grande partie l’ambiance particulière du groupe. Une touche de batterie plus percutante qu’avant mais toujours légèrement en retrait, tout comme la basse. Par contre, on note une guitare capable d’être plus saillante comme sur « Sudden…Fallen », et qui apparaît comme un nouvel atout.

Voilà donc un groupe avec une proposition d’ambiance très intéressante et une capacité à évoluer qui nous fait apprécier cette nouvelle production.

Bombus – Repeat Until Death

Bombus

Avec « Repeat Until Death », les Suédois sont des candidats plus que sérieux pour les nominations tant attendues de la pochette la plus moche de l’année. Tant pis pour eux : ils ne l’auront pas volé celle-là ! Son long format précédent « The Poet And The Parrot » ainsi que son petit frère le court « Apparatus » se situaient à un niveau autrement plus qualitatif – et créatif – en ce qui concerne l’écrin. Bref, je vais passer sur ces considérations, certes dommageables, mais sans incidence sur la musique. On pourrait tergiverser des heures au sujet de l’emballage, sur le sexe des anges, sur le goût des Scandinaves ou sur le revival heavy-moule-burnes des années quatre-vingt qui inspire ces garçons, mais cette production heavy est-elle au rendez-vous côté son ?

Je suis quelque peu mitigé à la première écoute de cette plaque qui ne me procure pas les mêmes sensations que celles que j’avais éprouvées lorsque je découvrais leur effort précédent et décide de laisser couler un peu d’eau sous les ponts de Göteborg avant de m’immerger à nouveau dans ce « Repeat Until Death ». Nous ne sommes honnêtement pas à des années lumières du prédécesseur, mais un petit quelque chose semble avoir été zappé lors de la conception de ce nouvel opus qui conserve influences et surtout lourdeur. Ces nordiques aux mœurs étranges (voir la vidéo officielle du single « Deadweight ») ont connu une ascension rapide en terme de reconnaissance publique et cet ouvrage arrive peut-être un peu tôt. Il faut dire que leur heavy rock empreint de gimmicks hard rock – ou punk – se trouve pile poil dans le trend actuel qui voit The Shrine rallier à son art de nombreuses tribus rock. Ces Scandinaves s’instaurent quelque peu comme la réponse européenne à la formation ricaine et ils battent le metal pendant qu’il est encore brûlant.

En ayant opté pour « Deadweight » comme représentant officiel de cet album sur les incontournables réseaux de la toile, Bombus ne trompe pas son monde. A l’instar des autres actes de cette production – qui en compte neuf – on est en terres déjà bien connues en ce qui concerne l’enchaînement couplets et refrains. On est en plein dans une autre époque dont les nostalgiques hantent encore nos rangs. C’est lent, pugnace et, surtout, ça tape droit où il faut comme il faut en écrasant tout sur son passage.

Si tu aimes les ballades lourdes inspirées par le hard teuton des eighties (Accept au hasard) : tu seras aux anges avec « Get Your Cuts ». Si tu affectionnes les plans pas super fins et rapides que Dozer pratiquait dans les temps jadis : tu mouilleras ta culotte sur « Eyes On The Price ». Si tu te frottes à poil contre le crépi de ton vestibule en te repassant les vieux Sparzanza, El Caco ou Mustasch : tu vas encore te faire des sales croutes de lépreux avec le bigrement efficace « Repeat Until Death ». Pour répondre à mon interrogation d’il y a quelques lignes : oui, bien sûr, la musique est au rendez-vous pour tous ceux qui affectionnent la lourdeur un tantinet datée, mais ô combien redoutable dont le quatuor a déjà gratifié les oreilles sur disques ou lors de ses remarquables prestations scéniques même si nous ne tenons pas là le disque de la décennie.

Greenleaf – Rise Above The Meadow

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Débuté à l’orée des années 2000 comme side project de quelques membres de Dozer, Greenleaf est devenu, à force de changements de personnel, une sorte d’hydre vocale du stoner suédois, accueillant en son sein les vocalistes de Lowrider, Dozer et Truckfighters. Depuis Trails And Passes (Small Stone / 2004), c’est Arvid Jonsson, chanteur à la voix plus notable que son pédigrée, qui se tient derrière le micro. Greenleaf est devenu, au fil des ans un projet plus actif que Dozer et chacune de ses actualités, albums comme concerts, devient un évènement. Actif depuis 1999, il faut reconnaître aux Suédois une certaine paternité du stoner rock de ce coté ci de l’atlantique. Peu de groupes (sont-ils les seuls ?) peuvent se vanter d’avoir proposé un stoner rock de facture classique durant 15 ans sans lasser. Et ce n’est pas leur sixième publication, Rise Above The Meadow, qui viendra infirmer cet état de fait.

La formation, menée par l’indéboulonnable Tommi Holappa (qui n’aura cette fois changé que de bassiste) continue de tracer sa route, dans le sillon de leur album précédent. Dès le riff du single « A Million Fireflies », l’ombre de Kyuss plane, elle qui a toujours été au dessus des albums de Dozer. Le grain de guitare épais et plombé est adouci par la voix de Jonsson, dont les lignes envoutantes sont la plus grande qualité de cet opus. En deux albums, ce dernier aura par ailleurs surpassé sans trop de discussion ses illustres prédécesseurs. Son timbre parfois chevrotant, toujours puissant, fait des miracles, rendant notables les compositions les plus faibles (« Howl ») et sublimes les plus inspirées (« Levitate And Blow »). Si l’incartade sur le terrain balisé des Queens Of The Stone Age (« Golden Throne ») est assez dispensable, il n’en reste pas moins que ce disque, l’un des plus intéressants de la carrière de ce groupe à part, prouve qu’avec un peu d’inspiration et un bon chanteur, il est encore possible de faire du bon stoner rock classique en 2016. Bravo.

 

Point Vinyle :

Qui dit Napalm Records dit soin apporté aux vinyles. Pour le Greenleaf, ce sont des doubles LP Gatefold 180g qui ont été pressés. Comme à leur habitude, trois versions disponibles : 200 couleur or, 300 bleus (ces deux derniers uniquement disponibles sur le site de Napalm) et des Lps classiques, en noir. Faites votre choix.

The Shooters – Dead Wilderness

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Disponible depuis octobre 2015, le premier album du groupe The Shooters entend vous proposer six titres, s’insérant dans la continuité d’un Stoner traditionnel, avec un certain charme.

Car Dead Wilderness rompt tout de même avec une certaine monotonie souvent palpable. En effet, le groupe espagnol propose de nombreuses ambiances qui s’entremêlent les unes derrières les autres. Préparez vous à vivre des moments proches de groupes phares comme Kyuss, Motörhead ou bien encore Clutch. Car il est évident que la bande s’est nourrie de nombreuses influences musicales en puisant dans la grosse distorsion et en jouant avec le rythme.

Alors certes, le groupe mériterait un peu plus de personnalité, mais, pour un premier album, c’est une bien belle réussite. Le quatuor propose des compositions de qualité où l’on s’accordera à dire que « Lucifer’ Word », « Black Mountain » et « Candelabrum » (c’est-à-dire, la toute fin de l’album) forment les morceaux les plus matures de Dead Wilderness.

On ne peut qu’imaginer une très belle suite pour The Shooters qui, dès le premier opus, a déjà réussi à convaincre.

LowFlyingHawks – Kōfuku

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Des bûches, des bûches et encore des bûches… oui on aime tous ça mais si là vous aviez envie de froid, de bûches glacées. D’étendues désertiques mais couvertes de neige. Partir vers l’inconnu avec des inconnus au delà des mers gelées aux confins des terres inhabitables. LowFlyingHawks en serait la parfaite bande originale. Cultiver aussi bien le mystère relève du tour de force en ces années d’ultra communicabilité et l’hydre à deux têtes cachée derrière le nom LowFlyingHawks l’a bien compris. L’anonymat des pseudonymes des deux multi-instrumentistes EHA et AAL, l’exhaustivité de leur page facebook (je cite : « LowFlyingHawks is a music band ») et toute cette sobriété attirent presque subrepticement l’oreille vers ce « Kōfuku » premier album du groupe sorti chez Magnetic Eye Records ce 12 février.

Sans se mentir ce sont les collaborateurs qui ont participé à l’album qui font le cœur de la communication : Trevor Dunn (Mr Bungle, Melvins) and Dale Crover (Melvins, Nirvana) ça retient déjà l’attention et la touche “produit par Toshi Kasai (Big Business)” met un petit coup de polish au vernis déjà bien chatoyant du projet. Nos esprits se prennent alors à divaguer vers des attentes de qui ne seront en rien satisfaites car Kōfuku est un album glacial. Un ambient-post-doom-drone qui laissera votre nuque en paix mais déchainera vos neurones non-sollicités. Un psychotrope gelant vos capacités cognitives mais boostant vos capacités sensorielles.

Album déroutant et exigeant, Kōfuku commence par une sombre intro réfrigérante qui installe l’ambiance à suivre. Des écrasantes multi-pistes instrumentales se dégagent par la suite les voix éthérées empreintes de mélancolie qui définitivement tirent l’album vers le haut. Aussi travaillées que soient les couches et les couches de guitares, de basses, de batteries et de sons divers et variées, la répétition des tempos et des compositions tend à rendre les titres difficilement distinguables et de ce fait digestes. Néanmoins, d’une violence contenue aux abords naturels se détache toujours une ligne de guitare plus mélodieuse à l’image d’un esprit vous faisant frissoner quand il s’approche de vous dans le 6ème sens. Certains titres marqueront plus facilement « Ruins », Wolves within Wolves », « Fading Sun » par leurs riffs, quand d’autres ne laisseront que quelques bribes d’air passées au sein de la noirceur « Now, Apocalypse », « Destruction Complete ».

Le doom de Paradise Lost sans le death, le doom de Type O Negative sans le hardcore, la rencontre de Neurosis et Nine Inch Nails dans leurs pourtours les plus pesants, avec toujours ce même sens de la mélodie qui ressort et se démarque. Des comparaisons moins « stoneriennes » pour situer le côté aux frontières du genre de Kōfuku. Plus qu’une écoute active, LowFlying Hawks vise l’écoute ressentie. Comme enseveli par une avalanche, votre corps s’engourdissant et votre volonté s’affaiblissant, votre salut repose dans votre âme guidée par les voix qui délicatement vous tirent à la surface. Vous reprenez conscience ainsi allongés les sens en berne mais les étoiles vous réchauffant de leur intensité.

Beesus – The Rise of Beesus

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La dolcevita, douceur de vivre si emblématique de l’atmosphère de la légendaire Rome, transparaît à travers chaque mesure, chaque accord, chaque coup de cymbale de ce modestement intitulé album, « The Rise of Beesus ». Enfin, pas vraiment. Plutôt le contraire en fait. La musique du quatuor romain, combo plutôt discret jusqu’ici, qui sort après 5 ans d’activité (morcelés) son premier album, s’apparente plus à une session d’auto-tamponneuses dans une piscine de goudron qu’à une balade en amoureux main dans la main au coucher du soleil sur les bords du Tibre, m’voyez…

Dix titres, 50 minutes, et pas mal de choses à dire ! Bien loin des dizaines de groupes italiens dont on trouvera inévitablement les mots « psyche » et « heavy » dans le genre pratiqué (dans le désordre, et avec d’autres mots au milieu), Beesus trouve plutôt ses influences dans des combos noise old school (on pense plus à Jesus Lizard ou Sonic Youth qu’à un bon vieux Fu Manchu – voir des titres comme « Zenza » ou « Mata la Verguenza »), voire grunge pour un sens de la mélodie assez marqué, le tout, et c’est ce qui fait chaud au cœur, enveloppé dans une belle coquille de son rond et graisseux, copieusement fuzzé. Des fulgurances doom trouvent aussi leur place ici ou là (« Rise of Beesus », la fin de « Zenza »), et les plans stoner « classique » viennent aussi agrémenter certains titres. On trouve aussi des prises de risque (voir ce « Kusa » moitié planant / moitié brutal en milieu d’album), aussi illustrées par des breaks venus de nulle part, des morceaux bi(ou tri-)céphales, des effets saugrenus, etc… Barré ! Tout ne fonctionne pas parfaitement, bien sûr, et on hausse les sourcils plus souvent qu’à son tour. Mais l’enthousiasme du groupe excuse presque tout. Bref : roboratif ! Trouver une ligne directrice claire devient dès lors un exercice de haute voltige, et on ne s’y risque pas. On passe plutôt du temps à écouter ces titres, et finalement tout s’enchaîne avec une impression de chaos pas désagréable – les écoutes s’enchaînent non sans déplaisir, on ne s’ennuie pas.

La prod – ou plutôt le monceau de glaire qui coule des haut parleurs – sied parfaitement au groupe, avec en particulier pour les esthètes du son, un son de basse si gras qu’on pourrait y faire cuire la production de frites du McDo du coin pendant une semaine. On pourrait être un peu rebuté par les beuglements un peu systématiques de Touis, mais on s’y fait, ça convient finalement bien à l’énergie débridée du combo. Au final, les pièces du puzzle vont donc très bien ensemble, et Beesus a beau évoluer dans un environnement musical complètement ravagé et chaotique, on s’y plonge avec envie, et on y revient avec plaisir.

Seeds of Mary – Choose your Lie

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Débarquant tout droit de la belle Bordeaux, Seeds of Mary vient de sortir son deuxième album Choose your Lie. Et la première chose qu’on peut se dire, c’est que l’époque qui nous aura tant bercé pendant les années 1990 n’est pas morte. Sortez donc les vieux Tee-Shirts à l’effigie des grands groupes Grunge et Hard-rock de cette période style Alice In Chain, Nirvana ou bien encore Metallica et vous serez prêts à vous évader avec le groupe.

C’est à travers une très grosse et bonne production que cet opus offre onze morceaux super efficaces, avec une véritable fraicheur et un ensemble musical des plus équilibrés. En effet, rien n’est à jeter côté instrumental, le trio guitares-basse se marie parfaitement avec les pulsations rythmiques. Et côté voix, rien à dire, ça chante bien, même très bien. On peut même ajouter qu’ensemble, le quatuor cherche à progresser vers une véritable symbiose : pas de déséquilibre où l’un chercherait à prendre le dessus sur l’autre.

Enfin, il sera difficile de vendre un morceau plutôt qu’un autre, puisque la force de Choose your Lie repose sur un enchainement naturel de tous ses titres. Mais pour les plus impatients, jeter vous de suite sur des le titre éponyme de l’album « Choose your Lie », « Killing Monsters », « God and a Gun ». Et pour les plus voyageurs, optez pour la magnifique « King a Without a Sun ».

Donc pas d’inquiétude, Seeds of Mary a réussi le coche en sortant ce très bon album, disponible depuis fin 2015, qui mérite qu’on s’y attarde sur son intégralité. On ne peut que leur souhaiter de continuer dans cette voie.

El Cam – Shaft

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Qu’il est sain et rafraîchissant de trouver un groupe cash, pas encore aseptisé et “hypocritisé” par des velléités marketing stériles, dont les symptômes se retrouvent dans des bios boursouflées, enjolivées, ronflantes et prétentieuses… El Cam est direct, selon toute vraisemblance honnête, et est basé dans le nord de la France (ça c’est juste pour rajouter un défaut dans la liste – vanne gratuite, c’est pour moi, cadeau).
Duo guitare – batterie déjà, le combo n’est structurellement pas armé pour faire dans la fioriture. L’influence Karma To Burn abordée en dur dans la bio, ça fait plaisir – musicalement déjà, on va y revenir, mais en terme d’attitude surtout : impossible de cacher l’évidence derrière son petit doigt, l’influence est majeure, omniprésente.
Conceptuellement, notons-le, El Cam fait une proposition formelle assez originale : même s’ils défendent aujourd’hui leur second EP, le-dit EP n’a pas d’incarnation physique, et même pas en fait d’instance « audio only » : les six titres constituant ce « Shaft » sont captés en live… vidéo ! C’est la bande son de cette captation atypique (live sans public, dans un lieu atypique, une sorte de toit de bâtiment industriel en friche…), regroupée en six morceaux Youtube (existent aussi sur Bandcamp, pour ceux qui se foutent de la vidéo) pour une petite demi-heure en tout.
On va quand même vous parler de la vidéo, même si ce n’est pas le sujet : on y trouve une bonne variété de plans (on ne s’ennuie pas), du fixe, du mobile, c’est rythmé et fun, même si au bout de 30 minutes, sans public, un duo qui fait de l’instrumental… scéniquement c’est assez peu diversifié. Mais ça se laisse quand même regarder, rassurez-vous, vous y apprécierez notamment l’ampleur de jeu et la vélocité d’Aurel’ à la batterie. A la gratte, évidemment, c’est forcément un peu statique (un peu d’effets, des pédales) même si ça fait des efforts.
Niveau musique, on vous la refait pas, l’approche K2B est évidente. Ce n’est pas du mimétisme, seulement une intention musicale similaire, un projet « riff-oriented » avant tout : on pose le riff, on le fait monter en tension, et on le cale sur une compo bien rodée. Rien qui dépasse. On a beau croire les gars qui affichent un travail de composition essentiellement basé sur des jams ; une fois qu’elles sont torchées, en revanche, les compos ne bougent plus, on perd pas son temps (et son efficacité) dans des impros sans fin qui risqueraient de diluer l’intention et l’énergie. Après, même s’il manque un peu le groove du trio ricain (un bassiste ?) le niveau d’écriture est bon, même si les riffs sus-mentionnés ne sont pas tous d’un même niveau (c’est aussi le cas chez K2B ces dernières années, notons bien…). Là où « Red Guts » ou « Life in the Ruts » par exemple sont bien catchy, on a des titres un peu moins marquants, à l’image d’un « Reeks of Firedamp » ou d’un « Slag Heap » qui tournent un peu autour du pot. Un travail de « fignolage » dans ses compos et sa prod (conclusions des morceaux abruptes, intros un peu répétitives, changements d’effets un peu “bruts” parfois, le piège du 100% live…) permettra au groupe pour ses prochaines productions de monter encore une marche vers un l’excellence. On les imagine pouvoir la toucher du doigt dans les prochaines années, et en attendant on appréciera de croiser leur route en live, où leur énergie devrait trouver toute sa place.

https://www.youtube.com/playlist?list=PLsA0vEfYP4i1FwA3Dd2GbsNlMQ5Uu9DrQ

The Lumberjack Feedback – Blackened Visions

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Alors qu’une brume épaisse tapisse encore le sol humide de cette forêt dense, se dessine, au loin, la silhouette charpentée d’un bûcheron. Le pas est lourd, la hache affûtée, posée sur ses larges épaules. La respiration, cependant, angoissée. On sent du tourment sous cette cage thoracique. Mais dans cette carcasse, un ptit cœur tout mignon bat son plein. Deux ventricules même. Précisément complémentaires, à la subtile mécanique et la réciprocité vitale.

C’est grosso merdo la vision qui m’a prise à l’écoute du nouvel opus de The Lumberjack Feedback, ce Blackened Visions étouffant et lumineux. Les lillois viennent de sortir en ce début 2016 une belle arme de suffocation, où le doom et le sludge s’accouplent en de longues plages instrumentales, maniant les entrelacs guitaristiques et rythmiques avec un plaisir malsain, python luisant, prédateur féroce nous enserrant jusqu’à l’agonie. Une fois le casque vissé sur les oreilles, il est intéressant de noter toutes les subtilités de production permettant une réelle réciprocité des deux batteurs, mettant en avant leurs jeux complémentaires. La question n’est plus de savoir si deux batteurs sont réellement utiles (coucou Kylesa) mais où leur danse de guerre va nous mener ?

Réduire The Lumberjack Feedback à ce seul aspect martial serait hérésie car les cordes ne sont pas en reste. Noires et torturées certes, mais à la mélodie toujours enivrante et recherchée. Le blast pour lui-même ne les intéresse pas. Il est toujours la conséquence d’une progression harmonique, le résultat d’un jeux de torture mélodique. « IMereMortal » et « No Cure (for the fools) » par exemple font montre de ce savoir-faire. Blackened Visions pourrait être la bande-son d’un film expressionniste allemand sans soucis. Curieux de voir ce que donnerait leur travail sur un tel support d’ailleurs.

La galette est suffisamment courte pour ne pas tomber dans la redite. Les 6 titres forment un juste chemin à travers ce style, toujours difficile à digérer. Un équilibre qu’a su trouver le quintet, entre jeux du foulard et premier cri humain.

La scène doom française à ceci de particuliers qu’elle est intelligente (à part quelques exceptions évidemment) et que ses productions se révèlent chiadées et multiples pour peu qu’on y plonge l’oreille un peu plus profondément qu’à l’accoutumée. The Lumberjack Feedback vient grossir les rangs de ces gros bébés mal rasés et l’on est très heureux de voir cette famille s’agrandir. Un plus que très bel effort qu’on a hâte de voir vivre sur scène.

Duel – Fears Of The Dead

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Lorsque Tom Franck (Guitare) et Shaun Avants (Basse) quittent Scorpion Child début 2014, les raisons restent floues pour quiconque ne se contente pas de la sempiternelle et insatisfaisante rengaine des « divergences musicales ». Pourtant, à l’écoute de Duel, il semble que jamais cet adage, vieux comme le rock lui même, n’ait été autant justifié. En effet, alors que Scorpion Child, qui vient d’ajouter un organiste à sa formation, prêche le hard rock pour les masses, à grand renfort de productions XXL et de poses Zeppeliniennes, les deux démissionnaires prouvent, avec leur nouvelle formation qu’ils n’ont pas tout à fait la même définition du hard rock 70’s.

Plutôt porté sur le proto metal américain, visiblement obsédé par Pentagram, Duel embrasse la destiné la plus sombre du rock lourd, à grands coups de tempos Sabbathiens et de groove aux inflexions stoner. Leur premier album, comme sorti de nulle part, porte les traces ADN du Machine Shop Studio, où Clutch a son rond de serviette. Porté par des vibrations résolument 70’s, la musique du quatuor d’Austin, Texas, pénètre par tous les pores de la peau. A l’image de la pochette, fidèle à une époque où le visuel devait instantanément mettre le propos en lumière, la musique du groupe ne fait aucune manière, mitraillant 8 pépites hard rock aux effets immédiats. Si « Fell To The Earth » et « Electricity » par leurs refrains imparables tiennent le haut du pavé, c’est le disque dans son ensemble qui se laisse apprécier, comme une perle hard rock sans fioriture, aussi classique dans sa facture que passionnant par l’esprit de liberté qu’il dégage. Le genre de disque qui ne vous lâche pas pour l’année.

Point Vinyle :

Heavy Psych sound est un label totalement DIY, qui fait ce qu’il peut avec les moyens du bord. Mais ça ne les empêche pas de faire bien, voire très bien, surtout au niveau des prix : LP noir à 15 euros, un autre rouge, limité à 250 exemplaires pour 20 euros. Faîtes votre choix. Les frais de ports sont également parmi les moins cher existant.

Ponamero Sundown – Veddesta

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Après quelques années de silence, Ponamero Sundown est de retour avec un nouvel album studio du nom de Veddesta. Il faut avouer que le groupe avait réussi à pondre deux très bons albums en 2009 et 2011, où on retiendra bien volontier les sonorités sans défaut de « Curtain Call » et de la presque intégralité de l’album Rodeo Eléctrica. Annoncé par le quatuor comme une volonté de renouveler un peu leur univers, il est maintenant question de faire le point sur ce troisième opus.

Alors qu’on met le son à fond, on regarde par deux fois si on ne s’est pas trompé d’album en inversant avec un Fu Manchu qui passait par là. Parce que l’intro de « Bottom of The River » pourrait vous faire croire à cet enchantement. En effet, l’ambiance instrumentale du groupe s’insère dans la pure tradition Stoner. Donc ici, pas de bouleversements stylistiques, les morceaux sont de très bonne qualité et s’enchainent plutôt bien. Mais le problème est que la structure globale de l’album tourne toujours autour des mêmes schémas et peut parfois lasser.

Car si on apprécie sans contrainte la teneure instrumentale, on peine à déchiffrer la volonté vocale qui se repose « presque » toujours sur un seul et même niveau d’intensité. Du coup, Veddesta affiche peu clairement les nuances et subtilités qu’il faudra apprendre à maîtriser après plusieurs écoutes. Et fort heureusement, deux morceaux sortent rapidement du lot : « Restart My Heart » et « Rhinostodon »  formant un creusé plus psychédélique, mélodique et rythmique. A cela s’ajoute les deux derniers titres que sont « Broken Trust » et « Dead and Gone », envoyant une bonne grosse sauce sonore. Autant dire que pour les amoureux du vinyle, c’est bien la Face B qui brille le plus.

Ponamero Sundown nous avait donc habitué à mieux avec leurs précédents opus. Du coup, il est difficile de parler de renouvellement tant ce dernier album a du mal à se démarquer. Néanmoins, il serait déplacé de dire que Veddesta est décevant, pas du tout !!!  Dans son ensemble, il révèle de très bonnes surprises qu’il faut juste apprendre à apprivoiser.

Mutonia – Wrath of the Desert

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Mutonia, trio italien, dégaine en 2015 ce « Wrath of the Desert », arme de poing, un 9 coups semi-automatique aux balles fuzzées de grunge, idéales pour exploser les esgourdes. A l’instar de leur compatriote Temple of Deimos, les Romains évoluent dans un cadre très formel où les codes ont bien été assimilé. L’exercice est donc plaisant à l’écoute mais pas révolutionnaire.
Les neufs titres sont courts, enlevés, guidés par la voix très Nirvanesque de Prostin. Reste qu’il va falloir trouver de quoi se démarquer pour le prochain opus, histoire de ne pas ennuyer l’auditeur. A l’image de ce que le groupe tente dans « Among the Gale and The Desert », il mériterait de creuser dans cette voix. Et d’abandonner la cloche. J’insiste, et ce pour n’importe qu’elle groupe de stoner ou de grunge, la cow-bell, c’est une erreur 404 dans le spectre sonore.
On passe tout de même un bon moment avec ces cousins de Powder for Pigeons et les italiens méritent les encouragements du conseil.

Egypt – Endless Flight

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Egypt est de cette mouvance stoner américaine qui ne s’embarrasse pas de détails. A l’instar de Wo Fat, avec qui ils ont partagé un split hautement recommandable en 2013 (Cyclopean Riffs chez Totem Cat Records), le trio de Fargo – Dakota du Nord – déroule du riff sans discontinuer, accompagnant leur musique, aux accents rock sudiste, d’une grosse voix bourbonnée et de kilogrammes de fuzz. Leurs premières banderilles (un EP en 2007 et Become The Sun en 2013) publiées chez les tchèques de Doomentia Records font état des aptitudes du trio en matière de stoner bluesy et halluciné, mouliné à grand coup de distorsion  et leur ont ouvert les bras accueillants d’une Europe toujours plus friande de sensations américaines compensant par l’énergie et l’efficacité leur manque d’originalité (Midnight Ghost Train, Five Horse Johnson, Black Pyramid, Goya, Mos Generator,  Dixie Witch, Freedom Hawk, Roadsaw, Doomriders, Honky, Lo Pan ou Sasquatch pour n’en citer que quelques uns).

Une fois l’idée même d’originalité évacuée, la nouvelle livraison d’Egypt ne manque pas d’arguments. Enregistré sous le haut patronat de Wo Fat au sein du Crystal Clear Studio à Dallas, propriété du trio texan, Endless Fight renferme en effet cinq bonnes raisons de se plonger dans les profondeurs du tombeau. Toujours habité par ce blues fiévreux, aux rythmes pesants, la musique d’Egypt convoque dès les premières notes du disque l’esprit sudiste du rock US à la ZZ Top à la table du stoner. Les tempi sont pesants, la guitare dégouline de fuzz et la section rythmique barbouille l’atmosphère d’un groove aussi rampant que paresseux. Dans ce magma musical à quatre temps, Neal Stein tire de ses six cordes quelques soli passionnés, sonnant parfois comme un orgue désaccordé (« The Tomb ») tandis qu’Esterby et Heille s’en donnent à cœur joie dès l’intro de « Tres Madres », à la basse prépondérante et aux breaks de batteries irrésistibles. Superbe final, « Shaman’s March » se joue de nos perceptions en tordant un riff de blues classique jusqu’à la transe, s’imposant comme l’un des titres les plus notables de la courte discographie de ce groupe, qui, s’il ne brille pas par sa personnalité, compense ses manques par une véritable science du riff qui sonne juste. Un savoir faire certain qui pourra être apprécié live lors de la venue en Europe du trio en mai prochain.

 

Point Vinyle :

Pour le premier pressage, Doomentia Records propose 500 copies en gatefold dont 400 noires et 100 en bleu.

Brimstone Coven – Black Magic

Brimstone.coven

Le quatuor de Virginie Occidentale est de retour sur Metal Blade pour une deuxième livraison sur ce major de son savant mélange de doom à l’américaine et de rock psychédélique. San Francisco, sa maison bleue et sa grandeur du temps des hippies semble bien loin – tant en distance kilométrique qu’en espace temps –  et pourtant c’est en plein trip babacool que nous emmènent ces Etasuniens restés bloqués sur des sonorités d’il y a un demi siècle.

Les aficionados de plans barrés sludgisants gravitant autour de l’épicentre des marécages de Louisiane et les fans des thrashers de la Bay Area peuvent retourner à leurs occupations du moment ; la magie de Brimstone Coven est plus en lien avec celle de Saint Vitus qu’avec celle de Slayer ! Les lascars originaires de Wheeling (ça ne s’invente pas) n’auraient pas dépareillé sur la bande-son d’un vieux film ricain traitant de rêves de liberté sur deux roues avec leurs accords de guitares rythmiques plaqués à grands renforts de chorus ou autres reverbs servant de piste d’atterrissage à des voix superposées façon cœurs.

Ça transpire le patchouli, les fleurs multicolores, la paix, l’amour fou et les calmants de Marie-Jeanne à chaque mesure. C’est un brin axé, aussi, sur les superstitions (qui a parlé de sorcellerie) si chères aux seventies et à sa recherche d’une autre spiritualité que celle institutionnalisée dans ce pays, jusqu’à être imprimée sur les billets verts. C’est un peu normal pour une région où a été observé le fameux homme-papillon alors que naissait le mouvement hippie aux USA. Charles et sa famille de grands malades ont par ailleurs incarné cet esprit des années septante à leur manière et, question années de l’amour libre et sabbat, d’autres sont déjà passés par là et s’en sont plutôt bien sorti jadis, voire plus récemment avec des formations comme Orchid qui pratiquent néanmoins un style plus lugubre que la bande du comté de Marshall (ça aussi ça ne s’invente pas).

Allumez les chandelles ou les bâtonnets d’encens, faites chauffer la pipe à flotte, enfilez vos pattes d’eph, dégainez votre haut préféré à col pelle à tartes, accrochez vos couvertures batik aux murs et envoyez le diamant dans le sillon de ce double lp – aussi dispo en virtuel et cd pour les gens modernes – pour vous taper une bon délire certifié plusieurs fois vintage. L’ombre du Zeppelin planant sur des titres comme « The Plague » ou « Slow Death » ainsi que l’esprit du sombre Sabbath sur « Upon The Mountain » ou « The Seers » vous ramèneront dans un passé aux charmes envoûtants. Envoûtant comme « Forsaken », un titre de plus de cinq minutes –  dans la moyenne de l’album – à peine overdrivé dans la veine de « I Want You » que les quatre pâles types de Liverpool ont sorti de la route d’Abbey à la fin des années soixante. L’intervention de plusieurs vocalistes qui s’entassent – ou se succèdent – alliée aux soli dégoulinants est imparable. Envoûtant aussi comme « Black Unicorn » à qui va ma préférence : la plus concise des plages avec moins de trois minutes au chrono officiel et un riff poutrement efficace qui se distancie un peu des neuf autres titres de cette sortie par son urgence plus en lien avec le néo-psyché en vogue actuellement sans toutefois tourner le dos à la flavour seventies de l’œuvre accouchée par ces quatre rockers en noir aux allures de disciples de Lavey. Back to the real roots et merci les gars de m’avoir offert ce bain de jouvence !

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