|
|
Surfant sur une vague de buzz essentiellement ricain (notez que la quasi intégralité des médias français sont passés complètement à côté jusqu’ici de ce groupe somptueux…), Year Long Disaster n’a pas traîné à se reposer sur ses lauriers critiques : au milieu de plusieurs tournées internationales, le groupe a trouvé quelques jours pour enregistrer un nouveau bijou en rondelle, sous la houlette de Nick Raskulinecz (Foo Fighters, Alice In Chains, Velvet Revolver, Rush, …), ni plus ni moins.
Les premières écoutes peuvent paraître déstabilisantes pour quiconque avait aimé le côté rock rocailleux du trio, presque crasseux par moments, sur leur première galette. Le son sur ce nouvel album est gros, majestueux, ronflant, impeccable, avec très peu de place laissée aux imperfections. Les compos, ensuite, sonnent au début plus “légères” que celles que l’on connaissait. Mais au bout de quelques écoutes, la vraie teneur de l’album prend le dessus, et le coup de bluff est découvert. Là où le son pouvait paraître “trop propre pour être honnête”, on note en réalité sa pureté, et surtout sa profondeur qui permet de laisser une place inouie à une somme incroyable de détails sonores : couches d’instruments inombrables, choeurs, percus, effets, arrangements divers, etc… chaque écoute révèle son lot de surprises, et l’écoute de l’album au casque ou dans une configuration acoustique performante est à vous filer la chair de poules.
Au niveau compos, le ressenti initial révèle en réalité une variété de chansons impressionnante, relevant toutes du même gros hard rock auquel le trio nous avait rendu accro. Ouf, on retrouve nos repères ! Sauf que le cadre musical du groupe s’en trouve élargi, étiré, et presque explosé. Au premier abord, rien de particulièrement surprenant dans les premiers titres, les redoutables “Show me your teeth” et “Love like blood” : ces titres, les premiers composés pour l’album, sont aussi ceux qui font le mieux le lien avec l’album précédent (ce qui n’enlève rien à leur efficacité). Avec “Seven of swords”, un pas audacieux est franchi : dans une veine franchement intimiste, le chant fragile à fleur de peau de Daniel Davies, accompagné de sa guitare sèche et d’un minimum d’arrangements apportent une émotion remarquable. “She told us all”, apporte un enchaînement couillu, avec un autre morceau mid tempo d’affilée : sur cette “presque-balade” insidieuse, les vocaux hantés de Davies portés par un riff apocalyptique emmènent ce refrain dans des sentiers inédits pour le groupe. Imprévisible… Pour mieux appuyer cette instabilité de tous les instants, l’un des meilleurs titres de l’album, “Cyclone”, cloture l’album en trombe en déchaînant son torrent de guitares dans les haut parleurs. Cette chanson d’une efficacité remarquable, est portée par une rythmique hallucinante de maîtrise et de sobriété : une basse ronflante qui porte le titre au galop comme un éclaireur de cavalerie, et une batterie qui, sous des airs de simplicité, impose en réalité un rythme “asynchrone”, faussement binaire, dont le décalage génère le sentiment d’un morceau perpétuellement “sur la brèche”. Un arrangement bluffant. Le groupe nous balade perpétuellement avec d’autres titres, tous bien heavy et accrocheurs (“Venus at the crossroads”, le super heavy “Major Arcana”…), pour porter globalement très haut le niveau de composition de cette galette. Le fait que Will Mecum (Karma To Burn, encore…) ait co-composé 3 titres n’est probablement pas étranger à la teneur riff-esque de l’ensemble des titres.
Au final, Year Long Disaster, malgré sa filiation avec Karma To Burn et le hard rock 70’s, ne fait pas vraiment du stoner. Pour autant, leur musique a un potentiel de séduction immense auprès des fans de stoner, et pas uniquement de par ses racines : un sens vicéral du riff, un son de guitare énorme, une rythmique ronflante… Sur ce dernier album, le groupe, confiant et à l’attitude intègre, balance ses titres sans plus de blabla, et laisse parler la poudre. Le résultat est à la fois intelligent et franc du collier, d’une efficacité dévastatrice. “Black Magic” est de ces albums trans-générationnels et trans-genres, de ceux qui ont le potentiel de faire chavirer tout fan de rock vers le côté obscur.
Même si la première trace du mot slave Minsk remonte à 1067 (désignant évidemment la capitale de la Biélorussie), le groupe s’inscrit cependant dans une tendance résolument contemporaine. Bien des écoutes sont nécessaires pour percevoir toutes les couches superposées de cette musique atmosphérique que l’on peut ranger, certes sans catégorisation aveugle et absolue, dans les étagères du post-rock et du néo-psychédélisme.
Les grattes se superposent en strates bruitistes lorsque elles ne font pas la part belle dans les moments calmes aux sons clairs teintés d’effets de delay et de reverb, ainsi que de tremolo à l’occasion. Elles jouent superbement sur les nuances tout au long des envolées lyriques des vocalistes. Soulignons-le, les 6 morceaux sont longs de 5 à 15 minutes et peuvent relever du répertoire de Pelican, Neurosis, Godmachine et Mogwai. Néanmoins, on y distingue des voix d’outre-tombe noyées dans un festival d’effets qui accentuent les atmosphères funèbres de cette plaque.
Les guitares peuvent aussi se lancer dans des riffs post-hardcore joués ad libidem dans lesquels on ressent un côté groove sans pour autant ponctuer le mouvement d’une suite d’accords relevant du prévisible et du suranné. La batterie s’entoure de percussions à caractère tribal et accentue cet effet par un jeu harmonieux de caisse claire sans timbre dans les moments calmes. Le batteur est également un régal de précision rythmique dans son jeu de cymbales. Avec cela, on y distingue une basse fluide intégrant parfaitement le côté mélodique d’un break tempéré tandis qu’elle assurera son travail de soutien inconditionnel dans les moments forts.
Revenons au chant: les vocalises peuvent parfois relever du chant quasi-grégorien ou de la mélopée gutturale bouddhiste, elles donnent toute l’ampleur de leur tessiture dans les passages enlevés avec des cordes vocales à l’unisson dans un chant tribal versant dans le rituel orchestré. Outre leur déferlante de sombre perception, on ne peut s’empêcher d’y voir une mise en scène macabre et sanguinolente.
Enfin, on remarquera, à côté des percussions additionnelles, l’usage d’un piano et d’un cuivre mais dans une expression très sobre en fin de morceau. Minsk, d’apparence froide de prime abord, révèle une facette de séducteur lorsqu’on se plonge dans l’écoute de ces chansons hypnotiques. Un très beau mix, une splendide pochette et des compos de qualité. Tout simplement.
Après la claque mémorable Seed of Decades, on attendait beaucoup de Sixty Watt Shaman, le combo du Maryland emmené par le charismatique chanteur Dan Kerzwick. Et le groupe est au rendez-vous avec ce nouvel épisode discographique produit par sieur Scott Reeder, ex-bassiste de Kyuss et de Unida.De ces 70 minutes de pur bonheur, on retiendra les furieux ‘Our Name is War’ et ‘One good Leg and a Bottle of Booze’, ou encore le très sabbathien ‘When i’m Alone’ et ses passages aussi lourds qu’un troupeau de mammouths. Le tout est savamment entrecoupé de passages calmes plutôt bienvenus (‘The Mill Wheel’, ‘When the Morning comes’, ‘Breathe Again’).
A noter également l’instrumental ‘All my Love’ sur lequel plane l’ombre du grand Cliff Burton.
Bref, Reason to Live est un très bon disque de stoner, n’en déplaise à certaines mauvaises langues qui reprocheront à nos Shaman de se répéter.

Ayant adoré le précédent album de Brant Bjork, « Brant Bjork and The Operators », dire que j’attendais avec impatience celui-ci est un euphémisme. Me voici donc avec la galette dans les mains et on peut dire que pour le coup, l’album porte un titre parfaitement choisi pour quelqu’un que l’on surnomme « Mr cool ». Par contre, une fois le cd dans la platine, on s’aperçoit rapidement d’un petit souci, c’est la durée, puisque avec simplement 8 titres pour un total de 33 minutes on est plutôt à mi chemin entre le maxi et l’album. Enfin bon, mieux vaut 8 titres excellents qu’une vingtaine pas très bons, c’est sur.Et c’est là que ça coince, sans être mauvais, Keep Your Cool est ce que j’appellerai un coup dans l’eau. Même si chaque titre pris indépendamment les uns des autres s’avère être assez bon, je ne retrouve pas l’homogénéité attendue et je suis quelque peu déçu par l’ensemble.Pourtant, je pourrai vous dire du bien de chacun des titres mais pas vraiment de l’ensemble, un comble.Bref, si vous considérez cet album comme un petit 8 titres sorti comme cela, pour le fun, alors on peut qualifier ce disque de parfait. A contrario, si vous pensez avoir là un véritable album bourré d’originalité et bien c’est loupé.Par contre, et comme je n’ai jamais cessé de le dire, il est quasi certain que certains de ces morceaux prendront une nouvelle dimension lors des concerts de l’artiste et seront surprendre pas mal de déçus de « Keep Your Cool », moi le premier, car c’est bien sur scène qu’il faut écouter Brant Bjork.
Avec 3 E.P. et un album grandeur nature déjà à son actif, Pelican nous gratifie ici d’une 2e plaque complète, haute en couleurs et en paysages éthérés. On s’écarte des quelques plans doom ad libidem que ces oiseaux pouvaient nous envoyer pour atteindre la majestuosité d’un haut vol néo-psychédélique. Ici, le décorum est amplement plus travaillé et toute l’ampleur de ce groupe à l’allure simple mais à l’alchimie impressionnante apparaît enfin à la lumière du jour.
C’est toujours dans son trip full instrumental que le groupe s’exprime dans une version post-rock oublieuse du semi-séculaire schéma rock’n roll dans ses structures. Longues de 5 à 10 minutes, les plages nous emmènent au travers de séquences riches en émotions et montées d’adrénaline. Il en résulte une sorte de mélancolie ambiante sans pour autant verser dans les mélopées désespérées que l’on peut retrouver chez les paires de Neurosis and co. Ou est-ce du triomphalisme comme l’annonce la déclaration sur leur site: “We are a fucking triumphant band!”? L’auditeur se forgera son opinion lui-même.
Ce que l’on retient de cette musique, c’est surtout son caractère empathique de l’individu et les différentes émotions qui peuvent le submerger. J’ai écouté cette plaque dans différents états d’esprit, je les ai vus en concert tard dans la soirée dans un état de fatigue encore plus avancé, et je peux dire que leur musique a le don de se mêler à vos émotions présentes, à vos souvenirs passés. A l’instar d’une drogue, elle exacerbe vos sentiments et en accentue la portée. On peut rester de marbre devant le Pelican. Mais si on décolle avec lui, le trip 100% naturel est au rendez-vous.
La section rythmique est parfaitement minutée et se fait l’audacieuse complice des 2 gratteux dans les nuances les plus subtiles, dans les recoins les plus fins des 7 plages (tiens, tiens, le chiffre parfait). Le secret de ce groupe est de faire monter la sauce tout en douceur pour finalement vous laisser dans un état d’adoration devant le vide, une fois toutes considérations matérialistes oubliées.
Toujours pas l’ombre d’une voix à l’écoute de cette plaque au titre ésotérique mais pas le temps de s’ennuyer non plus. Rejoignez les nuages à l’image de leur pochette et percez-en le secret.

Depuis l’annonce du départ du charismatique Spice des Spiritual Beggars, on pouvait craindre le pire, tant sa voix rocailleuse et chaleureuse participait à l’identité du combo suédois. Puis les Beggars ont annoncé que Janne, le chanteur de Grand Magus, prendrait sa place, et on restait dans l’expectative. Enfin, on peut désormais découvrir sur pièce ce que vaut ce nouveau vocaliste et on est rassurés ! Et pas qu’un peu : le chanteur du Grand Mage a une voix puissante et assurée, aux relents bluesy parfois, au moins aussi chaleureuse que celle de Spice, et elle représente sans nul doute l’un des principaux attraits de la musique de cet autre groupe scandinave. Mais ce n’est pas le seul intérêt de cet album, probablement l’une des galettes les plus heavy qui nous ait été proposée depuis longtemps : un stoner rock ‘à l’européenne’, plutôt axé sur un héritage heavy presque doomesque, faisant la part belle aux rythmiques charpentées et à la basse ronflante sur lesquelles viennent couler des soli limpides et inspirés (ce bougre de Janne assure aussi toutes les grattes de l’album, et il est loin d’être manchot). Ce power trio stonerien de barbus crée donc une agréable surprise, se positionnant en mélange parfait de Gov’t Mule (trio aux influences bluesy), Black Sab’ (ce son de basse et ces leads ne trompent pas !) et même des Spiritual Beggars, vu qu’ils évoluent dans des genres assez proches. Du très bon, donc.

Après une première autoproduction sortie l’an passé, chroniquée sur ces pages dans la section idoine, le quatuor de Limoges revient à la charge avec ce premier ep – composé de huit titres – qui étale le talent de cette jeune formation, puisque née en avril deux-mille-six, sur un peu plus d’une demi-heure. On retrouve au menu de cette production une poignée de compositions déjà présente sur la première trace du groupe et la filiation avec les Foo Fighters est toujours aussi présente sur certains ‘vieux’ morceaux dont les imparables ‘The Score’, ‘Shadows’ ou ‘Hooked’ (ces deux derniers n’étant disponibles que sur la deuxième mouture de la-dite démo). Les nouvelles plages, quant à elles, sont actives dans un registre nettement plus inspiré par la scène stoner.
Cette nouvelle trace dans le sillon débute avec un l’inédit ‘B(l)ack Days’. Le morceau éponyme, bien ficelé, navigue dans les eaux habituelles des Limougeos soit un rock’n’roll énergique qui puise son inspiration quelque part entre le fuzz et le bon vieux grunge psychédélique. Assez percutante, cette entrée en matière Fu Manchienne augure le meilleur pour la suite de leurs tribulations musicales. La seconde nouvelle compo c’est ‘The Pretenders’ ; sur un rythme assez lent, mais sévèrement burné, le groupe plaque de gros accords un peu à la manière de Solarized, quoiqu’avec un peu plus de retenue.
L’ultime titre inédit c’est ‘Waiting For Resurrection’, un bon tubard fuzzy avec un refrain d’une redoutable efficacité et quelques accélérations furieuses qui donnent du relief à son obsédant riff de base. Ce titre se détache assurément des influences grunge pour plonger dans un univers musical très très proche de Dozer. J’attendais la suite de l’autoprod et désormais j’attends impatiemment le premier long format !

Ca commence fort. « Electric machine » se compose d’un méga riff sabbathien décliné à l’infini. Pas de doute, nous sommes en territoire connu. Ça ronfle, ça masse, ça martèle. Six morceaux seulement mais qui durent longtemps. On retrouve aussi un peu l’ambiance des Melvins de l’époque « Bullhead » où ils étaient le groupe le plus heavy de la terre. Jolie digression pour introduire que justement, c’est Lori, l’ex-bassiste des Melvins qui tient ici la guitare et chante, accompagnée d’un certain Joey Osbourne à la batterie. Sachant que Dale Crover est également présent sur ce disque pour manipuler certains petits instruments d’arrangements, il n’est certainement pas interdit de penser que nous sommes là en présence d’une reformation des Melvins presque originelle (presque car c’est Matt Lukin, aujourd’hui Mudhoney, qui était leur premier bassiste, Lori n’est arrivée après). Les indications sur le disque étant minimales, les photos des musiciens ne présentant pas leurs visages, je n’ai pas davantage d’éléments d’appréciation. Je ne peux que déduire. Connaissant les Melvins, cela n’aurait absolument rien d’incongru. Quoiqu’il en soit, on ne peut que se réjouir de la réapparition de Lori qui avait subitement abandonné les Melvins car elle était tombée non moins subitement, gravement malade. La revoilà donc quasiment au même point qu’elle nous avait laissé. Apparemment, elle a toujours ce goût pour l’artillerie lourde qu’on un peu délaissé ses anciens compagnons. Je regretterai simplement sa voix qu’elle a beaucoup trop monocorde à mon goût. Sa linéarité plaintive, passé le premier morceau devient un peu agaçante à la longue. La voix de Buzz m’aurait davantage convenu, mais bon. La zique est vraiment terrible. Fuckin’ heavy !

Voilà un projet qui va faire parler de lui auprès des inconditionnels du doom sévèrement burné. C’est dans l’underground de Barcelone qu’a pris forme ce projet résolument brutal au sein duquel prirent part des membres de The Eyes, Campo Santo et Great Coven en deux-mille-cinq.
L’admiration qu’ils vouent à Black Sabbath, Saint Vitus ou Candlemass les a motivés à mettre en boîte cinq titres glauques voir malsains qui évoluent du côté résolument obscu. On commence avec ‘Itaca’, inspiré par l’œuvre mythologique du papa de Bart, qui se traîne sur près de vingt-minutes avec des parties vocales tour-à-tour épiques ou gutturales qui s’insèrent sur des riffs et des slaps dévastateurs assénés avec fureur.
Avoisinant le deux de tension, ‘Marduk’s Stairs To Earth’ suit dans un registre assez voisin si ce n’est que des cris d’épouvante viennent compléter les grognements du vocaliste de la formation ibère. Plus groovy et bref, ‘Manitou’ peaufine le ramonage de nos ouïes à grands coups de basse avant de céder sa place à ‘Hangover’ qui blaste bien avec son tempo un poil plus rapide que le reste des plages de ce cd. Nettement plus abordable par le commun des mortels, auquel ne s’adresse sûrement pas cette production, cette composition n’a pas à rougir lorsqu’on la compare aux titres d’Electric Wizard dont elle se rapproche quelque peu.
‘Death Card’ annonce la fin des hostilités et met un terme à ce déluge sonore d’une heure avec une classe certaine. Les vociférations passent à la vitesse supérieure, le titre s’emballe dans un déluge de décibels jouissif dopé aux amphétamines et laisse l’auditeur carrément sur le cul.
Cette tuerie exécutée dans les règles de l’art va faire parler d’elle à n’en point douter que ce soit au sein du cercle des amateurs de doom ou de métal lugubre.
La terre de Richmond en Virginie constitue apparemment un terreau fertile en groupes heavy. Après avoir enfanté ALABAMA THUNDER PUSSY, arrive SUNNSHINE. Avec deux n, histoire de bien marquer le fait qu’ils n’utilisent que les excellents amplis SUNN de l’ami Greg Anderson. On peut donc légitimement s’attendre à de la matière grasse dans le son. On est pas déçu. Quatre titres d’excellente facture oscillant entre TUMMLER et KYUSS. Catégorie lourd et lent. Ça écrase. C’est aérien. Ça ramone sec aussi. Et toujours ça groove. Des titres invariablement nuancés, progressant lentement et tissant un enchevêtrement d’ambiances extrêmement agréables conduisant la nuque à onduler doucement. Ajoutez à cela un chanteur sachant chanter et vous obtenez un disque d’une efficacité redoutable. Oh, rien de révolutionnaire. Mais reconnaissons que pour un premier CD, c’est impressionnant de maîtrise.

La montée en puissance de Solace sur le monde du stoner américain et international paraissait imparable. Sur la base d’albums impeccables et de prestations live rares mais réputées, le quintette U.S. est devenu sinon hégémonique, tout du moins référentiel. Certains diraient même “cultes”, mais ce dernier qualificatif n’est finalement devenu d’actualité que ces dernières années, durant lesquelles le groupe a presque disparu du paysage musical. Pause, split, disparition, difficultés financières, pas de labels, démotivation… Tous les justificatifs ont été annoncés et imaginés, mais le résultat était le même : a priori, il devenait assez improbable que Solace délivre une nouvelle offrande aux fans que nous étions juste en train de devenir. Ces derniers temps (depuis 2007-2008 pour être précis !) la rumeur a toutefois enflé, et les premiers échos de l’enregistrement de cet inespéré “A.D.” se sont concrétisés. Mais même sa sortie fut émaillée de difficultés et de rendez-vous manqués (sortie repoussée plusieurs fois, puis problèmes de mastering, puis de fabrication du CD…).
Notre espoir, enrichi par ces années d’incertitude, était donc grand à l’arrivée de ce disque. Et quitte à déflorer cette chronique, autant le dire tout de suite : il n’y a pas matière à déception, “A.D.” est bien le disque attendu par les connaisseurs et les curieux. Le disque, proposant une heure de très bon stoner (tendance heavy plutôt que atmosphérique, c’est sûr), est composé de 10 titres ; je vous laisse à vos caclulatrices, ça fait bien une moyenne de 6 minutes par morceau, sous la forme de chansons sinueuses, épiques parfois, enlevées. Mais, marque de fabrique du combo parmi d’autres, jamais ils ne se laissent aller à “faire du gras” : même lorsque les titres sont longs (un titre d’intro à 7 minutes, faut oser, tout comme le titre de fin à 10 minutes…), ils évitent le superflu, se contentant d’aligner intelligemment les séquences de manière cohérente autour d’un riff très souvent pachydermique. Couplets, breaks, soli, refrains déstructurés, tout est utilisé à bon escient. Les soli d’ailleurs, et c’est un point remarquable, sont juste jouissifs : loin de la branlette de manche, ils sont efficaces et limpides, et leur usage est toujours bienvenu. Chapeau aux bretteurs (Southard et Daniels) pour ce tour de manche (jeu de mot… désolé).
Les compositions permettent au groupe de déployer l’entière palette de leurs capacités, à l’image de leur chanteur Jason qui se permet les hurlements les plus violents et primitifs sur l’introductif “The Disillusionned Prophet” pour mieux dévoiler ses capacités en chant clair sur l’ensemble des titres. Ce morceau, excellente vitrine de la “montagne russe” qui attend les auditeurs, permet à chacun de montrer sa contribution à cet album “fleuve”, à l’instar de Kenny Lund à la batterie, qui charpente des rythmiques particulièrement alambiquées. Un peu plus loin, “Six-Year trainwreck” (un morceau autobiographique de la carrière du groupe ?…) ou “Down South Dog” nous remémorent les discrètes effluves sudistes qui font l’une des spécificités du combo, notamment à travers un son de grattes bien gras (l’intro en harmonie de grattes du premier ne démériterait pas sur un album de Down). Le très metal “The Skull of the Head of a Man” (titre le plus court et le plus bourrin de la galette), amène naturellement à l’excellent “From below” qui cloture majestueusement l’album : une approche résolument doom vient porter ce mid-tempo fleuve.
Je pense qu’il est assez aisé de comprendre que cet album est bien au niveau où on l’attendait : excellent. C’est un album exigeant, en revanche, qui pourra déstabiliser l’auditeur peu averti : les morceaux sont longs, les rythmiques complexes, les textures instrumentales et vocales nombreuses et variées. Mais “l’effort” est largement récompensé.
Je l’avoue d’emblée, le fait que El Thule sorte son deuxième album ces temps-çi ne m’emballait pas outre mesure. Pour cause, un premier essai qui empilait une majorité de titres courts, punky et crades sur les bords qui fonctionnaient beaucoup mieux sur scène que sur ma platine, principalement en raison de la débauche d’énergie déployée sur les planches par ces trois zicos italiens. J’ai du l’écouter une demi-douzaine de fois avant de le ranger dans le bas de la pile d’où il n’est plus jamais ressorti.
Bien que la pochette de Green Magic m’évoqua à première vue celle de la dernière livraison de Electric Wizard, ce qui aurait du éveiller quelques soupçons, c’est sans aucune excitation que j’enfournai cette nouvelle plaque. Je le fis même avec une légère appréhension, celle de décrocher après trois titres, voir quatre selon mon humeur.
Dès les premières mesures qui succédèrent à l’intro au didgeridoo, je me ruai sur le livret afin de le décortiquer sous toutes ses coutures pour m’assurer qu’il s’agissait bien du même groupe qui nous avait livrés No Guts, No Glory il y a quelques années. Car en matière de changement de direction musicale, on a rarement vu un revirement aussi radical, sauf peut-être chez les suiveurs de modes qui polluent les ondes, ce qui est bien sur loin d’être le cas ici. Malgré quelques réminiscences punk parfois décelables, El Thule a en effet largement changé de registre en alourdissant considérablement le propos, bien aidé en cela par la production de Mr. Dango (guitariste pois sauteur de Truckfighters) et Gabriele Ferreri qui leurs ont peaufiné un son énorme et compact tout en maîtrisant parfaitement l’art de faire sonner l’ensemble comme un bordel parfaitement organisé, ce qui sied parfaitement à leurs velléités de verser désormais dans un Heavy Doom qui séduira les amateurs de High on Fire, au hasard.
Les éjaculations de 2’30” font désormais place à des titres bien plombés tournant régulièrement autour des 8 minutes mais riches en rebondissements. Cà frôle parfois le Sludge sans jamais y verser complètement, çà lorgne régulièrement vers un Sick Doom dont l’aspect malsain est désamorcé par de longs solos au feeling 70’s parfaitement maîtrisé (Tommi Holappa fait d’ailleurs une apparition remarquée dans un registre qu’on lui connaissait moins) et çà se lâche dans des plans rock’n’roll dopés à la testostérone qui évoquent Entombed, même si ces derniers prétendent jouer exclusivement du Death Metal. Quels que soient les chemins empruntés, le résultat est toujours intense sans jamais tomber dans l’excès de lourdeur et cette capacité à rester sur le fil, à jouer avec différents styles en restant cohérent confère à cet album une touche particulière même s’il n’apporte rien de fondamentalement novateur.
En conservant les mêmes ingrédients, c’est-à-dire un son bien gras et une furieuse envie de jouer très fort, mais en les accommodant de façon différente, El Thule surprend agréablement grâce à ces huit titres qui ne font certes pas dans la dentelle mais révèlent un talent de composition qu’on ne suspectait pas à l’écoute de leur premier méfait. Pas certain que cette plaque leur apporte la gloire mais on peut les rassurer, les guts sont toujours bien présentes !

Hackman est un trio animé par des types au cv qui en jette puisque qu’ex-Lamont et surtout ex-Milligram. Comme ces références me causent, j’ai gardé cette plaque soigneusement de côté pour me l’écouter tranquille peinard sans que des fâcheux ou fâcheuses ne viennent me gâcher mon plaisir en aboyant au niveau du volume sonore employé pour cette découverte lequel devait être la cause de ma soit-disant quasi-surdité. Alors hop, me voilà affalé avec un clope et le café qui va bien avec (ouais le rock’n’roll c’est plus ce que c’était) et ce second opus ‘Hackman’ qui tourne dans la platine.
Cool sitôt ça débute sitôt ça dépote ! Un bon gros sludge qui m’avait fait redouter le pire puisque intitulé ‘Panama’ j’avais craint la reprise de Van Halen, mais non l’honneur est sauf ça turbine avec la légèreté d’un hippopotame traversant la savane. Le programme sera d’ailleurs ainsi du début à la fin de cette galette en alternant ça et là quelques plans aériens, quelques instrumentaux et des longs, longs passages plombés où le groupe balance la sauce avec force hargne.
Au bout de cet album assez redondant, je me tape encore le début de l’ovni de trente minutes qui clôt le tout et il est long ! Les digressions à la Isis ou à la Knut j’aime bien quand c’est bien foutu, et là c’est pas mal foutu, mais ça m’emballe pas franchement non plus alors je zappe et comme il n’y a plus rien après je me retape encore une fois les titres qui m’ont séduit à la première écoute. Et là je me rends compte que j’en zappe pas mal. A part l’instrumental planant et organique ‘C’est La Mort’, le déluge de décibels ‘Number Eight, No Bullet’ qui blaste dans la veine des grosses formations ricaines barrées et ‘Bludge’ qui oscille entre sludge bien barré et stoner bien lourd, je m’aperçois que cette livraison de chez Small Stone ne me convainc guère.
Le tout est englué dans la mollesse des cordes de guitares accordées bien bas et la production linéaire désirée par le groupe rend le tout presque ennuyeux. C’est bien dommage car je suis plutôt bon public quand il s’agit de se taper des trucs un peu borderline !
Après 2 albums sur un obscur label, Frank Kozic se réveille et signe Fatso Jetson sur son label, le défunt Man’s Ruin, lui offrant au passage un trépied vers une plus grande reconnaissance, au moins de la part des aficionados… Le groupe des cousins Lalli ne manque pas cette occasion, et délivre un skeud de toute beauté, en intégrant pour l’occasion un quatrième larron : Gary Arce, pour rajouter des grattes.
Pour ceux et celles qui ne connaissent pas Fatso Jetson, la première écoute (et les 5 suivantes, en fait) est pour le moins déstabilisante : des chansons étrangement (dé)structurées, des parties de lead guitares décalées, des rythmiques lancinantes, un chant étonnant…
Mais passé ce cap, le plaisir prend le pas, et l’on comprend pourquoi Fatso Jetson garde cette auréole de groupe mythique dans le Palm Desert (le groupe reste vénéré par la plupart des musiciens de la région, il y a bien une raison…).
On peut donc dans un second temps apprécier comme ils le méritent ces morceaux : parfois plutôt lents, ambiancés, ils peuvent s’emballer au détour d’un break improbable (une sorte de groupe de jazz stoner…) et proposer un solo imparable mais complètement décalé. Le morceau titre de l’album en est un superbe exemple : articulé autour de couplets aux rythmiques dissonantes, la chanson s’emballe soudain en un refrain frénétique, et se conclut étrangement après un pont musical totalement décalé. “Let’s clone” est un autre grand moment de l’album, avec son “lick” de guitare entêtant et sa rythmique tribale limite hypnotique… Incroyable aussi la doublette “Graffiti in space” / “Deaf conductor”, morceaux totalement instrumentaux, et pour autant excitants de bout en bout, épiques par moments…
Bref, que du plaisir. Si vous ne connaissez pas Fatso Jetson, je vous encourage à vous y plonger SERIEUSEMENT pour en apprécier toute la finesse…
Deuxième galette pour le “super” groupe parallèle de notre Josh Homme national (également producteur de l’album) et de l’extra terrestre Jesse Hughes. Clairement, on a passé le cap de la blague de potaches (le premier album), avec ce “Death by sexy” bien sous tous rapports. Non seulement le son est excellent, mais la musique est irréprochable, interprétée par ni plus ni moins que la quasi exhaustivité de la “sphère QOTSA” (on vous fera pas l’affront d’en faire la liste).
A partir de là, que dire de cet album ?
Du bien, d’abord : les compos sont impeccables pour qui avait apprécié les compos entêtantes du premier album, les rythmes saccadés et infectieux typiques du groupe, les vocaux hilarants et les riffs de guitare essentiels et approximatifs. A ce titre, cet album reprend la recette et la “professionnalise” : les compos sont encore plus redoutables (les irrésistibles “I want you so hard”, “Cherry cola”, “Don’t speak”, etc.), et la prod, rutilante, sait faire parler la poudre lorsque nécessaire, tout en maintenant ce son cristallin si peu fuzzé que ça en fait peur de naïveté ! (on est pas habitué)
Mais tirer un constat si élogieux serait abusif : en réalité, on ne sait plus vraiment à quoi s’en tenir. Alors que le premier disque puait l’underground et en devait désirable comme un diamant brut fraîchement découvert dans un tas de caillasses sans valeur, l’effet de surprise ne prend plus : les morceaux approximatifs ennuient un peu (même s’ils sont au milieu de vraies pépites, je le répète !), et ce son trop policé dessert le groupe, aussi étonnant que cela puisse paraître.
Au final, on est un peu déstabilisé. C’est un disque plaisant, il donne la pèche et est très efficace. C’est déjà énorme. Mais si vous attendez un peu plus, ça vous paraîtra un peu léger au bout d’une demi-douzaine d’écoutes.
|
|