Elvis Deluxe – Favorite State Of Mind

Elvis Deluxe - Favorite State Of Mind

La Pologne n’est pas forcément connue pour être la patrie emblématique du stoner, et encore moins le berceau du rock. Etrange de voir débouler ce quatuor hirsute sur nos plates-bandes occidentales civilisées, combo directement issu de cette contrée pourtant peu féconde en groupes référentiels, avec leur godasses toutes crasseuses et leurs grattes pleines de riffs bien crades. Miam.

L’écoute de ce disque est une expérience en soi : ça commence par une petite intro en son clair, petit à petit pervertie par un feedback de gratte frémissant, qui amène un furieux « Let yourself free », brûlot rageur aux limites du punk (tendance Mondo Generator des débuts). Mais même ce titre, qui paraît binaire et brutal, « dégénère » en un refrain aux chœurs harmonisés complètement décalé. Et ce n’est que le début des surprises ! Témoin encore, ce « Out all night » aux sonorités garage suintantes (et aux rythmiques de gratte encore une fois très « Oliveri-esques »), qui, au bout de 3 minutes, dégénère en un orgiaque trip 70’s nappé de synthés suintants, pour mieux revenir vous en coller un en pleine face 2 riffs plus loin. Et l’on passe ainsi de mid-tempos planants à des titres de heavy rock superbement charpentés (« To tell you », ou le mélange complètement improbable de Turbonegro, de Deep Purple et des Who) ou autres titres montrant que le groupe est loin d’être à la ramasse niveau influences « modernes » (écoutez le riff d’intro et le refrain du dantesque « Fire (Loveboy) » et osez me dire qu’il n’est pas dans la droite lignée du QOTSA des 2000-2002). Une chose est sûre en tout cas, Elvis Deluxe ne manque pas de culot (pour rester poli).

Le groupe a clairement mis le paquet dans ses compos, et l’on reprochera peut-être parfois à la prod de ne pas être au niveau attendu sur certains titres (un son un peu maigrelet sur quelques passages). Est-ce que le plaisir d’écoute en pâtit ? Clairement, non. On pourrait même penser le contraire : ce côté garage rend l’ensemble assez excitant. Même si ce disque ne prétend pas révolutionner le monde bien sage du rock au XXIème siècle, il lui colle quand même un sacré coup de pied dans les roubignolles. Et c’est beau à voir.

Yajaira – Lento Y Real

Yajaira - Lento Y Real

Bien qu’enregistré il y a trois ans déjà à Santiago De Chile, le second album du quatuor chilien est actuellement commercialisé en Europe par Freebird avec l’aide de l’excellent label espagnol Alone. Ces Sud-américains sont actuellement en train de mettre sur pied une tournée dans nos contrées qui devrait faire une halte à Londres en compagnie d’Orange Goblin. Comme Natas en Argentine, Yajaira est l’un des trop rares groupes de hard psychédélique rock d’Amérique du Sud à sortir de ses frontières pour nous livrer son stoner très inspiré par les années septante (Black Sabbath en tête). Chanté en espagnol ‘Lento Y Real’ nous entraîne en neuf plages à la découverte d’un desert rock tortueux et lent (mais sans être doomesque) en version latino duquel émerge l’entêtant et hypnotique titre ‘El Ritual’ auquel va ma préférence. Cette production fera le bonheur des fans d’heavy rock très seventies appréciant les vocaux en espagnol.

Gozu – Locust Season

Gozu - Locust Season

Il y a de ces groupes qui déboulent par surprise sur votre platine, sans que l’on en attende forcément grand-chose, et qui se révèlent, après quelques écoutes, d’excellentes surprises. Gozu est de ceux-là, vous l’aurez deviné. Auréolé d’un a priori favorable (Small Stone se trompe rarement, et le « niveau d’entrée » requis pour intégrer son écurie est élevé), ce jeune groupe ricain débarque sans prévenir et pose ses couilles sur la platine disque sans plus de protocole. Tout est là, dès « Meth Cowboy » : un riff replet et cinglant, une rythmique rutilante, une compo finement élaborée (breaks, pré-couplet super-catchy), des vocaux puissants mais propres. La marque de fabrique sonore du groupe est déjà prégnante, construite sur un principe systématiquement ambivalent : titres furieux et rageurs / compositions finement ciselées, saturation / son clair, riffs simplissimes et directs / mélodies efficaces, son de bûcheron énervé / production subtile et élaborée. En évoluant perpétuellement sur tous les tableaux, la richesse sonore de Gozu, ainsi que son audace (les chœurs du couplet de « Regal Beagle », fallait oser !), emportent inéluctablement la timbale. Gozu fait le pari de jouer plus sur l’intellect de son auditeur, la curiosité auditive, l’exigence mélodique. Une approche risquée pour un groupe jusqu’ici inconnu, mais un challenge pour moi réussi, tant ces compos sont bien foutues et riches. Il faut juste franchir le premier pas ; pour le reste, laissez-vous porter, ça avance tout seul.

Colour Haze – CO2

Colour Haze - CO2

« Get it on » qui ouvre cet album est un pur bijou. Basé sur un riff impérial, ce titre s’est installé dans mon crâne en moins de temps que ne le ferait une comptine dans la tête d’un enfant. Le genre de truc pour lequel on ressent l’envie irrépressible de se laisser porter. « Shine » qui suit, s’annonce aussi agréable. Plus relax encore. Ces teutons évoluent dans des eaux kyussiennes sans pour autant céder à la facilité du repompage stricto sensu. Ils font évoluer le travail de leurs inspirateurs principaux. La distance est appréciable, notamment lorsqu’elle se confronte à d’autres sources d’inspiration comme celle du bluesmen James Taylor dont ils ont adaptés un partie d’« Angry blues », morceau archi-connu. Producteur d’une musique au groove soyeux et onduleux, Colour Haze fait partie de ce type de groupe dont l’importance se fait déterminante pour qui veut s’assurer de belles fins de soirées.

Space Probe Taurus – Album éponyme

Space Probe Taurus - Album éponyme

Sortez le cuir et le chopper, c’est parti pour un tour à la Easy Rider. Dès les 1ers accords on se voit déjà en train de chevaucher une belle cylindrée aux côtés de Dennis Hopper et Peter Fonda.

Les effluves de fuzz émanent de la concentration de bikers dans votre lecteur et les assauts furieux de la section rythmique vous rappellent – non sans innocence – le métal de Detroit où sévissaient les furieux du MC5 et des Stooges. On retrouve sur cette plaque les meilleurs élans de Monster Magnet et les soli exécutés avec une dextérité remarquable pourront croiser le fer sans rougir avec un certain Ed Mundell.

Ce groupe n’en est pas à ses débuts: formé en 1992 initialement, après plusieurs albums, apparitions sur des compiles entre labels et autoprods, SPT vient de planter la tente sur le terrain des Belges de Buzzville Records qui, à nouveau, nous offrent ici une toute belle signature. On les saluera au passage.

Le fût est en perce et la fuzz coule à flots. On perçoit ça et là des passages en son clair agrémentés de flanger et les atmosphères psychédéliques qui en découlent nous invitent à troquer la fuzz contre le buzz le temps d’un moment de répit. Mais que cela ne dure pas trop longtemps car la machine monte à nouveaux dans les tours pour nous livrer des riffs incisifs et débridés au son du moteur fonctionnant à plein régime.

Chaque fin s’accompagne d’une odeur de gomme et l’on devine les burns en série pour conclure les titres qui s’avèrent de qualité égale tout au long de l’album. Ca vole haut, ça roule vite et ça tient la route à mort. N’oubliez pas votre casque.

Sheavy – The Machine That Won The War

sHEAVY - "The Machine That Won The War"

sHEAVY est un groupe qui force le respect. Bon an, mal an, ils alignent les disques, et en profitent pour se partager, avec des groupes comme Nebula, l’étendard du bon vieux stoner comme on l’aime. Rien que pour ça, on devrait s’estimer heureux. Mais quand ils débarquent avec un skeud comme ce petit bijou, forcément, on remercie le ciel qu’en plus de tout, ils aient gardé le talent et l’inspiration. “The Machine That Won The War” est inspiré du bouquin du même titre, par Isaac Asimov. Je ne jurerai pas qu’il s’agit d’un concept album, mais ça en a tout l’air ! Pourquoi pas après tout ? En tout cas l’exercice de style est payant.

A noter que “The Machine” marque un triple pas de géant dans la carrière du groupe : l’album marque l’arrivée “officielle” de Kevin Dominic derrière les fûts (qui ressemble un peu au Mario de Nintendo), ainsi que le choix du groupe d’ajouter un second guitariste dans leur ex-quatuor. Une excellente initiative, qui se prête tout à fait, notamment en live, à enrichir et alourdir le son du groupe. Bien vu. Le troisième pas de géant, c’est cette décision d’arrêter avec les pochettes de CD foireuses !! Celle de “The Machine” ne casse pas trois pattes à un canard, mais regardez les précédentes, vous noterez l’évolution.

Niveau zique, sHEAVY fait ce qu’il a toujours su faire : accoucher de riffs divins, les compléter de soli somptueux (voir “The Gunfighters” – vraiment, quelle bouffée d’air frais que ce second gratteux !), et entrecouper ça de breaks vicieux qui feraient groover un macchabée (“Humanoid”). Le tout, évidemment, est porté par la voix de Stephen Hennessey (qui s’est fait re-pousser les tifs, tiens, pour de l’info, c’est de l’info coco !), irremplaçable et impeccable. Inutile de vous la faire, Hennessey est né avec un organe cloné sur celui d’Ozzy (je parle de ses cordes vocales, idiots !), il peut pas changer comme ça. Mais la nouveauté, c’est que la musique de sHEAVY, sans révolutionner ce que l’on aime chez eux, se densifie, devient plus lourde, heavy, quoi. Et là, on sent quelques relents Sabbathiens plutôt sympathiques, des petits bouts de chansons, insidieux, qui font plaisir à entendre (le riff d’intro de “Dawn of the black orchid” ou celui de “Here falls the shadow” devraient vous filer la chair de poule).

Au global, sHEAVY vient d’accoucher d’une galette costaude, un album mûr. Là où ils nous avaient habitués à des collections de petites pépites, cet album défile d’une traite et ne débande pas, un vrai bulldozer, qui ne regarde jamais sur les côtés.

A noter : il existe une édition avec DVD de ce skeud, ne la manquez pas : pour quasiment le même prix, vous aurez un DVD live de pas moins de 20 titres : non content d’enquiller en concert tous les morceaux de “The Machine”, sHEAVY y balance au milieu quelques “oldies” bien sentis, piochés ici ou là dans leur irréprochable discographie. Filmé avec plein de caméras, même si c’est pas vraiment une superproduction, ce concert vaut sans hésitation l’achat du CD !
Bref, on va pas vous faire l’article, ce skeud de sHEAVY est excellent.

Hermano – Live at W2

Hermano - Live at W2

2 albums et déjà le live. Et pourtant, des concerts de Hermano,il n’y en a pas eu des centaines, quelques dizaines tout au plus, dont une majorité en Europe (il est donc légitime que ce témoignage ait été capturé en Hollande).

Cet enregistrement se fait donc l’image très fidèle de la tournée européenne de fin 2004 durant laquelle Hermano a sillonné bon nombre de pays et villes dans lesquels peu de groupes de ce “niveau” (entendre “modeste” en terme de ventes de disques) oseraient s’aventurer, des “no man’s land” musicaux parfois, où assurer des concerts “rentables” est plus une gageure qu’une garantie. Fidèle à son attitude de toujours, le groupe a donc arpenté le vieux continent à l’arrière de son petit van, et a donné plus d’une quinzaine de concerts mémorables, petites parcelles de rock intemporel, petits plaisirs stoneriens égoïstes, clins d’oeil complices teintés de hard rock et de digressions musicales toujours fort à propos.

Cette tournée, la plus longue de Hermano, se termina donc au célèbre W2 de Den Bosch, en Hollande, salle dans laquelle ont été placés quelques dizaines de micros, “juste pour voir ce que ça donnera”. Et ce que ça donne, c’est du bon, du très bon. Du très pur, avant tout, du brut, du rock’n’roll comme il devrait toujours être, avec du larsen, du feedback, des doigts qui grattent des cordes entre les morceaux, un batteur qui frémit, des musiciens qui se parlent, tout ça on l’entend en montant un peu le volume, et l’on s’y croit. Tout juste l’enregistrement a-t-il été un peu remixé, pour s’assurer que chaque musicien était assez audible. Le résultat est impeccable (à noter que, comme sur l’ensemble de la tournée, le jeune Olly Smit, guitariste “remplaçant” pour cette série de concerts, est un peu “sous-mixé”), en terme de son. Un vrai bonheur : chaque musicien est parfaitement “audible”, le chant de Garcia est sans faille (et ça c’est pas dû au mixage : pas un pain durant le concert – je peux vous l’assurer pour avoir l’enregistrement original !), la base rythmique (Dandy + Leathers) est inattaquable, et comme de plus en plus avec Hermano (surtout depuis que Hermano est devenu son “groupe n°1”), David Angstrom est le maître des lieux, s’exprimant avec sa gratte comme un second chanteur, glissant dans tous les morceaux des riffs cinglants, des soli blindés d’effets tout à fait bienvenus, des licks “de fond” pour accompagner Garcia (quand ce ne sont pas des choeurs), des “nappes sonores” constantes… Toujours présent, inutile de se demander pourquoi Angstrom est finalement le seul membre du groupe que l’on reconnaît clairement, victorieux, sur la pochette de ce live. C’est clairement “l’homme du match” pour reprendre un champ lexical footballistique…

En terme de set list, pas la peine de tortiller, c’est impeccable. Un regret toutefois : 18 titres ont été joués ce soir-là à Den Bosch, et seulement 12 figurent cette galette. Autre regret de “puriste” : deux titres de Kyuss ont été joués ce soir-là (“One Inch Man” et “Green Machine”), et aucun ne figure sur cette galette. Dommage, d’autant que l’on ne peut pas trop expliquer ce choix par un enregistrement de mauvaise qualité (les bandes d’origine que j’ai avaient “One Inch Man”, et l’enregistrement – tout comme la performance – était excellent). Idem pour “Let’s get it on” en duo avec Aleah X (devenue depuis membre officiel du groupe), “Angry American”, ou autres “Brother Bjork”, ils manquent à l’appel, et c’est bien dommage. Mais trêve de pleurnichages, même si le “témoignage” live n’est pas exhaustif, on ne peut que constater qu’en tant qu’album, il s’agit quand même d’une excellente galette auto-suffisante, parfaitement équilibrée entre titres des deux albums du groupe, entre titres rapides et morceaux plus lents, le tout mené à un bon rythme, sans temps morts.

Bref, on pouvait craindre le pire d’un album live si “précoce” dans la carrière du groupe, il s’agit finalement d’un excellent album, honnête (pas l’ombre d’un overdub à l’horizon), modeste, et sérieusement rock’n’roll. Une vraie bonne surprise.

Om – Pilgrimage

Om - Pilgrimage

Diantre! Déjà 2008 et je ne vous ai toujours pas parlé du dernier de mes 4 albums de l’année qui vient à peine de s’écouler (un roudoudou à celui qui trouve les 3 autres, entre 20 chroniques et le sujet sur le forum, ça ne devrait pas être trop difficile). Pire, on aurait pu parier, mes collègues en premier, que je me ruerais pour en faire la chronique. Et bien non, et pourtant, ce disque est énorme, mais comme eux, je me suis encore plus assagi. Prenons notre temps, savourons.

Cisneros et Hakius me laissent devant le même problème que lors de ma chronique de Conference of the Birds : l’absence d’évolution. On l’a bien compris, ils ne changeront jamais leur formule. Il faut dire qu’elle latte. La boucle musicale est leur exercice favori et ils viennent de frapper un grand coup. Aucun morceau ne commence, aucun n’a de fin. Fade in, fade out, repeat all, à nous de décider quand commencer et terminer le trip. Le duo part sur les chemins du pélerinage, vont à Jerusalem et nous propose de partager son chemin.

Comme si leur musique n’était pas déjà si répétitive, ils s’amusent à enfoncer le clou en réinterprétant encore une fois ‘Set the controls for the heart of the sun’. L’ambiance y est encore plus reposante, sert à la fois d’intro, de corps et d’outro à ce disque à la puissance de feu décuplée. Mais pour noter ce détail, il faudra attendre l’arrivée de ‘Unitive knowledge of the godhead’. Albini – dont le nom derrière le mot ‘producteur’ semble devenu autant synonyme de vente assurée que de qualité – a au moins soigné le boulot pour ces deux génies de la musique lourde. Le son catapulte l’auditeur face contre terre. La ride de Chris Hakius va vous hanter sans cesse, vous condamnant, telle une drogue sournoise, à des écoutes répétées. Om, besoin de guitare ? Foutaises, il faudrait d’abord que Cisneros lui ait laissé de la place dans le spectre sonore. Ce disque est un mastodonte et Billy Anderson doit quelque peu jalouser le savoir-faire du chicagoan qui a permis au groupe de conserver sa densité tout en gagnant en clarté.

Après, on en revient à la même conclusion : les fans adoreront refaire encore une rotation de tourniquet, surtout que celui-ci ne semble pas vouloir s’arrêter, les autres auront peur, ou vite la nausée.

Nebula – Heavy Psych

Nebula - Heavy Psych

Cela fait plus de deux ans que l’on attend le successeur d’Apollo, dernier album en date de Nebula. Et voilà que le groupe nous sort un simple EP de 6 titres pour nous faire attendre. Ca sent un peu l’arnaque moi je pense, où plutôt je pensais. Avec Heavy Psych, le groupe explore de nouveaux espaces et ce à la limite de l’expérience sous psychotrope, à se demander si le titre n’est pas en rapport avec cela. Tout en reconnaissant la patte Nebula, on ne peut s’empêcher de penser en écoutant ce mini album que le groupe a voulu tenter des choses, aller encore plus loin dans le planant. Les rythmiques de guitares s’envolent littéralement vers des niveaux rarement atteints et c’est peu dire lorsque l’on connait Eddie Glass. Et le mieux dans tout ça c’est que ça sonne bien et même très bien. Si vous avez les chakras ouverts juste comme il faut, vous allez vous retrouvez transporté par un son planant, prenant, trippant. Le travail de production sert admirablement des compositions de très bonne facture et on regrette juste que ce ne soit pas un peu plus long. Avec quelques titres de plus, on tenait là l’album de l’année.
Avec Heavy Psych, Nebula nous met l’eau à la bouche et ne fait que redoubler notre attente du prochain album.

Down – Diary Of A Mad Band

Down - Diary Of A Mad Band

Phil Anselmo avait pour ainsi dire « vendu la mèche » en 2006 lors de la tournée européenne du gang de la Nouvelle-Orléans en répétant que les gigs étaient enregistrés pour une sortie future. Rebelote lors de la tournée 2008…..et pourtant, toujours rien à l’horizon. Il faudra attendre 2010 pour enfin tenir dans les mains ce « Diary of a Mad Band ».Et Dieu sait que si il y a bien un groupe dont la puissance de feu scénique méritait un témoignage à jamais gravé sur un CD (à défaut du marbre), c’est incontestablement Down. Et quel témoignage mes enfants !Enregistrés sur la tournée européenne 2006 du combo, les 17 titres de ce double CD suffisent amplement aux fans pour se replonger dans l’ambiance brumeuse des salles ayant accueilli le groupe……et suffiront aux autres pour prendre une claque magistrale. Car force est d’avouer que le groupe vient d’accoucher d’un live qui va figurer au panthéon des albums « en public », au même titre qu’un « If You Want Blood » de AC/DC. Ce carnet de route, car c’est bien ainsi qu’il se présente finalement (les enregistrements proviennent de 15 dates différentes), balaie la quasi intégralité des deux premiers opus du groupe. Rien que du lourd donc, entre le suintant Rehab, le tonitruant Lifer, ou encore l’envoûtant Learn From This Mistake. Ca fait du bien là où ça passe. Les titres défilent à toute allure (comme Kate Moss pour Gucci ou la Légion étrangère sur les Champs-Elysées par un 14 juillet ensoleillé) au rythme des hurlements d’Anselmo, des riffs assassins de la paire Keenan/Windstein, de la patte groovy de Rex Brown et des frappes de mule de Jimmy Bower. Et quand après 13 morceaux on se prend à penser que nos oreilles ne se sont pas encore délectées des hymnes que sont Jail, Eyes of The South, Stone The Crow et Bury Me in Smoke, on se fait une idée bien précise de ce qu’est l’apocalypse selon Down. Quel final, quel final……à en avoir la chair de poule.Et qu’obtient-on si l’on ajoute l’image à ce déluge sonore jouissif me demanderez-vous ? La réponse est simple : un DVD monstrueux, de près de 2H00, suivant le groupe aux 4 coins du vieux continent. Les 17 titres sont exactement les mêmes que sur le double CD (mais la piste audio est issue pour certains d’enregistrements différents). Et malgré le fait que les images illustrant chaque morceau proviennent de concerts différents (le tout entrecoupé de minis « tranches de vie » on the road : Phil dans un canapé, Kirk sur les toilettes….), on se laisse volontiers prendre au jeu, d’autant que Down est une véritable « bête » de scène. Bref, un DVD à l’ambiance très mâle, qu’il fait bon regarder la nuit dans une hutte au fond des bois. Seul petit bémol : un Bury me in Smoke version Download festival en guise de final….qui rend quand même moins bien qu’un Bury me in Smoke joué dans l’intimité d’une petite salle obscure et moite.

Hotel Wrecking City Traders – Somer Wantok

Hotel Wrecking City Traders – Somer Wantok

La structure bicéphale des antipodes se rappelle à notre bon souvenir avec un seven inch à l’artwork de toute grande classe ! Les amateurs de vinyles oldschool vont adorer ce quarante-cinq tours à la pochette bien épaisse ornée d’une photo bien travaillée et de lettrages dorés. Cette pièce vaut son pesant de cacahuètes.
Question son, on est dans la galaxie du microsillon et le fuzz du duo de Melbourne attaque foutrement dans les basses. Les voisins vont adorer les gros riffs barrés de Toby et les martellements pachydermiques de Ben. Concise, vu le format pour lequel le groupe a opté, cette plaque noire est composée de deux titres : ‘Somer’ et ‘Wantok’.
Assez similaires dans leurs conceptions, les deux plages instrumentales sont la suite logique des précédentes productions d’Hotel Wrecking City Traders : un riff de gratte bien saturée et pas trop rapide commence à tourner puis une batterie plombée embraye. Ensuite, les deux collègues jamment autour de la structure de base dans un registre à la fois fuzzy et bien burné.
Binaire à la première écoute, le style des Australiens et d’une efficacité redoutable et j’ai un petit faible pour ‘Somer’ dont le tempo est un peu plus rapide que celui de l’autre face. J’avais flashé lorsque ce groupe m’avait envoyé sa première autoprod et je me réjouis de la suite de ses aventures discographiques qui me rappellent à la fois Om et Monkey 3.

Asva – Futurists Against The Ocean

Asva - Futurists Against The Ocean

Steven O’Malley et Anderson n’ont pas la main mise absolue sur la lourdeur. En effet, des éléments dissidents de Burning Witch, anciens compères, passés traîtres, de David Hasselhoff ont décidé de leur montrer que celui-ci n’était pas le seul à avoir créer ce renouveau « drone » basé sur l’utilisation abusive d’une amplification vintage répondant au mystérieux nom de « sunn ».

Pour cela, Dahlquist et B.R.A.D., le percussionniste albinos, se sont acoquinés à d’autres malades de l’expérimentation sonique, dont un certain Spruance, que beaucoup doivent connaître (Mr Bungle). Le résultat, pour peu que l’on soit réceptif à cette musique d’ambiance, est proprement hallucinant. Car là où Sunn, après avoir rendu hommage à Earth et son fameux « Earth2 », a cherché à se renouveler par l’exploitation du chant sous toutes ses facettes, (économisant à ASVA d’en faire de même), ceux-ci se sont orientés vers l’ajout d’instruments à la connotation plus ésotérique, comme l’orgue Hammond, qui acquiert ici une image sombre de culte païen dans les catacombes en hommage à Pazuzu. Ajoutez à cela des carillons chinois (je suis sur qu’il existe un nom pour un instrument de ce type mais j’ai la flemme de le chercher) ainsi que ce jeu avec la disto pure des amplis et vous obtiendrez une visualisation proche de ce propose ASVA.
Les deux premiers morceaux sont du drone pur, tendu, malsain, très proche de celui des Grimmrobe démos, auquel vient s’ajouter le fameux orgue, qui transforme ce qui aurait pu être un exemple typique du sujet à débat : « drone : génie ou fumisterie ? » en un cérémonial pompeux et magistral, à la limite du péplum, avec ces coups de tambour battant la mesure, dans un avènement progressif digne d’un sacrifice.La réelle surprise à l’écoute de ce disque se produit sur la seconde partie du troisième morceau, lorsque daigne enfin entrer la maîtresse de cérémonie, Jessica Kenney. Car oui, ASVA s’est aussi décidé à employer des voix. Mais très loin de Barbara Hendricks, Kenney enflamme la vision occulte du drone d’ASVA, lui conférant encore plus de symbolique. Ses vocaux sont l’œuvre d’une âme possédée : aigus, puissance ravageuse, ses lignes de chant prouvent que le drone peut être chanté et s’en retrouver sublimé.

Lourd, insidieux, païen, occulte, sacré, mystique, biblique, dois-je vraiment continuer à vous énumérer la liste des sentiments ressentis à l’écoute contemplative d’ASVA pour que vous saisissiez la portée d’un drone enfin renouvelé ? Je ne le pense pas.

(chronique jamais parue écrite en 2005 pour un fanzine belge, je me suis dit, après l’avoir retrouvée que ce serait bête de ne pas s’en servir.)

Viaje A 800 – Diablo Roto De…

Viaje A 800 - Diablo Roto De…

L’Espagne serait-elle en train de devenir la nouvelle Mecque du stoner rock ? Après la scène italienne dont on attend des nouvelles, la péninsule ibérique fait fort, très fort. Viaje A 800 ouvre son album en plaçant la barre très haut avec ‘Roto blues’, proto-stoner doom blues d’excellente facture. Ralenti, dépouillé jusqu’à l’os, le titre se jette après onze minutes et quelques breaks d’une tension insoutenable dans un océan de fuzz. Puis retour à un tempo doom avec ‘Solo’. Ce disque est d’autant plus remarquable que le chant est en espagnol. Une langue parfaitement appropriée au sujet. A l’opposé de certains groupes de doom qui ne délivrent que des monolithes de charbon anthracites suintant la dépression, ce disque, s’il fallait le rapprocher d’une couleur, est rouge flammé. Très chaud donc. Brûlant même. De nature à rallier les stoner addicts les moins sensibles au doom. C’est ce qu’illustre l’artwork du CD. Une combinaison entre la torride et moite activité sexuelle en réunion et l’obscure perversion du Malin. En tous les cas, ce disque présente un caractère réellement excitant. Jouissif même. Innovant certainement, puisqu’il propose d’accompagner un long morceau de dix minutes, ‘Vuelo Inferno/After en marte’, par du saxophone, ce qui n’est pas commun. Suit une blues song réellement réjouissante avant que le disque ne finisse par ‘Valiums’. Titre qui résume parfaitement le voyage vers lequel nous entraîne le morceau. Viaje A 800 est simplement un groupe jubilatoire.

Clutch – Robot Hive / Exodus

Clutch - Robot Hive / Exodus

Alors que quatre ans séparaient « Pure Rock Fury » de « Blast Tyrant » sorti l’année passée, Clutch nous revient déjà avec une galette bien remplie au titre énigmatique. Actif depuis bientôt 15 ans, ce groupe s’est progressivement imposé comme une référence dont la renommée dépasse largement le petit monde du stoner. Grâce à un line-up inchangé depuis leurs débuts, ces quatre musiciens hors-pair originaires du Maryland ont réussi à développer leur propre style unique et incomparable qui culmine aujourd’hui avec ce septième album studio.La première chose qui marque à la vue de ce « Robot Hive / Exodus », c’est le soin apporté à la réalisation de l’artwork, travail entamé depuis l’album précédent. A une époque où beaucoup se contentent de télécharger les albums, ce détail a son importance. Et pour ne rien gâcher, le ramage se rapporte ici au plumage. Clutch enfile ses morceaux tous plus groovy les uns que les autres sans temps mort, ne laissant aucun répit à l’auditeur. Bien que la base soit toujours heavy, cet album élargit un peu plus le champ des influences, incluant des éléments funk, soul, boogie ou blues dans une série de titres mid-tempo bourrés d’arrangements qui n’alourdissent jamais le morceau. Tim Sult est passé maître dans l’art de faire tourner les riffs pendant que Jean-Paul Gaster déballent tout son savoir-faire derrière les fûts, s’interdisant toute monotonie. Ce gars est l’incarnation de l’anti-binaire, la garantie de ne jamais s’emmerder avec une batterie pataude et il forme avec Dan Maines une des sections rythmiques les plus solide et intéressante qu’il m’aie été donné d’entendre. Il ne reste plus à Neil Fallon qu’à poser sa voix immédiatement identifiable, à la fois puissante et mélodique, pour nous balancer des refrains hyper-mémorisables. Histoire de faire groover tout çà un peu plus, Clutch s’est adjoint les services de Mick Schauer, nouveau membre à part entière et chargé de faire résonner son Hammond sur la majorité des morceaux. Loin de le cantiner à un second rôle, il est toujours utilisé à bon escient et enrichit les compos, se permettant même quelques solos du plus bel effet.Impossible de sortir un morceau du lot, tous sont excellents et si jusqu’à présent le heavy était traditionnellement associé au headbanging le poing levé, Clutch démontre qu’il peut également rimer avec les déhanchements du bassin, debout au milieu du salon. Seule la reprise fidèle mais personnelle du classique « Who’s Been Talking ? » d’Howlin’ Wolf offerte en fin d’album vous permettra de souffler et de reprendre vos esprits.Si vous connaissez déjà Clutch, foncez dès maintenant chez votre disquaire. Dans le cas contraire, il est grand temps de rattraper votre retard.

Compilation (Underdogma Records) – Judge Not…

Compilation (Underdogma Records) - Judge Not...

Et une de plus, une. Double cette fois-ci, et qui nous vient d’Amérique. Cette propension à la compile que connaît le « stoner rock » actuellement est manifestement le signe d’un débordement de vitalité d’une scène qui, depuis les glorieuses early seventies, n’a jamais été aussi vivace. On ne s’en plaindra pas ! Tout cela est remarquable. Donc pas moins de 28 groupes, quelquefois déjà connus (7 en ce qui me concerne), souvent inconnus (donc 21), quelquefois à chier, souvent alléchants. Comment parler de 28 groupes sans en faire trois pages ? En faisant des catégories pardi. J’en propose cinq. Les groupes « Oh my God », les « waouh », les « yeah », les « allright» et les « hum, hum ». Concision maximum. On commence vite fait par les « hum, hum ». The Quill la musique est plutôt pas mal, mais le chant lyrique à la Dickinson, pur jus années 80 gâche tout. Smoke in Sunshine avec des voix féminines à la con hurlées est chiant à mourir. Basta ! Les « allright » maintenant. Le délire électro psyché de Doubleneck, Astroqueen, Satellite Circle, Bozeman’s Simplex n’offrent rien de particulièrement intéressant. Pas plus que The Mushroom River Band, l’autre groupe de Spice des Spiritual Beggars qui ne fait rien d’autre que du clochard spirituel et Solarized, grosse déception de l’étape qui m’avait pourtant emballé sur son album. Out. Les « yeah » se composent de Volume et leur heavy rock, de Plaster qui fait du Ozzy déjanté, de Pale Divine qui se la joue Black Sabbath, de Solace, toujours bien, de Puny Human qui donne dans le Kyuss, la voie arrachée en plus, de Bonwater 666 qui, sur un très court morceau se la donne Hammerhead et de Half Man, un peu en dessous de leur fabuleux disque du fait de la voix trafiquée sur un heavy blues. Les « waouh » reviennent à Calamus d’un gras incommensurable. A Zerocharisma découverts sur une autre superbe compile : « The Mob’s New Plan », qui se pointent avec un titre dans la veine de leur dernier MCD oscillant entre Kyuss et Hellacopters. A Traumatic, kyussien en diable mais avec un petit truc metal en plus, vraiment excellent. A Syrup, groupe de sauvages. A Raging Slab qui propose un blues rock avec une sorte de Lemmy au chant et le vrai Dale Crover aux drums. A Buzzard et à son rock’n’roll finement hâché. Au tour des « Oh my God ». The Men Of Porn tout d’abord. La baffe totale. Un son monstrueux. Une violence sourde et contenue. Ça dégueule de hargne. Twin Earth ensuite. Superbe titre long et envoûtant, au rythme tantôt soutenu, tantôt plus aérien. Imparable. Leur meilleur titre à ce jour, n’en déplaise à certains. Mustach. Les plus heavy de tous. Hypra doom à la Sabbath au début et puis ça s’emballe, ça hurle, ça vocifère et puis ça se remet à écraser. Enorme. Gammera nous assène une sorte de groove à la Kyuss sacrément heavy. C’est enlevé, c’est léché, c’est beau. Et pour faire digérer tout ça : du blues. Du blues rock assez jouissif avec Taildragger, plus heavy avec Ironboss qui à certainement beaucoup écouté Mule et qui le lui rend bien en plus corrosif encore. Et on fini avec Five Horse Johnson, qui se pose là avec son blues rural de première classe. Du blues au doom en passant par le heavy et le hard rock, cette compile au prix modique (110 frs) est un must. En plus de celle-ci, l’acquisition des autres compiles chroniquées dans ces pages fera de vous un incollable de l’actualité du fabuleux monde du stoner rock.

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