Compilation (Underdogma Records) – Judge Not…

Compilation (Underdogma Records) - Judge Not...

Et une de plus, une. Double cette fois-ci, et qui nous vient d’Amérique. Cette propension à la compile que connaît le « stoner rock » actuellement est manifestement le signe d’un débordement de vitalité d’une scène qui, depuis les glorieuses early seventies, n’a jamais été aussi vivace. On ne s’en plaindra pas ! Tout cela est remarquable. Donc pas moins de 28 groupes, quelquefois déjà connus (7 en ce qui me concerne), souvent inconnus (donc 21), quelquefois à chier, souvent alléchants. Comment parler de 28 groupes sans en faire trois pages ? En faisant des catégories pardi. J’en propose cinq. Les groupes « Oh my God », les « waouh », les « yeah », les « allright» et les « hum, hum ». Concision maximum. On commence vite fait par les « hum, hum ». The Quill la musique est plutôt pas mal, mais le chant lyrique à la Dickinson, pur jus années 80 gâche tout. Smoke in Sunshine avec des voix féminines à la con hurlées est chiant à mourir. Basta ! Les « allright » maintenant. Le délire électro psyché de Doubleneck, Astroqueen, Satellite Circle, Bozeman’s Simplex n’offrent rien de particulièrement intéressant. Pas plus que The Mushroom River Band, l’autre groupe de Spice des Spiritual Beggars qui ne fait rien d’autre que du clochard spirituel et Solarized, grosse déception de l’étape qui m’avait pourtant emballé sur son album. Out. Les « yeah » se composent de Volume et leur heavy rock, de Plaster qui fait du Ozzy déjanté, de Pale Divine qui se la joue Black Sabbath, de Solace, toujours bien, de Puny Human qui donne dans le Kyuss, la voie arrachée en plus, de Bonwater 666 qui, sur un très court morceau se la donne Hammerhead et de Half Man, un peu en dessous de leur fabuleux disque du fait de la voix trafiquée sur un heavy blues. Les « waouh » reviennent à Calamus d’un gras incommensurable. A Zerocharisma découverts sur une autre superbe compile : « The Mob’s New Plan », qui se pointent avec un titre dans la veine de leur dernier MCD oscillant entre Kyuss et Hellacopters. A Traumatic, kyussien en diable mais avec un petit truc metal en plus, vraiment excellent. A Syrup, groupe de sauvages. A Raging Slab qui propose un blues rock avec une sorte de Lemmy au chant et le vrai Dale Crover aux drums. A Buzzard et à son rock’n’roll finement hâché. Au tour des « Oh my God ». The Men Of Porn tout d’abord. La baffe totale. Un son monstrueux. Une violence sourde et contenue. Ça dégueule de hargne. Twin Earth ensuite. Superbe titre long et envoûtant, au rythme tantôt soutenu, tantôt plus aérien. Imparable. Leur meilleur titre à ce jour, n’en déplaise à certains. Mustach. Les plus heavy de tous. Hypra doom à la Sabbath au début et puis ça s’emballe, ça hurle, ça vocifère et puis ça se remet à écraser. Enorme. Gammera nous assène une sorte de groove à la Kyuss sacrément heavy. C’est enlevé, c’est léché, c’est beau. Et pour faire digérer tout ça : du blues. Du blues rock assez jouissif avec Taildragger, plus heavy avec Ironboss qui à certainement beaucoup écouté Mule et qui le lui rend bien en plus corrosif encore. Et on fini avec Five Horse Johnson, qui se pose là avec son blues rural de première classe. Du blues au doom en passant par le heavy et le hard rock, cette compile au prix modique (110 frs) est un must. En plus de celle-ci, l’acquisition des autres compiles chroniquées dans ces pages fera de vous un incollable de l’actualité du fabuleux monde du stoner rock.

Dixie Witch – Into The Sun

Dixie Witch - Into The Sun

Et dire qu’il existe des groupes comme ça et que personne ne les connaît, quel gâchis ! Ce trio texan écume un par un tous les bars des USA, convertit tous ceux qui les voient à leur cause, ont enregistré un album brillant, et pourtant aucune pub, pas de distribution européenne (jetez-vous sur internet, www.brainticket.com), rien pour les aider à répandre leur bonne parole de par le monde, pour disséminer ces effluves de souffre mélangées à cette poussière sèche des déserts yankees, le tout teintant leur heavy rock chaleureux et heavy ! Catalogués ‘stoner rock’ par les plus fainéants, Dixie Witch est tellement plus que ça ! Surdoués de l’impro qui tue et du jam qui fait mouche, les Witch nous assènent des nappes de guitares aériennes et inspirées, des soli subtils mais brillants, le tout charpenté comme il se doit par un excellent bassiste qui a fait ses gammes au doux son de l’éléphantesque basse de Scott Reeder (Kyuss, Unida). Le plus impressionnant est sans nul doute ce batteur incroyable, empruntant parfois au jazz pour les passages les plus enlevés, au jeu varié et fin, sans jamais se défaire de cette frappe de mule qui ajoute en puissance à des passages instrumentaux hypnotiques et heavy ; cela ne l’empêche pas de chanter sur la quasi-totalité des chansons, absolument incroyable pour un batteur de cette trempe et au jeu aussi complexe. Bref, si jamais vous cherchez une musique originale, heavy, bien jouée, ambiancée, chaleureuse, mélodique et subtile, ce n’est pas ailleurs qu’il faut chercher.

Comets On Fire – Blue Cathedral

Comets On Fire - Blue Cathedral

Il est particulièrement plaisant de voir que le fameux label Sub Pop renoue avec ce qui a fait son succès. Car Comets On Fire est un groupe qui vous renvoie illico à la fin des années 80. Epoque Green River, Mudhoney, Thee Hypnotics et tutti quanti. Période bénie, gorgée de fuzz, de rage électrique et de transpiration. On ne se ménageait pas en ces temps là ! On en avait bien plus que pour son argent ! L’énergie débordait de toute part. Le chaos était d’inspiration psychédélique. Mais toujours traversé par le punk rock et par le hard rock. Sans aucune réserve. Les combinaisons les plus audacieuses restaient fluides. Et dans ce réjouissant foutoir on pouvait aussi bien croiser les Stooges que Hawkwind, Pink Floyd, Led Zeppelin, Neil Young ou encore Blue Cheer. C’est en cela que Comets On Fire est aussi jouissif. Ses excès sonores sont à célébrer. Mais aussi et surtout, il faut rendre hommage à la multiplicité de références que ce groupe parvient à mobiliser avec une intelligence remarquable. Comets On Fire ravira assurément les fans du early Monster Magnet, de Dead Meadow ou encore de On Trial. Comme on disait dans le temps : si vous ne pouvez pas vous payer ce disque, volez-le !

Raging Slab – The Dealer

Raging Slab - The Dealer

Et voilà la nouvelle galette du groupe de Greg Strzempka qui déboule, comme d’hab’ dans l’indifférence générale. Album après album, les ‘pas-si-sudistes’ alignent les réussites, évoluent sans jamais se dépareiller de leur gros rock bien gras. Toujours très influencés par le boogie rock sudiste, ils s’en démarquent par ce chant très caractéristique et cette slide guitar toujours présente. Ils enchaînent donc les titres (seize au total quand même, on en a pour notre argent !) sans se prendre la tête, toutes guitares en avant, incorporant un peu partout ces instrumentaux géniaux dont ils ont le secret, cette basse grondante et toujours ce chant à fleur de peau, bien mis en avant dans le mix (on se demande d’ailleurs ce qui est mis ‘en retrait’ dans le mix, tant le son est énorme !). Bon, inutile de lister les bonnes chansons, l’album en regorge, de tous les genres, du plus heavy à la ballade, du plus rapide aux passages limites folk, sans jamais perdre son identité, et en visant juste à chaque fois. Tous sont réussis et on ne s’ennuie pas un instant.

Yawning Man – Pot Head

Yawning Man - Pot Head

J’ai bien aimé le LP de Yawning Man sorti en 2005. Original, bien barré, bien joué, doté d’un son sympa et chiadé, et de compos fort bien foutues. La sortie d’un EP aussi rapidement s’annonçait donc comme une bonne nouvelle.

Pour info, Mario Lalli ne joue pas sur cet EP, remplacé par leur bassiste “live” Billy Cordell. C’est moins “fun”, et ça devient du coup (au moins dans les esprits, on se voilait peut-être un peu la face auparavant) le groupe solo de Gary Arce. Enfin bon, ça joue pas mal,on va pas se plaindre.

Conceptuellement, en tout cas, rien ne change, sauf que c’est que 4 chansons : les chansons sont uniquement instrumentales, le son de gratte est toujours aussi “surf music meets stoner rock”, parfois un peu chargées en écho, mais en tout cas toujours original.

Les compos sont sympa, mais s’affirment un peu plus “introspectives” que sur “Rock Formations”. Alors si on lit la bio, on y parle de Pink Floyd, faut pas charrier non plus. Néanmoins, ça flirte un peu avec le prog, et je ne trouve pas le résultat plus heureux pour autant. A mon sens, une musique uniquement instrumentale se doit d’être plus “charpentée”, de remplacer le manque de chanteur par un émerveillement de tous les instants : c’est ce qu’avait bien compris Karma To Burn, par exemple, et c’est là que s’égare un peu Yawning Man sur cet EP. Voir “Manolete” par exemple, un morceau un peu longuet qui se regarde un peu le nombril, et qui au final n’a rien qui permette de le garder en tête (il manque ZE riff).

Alors au global, cet EP est quand même très agréable, et il est intéressant de le distinguer de l’album “Rock Formations” pour ses velléités plus “expérimentales”, même si les bases de la musique du trio californien sont les mêmes.

Cable – Northern Failures

Cable – Northern Failures

Entre sludge, hardcore et metal, Cable sortait en plein mois d’août deux-mille-un son second et ultime effort chez Hydra Head avant de rejoindre l’écurie Dark Reign. Aussi sombre que son artwork, cette production dopée aux amphétamines ne laisse aucun repis à son auditeur ; elle enchaîne les coups de blast de bout en bout tout au long, ou presque, des onze plages la composant. Assez proche d’Unsane pour le rendu final, ce groupe ayant pas mal évolué tout au long de sa carrière, proposait un album noisy et distordu avec ça et là quelques incursions de guitares acoustiques (mais n’allez pas espérer trouver une ballade sentimentale pour autant). Trois titres se détachent nettement du magma sonore mitonné par le trio du Connecticut pour la première année du nouveau millénaire. D’abords ‘Climb The Cactus’ avec ses touches aériennes, puis le concis ‘The City Dump’ bien rentre-dedans et enfin, mon préféré, ‘Can’t You See’ qui apparaît comme une bouffée d’air frais au terme d’un album oppressant. Construite de manière très efficace, cette ultime plage tortueuse devient rapidement entêtante en tournant sans cesse autours d’une mélodie toute simple appuyée par des cœurs tranchant nettement avec les vociférations poussées sur la plupart des titres de cette sortie ; les touches discrètes de claviers et de cordes apportent une dimension agréable aussi. Tout ça pour dire que j’ai retrouvé ce disque coincé sous un meuble en faisant de l’ordre dans le local qu’occupe une partie des Suisses actifs sur ce site.

Blackstone – Blackstone

Blackstone - Blackstone

Ca alors, c’est pas commun : un groupe français qui se revendique ‘stoner’, ça court pas les rues ! Alors évidemment, on ne sait pas à quoi s’attendre avant d’écouter Blackstone pour la première fois, ce nouveau projet initié par Marc Varez, plus connu sous nos contrées comme le batteur de Vulcain (rien à voir musicalement avec ce qui nous est proposé ici). Quel soulagement une fois les premières notes passées. Allez, ne gardons pas le suspense plus longtemps, c’est un excellent disque de stoner, et un superbe disque tout court. Tout commence merveilleusement avec la combinaison ‘Are You Ready’/’I Love Her’, deux morceaux hyper heavy, s’appuyant sur des riffs énormes. Au bout de deux ou trois chansons, on commence en fait à comprendre le fondement de tout ça : de par leur position de précurseurs du stoner en France, ils ont fait le meilleur des choix dans leur approche de la musique, c’est-à-dire qu’ils ont choisi de repartir aux bases du stoner, aux racines du genre même, c’est à dire avant tout aux premiers Black Sabbath, mais aussi, et ce n’est pas du tout à négliger, aux vrais précurseurs du genre tels que Masters Of Reality. On retrouve donc des relents du groupe de Chris Goss sur certains morceaux, et ce n’est pas pour nous déplaire ! On tombe aussi parfois sur des morceaux aux influences blues prononcées (je ne parle pas du ghost track, tendance country !). Le morceau titre ‘Blackstone’ n’est pas sans rappeler le Danzig des débuts (!), tout comme ‘Erotic Theater’, c’est dire la variété de genres musicaux et d’influences brassés sur ce disque. Et le plus fort c’est que le tout reste excellent, brillant à plus d’un titre. Complètement décomplexé, le groupe se lance dans des passages audacieux de claviers, d’harmonica, de voies orientales (influences orientales très prononcées sur plusieurs morceaux, encore une expérimentation inédite plus que réussie !), etc, le tout s’incorporant magnifiquement aux chansons, et servi avec efficacité par une production énorme. Les musiciens, d’illustres inconnus jusqu’ici, sont excellents, sans parler de ce très bon chanteur, Ian Kent, à la voix tour à tour chaude et rocailleuse, bluesy ou heavy. Bref, inutile de tergiverser, il s’agit d’un disque à se procurer immédiatement. Ne le faites pas pour le mauvais prétexte qu’il faut ‘soutenir les groupes français’, mais simplement parce qu’il s’agit d’un des tous meilleurs albums du genre, tout simplement, tous pays confondus.

Los Natas – Nuevo Orden De La Libertad

Los Natas - Nuevo Orden De La Libertad

Il y a quelque chose de rassurant à écouter un disque de Los Natas. Contre vents et marées, contre influences et tendances musicales, Los Natas suit sa voie, évolue tranquillement, et s’enfonce dans son sentier de stoner traditionnel fuzzé, sans demander son avis à personne. Plaire, faire de la musique pour le plus grand monde, ils s’en foutent comme du dernier groupe d’emo-core en couverture de tous les mags de rock. Par exemple, pourquoi essayer de rendre ses paroles compréhensibles par le plus grand monde ? Autant chanter direct en espagnol, on va pas s’emmerder. Pareil pour l’enregistrement : on pourrait mandater un producteur “hype”, mettre des harmonicas et de l’écho ici ou là, mais finalement, on va juste brancher nos instruments et enregistrer chez nous, en Argentine, avec notre pote producteur argentin (et non, pas de Billy Anderson à l’horizon). On met tout dans les compos chez Los Natas, on enregistre à l’instinct, pour mieux servir l’urgence des compos.

Et le trio s’y entend dès que l’on parle de compos : probablement l’un de leurs albums les plus efficaces et structurés, “Nuevo Orden…” propose 10 titres massifs, différents, soignés et finement exécutés (si tant est que “finement” puisse être employé pour définir un son de gratte aussi glaireux…). Les écoutes successives de cet album gravent les mélodies bien profond dans les cerveaux, si bien que l’on se prend à chantonner les morceaux (en “yaourt” espagnol, s’il vous plaît !) en hochant la tête, habités que l’on est… Une atmosphère quasi mystique émane de ces compos. Même les instrus, envoutants, acoustiques, pas trop longs, sont agréables et s’immiscent parfaitement pour mieux lier ces chansons entre elles (voir le majestueux “Dos horses”, au piano et guitare sèche, qui clôt l’album).

Comme d’hab, cet album devrait trouver sa place dans la discothèque de l’amateur de stoner “traditionnel” de tout poil, pour peu qu’il aime passer ses tympans dans une onctueuse rape à fromage et se faire ratatiner le cervelet sans trop comprendre ce qui se passe. Un disque pour nous autres, quoi.

Nebula – To The Center

Nebula - To The Center

Réussissant enfin à se démarquer de l’empreinte du FU (dont ils restent les membres fondateurs avec Scott Hill), nos trois gaillards sont parvenus, à la force du poignet, à se forger un créneau très personnel. Ces enfants du hard rock ont réussi à ciseler un hybride revisitant avec bonheur les pages les plus excitantes du rock’n’roll. Fin des années 60, début des 70’s tout d’abord : où la lourdeur du SAB côtoie le psychédélisme de HAWKWIND qui lui même renvoie aux arpèges et aux relâchements orientaux de LED ZEP. Puis de la première moitié des 70’s avec une touche glam lorgnant du côté des NEW YORK DOLLS. Sans oublier le côté punk et sauvage renvoyant au MC5 et aux STOOGES dont ils reprennent d’ailleurs I need somebody avec Mark Arm au chant. La présence de ce dernier, comme celle de Jack Endino à la production n’est d’ailleurs pas fortuite puisqu’ils font partie de ces acteurs qui, au début des 90’s, ont réintroduit le rock sale, abrasif et hargneux dans le grand cirque rock’n’roll. Depuis Seattle, Sub Pop a alors donné l’impulsion d’un mouvement aussi fulgurant qu’éphémère : le grunge, dont le succès pris rapidement la forme d’une pierre tombale. Et voilà que contre toute attente, Nebula en fait subitement rejaillir une source d’eau pure. De là à dire qu’au final Nebula nous a pondu un disque de grunge serait aller un peu vite. Dire qu’il ne s’en est pas inspiré serait mentir. En tout cas, dites à Francis Fukuyama que la fin de l’Histoire du rock’n’roll n’est pas pour demain.

Torche – Songs For Singles

Torche - Songs For Singles

Mini-chronique pour mini-album. On n’a pas l’habitude de chroniquer les EP, mais la dernière livraison de Torche, malgré ses 22 modestes minutes au compteur, pour 8 chansons, est considéré comme un réel album. Reprenant les hostilités exactement où « Meanderthal » les avait arrêtées, le furieux power trio ne peut pas se permettre, sur une si courte durée, la moindre incartade. Ils attaquent donc direct là où ça fait mal avec le heavy et catchy « UFO ». Rien de révolutionnaire, leur genre et leur son ont peu évolué depuis 2 ans, même si leur musique reste assez variée : on passe du brulôt rapide et heavy 100% typique du groupe (« Lay low », 50 secondes au garrot, « Cast into unknown » ou « Hideaway ») jusqu’au doom presque gothique (« Face the wall »), avec un toujours un son rondouillard et acéré, ainsi qu’une rythmique groovy en diable.

Bref, parlons peu mais parlons bien : si comme moi vous adorez ce groupe et parvenez à mettre la main sur cette galette à un prix correct, foncez, c’est la parfaite suite à Meanderthal. Si en revanche vous ne connaissez pas le groupe, on peut penser que le découvrir avec cet album peut laisser sur sa faim, voire provoquer un effet contre-productif : une collection si resserrée de mandales alignées bout à bout, de manière un peu « déstructurée » peut apparaître un peu indigeste au newbie. Ca reste de la très bonne came.

Ojm – Volcano

OJM – Volcano

Ca commence à faire un bout de temps que la formation italienne se rappelle régulièrement à notre bon souvenir en propageant son stoner psychédélique. S’entourant des grands noms du stoner étasunien, le trio avait bossé avec Brant ‘Mister Cool’ Bjork pour sa plaque précédente. Aujourd’hui c’est avec Dave Catching qu’OJM a collaboré. Monsieur Earthlings ? s’est collé au mixage et au mastering de la chose – avec Edmund Moncef – au studio The Hacienda dans la Cité des Anges ; il a aussi posé des lignes de synthé sur quatre des dix titres composant ce skeud.
Une collaboration ne fait pas un disque et il ne faut pas minorer le talent des Italiens et mettre au crédit de la grosse pointure du stoner rock originel les qualités de cette galette. OJM nous a prouvé depuis belle lurette qu’ils appartenaient au renouveau européen de la branche apaisée du genre ici adulé.
Ce ‘Volcano’, à l’artwork soigné comme à l’accoutumé avec cette formation, affiche une durée totale de trente-cinq minutes et les petits futés qui ont lu cette chronique depuis le début en déduiront que nous tapons ici dans le concis. Outre l’hypnotique ‘Oceans Hearts’ qui explose les sept minutes, les plages ont presque un timing fm compatible. Puisque nous en sommes aux considérations quant à ce titre, lâchons-nous : il s’agit d’une pépite du genre abordée en mid tempo avec des vocaux scandés sur un fond jouissif de rock psychédélique soutenu par des lignes de hammond lequel se termine en jam orgasmique du meilleur cru. L’antithèse de ce titre est le bien nommé ‘Disorder’ qui tape dans le punk’n’roll de derrière les fagots durant à peine deux petites minutes : un régal du genre dont les aficionados des formations nordiques ayant donné ses lettres de noblesse au genre ne pourront que se délecter.
Ces deux extrêmes ne sont pas représentatifs d’une plaque de stoner rock très traditionnel dont ‘Venu God’, ‘I’ll Be Long’ et ‘Wolf’ sont incontestablement les meilleurs représentants. Ces titres d’une apparente simplicité ont un groove diablement efficace. Il n’est pas étonnant que le groupe ait opté pour un de ces titres, en l’occurrence ‘Venus God’ pour propager son rock sur la toile en vidéo. Les transalpins n’en sont pas à leur coup d’essai et ils sont visiblement bien partis pour rester au top du stoner européen. C’est en tout cas tout le bien que je leur souhaite car un skeud de cette qualité, ça ne se pond pas par hasard.

Mars Red Sky – Mars Red Sky

Mars Red Sky - Mars Red Sky

Commençons par vite éluder ce débat de dompteurs hédonistes de diptères : est-ce que Mars Red Sky fait du stoner ? Je préfère renvoyer ceux qui ont du temps à perdre sur ce genre de questions à leurs premiers Acid King, Dead Meadows, Cathedral ou mille autres encore. L’on peut noter une chose en revanche : MRS ne ressemble à aucun groupe en particulier, et cette originalité pour un groupe français fait l’une de ses forces.

Les premières écoutes suffisent à comprendre très vite en quoi MRS sort du lot : des rythmiques lentes, lourdes, avec une basse évidemment trop saturée, qui trace sa route sans demander son reste. Les montées en régime (uniquement lorsque vraiment nécessaires !) sont bien amenées par un batteur sobre et impeccable ; tout est bien en place. Parfois, une fulgurance de guitare émane de cet épais maelstrom sonore, qui par un humble solo, qui par une partie de lead. La barque instrumentale, qui occupe 80% de la plage sonore disponible sur cette roborative galette (40 minutes au garrot, juste ce qu’il faut), vogue ainsi de plage en plage, sans éclat, mais avec une maîtrise constante, un signe de maturité évident. Lorsque interviennent les vocaux de Julien, clairement MRS se distingue encore plus de la masse : son chant aigu et aérien apporte un nouveau relief à la musique du groupe. Enfin, le paysage musical du groupe est complet, offrant un visage encore plus planant.

Les 7 longs titres de la galette sont parfaitement complémentaires, proposant au global plusieurs facettes d’un album ne manquant (paradoxalement ?) jamais de cohérence, du doom le plus pachydermique (« Strong reflection », « Falls ») au très 70’s « Curse », en passant par le très heavy « Way to Rome » (impeccable paire de riffs fondateurs). Pour compléter un tableau d’ores et déjà remarquable, le trio n’hésite pas à se plonger avec le torride « Saddle point » dans la torpeur sablonneuse de plaines désertiques parfaitement retranscrites.

In fine, le premier véritable album de Mars Red Sky affirme leur identité de groupe majeur dans la scène française, fin prêt pour faire valoir ce rôle sur une scène internationale qui n’attend plus qu’eux. Album fortement recommandable.

Spiritu/Village of Dead Roads – Human Failures

Spiritu/Village of Dead Roads - Human Failures

Aux balbutiements du stoner, Meteorcity fut un des premiers labels spécialisés qui réussit à se forger une solide réputation en sortant simultanément deux objets cultes, les splits Unida/Dozer et Nebula/Lowrider, ce dernier étant illustrée par Arik Roper pour le plaisir de nos yeux ébahis. Huit ans plus tard, il remet çà avec le même concept, deux groupes pratiquants des styles différents et proposant chacun quatre morceaux. Niveau pochette, çà rigole moins avec des photos des camps de Birkenau et Breendonck. Une fois le cd enfourné, on commence même à un peu tirer la grimace.

Spiritu, groupe dans lequel chante Jadd, boss de Meteorcity, avait sorti un album sympa en 2002. Pas renversant mais sympa. Première constatation à l’écoute de « The Ten of Seven Bell » qui ouvre l’album, Jadd en fait des tonnes pendant que les autres balancent gentiment la sauce. C’est pas qu’il chante mal le Jadd, il est même plutôt doué. Mais il faudrait qu’il range sa collection de vinyles métal des années ’80. D’autant plus que çà ne colle pas vraiment avec le gros son de gratte abrasif qui donne une petite touche doom à l’ensemble. Parlons-en du son de gratte. Tellement épais qu’on en arrive à ne plus distinguer les riffs, au demeurant pas très inspirés. Sur « Latitude », il étouffe tellement les autres instruments qu’on distingue à peine les roulements de double grosse caisse. On tend vaguement l’oreille lorsque déboule le riff tournant entendu mille fois de « Throwback », morceau franchement stoner alors que jusque là on avait un peu de mal à définir le style pratiqué par Spiritu. A une époque où les groupes de stoner originaux fleurissent aux quatre coins de la planète, Spiritu ne se démarque pas du lot, manquant d’imagination et privilégiant la puissance au détriment de la qualité des compos.

Village of Dead Roads, voilà un patronyme qui laisse peu de doutes sur la teneur musicale des quatre titres proposés par ce combo de Pennsylvanie dont c’est la première sortie. Et effectivement, dès les premières notes de « Descendants of the Dendrites », on est soufflé par la lourdeur du propos. Riffs maouss costauds, rythmiques à se péter les cervicales et vocaux furieux, la recette est connue mais fonctionne particulièrement bien ici. VoDR évolue quelque part entre le doom et le heavy et l’on se retrouve vite perdu au jeu des références tant elles sont nombreuses. On pourrait citer pêle-mêle Crowbar, Yob, Isis, Abdullah ou Solace sans vraiment faire le tour de la question. La qualité principale de ces compos (enregistrées live en une seule prise selon les notes de pochettes !) repose sur leur richesse et leur variété. Plutôt que de laminer comme des malades, ces quatre-là laissent leurs longs morceaux se développer, lèvent le pied pour quelques passages plus aériens, placent des accélérations jubilatoires et alternent voix claires et agressives. Les passages plus lents ne sont souvent prétexte qu’à donner plus d’impacts aux gros riffs qui déboulent derrière et à ce titre, « Divine Mistake » qui clôt l’album fait office de pièce maîtresse, véritable ode à la lourdeur qui condense en onze minutes presque toutes les facettes du groupe et nous laisse sur les genoux bien qu’on en redemande. D’ailleurs, si ces quatre morceaux ne vous suffisent pas, allez faire un tour sur leur page MySpace qui propose trois morceaux non-présents sur ce split, donnant une idée des capacités d’un combo dont on attend un album complet avec impatience.

Ojm – Under The Thunder

Ojm – Under The Thunder

Poursuivant la ligne qu’il s’est fixée lors de sa création il y a une dizaine d’année, le groupe italien revient sur nos platines avec son quatrième long format sous les bras. Enregistré par Andreas Venetis au Red House Recording de Senigallia, près d’Ancona, les onze titres présents sur cette plaque ont été produits par le bassiste d’une formation qui a marqué à jamais la musique du groupe : MC5’s. Michael Davis, que l’on retrouve aussi sur certains backings, a bien soigné le côté groovy et distordu des compositions de cette formation qui oscille entre le garage rock des années soixante, le psychédélisme des seventies et le fuzz de Fu Manchu.
Partant dans tous les sens à la première écoute, cette production explore de fait plusieurs facettes du stoner en évitant soigneusement les redites. On passe de titres rapides, menés pieds au plancher, à l’image du survitaminé ‘Im Not An American’ asséné à grand renfort de riffs overdrivés à des plages plus planantes comme ‘Starshine’ qui frise les dix-minutes et ‘Brant B’ qui me rappelle furieusement les titres d’un Américain fortement imprégné des années septante.
N’ayant plus rien à prouver musicalement, les transalpins se laissent aller dans ce qu’ils maîtrisent le mieux pour notre plus grand plaisir. Certains titres comme ‘Dirty Nights’ ou ‘Stoned Love’ et sa ligne de batterie entêtante sont d’excellentes surprises.

Headcharger – The End Starts Here

Headcharger - The End Starts Here

Troisième album des normands de Headcharger, ce « The End Starts Here » s’avère être, en ce début 2010, une sorte de mètre étalon en matière de rock qui tâche ‘made in France’, qu’il sera bien difficile de surclasser.Un son énorme, des rythmiques qui, pour certaines, fleurent bon la Louisiane chère à Down, des vocaux oscillant entre hargne fédératrice et chant beaucoup plus posé (là encore à la manière d’un Down), voilà comment décrire la nouvelle livraison du quintette caennais.Parmi les 14 titres (excusez du peu !), on retiendra les riffs et refrains ultra-accrocheurs de ‘Without a Nation’, ou encore le solo tout droit sorti des seventies de ‘The Gambler’. Magnifique aussi le changement d’ambiance créé, à la moitié de la galette par l’enchainement du ‘Harvey Keitel’s syndrome’, digne héritier d’un Alice in Chains époque Dirt, de ‘Would You’ et son air d’harmonica que n’aurait pas renié un Clutch et du ‘Thousand Tides’ résolument NYC Hardcore dans l’âme avec des guitares tranchantes et un chant « in your face ». Après cet interlude, Headcharger remet la gomme avec des titres groovy et graisseux à souhait, avant de venir clôturer cet excellent opus avec un ‘Something, Someone’ tout en finesse pour un atterrissage en douceur.L’album n’est certes pas le plus original qui soit, mais est suffisamment couillu et diablement bien écrit pour que l’auditeur se le passe en boucle en tapant frénétiquement du pied.Une belle surprise en tout cas, fleurtant avec les frontières du stoner, que je conseille aux amateurs de rock’n’roll.

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