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En octobre dernier, OHHMS sort de nulle part et publie son premier EP chez Holy Roar Records, intitulé Bloom, qui grâce à une mixture assez inclassable mélangeant post metal, stoner et sludge, se fait rapidement remarquer. Cette subite notoriété leur vaut un passage à la BBC Radio 1 et une apparition sur la MainStage du Temples Festival, sans compter quelques tournées avec des groupes comme Conan ou The Skull.Une période de gestation de neuf mois plus tard, les anglais reviennent avec leur nouveau bébé, Cold. Du même format que son prédécesseur, à savoir une trentaine de minutes divisées en seulement deux titres, “The Anchor” et “Dawn of the Swarm”, il n’en reste pas moins différent dans son contenu, plus noir, plus complexe, et poussant l’exploration musicale un cran au dessus.
Après une minute d’un épais brouillard blanc, une guitare se fait entendre : c’est bien l’embarcation du quintet anglais que l’on aperçoit au loin. L’album débute, l’ancre (The anchor en anglais) est levée, et les guitares se mettent à pleurer. Paul a la voix éraillée et habitée par la douleur crie “We set sail !” (“nous mettons les voiles”), et entame sa complainte face à l’océan. D’emblée, l’album sonne plus sombre et rageur que son prédécesseur. Le navire OHHMS oscille pendant 18’30 entre post metal et stoner. On a même droit à un magnifique solo aux sonorités gilmouriennes, ce groupe ne se contente définitivement pas d’aller dans une seule direction.
“Dawn of the swarm” s’ouvre sur un arpège de guitare hypnotique au son cristallin, puis laisse place aux premiers amours du groupe avec des guitares lourdes et puissantes et un tabassage de fûts dans les règles de l’art. Paul hurle “Genocide !” et nous montre que même si le groupe peut faire preuve de finesse, il n’en reste pas moins bien burné. La palette sonore de Paul est d’ailleurs ici parfaitement exploitée, notre vocaliste passant d’un chant clair et reposé à la rage d’un viking à qui on aurait volé son veston en peau de mouton. Sur ce morceau encore, on est déconcerté de voir comment le groupe peut enchaîner refrain sludge et break très rock progressif des 70’s.
OHHMS traverse dans cet EP de nombreuses contrées : les cavernes sombres du sludge, la grotte hypnotique du stoner et la baie du post metal, où Neurosis officie en capitaine. Les variations entre douceur et brutalité et la diversité des genres abordés permettent de digérer très facilement la longueur apparente des morceaux, à tel point que les 33 minutes de Cold écoulées, on veuille rapidement réembarquer le navire. On espère que le groupe restera aussi prolifique et intéressant qu’il l’a été durant sa première année.

Originaires du pays du mouton à la menthe et frère de groove des infâmes Gurt, Limb nous avaient déjà prévenu qu’ils avaient des choses à dire à l’occasion de quelques Ep et d’un split avec Gurt (encore eux).
Après un premier album assez court, ils nous sortent le grand jeu et balancent (enfin) du sérieux. Ben ouais, c’est sympa les splits, les Eps etc mais au bout d’un moment on a quand même besoin d’avoir un truc plus conséquent à se caler entre les oreilles .
Alors, pour ceux qui n’avaient pas encore eut l’occas’ d’entendre les douces mélopées provenant de chez Limb, voici un petit descriptif : une batterie qui groove comme si sa vie en dépendait, des grattes épaisses et joueuses, une basse bien grassouillette et surtout une voix tour a tour glavieuse (si, avec des morceaux) ou mélodique.
Si vous avez passé la trentaine et que le death ne vous fait pas peur cette voix devrait vous rappeler quelque chose, en 1996 Gorefest sortait « Soul Survivor », un album composé en grande partie par leur gratteux en forme d’hommage à Thin Lizzy et qui par conséquent était très orienté 70’s. Le timbre de voix de Rob Hoey, chanteur de Limb lorsqu’il s’énerve est très proche de celui de Jan-Chris de Koeijer (celui de Gorefest, suivez un peu…).
Entre nous, ça fait bien plaisir de réentendre ce genre de voix, puissante, venant clairement de la gorge mais également mélodique et modulée, c’est assez rare pour être précisé.
Niveau Zik, le groupe passe de morceau relativement classiques très typés Stoner à la Midnight Ghost Train, voir « Ghost dance » ou « Down by the banks » à des morceaux plus perso comme « Dawn raiders » ou « Spoils of a portrait king », mais même lorsqu’ils sont en terrain balisé, ils prennent la liberté de varier les ambiances et les mélodies, ce qui permet de ne pas trouver le temps trop long.
En tout cas, les morceaux sont bien écrit et doivent avoir un sacré rendu en live, l’énergie étant présente tout au long de l’album.

Etre sur un label indépendant de Birmingham (HeviSike Records) c’est déjà se trouver sous de bons auspices. La prêtresse en haut des marches entourée de cranes sur la pochette est un bon signe. L’arrière de la jaquette : une femme dénudée glorifiant les deux faces du disque, est de bon augure. L’album s’intitule Retronauts, tout cela ne présage que du B.O.N. Les astres nous envoient un message clair, ces quatre titres sont faits pour nous. L’incantation a fonctionné, les vieux esprits malins du doom-rock ont répondu à leur appel. L’appel des prophètes, les Prophets Of Saturn. Quatuor anglais de Leicester qui nous donne en offrande leur deuxième album en ce mois de juillet.
La prémonition s’avère exacte dès les premiers lancinants assauts du riff de « Retronaut » et le groove chaloupant de la batterie. Au grand dam du groupe, contrairement à leur premier effort, l’enregistrement n’a pas su faire en analogique. Qu’à cela tienne, de la fuzz aux reverbs et autres effets gouleyants, de la prise de son au mixage, l’album sonne puissamment délicieusement… rétro ? Pas de meilleure définition. Pas de tromperie sur la marchandise. On ne baptise pas sa galette Retronauts pour ne pas porter l’auditeur dans une dimension parallèle où les effluves du passé se mêlent à des émanations plus actuelles. En vrai magicien du temps les anglais évoquent et convoquent au fil des morceaux toute la dynastie du stoner-doom, de Black Sabbath jusqu’à Electric Wizard, de Blue Cheer à Acid King.
Cette concoction déjà préparée par biens d’autres sorciers se démarquent par ses parfums de rock-psyché qui agrémentent la dégustation. Solos débridés plus habités que démonstratifs, tempos plus enlevés sur « The Ultra Wizards » et plus particulièrement les 3 minutes de « Witchrider ». La palette sonore offerte ne se résume pas à un énième ersatz d’une caricature du son Sabbath. Quatre titres pour 35 minutes de musique laissent de la place à des jams habités. Au milieu du déluge de cymbales de Duncan, aussi claquantes que les fouets d’un satyre en transe, et des insidieuses mélodies portées par les cordes de Benjamin et de Max, se démarque la voix possédée et obsédante de George. Sans signature vocale particulière pour le genre, son phrasé et les lignes de chant tiennent de la prédication.
A même le sol, la sensation d’extase orgasmique procurée par les élixirs anglais ne sera que décuplée par les 17 minutes de « Damavand » qui clôt l’album. Vous rendant ainsi sournoisement dépendants du charme indéniable de cette œuvre. Pas la plus originale, pas la plus indispensable mais diablement enchanteresse.

Le trio ukrainien traîne depuis leurs débuts il y a plus de cinq ans une réputation de besogneux durs à cuire, bouffant de la scène comme un yorkshire se jette sur une côte de bœuf après une semaine de jeûne (on vous laisse quelques secondes sur cette image… Non, de rien). Après deux albums assez troublants et un recueil digital de jams et autres captations studio hétéroclites, les voilà revenus avec un nouveau disque plus mûr, plus abouti et, n’y allons pas par quatre chemins, meilleur encore.
Assez paradoxalement, le titre le plus accrocheur de l’album, le dévastateur “Here Comes The Robots” est probablement le moins intéressant (ce qui, en soit, en dit déjà long). Car ce disque est une ribambelle de compos bariolées, audacieuses, originales, qui ne sacrifient jamais la puissance et la lourdeur au profit de l’inventivité. Ainsi, dans une veine aussi dynamique que son prédécesseur, “Wound” développe un titre rock accrocheur qui ajoute la corde “groove” à l’arc du trio, un arc qui n’en manquait pas, de cordes, leurs deux albums précédents l’ont bien montré. “Rituals of the Sun” baisse d’un ton (pas qu’un, en fait) pour se vautrer dans des méandres doom lents et subtilement glaireux. Le chant de Igor surnage encore, s’essayant ici à un registre profond et grandiloquent loin d’être ridicule. L’exercice de style, frondeur mais honnête et respectueux d’un genre auquel ils empruntent les principaux fondements, s’avère réussi. Le Heavy Rock “YFS” et ses discrètes harmonies de clavier montre que la facette “mid-tempo” catchy ne leur est pas non plus étrangère. Mais c’est avec le puissant “Silkworm Confessions” que les choses se corsent. Niveau puissance, on monte encore d’un cran, à l’image de ce riff mastoc qui charpente le morceau. A partir du premier tiers (le titre fait neuf minutes), la chanson part en vrille, naviguant entre des eaux changeantes, pour venir se stabiliser sur un plateau au tempo plus lourd, propice à des harmonies instrumentales que l’on peut qualifier de “téméraires”, ou a minima atypiques. Épique, à l’image du quart d’heure de “Black Church” qui vient clôturer ce morceau de bravoure, un titre à la rythmique travaillée, entre le martial et le tribal, abritant quelques expérimentations soniques désarmantes, pour mieux accoucher d’une conclusion fluette, portée par une nappe de clavier qui amènera le titre jusqu’à sa conclusion, accueillant temporairement un torrent de grattes qui viendra s’éteindre petit à petit…
A un certain moment, ce n’est plus les instruments et la technique musicale qui comptent mais la qualité des compositions. Non pas que nos trois gaillards soient des manches derrière leurs manches (!!) et leurs baguettes, loin de là. Mais est-ce vraiment important quand, de manière aussi insolente, un groupe peut proposer une telle maturité dans son travail d’écriture ? Une maturité précoce en l’occurrence, au vu de la jeunesse de nos trois Est-européens, qui se reposent surtout en apparence sur deux leviers essentiels : une culture musicale riche, qu’ils synthétisent sans jamais plagier, mais aussi une fougue décomplexée que l’on retrouve effectivement (attention, cliché socio-politique dans 3 secondes… 3-2-1) dans pas mal de ces groupes en provenance de pays “géo-politiquement complexes”, dira-t-on pudiquement. Débridé, sans frein culturel, le groupe se lâche et privilégie le plaisir.
Un grief quand même : un album aussi riche ne reposant que sur six chansons, c’est à la limite entre la naïveté et le sadisme. On ne vous en remercie pas messieurs. Quoi qu’il en soit, on a bien pris notre pied. Lorsque l’on connaît aussi le talent du groupe sur scène, où leur musique prend une toute autre dimension, notre principale aspiration est de les revoir sur les planches, vite.

Trois petits tours et puis s’en vont, ce serait peu l’histoire de Sungrazer, trois Flying Dutchmen que j’aurais découverts quelques semaines avant leur split en 2013, la commande de leurs deux LP restant à jamais dans les brouillons de ma boîte mail…
Tristesse et désolation de ne pouvoir les voir jouer mises à part, il restera toujours le plaisir de se replonger dans leur courte mais impeccable discographie, dont ce Mirador de 2011 sera du coup (pour l’instant ?) le point central.
Intro ride-basse sur fondu d’entrée, la guitare s’installe gentiment, on s’embarque pour 48 minutes de montagnes russes en plein désert néerlandais. On pousse le son pour profiter à fond de la chaleur ronde de la prod’ et on monte dans le manège du trio, dans lequel jams psychés bien planants s’étirent jusqu’à explosions de fuzz (l’excellent “Wild Goose” en ouverture) avant, une fois le pompon attrapé, d’atterrir sur un autre jam psyché bien planant (ce passage au milieu de “Sea”…), voire un solo plus ou moins gorgé d’effets où parfois même la basse s’en mêle (l’instrumental costaud “Octo”).
Quelle que soit la formule choisie ça reste fichtrement bien senti, la recette de la musique des hollandais déjà cuisinée sur leur précédent effort, parfois bluesy, parfois jazzy mais toujours groovy, fonctionne toujours, délicieusement.
Tout ça servi sur son coulis de voix sucré, plutôt discret sur la longueur, régulièrement doublées et carrément pop dans l’idée, on ne se surprendra pas à penser qu’on s’approche de ce qu’un certain rouquin aurait pu faire si… avec en prime le côté “Haze” nord-européen.
Trio oblige la basse est omniprésente, bavarde ou discrète au besoin, servie par un batteur subtil et souvent tout en retenue qui contribue grandement à nuancer le propos. Il n’en fallait pas moins pour donner à la guitare, de temps à autres soutenue par une deuxième, l’idée de s’exprimer au mieux et exploiter toutes sortes de possibilités sonores, renforçant ainsi les sensations aériennes disséminées tout au long de l’album.
Et là, une fois le tubesque “Goldstrike” passé, les veinards se lèvent pour enchaîner sur la face B, trois morceaux pour 25 minutes quasi ininterrompues, véritable offrande des bataves au dieu(x) Stoner et parfait mirador sur l’étendue du savoir faire Sungrazer. Ainsi on se délecte du calme (“Behind”, magnifique quart d’heure avec son passage percus) avant la semi-tempête grasse mais maîtrisée du morceau titre, pour terminer langoureusement dans une ambiance floydienne (des débuts) à souhait. Les veinards écoutent les derniers craquements, rouvrent les yeux et soupirent, rideau, merci.

Mon dieu qu’il a été frustrant de suivre les pérégrinations de Freedom Hawk ! Apparu en 2007, le trio de Virginia Beach – sorte de nul part mais avec la plage – a su immédiatement séduire les connaisseurs de la chose heavy, avec sa science du riff, héritée de leur proximité avec le deep south redneck, et un je ne sais quoi de sophistiqué, un savoir faire à la manière d’ASG, leur quasi voisin de Caroline du Nord. Le genre de groupe qui rassemble les bikers, les surfeurs et les bucherons dans un même élan de rock franc du collier (de barbe). Leur second album, éponyme, publié en 2009 chez Meteor City, ayant séduit tout ceux qui dessus s’étaient penchés, c’est donc tout naturellement que le combo de T.R. Morton (dont la voix rappelle – une fois n’est pas coutume – celle d’Ozzy) rejoint l’écurie Small Stone Records, refuge de Wo Fat, Gozu et autres Lo Pan. La famille du riffing US semble alors au grand complet. Holding On est publié en 2011 et le moins que l’on puisse dire c’est que l’auditeur est resté sur sa faim. Certes quelques titres (tels que l’inoubliable « Indian Summer ») font mouche mais l’ensemble, répétitif, rend la digestion difficile. C’est pourtant à ce moment que le combo vient en Europe et fait étal d’une habilité à enflammer les concerts qu’on ne retrouve finalement que chez les américains. Leur sens du show et leur passion pour le riff fait mouche et met à genoux ceux qui sur scène les ont découverts. Puisqu’ils savent aujourd’hui comment traverser les océans, il ne manquait plus au faucon qu’un album solide pour asseoir sa réputation de par chez nous, comme a su le faire Wo Fat les années passées.
C’est d’ailleurs ce que promet ce quatrième opus, Into Your Mind : rentrer dans nos esprit et les marquer. Pour de bon. Malheureusement, le contrat n’est – comme à chaque fois avec Freedom Hawk visiblement – qu’a moitié rempli. A l’instar d’Holding On, Into Your Mind souffle la canicule et la glace pilée : on retrouve sur cette nouvelle livraison une pure réussite (« Lost In Space ») et quelques moments chaleureux (« Blood Red Sky », « Waterfall », « Into Your Mind ») mais l’invasion de cerveau promise n’a pas totalement lieu. Reconnaissons qu’il est difficile d’être original lorsque l’on fait ce genre de rock, qui doit tout à l’efficacité du riff, d’autant avec le timbre de voix de Morton, rappelant minimum 20 ans de stoner à chaque intonation. S’il ne fait nul doute que les meilleurs moments de ce disque serviront au mieux les set-lists des lives incendiaires des faucons libres, il reste au groupe à se débarrasser de quelques gimmicks récurrents (l’idée de commencer les trois quarts de ses titres par des paterns de batterie par exemple) et de nous revenir avec un cinquième album qui, à défaut de nous captiver l’esprit, devra purement et simplement nous faire exploser la cervelle.
Point Vinyle :
Comme toujours avec Small Stone Records, les vinyles sortent en 500 exemplaires couleur (Orange pour celui ci), 180 grammes avec download card. Bref l’outil idoine pour les mordus de Lps, et l’occasion idéale d’admirer en grand format la pochette signée du frenchie Antoine Desfarges d’Headband Design.

2015
Il y a à peu près un an, l’association de Bob Balch (Fu Manchu), Scott Reeder (Fu Manchu) et Scott Reeder (Kyuss) avait engendré « Mannequin » qui poussait le Stoner vers de nouvelles expérimentations avec une utilisation maximale du vocoder. Le concept avait divisé mais l’annonce d’une suite ne pouvait qu’aiguiser la curiosité d’un public qui suit ces musiciens depuis des dizaines d’années.
Comme pour le premier album, Bob voulait un chanteur au micro, le vocoder ne servant à la base que comme support de représentation des futures lignes de voix en studio. Ce coup-ci il a contacté Tony Cadena chanteur des Adolescents, groupe majeur de punk hardcore né au début des années 80. Les deux hommes s’étaient rencontrés sur scène lorsque Fu Manchu avait repris le titre « Things Start Moving » du second album des Adolescents. Alors Bob appel Tony ; Tony dit oui ; Bob n’a encore rien composé. A partir de là on comprend mieux d’où proviennent les influences majeurs de « The Great White Dope ». Un canevas punk pour des riffs Stoner en lieu et place d’expérimentations jazzy et vocodées, voilà le nouveau SSC.
Les trois quarts de l’album sont des morceaux de 1 à 2 minutes 30. L’un des objectifs de Bob était d’obtenir une longueur de skeud avoisinant celle de “No One Rides for Free” de Fu Manchu. Mission accomplie. Autant dire qu’on va à l’essentiel, qu’on tape dure là où c’est efficace et qu’on avance encore et encore. Avec une telle fuite en avant, impossible de s’ennuyer. C’est une dose de catharsis qu’on peut s’injecter en écoutant « Krokodil Dental Plan » ou encore une folie qui nous envahie dans « Migraine With A Chainsaw Reduction ». La structure de l’album est intelligemment pensée et « Cyberpunk Roulette », arrivant au premier quart, avec ses plus de 6 minutes, amène une diversité bienvenue ainsi qu’un final dans la veine du premier album, vocoder compris. « Fever Blister & The Great White Dope » ressort également avec son chant un peu plus posé, sa longueur et son solo au sens le plus strict, où tout le monde laisse la guitare se faire triturer. La production met en avant cette furie. Le batteur tabasse les cymbales. La basse de Reeder amplifiée par Bison crache un son saturé à des strates inconnues qui peuvent lui donner l’aspect d’une guitare rythmique. La guitare alterne l’ultra cradingue et la clarté lointaine psyché. La voix, elle, n’est que précipitation, urgence et violence si ce n’était les quelques incursions plus planantes du vocoder.
Pour notre plus grand plaisir SSC est un terrain de jeu pour ces musiciens impliqués dans d’autres projets, plus enchaînés aujourd’hui à des codes qu’ils ont eux-mêmes créés. Pas de répétitions pour ce deuxième effort, seulement l’imbrication des expérimentations de « Mannequin » et des apports de Tony. En somme, un objet neuf et furieux.

Courant de nos jours qu’un groupe sorte un put*** d’album par ses propres moyens et qu’il finisse par bénéficier du soutien d’un label et d’une distribution plus large ensuite. Exemple encore aujourd’hui avec Bison Machine (Hamtranck, Michigan, Etats-Unis) et son Hoarfrost (put*** d’album) sorti initialement en janvier qui se voit offrir les moyens d’envahir les terres européennes via Kosmik Artifactz en ce mois de juillet. Bison Machine existe depuis 2010 et s’articule autour de l’essentiel guitare-basse-batterie-voix, John-Anthony-Breck-Tom œuvrant chacun à leurs postes de fort belle manière.
Hoarfrost est une démonstration de stoner inspiré. La production presque lo-fi comparée à ce qui se fait aujourd’hui, le blues psychédélique des mélodies, alliaient à des arrangements et à une lourdeur très contemporaine, mènent à un savant mélange d’émotions. Un charme délicat, de fines touches de tendresses au milieu d’un déluge de riffs bien burnés. Le son résolument tourné vers les 70’s, avec une basse très ronde bien présente et une guitare plus dans les aigus et les médiums que ce nous habituent les grasses productions actuelles, apporte une fraicheur indéniable à des riffs qui pourraient paraitre déjà entendus. L’accent est donc mis sur une mise en valeur de l’ensemble, l’harmonie des instruments à cordes, le groove subtil de la section rythmique et surtout les arrangements tout en fluidité. Chaque titre s’inscrivant dans une logique de jam maîtrisé, ramassé à l’essentiel. On se plaît à fredonner les infinies possibilités de développement de chaque morceau en live, mais ces versions enregistrées nous rappellent qu’en musique souvent qui peut le plus, peut le moins. L’art de ne pas en faire de trop.
La voix prise dans une jolie reverb, semble sur la brèche en permanence. Douce et fine, elle accentue les contours les plus fragiles de l’édifice. Fragile dans la mélancolie qu’elle invoque et déroutante dans son contraste avec certains passages instrumentaux plus incisifs. Une première écoute distraite pourrait reléguer cet album à un joli hommage aux groupes qui bercent la scène proto-metal-heavy-rock-blues-stoner depuis de longues décennies. Quelle erreur ce serait que de survoler un monument en le jugeant petit et grossier, alors qu’à ses pieds l’imposante richesse de son architecture vous sauterez aux yeux.
Son nom pourrait être synonyme de riffs écrasants et d’attitudes rentre dedans, bien au contraire Bison Machine est un groupe qui en toute humilité balance des perles. Si vous cherchez un écrin chatoyant de stoner quand vous êtes en overdose de « bas du front », cet album est pour vous.

Tout est une question de temps. Johan, Ronan et Fabrice l’ont bien compris et sont piles à l’heure au rendez-vous pour nous livrer un troisième album attendu de pied ferme par une grande partie de la communauté Stoner hexagonale… et plus encore.
Avec « Arrow of time », les Glowsun décochent une première flèche, longue de 9 minutes, qui vient planter le décor de cet album. Ainsi débute donc ce Beyond The Wall of Time : par 9 minutes de lourdeur hypnotique, répétitive, syncopée et roborative, entrecoupée d’accélérations rythmiques assez brutales qui donnent à ce premier morceau des relents de bande-son digne d’un film de science-fiction.
Même constat à l’écoute du deuxième titre, « Last Watchmaker’s Grave » qui pousse un peu plus loin encore les jalons posés par le titre d’ouverture : une intro pesante et malsaine qui rampe insidieusement pendant près de 3 minutes avant de basculer dans une extrême lourdeur. Le décor ainsi planté ressemble à une ville fantôme balayée par des vents guitaristiques et lugubres avant d’être envahie par une horde infernale de cavaliers de l’apocalypse.
Autres temps, autres mœurs, Glowsun a donc pris le temps d’évoluer, de mûrir, de devenir expert en chahutage d’auditeur et de parer sa musique psychédélique de sombres oripeaux. Loin d’être une sorte d’opéra-rock sur le thème du temps, Beyond The Wall of Time est surtout marqué par cette dualité clair / obscur, psychédélisme / pachydermisme. Car alors que la patte du trio lillois est indéniablement présente sur l’ensemble de ce disque (lorsque Johan vient chatouiller le bas de son manche par exemple), la lourdeur, décuplée depuis Eternal Season (sorti en 2012), n’est jamais bien loin.
« Flower of Mist », sans doute le morceau le plus minimaliste du catalogue du trio, ne fait que renforcer cette évidence. Un plan basique à souhait, répété à foison, et décliné à merveille pendant près de 6 minutes afin d’éviter à l’auditeur de relâcher son attention et sombrer dans la torpeur. Tour à tour furieux, lent, rapide, plombé, suggéré, le morceau joue la montre avant d’exploser à la surface du monde dans un final ahurissant et inspiré. Une qualité d’écriture qui n’est pas sans rappeler, dans la démarche, un titre comme « Skyline » de Pharaoh Overlord. Et un morceau qui n’a pas fini de faire des dégâts sur scène.
Alors que le disque touche presque à sa fin, le trio prend enfin le temps de se fendre d’un titre « chanté », plus subtil et conforme au Glowsun de 2010. Mais la subtilité ne dure qu’un temps et la rythmique de plomb, qui donne au disque cette pesanteur nouvelle pour Glowsun, a vite fait de faire table rase de ce passé pas si lointain.
Avec ce troisième effort, Glowsun franchit un cap et donne un nouveau souffle à sa musique. Servis en outre par une production impeccable, nos frenchies réussissent avec Beyond The Wall of Time un sacré tour de force : sortir l’album qui ne déstabilisera pas fondamentalement les fans de la première heure tout en ralliant à sa cause une flopée de nouveaux adeptes plus enclins à la bestialité.
Du travail d’orfèvre(s) digne des meilleurs horlogers suisses et qui mérite beaucoup plus que le temps d’une seule écoute.

Dans la désormais longue histoire des musiques heavy, au delta sensible où se croisent stoner et doom dans un fatras métallique délicieux, le nom de Goatsnake tient une place particulière. Né de la fusion de Wool et de The Obssessed, tenu par des musiciens à qui l’on doit Scream, Sunn O))) ou Thorr’s Hammer (une liste que l’on pourrait élargir à pas moins que Kyuss, Acid King, Burning Witch, Sourvein, B’last, The Eagles Of Death Metal, QOTSA ou Cave-in, excusez du peu), Goatsnake s’est imposé dès son premier album comme un groupe précieux, au son immédiatement reconnaissable, entre riffing rampant, section rythmique incandescente et voix inimitable. Pourtant l’existence du groupe n’aura réellement duré que trois ans, à l’orée des années 2000. Après deux albums et un EP essentiels, quelques friandises passionnantes et chacun était reparti vers son destin, loin de cette réunion de malfrats du son dont la discographie ne souffre d’aucun signe de faiblesse. Alors, lorsque le combo – devenu poids lourd d’un style en pleine résurrection – se reforme en 2010 à l’occasion d’un show fabuleux au Roadburn Festival, la communauté se met à caresser l’hypothétique espoir d’un nouvel album. Leurs vœux seront exhaussés lorsque Southern Lord, la mère patrie, laissera filtrer quelques images annonciatrices de nouvelles compositions à l’orée de l’été 2014. Tout d’abord le label nous apprend que Scott Renner tiendra la basse au sein du combo. Le jeune homme, également vu aux cotés de Sourvein et ayant côtoyé Greg Rodgers au sein de Sonic Medusa a la lourde tâche de succéder à des pointures tels que Scott Reeder ou Guy Pinhas et d’occuper un véritable siège éjectable chez Goatsnake. Par la suite Nick Raskulinecz est confirmé à la production. Devenu référence du son heavy dans les années 2000, grâce à son travail auprès des Deftones, Danko Jones, Mastodon ou même les Foo Fighters, celui qui avait déjà travaillé sur Flower of Disease, fait également gage de continuité.
Car de continuité il en sera effectivement question avec Black Age Blues, reprenant les choses là où elles s’étaient arrêtées, sans plus de bruit que ça, 15 ans auparavant. Pour exemple, « Another River To Cross », titre introductif de l’album s’ouvre sur quelques notes de guitare acoustique (jouées par David Pajo de Slint) et reprend l’ambiance qui clôturait « The River », le final de Flower of Disease. C’est donc dans un astucieux mélange de respect du travail accompli mêlé à une véritable envie d’aller de l’avant qu’évolue cet opus, passionnant de bout en bout. S’il faudra quelques écoutes pour en déceler toutes les richesses, la puissance des refrains (Pete Stahl est au firmament de ses capacité en la matière), le son si typique du groupe (cette guitare bon Dieu, et cet harmonica !!) et les merveilles de trouvailles côté ambiance (cœurs gospel, piano et violons parsèment l’opus sans en dénaturer la haute teneur heavy) rappellent que Goatsnake est un groupe à part. « Elevated Man », « Grandpa Jones » ou « Coffee & Whiskey » s’assureront quand à eux de garnir au mieux les set list du combo.
Le serpent-chêvre continue son inlassable quête du blues dans son approche la plus radicale possible, portée un Greg Anderson qui n’a rien perdu de son feeling entre groove et apocalypse, voilant la mélancolie de Stahl d’un grand drap sombre et occultant. 15 ans après le combo californien renoue avec son public par le truchement d’un album aussi inespéré et pertinant. Welcome back guys.
Point Vinyle :
Expert en sorties de qualité et multiples pressages collectors, Southern Lord ne fait pas injure à sa réputation, en proposant, outre une sortie en vinyle noir, une magnifique édition US bleue et noire (500 ex) ainsi qu’une autre rouge vin (529 ex) pour l’Europe. Autant vous dire que le marché noir va s’en donner à cœur joie.

Si Weedeater était des stakhanovistes de la production musicale, ça se saurait. A leur décharge le quotidien n’est pas non plus des roses pour eux du côté de la Caroline du Nord. Si ce n’est pas un orteil perdu qui a ralenti le processus de sortie d’un nouvel album, c’est le départ d’un membre fondateur, pour des raisons plus ou moins claires, qui a remis en question la venue d’une quelconque progéniture musicale. Keith « Keko » Kirkum a quitté le radeau mais bien loin d’avoir sombré Weedeater a embarqué dans le paquebot Season Of Mist depuis. Après avoir ressorti en grandes pompes tout son catalogue, le label nous offre aujourd’hui l’opportunité de retrouver le trio boueux avec désormais Travis « T-Boogie » Owen derrière les fûts.
En même temps une production intensive trahirait un peu l’imagerie inspirée par le nom Weedeater et puis quatre ans pour se reprendre une dose bourbonnée de sludge mal lavé, ça laisse le temps de se décrasser les tympans. La formule n’a pas changé, les riffs les plus gadoueux se débattent entre basse baveuse et ronde batterie, merci à une production très pure presque live. Ce n’est pas le sérieux qui étouffe la formation américaine comme le démontre l’intro tout en synthé dernière classe « Processional », la respiration banjonienne « Battered and Fried » en milieu d’album ou l’outro basse-psyché « Bennadiction ». En comptant « Reprise » cela fait tout de même quatre titres sur dix qui n’offre pas de nouvelles doses de stoner-doom dépecé au southern-sludge.
Seul reproche à faire à cet album ? Certainement. Weedeater fait du Weedeater, enfonce vos esgourdes un peu plus profond dans la moiteur du sol battu par les battements de pieds qui marquent le groove toujours aussi dégoulinant du groupe. Les six morceaux restant offrent leurs lots de riffs en boucle savamment boutés par un break à la rythmique imprévue. Le chant glaireux participe aux échanges graisseux tout en communion entre les instruments. C’est un sombre bloc qui avance vers vous inexorablement, parfois qui fonce « Bully ». Mais qui vous écrase plus souvent en mid tempo, pour mieux vous ruminer comme une montée de vomi contrôlée. La classe « non-classe » en synthèse.
Weedeater ne lutte pas pour être premier mais pour la place au fond de la salle, le majeur fièrement dressé. Au chaud, rien à démontrer. De toute façon que vaut un trône quand on peut siéger dans un rad miteux suintant l’alcool frelaté aux relents de fumée psychotropique avec la bande son idéal : Goliathan. Du début à la fin, la messe est dite. Mangez l’herbe avec eux ou passez votre chemin.

En 2012, le robot Curiosity se pose avec succès sur Mars ouvrant une nouvelle ère d’exploration de la planète rouge. La même année, atterrit sur Terre une formation de fat blues psychédélique à Nashville, Tennessee. All Them Witches ouvre alors une nouvelle ère d’exploration de la planète stoner. Non pas qu’il la révolutionne mais en ajoutant quelques ingrédients à la dinde déjà bien farcie, il en ré-hausse le goût de fort belle manière. Gage de qualité, le premier album sort sur Elektrohasch, le label de l’oenologue du son, Stefan Koglek, chanteur et guitariste chez qui vous savez.
« Our Mother Electricity » est donc le premier long effort des américains et sonne terriblement américain (c’est redondant, mais c’est important, rime riche). Cet appel blues de voix, sifflet lointain d’une locomotive à vapeur n’y est certainement pas étranger. L’on plonge immédiatement par « Heavy like a Witch » dans le son All them Witches, une basse vivante, des riffs de blues polishés à la fuzz et un groove semblable au « clic-a-di-clac » du cheval de fer. Il s’acoquine aussi avec le sexy de ses illustres aînés, ici un clavier orgiaque 70s et à la jeunesse cool de ses grands cousins du désert, là des attaques rageuses et posées de cordes. All Them Witches brasse large et puise intensément l’eau de ses références sans qu’on s’y perde. On retrouve par le road-titres tous ces courants amplifiés par cette mère électricité. Blues donc, Americana, rock binaire, folk, « The Urn » et « Guns » sont le parfait exemple de ce syncrétisme réussit. Le « melting-pot » engageant d’un savoir faire certain, qui verrait jammer ensemble Jack White, Kyuss, Robert Johnson et Hawkind. Alléchant.
Quand All Them Witches caresse le mid-tempo, on y est. C’est un soleil caillasse qui nous réchauffe la calotte et le psyché qui sommeillait en ces sorcières prend son envol. Les gouttes de sueur acidulées de « Until it Unwinds » perlent sur nos fronts buvards et l’on se retrouvera piqué plusieurs fois par ces dards multicolores et aériens au cours de l’album. Du coup, on excusera presque ces accointances avec la pedal-steel et la mélancolie cow-boy de « Easy », morceau facile (comme celle-là té !) mais finalement point de respiration nécessaire à « Our Mother Electricity ». Et puis cette plongée dans le corps outre-atlantique est partie prenante de la production globale de l’album. Pas de référence anglo-saxonne, pas de Birmingham, ni de cité ouvrière de la perfide Albion ici. Non, All Them Witches, c’est du cheval sauvage, du champ de coton, du Kerouac, c’est ce satané diable qui vous fait signer des contrats et vous permet d’écrire des morceaux comme « Right Hand ».
« Our Mother Electricity » est un voyage réussi d’une cinquantaine de minutes. Plus eut été trop et moins, frustrant. On passe un agréable moment avec le groove et la technique des zicos en espérant les voir en live un de ces quatre. A conseiller un lendemain de cuite, un dimanche pépouze. Idéal en album pré-barbecue, à servir avec un ptit jaune et des cahuètes. Un corps graisseux mais aéré qui laisse un ptit goût de « reviens-y » en bouche.

Avec désormais dans leur CV un album aussi solide que Soma (il y a trois ans), proposé dans le cadre d’une relation apparemment mutuellement bénéfique avec les incontournables et efficaces Napalm Records, puis une série de concerts notables (festivals, têtes d’affiches, petites tournées européennes), les allemands de My Sleeping Karma n’ont pas franchement de pression ni quoi que ce soit à démontrer à l’heure de proposer leur nouvelle production à la face du monde. “Moksha”, donc, titré d’après un concept une nouvelle fois issu de l’hindouisme, qui définit un état de libération, de relâchement… Comme si le groupe, qui a pourtant toujours su prouver sa complète émancipation du moindre carcan stylistique ou méthodique, prétendait à encore plus de liberté… A moins qu’il ne s’agisse de montrer, insolemment, le type de production musicale qu’il est possible d’attendre d’un groupe passionné, talentueux, qui ne subit aucune entrave à son inspiration.
Tant et souvent fut décrite dans ces pages la nécessité d’attendre plusieurs écoutes d’un album pour vraiment en capter la teneur ; jamais plus qu’ici ce ne fut le cas. La première écoute en effet donne presque une impression de “mollesse”, une sensation cotonneuse pas désagréable, mais avec la crainte d’un manque de relief. Il faut très peu de temps pour apprécier la pleine dimension du disque, et pour se faire écraser par un véritable déferlement sensitif ensuite. Pour qui a déjà vu le quatuor teuton live, cette sensation n’est pas étrangère, cette idée de se sentir embarqué dans un trip musical dont on ignore à chaque minute où il va bien nous emmener au détour du riff suivant. Moksha reste complètement dans cette veine… mais en encore mieux que Soma. Et largement (et on l’aime, Soma…).
Pourtant “Prithvi”, son premier titre, aurait pu nous induire en erreur : sorte de quintessence du savoir-faire du groupe, ce titre impeccablement construit et exécuté (déjà un classique en live) ne laisse pourtant pas supposer de l’évolution de MSK sur ce disque. Ce n’est qu’à partir des compositions suivantes que l’on saisit mieux que l’on a affaire à du lourd. A l’image de “Vayu”, un titre qui commence dans une sorte de torpeur (baignée de claviers un peu mièvres…), pour atteindre dès son premier tiers une montée en puissance à travers un break sorti de nulle part. Frissons. On notera dès ce titre le jeu de batterie de Steffen, riche et robuste à la fois. “Akasha” plus loin renoue avec cette tradition pour le groupe de ces titres fondés pour l’essentiel sur une mélodie clé, sorte de riff évolutif, tiré dans tous les sens au fil de la chanson. Pas de surprise, mais une vraie démonstration de composition. Plus loin, le morceau-titre de l’album, à l’image de “Vayu”, prend son temps avant de dévoiler son vrai visage : ce n’est qu’après un break impeccable que sa toute puissance se fait jour, et c’est quasiment un nouveau titre qui nous est proposé après trois minutes, pour s’apaiser à nouveau ensuite, puis regagner en force émotionnelle à nouveau, avec le concours notamment d’un arrangement de violoncelles tout simplement impeccable. Même chose pour “Jalam”, véritable montagne russe rythmique, qui embarque l’auditeur d’un environnement space apaisant à des élans heavy rugueux. Enfin, “Agni” montre si besoin que MSK est avant tout un groupe de rock : une accroche directe bien râpeuse, avec cette fois un petit lick de guitare bien infectieux pour garder en tension… Et pour le reste, une trame mélodique à nouveau étirée dans tous les sens, étayée de lignes de guitare travaillées, un pur délice.
Notons que le groupe n’a pas rechigné sur “l’objet disque” et tout ce qui peut conditionner l’expérience d’écoute par l’auditeur : l’artwork, tout d’abord, est tout simplement sublime, riche en détails et parfaitement intégré à la musique. Par ailleurs, pour mieux organiser le cheminement du disque, le groupe a recours comme à son habitude à des interludes, systématiques… Sauf qu’au lieu de développer des mini-compos ou des transitions “passe-plat”, ils ont demandé à des potes musiciens (Rene de Wight, David de The Machine, Christof de The Intersphere, etc…) de leur proposer des séquences instrumentales libres, selon leur inspiration : ces interludes, effectivement plus variés, s’intègrent parfaitement au corps du disque, et y apportent encore un peu de richesse.
Avec Moksha, My Sleeping Karma propose sans ambiguïté son meilleur disque à ce jour, et en profite pour se poster en pionnier, unique représentant d’un genre musical qui, certes, puise ses racines dans le rock psychédélique et le space rock, mais y adjoint une qualité de composition qui fait souvent défaut au genre, ainsi qu’un effort d’arrangement inédit. Une sorte de heavy rock instrumental psychédélique épique… en gros… Mais plus fondamentalement, c’est un disque aussi passionnant qu’intelligent et généreux. Un incontournable.

(2015)
Rien de bien de neuf à Clermont Ferrand, on continue à pousser les chariots à la main. Et ça, ça vous démoralise un bonhomme. C’est des coups à faire une musique sombre, lancinante, presque rampante.
Heureusement que de temps en temps on voit un collègue se foutre un coup de pioche dans la gueule, là pour le coup on se marre et on se dandine, ça égaille la journée. En résulte des passages plus dansant, disons chantant plutôt. Certains y verraient un clin d’œil à Om et on ne pourrait pas le leur reprocher tant on pense à Al quand la basse se met à imiter la danse du serpent. Je vous rassure tout de suite, le groupe a bel et bien sa propre personnalité qu’on retrouve très rapidement et qui est beaucoup plus sombre et parfois proche du drone .
Question évolution, on découvre un nouvel instrument, de deux le groupe est passé à trois avec l’arrivé d’un clavier. On est donc maintenant face à un trio basse/batterie/synthé (et voix) .
Ce fameux clavier apporte pas mal en terme d’ambiance et de profondeur, le son d’ensemble déjà bien lourd et monolithique prend encore du poids et s’ils continuent dans cette voie, on va frôler l’obésité morbide…
La voix du chanteur, bien plus présente que par le passé rend le disque tellement plaisant, aérien et presque pop qu’on a envie de partir en pique nique et de tomber amoureux. Ça vous paraît crédible ? Non hein, normal. C’est pas du tout le cas, en fait la voix oscille entre incantation avec un timbre assez profond sur les passages typés Om (écoutez donc le début de «Old lands»), hurlement désabusé (toujours «Old lands») et enfin puissance et haine (distillé sur l’ensemble du disque).
Les morceaux étant assez long (entre 6 et 10 min), ces variations de chant et les différentes atmosphères instaurés rendent le voyage plus facile à encaisser. Imaginez des titres de 10 minutes ultra lourd d’un bout à l’autre, il faudrait dans ce cas là un sacré talent pour ne pas lasser l’auditeur .
Sur «Pétron» (passionné de botanique les gars?) la basse semble passée au papier de verre (gros grains !), ce qui lui permet un travail tout en finesse (hahaha), le synthé n’est pas loin derrière et tout le monde se fait plaisir à plomber l’ambiance. On retrouve la voix profonde et grave qui ajoute une touche onirique sur les plans les plus calme du morceau avant d’être à nouveau matraqués par la batterie qui enfonce le clou façon Neurosis à grand coup de toms et de cymbales.
Vous l’aurez compris, il s’agit d’un disque à multiple facette avec pour thème centrale la lourdeur et la noirceur. Pari réussi et l’album ne l’est pas moins.

– Appelez le barman je vous prie
– Du Doom s’il vous plaît
– Oui, monsieur.
– Attendez. 3 mesures de Doom, 1 de Stoner, 1/2 de Sludge, au shaker, servi glacé avec un zeste de Postcore très fin.
– Oh. Monsieur désire un Horsehunter alors. Je vous recommande leur Caged in Flesh distillé en avril.
– Très bien, je vous fais confiance.
Vous ne le regretterez pas ! Trois ans que le quatuor existe et voilà leur première cuvée qui nous débarque de Melbourne. Deux ans que le process de composition/enregistrement est en mouvement. Peaufinés, travaillés, ciselés, ornementés, les morceaux puent le jam maîtrisé. Avec des ouvertures pour rien d’autres que Sleep, High on Fire, Conan et plus comme affinités, on peut dire que les Australiens frappent fort pour un début. Sorti à l’origine en auto-prod début septembre 2014, le label New-Yorkais Magnetic Eye Records ne les a pas laissés filer sous leur nez, et on les en remercie.
Avec une vraie dimension progressive, chaque titre relève d’un doom épique qui s’abreuve aux fleuves des courants flirtants à ces côtés. L’usine à riffs australienne ne tarie pas le long des 43 minutes de l’album. Au fil des verres, le cocktail se fait plus ou moins mordant. Carrément velu comme un stonehead en chemises carreaux (« Stoned to Death »), l’amertume se fait plus présente sur des breaks aux limites du sinistre (« Caged in Flesh »). L’approche aux portes de l’atmosphérique tire par le haut l’ensemble de ce doom poisseux. Une même chanson vous y menant plus ou moins près, pour toujours vous rattraper et vous plonger dans les tourments des riffs les plus cossus.
Une gorgée « Nightfall », aux milieux de ce dédale de compositions alambiquées et torturées (les trois principaux morceaux oscillant entre 10 et 16 minutes), permet d’affirmer les effluves plus progressives de l’œuvre au risque sinon de tomber dans une surenchère de doom harassant. Ca déborde de bons plans et de bonnes idées rendant le tout très riche. En bouche ça rappelle des mixtions façon Yob et autres miscellanées du type Neurosis, Shrinebuilder et consorts. Vous voyez, que du recommandable.
– C’était un ravissement. Délectable avec une pointe d’amertume.
– Monsieur m’en voit ravi.
– J’en reprendrai une tournée.
– Monsieur est connaisseur. Une fois que l’on y a goûté, on n’a envie de rien d’autre.
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