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Un groupe australien qui porte un nom Portugais, mais où va le monde ma bonne dame… bah, tant que le rock se porte bien et que le temps se maintient, moi ça me va.
Plus sombre que leurs précédente sortie, ce Haunted by humans reste tout de même à forte tendance optimiste et entraînant.
Le timbre du chanteur évoque un mélange d’ Amen et de The Kings Of Frog Island (1ere période), donc bien mélodique et énergique, ce qui colle parfaitement au style du groupe.
Pour leur troisième album, le groupe nous montre qu’il est une belle machine à riffs et que le sens de la mélodie ne leur fait pas défaut.
On passe d’une attitude quasi punk à la The Bronx à des plans lourds et groovy style crowbar (lointain quand même, mais vous voyez le genre).
Entre les plans de grattes qui font taper du pied et les lignes de chant qu’on fredonne régulièrement, je vois mal ce qu’on pourrait leur reprocher . Bon ok, comme je suis un petit saligaud je vais quand même vous lister 2-3 trucs qui me gênent vaguement dans l’album.
Le son est bien mixé mais le résultat est un peu sourd. Pas forcement grave dans la mesure où, passées les 15 premières secondes, on n’y pense plus.
Une sensation de monotonie s’installe également de temps à autre, sans doute à cause d’un tempo un peu trop égal d’un morceau à l’autre ou à certains passages trop répétés (sur « Why » par exemple) mais je pinaille, le titre ne dure que 3 min . D’ailleurs l’album est assez bien construit et on est vite relancé par un morceau variant les plaisirs si on n’accroche pas au précédent.
Bon, ça va en fait je ne suis pas si pourri que ça et ce sont des défauts bien minimes.

Elle est là la force du live. J’avais déjà eu l’occasion d’écouter Dot Legacy et, une fois n’est pas coutume, de passer distraitement l’oreille par-dessus, en me disant que, oui, c’était mignon, sympa, sans plus. Que ça manquait de corps et de couilles quand même. Et puis, vlà qu’la horde de bougres débarque en mon fief Rhône-alpin, administrant au passage un set incendiaire, brûlant la scène d’une performance haute en trouvailles, me beuglant ses riches compos à la face. Mea Culpa donc. Merci pour la rouste. Veuillez agréer mes plus plates excuses, blablabla,…
« Dot Legacy » par Dot Legacy, combo parisien, paru en juin 2014 est un album surprenant à plus d’un titre. Premièrement parce que sa production résolument dans l’air du temps, ne lui procure pas un attrait immédiat, pas assez typé peut-être. Pas lisse non plus mais sans imprimer une identité de fait. Un mal pour un bien puisque quand on s’y penche, elle permet de mettre en exergue la qualité d’écriture des compos, la multiplicité et la finesse des influences. « Kennedy » est le premier morceau, le single, la compo clippé sur les internets et disons-le, la belle vitrine du savoir-faire de Dot Legacy. Parce qu’ils n’ont pas peur de faire sonner le son clair des amplis super-Green, de lui administrer de la réverbération grande comme une supernova sans oublier les plans stoner vieux comme l’immonde. Mais réside dans cette bestiole une qualité surprenante qui la dissocie des autres groupes, sa culture musicale. Les jeunes loups ont bouffé de la noise, du post-rock, du math-rock et ça se sent. Les grands espaces, les respirations imprimées comme dans « The Passage » sont infantes du post-rock à la Russian Circle ; les chants scandés hors-micro de « Think of a name » ou « Pyramid » renvoient au ludique maths-rock de la Colonie de Vacances (Marvin, Pneu, Papier Tigre, Electric Electric, feu d’artifice déstructurant en quadriphonie). Mais n’ayez crainte, ça envoie le steak dans les riffs, les parisiens nous gratifiant de missiles-burger au groove suintant. Ecoutez « Rumbera » et sentez vos poings se tendre rageusement en avant pendant que votre fion imprime une danse nuptial à rendre fou/folle n’importe quel(le) prétendant(e).
Un clavier vient régulièrement enrichir le spectre sonore du groupe, rajoutant quelques vertèbres à la colonne déjà bien fournie des parisiens. Il s’inscrit comme une composante à part entière et non comme un instrument additionnel et mériterait peut-être encore plus d’espace quand le Dot fait décoller son stoner de la terre. L’autre bon point de l’album est la place laissée au chant et à la mélodie, ces derniers étant trop souvent délaissés au profit de beuglantes, certes salvatrices, mais Ô combien faciles. Non, pas ici. On prend le temps de composer et de vouloir marquer les esprits par de la ritournelle réfléchie. Et je dis oui.
Quel paradoxe que cet album ! Car passée la première impression de grand tout unique on se retrouve avec une fourmilière d’idées, de breaks bien sentis, de chants inspirés, de mélodies accrocheuses, d’influences à la pelle. Pourtant, Dot Legacy ne s’y noie pas et fait montre d’une identité déjà marquée et unique. Reste pour la suite à épurer l’ensemble et affiner cette personnalité afin qu’elle explose en un monstre album, ce premier essai étant déjà bien structuré. J’ajouterai qu’il ne faut pas manquer les parisiens en live, leurs prestations étant hautement énergiques et communicatives. Pouce en l’air, sourire aux lèvres et fion qui groove pour Dot Legacy !

Sensation de 2014, né comme un side-project en 2013, Monolord revient pour consumer le reste de nos âmes sur le bûcher du doom. Déjà une nouvelle offrande, cela s’apparente à battre le fer tant qu’il est chaud. Ou à vivre sa passion hors des standards édictés par l’industrie musicale actuelle. Du riff bûcheron, du jam, du psychédélisme dans la répétition et des arrangements aux burins pour peaufiner les angles. Rien de nouveau sous la brume incandescente ? Ce serait nier le talent des suédois. L’album porte le nom du plus grand lac en Suède et à bord de l’embarcation Monolord son écoute s’assimile à le traverser pris dans la glace.
Dans un crépuscule naissant « Cursing the One » nous éloigne du rivage. Si les premières ramées résonnent d’un écho connu dans le premier album, c’est leurs vigueurs qui frappent. Son plus puissant, plus incisif, le groove décadent du riff nous pousse plus loin dans les eaux glaçantes d’un doom résolument moderne dans sa production. Les côtes encore à vu, le deuxième morceau voit la glace se densifier autour de la barque. Changement de rames, c’est armé de bûches qu’il faudra briser l’eau gelé (et nos nuques) pour poursuivre notre traversée. Le groupe frappe plus fort dans l’énergie dégagée avec ces deux premiers titres. Le final de « We Will Burn » a de quoi fissurer la banquise. En surface on aperçoit ce qui a démarqué Empress Rising comme un album prometteur, mais tel un iceberg, en profondeur la masse qui se dégage de l’ensemble est abasourdissante.
La densité des riffs est contrebalancée par cette voix lointaine, comme une résonnance nous appelant de l’autre côté du lac. Cette voix plus présente, nous empêche de couler sous le poids des rythmes matraqués par la batterie juste sur-mixée comme il se doit. Parti si fort, « Nuclear Death » nous laisse le temps de totalement perdre l’esprit. Plus mélodique dans son approche, la ligne de basse apporte la rondeur et la subtilité nécessaire pour garder le cap. La respiration est de courte durée, quand s’annonce la deuxième partie de l’odyssée. Au milieu du lac, tout espoir de revenir en arrière est vain, c’est dans le désenchantement le plus total qu’il faudra continuer. « Died a Million Times » assomme. En son sein se découvrent des horizons obscurs. La fougue refait surface mais la mélodie prend le dessus et le break nous gifle de sa glaciale brise. A perdre la raison dans ce brouillard givrant, le doom de Monolord se fait plus sombre que rentre-dedans.
« The Cosmic Silence » court intermède mélancolique et posée, nous plonge la tête dans l’eau. Un bain salutaire pour nous sortir de notre torpeur hallucinatoire. Ce nouveau visage que nous dévoile le groupe est séduisant. Ce deuxième album nous promet des terres encore inexplorées et un potentiel énorme. Le monstre « Vaenir » ne fait que confirmer tout cela. Lent, puissant, aux portes du funèbre, la première partie de ses 17 minutes est glaçante. Puis seule à nouveau, la guitare nous saisi le sang et les sens. Simples accords ouverts à nous pousser dans le désespoir le plus profond. Voués que nous étions à nous perdre dans ce trip, nous nous complaisons à errer sur ses flots torturés. Hagards, gelés, perdus dans notre subconscient, les ultimes coups de butoirs nous échouent sur la terre promise.
Un deuxième album renversant. Monolord a poussé sa recette à l’extrême et démontre une capacité à aller chercher de nouveaux horizons. Un album qui confirme la place qu’il faut leur accorder sur l’autel du doom. Peut être que se donner plus de temps pour le prochain album pour peaufiner et approfondir ce qu’ils nous proposent ici, leur permettra d’écrire un « classique ». D’ici là laissez vous porter par Vaenir, un incontournable de l’année.

Lille, capitale nordiste des Flandres prend des allures sudistes à l’écoute de ce « Angel’s Trumpet », deuxième album autoproduit de The Wimps.
Le quatuor devenu trio nous propose huit morceaux, tous plus gras qu’un potjevleesh/frites. Il ne faut d’ailleurs pas attendre très longtemps à The Wimps pour dégainer l’artillerie lourde et dégoupiller la grenade « Angel’s Trumpet », brûlot de 6’35 qui fleure bon le caoutchouc (Michelin et Durex) et donne le ton rock’n’roll qui marque ldisque de son empreinte indélébile.
Tous les ingrédients sont ici réunis pour satisfaire les fans de Peter Fonda et Dennis Hopper et leur donner envie de chevaucher leur belle mécanique sur l’A1 ou ailleurs : un rock direct, un gros son limite vintage et un hymne à nos glorieux aînés Jack Daniel’s et Jim Beam (quel refrain que ce « I need my bottle of whisky »).
Une bonne surprise donc que ce « Angel’s Trumpet ».

Nouveaux venus sur la scène Suisse et pourtant grognards aguerris (gâchettes chez Favez et Toboggan) les zicos de The Crotals proposent dans leur premier long essai de remettre la rouste au centre des débats. Et « Fuel ! Flames ! Blast ! » de dégueuler littéralement sur les rondeurs du genre. Un stoner grandement mâtiné de punk, voilà le programme. Un menu rêche où amuse-gueule, entrée, plat et dessert sont servis à la hache, piqués de clous rouillés et épicés au glaire.
Dès l’introductif « Lipstick on a pig » on nage dans la catégorie « déviance sonore » sur Stonehub, dans le dégueulasse baryton. Le riff n’est pas compliqué mais s’imprime directement en nos synapses gluantes. Les fûts de batteries sont agressifs, les frappes de caisse claire sont autant de gifles infligées à nos joues rosées et Guy Borel, le chanteur, nous vomis une violente guturalité au faciès. Pornosonore. On retrouve chez The Crotals une influence High on Firesque assumée, « Never Sorry » et « Black Blizzard » sauront vous en convaincre. On sent déjà nos torses velus perler de sueur lors des futurs concerts du combo. L’étrangeté du disque vient de ce développé stoner/sludge dans les idées, les riffs, les breaks de batteries et de son traitement « garage » au niveau du son. Ce dernier à tendance à effacer certains aspects et nuit à l’impact que pourrait donner la double pédale ou la guitare baryton. Ca manque de coffre dans les basses et l’on souhaiterai plus d’uppercuts dans la jugulaire.
Alors, attention « Fuel ! Flames ! Blast ! » est très bon. C’est d’ailleurs libérateur d’entendre un groupe qui ne tape pas dans la référence grunge ou dans la rondeur de compos léchées mais molles. Non, là, on fait face à 39 minutes de violences directes et agressives. Comment ne pas se dénuquer à l’écoute de « Blast » ? Comment ne pas succomber aux charmes collant troué/tu viens mon mignon/mascara qui coule de « Desert Odyssey » ? La galette est baignée tout le long d’un sentiment d’angoisse permanent et d’une rage qui portent les 10 titres très loin dans les profondeurs malsaines de notre intimité.
Quand The Crotals remue la queue, ça n’est pas pour signifier qu’il est heureux, non. Il agite ses mortels sonnettes pour vous foncer à la gueule et vous bouffer, vous défoncer les tympans et le bonheur. « Fuel ! Flames ! Blast ! » fait le même effet que quand on se loupe sur un plongeon. C’est violent, chaud, direct et vous laisse sur le bord de la piscine avec le look d’une crevette honteuse. A voir comment The Crotals se défendra sur la longueur et le temps. Mais le premier essai vaut sacrément le coup !

2015
Le son de Royal Thunder est celui à la mode ces derniers temps, du heavy classique par grosses louches mais aussi une utilisation de tout ce qui c’est fait ensuite, du punk, du grunge, une touche de pop quand même, etc. Bref c’est le son de la digestion de l’histoire du rock. Ce qui signifie aussi que pas mal de plans peuvent donner une impression de « déjà vu ».
Pour tout cela, « Time Machine » est parfaite en ouverture. Ce morceau de plus de 7 minutes est absolument représentatif de la suite et peut être identifié comme un résumé du style du groupe. Une basse qui aligne souvent des croches sur trois notes, des guitares aux sons lumineux qui alternent avec une saturation plutôt propre et qui enquilles des thèmes un peu faciles et une batterie qui tapote. La phrase précédente ne donne surement pas envie de vous pencher plus avant voir d’arrêter la lecture (holà malheureux !) mais c’est sans compter sur l’efficacité de l’enchainement des parties, des ambiances et des idées (toujours un peu faciles). Pas besoin de seconde lecture, le message impact à la première écoute et la production très claire elle aussi rend le suivi de toutes ces petites histoires très agréable. Et puis la signature du groupe c’est surtout la voix de Mlny Parsonz qui commence doucement et sait monter en intensité pour atteindre le rauque et la rocaille. On peut penser à Brody Dalle sur certaines parties et puis un petit côté Axl Rose aussi dans la manière de poser sa voix. Pour revenir à ce premier morceau, il est sincèrement très bon, fait appel à de multiples sonorités, références, en somme on y est totalement transporté et la longueur y est bien mise à contribution avec un dernier tiers en forme de jolie explosion. Jolie parce que mine de rien on est bien dans un monde qui sent peu la transpiration et le stupre et qui peut envoyer quelques revendications adolescentes… « Forget You » va en partie à l’encontre de ce que je viens d’écrire et c’est là une partie du charme de l’album. Les guitares y sont plus lourdes, les saillies plus saillantes et la fin entêtante. « Wake Up » ménage ses effets et est un peu moins direct. A la réécoute on pourrait hésiter à la passer mais de bonnes idées y sont distillées du début à la fin avec un final pour le coup plutôt inattendu. Une force du groupe est d’arriver à poser, dès que l’ennui pourrait poindre, la bonne idée comme sur des titres tels que « Floor » ou « The Line ». Ensuite on tranche à mi-parcours, « Forgive Me, Karma » est une ballade un brin psyché avec un final très heavy rock classique. « Glow » possède également une bonne montée en puissance et puis un des meilleurs refrains de la galette. Côté psyché on en reprend une couche avec une boucle qui pourrait donner le tournis sur « Ear On The Fool » mais à part cela il faut attendre un peu pour le final pas dégueulasse encore une fois. « One Day » est très bien construit et en ce sens ressemble au premier. Par contre c’est le dernier vrai morceau de l’album car le duo « The Bear I » et « The Bear II » compose une ballade sans grand intérêt.
Etrange objet que cet album facile d’accès, très bon sur bien des points et surtout dans sa première partie mais qui manque singulièrement d’un quelque chose en plus. Il transpire un professionnalisme, une maîtrise des codes classiques et actuels mais il y manque la folie. Par contre je ne doute pas de l’efficacité que doit avoir le groupe sur scène. Il reste que le tout est très agréable pour se balader tranquillement dans une forêt au soleil par exemple.

Quatuor issu de la scène de San Diego, Wild wild wets sort ce mois ci 14th Floor en version vinyle sur un label Français, c’est pas la fête ça ? Ben si, ça veut dire qu’ici aussi il y a des labels prêt à prendre des risques et qui sont suffisamment sérieux pour que des groupes étranger leur fassent confiance !
Bon passons sur cet élan nationaliste, qu’est ce qui nous intéresse vraiment ? Connaître le style du groupe et surtout savoir si l’album vaut le coup qu’on l’achète, ben oui, au final c’est ça non ?
Réponse : Du psyché machin truc et oui il faut l’acheter.
Pour être un peu plus loquace et explicite, sachez que certains morceaux (au pif : So High)de ce disque n’aurait pas à pâlir sur une BO de Tarantino, on y retrouve ce coté Surf music, lanscinant et laconique quasi sexy qui caractérise ses fameuses BO.
En formation serré, basse/batterie/guitare/clavier les www ont réussi à nous sortir un album riche et très aérien, vaporeux, couvert d’une brume psychédélique sans pour autant tomber dans le cliché ni s’embourber dans un revival Hendrixien déjà bien fourni. Ici on lorgne beaucoup plus vers les ambiances 60’s typé plage, filles en bikini et fêtes nocturnes dans des piscines vides.
Les morceaux sont truffés de pattern de batterie à la Beatles (poum tata poum ta …), de chœur de hippie heureux (woohoo et compagnie) et d’effets planant qui apportent une personnalité bien appréciable au groupe.
Tous ces effets (voix, clavier, mix global) contribuent à l’atmosphère globale et plutôt que de rendre l’ensemble brouillon les compos reste lisibles et agréables. On fredonne régulièrement les mélodies en même temps que le disque, c’est assez bon signe paraît il.
Sur ce, j’enfile mon plus beau short de bain et on se retrouve à marée haute pour un concours de limbo endiablé.

Est il vraiment nécessaire de présenter ici la carrière d’Acid King ? Je sais bien que vous autres, passionnés ou activistes rattachés à la cause stoner, avez eu vent de l’histoire de ce trio d’Oakland, au son si identifiables. Vous savez tous l’importance de Busse Woods dans l’histoire du style et avez au moins de vagues souvenirs de Man’s Ruin, de Guy Pinhas, Billy Anderson ou Lord of Altamont. Et si ce n’est pas le cas de nombreuses autres personnes en parlent mieux que moi dans leurs chroniques. Je suis sûr aussi que vous avez tous vu passer une affiche d’un concert du groupe, pouvant se targuer d’en être à sa cinquième tournée européenne sur les six dernières années. Je suis même sûr que je n’ai pas besoin de vous rappeler que l’on est sans nouvelle discographique du trio depuis dix ans maintenant et la publication chez Small Stone Records de III, dernière trace enregistrée de la bande de Lori S, qui, outre le fait d’être une fanatique des Giants, est l’une des figures les plus respectée de la scène. Ainsi lorsque filtre sur la toile la nouvelle de l’entrée en studio d’Acid King, avec Billy Anderson évidemment, la nouvelle a fait l’effet d’une bombe dans le microcosme.
Middle of Nowhere, Center of Everywhere, quatrième album du groupe reprend les choses exactement où elles avaient été laissées la décennie précédente. On retrouve donc quelques titres bien connus de ceux qui se sont rendus à un concert des américains ces dernières années, tels « Coming Down From Outer Space » ou « Red River », ainsi qu’une flopée de nouveaux morceaux suivant scrupuleusement les vieilles recettes du groupe, à savoir une section rythmique implacable, un son de guitare unique et une voix incantatrice. Le savoir faire est donc intact et le secret des ingrédients tellement bien conservé que la nouvelle fournée emporte l’auditoire dans une explosion de saveurs familières, sans jamais lasser. Car c’est un fait notable chez Acid King, le combo n’a jamais été imité, préservant suffisamment sa méthode pour éloigner les tentatives de plagiat. Ainsi entendre de nouveau rutiler le gang sur de véritables morceaux de bravoure tel « Red River » ou les huit minutes d’absolu de « Center Of Everywhere » rend l’acquisition de ce disque indispensable.
Publié via Svart Records, label finlandais à la popularité croissante et à qui l’on doit le travail d’orfèvre réalisé sur la réédition vinyle de certaines pièces de Reverend Bizarre ou plus récemment les découvertes d’Hexvessel, Beastmilk, Mantar ou Sabbath Assembly, le quatrième album d’Acid King postule d’ores et déjà au titre de disque de l’année.
Point Vinyle :
Svart Records, soucieux de nos collections propose l’album en trois versions : noir classique (500 ex), transparent bleu cosmique (500 ex) et 200 exemplaires d’une série tigrée noir et orange, exclusivement disponible sur le site du label. Faites votre choix mais faite le vite.

Après une belle première chevauchée sortie en 2012, The Texas Chainsaw Dust Lovers (que l’on nommera TCDL pour la suite de cette chronique, histoire d’épargner les touches du clavier) reviennent avec un nouvel EP 5 titres intitulé « The Wolf is Rising ». Après « Born Bad », il semblerait donc que ce soit d’un loup que le groupe a accouché à l’époque et ce dernier peut fièrement se dresser devant nous aujourd’hui. Et ils peuvent en être fiers.
Leur stoner spaghetti rock a pris de la bouteille, il s’est surtout affiné et a gagné en personnalité. « Car Crash », tous crocs dehors, déboule sans grogner de son riff rutilant. C’est qu’il a les griffes acérés le bougre mais pas que… On pense QOTSA, on pense toute la clique de groupes inspirés par eux, on pense à s’ouvrir une bière et finalement il y a quelque chose d’autre qui se dégage de ce titre. Un couplet original avec une vraie identité, des chœurs, des arrangements aux petits oignons, le groupe frappe très fort.
Sur toute la somme de chansons à leur dispo, ils ont choisi d’en enregistrer que cinq mais en se donnant les moyens d’en faire de vraies pépites. « Back to Georgia » le confirme, avec sa pléiade d’instruments de redneck, son gros refrain et toujours ses arrangements peaufinés à l’extrême. Un vrai album de studio ! Exit l’approche DIY et brute, les loups en ont assez de se repaitre des agneaux du coin, ils se font les dents sur les moutons dorés d’Arizona !
Popularisé par le film O’Brother, TCDL s’approprie « A Man of Constant Sorrow » en version testostéronée. Clutch en profite pour nous faire un clin d’œil. Les influences sont diverses et bien digérées. C’est surtout l’identité des parisiens qui à chaque riffs et arrangements se définie et se précise. « Redemption » enfonce l’éperon un peu plus profond et est pour moi LA perle de cet EP. LA table de loi à suivre à mon humble avis. Les références au cinéma de monsieur Morricone défilent, ça transpire la country, le refrain somme toute classique envoie du lourd à souhait, le break est black-metal, les arrangements sont tantôt southern, tantôt résolument pop. Le tout en 4 minutes, messieurs vous venez d’égaler le génie de Mr Bungle, ni plus ni moins.
« The Wolf is Rising » qui clôt les festivités prend plus son temps pour développer une atmosphère plus cinématographique encore. Ne faisant que confirmer la qualité d’interprétation et de composition des quatre amoureux de poussière.
Que ressortir de tout cela : un talent énorme. TCDL a explosé toutes les portes qui les entouraient. A voir où ils décideront de nous emmener la prochaine fois. Aujourd’hui on peut l’affirmer, plus besoin d’attendre une quelconque collaboration entre Mike Patton et Josh Homme, on a The Texas Chainsaw Dust Lovers pour nous combler.

Après une première pièce de choix sortie sur Small Stone, ce qui n’est franchement pas la norme pour les formations hexagonales, le quatuor de Paris s’en revient sur la structure étasunienne avec le fruit de ses inspirations trouvées dans la carcasse d’un animal volant. Salué par la critique, le groupe de la capitale – né des cendres encore brûlantes d’Alcohsonic qui a jadis disséminé des pièce de bonne facture chroniquées dans ces pages – a foulé les scènes des grosses sauteries stoner et pas mal roulé sa bosse depuis la sortie de « Through The Dusty Paths Of Our Lives », son prédécesseur. Ceux qui avaient kiffé des compos aériennes comme « Big Black Cloud » ou « Tears Of The Sun » sur cette plaque peuvent se réjouir, ils vont être carrément aux anges avec « Relections In The Bowels Of A Bird » qui est une réussite du genre (voilà c’est dit ; à partir de maintenant vous pouvez cesser de lire ma prose et aller quérir le précieux).
Malgré le laps de temps relativement proche entre les deux productions balancées par les Franciliens, il faut rapidement se rendre à l’évidence que cette suite des tribulations des frenchies s’avère redoutablement aboutie et fort inspirée. On débute l’écoute, sans intro, par « Fountains Of Vengeance » qui prend son envol sur un gargouillis de grattes saturées pour aller rapidement rejoindre un registre proche du Soundgarden des grandes années (et ce n’était pas hier). Soli, ralentissements et une voix impeccable de Sébastien Bismuth qui se pose un peu comme celle de Chris Cornell sur « 4th Of July ». Après ce premier titre, qui se termine dans la plus pure tradition des formations instrumentales burnées du moment, « An Offspring To The Wolves » prend son élan tout en lourdeur et provoque immédiatement des mouvements de va-et-vient au niveau de mes cervicales. C’est heavy en diable, la section rythmique avec Guillaume Colin à la basse et Benjamin – aussi – Colin derrière les fûts envoie du gros bois et chipe gentiment la vedette à la doublette chants et guitares, lesquelles se déploient en un mur sonore lancinant durant les plus de six minutes sur lesquelles s’étirent ce titre de bon gros rock bien gras qui sent de dessous les bras.
On en reprend pour six minutes pour « Omen Pt.1 », qui, à l’image de « Vodun » sur le précédent opus, sera décliné en trois temps. Le numéro un de ce tiercé – qui est aussi le plus long – s’avère très catchy et il se distancie quelque peu du registre très heavy des premiers titres de cette production, en empruntant des sentiers assez proches des formations sans voix de l’écurie Napalm. Les grattes du chanteur et de Nicolas Heller se font aériennes. L’énorme solo de fin de titre fait un carton plein et nous ne sommes pas loin des prouesses du meneur de The Ultra Electric Mega Galactic, Ed Mundell, que nous retrouverons plus loin en personne, comme il l’avait déjà fait sur « Through The Dusty Paths Of Our Lives ». Après ce passage plus psychédélique, Abrahma revient en territoires entraînant avec « Weary Statues » qui est un titre énorme de rock qui tache. Je kiffe à mort ce morceau qui tabasse mes oreilles en envoyant du gras dès les premières secondes et s’enlise ensuite dans des plans nettement plus apaisés, avant de me reprendre à froid pour m’asséner une nouvelle dose de plans bourrins : une sacrée réussite !
Changement de décorum avec le second présage qui lève un peu la pédale question testostérone : bidouillage synthétique type vent du désert (ça tombe bien on adore ça), sons empreints de slide proche de l’homme-qui-baille et chants susurrés pour un trip qui monte en puissance pour passer dans le rouge aux deux tiers, avec un apport au sax de Vincent Dupuy, pour faire l’étalage des multiples talents de la formation hexagonale. Avec un titre comme « Kapal Kriya », je pensais rejoindre la galaxie My Sleeping Karma et l’intro du titre m’a conforté dans ma croyance. C’était sans compter sur l’esprit malin qui anime ces quatre garçons dans le bayou parisien : après une longue immersion sur fond de nappes synthétiques – mixées de manière à égarer l’auditeur qui vérifiera à coup sûr les connexions de son système de sonorisation – on s’envole effectivement dans l’espace escompté pour s’en distancer en empruntant au sludge quelques plans fort hargneux.
Exit les bidouillages et plans élaborés pour « Square The Circle » qui va droit au but. Ce titre trépident, proche de Dozer, est le plus concis de l’album et il s’inscrit dans la plus pure tradition du stoner bien pugnace donc terriblement efficace. Ce sera tout pour ce registre là puisque nous retrouvons ensuite la fin du triptyque qui annonce déjà le terme proche de cette plaque. Là aussi les types derrière les manettes ont joué avec les boutons quelques fois alors que le titre – presque instrumental dans son intégralité – prenait son envol. Je dois concéder ici que les arrangements du début, les nappes synthétiques redondantes et la retenue jusqu’à mi morceau m’ont laissé assez froid et c’est sans regret qu’après plusieurs écoutes je skippe fréquemment sur « A Shepherd’s Grief » qui renoue avec le génie de cette formation. L’avant-dernière plage de « Reflections In The Bowels Of A Bird » – sur laquelle Ed Mundell est venu poser une envolée soliste – renoue avec le génie qui anime Abrahma : début tout en douceur admirablement mis en forme, refrain puissant sans être dans le registre plantigrade, guitares acérées et rythmiques martiales. Après ce morceau de toute beauté, l’heure est venue de passer à la dernière plage : « Conium ». Ce titre – mixé par le batteur – se déploie crescendo en incorporant pas à pas les divers protagonistes de cette belle aventure : un résumé brillant d’un disque qui l’est.
Avec « Reflections In The Bowels Of A Bird », Abrahma marque à nouveau un maximum de points et prouve que sa présence sur une structure internationale n’est en rien le fruit du hasard, mais le résultat d’un investissement conséquent dans cet art qu’est le stoner conjugué à une bonne grosse dose de talent. Bougez vos culs pour notre scène et cessez de tourner vos yeux vers l’Amérique : ces régionaux n’ont absolument rien à leur envier !

Janvier 2015, découverte d’un album qui sortira le mois suivant. Cinq titres, quatre déjà enregistrés en 2013, parus en 2014. Avec donc un cinquième en addition pour doper la re-sortie d’un EP déjà plébiscité à l’époque et qui touche maintenant au grand, au très grand. Trois mois que j’écoute en boucle l’œuvre d’un trio New-Yorkais, que je la déguste et savoure à chaque instant telle une madeleine de Proust que je me complais à retrouver. Un album de chevet, un classique de 2015 dont les fondements remontent à plusieurs années et qui dans plusieurs encore sera toujours indémodable.
Dans un club miteux au fin fond d’une galaxie lointaine en plein XXVème siècle, un groupe reprendra ces titres suintant le blues et suffisamment aériens pour traverser les âges. Dès les premières notes de « Ancient Song », le ton est donné. Une guitare planante entonne un phrasé bien léché, voguant sur les nuages cotonneux d’une section rythmique carrée et justement ronde. Quelques notes aussi volubiles que volatiles, exprimant la liberté d’Icare au plus proche des cieux et toute sa solitude d’en tomber seul. Les contretemps se font plus heavy et alors que s’étire le jam, survient ce gimmick. CE gimmick, celui qui vous fait basculer à jamais dans les méandres de cette incarnation parfaite d’un heavy-blues maîtrisé, inspiré et inspirant.
« Thorny » met de côté les phasers et autres flangers qui servaient alors de duvets aux 6-cordes ailées, au profit d’un bottleneck chevauchant le midwest au dos de Pégase. Mais le cheval-ailé est au pas, il slide durant 4 minutes d’un blues intemporel. La saturation reprend ses droits sur « Ghost Rider Solar Plexus » qui est d’ors et déjà le hit de 2015 ! Les chevaux sont lâchés, débridés et groovant sur les collines d’un riff à raser de près les Tres Hombres de 1973. Composé par une gratte ? Pas certain quand on entend sa parfaite appropriation par la basse sur la deuxième moitié du morceau qui laisse la place à un jam fumant, la gomme des sabots collant au bitume brulant.
Un jam de heavy blues aérien qui groove, cet album est déjà au firmament qu’il entame sa pièce maitresse de près de 15 minutes. Le fameux petit nouveau, qui apparaît désormais sur la réédition signée chez Ripple Music. « Tales of Murder and Unkindness », réunit tous les ingrédients précédemment cités, les délaye, les passe au chinois, les explose, les enlumine et les compose en une lecture en trois actes. Le charme psychédélique, qui se dégage des premiers mouvements, se dissipe lors d’une dernière scène désenchantée, soutenue par la métronomique batterie qui ne joue que de toms et de clics faisant fi de toutes cymbales. Le groupe démontre ici toutes ses velléités et capacités à sortir du cadre, à renouveler son propre format, à se définir lui-même, cet album n’étant que son deuxième effort à proprement parlé.
Puis « Dude It’s Molecular » clôt les bacchanales. L’orgiaque blueserie à laquelle nous participons prend fin en 4 minutes d’un instrumental dépouillé de tout artifice. Comme une fin en live sans cette rocailleuse voix qui nous a conté tant de déboires précédemment, sans effet pour propulser les mélodies. Reste trois instrumentistes à leur état le plus brut pour émettre les dernières résonnances de 38 minutes vouées à finir dans le top 5 de l’année.
Ces hommes, c’est Geezer qui a sorti en février Gage, un immanquable.

S’il est né dans la poisse des marécages de la Nouvelle Orléans, le sludge est un virus qui a aujourd’hui infecté tous les foyers bactériologiques propices à sa prolifération. Et pour le coup, Hochelaga – quartier ouvrier de Montréal tenant son nom d’une tribu iroquoise – est un terrain infectieux parfait. C’est dans cette zone résidentielle, loin d’être la plus attractive de la capitale francophone américaine, que sont depuis toujours établi les trois Canadiens de Dopethrone. Leur doom/sludge aussi crasse que classe en a fait, depuis leurs débuts en 2008 (mais aussi et surtout depuis leur apparition au Roadburn et leurs incessantes tournées européennes ces dernières années) un groupe établi de la scène.
Si leur nom tient en vérité plus de Darkthrone que d’Electric Wizard, leur son creuse quant à lui l’idée d’un doom narcotique aux inflexions vocales suant le sludge bas du front, avec l’indéniable avantage de composer des titres souvent efficaces voire carrément inoubliables. J’en veux pour preuve leur reprise de “Ain’t No Sunshine”, contre-emploi impeccable pour un titre digne de siéger aux côtés du “Give Me Back My Bullets » de Weedeater au rayon des reprises qui tâchent. Quatrième production du trio, Hochelaga s’inscrit dans la droite lignée des précédents. Dégoulinant en première intention de petites perles sludge à l’efficacité redoutable, l’album dévoile un torrent de subtilité dans sa seconde moitié. Les ingrédients demeurent inchangés : références sonores à la contre culture la plus morbide des US, science du riffing et apologie du sale, les Montréalais n’ont pas changé leur recette d’un iota.
Reste que ce quatrième effort diffuse subtilement sa puissance, s’offre quelques aérations au détour d’un break et imprime son empreinte dans l’esprit, fusse t’elle celle d’une semelle pleine de boue. Au rayon incontestables hits, « Sludgekicker » et « Scum Fuck Blues » ne devraient pas sortir des set lists du combo avant un bon bout de temps, mais il serait dommage de passer à coté de la véritable réussite du disque, « Dry Hitter », qui outre le fait d’être d’une puissance émotionnelle rare, annonce sans claironner une passe de trois titres de plus de 6 minutes à l’approche plus subtile que le début de l’opus. Ainsi Dopethrone fait étal de son savoir faire en mid tempos aux structures changeantes, au point que l’on serait tenté d’accoler le terme psychédélique à leur musique, quoi qu’il pourrait être ici perçu par le trio comme une insulte. Néanmoins la passe de quatre est brillamment passée pour nos trois canadiens, qui publient peut-être là leur album le plus abouti et sans conteste l’un des plus notable de ce premier tiers de l’année 2015.
Le point vinyle :
On peut compter sur Totem Cat, tenu par un fondu de vinyle, pour faire les choses correctement. Hochelaga est donc publié en version jaune marbrée noire ainsi qu’en version classique. Chacun de ces pressages a été fait à 250 exemplaires et est bien évidemment sold out. Un second pressage noir sera disponible sur la tournée du groupe ; d’autres surprises peuvent venir s’ajouter à cela par la suite.

Qu’il est difficile pour le fanatique de Pentagram que je suis de porter un jugement intelligible sur cette improbable sortie de Relapse Records, firme nous ayant plus habitué à défraichir l’avenir du blast supersonique que de jouer les paléontologues du metal en exhumant les origines de veilles légendes récemment réhabilitées. Il devrait pourtant être considéré comme une chance d’avoir aujourd’hui accès à ce bout d’histoire qu’est Bedemon d’autant plus sur un label aussi important, fêtant cette année 25 ans d’activisme sonore au service de la cause metal.
Bedemon, contraction des mots Behemoth et Demon, est un offshot de Pentagram. C’est à dire un groupe parallèle qui vécut le temps de quelques enregistrements lors d’une période de creux du groupe principal de Bobby Liebling et Geof O’Keefe, que l’on retrouve ici entouré de musiciens qui feront parti, à un moment ou à un autre de l’insaisissable entité Pentagram. Ainsi le fait qu’il nous soit aujourd’hui offert la possibilité d’avoir accès à ces quelques démos, morceaux de l’histoire du doom est une chance. Le passionné de metal sait l’importance de la filiation et il ne fait aucun doute que l’écoute de cette poignée de titres, rassemblés sous le nom de Child Of Darkness, rassasiera la soif d’information de beaucoup d’entre nous. Mais d’un autre coté, comment l’amateur de musique, dépensant l’excédent de son salaire en vinyle et appareils vintage pour obtenir le meilleur son possible, peut il trouver un quelconque intérêt à la déclinaison sur son format de prédilection de ces démos au son si caverneux, tenant plus du devoir de mémoire que du plaisir auditif ?
Sur la qualité des compositions, il n’y a rien à dire. On sait tous que si Liebling et sa bande avaient fait les choses correctement ils seraient aujourd’hui assis à côté de Sabbath sur le trône du heavy metal, fesse contre fesse sans rougir. Il est aujourd’hui trop tard pour refaire l’histoire. Reste que sur la quinzaine de titres dissimulés sous cette hideuse pochette suggérant – peut être dans un excès de franchise – que le travail a été bâclé, il y avait matière à publier un album solide et pourquoi pas chatouiller Ozzy et sa bande sur leur propre terrain. Le début des années 70 aurait sans doute pu supporter une recrudescence de sorcières au satanisme modéré. Mais de nos jours, passé le plaisir de retrouver cette façon si particulière qu’a Liebling de verser dans l’incantation plus que dans le chant (« Child Of Darkness », « Serpent Venom »), quel avenir pour ces morceaux de passé ? Quel crédit apporter à ces démos, déjà publiées en 2005 chez les Italiens de Black Widow records dont le tirage limité et un poil collector sied parfaitement à ce presque groupe qui n’a rien à gagner, hormis quelques dollars, à voir sur le marché cette poignée de titres au son exécrable. Si quelqu’un a une réponse à m’apporter qu’il la laisse en commentaire.

Bienvenue en 2015, le son y est chaud, granuleux et crachotant comme en 70 !
Les compos de nos Bordelais de Libido Fuzz sont évidemment à l’image de ce son, bien ancré dans une période spécifique qui fait rêver tant de monde depuis quelques années. Il suffit de jeter une oreille sur bon nombre de sorties plus ou moins récentes pour s’en rendre compte : Stubb, Brain Pyramid, Black Rainbows, Doctor Cyclops et bien d’autres plus vendeurs, tous partagent un même amour pour les sons et les ambiances tirés de cette époque où un certain Jimi était le roi.
Une fois passée cette impression d’avoir ressorti le papier peint de chez mamie, on peut se plonger dans les morceaux qui finalement intègrent des éléments plus récents. Suite d’accord typé grunge et mélodie quasi pop qui permettent de différencier le groupe de leur confrères internationaux.
La voix de Pierre-Alexis (guitare-chant) rappelle celle de The Black Angels ou de The Myrrors, vous savez, ce coté androgyne noyé dans la reverb, ça fonctionne très bien et appui la crédibilité de l’album qui, il faut bien l’avouer, s’en sort plutôt bien .
Niveau production rien à redire, le son est comme dit plus haut, fidèle au standard du Heavy Psyche (ajouter l’adjectif de votre choix) . Enregistré au Portugal puis mixé en Pologne le disque est à l’image du groupe qui malgré sa jeunesse a déjà une solide expérience live (deux tournées européennes au compteur).
Les zikos se revendiquent du boogie et ça s’entend par ci par là et je leur reprocherais justement cette sensation de déjà vu et de redite propre à ce style. Par moment quelques temps mort se font sentir et une impression d’entendre des variations d’un même morceau se dégage, comme dans bon nombre de disque de boogie en quelques sorte !
Malgré ce léger défaut qui devrait s’estomper au fur et à mesure des écoutes en apprenant à mieux connaître chaque morceaux, ce «Kaleido Lumo Age» est une belle réussite et devrait permettre au trio de se hisser à un niveau supérieur de notoriété.

Les bretons de Stonebirds n’ont apparemment pas fini de nous surprendre. On avait quitté le groupe il y a quelques années dans une formation plus étoffée, évoluant dans un stoner efficace et d’influence assez classique. Le combo s’est resserré depuis, devenant trio, ce qui heureusement n’a pas entamé sa motivation. Intègre dans sa démarche, le groupe a sollicité un co-financement via une plateforme de crowdfunding, pour l’aider à accomplir sa démarche sonore atypique, qui passe par un recours à un enregistrement 100% analogique. Dubitatif mais intéressé, c’est avec une réelle curiosité que l’on enfourne le disque, doté d’un artwork absolument sublime (la version vinyl doit déchirer…).
Puisqu’on en parle, le premier “choc” vient du son : tandis que nous sommes plutôt habitués à de grosses machines sonores rutilantes au son très policé, “à la ricaine”, la première écoute de cet exigeant Into The Fog… And The Filthy Air déstabilise un peu : oubliées les rondeurs chaudes et suaves des prods stoner classiques, le son du disque est précis, oppressant, travaillé, avec cette petite réverb qui nous fait croire qu’on est au milieu des bonhommes tandis qu’ils jouent. Perturbant, donc, mais réussi. Le deuxième choc est plus direct encore : stylistiquement, Stonebirds a fait un grand pas… de côté ! Une bifurcation musicale plutôt bien emmanchée les amène désormais sur un terrain musical plus austère, dans des terres plus complexes, qui leur sont propres désormais. On entend du sludge, on entend du stoner un peu, toujours, des passages plus psyche, d’autres plus véloces, on entend plein de choses sur les 35 minutes de cette galette. Aïe!, vous l’avez bien entendu, et c’est là que se niche le seul point frustrant de ce disque : cinq titres, c’est à la fois trop peu pour un album, et très riche pour un EP, mais c’est quand même un peu le cul entre deux chaises. Il sera dit et redit que le groupe ne cherche pas le confort !
“After The Sin” affiche toutes les ambitions du disque sur ses presque neuf minutes : épique et puissant, le titre enchaîne les passages les plus heavy, dont un refrain sans concession (bien appuyé par les cris lointains de Fañch). On entend parfois invoqué le fantôme lointain du Dredg de “Leitmotif”, notamment dans son dernier tiers, lorsque le trio s’engage sur des soli de gratte lancinants du meilleur effet. Précisons que le “trio” trouve parfois un peu ses limites dans son ambition avec une seule guitare, et se permet (avec réussite) de rajouter des pistes de guitare lorsque nécessaire, voire de claviers ici ou là. “Angst Lover” un peu plus loin est le partenaire logique de ce premier titre, et même si son tempo est plus lent et son ambiance plus atmosphérique, l’effet et les influences ne sont pas très loin. On notera en particulier une section heavy particulièrement prenante aux deux tiers du morceau à peu près, qui apporte à cet autre titre-fleuve (presque huit minutes) encore une palanquée de couleurs, sur une palette déjà bien riche. “Into The Fog”, dès ses premières secondes, nous rappelle My Sleeping Karma et l’atmosphère particulièrement relaxante qui se dégage de ses compos. Il faut dire que sa ligne de basse ronde et heavy sur laquelle se greffent des leads de guitare lointains efficaces, vise juste. C’est sur la fin de ce morceau et les suivants que l’on se prend à entendre quelques sonorités que les vieux rockers français mentionnent encore ici ou là sous le patronyme de “l’axe girondin” – à savoir le triplet Sleeppers / Nihil (1ère période) / Year Of No Light : empruntant (inconsciemment ou involontairement peut-être) aux diverses facettes bruitistes de chaque formation, Stonebirds montre encore qu’il n’est pas prêt de se laisser enfermé dans une ornière. Pour finir, “Perpetual Wasteland”, sur une base mélancolique, monte progressivement en pression, pour aboutir à un pic presque malsain, puis exploser pour un final parfaitement abouti. Impeccable clôture pour un disque qui ne laisse pas indifférent.
En espérant que les opportunités collent avec leur motivation et leur disponibilité, on espère voir le trio breton sur les routes dans les prochains mois. Il faut dire que l’on a franchement envie de voir ce que donne en live cette nouvelle version du groupe, qui manifestement à des choses à montrer ! Pas vraiment destiné aux fans des musiques “pied au plancher” ou d’un pur stoner désertique, les amateurs d’ambiances plus policées et travaillées devraient trouver leur bonheur avec ce disque qui ne souffre que de très rares défauts, un gage de travail et de maturité. On espère aussi entendre vite un peu plus de musique, ces cinq titres nous donnant l’eau à la bouche, même s’ils ne manquent pas de “matière”. Un bel album en tout cas, et une nouvelle preuve de la richesse de la scène française.
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