Wallack – Wallack

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Trio Pictavien (j’ai cherché dans google alors commencez pas hein) déjà auteur d’un EP en 2013, amateur de musique psyché/prog autant que de stoner/rock indé, les Wallack nous offrent cette année leur premier album.

Vous voyez le coté oriental/mystique qu’on trouve dans la musique de Glowsun ? On retrouve un peu de ça ici, mélangé à des plans de gratte énervé à la Tool (le pont dans « Methrock » par exemple) et à un chant empruntant au rock indé Français .

Les compos sont bien ficelées et on ne s’ennuie pas malgré des titres dépassant parfois les 10 minutes. Les ambiances sont bien travaillées et les riffs s’enchaînent de façon à nous raconter des histoires musicales plutôt que de nous faire le coup du couplet/refrain/pont/refrain/final.

Niveau son, on en a pour son argent, l’ensemble tient la route sans problème, la gratte est la plus gâtée mais rien de rédhibitoire pour les autres.

Un léger manque d’ampleur pour la basse qui entraîne un petit flottement lorsqu’elle est censée porter le groupe mais c’est vraiment parce que je suis exigeant ; d’ailleurs, puisque je le suis, je trouve la batterie un peu trop propre pour être honnête . Ouais, je suis comme ça.

Pour en revenir aux morceaux, les couleurs choisies et évoquées au long du disque sont très variés et sont un véritable plus pour le groupe. On trouve en vrac des plans quasi noise (2ème partie du solo dans « The void »), des idées de chant qui passeraient sans problème dans du ragga (« 2666 »), des ambiances Stoner western (intro de « Pluton ») etc etc.

Par contre il faut que je le mentionne sinon ça va me hanter un moment : la pochette est moche. Ouais, OK, je sais, l’art c’est un truc subjectif, chacun est différent blablabla… ouais ben n’empêche que la pochette est moche. Point. Je ne développerai même pas, pas envie d’insister non plus.

Pour un premier album, le résultat est plus que réussi et on attend la suite avec plaisir.

Windhand – Grief’s Infernal Flower

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Il est donc là, face à moi, le mur colossal que je dois franchir pour entrevoir la lumière. Quelques rais pourtant parviennent à se faufiler entre les jointures crasses et, chauffant mes joues poilues de poupon pépère, me promettent un après somptueux. Faut dire qu’il va avoir du boulot le soleil s’il veut percer le doom de Windhand. En 2013, le quintet américain avait assombri le ciel avec un « Soma » lourd, tirant sa noirceur des oracles sabbathiens et electric wizardiens, creusant sa tombe dans la légion zombie d’ersatz de qualité. L’évidente question concernant le nouvel opus « Grief’s infernal Flower », est de savoir si les musiciens de Richmond ont réussi à insuffler plus de personnalité et d’identité à leur doom de qualité.

Toujours chez Relapse et produit par Jack Endino (Nirvana, Soundgarden, High On Fire), « Grief’s infernal Flower » commence là où avait finit son prédécesseur. Rien de bien nouveau sous les nuages, un stoner-doom de qualité ralentissant le rythme cardiaque mais respirant toujours les mêmes productions opiacées inhérentes au genre. Le fait d’avoir une chanteuse ne change d’ailleurs pas la donne dans ces moments là car la voix est travaillée de telle manière qu’elle pourrait sortir d’une trachée trans genre et impersonnelle. On se retrouve donc à écouter des titres tels « Two Urns » ou « Tanngrisnir » en dodelinant sa mélancolie mais sans réelle surprise.

D’où vient que ce nouvel album pourrait surprendre ? A vrai dire, c’est une fois de plus dans le sillon du folk noir que Windhand est intéressant. Sur Soma, c’est le titre « Evergreen » qui convoquait les sorcières de Salem autour d’un feu de camp froid comme la mort. Ballade dépouillée et rêche, elle faisait des merveilles. Aujourd’hui, c’est « Aition» et « Sparrow Us » qui s’y collent. Car oui, enfin, la voix de Dorthia Cottrell trouve dans une guitare sèche, l’écrin mortuaire parfait pour narrer sa tristesse. Et l’on regrette que l’album ne comporte pas plus d’éléments acoustiques. Il suffit d’écouter l’intro de « Crypt Key » pour s’en convaincre. Ces instants folks subliment le doom des américains, offrent un contrepoint parfait aux murs de saturation et dirigent la chanteuse vers des chemins plus personnels. La frustration est d’autant plus grande que le talent et le son sont là mais que ces touches acoustiques ne sont pas légions.

On écoute donc un bel exercice de style mais pas un album charnière dans la carrière de Windhand. Il faudra plus qu’une ou deux chansons folk par disque pour s’extirper de la masse. Pourtant les ingrédients sont là, les saveurs présentes, reste à les cuisiner différemment peut-être. Le dosage pour réaliser un bon poison (coucou à la famille Borgia en passant) est affaire d’équilibre et nul doute que le folk sombre développé entre ses riffs permettra aux américains d’y parvenir. Curieux donc de goûter au prochain chaudron.

Horisont – Odyssey

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2015. En cette année où la planète attend de pied ferme l’épisode VII de Star Wars, la saga spatiale débutée dans les 70s, les suédois d’Horisont accouchent de leur quatrième album, Odyssey,  une saga spatiale qui fleure-power bon les 70’s justement.

Et contrairement à The Sword qui avait modifié la recette et proposé une musique en adéquation avec son concept album Warp Riders, Horisont ne change rien en jouant à fond la carte rétro pour cet opéra-rock passéiste. Tout y est, de la kitchissime pochette hommage aux meilleures séries B de science-fiction, aux synthétiseurs singeant presque des voix de robots et qui accompagnent parfois cette musique venue d’un autre siècle. Mais s’arrêter à ces détails ne serait pas rendre justice à nos scandinaves qui risquent, après le soufflet plat Berlin, de se poser en sérieux concurrent de Kadavar pour la place de chef de file de cette scène revival.

Le morceau titre et fleuve installe, dix minutes durant, l’ambiance de ce concept album à la croisée des chemins entre le progressif The Yes Album et le mythique The Rise and Fall of Ziggy Stardust and the Spiders from Mars. Ou quand pantalons moule-burnes & bacchantes désuètes rencontrent des O.V.N.I. remplis d’extraterrestres aux oreilles pointues.

Au programme de cette odyssée : guitares plus tranchantes que des sabres lasers (“Bad News”), chevauchées épiques de vaisseaux spatiaux en plein combat (“Light My Way”), invasions de robots (“Red Light”), larmes et tristesse après la mort d’un protagoniste et/ou la perte d’une bataille (“The Night Stalker”), assaut final (“Städer Brinner”) et happy-end (“Timmarna”). L’enchaînement des douze titres de cet opéra-rock est une véritable réussite tant il transpire, en véhiculant toute une palette d’émotions et d’ambiances, cette volonté affichée par Horisont de raconter, une heure durant, une épopée intersidérale.

Par ailleurs, les suédois sont à 200% dans la démarche “je fais de la musique 70’s”. Et bonus non négligeable : ils le font très bien et l’on ne peut qu’y croire tant la galette transpire de sincérité. Mais l’exercice revival s’avère toujours délicat car le risque est grand de voir l’hommage se transformer en plagiat. Nos vikings n’évitent malheureusement pas cet écueil avec le pourtant très bon “Back On The Streets” sur lequel le phrasé des couplets chantés par Axel Söderberg lorgne allègrement du côté de la célèbre bande-son de Rocky III (pourtant un morceau à tendance 80’s).

Si l’on laisse de côté ce détail quasi-insignifiant, le constat s’avère assez rapide. Horisont ne réinvente pas la poudre et fait ce qu’il sait faire de mieux : de l’Horisont; une musique honnête qui ressemble à s’y méprendre à ce qu’écoutait peut-être votre paternel à l’époque ou vous n’étiez encore qu’une vague idée. Pas de surprise à l’horizon donc, mais un album au poil.

Out Of Space – Invaders

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Les poteaux disciples du borgne Néron ne se sont pas foutus le doigt dans l’œil en foutant le trio lyonnais en première partie de Monsieur Oliveri lors de sa venue dans la Capitale qui fout la Gaule. Bien que récemment débarqués sur la planète stoner, ces envahisseurs-là ont plus de points communs avec le style originel californien qu’avec les disciples de David Vincent.

Pratiquant un style que je qualifierai assez standard, les Lyonnais alignent, sur cet ovni, cinq titres ratissant assez large puisque l’ombre de Soundgarden n’est pas à des années lumières de « Psycho Jake » sur lequel Kim et Chris n’auraient pas rechigné à poser leurs grattes et le spectre de Josh est assez présent lorsque l’intro de « Bloody Road » retenti. Malheureusement, ce dernier étant le premier morceau proposé sur l’autoproduction, il pourrait être disqualifiant pour certains auditeurs. Que ceux-ci s’en affranchissent ! Les Français ont bien plus à proposer qu’un ersatz de robot rock à la QOTSA.

Cette soucoupe violente au son très live – et un peu sourd je le concède sur certains morceaux – contient trois titres de grande classe. Un brulot très abouti dans la veine du Dozer des grandes années : « Lined Coin » qui se déploie avec retenue autour d’un riff bien grailleux avec des incursions bien senties de grattes aux sonorités fifties dans la ligné de l’autre Vincent (Gégène) et des baisses d’intensité qui laissent au hurleur de la bande tout le loisir de poser sa voix dans le giron de la guitare. Ensuite il y a « Riot » et son intro lancinantes et très lourde qui, à l’image de certaines compos de Metallica (désolé), embraye la quatrième durant le refrain et ralenti durant des couplets où la superposition des voix rappelle avec délice le duo Layne/Jerry de l’enchaînée Alice.

Pour terminer, une plage de presque seize minutes vient transformer l’essai : « Desert In Bloom » (normal qu’avec un titre pareil ça me botte). Débutant en toute quiétude avec un ampli guitare à la reverb poussé au max et un champ certain pour les parties vocales, ce titre gagne en couilles sans nous faire le coup du calme bourrin enchaîné sans queue ni tête. C’est du délire, ça évolue, ça prend de l’épaisseur, ça fait travailler les cervicales et surtout ça trotte dans la tête bien après que la galette soit retournée dans l’écrin de toute beauté fomenté par notre pote Jo Riou. Ce titre à lui seul vaut l’investissement dans cette sortie aussi dispo en téléchargement légal (quoi il y a du téléchargement illégal ???).

En ponctuant cet acte de si belle manière, Nicolas (chant et guitare), Guillaume (basse et chant) ainsi que Sébastien (batterie et pas de chant) contribuent de belle manière à l’édifice francophone du stoner qui a plutôt de la gueule et certainement plus à rougir lorsqu’on le compare à son homologue scandinave. Bravo les gars et revenez rapidement avec une production novatrice de ce tonneau qui a infiniment plus de saveur et d’épaisseur que le beaujolpif nouveau.

Uncle Acid & The Deadbeats – The Night Creeper

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Uncle Acid & The Deadbeats a toujours aimé les 70’s. Plus encore, le quatuor de Cambridge UK, semble en être leur parfaite synthèse. De leur nom (provenant du groupe qu’aurait formé Rusty Day, l’ex chanteur de Cactus, s’il n’avait pas été assassiné) jusqu’aux thèmes évoquées, le groupe suinte le psychédélisme et la lourdeur du hard rock première vague par tous les pores de sa peau. Découverts par Rise Above qui les propulse sur le devant de la scène avec Blood Lust, sensationnel opus en forme d’hommage aux Films de la Hammer, le groupe devient incontournable avec l’album suivant, Mind Control. Ce dernier, relatant la fin du rêve Hippie aux Etats Unis, lui permet de faire la tournée des grandes salles Européennes en ouverture de Black Sabbath. Leur rock vintage, presque dansant, convoquant autant les Beatles que le monstre de Birmingham, fait mouche. Uncle Acid sort des sphères stoner auxquelles il était promis pour devenir une entité rassembleuse par delà les étiquettes.

Une fois un tel niveau de notoriété obtenu, il ne restait plus qu’au « control freak » Kevin Starrs et à sa bande de composer un troisième album destiné à enfoncer définitivement le clou et de sillonner les routes sans relâche (ce qui sera plus que le cas entre septembre et décembre 2015).

The Night Creeper va chercher ses ambiances dans les plus sombres soubassements de la pop culture : le groupe aime à le présenter comme « un roman de gare adapté en film noir, puis vingt ans plus tard en un Slasher italien ultra violent ». Un programme qu’Uncle Acid déroule méticuleusement. Rien de révolutionnaire dans leur démarche et heureusement, le groupe continue d’explorer les voies du rock occulte aux mélodies lancinantes, que le timbre vocal de  KR Starrs rend si original, en une suite irrésistible de petites perles de rock acide, envoutant les sens et désarticulant le corps. Notons « Waiting For Blood », « Downtown » ou le single « Melody Lane » au rayon des hymnes imparables tandis que le reste de l’album permet de saisir toutes les variations mélodiques dont le combo fait étal. Pour les besoins narratifs de leur histoire – concept album oblige – le groupe a su varier les tempos, allant jusqu’à proposer une piste instrumentale (« Yallow Moon »), aération idéale pour un opus certes sombre mais sur lequel plane clairement l’ombre de Pink Floyd.

Enregistré aux Toe Rag Studios, célèbre temple anglais de la musique analogique, où Electric Wizard et les White Stripes ont déjà posé leurs amplis, The Night Creeper suinte le rock d’un autre temps mais resplendit par la profondeur de ses ambiances et la puissance de ses mélodies.

Il paraît difficile, pour quiconque aime son rock occulte ou noyé à la fuzz de passer à coté d’une telle réussite. L’un des albums de l’année.

 

Point Vinyle :

Rise Above fait généralement les choses bien, même si les premiers pressages ont tendance à partir comme des petits pains et se revendre à un prix délirant par la suite au marché noir.

Pour le premier pressage de The Night Creeper voici la liste :

Die hards éditions : 100 Silver éditions pour la famille et les amis, 100 cristal vendus sur le site de Rise Above et 250 en rouge et blanche. Ces éditions contiennent un poster et un livret avec les paroles.

Pour les éditions « simples » : 1000 en rouge transparent, 1000 en violet transparent, 1000 en noir, 500 en vert (pour les magasins indé aux US) et 1000 en violet opaque, pour les US principalement.

Valley of the Sun – Sayings of the Seers

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Tout a commencé en 2011. La chaleur était écrasante en ce mois de juin. Leur Truck rutilant après ces dernières années passées à le retaper et le préparer pour ce voyage n’attendait que de lancer son moteur aux ouïes du monde. Cette route maintes fois rêvée, visualisée jusque dans le moindre de ses virages s’offrait maintenant à eux. La clé sur le contact « Hearts A Flame » balance son gros riff de camionneur affuté. Le temps que la mécanique se lance et la fulgurance des cylindres propulse le Truck à vive allure sur les routes d’un heavy stoner nitro-boosté.

Toute l’énergie et l’aisance de ses pilotes sautent aux yeux au fil des paysages qui défilent. Valley Of The Sun n’est pas le départ de ce trip mais la destination. Au détour des riffs plus cinglants les uns que les autres, on croise des breaks au groove délié à en faire oublié la vitesse à laquelle le groupe attaque les tournants. Pas étonnant qu’ils aient rejoins l’écurie Fuzzorama quelques courtes années plus tard, tant cette conduite débridée nous rappelle l’énergie des Truck-Fighters.

Déjà trois titres que l’on bouffe littéralement l’asphalte à croire qu’on le survole. A mi-parcours déjà le break de « Mariners Tale » nous dévoile les premières esquisses de paysages à venir. Plus posé, le pied relâchant l’accélérateur le temps d’être happé par les premières couleurs du soleil couchant. Courte distraction, la pédale étant vite ré-écrasée pour clore ce morceau au refrain imparable et pour lancer toutes cylindrées dehors « Aquarius » au fuselage étincelant. La démonstration de pilotage tient de la maestria. Guitare / Batterie sont les cœurs battants (et c’est un euphémisme pour cette dernière) de la mécanique cincinnatienne. Le riffing racé trouvant réponse dans le déferlement de cymbales et de toms matraqués tout azimut de la plus grooveuse des manières.

Enfin cette fameuse vallée se dessine sous nos yeux. Le volume de nitro à baisser et pour la fin d’ « Aquarius », l’injection dans le moteur se fait plus féline. Son ronronnement résonne acoustique à nos tympans assénés jusqu’alors de coups de pistons à haute compression. C’est sur le couché de soleil mid-tempo de « Riding the Dunes » que se clôt notre périple. Les américains dévoilant ainsi une conduite plus mélodique et moins débridée. La virée a été folle pour atteindre notre but, repu d’énergie rock nous sommes sereins face à la contemplation de cette Valley Of The Sun qui nous a animé tambours battants pendant 25 minutes.

Le tracé d’origine de cette course palpitante s’arrêtait là à sa première sortie. Aujourd’hui rééditée en vinyl par Kozmik Artifactz, le voyage retour nous est proposé en bonus. Deux titres (un inédit et une reprise du délicieux « Riding the Dunes » précédemment évoqué) pour permettre à la gomme des pneus de se refroidir. Avec pour seul carburant une guitare acoustique, la voix du pilote se fait plus chaude. Typé et intense jusqu’alors, elle se pose pour nous susurrer l’envie de vite faire le plein une fois le moteur éteint pour se relancer illico presto dans ce Sayings of the Seers de haute tenue.

Strauss – Luia

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Strauss, le plus européen des groupes anglais, revient avec un excellent deuxième EP autoproduit intitulé Luia, tantôt abrasif, tantôt fuzz, tantôt ___________(<= insérer un adjectif de votre choix). En seulement cinq titres, ce véritable melting-pot musical (à l’image du melting-pot culturel qu’est Strauss) va mettre tout le monde d’accord.

Cinq titres donc, et cinq univers différents avec, comme point d’orgue, une incantation aux Dieux des riffs tranchants en fonte, nommée « Eclipse » et qui vient (tout est relatif) faire de l’ombre pendant près de huit minutes aux autres titres de Luia, notamment à l’étonnant « 2015 » dont l’intro de basse sonne comme à cette époque bénie du début des 90’s où Flea et Robert Trujillo portaient encore bien haut l’étendard du funk-rock.

Une belle découverte que Strauss donc. Comme quoi la traversée du channel par des migrants peut avoir du bon !

Godsleep – Thousand Sons Of Sleep

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« Thousand Sons Of Sleep ». Avec un titre pareil, la filiation de Godsleep avec la bande à Pike semble toute trouvée. Alors OK, c’est du stoner, la déduction est acceptée. Mais s’arrêter ici serait très réducteur et manquerait de pertinence. Après un rapide test génétique, on s’est rendu compte que les géniteurs potentiels de Godsleep étaient surement bien différents. Bilan de l’ADN joint ci-contre. Merci de prendre en considération les aléas de la science.

Godsleep, quartet d’Athènes, nous livre ici son premier album. Composé de sept titres, il est une sorte de déclaration d’amour au genre stoner et aux grands acteurs de la scène. Amateurs d’aventures et de pirouettes en tout genre, ce disque n’est pas le vôtre. Vous l’aurez compris, ici on avance en terrain conquis. Et d’entrée de jeu. « When the desert calls you, you must be there », c’est sur ces belles paroles que s’ouvre le premier titre, « The call ». Cette ballade relevée d’un soupçon de psychédélisme nous plonge directement sous un soleil aride. La chaleur est écrasante et la voix vacille aux rythmes des ondulations du mirage à l’horizon. Le décor est planté, mais vite bousillé par un riff ravageur qui sent bon l’humidité et le cambouis. Le groupe aime en effet recueillir tout ce qui traine dans la boue ou la sueur pour le transcrire le plus fidèlement en musique. Et le résultat est plutôt satisfaisant, quand on écoute des titres comme le supra groovy « Wrong Turn » ou le plus léthargique « I Want You ».  Tout au long de l’album, on pense inévitablement à Down et à ses hymnes du bayou, d’autant plus que la voix de Kostas ressemble à s’y méprendre à celle d’Anselmo. Vous savez, cette voix qui vient de très loin, pratiquée les yeux plissés, la gueule grande ouverte et la goutte au front. Du genre je mets mes tripes sur la table et je vous en sers volontiers. On en a d’ailleurs droit à une bonne ration sur le magnifique « Thirteen », avec un passage a cappella où l’on jurerait que Tonton Phil s’est invité sur l’enregistrement. Cette chanson est une belle synthèse de l’étendue sonore du groupe. Certes, si nos grecs sont en effet adeptes d’ambiances marécageuses, ils boxent aussi dans une autre catégorie. Quand on quitte Down et son atmosphère menaçante, c’est pour retrouver l’énergie radieuse d’un Truckfighters. Le groupe excelle donc aussi dans un riffing plus souriant, plus cosmique que bluesy, comme sur « This Is Mine », dont le groove semble tout droit sorti d’un Gravity X. À l’image du titre introductif, on retrouve aussi des virées plus lancinantes, comme les deux derniers « Home » et « Feel Like Home ». Accroupi, quelques gouttes de sang perlant sur le sable après une telle déculottée, on termine l’écoute de cet album sur ce retour à la maison rédempteur.

Cet album ne nous surprend pas mais ce n’est certainement pas son but. Pas d’entourloupe, pas d’artifice ni de tromperie sur la marchandise, on sait à quoi s’attendre. Mais bon dieu que c’est bon ! C’est bien ficelé, ça bouge superbement et on ne s’ennuie jamais. N’est ce pas plus judicieux de proposer du traditionnel maîtrisé que du novateur insipide ? On laissera conclure M. Michon Fleury, ce célèbre poète du gras, par son adéquat proverbe : « La tradition, ça a du bon ».

The Atomic Bitchwax – Gravitron

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Est-il besoin de vous refaire un cours d’histoire en vous parlant du parcours de The Atomic Bitchwax ? D’où qu’ils viennent, qui qui sont-ils, pourquoi c’est qualité ? Non. Munissez-vous de votre meilleur moteur de recherche et démerdez-vous. Un indice cependant : Monster Magnet. Voilou. Maintenant parlons de Gravitron, sorti en 2015, leur sixième LP, et petite bombe vitaminée d’une grosse demi-heure.

Dix titres, trente trois minutes, le calcul est vite fait et vous donne une idée du contenu des morceaux. Gravitron c’est « Poppers and Co », ouverture des voies de communication et cavalcade artérielle. Suffit de s’abandonner aux deux premiers titres « Sexecutioner » et « No Way Man » pour saisir l’essence de l’album. Déliés, riffs rock et sexy, basse monstrueuse, batterie furieuse, l’ensemble idéal pour faire groover le fiacre comme jamais. La voix subit un léger traitement « garage » quand elle intervient et insuffle une hargne supplémentaire collant de grands sourires au faciès. Mode selfie-jovial-ahuri à l’écoute de « Proto World ». The Atomic Bitchwax déroule donc du titre furieux et précis et deux titres précisément furieux avec « War Claw » et « Fuck Face ». Instrumentaux, rapides et directs comme un éjaculateur précoce, ces deux titres sont de l’énergie condensée, du stoner ovomaltine, qui en plus de huit secondes tout de même, vous explosent le colon par des solos et des breaks dévastateurs. Jouissif.

L’album ne se fait cependant pas monomaniaque car malgré la rapidité des morceaux, les structures s’acoquinent de complexité bienvenue et de traitement de production apportant de petites touches et couleurs différentes. On notera cette basse très « Red Hottienne » dans « Down with the Swirl », la présence d’une petite cowbell au détour d’un pont (on ne se refait pas), les angoissantes ambiances de « Roseland ». Du tout bon. Mis à part le dernier titre, « Ice Age », très school rock 90s et dépareillant un peu, Gravitron est un excellent cru.

L’écoute de doom prolongée n’est pas bon pour le teint et les muscles s’atrophient jusqu’à devenir une masse coulante d’angoisses marécageuses. Gravitron de The Atomic Bitchwax va te permettre de remodeler ton corps et tes envies primaires. Tu vas aiguiser ton sens de la danse et ton petit boule tout musclé fera des ravages. Du stoner comme on l’aime.

Ahab – The Boats of The Glen Carrig

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Avec un genre aussi codifié que celui du funeral doom, il n’est pas chose aisée d’éviter l’écueil de la répétition, de la standardisation, bref, de l’ennui. Les allemands d’Ahab, experts en navigation et équipés de leur meilleure boussole ont su habilement éviter cette regrettable trajectoire, grâce à un savoir faire original. Vouant une véritable fascination pour l’univers marin, à tel point que le groupe se définit comme pratiquant de « nautik doom », Ahab nous propose depuis ses débuts des concepts albums basés sur des récits de ce genre. Melville et son Moby Dick évidemment, Edgar Poe sur The Giant, et William Hope Hodgson pour ce nouveau The Boats Of The Glen Carrig, dont le titre est entièrement tiré d’un texte de l’auteur. Ce roman d’horreur fantastique nous relate les pérégrinations d’un groupe de naufragés devant faire face à diverses monstruosités océaniques et calvaires marins, du genre pieuvre géante tapie dans l’ombre qui ne se contentera pas d’un petit jet d’encre si on vient l’emmerder. C’est installé dans cette ambiance sympathique et fanfaronne que l’on se lance dans l’écoute du dernier Ahab.

Avec The Giant sorti en 2012, le groupe avait rompu avec son funeral doom d’origine en ajoutant de nombreux passages purement atmosphériques et en atténuant l’envergure massive des riffs, ce qui avait hérissé le poil des premiers fans doomsters. Pourtant, le groupe avait insufflé une vraie bouffée d’air frais à sa musique. L’inquiétante créature sous-marine vivant jusqu’ici dans les eaux profondes est alors devenue amphibienne, et s’est mise à remonter de temps en temps à la surface pour pouvoir aérer son doom pachydermique, le sauvant de la noyade dans les eaux de la lassitude. C’est donc un Ahab plus mélodique, moins monotone mais aussi moins lourd que l’on avait eu le plaisir de découvrir sur cet album, qui nous avait mis l’eau à la bouche – notez la parfaite adéquation de l’expression – pour la suite des événements.

Dès l’écoute du titre inaugural, « The Isle », on comprend rapidement que l’album se situe dans la pure continuité de son prédécesseur. Pas de retour aux origines avec un doom lourd et pesant, mais une volonté de poursuivre la voie entrouverte sur  The Giant. On retrouve donc la même formule gagnante, faite de succession d’ambiances planantes survolées par un chant clair, à un growling posé d’épais riffs balançant du steak (de thon). En somme, nous soufflera Lucas élève en classe de CM1, la parfaite métaphore du calme olympien des eaux et de la tempête. Le morceau suivant intitulé « The Thing That Made Search » nous fait languir plus de trois minutes sur le même schéma que précédemment, avant de décoller et de nous offrir un riff sincèrement jouissif porté par un chant guttural en pleine forme. Force est de constater qu’Ahab excelle dans ses moments de déchainement mais semble peiner un peu plus lorsqu’il s’agit de planter un décor onirique et rêveur. Ces passages atmosphériques construits autour de quelques arpèges farcis de reverb et de delay à en exploser, souffrent parfois d’une simplicité excessive et d’un son bien trop mielleux, à la limite du niais. C’est frustrant, d’autant plus que l’on sait que le groupe est capable de bien mieux, et qu’il pourrait nous offrir un bien plus beau voyage. Surtout avec la somptueuse voix claire de Daniel, si reposante. « Red Foam (The Great Storm) », comme son nom l’indique, est là pour nous secouer et c’est les bras grands ouverts que nous l’accueillons. Sur ce morceau le plus rapide et le plus court jamais composé par le groupe, on se laisse volontiers tabasser par les méchantes vagues aux lames acérées. Ahab tente ici une petite incursion doom sludge que l’on commençait déjà à fleurer sur The Giant, et c’est loin de déplaire.

Passant d’un extrême à l’autre avec joie, « The Weedmen » est le morceau le plus lent et long du groupe. On s’approche du Ahab des débuts, où le tempo sous Lexomyl, la résonance titanesque des guitares et une basse à faire trembler le plancher océanique esquissent une parfaite ambiance de fin du monde. Dans cette mer de désespoir, de petites accalmies viennent nous trouver de manière inattendue. Un lointain larsen, un accord étincelant, une batterie assagie qui retient ses coups… Ces petits passages sonnent juste et ne dénotent pas pour autant avec l’ensemble, contrairement aux moments durant lesquels le groupe s’essaie et se vautre dans un excès de sentimentalisme où le charme opère difficilement. Le dernier titre, « To Mourn Job », nous le prouve encore une fois. Le groupe devrait faire preuve de plus de retenue ou de finesse quand il s’agit de calmer le jeu, au risque de devenir grossier et d’abimer la cohérence à son œuvre. Ce morceau nous permet en tout cas d’apprécier la petite barbichette de Kerry King que l’on aperçoit discrètement pointer derrière le cabestan. Le groupe est définitivement doué pour chiner le bon riff.

Écouter un disque d’Ahab reste une expérience sensorielle particulière. L’approche de la composition par la littérature altère la musique, elle la charge d’émotions, d’images, de bruits, d’odeur. Ahab utilise les mots des livres pour assoir une ambiance très prenante et faire voyager le plus loin possible. C’est ce qui fait la force majeure de ce groupe et qui rend son écoute toujours  riche en émotion. The Boats Of Glen Carrig ne présente aucune prise de risque particulière par rapport à son ainée, et possède même quelques imperfections pouvant parfois lasser l’auditeur. Mais il n’échappe pas pour autant à la règle : quiconque mettra la main sur ce disque sera fatalement projeté au royaume de Poséidon. Et rendre visite aux Dieux, ça ne se refuse pas.

Kadavar – Berlin

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2 avis sur cet album :

L’histoire de Kadavar est celle d’une success story. Une fable comme la musique n’en donne plus depuis des lustres. Trois Allemands, l’un de l’Est, l’un de l’Ouest et un Autrichien (ne chipotons pas, parlez-en à Guy Roux) se retrouvent à Berlin, sans le sous. Ils s’habillent dans les friperies ce qui, conjugué à leurs cheveux longs et leur aspect élancé, leur donne un coté efféminé. Seules leurs immenses barbes empêchent le doute d’être permis. Puisqu’ils se sont rencontrés dans un bar, c’est également dans ce genre d’endroits que le trio se rôde et obtient un phénoménal following en 2012, alors qu’est à peine publié leur premier et éponyme album. Leur set en clôture du Desertfest de Berlin la même année, avec Toner Low et Abrahma,  leur donne leur premier rayonnement international.  Leur musique se place dans la continuité de ce que Witchcraft ou Graveyard avaient accompli, ressuscitant l’esprit 70’s, cru et sauvage. Usine à riffs et à refrains entêtants, les multiples labels et pressages ayant vu passer les droits du disque ne se plaignent pas des retombées commerciales. Il n’en faudra pas plus à Nuclear Blast pour récupérer la bête à trois têtes et publier Abra Kadavar au plus vite. Les tournées s’enchainent et le bassiste, Phillip Lippitz, dit Mammut jette l’éponge pour des raisons familiales et professionnelles. Il a tout simplement un… bar à gérer. Il est alors remplacé par un français, Simon Bouteloup, vu du coté d’Aqua Nebula Oscillator, groupe que Kadavar a côtoyé le temps d’un split. Le trio visite toutes les salles et festivals possibles et retourne en studio dans la foulée pour n’en ressortir qu’avec leur troisième album sous le bras.

Ce dernier se nomme donc Berlin. S’il est légitime de penser à cet instant à Lou Reed ou David Bowie, ayant eux aussi vu en la capitale Allemande et sa liberté (à l’Ouest) après guerre, l’endroit idoine pour laisser libre court à leur créativité, c’est plutôt un hommage appuyé à la ville qui les a soudés et propulsés sur le devant de la scène que le trio semble vouloir faire référence. Coté son, les teutons poursuivent leur quête du rock passéiste revenu dans l’air du temps. Leur premier album, porté par l’imparable « Black Sun » restera comme l’un des grands moments de ce revival dont l’exploitation forcenée, surtout par certains labels ayant fait des choix de productions lisses, aura vite tendance à lasser. La suite discographique de Kadavar souffre à mon sens de ce problème : ce genre de rock rétro ne souffre d’aucune faiblesse possible. Si les riffs ne sont pas inspirés, le disque est mauvais. Si les sonorités sont trop aventureuses, l’essence du genre est bafouée. Le droit à l’erreur n’existe pas et rares sont les combos ayant évité les écueils combiné de la redire ET de la « trahison » au cours de leur carrière. Berlin prend le parti de rejouer la carte du vieux rock efficace en apparence et en cela propose quelques belles réussites (« Last Living Dinosaur », « Into The Night » entre autres) mais se vautre lorsqu’il prend le parti de la surproduction (l’insupportable single « The Old Man ») ou pêche par un riff ou un refrain moins percutant (« Thousand Miles Away », « Lord Of The Sky », « Pale Blue Sky »…).  Pire, la relative longueur du disque en devient son véritable défaut. Berlin aurait franchement gagné à être présenté plus ramassé, sur 6 titres, comme l’était le premier disque du combo. Ce défaut, à mon sens, était également celui d’Abra Kadavar.

Difficile donc de parler de bon album lorsque ce dernier est porté par un single plus que décevant et laisse après écoute une impression de remplissage. Pour les quelques bons moments à sauver, que de pistes éculées !

Pour finir Kadavar propose en bonus track une reprise d’un obscur morceau de l’artiste Nico, connue outre Rhin pour ses accointances avec le Velvet Underground. C’est à mon sens ce qui m’a éloigné du trio depuis le premier album : cette sensation de recherche de la sophistication au détriment de l’instinctif, concept louable auquel je ne suis absolument pas sensible.

Iro22

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Je partage avec mon bien-aimé et respecté collègue ce constat d’un album hétérogène, qui a en outre mal été introduit par l’intermédiaire d’un single insipide (“The Old Man”). En revanche, la production de l’album, basique, brute, me paraît parfaitement adaptée, voire même relevant d’une prise de risque plaisante pour un groupe de cette envergure : le trio est enregistré “comme en live”, avec quasiment toujours le même son de guitare, quelques effets sur la voix à peine et… trois instruments seulement ! Or combien de trio auraient, portés par les meilleures intentions, ajouté une piste de guitare rythmique pour accompagner les incartades solo de leur guitariste lead et remplir le spectre sonore ? Rien de tel ici où les envolées guitaristiques de Lupus Lindemann (toujours aussi bien senties, précisons-le par la même occasion) trouvent une large bande passante dans le mix de l’album. De fait, l’énergie live du combo se retrouve ici une nouvelle fois retranscrite au mieux possible grâce à ce travail de prod.

Mais là où le groupe se démarque de la masse de groupes de la même tendance “vintage”, c’est par son talent de composition. C’est vrai, il y a des titres de remplissage, assez médiocres, inutiles ; on le regrettera. Mais à côté de ça, quels groupes sont aujourd’hui en mesure d’écrire des titres aussi efficaces que “Last Living Dinosaur” ou “Thousand Miles Away From Home”, des mid-tempo qui ne sont pas dans mes titres favoris, mais dont on est obligé de louer l’évidente qualité, et les subtiles touches de talent pur que l’on y trouve ici ou là au détour d’une ligne vocale, d’un break venu de nulle part ou d’une rythmique atypique (voir par exemple la ligne de basse complètement décalée qui introduit “Filthy Illusion”). Et que dire de “Stolen Dreams”, une perle de groove énergique qui pourrait presque à elle seule justifier l’achat de cette galette… Enfin, Kadavar conforte sa fanbase avec son lot de pépites directement enracinées dans la fin des 60’s : “Lord Of The Sky”, “Pale Blue Eyes” ou “See The World With Your Own Eyes” remplissent le cahier des charges avec brio.

Bref, on attendait un album énorme de Kadavar, qui est ces dernières années remonté très haut sur le podium des groupes live les plus intéressants dans ce genre musical. Berlin n’est pas le colosse attendu, malheureusement, mais c’est un très bon album, qui rassure sans être non plus exempt de (relatives) prises de risques. Le disque a par ailleurs le mérite de montrer que le trio berlinois n’est pas prêt de laisser sa place aux jeunes loups aux dents longues qui le regardent d’en bas.

Laurent

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 Point Vinyle :

C’est qu’il va être pressé celui là !

Il s’agit d’un double LP gatefold et Nuclear Blast en prévoit :

  • 300 en blanc exclusivement disponibles sur leur mailorder.
  • 300 en violet exclusivement disponibles sur leur mailorder.
  • 300 transparents pour les US.
  • 500 en bicolore rouge et blanc.
  • 200 en vert.
  • 300 en rouge.
  • 300 en bleu pour les US.
  • Une édition standard noire.

Orchid – Sign Of The Witch (EP)

Orchid

Fondé à San Francisco en 2006, le quatuor peut se targuer d’avoir rapidement franchi les frontières parfois étriquées de la scène stoner – ou plus précisément celles du revival des glorieuses seventies – pour acquérir une certaine notoriété (bien méritée). Cette notoriété fait qu’aujourd’hui certains qualifient des productions comme étant proches d’Orchid alors que – soyons un peu sérieux – ça ressemble à du Black Sabbath tout court. C’est à ce genre de petits détails que l’on différencie les trucs qui marchent auprès du grand public et ceux qui demeurent circonscrits à notre galaxie parfois si hermétique.

Bref, Orchid qui n’a sorti « que » deux réels longs formats depuis sa création peut s’appuyer sur une fanbase fort loyale qui met la main au porte-monnaie à chaque fois que la formation réédite une de ses productions sur une plaque de vinyle d’une nouvelle couleur et j’en sais quelque chose ! Je me permets tout de même de douter que ces artistes se tapent une vie de star grâce aux ventes de leurs prods… Pour en revenir à nos moutons noirs, les Ricains sortent cet été leur cinquième EP ; cela semble être leur stratégie et force est de constater que ça marche plutôt bien. Car outre les habituels inconditionnels de stoner, de plus en plus de vieux aficionados du hard rock des temps jadis se bousculent aux premiers rangs de leurs prestations si j’en crois les dernières performances du groupe auxquelles j’ai eu la chance d’assister. Ces récentes performances permirent par ailleurs à Orchid d’intégrer aux setlists la majorité des titres composant ce nouvel EP.

C’est donc sans réelle surprise que j’ai découvert les quatre plages au sommaire de « Sign Of The Witch ». Dans une version digitale peu prisée des mélomanes c’est certain puisque bien compressée, mais les addicts peuvent se tourner vers les nombreuses déclinaisons de cette pièce déjà disponibles en CD (je sais c’est pas très typé mélomane comme support), en dix pouces noir standard ou alors en – déjà – cinq couleurs de l’arc-en-ciel… La surprise – mauvaise – était sur ce coup à mettre au crédit de l’artwork typé 3D qui marque une claire régression lorsqu’on le compare à ses deux prédécesseurs que sont « Wizard Of War » et « Heretic » ; la réception des supports physiques achetés à vil prix par la suite m’a d’ailleurs confirmé cette impression qui m’avait vu quitter leurs stands de merch de la tournée bredouille (et sans regret). L’emballage ne faisant pas le produit, force est d’avouer que la continuité est présente en ce qui concerne le – bon – son.

« Helicopters », « John The Tiger », le titre éponyme ainsi que « Strange Winds » forment un tout très cohérent qui ne va pas déstabiliser les suiveurs de ces Américains du Nord : c’est du Orchid pur jus et c’est monstre bien. Des gros relents des années septante (comme on dit en Suisse) avec un renfort de tambourins balancés par le vocaliste Theo Mindell en live, des riffs aboutis soutenant les soli de Mark Thomas Baker l’unique guitariste de la formation (exercice plus difficile sur scène en ce qui concerne le titre « Sign Of The Witch » qui superpose les couches de six-cordes) ainsi que la batterie de Carter Kennedy qui envoie du gras aux côtés de la basse nickel de Keith Nickel sur les passages rapides de « Helicopters » – laquelle se rapproche de l’œuvre des défunts Hellacopters – ou se retire tout en douceur sur l’apaisé « Strange Winds ».

Au final, Orchid parvient une fois de plus à me combler sans me désorienter en livrant une plaque qui ne marquera pas son histoire, mais renforcera sa position de figure incontournable du renouveau du rock psychédélique ; l’épique « John The Tiger » illustrant à merveille ce renouveau dans la continuation.

Elephant Riders – Supernova

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Je sais que tu aimes défricher de nouveaux territoires lecteur. Que la sensation d’avoir trouvé la dernière pépite en provenance de la planète stoner te hérisse le poil. Tu éprouves même un ptit plaisir narcissique à la faire découvrir ensuite à tes potes, admiratifs de ta culture musicale. Sache qu’ici, avec les espagnols d’Elephant Riders, on ne ré-invente pas la poudre, on ne fait pas dans la recherche et le développement. Non. Par contre, on bourre son fusil de cartouches ayant déjà fait de gros trous dans le milieu (je laisse volontairement planer le doute sur cette phrase), et on tire franchement dans la cible de ses aînés. Avec dextérité.

La « Supernova » des chevaucheurs de pachyderme est sortie en 2014 et propose une traînée de titres catchy et rock à la manière de papa Clutch. « Dressed in black » nous le prouve d’emblée. Ça galope vite et bien. En deux minutes et des poussières, le combo assène de l’efficacité, une pointe d’aérien dans les ponts, le tout porté par une voix puissante et directive. La galette est parcourue par du riff stoner traditionnel mais efficace. Quand Elephant Riders tape dans le mid-tempo, « Animal Eyes » par exemple, il caresse les plans vocaux et mélodiques d’un ASG, le tout martelé sèchement par une section rythmique précise. De manière générale, on traverse l’album assez agréablement mais sans réelles surprises. Les compos mériteraient plus de prises de risques, notamment sur les structures où l’on tourne en rond, attendant le pont pour un poil de sortie de route. Mais c’est carré, énergique, et l’album pose les fondations pour plus de personnalisation. Pour s’en convaincre, il suffit d’écouter les huit minutes bien étirées de « End of the road ». Arpèges clairs au début, exercice de caisse claire militaire pour annoncer le départ, le sexy espagnol dans la diction anglaise, harmoniques puis mur de riff, solo inspiré, mélancolie éraillée font de ce titre une transition intéressante pour le futur du groupe. Il transpire enfin de réelle conviction intime en finissant sur un blues de guitare inspiré. La tristesse peut être moteur chez Elephant Riders.

Le deux titres, « Challenger/Lone Wolf » paru en 2015, reste dans la lignée de son grand-frère. En bien ou en mal, on retrouve les mêmes ingrédients malaxés dans la galette précédente. Pour s’inscrire dans la durée, le groupe va devoir faire plus s’il veut capter l’attention au milieu de la masse graisseuse et grouillante de groupes stoner qui sévit à l’heure actuelle.

Difficile donc de se démarquer. Le stoner d’Elephant Riders est efficace et puissant mais gagnerait en qualité et en originalité si les espagnols creusaient le sillon de leurs faiblesses personnelles.  « Sans maîtrise, la puissance n’est rien » disait Pirelli, ce philosophe pneumatique italien, mais sans faille la musique se désincarne aussi. Gageons que les ibériques évoluent plus sur le prochain album. Mais attention ! Elephant Riders reste un beau défenseur de la scène espagnole et je ne bouderai pas mon plaisir à siroter une petite blonde devant un de leur concert.

The Machine – Solar Corona

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Fondé à Rotterdam par trois amis lycéens, The Machine fait référence au “Machine Gun” d’Hendrix, au “Welcome to the Machine” de Pink Floyd et au “Green Machine” de Kyuss. Voilà un beau métissage qui peut sembler surprenant mais qui prend tout son sens dès la première écoute de ce Solar Corona, leur second album.

La formule de The Machine est en effet assez simple : la part belle aux solis d’une guitare sous grande influence d’un blues psyché, des riffs ravageurs soutenus par une section rythmique très solide, et des passages expérimentaux plus planants.

Le premier morceau éponyme de l’album démarre sur un riff kyussien à souhait, et comme annonciateur du carnage qui arrive : guitare qui explose et batterie qui se déchaine dans un torrent qui détruit tout sur son passage, la Machine est lancée. S’en suit un long solo sous acide et au son poussiéreux, solo que l’on retrouvera quasiment tout au long des sept morceaux de l’album (surtout surtout “Jam No. Pi”, “Moons of Neptune”, à la structure très similaire).

“X”, le morceau le plus court et le plus rapide de l’album ferait remuer n’importe quel cul de jatte, avec une guitare qui délaisse ses solos habituels pour ne plus faire dans la dentelle et balancer du gras. Sur “Infinite”, on se rend compte que la guitare n’est pas le seul instrument que David maîtrise, sa voix accompagne également à merveille cette belle ballade bluesy.

Mais la pierre angulaire de cet album reste “Caterpillar’s Mushroom”, brûlot absolument divin d’une quinzaine de minutes. On y perçoit toute la subtilité du jeu de guitare de David, tout autant capable de poser ses notes avec une facilité et une légèreté déconcertante comme d’envoyer trois rondins de bois par seconde avec un riff monstrueux et entêtant. Après la tempête vient le calme, le silence, puis des sons à la réverbération cosmique, nous sommes perdus dans l’espace. Mais… Que vois-je? Qu’entends-je ? Oui, c’est bien ce sacré riff, il est venu me sauver. Il n’est jamais loin. On avait tord de penser que c’était fini.

Certains pourront probablement être lassés par le côté parfois démonstratif de cet album, il n’empêche qu’il ravira sans problème les amateurs de jams dans l’espace, de desert rock et de Corona au Soleil. Merci pour le voyage The Machine.

Dog’N’Style – Dog’N’Style

DNS

 

‘Festif’, c’est l’adjectif qui vient immédiatement à l’esprit à l’écoute de ce premier EP autoproduit de Dog’N’Style, jeune combo lorrain de 24 mois. ‘Festif’ car le point commun des cinq titres de ce Dog’n’Style est de vous refiler une furieuse envie de rejoindre le mosh-pit.

Biberonnés au Jack et bercés aux sons d’une multitude de styles, le quatuor proposent une musique caractérisée par une richesse et une diversité incroyable, tout en étant animée en permanence par cette devise chère à l’Olympique de Marseille : droit au but.

Stoner de loin, mais loin d’être complètement hors-stoner, le groupe castagne sévère tout au long des ces 21 minutes. Le tout accompagné, cerise sur le gâteau, d’un chant qui n’est pas sans rappeler sieur Corey Taylor sur certains passages.

Parmi ces cinq titres, on retiendra bien évidemment le tube « Sluts and Whiskeys » dont le groove furieux doit actuellement bercer les longues journées de Phil Rudd, fervent adepte de cette philosophie. Mais surtout, l’excellent « Mr. Coyote », morceau certainement le plus ambitieux de cet EP. Dog’N’Style est assurément un groupe qui ne restera pas inconnu très longtemps.

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