3rd Ear Experience – Incredible good fortune

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(2014)

Bienvenue dans un monde peuplé d’êtres gentils, bien intentionnés, amateurs de drogue douce et porteurs de mocassins en peau .

Ce lieu idyllique c’est celui façonné par les adeptes de l’expérience de la 3ème oreille, un endroit où space rock et musique au mètre se marient pour le pire et pour le meilleur à mon goût.

Sur « Tools », le titre d’ouverture de l’album, on décolle progressivement, emporté par les nappes successives d’instruments, l’arrivée en douceur et subtilité de la batterie, puis par on ne sait quel tour de passe passe malencontreux on se retrouve téléporté dans un ascenseur de supermarché à subir une musique mêlant variéte et rock psyché (ouch!). Évidemment tout ceci est subjectif et je connais bien des personnes à qui ces passages plairaient. Pas de chance pour moi, ici les morceaux durent entre 15 et 20 min, autant vous dire que lorsqu’un plan ne passe pas, il va falloir le supporter pendant un moment… C’est d’autant plus dommage que lorsqu’au bout de 9 minutes de queue à la caisse, on sort, enfin, on débarque en plein désert des Mojave et là, c’est une toute autre histoire, un chant planant et inspiré soutenu par des zicos qui en connaissent un rayon en matière de psychédélisme.

Dans les bon moments, on se trouve dans les territoires de Pink Floyd, de Tool ou encore d’Hawkwind. Niveaux instruments, toute la panoplie est au rendez vous: Sax, Synthés, orgue, flûte, percus diverses, chant masculin, féminin et bien sûre guitare/basse/batterie. Le tout est encore une fois utilisé pour le meilleur comme pour le pire, on connaît tous les ravages qu’un synthé peut produire ou à l’inverse l’ampleur que celui ci peut apporter . Inutile de parlé du saxo je pense…

Une troisième production en demi teinte donc, entre transe extatique et ennuie flamboyant. L’album est donné pour être une description de la traversée du désert, en ce sens c’est assez réussi, j’imagine bien qu’il doit y avoir des moments de plénitude et de transe accompagnés de vide et de solitude assez intolérables.

Clouds Taste Satanic – To Sleep Beyond The Earth

CLOUDS

2014

Clouds Taste Satanic nous viennent de New York avec une profonde envie de calmer vos oreilles fatiguées par des rythmes trop rapides (y compris par le mid-tempo). La proposition est de fabriquer les morceaux les plus lents qui soient et ils l’appliquent ici avec un “To Sleep Beyond The Earth” constitué d’un seul instrumentale pour 50 minutes d’écoute. Celui-ci est découpé en 2 morceaux suivant le format vinyl. On lorgne du côté de Sleep et son “Dopesmoker”. Avec des riffs simplissimes pataugeant dans une lourde lenteur, ils entendent bien réussir à nous transporter vers un état second.

Le premier morceau de la galette intitulé “To Sleep Beyond The Earth (Parts I & II)” s’étale donc sur presque 23 minutes. En 10 minutes, seulement deux boucles d’une intro sont posées. Lente, lancinante, sur-saturée, c’est ce qui caractérise cette première partie. La suite, qui peut être vue comme la seconde partie, nous entraîne dans plus de mélancolie. Les variations sont peu nombreuses et consistes souvent en l’ajout de quelques nappes sonores. Le thème reste basique mais se suit avec plaisir. Les 5 dernières minutes font monter la pression en douceur avec des variations plus présentes, une mélancolie encore plus insistante pour finalement revenir en arrière et boucler le morceau. Le tout toujours dans la plus grande lenteur bien évidement. Pour “To Sleep Beyond The Earth (Parts III & IV)” on est maintenant en terrain connu. Toute proportion gardée, les enchaînements et les riffs sont néanmoins plus rapides. Surtout, il y a ici plus de variété, moins de mélancolie pour peut-être plus de fatalisme. La seconde partie est aussi plus saccadée et agressive.

Le son reste homogène tout du long avec une saturation mise en avant pour une batterie lointaine appuyant la guitare souvent, s’autorisant des pauses parfois. La basse, quant à elle, semble volontairement sous mixée alors qu’elle aurait pu ajouter de la diversité. Le lead intervient par intermittence et sait ajouter une touche aérienne bienvenue pour sortir du marasme de saturation le temps d’une respiration.

Niveau format physique, vous pourrez vous le procurer au format vinyl gatefold 150 grammes dans un carton bien costaud avec une très belle coloration violet marbrée. Paradoxalement à son tempo, l’écoute de l’album passe donc vite et facilement et l’on ne se fait pas prier pour y retourner. Assurément l’état second est de mise après une dose pareille !

Gurt – Horrendosaurus

Gurt-horrendosaurus

Londres appelle de nouveau. De ses sous-sols underground éclot une scène passionnante, conglomérat de combos à l’influence bas du riff et gras du front. Les intitulés sont sans équivoques : Steak, Diesel King, Sedulus ou Gurt, voilà qui évoque plus la soirée de carnassier que la salade de Quinoa/crevettes. Faite de consanguinité (machin joue dans Diesel King mais aussi dans Sedulus, autre groupe de truc, merch Boy pour Steak lorsqu’il ne joue pas avec Gurt. Vous suivez ? moi à peine…) et d’amour sincère pour les décibels, cette réunion de gentils malfaiteurs spécialisés dans les métaux lourd s’exporte de plus en plus, de festivals en clubs d’experts en la matière heavy. Comme autant de pépites, extraites une à une du sein d’une Albion que l’on persiste à trouver perfide, ces groupes fédèrent autour d’eux un parterre chaque jour plus touffu de connaisseurs de la chose rock. Vu de ma lorgnette, Gurt est de loin le combo le plus excitant de ce joyeux bazar à l’accent cockney. Versant dans le sludge aux inflexions mélodiques, le quatuor emprunte au rock 70´s ses gimmicks blues et sa science du riff avant de noyer le tout dans une marre de boue. Comme si Eyehategod molestait Led Zep sans ménagement sous les yeux amusés de Morbid Angel. Cet amour pour le metal grassouillet s’accorde – et c’est là leur grande réussite – avec une affection particulière pour les univers décalés, se passionnant pour les dinosaures, glorifiant non sans humour les tee-shirts à caractère spirituel, adepte de la sainte trilogie lune-loup-cascade ou faisant étal d’un humour diabolique avec le clip de “Dudes With Beard with Cats”, hommage aux chatons, véritables hérauts de l’Internet dans ses penchants les plus désuets. Après 4 démos remarquables et remarquées, le combo publie son premier opus Horrendosaurus en avril via sa  propre structure When Planets Collide et obtient immédiatement le prix de l’autoproduction la plus cool de l’année.

Dès les premières notes, le ton est donné : un fanatique religieux nous promet l’enfer tandis que Gurt égrène quelques notes du “Funeral of Queen Mary” d’Henry Purcell. Et le tout s’intitule “Gardening with Cthulhu”, combo parfait. Le quatuor garde tout du long cet esprit décalé (et des noms de chansons bidonnants) sans pour autant s’éloigner de son objectif : publier un manifeste de sludge groovy et teigneux. Ce disque est en effet en tout point remarquable : gavé raz les sillons d’une boue épaisse, aérée juste ce qu’il faut par quelques passages plus décontractés (“Sludge Puppies”, “Eve’s Droppings”, “Spiced Doom”) apportant un contraste idoine dans tout ce fatras sonore, Horrendosaurus impose ses valeurs et reprend un peu le flambeau du sludge UK qu’Iron Monkey avait laissé pourrir au fond d’une forêt.

Du premier blast au dernier coup de cymbale, le disque émerveille sans jamais lasser. Et si on tenait là l’un des albums de l’année ?

Point vinyle :
Complètement auto produit, Horrendosaurus a été pressé à 250 exemplaires, 12′ Orange Coloured. L’art work est signé Dominic Sohor (designs pour Enos, Troubled Horse, Raging Speedhorn entre autre).

Walnut Grove DC

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Les nineties ont laissé des traces, l’amour des Etats Unis, du rock indé, du grunge, des sons de plus en plus lourd, tout ça nous mène directement à la Rochelle (ne me demandez pas comment, j’en sais foutre rien) où Walnut Grove DC voit le jour.

Un soupçon de riff alternatif saupoudré de gros son stoner sur les refrains, agrémenté de plan groovy/hxc sur les couplets, parsemez l’ensemble d’une grosse voix à la Mudweiser ou pour les plus jeunes (haha) à la Hoax (90’s on vous a dit!) et vous obtiendrez un bon morceau tiré de cet album auto-produit.

Les grattes se partagent le boulot et on a le droit à des superpositions rythmiques/mélodiques bien agréable, la voix quand à elle, sacrément puissante ne perd pas de vue que les lignes doivent être mémorisables et le rendu apporte une bonne cohérence à l’album.

Fort d’une expérience live de qualité, Metal corner du Hellfest, belles 1ères parties etc… le groupe nous prouve qu’il est tout aussi efficace en enregistrement, même si parfois on se dit que tel ou tel passage est un peu trop sage ou appliqué et qu’il manque du coup, d’énergie et de sincérité, voir « Wait in vain », mais franchement mieux vaut ça que l’inverse pour ce type de musique .

En gros, s’ils passent par chez vous, ne vous posez pas trop de question et allez les voir !

Brant Bjork and the Low Desert Punk Band – Black Flower Power

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La production solo foisonnante de Brant Bjork sur la première décennie du présent millénaire nous avait habitué à voir le bonhomme dans le paysage musical, toujours actif, là, dans un coin. Discret, toutefois, avec des sorties qui passaient souvent presque inaperçues : petits labels, distribution inexistante, tournées de petites salles… Lorsque Kyuss Lives ! vient rappeler Bjork à son passé de batteur, c’est presque avec surprise qu’on avait noté son enthousiasme à battre la mesure derrière ce all-star band (et donc disparaître un peu de la lumière, après tant d’années en tant que leader d’un solo band à géométrie variable). La dynamique qui pousse le groupe de tournée en tournée, allant même jusqu’à sortir un album très visible l’an dernier, semble séduire le californien (les revenus associés n’y sont sans doute pas étrangers…), et la chute est donc rude lorsque John Garcia annonce il y a quelques mois qu’il ne compte pas donner suite pour le moment à Vista Chino. Comme il était prévisible, Bjork trouve un rebond salvateur à travers la sortie d’un nouvel album solo, ce Black Flower Power. Il aura gagné dans l’opération une visibilité inédite (label important, tournées de headliner dans des salles plus grandes, etc…).

Ce n’est pas toujours un cliché que de dire que le premier titre de l’album en “donne le ton”, très souvent. Et très rarement ce fut autant le cas que sur ce disque, où la première minute de “Controllers Destroyed” contient tous les éléments clés qui peuvent définir ce disque : ça commence par un riff complètement sabbathien, enchaîné à un break basse-batterie venu de nulle part qui envoie un groove remarquable, portant la signature emblématique du grand frisé au bandana. Le reste du titre est à l’avenant et prolonge cette sorte d’ambivalence intéressante, sans en faire le titre de l’année non plus. Cette tendance heavy est en tous les cas un des points saillants de ce disque. Le reste de l’album nous rappelle ce qu’on aime et que l’on aime moins chez Brant Bjork, à savoir, pour résumer, une créativité remarquable, un feeling impeccable (ses soli sont toujours intéressants, sans pour autant relever d’une technique incroyable), mais aussi… un léger manque de cohérence, que l’on fera volontiers passer pour un excès de fantaisie tout à fait symptomatique chez Bjork (et qui contribue au charme du bonhomme, avouons-le).

Ainsi, certaines compos sont un peu moyennes, tandis que d’autres se distinguent plus favorablement, à l’image de “Stokely Up Now” qui s’articule autour d’un riff Bjorkien typique, et propose un break-boogie court mais bon sur sa fin. On notera aussi le heavy et fuzzé “Boogie Woogie On Your Brain”, la fin de “Ain’t No Runnin'” ou le plus-Bjork-ien-tu-meurs “That’s A Fact Jack”…

Deux titres “bonus” viennent compléter cette galette (heureusement, sinon elle durerait moins de 35 min…), un long blues répondant au nom de… “Hustler’s Blues” (!) dont la deuxième moitié remplie de soli bien groovy ne manque pas d’intérêt, et un instrumental, “Where You From, Man ?”, qui devrait ravir les stoner-heads les plus traditionnels, avec son desert rock de la meilleure facture et ses jams fuzzées à rallonge sur huit minutes.

A l’heure des bilans, on est (comme souvent avec Brant Bjork) un peu partagé : Black Flower Power est un bon album (pas son meilleur toutefois), et il comporte à la fois des initiatives audacieuses et des plans dont nous étions très (trop ?) coutumiers sur ses réalisations précédentes. On est contents de retrouver le bonhomme, en forme qui plus est, et de noter que sa créativité n’a pas pâti de ces dernières années où il est resté assis derrière un kit de batterie à jouer essentiellement des vieux morceaux. Maintenant, comme on se le dit à chaque fois, il nous tarde d’entendre l’album qu’on le sent capable d’écrire, celui de l’évidence et de la consécration. Mais les années passent, et il se cantonne à enchaîner les bons albums. C’est déjà pas si mal en soi, et certains groupes pourraient déjà se satisfaire d’une telle tendance…

Monster Magnet – Milking The Stars : a re-imagining of Last Patrol

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Difficile de cerner la démarche de Monster Magnet. Quelques mois après la sortie de leur album “Last Patrol”, ils sortent ces jours-ci ce “Milking The Stars : A Re-Imagining of Last Patrol”, et tout est dit dans son titre : il s’agit d’une sorte de nouvelle interprétation partielle de “Last Patrol”, un excellent disque qui avait en l’état fédéré la quasi-intégralité des fans, médias, etc… A partir de là, quel intérêt d’en proposer une nouvelle version, si l’original a si bien marché ? Pas pour gagner du fric en tout cas, le niveau de rémunération issu des ventes de disques de nos jours ne rendant pas très rentable l’investissement de temps associé à l’opération… Quoi qu’il en soit, on se retrouve à décortiquer la fameuse galette, essentiellement le fruit du travail de l’hydre à deux têtes aux manettes de l’aimant à monstre, Dave Wyndorf / Phil Caivano.

On commence par un inédit, “Let The Circus Burn”, qui à défaut d’être intéressant, donne le ton : une plage de 7min25 chargée d’orgue à tous les étages (en lead, hein, pas de vulgaires nappes spacy par derrière), sur une rythmique basse-batterie lancinante, avec des fulgurances guitaristiques déstructurées. “Mindless Ones ’68” ensuite reprend quasiment à l’identique “Mindless Ones” en substituant la guitare lead par… des plans d’orgue ! C’est papa Wyndorf qui s’est fait plaisir… Résultat, une vision complètement psyche de ce titre qui semble atteindre l’objectif visé : quelques aménagements peuvent, dans certains cas, donner une interprétation du titre complètement différente. On retrouvera plus loin “Hellelujah (Fuzz And Swamp)” qui lui aussi revisite “Hallelujah” avec une gratte sèche omniprésente, lui donnant une tonalité “cajun” étonnante, et moins “blues” que la version originale. Distrayant.

On passera pudiquement sur les versions sans grand changement de “No Paradise For Me” (réinterprétation de “Paradise”, un peu rallongée, sans réelle valeur ajoutée) ou “The Duke (Full On Drums ‘N Wah)” (effectivement doté comme son nom l’indique de batterie en remplacement des percus initiales et de quelques soli bien chargés de pédale Wah-wah)…

“End Of Time (B-3)” (resucée de “End Of Time” – vous suivez ?) ne change pas complètement la vue de ce titre, mais lui apporte une fraîcheur intéressante, notamment via l’incorporation de soli en duo clavier – guitare assez saisissants sur la seconde partie du morceau. Dans une veine légèrement différente, la nouvelle version de “I Live Behind The Clouds” propose un changement de production original : finis les vocaux la tête et les épaules au dessus du reste des instruments dans le mix, et finis aussi les soli cristallins, place aux soli plus “bruts”, pour un morceau finalement plus dense, pas inintéressant. “Stay Tuned (Even Sadder)” comme l’indique son nom déploie tous les artifices instrumentaux les plus lourdingues (orchestrations grandiloquentes, écho, soli larmoyants…) pour tirer ce titre initialement assez dépouillé vers un pathos un peu trop ostentatoire pour être honnête.

Côté inédits, on trouve un peu plus loin “Milking The Stars”, un titre de space rock qui tire un peu en longueur, dénué du moindre riff digne d’intérêt… Ce titre était, si l’on en croit la rumeur, initialement prévu pour “Last Patrol” ; clairement il n’était pas au niveau, et le processus de sélection naturelle a bien joué son rôle. Autre inédit, “Goliath Returns” est une nouvelle plage instrumentale (bruitiste ?) dans la tonalité (atone ?) de “Let The Circus Burn”… Next !

Ah ben tiens, pas de “next”, ça s’arrête là car la version promo du disque ne dispose pas des deux titres live, “Last Patrol” et “Three Kingfishers”, qu’on nous vend comme “rallongés et réarrangés”… Dommage ! Après de très nombreuses écoutes, on se retrouve toujours un peu désarçonné lorsqu’il devient nécessaire de donner un avis sur le disque. En tant qu’entité autonome (comprendre : sans lien avec “Last Patrol”), le disque n’est pas inintéressant, même s’il est un peu hétérogène (c’est une évidence). En tous les cas, il ne donne pas une illustration de ce qu’est Monster Magnet. En tant que “variation” de “Last Patrol”, il apporte certes un regard parfois intéressant, même si parfois trop superficiel pour être probant. On peut par ailleurs questionner la pertinence de cette sortie, maintenant : on comprendrait l’intérêt de ce travail sur un vieux disque, une production devenue datée et culte, qui tirterait bien bénéfice d’un effort réjuvénateur de ses géniteurs. Mais là, ça ressemble plus à un petit plaisir des musiciens, qui n’ont pas vraiment en cible la satisfaction de leurs fans. La démarche n’est pas condamnable en soi, mais le risque est grand que les fans n’apprécient pas tous ce petit caprice.

Deaf Flow – The Tesla Complex (EP)

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En trois ans d’existence, le quatuor berlinois DEAF FLOW a sorti deux EP, dont ce The Tesla Complex plutôt intéressant, dispo depuis cet été (cf leur Bandcamp). Le groupe a enchaîné les dates de concert depuis deux ans, et affiche l’intention de densifier leur présence scénique dans les prochains mois. Il y a donc de fortes chances qu’on soit amené à croiser sa route dans pas trop longtemps.

Musicalement, difficile de décrire le maelstrom sonique que représente ce The Tesla Complex : sur la base d’un son metal incisif et puissant, se dessinent des tendances plus subtiles dans les compos, des passages mélodiques et sonorités stoner souvent séduisantes. “Gods & Giants”, par exemple, dans un genre très metal, propose un couplet lancinant intéressant et des soli sympas, bien portés par un son de basse costaud. Le furieux “Release The Kraken” qui suit ressemble à une chute de studio de “Songs For The Deaf” avec un son et des soli de pur metal et un chant à l’avenant. “Black Mountain” est l’un des meilleurs titres du disque, avec un gros riff mid-tempo et une attaque de refrain rageuse. Autre titre particulièrement intéressant “Tonight !” peut donner l’impression de partir un peu dans tous les sens avec sa rythmique saccadée presque dansante, son chant alternant l’aigu et le graisseux, mais au final le groupe ne se perd pas en route, beau signe de maturité. “Saturn Queen” et son riff catchy plaira particulièrement aux stoner-heads puristes, avec des plans de gratte très Homme-esques (deuxième allusion à QOTSA – en connaissance de cause…). L’EP se termine par un “Godspeed, Goodbye” péchu et expéditif (2:35 min), pas le titre le plus emballant de la galette, mais qui montre aussi que le groupe, en ne le faisant pas tirer en longueur inutilement, maîtrise bien la maturité de ses compos (ils n’hésitent pas sur d’autres titres à dépasser les six minutes quand le matériau le justifie).

Même si DEAF FLOW ne représente pas la future tête de pont du stoner rock européen (le genre musical n’est pas prioritairement dans notre cœur de cible, mais s’en inspire copieusement), la musique du quatuor allemand mérite d’être découverte, et la qualité des compos peut laisser présager un bon moment live.

Plöw – No Highness Below the Crown

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Mmmh la dualité ! Une notion simple et très efficace qui s’applique à tout : à chaque élément son contraire. Les gars de chez Plöw sont partis de là pour pondre un concept album. Mmmh le concept album ! Un exercice qui fait miroiter à l’auditeur une unité à plus ou moins grosse maille mais qui, dans tous les cas, suscite la curiosité. Ici, c’est la musique et les paroles bien sûr mais également le contexte d’enregistrement qui transmet l’idée. Avec les 5 premiers morceaux puis les 3 suivants, enregistrés à des saisons et avec des aspirations différentes, on peut dire que le concept est éprouvé.

Commençons donc par la première partie de l’album qui est déjà très complète avec une entrée instrumentale “Storm” toute en montée de tension, qui commence en calme et qui finit en tempête. La suite permet d’apprécier la voix et l’urgence. On pense à Pet The Preacher. Au milieu on trouve une étrangeté : “Margareth”. En 01:48 le groupe multiplie les idées, presque autant que sur le double ou le triple de temps. Urgence toujours. Pour la seconde partie, le changement est bien là et est définitivement plus sombre. Globalement, la musique change de dynamique avec des morceaux plus long et une voix plus en nuances.

Au niveau de la production rien à redire. La pochette quant à elle ne fera pas l’unanimité mais pour ceux qui y sont sensibles vous pourrez vous procurez l’album au format vinyle histoire de pouvoir en profiter un max. Plöw a respecté son idée de départ et nous la sert d’une manière tout à fait qualitative. Il n’y a plus qu’à attendre 2015 pour la nouvelle fournée.

Alunah – Awakening The Forest

Alunah Awakening The Forest

De tous les sous-genres du métal, le doom semble être celui qui cède le plus facilement le micro à une chanteuse, voyant une multitude de groupes, de Mount Salem à Windhand, en passant par The Well, Blood Ceremony, Purson, Blood Ceremony ou Wounded Kings, qui cherchent tous à détrôner les reines éternelles que sont Lori S. et Jex, officiant respectivement dans Acid King et Jex Thoth. De l’alchimie créée découle un style effervescent, mariant idéalement la mélancolie de cette musique lourde avec l’émotion d’une voix féminine. Sophie Day, chanteuse et guitariste d’Alunah l’a bien compris et porte le groupe par ses lignes vocales envoutantes.

Nés et élevés à Birmingham, berceau du heavy métal, les membres du groupe payent albums après albums leur dîme au grand Sabbath par le truchements de saillies doom délicieusement mélodiques et épiques. White Hoarhound (PsycheDOOMelic/2012) avait propulsé le groupe suffisamment dans la lumière pour intéresser les meilleurs labels du genre, le groupe multipliant les sorties de territoire pour finalement signer chez Napalm Records et rejoindre une écurie qui – de Monster Magnet à Vista Chino, en passant par Steak, Glowsun ou Lonely Kamel – ne parie que rarement sur les mauvais chevaux. Awekening The Forest, leur troisième opus reprend donc l’efficace mixture du combo, consistant à poser quelques ritournelles vocales fleurant presque la complainte médiévale sur de lourdes lamentations sabbathiennes. Expert en riffs malins et refrains accrocheurs, Alunah accouche régulièrement de petites pépites et « Bricket Wood Coven » ou « Heavy Bough » peuvent aisément obtenir ce qualificatif. Le morceau titre “Awekening The Forest” sort lui aussi du lot, rappelant en de nombreux points le meilleur de Katatonia et rappelle à qui l’aurait oublié qu’en matière de doom mélancolique les Anglais ont un certain savoir faire. Mais comme souvent, passé ce départ canon, le reste de l’opus est un poil redondant et manque cruellement d’originalité.

Comme toujours avec le doom, le style ne supporte que l’excellence, sans quoi il plonge l’auditeur dans l’ennui le plus profond. Notez que la première face du disque est de ce niveau d’exigence ce qui place Alunah dans la moyenne haute de la meute, regardant toujours l’intouchable Jex Thoth avec des yeux humides mais d’un peu moins loin que les autres.

 

Point vinyle :

Napalm oblige, trouver les LPs d’Alunah nécessite de se rendre au merch du groupe ou de passer par leur site de vente en ligne. C’est d’ailleurs seulement sur ce dernier que vous trouverez les éditions couleurs limitées (100 verts, 100 rouges). Oubliez les repress, Napalm ne croit pas encore vraiment au format pour le moment.

Les disques du label sont par ailleurs toujours de qualité, ceux ci sont gatefold et les prix sont corrects (15€ en black, 20€ en couleur).

The Body – Christs, Redeemers

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Quand le duo le plus malfaisant du petit monde des musiques sales nous offre un disque à la pochette d’un blanc virginal uniquement décorée d’une fleur on est en droit de se demander s’il n’ y a pas une entourloupe.
Après avoir délicatement posé le bras de la platine sur le microsillon on découvre un morceaux calme et poétique où une voix féminine est accompagnée de plusieurs nappes de sons qui montent progressivement en évoluant de plus en plus vers la noise, ouf ! nous voilà rassuré : The Body est toujours porté sur les plans glauques.

Entouré cette fois encore de l’Assembly of Light Choir (une réunion d’une vingtaine de chanteuses basée à Providence, si si rappelez vous, le pays de Lovecraft) et pour l’occasion des zickos noise de Work/Death et de Ryan Seaton de Callers (wtf?), The Body continue sur sa lancée et prouve que même enfoncé dans la crasse jusqu’au cou on peut encore évoluer .
L’apport des parties chant de l’assemblée prouve qu’elles ont bien choisi leur nom car sans elles, le disque ne serait que noirceur et désespoir. De quoi faire passer Neurosis, Crowbar et autre rigolo de la scène sludge pour des musiciens de cirque. Le groupe serait plus à rapprocher de Khanate pour son penchant aigu pour les ambiances sombres et porteuses de malaise.

Le son est ici un condensé de saturations, de bruits et de contrastes, tout comme le disque qui combine des moments dépressifs au plus haut point et des parties lumineuses et porteuses d’espoir, le mix réussit à faire cohabiter tous ces sons ultra sales et distordus avec des violons et des chœurs si clairs.
En parlant de voix, celle du chanteur est l’exact opposé de celle des choristes, hurlée, à bout de souffle, déchirée, sans chaleur ni joie (no joy, ça vous dit quelque chose?), elle nous rappelle que si l’existence humaine est faite de promenade au soleil, de méditation et de recueillement, on se retrouve parfois en tête à tête avec l’inquisiteur général et dans les sous-sols qui lui servent de réserve.

Malheureusement l’effet est un peu gâché par le coté monocorde de celle ci, comme souvent lorsque l’on abuse d’un effet il perd en intensité (voir «Failure to Desire to Communicate» par exemple). Heureusement les ambiances sont variées et en arrivant au morceau suivant il y a toujours un regain de d’intérêt.
Quoiqu’il en soit je n’aimerais pas assister aux prises de chant en studio, j’espère qu’il existe un équivalent à la crème Nivea pour la gorge …
Ce disque me confirme que chez Thrill Jockey Records on aime les projets atypiques mais de haute qualité, dans un autre style ça me rappelle Relapse il y a quelques années. En tout cas très beau boulot de leur part en ce qui concerne le LP, on se retrouve avec un double 12” à lire en 45T (qualité max assurée !) dans une pochette en carton bien épais avec une impression superbe.

Pour une dégustation optimale, je vous suggère de mettre cet album en fond le soir pendant que vous lirez le dernier Disque-monde avec votre chat sur les genoux. Haaa non merde je me trompe de chro ! Bon alors plutôt en visitant les catacombes du mont Saint-Michel (je ne sais même pas si il y en a …).

Ufomammut – Eve

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J’ai toujours aimé me faire surprendre par un groupe, une musique, un album. Vous savez, cet instant où l’on bascule dans un monde que l’on n’attendait pas, distraits que nous étions, occupés par quelques tâches qui semblent, maintenant, superflues. Voilà, je dois vous parler de « Eve » (prononcez Yves mais enlevez-lui la moustache) de Ufomammut. Cet album paru en 2010 et qui, désormais, résonne en moi comme un exutoire cathartique, nécessaire et régulier.

Lors de la première écoute, mes oreilles intriguées revenaient sans cesse sur le développement de cet album, sur son incroyable cohérence et son fil directeur froid, à vous foutre les jetons. « Rhôôôô, on dirait une seule chanson » me dis-je, « une seule et même composition, tentaculaire et progressive » pensais-je même. Bien vu l’aveugle. Quand Ufomammut parle de « Eve », il l’entrevoit comme un seul morceau, découpé en 5 parties pour des raisons pragmatiques.

Ainsi, les plages I, II, III, IV et V déroulent,  sans qu’on y trouve une once d’éléments incohérents. Elles développent un doom puissant et aérien qui serpente sur des plages de calme avant de vous étouffer, python-esque métaphore, dans ses phases de furies telluriques. “Eve” est en soi une progression, une histoire, l’écho d’un floydien “Atom Earth Mother” pas si lointain. Aaah, la comparaison est lâchée ! Dès qu’un morceau un peu long développe du cristallin et du malsain, dès qu’un cerveau acidulé se penche sur un instrument, la référence aux anglais apparaît. Pourtant, elle est foutrement juste pour le trio italien. Ses vocaux incantatoires se perdant dans la réverbération, cette basse qui lie les 45 minutes de l’album morceau, ces montées orgiaques explosant le moindre cil auditif . Le premier chapitre, “I”, vous laisse chancelant comme une merde après 15 minutes d’attaques non-stop, de vagues d’assauts sonores exponentiellement bourrines. On titube, hagard, la nausée nous envahit quand les notes angoissantes du II ième chapitre nous prennent. Voix en arrière plan, notes dissonantes, samples directeurs, lignes simples de guitare et puis, à nouveau, une explosion de sludge psychédélique. La honte et l’excitation d’enfreindre la morale suinte par toutes les idées de cet album. Ralentissement. Oh, juste une respiration pour mieux nous scarifier le cerveau avec un III ème mouvement brutal, rêche, dégueulasse qui bascule dans le versant sombre du psychédélisme. Vous savez, ce moment où sous psychotrope, vous avez conscience d’être perché et qui entraîne inévitablement le bad-trip. Le dernier mouvement de « Eve » est un quart d’heure de combat intense, pas contre la machine, non,  mais contre le créateur.  Ufomammut pousse le volume encore plus loin, la hargne encore plus fort, ils font littéralement dégueuler le doom de la platine. Puis ils concluent ces 45 minutes blasphématoires par les trois notes angoissantes qui parcourent la galette de long en large à la recherche du Malin.

Oeuvre totale, morceau magistral, « Eve » est une plongée dans l’évolution de la brutalité, dans la beauté de la transgression. De penser que les italiens aient composé ce morceau fleuve en partant d’une meuf qui a mangé une pomme, je n’ose imaginer la B.O. qu’ils pourraient sortir pour la « Grande Bouffe » de Marco Ferreri. Gros album. Grosse performance. Gros Groupe.

Sons of Apache – Sons of Apache

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On sent chez les normands de Sons of Apache l’envie de bien faire. Du kit promotionnel reçu (bio, stickers, démo) à l’écriture des compos, il ressort du combo une énergie à faire pâlir de honte une batterie d’Iphone.

 

L’EP sorti en 2013 par l’entremise du label Nek-ros se compose de 5 titres aux influences variées, le groupe se réclamant aussi bien de Karma to Burn que de Tool ou Jimi Hendrix. Bref ça brasse large et c’est ce qui perd un peu les compos. L’ensemble mériterait un travail d’épure un peu plus poussé à mon sens. On se retrouve avec du bon riff stoner, celui de « Mammoth » par exemple mais certains choix me font sortir du morceau (traitement de la voix, solo de fin). « Amnesty for the green sun » mérite le détour avec son délié de guitare et son jeu de batterie qui traîne du côté du « Whitewater » de Kyuss. Le morceau trouve aussi son sens dans l’équilibre du mix où la basse ronfle plus que sur les autres morceaux et c’est tant mieux tant elle semble esseulée par moment. Depuis un an le groupe doit dérouiller ces titres sur scène et nul doute qu’ils ont pris de l’épaisseur.

 

Il sera intéressant de suivre l’évolution de Sons of Apache quant à l’écriture de leur musique. A l’image de « Amnesty for the green sun » qui est limpide dans sa construction, dans la volonté de ne suivre qu’une ou deux idées par titre, leur musique mérite cette simplification. Car lorsque les musiciens parviennent à cet équilibre, on se laisse volontiers porter par leur univers.

 

Par là: http://sonsofapache.net/node

Weedeater – Sixteen Tons

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Le gang de grizzly est de retour. Seulement un an après avoir enfumé les esprits avec leur « …And Justice For Y’ALL », les voilà qui nous assènent un nouveau gros coup de patte velue intitulé « Sixteen Tons ». Toujours remasterisé et ressorti pour la première fois en vinyle grâce à Season Of Mist, que nous réserve donc ce deuxième opus ? Eh bien les trois de Caroline du Nord en ont fini avec leurs digressions punk/metal du premier méfait, ici on ne parle que sludge ou doom gras. Toujours avec Billy Anderson derrière les manettes, le son massif est reconnaissable entre mille dans le noir de la tanière. Seule la voix semble plus lointaine, toujours outrageusement éraillée mais cette fois la hargne de l’ours mal léché vient du fond d’une caverne.

La basse mène toujours les débats de sa lourde et crade disto, lance les riffs pâteux comme une langue de lendemain de soirée et groove la baraque, bien soutenue par une batterie tout en cymbales. La six-cordes n’est pas en reste, tout aussi sale que sa camarade à quatre cordes, avec ses soli délicieusement désuets. Le trio semble avoir voulu enfoncer le clou après la bonne réception du premier opus. Mais c’est avec un clou rouillé et à mains nues qu’ils font le boulot. Pas de concession, le riff addictif de « Bull » dès la première chanson n’empêchera pas le doom crade plié en 2 min 30 s de « Time Served » dès le troisième titre. L’efficacité est toujours de mise avec des titres ramassés, véritable condensé de boueuses idées dégorgeant le whisky frelaté et les cigarettes contrefaites. Quand Weedeater prend le temps comme sur « Dummy » ce n’est pas pour s’épancher ou virevolter, non ce n’est que pour mieux contenir la rage dégoulinante de la bête blessée qu’ils sont.

Les grizzly sont partis à la chasse et n’ont ramené que de l’herbe à chiquer. L’instrumentale « #3 » donne la part belle à des samples de film avant que la basse acoustique de « Woe’s Me » prenne le relai. Blues de fin de soirée, quand l’oxygène a totalement cédé place à la fumée, que les verres collent au comptoir imbibé du sucre de l’alcool qui y a précédemment coulé à flots. A partir de là la répétition outrancière des riffs de « Buzz » nous fera croupir un peu plus face à la puissance bestiale du trio. Weedeater est en train de graver de ses griffes une épitaphe sur le bar. « Lines » redonne un semblant d’énergie, la bête n’est pas abattue, elle a encore envie d’en découdre. « Riff » nous enlise de nouveau dans le côté doom du sludge des américains, nous voilà véritablement aspirés dans le bang de ces messieurs, et ils nous font grassement bullés avant de nous expirés par « Kira May » instrumental tout en douceur.

L’empreinte indélébile de la baffe que vient de nous administrer Weedeater est maintenant gravée dans nos cages à miel.

Stone The Crow – From rope to oath

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Stone the crow… avec un pseudo pareil, emprunté à une chanson de Down, le gang de la Nouvelle-Orléans emmené par Pepper Keenan et Phil Anselmo, on s’attend forcément à un périple malsain dans la moiteur du bayou.

C’est chose faite dès l’intro lancinante de The rope, premier morceau de ce « From rope to oath », concept album et opéra rock, tendance lourd, voire même obèse, en 7 chapitres. On l’aura compris : le combo de Lyon ne vient pas de Calais et ne fait donc pas dans la dentelle !

Nos rhodaniens explorent une multitude d’ambiances et mélangent savamment décibels plombés, vocaux d’outre-tombe, et passages mélodiques très « Southern » à l’instar de l’excellent The truth, the grave and the owl et ses sublimes intermèdes acoustiques.

Stone the crow lorgne définitivement vers des Crowbar ou Eyehategod et se pose d’emblée en porte-drapeau du sludge made in France. Le Rhône a définitivement des airs du delta de Mississippi.

Fu Manchu – Gigantoid

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Cinq ans pour accoucher d’une nouvelle production, là où ils n’avaient jamais dépassé les trois ans d’écart entre deux albums, c’est un peu beaucoup. Surtout pour 35 petites minutes de musique… Et en plus, difficile à trouver, ce disque, obligé de le commander chez le disquaire, d’attendre… Une fois la galette entre les mains, enfin, notre estomac ne fait qu’un tour devant le vomitif artwork qui orne sa pochette. Bref, vous le sentez, on n’entame pas cette chronique avec la plus naïve bienveillance.

Premières écoutes, bon, on revient un peu à la raison : on retrouve nos emblématiques californiens là où on les attendait, et ce constat en soit est finalement confortant. Fu Manchu c’est un peu le gardien du temple, le phare qui guide les âmes perdues vers le chemin de la perpétuelle rédemption musicale… Pas de guests, pas de perturbation externe (ils produisent eux-mêmes le disque, en composent l’intégralité…), les bonhommes se retrouvent, font un nouveau disque de Fu Manchu et partent sur la route. Rien de criticable en soi.

Les premières écoutes de ce Gigantoid, passé donc le petit sourire en coin (“ah les cons, ils nous l’ont refait”…), laisse quelque peu circonspect. On a beau les aimer de manière irrationnelle, nos Fu, on aimerait aussi inconsciemment les trouver à la pointe du genre, en leaders innovants, capables de “tracer” la voie. Or là, rien de bien neuf a priori. Mais au bout du compte, les écoutes suivantes se révèlent plus satisfaisantes, car insidieusement on retrouve des choses très intéressantes sur ce disque. Même si “Dimension Shifter” figure probablement dans les meilleurs titres de la galette, il n’apporte pas grand-chose de neuf, au-delà d’une paire de riffs bien patauds, de soli impeccables, et globalement d’un son fuzzé qui fait plaisir. “Invaders on my back” en revanche entame une passerelle que finira de renforcer plus loin le brutal et expéditif “No Warning” (1 min 25) : un pas bien tranché vers un skate punk californien typique des productions du début des années 80 du côté de Venice et Long Beach. Certains titres plus dispensables (le pitoyablement titré “Anxiety Reducer”, le trop mid-tempo “Radio Source Sagittarius”) alternent avec des morceaux plus intéressants (l’alambiqué “Mutant”, un titre plus couillu qu’il n’y paraît, ou encore le groovy “Evolution Machine” et le puissant “Triplanetary”). Le tout se conclue avec talent par un titre de presque huit minutes, “The Last Question”, un titre nonchalant dans sa rythmique mais qui ne manque pas d’une certaine audace : on y trouve notamment un saxo en appui du refrain, et une seconde section où la basse de Davis dresse une nappe d’un groove incroyable pour porter des grattes en son clair ou aux sons spacy du meilleur goût.

Au final donc, Fu Manchu ne déçoit pas, mais ne révolutionne rien non plus. On a l’impression de dresser le même constat depuis les quinze dernières années du groupe, ce qui peut désarçonner au premier abord. Pourtant, la musique du quatuor se porte bien, on sent les musiciens challengés et impliqués dans ce qu’ils jouent, disposant d’un espace de création balisé, certes (par eux-mêmes), mais propice à des surprises subtiles et bel et bien présentes, là où on n’en attendait plus trop. Gigantoid n’est pas le meilleur album du groupe, mais il est sans doute le premier depuis une grosse décennie qui nous laisse croire et espérer que leur meilleur album n’est peut-être pas encore sorti, ce qui en soi est une petite révolution.

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