Evil Can Evil – Winter Rider

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(2013)

Quatuor en provenance du grand nord, Evil Can Evil nous vient tout droit de Québec et malgré un son très moderne envoie du gros blues rock à l’ancienne .

Ici on joue bien droit dans ses bottes, la batterie en devient martial pendant que le reste des zicos groove au max, le résultat évoque ZZ Top période Eliminator.

Les bougres ont le chic pour trouver de bon riffs mais les font tellement revenir qu’on finit par s’en lasser. Dommage, en étant plus concis les morceaux seraient sacrément plus efficaces.

L’album oscille entre Stoner, Blues et Rock sixties, certaines mises en place et surtout l’approche global des morceaux rappellent ces groupes de Rock qui s’approprient les débuts du rock n’ roll en y injectant l’énergie du hard rock et la hargne du punk.

Ils chevauchent peut être l’hiver mais leur musique est bien chaude !

 

Lothorian – Welldweller

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Autant commencer par là, ce groupe n’invente rien et ne va pas révolutionner votre façon d’écouter du doom . Voila, maintenant que vous êtes au courant, il faut aussi avouer que ce disque est super bien foutu et qu’on tape régulièrement du pied .

ça commence par un morceau instru bien ficelé, tendance gras et lourd à souhait, le son est là et le sens du riff aussi . Cool, c’est déjà pas si courant en ce moment …

Sur « Welldweller », le 2ème titre, le soufflé retombe lorsque le chant arrive, pas passionnant ni très habité tout ça. L’ambiance est un peu plombée et on est en plein dans le défaut majeur du groupe : plat et peu original.

Mais à nouveau je me retrouve à battre la mesure sur l’ouverture du morceau suivant, riff Sabbathien, nappe de chant, là, ça pète !

Au fur et à mesure de l’album la voix passe mieux et lorsqu’elle se couvre d’effets, ça fonctionne vraiment bien, le groupe se trouve une personnalité plus marquée et l’ensemble gagne en cohérence.

Rien que pour certains riffs de gratte et le son de celle ci, ça vaut le coup de se pencher sur l’album .

Pour jouer aux jeux des ressemblance, je rapprocherais le groupe d’Electric Wizard et de Spider kitten .

Un conseil pour finir : mettre le volume à 11, c’est toujours mieux avec ce genre de zik.

Yob – Clearing The Path To Ascend

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Doucement, sans grands changements fondamentaux, Yob continue album après album d’explorer les tréfonds de la musique heavy. Le trio d’Eugene, Oregon est désormais une référence en matière de doom caverneux aux pourtours souvent lumineux dont il est très difficile de rendre compte avec de simples mots. Depuis The Elaboration of Carbon, chaque opus est une entité figée, rendant compte de la puissance émotionnelle que le doom peut charrier, blues d’apocalypse ayant reconnu en Mike Scheidt la voix de son maître. Catharsis, The Illusion Of Motion ou The Unreal Never Lived sont autant de bijoux inclassables ne ressemblant à nul autre, pas même à leur prédécesseur. Pourtant, malgré une discographie sans faille, la notoriété de Yob est restée plutôt confidentielle les premières années, amenant même Scheidt à prendre la décision de saborder son projet musical en 2006. Depuis sa sortie du coma trois ans plus tard, le trio bénéficie d’un regain de popularité notable et enchaîne les festivals et prestations dantesques au Roadburn, refuge évident des plus grands groupes de doom et affilié, où les natifs la bande à Mike Scheidt, désormais épaulé par Aaron Rieseberg et Travis Foster, sera toujours le bienvenu. Cela étant, le nouveau trio cherche toujours a graver sur disque une preuve sonore aussi à la qualité aussi évidente que ce que la première mouture du combo avait proposé. En effet, si The Great Cessation et Atma comportent quelques titres dont l’efficacité live n’est pas à discuter, l’épreuve du temps n’aura pas permis à ces deux disques de se hisser à la hauteur des standards de la première période. Sentant pourtant qu’il traverse une période créatrice prolifique, Mike Scheidt multiplie, à partir de 2012, les collaborations et side project, inscrivant son nom dans les livrets d’albums de Lumbar, Red Fang, VhöL ainsi que dans celui d’un hommage à Townes Van Zant,  tout ça sans compter le temps que lui a pris le travail sur la réédition de Catharsis chez Profound Lore. C’est dans cette atmosphère riche qu’il s’attèle à la composition du septième album de Yob, à jamais le grand projet de sa vie.

Publié à l’orée de leur énorme tournée de 6 semaines en Europe, cet opus est en tout point magistral : composé de quatre titres dantesques à la palette émotionnelle variée, Clearing the Path To Ascend est enfin l’album de référence attendu depuis presque dix ans. Si « In Our Blood » qui commence le disque est un titre classique dans la droite lignée des habituels morceaux d’ouverture de Yob (« Aeons », « Ball Of Molten Lead », « Burning the Altar », « Quantum Mystic » etc.), lente descente dans les contrées doom magnifiée par la voix suraigüe de Mike Scheidt, « Nothing to Win », le titre suivant est de loin le plus violent de la discographie du combo. Ouvert par un riff rappelant Morbid Angel, il maintient tout du long une tension énorme, ne s’aérant que le temps d’un pré-refrain dantesque. La suite semble montrer la nouvelle voie que s’en va explorer Yob : « Unmask The Spectre » hypnotise par sa sensibilité toute en lourdeur, glissant quelques plans grunge dans cette perfection prog/doom, continuant à explorer un peu ce que The Illusion of Motion avait initié, prenant ce qu’il faut chez Neurosis et l’emportant plus loin sur le chemin du metal sombre. Mais la vraie réussite de cet opus le clôt : « Marrow » (moelle) n’est rien d’autre qu’une pièce de près de 20 minutes dont la perfection en matière de sensibilité et de puissance est saisissante. Très Neurosienne dans sa composition, elle transpire pourtant par tous les ports la spiritualité de Scheidt (ce dernier est très porté sur la culture bouddhiste et les arts méditatifs). L’ajout de quelques nappes d’orgue (jouées par Billy Barnett, technicien qui a enregistré les derniers opus du groupe)  donne un relief mélancolique supplémentaire au spleen véhiculé par ce titre, clôturant l’un des albums de la décennie. Simplement.

 

Point Vinyle :

C’est à Relapse Records qu’il échoit de publier la version vinyle du disque. Le travail est remarquable, contenant des impressions métalliques dorées (les 3 lunes) sur la pochette, la tranche, et la back pochette, petite attention permettant d’apprécier à sa juste valeur le magnifique travail de design d’Orion Landau (l’un des boss de Relapse Records, ayant un nom à figurer dans Star Wars). Il s’agit d’un double LP, proposé en 5 pressages (regular black, regular black 180g, gold, grey and clear).

Tackleberry -Tackleberry

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(août 2014)

 

Nouveau venu dans le paysage Stoner Français, Tackleberry a tout de même de la bouteille, Romain, fondateur du groupe était en effet déjà derrière Soleil Vert et Medlar For Weasel et certains de ses comparses officiaient dans Slavery et Arafat. Avec ça, on est fixé, les gars devraient être capable de nous pondre un album sympathique!

L’objet entre les mains, on ne peut que féliciter le bon goût de la troupe: l’artwork est sobre et classe, le visu me rappelle certaines œuvres d’Hayao Miyazaki de par son coté onirique et calme (période Nausicaä principalement).

Une fois la galette dans le lecteur , la première chose qui frappe c’est le son, celui ci est vraiment bien foutu, basse bien grasse et hargneuse, guitares épaisses à souhait, ces messieurs se sont fait plaisir!

La zik oscille entre Metal typé coolos (Ugly Kid Joe/Anthrax et compagnie), Rock alternatif et Stoner à la Karma To Burn. A ce propos le son global lorgne vers le KTB version live, vous savez celui qui fait vibrer votre pantalon et tout ce qu’il contient.

Le travail mélodique des grattes est plutôt bienvenue et permet de se démarquer du lot en ne se contentant pas d’envoyer du gras à tout bout de champs.

Il faut bien reconnaître par contre que le chant est le point faible du groupe, on sent un peu trop le manque de maîtrise de l’organe. L’énergie et la volonté sont là mais il manque encore un brin de conviction . Au vu de la qualité des compos, une fois cette partie au point, je pense que le groupe franchira les paliers plus facilement.

Certains passages semblent retenus, sur « Freedom State » par exemple le break mélodique appelle un développement mais le groupe repart sur des passages déjà vu du morceau, ou encore « Red Field » un brin trop plat ( 1ere partie du titre) et répétitif .

Malgré ça, on tient là un groupe qui se donne les moyens et qui n’est pas loin d’arriver à ses fins grâce à un album dont il n’ont pas a rougir !

Brain Pyramid – Chasma Hideout

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En moins de 2 ans, le temps d’un aller-retour Bretagne-Lune en voiture pépère (en faisant une pause toutes les 2h comme recommandé), Brain Pyramid  a bâti de bien belles fondations à leur programme d’exploration sonique. Le début des recherches remontant à 2012, un EP sorti en 2013, un changement de bassiste et maintenant un premier album en 2014 chez Acid Cosmonaut, voilà un décollage dans les règles de l’art. Si l’EP Magic Carpet Ride avait déjà fait fort bonne impression dans nos pages que dire de cette nouvelle offrande !

Si les années 60/70 et les pionniers du rock groovy/blues/psyché à grands coups de disto, fuzz et autres effets en tout genre sont toujours la base des voyages astronautiques du trio, aujourd’hui ces derniers ont atteints un nouveau stade de leur conquête spatiale. Plus imposant dans leur son, plus extravaguant dans leur exécution, chaque fusée envoyée nous place direct en orbite. Ca commence tranquille avec un moteur qui se lance et une radio country mais quand la basse supra-fuzzée-wahwahmée débarque, la poussée est trop forte pour ne pas être collé à son siège. « Living in the outer space » nous introduit sans crier gare aux nouveaux artifices des bretons. On ne va pas à la découverte de l’immensité intersidérale sans du lourd avec soi. Le fuselage de l’ensemble est tellement massif, du fait d’une basse galactique, qu’il faut bien tout un arsenal de délay/chorus/flanger et j’en passe et des meilleurs pour propulser l’ensemble.

Levez les yeux, localisez les étoiles des premiers Atomic Bitchwax, Orange Goblin, Fu Manchu et Spiritual Beggars, voilà où situer Chasma Hideout dans la constellation stoner. Que de la première pression à froid, l’essence même d’un heavy-rock-psyché sans retenu. Riffs en béton, toujours bluesy dans l’âme mais qui dénuquent sévère avec un chant typé rock, voilà la recette d’un bon titre chez Brain Pyramid, « Lazy » en tête. L’apesanteur n’a d’effet sur nous que parce que la batterie matraque ces futs sans retenu. Mais attention quand le tempo se ralentit, le blues transpire du doom nappé de claviers comme sur « Lucifer » qui se débride néanmoins totalement à la fin. Et quand le groupe se permet toutes sortes de digression c’est l’exultation. Tantôt jazzy « Living in the outer space », carrément salsa du démon sur « Into the lightspeed », posé type « atterrissage en vue » avec « Chasma hideout », ou au travers des nombreux solos, quand les instrus se lancent à corps perdus dans d’inattendues folies c’est un vent solaire qui vous ébouriffent.

Magic Carpet Ride a donné le cadre, Chasma Hideout l’a explosé et l’a redéfinit plus volumineux que jamais. L’accent so sexy, so frenchy pourrait bêtement en rebuter quelques’ un mais comptant deux instrumentaux de haut-vols pour sept titres du cosmos, 46 minutes de jubilation ça ne se refuse pas. Ce serait criminel de ne pas s’envoyer en l’air avec eux.

Palmanana – Green

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Aujourd’hui direction Palerme en Italie où il existe visiblement de très jolie “nana”. La description que fait le groupe de sa musique est plutôt claire : les années 1990, heavy, desert, psych. Cela peut se résumer en une bonne grosse influence Kyussienne. Pour la fiche technique, on est en face de 13 morceaux allant de 40 secondes à 12 minutes. Visiblement, la plupart sont issus de jam avinées.

A l’oreille cela se confirme très vite, ce qui équivaut à pas mal d’incertitude sur la construction des plans, fait assez agréable. D’autres morceaux plus minoritaires restent plus classiques (“Goatpussy”, “Ken’s Revenge”, “Cosmic Cactus”) mais efficaces. Les premiers sont les plus intéressant. Certains sont comme constitués de deux morceaux imbriqués (“Day Two”, “Mousetrap”) et on assiste à de très nombreuses digressions psychédéliques. Globalement, l’album alterne efficacement les ambiances et on ressent une véritable envie ainsi qu’un plaisir certain de la part du groupe. Mais globalement on a aussi un peu l’impression d’être en plein milieu du Sons of Kyuss tend niveau prod crasseuse que sonorités. “Cameltoe” et “Red Grinder” font même directement écho à Kyuss. C’est un peu là le problème même si on ne boude pas son plaisir. Ce qui est sûr, c’est qu’au prochain coup, avec des influences un peu moins nettes, on se régalera ! Ciao !

 

Funeral Horse – Sinister Rites Of The Master

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En banlieue d’une ville texane, l’endroit semble désert, abandonné. Toute forme de vie paraît avoir quitté les lieux, même la végétation qui a ici repris ses droits se meurt. Un grondement se fait sentir, cela vient de cette maison. Le parvis est prêt à céder sous nos pas. Dégondée, la porte s’ouvre sur un intérieur dévasté, une horde est passée par ici. Le grondement continue… plus fort… De l’escalier qui mène au sous-sol, émane un épais nuage de fumée. La lumière est faible mais suffisante pour discerner des formes, des visages. La horde… Ce grondement… La fumée… Un groupe émerge de cette masse : Funeral Horse joue son Sinister Rites of the Master.

L’audience est comateuse. Leurs corps ne répondent plus qu’au trio texan qui les emmène par doom et par vaux à grands coups de savates punks bien placées. L’intro de « Until The Last Nation Falls » eu à peine le temps de leurs glacer le sang, que le mid-tempo du riff principal suintant le garage les avait scotchés avant le break proto-groovy-metal qui acheva ainsi l’œuvre séductrice de ces trois démons.

Cette séduction nous ne la connaissons que trop. Celle de cette âme rock qui se plaît à posséder les esprits des plus jeunes groupes. Celle qui anime de son feu sacré des troupeaux entiers de fervents disciples du son. Doom dans son atmosphère, punk dans son attitude, blues crasseux dans son ressenti,  voire apaisant le temps d’un interlude. Quel que soit sa forme, c’est bien de lui que l’on parle. Ce rock qui vous salue du majeur quand il vous croise. Celui qui s’affranchit des bonnes manières. Celui qui dit « Fuck you I’m not famous ». Celui qui ne rebouche pas le dentifrice après utilisation. Cet esprit plane au dessus de nos têtes, se mêlant aux nappes de brouillard psychoactif.

Après la mise en transe de « Amputate The Hands of Thieves » qui accoucha d’un riff monolithique, l’harmonica mélancolico-funèbre de « Communist’s Blues » a dépecé les dernières particules de résistance qu’offrait notre raison. La  rythmique en béton de « Executionner of Kings » ne saurait remettre les pièces en place. Nous n’avons que trop flirté avec le groupe, nous voilà aussi possédés. Avec une production brute, les titres sont aussi directs que prenants avec pour chacun des petites perles d’arrangements : samples, guest vocal,  ou tout simplement par la maîtrise des instruments. Faisant fis des règles, c’est une large gamme d’influence qui fusionne et virevolte.

Inclassable et qui ne cherche pas à être classé, Funeral Horse assène en 28 minutes, sept coups de butoir, dont une reprise vite pliée mais bien appropriée de « The Working Man » de Rush, qui leur ouvrent les portes pour faire ce que bon leur semble. Hâte d’entendre leur prochaine prédication.

Electric Wizard – Time To Die

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Entité doom nourrie à grands coups de séries B, voire Z, Electric Wizard a décomplexé en une poignée d’albums toute une génération de geeks trompant l’ennui et dépassant leur inadéquation sociale par le truchement d’un rétro rock occulte mêlant drogues, films érotiques 70’s et références pointues dans un grand barnum satanico-kitch plutôt inspiré. Enfants du shock rock, saisi par la violence de la scène de Détroit (D’Alice Cooper aux Stooges en somme), le gang du Dorset s’est transformé, dans un second temps, en une machine à pondre des hits, noyant ces derniers dans une production cracra devenue leur marque de fabrique. En effet, à l’instar de celle du pudding à l’arsenic, la recette d’Electric Wizard utilise une panoplie d’artefacts destinés à faire des grumeaux au fond de la marmite. Désormais devenu chef de file et influence déclarée d’une scène qui leur voue un (Witch)culte, le groupe annonce son come back discographique en 2014, avec Time To Die, retour annoncé à la hargne originelle, censé rivaliser, rayon noirceur et opacité musicale, avec l’intouchable Come My Fanatics. Il n’en fallait pas plus pour mettre en émoi les âmes damnées dégustant leur rock lentement, dans un épais voile de fumée.

 

Les vieilles cordes rouillées que tire malicieusement le magicien électrique ont touché au sublime par le passé, entraînant l’auditoire vers les abysses les plus profonds et les ambiances enfumées. Ainsi lorsque fut publié Black Masses en 2010, l’enthousiasme de beaucoup avait été douché, la faute à des titres moyens et une méthode montrant ses limites, ayant absolument besoin de haine sincère pour fonctionner. L’annonce de la publication de Time To Die a fait grand bruit : Oborn a d’abord mis fin à 20 ans de collaboration avec Rise Above Records, Dans une joyeuse ambiance rappelant plus « Règlement de comptes à OK Corral »  que « La Fiancée de Frankenstein ». le ventripotent quasi homonyme d’Ozzy annonce alors avec fierté que son gangs de malpropres trouve refuge chez Spinefarm, repère douteux pour combos à l’hygiène déplorable en tournée (Children Of Bodom, Impaled Nazarene, Reverend Bizarre…). Enfin dans son élément, le Wizard enregistre le retour aux affaires de Greening (batterie) et l’incorporation de Clayton Burgess à la basse, informations suffisamment excitantes pour effacer l’amertume du split de Ramesses et la mise en sommeil de Satan’s Satyrs, dommages collatéraux d’un tel line up.

 

Mais voilà : Lorsque filtrent les premiers titres (et clips) de Time To Die, le doute s’installe. «I Am Nothing » puis « Sadiowitch » manquent de classe et auraient fait de vilaines b-sides à l’époque de Come My Fanatics. Peu inspiré, le groupe s’enlise dans les problèmes de personnel et Greening est débarqué, réglant ses comptes sur Facebook. Problème de drogue, d’argent, les points de vues diffèrent, mais tout le monde s’accorde pour dire que la prestation du batteur au Temples Festival était déplorable. Que reste-t’il alors du huitième album du combo, vendu par ses géniteurs comme un retour aux origines du mal ? Quelques moments de gloire certes, tel que les 10 minutes de “Incense for the Damned” et le très réussi “Time to Die”, quelques références à la contre culture qui font le sel du combo mais l’ensemble ne comble pas la faim de zombie tenaillant l’amateur de doom ténébreux, nourri depuis des années aux sillons malfaisant de Dopethrone et aux perles de cette période.

 

Il est ainsi difficile de comprendre réellement ce qui gène dans cet album. Est-ce l’effet d’annonce qui était trop présomptueux, ou simplement la recette qui reste sur l’estomac ? Néanmoins Time To Die déçoit et il a été très dur de résister à l’envie de terminer cette chronique par une analogie entre le titre de l’album et un conseil que le groupe serait bien inspiré de suivre.

Heat – Labyrinth

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A croire que le revival classic-rock est l’apanage des groupes germano-scandinave. Les chevelus de Heat nous venant tout droit de Berlin et s’inscrivant dans  la mouvance des Witchcraft et comparses, on en vient à se poser la question. Ne nous coupons pas les cheveux en quatre néanmoins, quand la musique est bonne on ne va pas bouder son plaisir. Et son pied on le prend dans ce Labyrinth, deuxième sortie du quintet allemand aujourd’hui chez This Charming Man Records.

 Pour être plus précis, nous sommes lancés dans un labyrinthe dit « unicursal » autrement appelé labyrinthe classique (classique ? vous avez dit classic ?), qui se veut sans impasse. Si le labyrinthe était déroulé, il n’y aurait qu’un fil unique : les gimmicks typés 70’s qui tapent toujours juste. Le groupe fait figure ici d’une Ariane qui nous guide entre riffs mélodiques, section rythmique goulûment groovy, solos à foison, synthé bien placé et chant incarné. D’un point de vue architectural ce dédale semble bien conçu avec les bons éléments à la bonne place. Mais ce qui fait vivre un édifice c’est sa réalisation en elle-même pas les plans.

Une belle harmonie se dégage de l’ensemble. Si « Siamese Smile » ne vous colle pas déjà une furieuse envie de vous lancer sourire aux lèvres dans une course frénétique contre le temps, « Free World » finira par vous convaincre. Deux morceaux suffiront à vous entraîner entre ces murs qui transpirent sincérité et qualité d’interprétation. Un arrangement par-ci, un riff par-là, certaines intro, vous rappelleront à n’en pas douter des titres de l’époque que fait revivre Heat. Et alors ? Une basse bien ronde, une batterie qui joue, deux guitares qui s’échangent riffs bluesy-boogie-rock et solos, un clavier qui apporte saveur et matière, une voix au bord de la fêlure, que demande le peuple ?!

« The Golden Age » avec 9 minutes au compteur est l’ilot central de l’album. Cœur de ce labyrinthe en 7 titres, passage obligé pour tous les envoutés de la mélodieuse attractivité qu’exerce le groupe. Changement de motifs, break en tout genre, passage rythmique, ici tous les fils se croisent, s’entremêlent et notre traversée ne pourra se poursuivre sans s’extasier devant les finitions. Les Berlinois savent varier les tempos, insuffler un élan presque épique, faire suinter le blues de leurs 6 cordes tout en restant fidèle à un sens mélodique à l’épreuve du temps. Les morceaux suivants sont à cette image et ainsi jusqu’au jam du titre éponyme qui clôt les festivités.

La conception est traditionnelle mais chaque passage, chaque détour de couloir offrent son lot de ravissement.  Heat ne réinvente pas la roue, mais avec des jantes pareilles on a juste envie de vite en équiper sa caisse et d’avaler les kilomètres sous un soleil à faire fumer le bitume.

Craang – To the Estimated Size of the Universe

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  La Grèce, décidément, devient un sacré pourvoyeur de groupes « heavy as fuck ». L’ultime exemple en date est Craang qui vient de signer un deal avec Pink Tank Records afin de ré-éditer son premier album « To the Estimated Size of the Universe ». C’est une sacrée bonne surprise que voilà et autant vous dire que lorsque le vinyle va sortir, il va vite creuser ses sillons par chez moi.

 

  La musique du trio ressemble aux compositions de Roy Lichtenstein, un des artistes les plus important du Pop-Art. Craang/Whaam, c’est l’onomatopée qui frappe en premier. L’aspect direct et brutal du son que l’on se prend dans les oreilles avec « Slow Forward Jam », son flanger, sa fuzz dégueulasse, sa wha hurlante, font écho aux couleurs vives, aux sujets naïfs et à la violence publicitaire des œuvres du peintre. Mais cantonner le groupe a cet aspect serait une erreur. En quatre morceaux pour une quarantaine de minutes environ, les grecs ont le temps de nous faire visiter moults aspects de leur stoner psyché. Une fois passée la trame des œuvres de Lichtenstein, on peut se focaliser sur les aplats, la force structurelle des compositions, la puissance des détails. Avec Craang c’est pareil. Cette basse qui claque comme dans « Sober » de Tool, ces cymbales qui remplissent le ciel et ce son de gratte absolument gigantesque, ces voix aériennes et parcimonieuses, ces ajouts de clavier subtils (« Butterfly », magnifique) tout concourt à l’architecture complexe des longs morceaux du groupe.

  Au casque, l’impression est aérienne, spatiale. Il suffit de fermer les yeux pour partir loin, très loin. « Magnolia » et « The Meteorian » sont deux voyages aux confins de la galaxie Jam. Et le groupe de teinter de sons clairs et délayés son stoner. En accordant une touche un peu plus rock et majeure à sa musique, Craang la catapulte dans les hautes strates du psychédélisme mais toujours avec ce gros son de basse qui te rouste la rondelle. A tel point que la batterie sonne un peu légère tout de même. On pense Elder, on pense Ufommamut, et puis on ne pense plus. On écoute, on décolle puis on chavire sur les quinze minutes de « The Meteorian ». Parfait exemple de la patte Craang, de ses riffs rentre-dedans, puis de sa capacité à dresser de longues plages d’impro mentales et répétitives. J’ai à nouveau cette sensation d’être devant un tableau de Lichtenstein, non, en fait je suis dedans et mon monde entier est une composition psychée.

  J’attends avec impatience de les voir en live, de savoir s’ils arrivent à reproduire cette immensité en concert. Je suis curieux aussi de leur prochaine production car s’ils bossent un peu plus le son de batterie elle risque de faire très mal. Craang est une très belle découverte et je vous la conseille vivement.

Sheavy – Moons in Penumbra

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Quel plaisir, dans notre quotidien en ébullition constante, et en particulier dans un contexte de music business chancelant, de retrouver régulièrement une galette des toujours robustes sHEAVY. Une galette… sortie il y a plusieurs mois, dans le secret le plus absolu ! Quelle misère quand même que ce combo absolument distant de tout moyen de communication, aux moyens de promotion faméliques, dont les disques sont distribués par une poignée de corbeaux un peu fatigués (rendez vous compte : pour proposer ses disques à la vente, le groupe oriente ses fans vers… un petit magasin de disques du coin, perdu au fin fond du Canada !). Une chose est sûre, en gérant ses productions de cette manière, on n’est pas prêts de retrouver le groupe qui a engendré certains des disques les plus intéressants du stoner retrouver la place qu’il occupait voilà une quinzaine d’années…

Et pourtant, son (avant-) dernier disque (le dernier sera chroniqué sous peu, sorti quelques semaines après celui-ci) ne dépareille pas dans sa discographie, et ravira sans problème les amateurs du quartette (ou quintette selon les combinaisons) canadien. Autour de l’inamovible Steve Hennessey, le line-up propose toujours des changements, on est habitué. Nouvelle section rythmique cette fois. Mais comme à chaque fois, il ne s’agit pas d’une armée de mercenaires, mais comme toujours des musiciens proches du combo, tant et si bien qu’ils ont tous contribué à l’écriture du disque (sur le papier, en tout cas…). Pour être plus précis, une palanquée et demie de contributeurs divers ont apporté leur pierre à ce robuste édifice : engagé dans la démarche “RPM” (le groupe avait déjà enregistré “The Golden Age Of Daredevils” dans le contexte de cette initiative, qui propose aux groupes locaux de produire, sur le mois de février chaque année, un album de dix chansons et 35 minutes), le combo a finalement un peu dérivé mais a tenu la barque pour finir par proposer ce “Moons in Penumbra”, à l’artwork “fait maison” redoutablement kitsch, hors RPM.

Musicalement, on va avouer que les premières écoutes furent un peu déstabilisantes (le contexte, l’attente, les paramètres subjectifs, toussa toussa). Mais au bout d’une poignée de rotations, le disque a commencé à se révéler. Jamais réticent à injecter des influences progressives à sa musique, le groupe propose des titres un peu plus complexes peut-être, proposant en particulier une poignée de mid-tempo très bien ciselés, tortueux (à l’image de “Penumbra” qui ouvre le disque, accueillant des soli lancinants, des breaks lourds, le tout porté par un riff monolithique), avec parfois des passages presque doom saisissants (voir “Warning” ou “Visions”). Mais sHEAVY a toujours été généreux en titres propices au headbanging, et des titres comme “Shadows” ou “Totality” portés par des attaques de grattes bien charpentées sont là pour en attester. Pour le reste, on retrouvera dans ce disque tout ce que l’on aime chez le groupe : son chant toujours si particulier, ses duo de gratte en harmonie et ses soli, un travail mélodique efficace et ses quantités de riffs inspirés. Niveau son et production, on ne baigne pas dans l’austérité la plus totale, mais l’aspect rudimentaire du dispositif d’enregistrement (Hennessey lui-même derrière quasiment toutes les manettes, un studio d’enregistrement improvisé dans le salon d’un couple de potes…) ne donne évidemment pas la prod la plus tape à l’œil… Pour autant, aucune défaillance à noter, et ce son de guitare similaire que l’on retrouve de plage en plage permet de focaliser sur la vraie teneur des compos, sans artifice superflu.

Toujours (malheureusement ?) sans prétention, sHEAVY ajoute une nouvelle pierre à l’édifice solide qu’ils ont entamé il y a plus de vingt ans, un disque généreux, efficace, solide, pas prise de tête… Si vous arrivez à mettre la main dessus, vous ne devriez pas le regretter.

Black Willows – Haze

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A moins d’avoir été une star sur Disney Channel avant d’être pré-pubère, les groupes passent par la case autoproduction. Une passion ça se partage, un talent ça se doit d’être révélé et si aucun label ne soutient un groupe, aux amoureux de musique de le faire.

Avec Haze, Black Willows balance une perle heavy-psych comme il nous en faudrait plus souvent. Paru  à l’origine en 2013 l’album est sorti en vinyle en juin. Couplé à un passage au Stoned Gatherings et au prochain Up In Smoke Indoor Festival, il n’est jamais trop tard pour se prendre une claque.

Derrière les manettes Erik Wofford des studios Cacophony Recorders, à qui l’on doit notamment les productions des excellents Black Angels. Vous pouvez alors d’hors et déjà pousser le son dans ses retranchements, finesse et précision sont de mises. L’album s’ouvre avec « Haze », intro bruitiste qui hypnotise avant le déferlement de « Doors of Perception ». L’approche Black Willows est ici résumée. Riff entêtant (c’est pas psyché pour rien), boosté à gros coups de fuzz régulièrement (c’est pas heavy pour rien), chant lointain comme incantatoire et surtout long passage instrumental pour faire parler le jam et les solos. Une fois ces « portes de la perception » passées, commence l’odyssée hallucinogène.  « Neptune » et « Haiku » emploient la même recette, le dosage de peyotl variant, le groove facilitant l’assimilation.

L’expérience extra-sensorielle s’accroit avec « Black Magic », 8 minutes d’envoutement avec sitar et mélodie en boucle. Les atmosphères varient pour maintenir l’emprise psychotropique. « Apache » vient remettre un coup de gros riff pour éviter de sortir de l’envoutement. Une osmose se dégage du son des Black Willows, chaque instrument a sa place pour nous faire voguer à travers les méandres de cet océan psychédélique. « Velvet Diamond » est plus direct avec une fin tout en douceur. L’esprit n’est pas encore prêt à se réveiller.  « Set us Free » prolonge le trip avant l’énorme final qu’est « Dead Mantra » et ses 14 minutes de psychédélisme fuzzé qui vous mettra en transe.

Quel voyage aux confins de ce labyrinthe enfumé que nous propose là les suisses. C’est fluide, les 70 minutes défilent tout en maintenant l’auditeur aux aguets. On pense Elder, Monster Magnet, Colour Haze, Black Angels et j’en passe et des meilleurs. J’espère pouvoir un jour les citer à leur tour en référence.

Dwellers – Pagan Fruit

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Devinette…Qui arrive à convoquer les fantômes de Led Zep, la classe vocale de Bowie et de toute une tripotée de chanteurs anglais, la crème de l’indie-rock des années 90s dans un seul et merveilleux album ? Dwellers bon sang de bois ! Small Stone, continue d’inonder la sphère stoner de petites pépites et cet album ne déroge pas à la règle. Mais ici point de stoner burné façon « corde de Mi mon amie », non, Dwellers fait dans la dentelle, le minutieux, dans l’art subtil de la compo délicate.

« Pagan Fruit » est un donc un album rock. Point. Pas un album pompeux au concept à tiroirs, non. Et de croquer avec délectation dans ce fruit païen. Dès le premier titre « Creature comfort », la production nous emmène loin, très loin. La réverb affiliée à la guitare dresse une immensité immédiate, un espace insolent pour l’imagination. Et l’on se régale d’avance de la précision chirurgicale troussée par la section rythmique. Le canevas est posé d’entrée et permet une expressivité du chant rarement atteinte dans un album cette année. Les titres « Return to the Sky », « Rare Eagle », « Waiting on winter» parlent d’espace, de poser le temps. C’est l’une des forces du trio. Cette capacité à faire jouer les silences, à maîtriser la place de chaque instrument, à pouvoir intégrer dans les largeurs de leurs compositions des notes additionnelles d’orgues, d’harmonica, de violon (n’ayez crainte, c’est parfait, écoutez donc « Spirit of the Staircase », vous comprendrez) qui repoussent un peu plus loin le contour des riffs.

Ces derniers ne shreddent point. On n’est pas dans l’étalage technique mais dans l’expression. Toujours. Tant mieux. C’est en ce sens que l’on retrouve le côté sombre du rock 90s. Dans l’attaque et la fougueuse incandescence d’un riff désabusé.

Mais attention, il ne faut pas cantonner Dwellers à la caste d’esthètes romantiques. Quand il s’agit d’exploser nos esgourdes d’amateurs exigeants, les américains le font à coup de pelvis. « Devoured by Lions » en est le parfait exemple. La charge d’harmonica, le riff missile et l’artillerie rythmique qu’ils déploient nous explosent les entrailles. Et histoire de nous achever façon puzzle, se fendent d’un solo foutraque et fuzzé contrepointé par une basse assourdissante. Il convient de noter, pour le coup, dans son petit agenda des mecs talentueux, la production aux petits oignons d’Andy Patterson.

Le trio finit son album sur « Call of the hollowed horn » qui n’est pas sans rappeler The Socks, autre signature de Small Stone. Un rock psyché, baigné d’Hammond, une ode 70s mid-tempo à la césure rythmique implacable. Un ptit cadeau de 8min se finissant sur des vocalises à la Robert Plant, histoire de nous brûler un peu plus les lèvres d’envie.

« Pagan Fruit » de Dwellers donc. Un album d’une richesse incroyable, qui à chaque écoute, dévoile un peu plus son écriture et le talent indéniable du trio de Salt Lake City. Encore un coup de maître de la part de Small Stone et l’une des plus belles sorties de 2014 pour ma part. Je vous laisse, je dois absolument ré-écouter cet album.

Spiral Shades – Hypnosis Sessions

Spiral Shades - Hypnosis Sessions (RidingEasy Records)

Des rencontres improbables sur le web ça c’est déjà vu. Mais ici le destin a fait se croiser dans les méandres de la toile, Filip norvégien de son état et Khushal fier représentant de l’Inde. De leurs échanges internautiques est née l’envie de créer en commun. Qu’importe les milliers de kilomètres les séparant, une telle entente musicale devait aboutir. Le fruit de cet amour partagé se nomme Spiral Shades et il est tout sauf défendu.

De quelle musique parle-t-on ? De la source, de l’origine même de notre passion commune, de celle qui prit forme avec un quatuor de Birmingham et autres guitaristes de légende : rock obscure, doom, proto-metal. Comment un style qui se veut l’archétype du groupe, qui joue pendant des heures durant ensemble peut trouver écho dans un duo norvégo-indien ? C’est toute la magie de Spiral Shades. La genèse du groupe aurait été tenue sous silence, on n’aurait eu aucune difficulté à les voir coincés dans un garage à faire tourner les riffs, peaufiner les arrangements, caller le chant. Choses qu’ils ont fait 1 an et demi durant, mais via les nouvelles technologies : bluffant.

Un album qui commence par un solo, ça claque d’entrée. Les bonhommes en ont et ils les posent direct sur la table. « Frustration » lance les hostilités et frappe très fort. Marty saute dans la DeLorean, retour vers les 70’s. Portée par une production cristalline, le groove vous fera succomber à une furieuse envie de hocher la tête, sourire aux lèvres, petit fil de bave à la commissure de ces dernières. Un final avec riffs à gogo pour jam entêtant, les préliminaires sont mis de côté, on est plongé dans le cœur de sujet. « Illuminati » prend le relai de son doom classique et classieux. Vient « Grim Ritual » orgie riffesque de 12 minutes. Ce disque est l’œuvre d’hommes qui ont enregistré le best-of de leurs idées accumulées depuis que leur sang un soir de Sabbat a viré au noir. « Fear » et« Wizardry » avec des formats plus courts démontrent toute l’efficacité dont sait faire preuve les intéressés. « The Slowing Deep » passe pour une reprise d’un tube de l’époque avec ce riff métal en outro qui fait s’envoler le doom de départ. Sachant allier lourdeur des riffs, exécutions précises, solos aériens et voix estampillée « by the appointment of Ozzy » (sans être une pale tentative d’imitation), Spiral Shades c’est la claque doom-rock surgit de nulle part. Une telle collection de bons plans, c’est indécent. Ils nous exhibent tout ça sans retenu, on ne peut que jubiler.

Filip de son joli sens du riff, reprit la majeure partie du temps par la basse, assure une belle assise à ses foisonnants soli bien sentis. Khushal au chant, nous transporte dans son univers de son envoutante voix clair. De ce fait quid de la batterie ? Seul ombre au tableau, c’est une batterie programmée qui tient la boutique. Attention, programmation de haut vol mais une oreille attentive se laissera à rêver d’un plan à trois où le batteur afficherait un insolent feeling comme au bon vieux temps. L’album s’achève avec « Fading Sunlight », petite compo acoustique qui nous sort de l’état d’hypnose dans lequel nous errions, subjugués par les huit précédents titres. Spiral Shades avec son Hypnosis Sessions vient de nous démontrer en 54 minutes que la musique, celle qui vient des tripes, est un langage universel.

Weedeater – And Justice For Y’All

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Il y a des groupes que l’on ne connaît que « de nom », des références du genre cités au travers d’interviews, de chroniques, de discussions et plus si affinités. Une référence c’est inévitable et en même temps l’offre musicale est tellement dense de nos jours que ces groupes restent dans un petit coin de notre esprit et nous voilà bien incapable d’avoir une once d’idée de ce à quoi ça ressemble exactement. Heureusement pour nous (pour moi), Season of Mist a eu la bonne, que dis-je, l’excellente initiative de faire rentrer dans son giron Weedeater. Dans la maison française depuis 2013, le trio sudiste voit aujourd’hui ses albums ressortir remasterisés et pour la première fois en vinyle s’il vous plaît.

 14 ans après sa sortie originale, le premier album de Weedeater, intitulé …And Justice for Y’All, démarre avec  grâce et  fraicheur (comprendre graisse et lourdeur). On ne s’appelle pas Weedeater pour faire dans le point de croix et on n’appelle pas son album ainsi pour disserter sur le sens de la vie . Ecoutez Weedeater ce n’est pas pénétrer dans un joli trip acidulé, on ne va pas vous compter fleurette dans le creux de l’oreille. Non, on se fait un chemin à travers les marécages et l’herbe on la mange par les racines. Si le premier morceau « Tuesday Night » de son groove suintant se la joue instrumental, l’entrée du chant dans le blues crade de « Monkey Junction » vous cueille par surprise de son profond et vomitif éraillement. Si tu chantes de la même façon chez toi, fais-le face à tes toilettes ou un lendemain de consommation abusive de produits à hauts effets écorcheurs.

Avant d’être aspiré par ce sludge mouvant, le goupe nous assène un direct dans le bide sans transition avec « Free » aux relents hardcore. Premier effort de nos amis de Caroline du Nord avec pour seul ligne conductrice de partager un moment enfumé en bonne compagnie. Les effluves de rock sudiste teintés de blues, grillés au bourbon bon marché nous parviennent au milieu de la moiteur des riffs d’une flagrante efficacité. Sans règle, sans filtre, ça groove, ça swingue, ça rock, ça tabasse, bref en dix morceaux les gars se font plaisir sans prétention. Effectivement ce groupe est inévitable, ça s’enchaine sans faillir et ce trip boueux finira par bourdonner dans votre esprit. Production signée Billy Anderson, ça sonne comme ça devrait toujours sonner, le remastering ne dénature en rien l’œuvre d’origine mais au contraire la sublime, si l’on peut user de ce terme pour ce type de son. Que les mécontents aillent se faire enfumer, les bienheureux eux se délecteront de ces massives volutes. Dixie, Shep et Keith appellent ça weed metal… tout est dit, il n’y a plus qu’à se détendre et à se vriller les tympans.

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