Kvelertak – Meir

kvelertak-meir Il y a de ces groupes inclassables qui trouvent tout naturellement au sein de la communauté stoner un accueil chaleureux, bienveillant, en attendant de trouver leur voix auprès d’un public plus large, toujours plus long à reconnaître l’évidence. Rappelez-vous Mastodon, Entombed, etc… Kvelkertak est de cette engeance. Plusieurs mois après sa sortie, il n’est pas trop tard pour mettre en avant ce groupe qui ne laisse personne indifférent. N’ayant pas eu l’opportunité d’écouter leur premier album éponyme, “Meir” fut pour moi l’album de la découverte de Kvelertak. Même si ça apparaît cliché au possible, le premier morceau est clairement LE titre de la révélation, un morceau colossal, splendide de tension et de construction, qui place la barre super haut. “Åpenbaring” engage son riff simplissime sur une douzaine de mesures, en voyant progressivement les collègues venir occuper leur place dans le spectre sonore : deuxième gratte en harmonie, batterie, gros riff de rythmique (bon sang, trois grattes, ça le fait quand même), et ce n’est qu’au bout de 1min50 qu’Hjelvik vient vomir ses premiers kilos de tripaille derrière le micro. Une intro, un couplet, un semblant de refrain, un break et… fini ! En trois minutes la messe est dite et tout le monde est assis dans son fauteuil, les yeux écarquillés. Je vous promets qu’il y a tant de grâce dans ce morceau qu’il ne vous faudra pas plus de deux minutes pour comprendre que Kvelertak a quelque chose de spécial. En revanche, autant l’annoncer tout de suite, aucun autre morceau de l’album ne parvient à la hauteur de ce tir de barrage introductif. Et pourtant, y’a du matos niveau compos sur cette galette robuste de cinquante minutes. Les norvégiens partent dans tous les sens en terme de genres musicaux, tant que c’est efficace, ils le font. Metal, stoner, black metal, post-bidule-core, death, punk, rock, etc… Et à aucun moment ils ne sacrifieront la mélodie à l’effet facile. “Spring Fra Livet” en est un bon exemple : son riff presque sautillant (que n’auraient pas renié Torche, par exemple) est plus rock que metal, ce qui n’empêche pas encore une fois Hjelvik de beugler comme un porc que l’on égorge. Précisons que le chant du jeune norvégien est pour le moins “structurant” dans la musique du groupe, dans le sens où si vous ne pouvez pas apprécier ce style de chant (le gars trouverait sans problème sa place dans un combo de black metal scandinave, si vous voyez ce que je veux dire), vous ne pourrez pas l’éviter tout du long ! On ne s’ennuie pas ensuite non plus, avec le presque grindcore “Trepan” (même si je ne comprends rien au norvégien, le titre semble bien nommé au vu de l’effet produit sur ma boîte crânienne), “Evig Vandrar” complètement construit autour d’un riff de guitare sèche (si !), “Snilepisk” et sa rythmique punk, “Nekrokosmos” qui pourrait même rappeler occasionnellement les Turbonegro (voir les chœurs tout discrets…). Autre petite perle, “Tordenbrak” déroule son riff impeccable sur presque neuf minutes insolentes, avec des variations maîtrisées et des arrangements de composition imparables (lignes de chant, soli ou grattes harmonisées, breaks, etc…). Leur chanson éponyme “Kvelertak”, avec ses relents d’AC/DC sur son refrain scandé, n’est pas du même niveau, mais ne démérite pas pour conclure cette bonne claque. Même si clairement Kvelertak n’évolue pas dans un stoner rock pur jus, leur musique inclassable suscite des passerelles musicales vers nos contrées musicales. Et surtout, la qualité intrinsèque de cette production devrait susciter l’intérêt de la plupart de nos fidèles, connus pour leur bon goût et leurs qualités de précurseurs. Quoi qu’il en soit, en cas de doute, il ne fait aucun doute que la vraie bataille soit gagnée sur scène : la musique du sextette véhicule une énergie telle que l’on a du mal à imaginer quiconque en rester indemne, puriste ou pas.

Ahkmed – Distance

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Bon c’est sûr qu’avec ce nom on ne va pas les oublier de si tôt, mais on ne va pas non plus deviner tout de suite qu’ils sont Australiens et font du Dark Psyche (si si, sans dec’, y a un autocollant que le disquaire a fait avec ses mains qui le dit). Pour faire snob j’aurai dis que c’est du Post machin à tendance Stoner psyche. Ah oui, finalement Dark Psyche c’est plus simple et ça attire d’avantage l’attention, bon passons.
La pochette est assez sobre et classe, dans les tons bleus et noirs, elle présente un œil en gros plan, juste l’iris en fait dont la pupille est un bout de ciel nocturne avec au centre une éclipse solaire. J’ai la chance de l’avoir en vinyle, simple mais bigrement classe une pochette dans le genre avec ce format. En plus il y a la mention Elektrohasch sur la tranche, donc je sais d’avance que le disque sera bon.

Fin de la chronique, merci vous pouvez ranger vos affaires.

Bon ok, on va l’écouter…
Face A, premier morceau : batterie tribale dans l’esprit Neurosis, la gratte arrive avec un bon delay et elle aussi a un penchant pour Neurosis, pas grave j’aime ça ! L’ambiance s’installe petit à petit, tout va bien c’est pas si dark pour le moment, assez lumineux même, plutôt Isis que Neurosis à vrai dire coté mélodie. Enfin ça suffit pour les références, c’est loin d’être pompé sur leurs grands frères, ça les évoque juste. D’ailleurs au bout de 5 min on se rend compte que finalement ça n’a rien à voir et que je vous mène en bateau… La basse bien vintage et fuzzée s’installe aussi tranquillement, pendant que des voix planantes traînent au fond du spectre sonore. On se laisse emporter en douceur, ça monte progressivement, ça redescend, ça fuzz, on remonte, on s’énerve, on garde la tension en enlevant quelques éléments, puis ils reviennent et ça repart de plus belle. C’est cool de faire des morceaux de 10 min, on peut prendre son temps tout en racontant pas mal de chose et faire des variations de ses plans préférés.

Au fur et à mesure de l’écoute, les deux noms cités plus haut en référence, disparaissent pour laisser place à du Space Rock bien planant, il y a de la reverb et du delay en quasi permanence sur la gratte et la voix, peu de chant d’ailleurs, un petit passage ici et là et hop on passe à la suite, j’aime ça .
L’album se mange tout seul, on arrive au bout de la face B sans s’être fait chier, c’est pas si courant avec les groupes psyché, souvent on a tendance à fredonner le morceau d’avant qui était mieux, ou un plan de Motörhead parce que ça devient longuet. Ici rien de tout ça, on écoute et il y a suffisamment d’idées pour qu’on soit attentif.
Les rares passages chantés le sont par le batteur et décidément quand ces gars s’y collent, ils sont franchement doués (cf Northwind, Ruins-Magma, Mastodon. Ha oui, polémique), ici la voix est claire et posée, toujours planante et nous emmène dans un voyage qui évoque sans peine “2001 l’odyssée de l’espace” et autres films/livres futuristes des années 70. Tiens je relirais bien un Clifford Simak dis donc…

Prescription d’écoute : A écouter en extérieur, de préférence le soir au printemps accompagné d’un verre d’absinthe légèrement sucrée. Merci docteur, mais en cas d’oublie, est ce que je peux doubler les doses le lendemain ?

Note pour les acheteurs compulsifs, on me dit à l’instant dans l’oreillette que sur la version CD, il y a un morceau de plus. Je veux bien qu’un LP soit limité en terme de durée mais la je crie à l’arnaque, ils auraient pu foutre un 45t en bonus… je me suis fait enfler de 10 min !

Sun & Sail Club – Mannequin

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Sun & Sail Club : Bob Balch guitariste de Fu Manchu, Scott Reeder batteur de Fu Manchu et attention, un homonyme, Scott Reeder bassiste et ex-Kyuss. Le groupe avait d’abord annoncé sa formation puis avait assez rapidement teasé son public avec deux courts extraits où l’on pouvait entendre du vocodeur et du son pêchu tout comme il faut. Le premier morceau sorti (“Held Down”) confirma les soupçons, le vocodeur est utilisé comme unique effet de voix !

Mais revenons un peu sur la genèse du groupe. Depuis bien longtemps Bob s’occupe entre deux tournées en créant un matériel sonore qu’il met en réserve. Pour faire marrer son pote batteur Scott, il décide un beau jour de lui envoyer ses pistes et de tester sa capacité à suivre le rythme derrière les fûts. Rapidement la base d’un album est prête et décision est prise d’emmener le tout dans le studio de Scott le bassiste. Tout ce petit monde se réunit finalement en un groupe et continue le travail. En attendant de trouver un éventuel chanteur, Bob pose une ligne de voix test qui deviendra la voix finale de l’avis de tous. Cette voix test est bien sûr celle sous vocodeur. Mais revenons à l’album.

Surprise, on est accueilli par une rapide ouverture typée jazz. Une sorte de faux départ donc. Le morceau précité vient ensuite. Le son est lourd de fuzz, la batterie est mise à rude épreuve, la basse est présente et participe activement à l’ambiance et le vocodeur créer un décalage qui est original si ce n’est intéressant. Le rythme est soutenu, la structure est classique mais bien fichue et l’instrumental suffisamment efficace sur les morceaux de plus de 4 minutes qui se terminent par une montée fort sympathique.
Un mot sur la production qui rend le tout extrêmement agréable à écouter et où chaque instrument est parfaitement audible, nous permettant ainsi de profiter du talent de chacun des protagonistes. La partie vocodeur est plus considérée comme un instrument posant des harmoniques plutôt qu’une voix à proprement parler et c’est justement çà qui crée cette atmosphère si intéressante et réussie. Maintenant, soyons clair, ce morceau est très représentatif de la suite (“Whites of Your Eyes”, “Gang Justice”, “It’s All Your Fault”).

Le milieu de l’album est composé d’un court interlude du même type que l’ouverture. Une sorte de pause car jusque-là rien ne nous a permis de nous reposer. Commence alors le morceau le plus original de l’album : ”I’m Not Upside Down”. Le rythme y est fortement ralenti, le groove de Scott le bassiste est au maximum, la batterie se fait subtile et discrète, la guitare appuie là où il faut et ici pas de vocodeur mais une ligne de voix lancinante, presque éthérée. En somme une très bonne parenthèse atmosphérique. On reprend alors avec trois morceaux dans la veine des précédents (“Season In Hell”, “Inside The Machine”, “Hunted”) et un final jazzy histoire de s’en sortir en douceur.

En définitif, l’album est construit d’une manière étonnante mais cohérente et les partis pris assumés, si tant est qu’on y soit sensible, rendent l’expérience admirablement écoutable et le plaisir est bien là.

The Myrrors – Burning circles in the sky

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Autant vous prévenir d’emblée, il s’agit encore une fois d’une bande de hippies. Cheveux au vent, sourire aux lèvres, pattes d’eph etc.

Dès le premier titre on est plongé dans une époque où porter une chemise à fleur n’était pas encore réservé aux personnes en surpoids. Voila pour l’époque, niveau localisation on est téléporté dans le désert des Mojaves où dans n’importe lequel qui évoque les Amérindiens en fait, en tout cas la sensation de grand espace à perte de vue est là dès les premières notes.

Niveau musique, les ambiances sont très calmes, posées, tendance envoûtement, transe chamanique et autres délires oniriques. Pas de pot j’aime ça. Chaque instrument est bien sagement à sa place, tant niveau sonorité que mise en place ou composition, rien ne dénote ni ne choque. On est pas là pour ça d’ailleurs mais pour aider à faire un voyage spirituel le plus abouti possible. Ça fonctionne plutôt bien, on est vite pris dans des visions de paysages balayés par un vent calme et par un soleil clément. On a presque l’impression de se mettre à planer. Pfiou, je vais peut être me calmer sur le mezcal moi …

Lorsque les instru ont bien installé ces images en vous la voix arrive et en ajoute une nouvelle couche sur cette musique déjà bien évocatrice. Noyée de reverb cette voix androgyne vous porte de vallée en vallée et vous fait côtoyer les aigles royaux.
La production est assez bluffante, lors de la découverte de cet album j’ai cru qu’il datait d’il y à 20 où 25 ans alors qu’il date de 2008. Délicieusement rétro sans paraître louche ni opportuniste, que demander de plus ? Malgré ça ici ou là on tombe sur une plage avec des claviers qui pourraient sembler totalement hors de propos mais qui s’intègrent parfaitement à l’atmosphère générale.

Les lieux et les ambiances qu’éveille ce groupe se rapprochent par certains points à la B.O du film Dead Man (Jim Jarmusch) même si musicalement c’est assez éloigné. L’esprit de cette musique m’y a toutefois ramené à plusieurs reprises. Au détour d’une interlude par exemple on tombe parfois sur des larsens aériens et mélodiques qui pourraient très bien s’apparenter au jeu de Neil Young sur cette fameuse B.O.
Dans le chapitre des bizarreries qui réussissent à se fondre dans le décor j’ai cru noter un piano préparé, plutôt cool non ?

Pour trouver à redire, je note deux choses : un album assez court (35 min) et surtout difficile à trouver à un tarif raisonnable. Dommage tant la pochette vaut son pesant de cacahuètes, typiquement Amérindienne et terriblement classe avec son aigle stylisé qui se dirige vers un soleil/divinité.

Pour déguster cette galette en toute quiétude voici une petite astuce : Le plus dur va être de trouver un coin qui ressemble suffisamment à la vallée de la mort pour que la magie opère, mais une fois que ce sera chose faite, enfilez votre plus beau slip en peau d’écureuil, débrouillez vous pour que madame (ou la voisine) accepte d’enfiler le costume de Pocahontas que vous aurez pris soin d’emporter, formez un cercle avec votre tribu composée de quelques potes et de leurs femmes préalablement costumées elles aussi et lorsque tout le monde sera dans le bon état d’esprit, vous pourrez alors lancer la lecture de Burning circles in the sky.
Pour faciliter la bonne entente entre tous, vous pouvez partager un peu de peyotl mais alors attention à l’atterrissage et au regard des collègues le lendemain.

Gozu – The Fury Of A Patient Man

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Le Bloodhound Gang avait naguère rendu hommage à Chasey Lain au détour d’un titre mythique. C’est aujourd’hui au tour de Gozu d’y aller de son petit tribute à la gloire d’une autre célèbre actrice : Traci Lords. Mais attention, la filiation musicale s’arrête là car contrairement à mon idole Jimmy Pop, la bande à Marc Gaffney fait, comme la pornstar qu’elle vénère : dans le barbu. Après la sortie remarquée en 2010 de « Locust Season », revoilà donc Gozu avec son second opus : « The Fury of a Patient Man ».

Comme son prédécesseur, le disque foisonne d’idées, de breaks improbables qui prennent systématiquement l’auditeur à contrepied, et de compos aussi variées et riches les unes que les autres. Bref, Gozu bouffe à tous les râteliers et fait la nique à pas mal de monde tant le combo maitrise ses sujets.
Ça démarre en fanfare avec le sublime “Bald Bull”, savant mélange de fuzz Fu-Manchien et de groove Clutchien, pour ne jamais retomber. Que ce soit l’excellent “Salty Thumb” et ses relents de Eagles Of Death Metal, le groovy “Ghost Wipe” (dont l’intro sonne à s’y méprendre comme le “Rape This Day” de Tomahawk), ou le brutal “Charles Bronson Pinchot” (dont le titre à lui seul résume parfaitement la philosophie de Gozu), tous les morceaux de ce deuxième album sont à tomber ! Il suffit d’écouter le mémorable “Irish Dart Fight” (qui fait mouche (quoi de plus normal quand on parle de fléchettes)) et son refrain catchy et entêtant pour s’en convaincre.
Tout sur ce deuxième opus semble peaufiné dans les moindres détails. A tel point que le combo se joue de nous sur le dernier morceau de ce skeud avec ce qui ressemble à une jam session improvisée de 23 minutes, un de ces instrumentaux venu d’ailleurs, répétitif, planant, vibrant, rutilant, envoûtant… le genre de morceaux qui nous fait tous aimer cette musique.
Alors oui, peut-être que Gozu fait dans le cérébral, mais qu’importe, cet album est franchement bien gaulé (bien mieux gaulé que Traci Lords mais moins que Chasey Lain) et nécessitera, si la première écoute s’avère difficile, d’être patient pour en apprécier toute la furie.
Gozu, c’est un peu comme Sega : c’est plus fort que toi !

(Seule ombre au tableau et crime de lèse-majesté pour le fan des Yankees que je suis : un titre dédié à Theo Epstein, ancien manager des Red Sox… mais je leur pardonne volontiers puisque ce n’est pas de leur faute s’ils viennent de Boston)

Deville – Hydra

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Contrée des Krisprolls et des meubles en kit, la Suède est aussi une terre musicalement et rockement fertile. Quoique, 5 ans pour nous pondre ce troisième album : on ne peut pas vraiment parler de fertilité à l’entame de cette chronique du nouveau Deville.

Ce premier opus à sortir chez le cultissime label Small Stone démarre très rapidement. Pas de chichis, Deville envoie le bois dès les premières secondes du terrifiant “Lava”, brûlot du genre à vous donner envie de laisser des traces de gommes sur l’asphalt. Même recette et même résultat sur le deuxième titre “Iron Fed”, morceau dont l’urgence n’a d’égal que la furie du docteur vert Bruce “Hulk” Banner.
Malheureusement, dès le troisième morceau, “In Vain”, ça sent le sapin (suèdois) et un calibrage radio susceptible d’émoustiller les programmateurs de RTL2 (dans le genre, “Let it go” remporte le ponpon haut la main). Avec ce nouveau chapitre, nos joyeux vikings ont en effet décidé de prendre un virage assez raide. Plus direct, moins fuzz, des parties vocales ultra-léchées… Deville semble aujourd’hui être au stoner “couillu” ce que la glace à la vanille est à la bière : éloigné.

Du coup, cette troisième offrande a le (_I_) entre deux chaises, partagée entre des racines stoner dont le groupe semble tenter (voire tenté ?) de s’affranchir et un devenir straight-rock (qui a dit pop ?) beaucoup trop propre pour être honnête. Un seul morceau suffit à illustrer cette ambiguïté : l’instrumental “Battles will Be Born” qui oscille péniblement entre le riff bien gras et le rock mainstream.

Que retiendra t-on de cette nouvelle galette alors ? Pour les purs et durs, amateurs de grosses cylindrées et de route 66, pas grand chose finalement. Exception faite du titre d’ouverture, de (peut-être) “Over The Edge” et son riff ciselé selon l’école Arthur Seayienne et du semi- gâchis “Burning Tower”, morceau qui fait montre d’un énorme potentiel avec sa joyeuse cavalcade de guitares (tendance The Sword époque “Age Of Winters”), mais qui est coupé (saboté) en son milieu pas un passage dont la platitude n’a rien à envier à la poitrine de Marina Foïs, cet album n’offrira rien de bien consistant à vous mettre sous la dent.

Pour les autres, plus “ouverts”, cet Hydra ne vous rebutera pas, loin de là. Riche et varié, ce disque est un album d’excellente facture (même si – soyons honnêtes – il ne restera pas dans les mémoires comme étant l’album du siècle) qui saura trouver facilement sa place sur votre platine.
Nous sommes très loin, temporellement et musicalement, du “Hail The Black Sky”. Les suédois ont bien progressé, c’est certain. Mais ils ont malheureusement pondu un disque trop travaillé, beaucoup trop pour permettre à la gnaque de leurs débuts de s’exprimer.
Avec “Hydra”, Deville a donc accouché d’un album un peu trop éparpillé à mon goût. Mais le groupe de Malmö a aussi accouché de 2 excellents EP, de styles forts différents. Il y a juste un petit hic : pour nombre d’amateurs, un de ces EPs ne sera pas la came favorite.

Monkey 3 – The 5th Sun

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Quand on parle de musique instrumentale deux écoles s’opposent. Pour la première, s’il n’y a pas de chant il manque quelque chose, comme un plat sans épice. Pour la seconde, si les matières premières sont bonnes, pourquoi les dissimuler derrière une épice ? Si je vous parle aujourd’hui de ce “5th Sun” par Monkey3 c’est bien que je fais partie de la seconde école. Parce qu’il faut bien se l’avouer parfois l’épice cache un peu la misère du plat ou gâche le plat tout simplement. Par contre quand tout est parfaitement juste dans le dosage, alors là vous avez un plat à déguster avec soin, à apprécier à sa juste valeur, à chroniquer avec quatre mois de retard…

Pourquoi cette comparaison culinaire me direz-vous ? Tout simplement parce que quand en cuisine vous avez la fine brigade des Monkey3, vous avez la garantie que les produits sont bons et mitonnés comme il faut. Des ingrédients simples mais efficaces : guitare, basse, batterie, claviers, des recettes équilibrées mais gourmandes pour un menu qui satisfera tous vos besoins essentiels en mélodies, en psychédélisme et en saturation bien sûr.
Je pourrais continuer les métaphores encore longtemps, vous parler de sauce qui monte, de mayonnaise qui prend, de saveurs orientales, de fines notes saupoudrées sur son lit de basse mais la bonne cuisine tout comme la bonne musique ça se ressent et je ne voudrais pas vous écœurer non plus.
Ce qui fait la grande force de ce nouvel album c’est l’alchimie qui règne entre nos quatre singes, tout le monde s’écoute et chacun écoute tout le monde. Ce quatrième opus (de compos originales) reprend tous les éléments qui ont fait la force des précédents volets mais cette fois la cohésion est totale. Chacun trouve sa place, prend le lead, emmène le morceau à tour de rôle. Cela aussi grâce à une production qui une fois de plus pour nos suisses leurs fait honneur avec ici un son plus dense, plus rond, plus live presque.

Dès l’entrée avec “Icarus” vous serez plongés dans ses mélodies, fins arrangements, solos, passage psyché, grosses lignes de basse, motifs rythmiques adaptés, claviers mis en avant. En près de 15 minutes vous êtes déjà rassasiés mais vous en demanderez encore et vous serez servis. Mention spéciale pour “The Birth of Venus”, tube en puissance qui démontre bien que Monkey3 peut vous envouter et vous démonter la nuque en un seul et même morceau. N’hésitez pas à suivre la recommandation du chef et laissez vous tenter par la bonus track (“The Ship”) qui ne dessert pas l’ensemble du repas bien au contraire. Pour moi le meilleur album de Monkey3 en termes de son, de cohérence et de pouvoir hypnotique. Reste à voir ce que l’avenir leurs réserve après le départ de Picasso (basse), espérons que l’harmonie reste intacte.

ASG – Blood Drive

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“Win Us Over”, le quatrième album des ricains d’ASG, leur avait permis de passer une étape clé dans leur plan de carrière, leur offrant notamment des opportunités de premières parties prestigieuses, et l’accès à un public toujours plus important. Battant le fer tant qu’il était chaud, pour capitaliser sur cette dynamique efficace, le quatuor a signé chez Relapse, où ils côtoient quelques autres belles gâchettes (Red Fang, Cough, Black Tusk, etc…). Musicalement, on avait pris une belle claque avec “Win Us Over” il y a plus de quatre ans, surpris par la maturité d’un groupe alors “émergent”. On se demandait donc à quelle sauce ASG allait nous manger cette fois.

Le son du disque est probablement ce qui choque – positivement – en premier lieu : la production, pourtant toujours signée par le fidèle Matt Hyde, emmène le groupe au niveau des grosses pointures de hard rock U.S., un truc rond et brillant, puissant et efficace. Derrière cet enrobage impeccable, les compositions sont de haut vol, confirmant le talent du groupe : qu’il s’agisse d'”Avalanche” (labouré de long en large par la frappe de mulet de Scott Key et une belle poignée de riffs et soli entrelacés), du plus stoner “Day’s Work” et son rythme pachydermique, de “Scrappy’s Trip” et son refrain ultra catchy (qui rappellera encore une fois les très regrettés Disengage), du plus ambiancé “Blues for Bama” (avec des passages aériens qui iront jusqu’à rappeler ponctuellement des groupes comme My Sleeping Karma), ou encore du punkoïde “Stargazin” (qui ressemble à un morceau de Torche), le groupe enchaîne les titres pointus sans jamais faiblir ni se disperser. Ca percute, ça caresse, ça intrigue, mais au final, ça accroche.
Faut dire que le tout est servi par des musiciens robustes : même si le chant de Jason Shi est ce qui se remarque en premier lieu, tant le frontman affirme son talent et sa puissance vocale (bluffant pour un gars qui n’avait pris le micro que par dépit aux débuts du groupe, faute d’un chanteur dédié), on ne peut pas passer sous silence le travail remarquable effectué sur les guitares : qualité des riffs, travail du son, agencement des deux guitares parfaitement complémentaires… C’est clairement un facteur supplémentaire qui distingue ASG d’autres groupes de même prétention. Seul petit regret finalement au fil des écoutes : on a un peu perdu les passages stoner que l’on détectait encore dans les dernières productions du groupe, au profit de quelque chose de plus travaillé, un peu plus “froid” aussi. Toutefois, la qualité globale de l’objet l’emporte quand même objectivement.

Dès les premières écoutes, on aura vite compris que le groupe a clairement changé de braquet : “Win Us Over” était l’album d’un groupe underground qui développait des compos d’excellente facture. “Blood Drive” est l’album qui met tout au bon niveau : production, compos, instru… Tout est de grande classe, et sans accro. Aucun. Le truc super louche, quoi. Le revers de la médaille, c’est que ce niveau de “finition” donne une image un peu aseptisée de la musique, une forteresse clinquante sans aucune faille, mais aussi sans aspérité, sans rien qui dépasse, un truc presque un peu trop clean. Il manque un peu de gras, un peu de fuzz qui dépasse dans les coins. Mais faudrait vraiment être un peu bête pour ne pas apprécier ce disque pour ce qu’il est : un excellent disque d’american rock, tendance stoner burné.

Pontiak – Innocence

pontiak-innoncence

En rentrant du boulot, je suis toujours un peu sur les genoux, je fais à moitié la gueule et j’ai faim. Ça donne envie hein ? Mais certaines fois en arrivant je découvre un disque pré-commandé depuis un ou deux mois, dans ces cas là, c’est la fête ! Je retrouve le sourire, la banane et j’ai la pêche (non je ne bosse pas dans les fruits et légumes…). Si en plus une fois déballé je m’aperçois qu’il s’agit du nouveau Pontiak, “Innocence” donc, là j’en peux plus, j’exulte de joie (oui j’en fais des tonnes, c’est vrai).
Bon une fois déballé, je trouve la pochette un peu fade. Mais c’est pas ça qui va me calmer. On a donc 9 étoiles noires dont deux sont maculées de rouge sur fond blanc cassé, c’est pas folichon mais tant pis. Bon ça sent la symbolique tout ça. Moi ça me dépasse, je suis pas ‘ricain.

Passons aux choses sérieuses : je pose le disque sur la platine. Bing ! Ça démarre sur les chapeaux de roue, ding ding ding ding nous dit madame la ride et en avant, vive la fuzz et le gros riff à l’ancienne. On pense tout de suite à Black Sab période Sabotage, La voix bien typée 70 (comme le reste d’ailleurs) continue d’évoquer Pink floyd (en même temps il faudrait que le groupe change de chanteur pour qu’on pense à un autre groupe!). Voila, vous êtes fixés : années 70, Pink Floyd qui copule avec Black Sabbath. J’ai fait le tour.
Ok, je vais détailler un peu plus parce que c’est quand même réducteur et peu flatteur de s’arrêter aux comparaisons. Surtout que Pontiak fait ça drôlement bien et depuis un moment. Neuf sorties chez Thrill Jockey en comptant les EP et les collaborations. C’est quand même pas rien, les frangins Carney n’ont pas l’air feignant !
Ce disque s’adresse donc aux adeptes de rock indé, de zick psyché/hippie, de gros rock et donc bien entendu à ceux qui aiment le stoner.
Pour revenir sur mes comparaisons, il faut quand même ajouter qu’avec cet album on pense beaucoup moins à Pink floyd que sur les précédents, il y a toujours 2-3 plans/solo de gratte ou ligne de voix qui font qu’on s’y replonge mais dans l’ensemble l’album est beaucoup plus sombre et tourné vers le coté « hard rock » des 70. Le son de gratte quand la fuzz est enclenchée est un des plus gras et saturé que j’ai entendu dans ce style, bien défini mais sale comme c’est pas permis. J’aime quand c’est degueu, ça tombe bien !
A ce propos, tout l’enregistrement est comme ça, du genre :
Arrivé au studio,
1/ on monte le matos
2/ on place les micros
3/ on règle les niveaux
4/ tout est dans le rouge on peut enregistrer.

Ça donne ce coté bien roots et à l’arrache qu’on trouve sur les vieux AC/DC et compagnie, le charley et les toms qui saturent sur les passages énervés. Attention, ça a sans aucun doute été fait dans un studio analogique donc la satu sur les instruments où on ne s’y attend pas (plus?) est belle et agréable à entendre. Je trouve ça classe aujourd’hui où tout est super propre et retouché 15 fois !

Là dessus il y a cette voix traînante, planante et pas toujours juste qui se ballade et nous emmène faire un tour en Angleterre (bizarre pour des gars de Virginie). Les mélodies sont comme à l’accoutumée très mélodiques et inspirées et apportent de la légèreté à l’ensemble. Petit bémol, la voix est tellement typée qu’au départ on peut lui reprocher d’amener un coté un peu répétitif. Ça passe rapidement et ça fait partie du charme du trio.
Comme souvent avec ce genre de groupe, il vaut mieux éviter de vouloir se faire une idée avec un morceau pris au hasard, l’album forme un tout. Tirés du contexte les morceaux ne font pas mouche alors que le disque tiens vraiment bien la route (haha, Pontiak tient la route, j’ai réussi à le placer !). Lors des premières écoutes j’ai trouvé qu’il y avait un petit essoufflement sur la fin de l’album, mais depuis la troisième ou quatrième fois j’ai du mal à y déceler un point faible.

Voilà c’est l’heure des adieux. Un conseil sur la façon de découvrir “Innocence” ?
OK : rendez-vous dans un champ, n’importe lequel du moment qu’il y a de l’herbe, des pâquerettes, des arbres et du calme. Se mettre un bandeau rouge autour de la tête, un patch Led Zep sur la veste et envoyer la sauce.
Si au bout du troisième morceau vous êtes entouré de beatnik faudra pas trop s’étonner, ça fait toujours ça.
P.S. : J’ai sans doute abusé des champis qui poussent sous les bouses de vache mais la batterie enregistrée à l’envers sur le morceau “Shining”, ben je trouve ça cool… saleté de hippies, c’est contagieux !

Huata – Atavist Of Mann

huata-atavist

Toujours sur la brèche de l’actu, à Desert-Rock, on décide de vous parler de ces p’tits jeunes de Huata ! Heureusement nos frenchies ne nous ont pas attendu pour voir leur réputation croître et leur talent être validé par les plus grandes autorités internationales. Huata donc, c’est un groupe de doom français (ou plutôt breton…) qui fait insidieusement parler de lui depuis des mois et dont nous ne pouvions pas ne pas nous faire l’écho. Surtout qu’on peut le confirmer : c’est vraiment bien.

Il faut être prévenu néanmoins : la musique du quatuor extrême-occidental n’est pas des plus accessibles, et il faut donc s’investir un peu, décrasser les trois ou quatre premières écoutes pour voir apparaître le petit trésor musical qui se cache sous cette couche un peu sombre au premier abord. Effectivement – et l’on peut s’interroger sur la part intentionnelle de cet état de fait – le groupe parvient à en quelque sorte “stratifier” sa musique : sous une couche de doom traditionnel impeccablement exécutée, Huata injecte des passages plus mélodiques, ambiants, des faits de production différenciants, du groove, … Pour en arriver, donc, à une richesse musicale que l’on ne perçoit vraiment qu’en seconde approche.

En six titres, Huata élabore les différents chapitres d’un serment respectueux vis-à-vis du doom le plus conventionnel, en démontrant si besoin était que le genre est loin d’être ni sclérosant ni sclérosé. Cet exercice de style passe par des compos longues et sinueuses (plus de dix minutes chacune en moyenne), larvées de passages plombés et lugubres, et percées occasionnellement de plages plus ambiantes. Illustration de cette richesse sur “Lord Of The Flame”, dont on retiendra la panoplie de riffs heavyssimes abattus sur le premier segment du titre, avant de passer à une seconde moitié bien amenée par un pont mélodique impeccable de plusieurs minutes, propice au décollage progressif d’une armada de grattes assommantes, qui se voient au final rejointes par quelques accords dissonants d’orgue Hammond et d’extraits audio de vieux films. C’est l’occasion de mettre l’accent sur le très bon usage fait de ce son cérémonieux au possible du Hammond, parfaitement adapté à la musique du combo, et utilisé, précisons-le, avec parcimonie. Derrière un riff et une ligne mélodique bien efficaces, “Operation Mistletoe” dissimule ponctuellement une violence presque punk, bien servie par des vocaux puissants et gutturaux, sortes de cris de guerre mêlés à des complaintes agonisantes (un autre point fort de l’album). Pièce de choix de l’album, “Thee Imperial Wizard” vient traîner son gros quart d’heure au travers d’ambiances musicales variées, chacune portée par des arrangements de production parfaitement appropriés (samples vocaux, backing vocals, claviers, etc…), pour se clôturer par plusieurs minutes de clavier et de chants psalmodiés. Ambiance ! Et c’est ainsi sur les autres titres de l’album, qui recèlent chacun de bonnes surprises, même si la face B semble quand même moins “riche”, peut-être un peu plus austère.

Evidemment on pense souvent à Electric Wizard, pas mal, mais aussi ponctuellement à des passages de Cathedral (période “Ethereal Mirror” jusqu’à “Endtyme” en gros), de Church Of Misery (pour les montées d’adrénalines et les fulgurances rythmiques notamment), de Coven pour les atmosphères occultes travaillées…
Il est utile probablement de noter que la richesse de ce disque le rend, in fine, intéressant pour tout amateur de gros son un peu averti et curieux, même sans être un fanatique de doom pur et dur. Ce constat seul est déjà assez rare pour être signalé. Au-delà, on reste surpris par la carrure musicale de ce groupe qui aligne des compos couillues, des initiatives audacieuses, sans jamais dévoyer un genre musical ultra balisé dont ils s’inscrivent dans le plus grand respect. L’aspect lyrical et conceptuel vient rajouter la dernière couche de vernis à cette rutilante rondelle. Quant au concept “cérémonial” et occulte de leurs prestations, elles garantissent à cet ensemble une expérience live qui doit valoir le coup.
PS : il existe une reprise du “Black Sabbath”… de Coven (oui, le doute était permis…) disponible sur quelque édition de ce disque (version double LP a priori), soyez vigilants donc pour ne pas rater cette aubaine.

The Atomic Bitchwax – 3

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La semaine dernière Oliv’ (old time buddy comme y disent) m’a refilé un stock de CD qu’il aime bien pour que je découvre des trucs. Il est sympa quand même non ? Dans le lot il y en a un qui nous intéresse ici : The Atomic Bitchwax. J’ai l’objet dans les mains, j’ouvre un œil : pochette Stoner/Rock classique (fille en short, flipper, diable, couleur flashy). J’ouvre le deuxième : rien d’enthousiasmant mais la pochette est bien foutue donc rien à reprocher. Ah tiens ils ont fait preuve d’inventivité pour le nom de l’album : “3”. Marrant, ça me rappelle vaguement quelque chose quand même.

Ca suffit la pignole, je fous le disque dans le lecteur et on se détend. Mais c’est cool cette histoire ! C’est frais, y a de la patate, du son bien pêchu et des compos bien ficelées. Ils ne réinventent pas la poudre mais font des mélanges qui sortent de l’ordinaire dans ce style (même si on va pas non plus être trop déboussolé hein). On trouve des plans hard-rock bien classiques, du punk propret mais bien amené, un ou deux plans à la Ween, qui m’ont surpris mais fait plaisir, un petit côté Clutch dans les rythmiques, ce petit quelque chose un rien Funk-Rock, Hendrixien quoi, si si, vous savez, le truc qui en temps normal ne passe pas, mais qui fait taper du pied quand c’est joué/écrit par les grands, et là, ben ça le fait justement. En parlant d’Hendrix, de temps en temps on a le droit au coup de la mélodie de gratte qui se mélange avec la voix, pareil, ça le fait bien ! Le tout dans une ambiance bien efficace et énergique, on sent qu’ils aiment ça, c’est un gros point positif pour moi et ça fait que l’ensemble prend une dimension vraiment agréable à écouter.

Je vous passe le titre par titre, ça sert à rien, on écoute un album en entier ou on l’écoute pas. Donc, là ça tient carrément la route, pas franchement de point mort. De temps en temps l’oreille est plus accrochée qu’à d’autres mais ça roule tout seul et avec le sourire s’il vous plaît. Même si par moment on sent que ça s’essouffle, il y a toujours un plan ou une mélodie qui fait qu’on lâche pas, chapeau les gars ! A noter tout de même une reprise de Deep purple : “Maybe I’m a Leo”. Ils auraient pu l’écrire eux même, moi qui ne connaissais pas l’original, le morceau colle parfaitement dans l’album. Pour les techniciens, question enregistrement j’ai pas grand chose à reprocher. Parfait pour ce style, de la patate, de la clarté, etc. Chaque instru est bien identifiable et sonne comme il faut dans ce contexte.

Au final, je le considère comme un bon album de Stoner/Rock sans prétention, bien foutu et pas prise de tête. J’en ai parlé avec mon médecin, il me conseille de l’écouter les jours ou il fait beau en me promenant en voiture (sans oublier de faire pendre son bras par la fenêtre).
PS : un point en moins sur la note globale, un batteur ne devrait pas avoir de cloche, c’est has been au possible, et même quand ça ne l’était pas encore c’était naze (sauf chez Van Halen, mais bon eux ils ont des passes droits…).

Mars Red Sky – Be My Guide

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J’avais acheté leur premier album complètement par hasard, sans doute parce que le logo m’était sympa, la typo bien psyché et l’ensemble suffisamment sobre pour que j’ai confiance. Une fois écouté j’ai pas réussi à décrocher, je suis tombé sous le charme de ce groupe. Un peu sceptique quant à la progression possible d’une musique si typée que la leur je me suis rapidement dégoté le split avec Year of no light pour voir si il y avait un avenir envisageable. Résultat : un morceau tiré de l’album et un en collaboration avec Year of no light… la nouvelle compo est très réussie mais pour juger de leur capacité à évoluer on repassera ! C’est donc encore un peu méfiant et suspicieux que j’ai commandé ce fameux EP : “Be my guide”

L’artwork est bien choisi et leur univers commence à se préciser. On est dans la continuité du premier album, couleur passée, paysage martien, ciel en feu, et voilà. La pochette et la sous pochette du LP sont d’une qualité et d’une épaisseur qu’on croise rarement (comme pour “Push the sky away” de Nick Cave par exemple), le disque en lui même est également bien gras, 180 gr. On ne se moque pas de son public chez Mars Red Sky !
4 morceaux, fichtre c’est peu …27 min bon ça va j’ai rien dit. Les deux premiers titres sont clairement des nouveautés, on retrouve la patte MRS mais il y a pas mal de petites choses qui sont plus affirmées et qui montrent une ouverture d’esprit qui me plaît bien. Le chant est encore plus assumé et le résultat est d’autant plus touchant, les ambiances générales sont plus variées, plus colorées, on a ici et la quelques touches “fun”. Dans l’esprit des Beatles quand ils partaient dans des délires psyché/rigolo (en couille quoi) en plein milieu d’un morceau.
Le son est un peu sourd mais passé les premières minutes on ne s’en rend plus compte vu que le mix est bien foutu et que chaque instrument est à sa place avec un son qui colle parfaitement au groupe. La troisième compo doit être un morceau sorti tout droit de l’époque de l’album précédent, où en tout cas il serait passé inaperçu : même feeling, même son, même tout en fait. Pour autant il est très agréable et parfaitement à sa place sur ce disque. On finit sur une reprise du morceau “Ton étrangère” du groupe 17 hippies. Ca s’invente pas. Très proche de l’original, tout dans ce morceau est envoûtant, le chant, plus grave que l’original (sans doute puisque chanté par une femme au départ…) pose un climat lancinant et enfumé tandis que la musique, bien adaptée au trio, se fait encore plus lente et lourde qu’à l’accoutumée. Une superbe réussite et un très bon choix pour ce morceau qui leur va comme un gant.

On a fait le tour. Vivement le prochain album, je suis rassuré quant aux possibilités du groupe à évoluer et à savoir avancer. Mon coach personnel me glisse à l’oreille un petit conseil d’écoute : ne pas hésiter à emmener ce disque lorsqu’on ira voir grand mère dans les landes afin de se le passer en boucle sur la plage accompagné d’une (ou deux) bière au piment.

Larman Clamor – Alligator Heart

Larman Clamor – Alligator Heart

D’emblée on pense à John Lee Hooker, Charley Patton, Seasick Steve et compagnie, le delta quoi. Mais il ne faut pas s’arrêter là, c’est bien foutu ma bonne dame, on ne se contente pas de refaire la même chose que les autres, on mélange un peu tout ça et par dessus on y met sa grosse voix. Ben oui, le monsieur (qui est tout seul derrière ce groupe au passage) chante avec une voix qui évoque Tom Waits ou plus récemment Steve Moss de The Midnight Ghost Train. Encore une fois il ne s’arrête pas là et réussit à placer des lignes de chant plus clairs et mélodiques qui viennent remplacer la grosse voix blues arraché ou encore s’y superposer. Perso je suis assez bluffé et enthousiasmé par le rendu .

Le disque est homogène, il n’y a pas vraiment de point faible, tout s’enchaîne correctement et on ne trouve pas le temps long. Les morceaux aux ambiances blues profond, épuré, avec juste une gratte, un peu de chant et un pied qui bat la mesure apportent des respirations bienvenues qui permettent de relancer sur des morceaux plus modernes (il y a même des passages où la musique m’a évoqué Ben Harper). Bref, que du bon dans cet album, pas de compo superflue ou de remplissage.
Les titres sont bien pensés et semblent tenir la route d’eux mêmes, je pense que chaque morceau à été écrit avec une gratte et une voix et qu’une fois que ça tenait la route le bonhomme a ajouté les arrangements (deuxième guitare, ligne de chant supplémentaire, percus, etc). D’ailleurs les arrangements sont sobres et ne tombent pas dans la surenchère, du tout bon quoi . Je ne connais pas les albums précédents mais ici la formule fonctionne à merveille.

Pour me faire une idée de la pochette je ne dispose que d’un fichier jepg qui reprend le coté face donc ça sera bref : une peinture représentant un alligator avec un enfant/shaman sur le dos, le fond est très réussi, le ciel et l’eau se fondent l’un dans l’autre et on pense vaguement à Edvard Munch. Pour le logo : une typo simple mais qui fait bien l’affaire.
Petit détail : le musicien qui se cache derrière ce pseudonyme à coucher dans la fange se nomme Alexander von Wieding . Et oui, le même qui a réalisé les artworks de Karma to burn, Monster Magnet, Wo fat ou plus près de nous Öfö Am.

Sur les conseils de mon oto-rhino, le plus adapté pour une écoute de qualité est de se placer au croisement de deux chemins de terre dans un coin relativement aride, de porter un chapeau de type Stetson, une chemise blanche légèrement ternie par la poussière emportée par le vent et de se coincer une cigarette sans filtre dans le coin de la bouche (le premier qui se prend Robert Johnson ferait bien de surveiller son âme).
P.S : l’album est pour le moment sorti uniquement en CD, pas même de vinyle, triste pour du blues non ?

DoctoR DooM – DoomO

En apprenant que Doctor Doom avait été retenu pour participer au DesertFest Berlin 2014, on a été voir un peu de quoi il s’agissait, interloqués de n’avoir presque jamais encore entendu parler de ce combo. Doctor Doom est un quatuor basé dans la profonde Ariège, une région aussi réputée pour ses groupes de rock que la Bretagne pour sa choucroute garnie. Formé il y a trois ans à l’initiative de son duo de guitaristes, désormais armés d’une section rythmique carrée, ils se sont attaqués à l’enregistrement de leur premier album, dont la parution est prévue pour dans plusieurs mois. En attendant, on n’a que ces trois titres à se mettre sous la dent…

Doctor Doom, comme son nom l’indique… ne fait pas vraiment de Doom ! En tout cas pas comme on l’entend communément… Le genre musical qu’ils pratiquent est assez loin des contrées lugubres typiques des atmosphères doom. Pourtant, l’intro très lourde de “The Sun” qui entame les hostilités nous aura fait douter quelques instants. Mais très vite, un lick de guitare presque sautillant vient amener cahin-caha le titre vers des sphères plus orientées rock vintage. Le chant de Jean-Laurent est efficace, sans flamboyance, il assure. Mais la vraie substance du combo tient dans ce duo de guitares parfaitement imbriquées, chacune prenant occasionnellement des chemins différents (rythmique vs. lead) pour mieux se rejoindre ici ou là. On pourra tiquer un peu sur des passages de gratte typiques rock progressif (la partie démonstrative en moins) comme la montée de manche à la quatrième minute, mais on ne va pas cracher sur une poignée de secondes d’un titre par ailleurs intéressant. Plus accrocheur encore est “Relax you’re dead”, avec son riff dynamique harmonisé et sa basse ronde. C’est bien écrit et bien exécuté, on pense à une sorte de mélange du Deep Purple des débuts avec le côté rock garage des Hellacopters milieu de carrière (le refrain !). Surprenant, mais le mélange fonctionne très bien. La deuxième section du morceau réserve une part de choix à divers soli plutôt bien foutus, se fondant dans une sorte de jam intéressante et prometteuse. “Stuck in the past” pour finir étire encore plus ses influences rock / blues rock (ce son de gratte…) avec une section solo encore plus connotée blues sur le second tiers du morceau.

Après The Socks, on commence à voir poindre un second groupe français dans cette veine très connotée “vintage”, et on ne s’en plaindra pas, surtout quand la qualité est au rendez-vous, et que la démarche musicale apparaît, comme ici, intègre et authentique. Ca joue bien, les trois compos sont bien foutues… Evidemment on en attend plus ! On peut aussi imaginer, au vu de la place réservée aux passages instrumentaux, que sur scène la musique de Doctor Doom gagne encore en efficacité, se reposant sur des musiciens talentueux. Attendons donc leurs prochains passages sur les planches et leur prochain (premier) album pour cette double confirmation. Un vrai potentiel à surveiller pour les prochains mois.

Laurent

The Socks – The Socks

The Socks - The Socks

On va se le dire : on est tombé des nues il y a quelques mois, lors de l’annonce de la signature chez Small Stone de The Socks, un groupe français, avant tout, mais surtout… peu connu ! Etrange sentiment que cette fierté de voir décidément, après Abrahma, un autre groupe de l’hexagone ainsi reconnu, mais une fierté mélangée d’une vraie surprise : on ne peut pas dire que ce combo ait beaucoup fait parler de lui avant de remporter ainsi la timbale. Peu de concerts en France, peu de “buzz” (le groupe originaire de Lyon ne bénéficie pas du petit microcosme bien dynamique centré sur Paris et quelques autres villes), un nom du groupe franchement ridicule… Pourtant, le quatuor s’est construit une petite carrière modeste mais robuste, traçant sa route et travaillant sa musique pour aboutir à son premier album après plus de quatre ans de carrière… direct chez Small Stone, donc, excusez du peu !

Une fois engloutie la galette donc, là aussi, surprise : le groupe évolue dans un hard rock complètement 70’s, ils se vautrent dans un blues-rock graisseux nappé de stoner old school, un genre musical qui clairement les place dans la mouvance très porteuse de tous ces groupes “revival” (Graveyard, Uncle Acid, Horisont, Kadavar, etc…), dont on ignorait avoir un représentant en France. Pour autant, nos frenchies ne copient pas : leur musique détonne par ses orientations plus rock, plus brutes parfois. Tout en gardant cette chaleur et cette prestance polie toute british vieille école du rock (genre Zeppelin milieu de carrière), on sent poindre quelques débordements plus violents ici ou là, qui laissent penser que la carrosserie nickel de cette vieille Rolls anglaise sobre et distinguée cache en fait un gros V8 trafiqué bien crasseux.

Mais le plus étonnant encore – et ce constat n’intervient que passées plusieurs écoutes – c’est la maturité de ces compositions. Impossible pour autant de les catégoriser, tant l’on évolue entre diverses ambiances et trames musicales. On prendra pour exemple “Some Kind Of Sorcery”, qui entame sur une première moitié complètement stoogienne, avant de verser dans une tonalité plus heavy à la Sabbath et de finir sur des ambiances psyche. Chaque titre, sans jamais virer au “fourre-tout”, peut ainsi se frotter à plusieurs sonorités, sans jamais perdre en cohérence ni en efficacité. Musicalement, l’album est marqué par la personnalité du vocaliste Julien, développant cette tessiture délicieusement éraillée et occasionnellement nasillarde, impeccablement puissante, qui laisse sa trace sur chaque morceau (sans accent français pourrave, précisons-le). Ca ne cache pas le travail remarquable du duo de gratteux (dont Julien) qui enquillent leads et riffs comme s’il en pleuvait, et jamais dans la démonstration. Ecouter par exemple le redoutable “New Kings”, emmené par un gimmick de guitare de quelques secondes (intro et outro) en trois malheureuses notes, jouées de manière presque tremblante, voire hésitante – ce détail montre un parti pris couillu, là où la plupart des combos plus “classiques” auraient fignolé ce passage pour le rendre complètement lisse et aseptisé. Le reste du morceau contient par ailleurs quelques succulents passages de wah wah. On pourra aussi citer, parmi d’autres, l’excellente “Gypsy Lady”, lardée de nappes de claviers qui nous renvoient direct au début des années 70 – des claviers que l’on retrouve tout aussi pertinemment sur l’avant dernière section du colossal “The Last Dragon”.
A noter un autre point fort, lui aussi assez subtil pour ne pas en jeter plein les yeux : la production. Classieuse et intelligente, elle fait en sorte que tous les titres se voient agencés de manière à développer, l’air de rien, un processus immersif presque vicieux : l’ordre et l’enchaînement des morceaux sont si bien travaillés (dont quelques transitions particulièrement habiles) que l’auditeur se laisse porter inconsciemment et déroule chaque étape de ce disque sans en réalité le sentir défiler. Sentiment bluffant au final de constater que l’on est parti du léger et insouciant “Lords of Illusion” en intro en se laissant porter de titre en titre, pour clôturer le disque avec le puissant, épique et sombre “The Last Dragon”, lui-même porteur d’une outro grandiloquente, solennelle puis presque triste.

Bref, vous l’aurez compris, même si le facteur “surprise” (le maître mot de cette expérience vinylique, vraiment) y est pour beaucoup, on est indubitablement là devant un vrai bon disque. Un disque ramassé (moins de trois quarts d’heure), paradoxalement rempli de plein de choses, un disque bien construit, bien écrit, bien interprété, et dans un genre musical qui ne trouvait jusqu’ici pas de réelle incarnation dans le paysage français. Remarquable.

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