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“I’ve got a message here for you”… Le propos, martelé à l’entame de ce “IV”, semble être clair : Sasquatch is back après trois longues années d’absence.
Le trio de L.A. est de retour, et contrairement à ce que peut laisser penser cette pochette “futuriste”, il n’est nulle question de réelle évolution. La musique de Sasquatch est toujours aussi directe, groovy, bluesy, catchy… Bref : on peut toujours y accoler tous les adjectifs que l’on aime et c’est tant mieux !
Le trio, attendu au tournant après le génialissime “III”, nous a certes fait attendre un peu. Mais pourquoi s’en plaindre ?
Qu’il s’agisse du “The Message” d’ouverture avec son refrain qui reste immédiatement imprimé dans la tête(-banging) de l’auditeur, de l’urgent et direct “The Corner” qui en l’espace de moins de 3 minutes chrono flirte avec le Prong de la grande époque ou encore du… euh… comment dire… sasquatchien et groovesque “Sweet lady”, rien n’est à jeter sur cette quatrième offrande des californiens.
Amateur de fuzz, de riffs gras, de soli tranchants, de basse ronflante, de stoner “old-school”, commande vite ce skeud et délecte-toi des furieux “Money” ou “Wolves at my door” autant que des épiques mid-tempi du “Drawing Flies” final ou de “Smoke Signal” sur lequel Marc Gaffney de Gozu vient prêter main forte.
Au final, cet album est plus court que son prédécesseur mais n’en est pas moins jubilatoire. Sasquatch semble donc avoir trouvé la “formule” et se pose encore plus, avec ce “IV”, comme un des piliers incontournable du genre. Classique.
Avec le recul, “Mania” était un album un peu inégal (mais qui contenait sa part de pépites, adossées à des titres plus moyens), un album en tout cas qui avait jeté un léger froid sur les hordes de fans du combo, devenu trio avec le départ – sacrilège – de leur second gratteux. La guitare, fondement de la musique du groupe, reposait donc désormais sur le frêle Dango uniquement, qui ne convainquait pas totalement. Une poignée de prestations live un peu moyennes (au milieu de nombreuses excellentes) ont aussi jeté un voile de doute sur l’avenir du groupe. Dire que ce “Universe” était attendu au tournant est donc un petit euphémisme.
Il y a quelques mois, on avait eu la primeur d’un titre, “The Chairman”, qui avait fait l’objet d’un douteux E.P., et d’interprétations live que l’on qualifiera pudiquement de “questionnables”. Les écoutes successives jouent néanmoins en sa faveur : tournant un peu dans tous les sens pendant huit minutes, le titre contient certes sa dose de riffs… mais le robinet ne s’arrête jamais ! Même après plusieurs dizaines d’écoutes, on est infichu de se remémorer de la structure du morceau : combien de couplets ? Y a-t-il un pont après le refrain ? Où sont les soli ? Il y a de tout partout, des ponts dans tous les sens, des breaks, des surcouches de riffs qui amènent progressivement à des sections différentes, qui préparent à un éventuel refrain… qui n’arrive jamais ! Il y a de très bonnes idées dans ce titre, mais ce n’est clairement pas notre versant préféré de la musique de Truckfighters. Mais ce titre un peu décevant se trouve vite contrebalancé par les plages voisines du disque, qui recèlent de petites merveilles. On notera d’abord les titres les plus directs, avec notamment l’introductif “Mind Control”, un titre percutant, une sorte de condensé des titres les plus directs et efficaces du trio : un riff implacable (que jouxtent des envolées de guitare typiques de Dango, une sorte de gimmick bien à eux), une basse lourde et graisseuse, et une frappe de batterie sèche et précise. Rien qui dépasse ! Malgré une rythmique moins percutante, “Prophet” est l’un des titres les plus marquants du disque, proposant une paire de riffs impeccables, un son aérien, et une structure couplet-refrain rafraîchissante. Plus loin, Poncho prend le pouvoir sur “Convention” via sa frappe nerveuse, ses roulements maîtrisés et ses déluges de cymbales sur un refrain qui n’attend que ça pour s’envoler, avec le son de lead presque “nasillard” emblématique du combo. Et pas la peine d’en faire des tonnes, 1min40 et on passe à la suite !
On trouvera aussi sur ce disque des morceaux plus longs, plus audacieux, mais globalement réussis, à l’image du mid tempo “Get lifted”, un titre qui apparaît un peu ennuyeux de prime abord, mais dont on touche du doigt le potentiel après quelques écoutes seulement : un travail de gratte vraiment couillu (des passages qui rappellent même Adam Jones de Tool par moments…), une production aux petits oignons… Et toujours ces monceaux de fuzz, délivrés par palettes entières à chaque fois qu’ils peuvent lâcher les bestiaux… “Dream sale” est une autre pierre angulaire de l’album, avec notamment des vocaux remarquables de maîtrise et de puissance (un atout souvent sous-évalué de Truckfighters), et surtout un refrain parfait doté d’un riff généreusement fuzzé. Le titre final, “Mastodont” porte bien son nom, tant il est grand par sa taille : presque quatorze minutes ! De manière assez surprenante, lui aussi pourra rappeler occasionnellement les grands Tool (cette intro…). Mais sa dimension épique éclate un peu plus tard quand son premier refrain retentit avec ses nappes de guitare en (presque) son clair et sa montée en tension et en saturation. Evidemment, sur cette durée, on a la place de caler quelques soli, ce que Dango ne se prive pas de faire, sans exagérer non plus. Sur la seconde moitié du titre, se reposant toujours sur son robuste refrain, le groupe vient le densifier progressivement de nappes de guitares enchevêtrées, qui apportent une dimension épique au morceau, qui s’envole vers un climax dont on ne savait pas le trio scandinave capable. Remarquable.
Avec toujours quelques travers ici ou là, “Universe” se pose néanmoins comme probablement le disque le plus impressionnant de la carrière du combo. S’il n’y avait la fougue des débuts, qui donnait tout son charme à “Gravity X”, on pourrait affirmer que c’est leur meilleur disque ; sur des aspects objectifs seulement, c’est le cas, sans ambiguïté. Maturité et audace des compos, puissance et sobriété dans la production, robustesse instrumentale et vocale à tous niveaux… On a du mal à identifier des points faibles dans cette galette… alors que l’on craignait le pire ! La surprise n’en est que meilleure, et on a désormais envie de revoir le trio fouler à nouveau les planches, afin de voir comment ces titres sonneront live… Une belle surprise en tout cas que ce “Universe”, un album que l’on n’attendait pas à ce niveau de qualité.
Plus de douze ans d’existence maintenant pour ce all-star stoner band qui n’a toujours pas sorti de mauvais album – ce “Nest of Vipers” sorti il y a plusieurs mois est même peut-être leur meilleur disque. Rappelons aux trois qui ne suivent pas au fond de la classe que Greenleaf, c’est avant tout le side project initié et porté par l’imposant gratteux (et leader discret) de Dozer, Tommi Holappa, et son pote Bengt Bäcke, ingénieur du son et cinquième homme de Dozer depuis toujours. Autour d’eux ont évolué, au fil des albums, la crème du stoner scandinave, et surtout même suédois. Le line-up présent ne s’embarrasse plus de l’effet de surprise : on y retrouve 3/4 de Dozer désormais, avec uniquement Bäcke en plus et Oskar Cedermalm, le “Ozo” des Truckfighters, sans sa basse, se concentrant sur son chant.
La première écoute, naturellement, se borne à identifier les écarts par rapport à Dozer ; démarche stérile, qui trouve sa réponse dans une sorte de groove cool et d’un état d’esprit résolument plus “libertaire” chez Greenleaf que chez les très carrés Dozer. Mais très vite, les raisons qui nous ont fait adorer les précédents albums du super-combo nous rattrapent et la fièvre nous gagne à nouveau. Les compos proposées ici, créditées au groupe en entier, sont robustes, efficaces, pointues, audacieuses… matures, vraiment. Les tempi sont variés, et permettent d’y accoler des rythmiques classieuses, la production, sans poudre aux yeux, est impeccable, du bon travail d’artisan du son. Le travail guitaristique est moins “in your face” que chez Dozer mais sa variété et la densité qu’il apporte aux morceaux est remarquable. Le chant de Cedermalm est simplement redoutable, puissant et chaleureux, généreux et tout en modulation. On aura du mal à orienter le chaland hésitant vers un ou plusieurs titres en particulier, chacun dégageant quelque chose de bien spécifique. On pourra par exemple citer “Case of Fidelity”, dont le refrain “multi-strates” pourrait en apprendre à quelques musiciens amateurs. On sourira aussi de plaisir sur le très 70’s “Dreamcatcher”, dont le riff du couplet nous rappellera avec ravissement la simplicité naïve du “Iron Man” de Sabbath, et dont le dernier tiers du morceau part complètement en vrille entre soli divers et variés. On se surprendra aussi à adorer “Sunken Ships” dont les vocaux planants et haut perchés (de Peder Bergstrand, Lowrider) rappelleront les grandes heures du surf rock californien (!). Le superbe “Nest of Vipers” en clôture déroule le tapis rouge à Per Wiberg (Spiritual Beggars) qui glisse des nappes de claviers hypnotiques sur les huit minutes de ce morceau épique, qui se termine en entrelacs instrumentaux jouissifs.
Vous l’aurez compris, on ressort vraiment bluffé de la qualité de ce disque, du niveau des compositions présentées, de la production… Plus que tout, la surprise vient (à nouveau, comme à chacun de leurs disques) de la maturité de “l’entité Greenleaf”, un groupe qui n’a d’existence que quand ces mecs trouvent le temps de se rassembler dans un studio pour composer ces petites perles, et, très occasionnellement, assurer un concert ou deux. Du très très bel ouvrage.
Y’a de ces groupes pas prétentieux pour un sou, dont on entend régulièrement parler, qui roulent leur bosse tranquille, profitant des opportunités de jeter leurs amplis sur un bout de scène et faire parler les décibels plutôt que la rumeur. Bigelow Bighorns est de ces groupes, et leur EP, basiquement appelé “1”, est exactement à leur image.
Formé il y a moins de deux ans, le quintette propose une formation assez traditionnelle (chant, deux guitares, basse, batterie), ce qui convient bien à une musique elle aussi assez “traditionnelle”, dans le bon sens du terme. Le premier titre par exemple en première approche sonne gros metal ricain, parfois un peu pataud (déjà fait, déjà entendu), mais devient plus addictif après quelques écoutes. Bonne compo, mais pas le meilleur titre de l’EP toutefois. “Journey’s Gone Wild” remonte un peu la barre avec son riff groovy bien catchy, qui amène à un refrain simplissime mais assez imparable, propice encore à une bonne performance de Nico au chant, un vocaliste puissant et solide. Même si l’intro de “Cut me up in Two” en son clair rappelle étrangement celle du “Bleeding Me” de Metallica, ce mid tempo puissant offre lui aussi un terrain de jeu parfait pour un chanteur qui en profite bien. Les choses deviennent franchement intéressantes avec “Night is falling”, plus original, avec une ligne de guitare fuzzée bien sexy qui suit le titre de bout en bout. Mais là encore, on se la joue pas : en 2min14, la messe est dite et on passe au titre suivant, on est pas là pour se caresser sur des soli à rallonges. “Toxic”, sa basse ultra saturée et son mur monolithique de grattes sonne un peu trop metal début de millénaire pour moi, ce n’est pas mon titre préféré, malgré le break bien barré à deux tiers du titre. “Rocket night” vient remettre les pendules à l’heure, avec un riff infectieux lancinant porté par une basse ronde et généreuse, une rythmique permettant même solo de guitare bien gaulé et breaks couillus. Le refrain, là aussi simplissime, commence en revanche à laisser penser que le groupe devrait forcer un peu son talent de compo sur ce segment précis… Comme tant de choses, le meilleur est réservé pour la fin, avec un “River flow” simplement succulent. Encore une fois, le groupe se repose à raison sur son excellent riff “fleuve” (sur lequel reposent couplet et refrain), et fait courir son morceau au tempo pachydermique sur plus de sept minutes. On entend un peu de Unida dans ce titre, avec des backing vocals fichtrement bien foutus, qui pourront rappeler les meilleurs Supafuzz.
Sur une petite demi-heure, le groupe montre un potentiel franchement intéressant. On regrettera occasionnellement une prod qui montre quelques signes de faiblesse (un son un peu faiblard ici ou là, des prises de son voix un peu trop basiques parfois…), mais au final, pour une autoprod, on tient du bon niveau. Côté compos, comme vu précédemment, là aussi il y a du savoir-faire… Mais tout n’est pas parfait non plus : certains refrains sont un peu “légers”, certains morceaux se terminent sans réelle “fin” (“Cut me up in Two”, “River flow”, qui manque une bonne occase de générer un climax que l’on pouvait pourtant imaginer). Mais pour le reste, les bonhommes savent pondre un bon riff quand il le faut, construire des lignes vocales efficaces, se concentrer sur des rythmiques robustes… Alors certes, on ne voit pas de si tôt le groupe rivaliser avec les têtes de pont du stoner européen ou international, mais s’il montre la même générosité dans ses prestations live, on tient un sérieux prétendant pour un premier album qui pourrait jeter un beau pavé dans la mare… On attend cette prochaine étape.
Laurent
Après une série de prestations live qui ont laissé quelques traces ces derniers mois, la réputation de The Midnight Ghost Train a pris un méchant coup d’accélérateur. Encore sous l’effet du coup de batte de baseball qu’on s’est ramassé en pleine nuque lors de leur concert au Up In Smoke 2013, on a foncé au merch rafler leur discographie, dont leur dernier album ici présenté, “Buffalo”.
Le premier contact vinylique nous remet immédiatement dans le bain, et ça c’est bien : par le truchement de l’intro instrumentale “A passing moment of darkness”, moins de deux minutes suffisent à nous rappeler le torrent de ferveur guitaristique qui fait la force du trio : un son de guitare et basse saturés à mort, gras au possible, un truc craspec à un point qu’on se sent sales après deux écoutes consécutives. Avec “Henry”, le second titre, le paysage musical est complètement dressé avec l’apport des vocaux gutturaux se Steve Moss (que je m’abstiendrai de qualifier plus avant : je vous laisse constituer vous-même une phrase-gimmick ou jeux de mots avec les mots clés “voix de gorge” et “glaireux”). Et là, on est bien dedans. Tout ceci est chaud, torride, roboratif… Mais court ! A peine trente minutes, c’est un peu léger… Pour autant, on n’a pas le sentiment de “manquer”, car en huit titres (sept en réalité, en considérant le blues vocal “Cotton Fields” un peu hors scope), le spectre musical du combo est bien couvert : les rythmes peuvent varier, les passages plus groovy et aériens (“Tom’s trip” lancinant et planant) alternent avec les assauts les plus rageurs (“Into the fray”, le parfois kyussien “Spacefaze”)… Ne mentons pas, donc, on en a quand même pour notre argent. On pourrait même (attention, réserve) trouver l’ensemble un peu redondant au bout de quelques écoutes consécutives… Sans doute un signe lorsque ça arrive que le moment est venu de retrouver nos trois freluquets sur une scène, où leurs pleins pouvoirs se révèlent.

On en aura mis du temps à vous parler de Uncle Acid & the Deadbeats, noyés que nous fumes sous le raz de marée de leur notoriété étourdissante… Plus sérieusement, on peut parler d’un véritable phénomène autour du groupe, avec un buzz qui couvait depuis une grosse année en gros, chacune de leurs prestations scéniques devenant événementielle, avec une scission de plus en plus brutale entre les “j’y étais” et… les autres. Ce buzz déjà atypique a pris un coup de pied aux fesses cataclysmique avec l’annonce qu’ils assureraient la première partie des dates européennes de Black Sabbath, ni plus ni moins. Les vieux broomies ont manifestement bien accroché sur ce petit groupe briton, à peine signé sur un label mal distribué (les très underground Rise Above), dont la musique révérencieuse fait mouche. On prend donc le train en route à l’occasion de ce “Mind Control”, troisième effort du combo, sorti plus tôt cette année. Même si “Blood Lust”, son prédécesseur, fut l’album de la révélation (on le chroniquera un jour… promis !), leur dernière rondelle se devait de transformer l’essai.
En fait, il ne faut pas longtemps pour comprendre ou justifier le “pourquoi” de leur sélection par Black Sabbath sur leur tournée : pour être précis, il suffit d’attendre la troisième minute de “Mt. Abraxas” pour se faire plaquer au sol par un riff Iommi-esque qui sent bon les 70’s. Attention toutefois, et cette réserve vaut pour tout l’album : Uncle Acid (a priori on ne parle plus des Deadbeats, le père Starrs, en leader autocratique qu’il est, laisse libre court à son penchant subtilement mégalo…) n’est pas un groupe aussi heavy que pouvait l’être Sabbath, en tout cas dans ses atours les plus connus. Il faut plutôt chercher les influences de notre jeune quatuor du côté des penchants les plus “aériens” de Sabbath, des vieux Purple (ah ces claviers, juste subtils, bien vus…), mais aussi ici ou là des mélodies presque pop (“Death Valley Blues”). Bref, plutôt des groupes de la fin des 60’s plutôt que du début des 70’s en réalité, même si certains penchants doom se font jour ici ou là (on notera le très sombre “Desert Ceremony” ou encore “Valley of the Dolls”, qui chacun occasionnellement peuvent rappeler le son de groupes comme Type O Negative, qui ont synthétisé le son doom le plus sombre dans le “monde moderne”…). Les vocaux hantés de Starrs (et ses propres harmonies vocales qui doublent plusieurs de ses parties de chant) et des passages bien lancinants (les grattes hypnotiques de “Mind Crawler”) apporteront leur touche psyché règlementaire pour tout combo “old school” typique. Bref, un vrai foutoir musical.
Pourtant, au final, le disque ne manque pas d’intérêt ni de cohérence de fond (pas forcément de forme, effectivement). En terme d’intention, d’abord, le propos est clair : Starrs est bloqué dans un espace temporel dont il ne cautionne pas le langage musical, il se vautre donc complètement deux générations plus tôt, pioche ici ou là, et redistribue les cartes à sa convenance. Sa musique semble donc occasionnellement faite de bric et de broc, certes, mais chaque titre est lié à son prédécesseur par les lignes vocales emblématiques de Monsieur Uncle Acid, et un corps instrumental robuste, stable, qui se complaît comme on l’a vu dans une synthèse musicale assez large. Si l’on rajoute à ça un talent de composition simplement remarquable, on se retrouve devant une floppée de titres catchy, efficaces, variés, et l’on ne s’ennuie pas d’un bout à l’autre.
On ne rechignera donc pas longtemps et l’on fera vite l’acquisition de ce disque très bien foutu. Manifestement il y a finalement plus qu’un simple buzz derrière le groupe, et même si la démesure de sa réputation subite ne trouve pas d’explication rationnelle, le bonhomme (c’est quand même avant tout le combo de K.R Starrs) ne démérite pas et propose une musique de qualité. On a du mal à se projeter sur la pérennité de cette vague de groupes résolument tournés vers le passé (pas glorieux le sort de Wolfmother), mais on en profitera tant que ça durera.

Dans la série des groupes qui ont réussi à faire parler d’eux dès leur premier EP je voudrais les londoniens de Steak. Avec la sortie de Disastronaught en 2012, il n’aura pas fallu longtemps pour que leur nom apparaisse sur les forums et dans les conversations des amateurs de stoner. Cinq titres bien ficelés, un avenir prometteur et à titre personnel une très bonne découverte.
Voilà donc que le quatuor nous sort déjà (ou seulement maintenant suivant votre impatience) son second EP et confirme de fort belle manière tout le bien que je pense d’eux.
C’est bien simple, tout ce que je trouvais bon dans le premier EP a été poussé encore plus loin.
La première excellente surprise, c’est la production de cet EP, largement supérieure au premier. Oskar Cedermalm et Niklas Källgren (membres de Truckfighters) pour officier derrière la console d’enregistrement, le premier s’occupant aussi du mixage et bien ça s’entend tout de suite. Le son est une pure tuerie, avec un ensemble très équilibré et de forts jolis effets sur la voix par moment. On sent le temps passé à peaufiner la galette et elle a ma foi fort bon gout !
L’autre grand atout, c’est la qualité intrinsèque des compositions. Là où le premier EP nous servait cinq bons titres sans pour autant être révolutionnaires, Corned Beef Colossus nous sert cinq très bons titres avec un excellent morceau comme Liquid Goldqui en dit long sur le potentiel du groupe.
Alors oui je le sais bien, il faut toujours se méfier avec les associations d’idées mais on aime bien par moment et surtout pour un groupe fort peu connu, s’entendre dire que si on aime tel ou tel groupe alors on risque d’apprécier celui là et donc allons y d’une petite comparaison. Personnellement ça me rappelle les premières heures de Dozer ou encore le son de basse de 7Zuma7 avec un très léger arrière gout d’Astroqueen… tout un programme !
Ajouter à cela qu’ils se défendent méchamment sur scène et vous avez un groupe dont j’attends avec une impatience impossible à cacher le premier album.
N’hésitez plus, découvrez ce groupe!
Pour plus d’information sur ce groupe, vous pouvez visiter ce lien.

A l’aube d’une tournée européenne qui promet (dont une date à Bruxelles avec nos amis de Glowsun), nous nous devions de chroniquer le petit dernier des Samsara Blues Experiment : Waiting For The Flood. Toujours teutons, toujours imbibés d’influences psyché 70’s, et toujours adeptes des longues plages de plus de 10 minutes (le skeud ne comporte d’ailleurs que 4 titres), les musiciens du SBE délivrent encore une fois un disque fascinant, riche et très varié. La galette démarre sur les chapeaux de roues avec Shringara, 13 minutes de SBE pur jus, aux relents de sitar, et entrecoupé d’un furieux solo sur lequel n’aurait pas craché Eddie Glass. Au programme également, Don’t Belong, morceau tout en lourdeur au démarrage qui évolue lentement, après 4 minutes et un break de batterie bien syncopé, vers une structure complètement barrée……pour revenir marcher, rythmiquement parlant, dans les pas d’un Sleep pour un final époustouflant. Quant au morceau titre, Waiting for the flood, il bascule, après une intro basse/batterie groovy à souhait dans un rock du plus pur style Santanien, teinté d’orgue et planant à souhait. A mi-morceau, c’est la basse qui reprend le dessus avant de s’effacer à nouveau pour un final absolument endiablé. Un vrai régal pour les oreilles. SBE sait toujours brouiller les pistes et nous emmener là où l’on s’y attend le moins par des structures de chansons inhabituelles et finalement jubilatoires à souhait.
S’il y a un groupe qui gère bien sa carrière et sa notoriété c’est bien Red Fang. Depuis la sortie de leur excellent “Murder the Mountains”, le groupe de l’Oregon a arpenté tout ce que notre pays (et l’Europe en général) compte de scènes, de plus en plus grandes, devant de plus en plus de fans. Des tournées successives qui auront permis à beaucoup de monde de voir le groupe sur scène, où il est encore plus efficace que sur disque. A peine quelques mois après leur dernier passage sur scène dans nos contrées, même pas le temps de souffler : les voilà déjà revenir avec un nouvel album !
Ca commence pas mal avec une poignée de morceaux qui ne dépayseront pas ceux qui avaient apprécié les deux premières productions du groupe : “DOEN”, “No Hope”, “Crows in Swine”, etc… sont des titres impeccablement ciselés, parfaitement adaptés au “moule Red Fang”, et donc taillées pour le live. Mélodiques, de gros riffs, des breaks couillus, des vocaux subtilement gutturaux (??)… Vraiment, ça rend bien, et la production est juste impeccable, avec un son toujours aussi rugueux et âpre (comme sur “Murder the Mountains”, où un son trop policé aurait desservi l’ensemble).
C’est à partir de la seconde moitié de l’album, et en particulier du très déstabilisant “Dawn Rising” que les sourcils commencent à se lever. Rythmique pachydermique, son de gratte tellurique et basse bien en avant, batteur à deux de tension, le chant de Beam chargé d’écho, et surtout, surtout, ces vocaux complètement hantés de Mike Scheidt, le chanteur nasillard mais charismatique de YOB. On est en terres doom, mes amis, qui l’eut cru possible ? “Failure” ensuite, moins impressionnante, s’appuie sur des sonorités bien lugubres aussi. Et même si le groupe enquille deux titres plus classiques (“1516” et “This animal”), son dernier morceau “Every Little Twist” vient attiser le trouble bien présent désormais, avec sa rythmique lancinante (une ligne de basse qui aurait pu se retrouver sur un QOTSA début de siècle) ondulant sur presque cinq minutes, avec encore des vocaux harmonisés complètement hantés…
Tout en caressant ses fans dans le sens du poil (avec quelques belles pièces que le groupe n’aura aucun mal à placer dans ses futures set lists live), Red Fang propose aussi avec ce “Whales and Leeches” quelque chose de plus audacieux. Un album où pointent des prises de risque évidentes, des pas appuyés en terres underground, qui finalement forcent le plus profond respect : alors qu’il aurait suffi au quatuor d’aligner une poignée de titres faciles et d’aller capitaliser sur scène, ils se laissent aller à des compos qui clairement déstabiliseront le plus large public qui sur le papier leur était promis. Rien que pour ça (et accessoirement parce qu’il y a Mike Scheidt), cet album de qualité vaut tout notre respect.
1995, 1998, 2001, 2004, 2007, 2010, et maintenant 2013… Avec une régularité quasi métronomique qui ferait presque peur, Monster Magnet sort sa traditionnelle galette triennale ce mois-ci, sous la forme de ce “Last Patrol” doté d’un artwork qui donne sa part de bave aux lèvres. Dave Wyndorf s’est répandu depuis des mois, d’interview promo en interview promo, sur l’intention qui est la sienne de revenir avec ce disque vers le penchant le plus “space rock” du combo, un retour direct en arrière de quasiment deux décennies, en gros. Alors, le pari est-il gagné ?
On aurait tendance à commencer par un petit “oui”, dans le sens où il y a, clairement, changement, ou plutôt “évolution”, comme aiment à dire les musiciens. L’album est franchement plus aérien, largement exempt des passages de gros hard rock US, tous riffs en avant, qu’aimait tant mettre en avant papa Wyndorf (allez, y’a quand même le très hymnique “Hallelujah” qui en a encore quelques atours…). L’album est donc plus “space”, c’est sûr, mais il n’est pas en revanche aussi “planant” que pouvait le laisser imaginer les dires du frontman, et surtout que pouvaient être certaines de ses productions du début des années 90. Les chansons sont étirées en longueur (la durée moyenne de l’ensemble des chansons de l’album culmine pas loin des 6 minutes, quand même…), aérées, dégagées de toute lourdeur inutile. Le fait étonnant toutefois, c’est que l’ennui ne guette jamais vraiment : même s’il se contente de phases musicales plutôt répétitives, de structures de composition assez basiques, le groupe reste toujours sur la brèche, et ne va jamais trop loin. Du coup, on se retrouve avec des compos atypiques (on n’est plus habitués, depuis le siècle dernier en gros, à rencontrer ce type de musique sur un album de ce niveau) et épiques. La tension est donc maintenue tout du long, c’est très intelligent.
Ca commence avec un “I live behind the clouds” qui ne met pas plus de cinq secondes à nous rappeler que MM est le groupe de Dave Wyndorf avant tout : intro en son clair et sa voix suave et puissante largement mise en avant pendant deux minutes, puis débarquent les grattes pour un assaut en règle tout en gros accords bien gras, avec l’arrivée par-dessus d’une première strate de solo, et d’une deuxième en fond. Et hop, la preuve par trois de l’intérêt d’un trio de gratteux dans un groupe. Intro parfaite, en tout cas, enchaînée avec le morceau-titre de l’album, une perle Monster Magnet-ienne : riff sommaire, un refrain qui se limite à une ligne rythmique typique (en gros la basse de Baglino adossée à la frappe binaire de Pantella), des tas de soli impeccablement exécutés (quelqu’un se souvient d’Ed Mundell ?), quelques passages planants pour refaire monter la tension, et ça déroule non stop sur presque dix minutes, sans lâcher prise ou dériver à aucun moment. Aucun morceau particulièrement faible ne vient ensuite faire vaciller ce bien bel édifice érigé en l’honneur du dieu Space Rock. Il y a des titres lents qui fonctionnent bien (qui eut cru que l’on puisse se gauffrer les 4:37 min d’un “Paradise” ou les 5:07 min de “The Duke (…)”, tous deux joués en acoustique et son clair, sans bailler une seconde ?). Autre perle, “Mindless Ones” vient résumer les quinze dernières années de carrière de l’aimant monstrueux en quelques minutes, via une sorte de condensé de toute l’expertise du quintette : encore un refrain au firmament, encore une rythmique binaire embarquée par une basse bondissante, encore des assauts de soli impeccables, encore le chant (toujours sans faute) d’un Wyndorf au sommet de son art…
On pourra un peu regretter de ne pas avoir de vrais gros riffs à se mettre sous la dent, mais à tout bien réfléchir, Monster Magnet n’en a jamais été un gros pourvoyeur, ce n’est tout simplement pas comme ça qu’ils jouent. MM, c’est des power chords enquillés les uns après les autres avec une attaque de cordes rageuse, c’est des gratteux qui font tourner leur bras droit comme si le dernier jour était arrivé, c’est des salves brutales et sensuelles, des rythmiques lancinantes et oscillantes – ça fait bouger les corps, voilà tout ! Monster Magnet = musique de pole dancing ultime ! Mais trêve de divagation… Monster Magnet l’a jouée très fort sur ce coup, se replaçant insidieusement et légitimement à la place qui reste la sienne dans le genre musical : tout en haut… A dans trois ans les gars !
On n’a pas fini de gloser sur cette vague de hard rock “revival”, ces groupes bien relayés (à juste titre) par la communauté stoner entre autres, qui se placent en émanation directe des volutes enivrantes du hard rock 70’s. Y’a qu’à voir : tous les labels ont leur groupe revival! Witchcraft, Graveyard, Kadavar, Orchid, Scorpion Child, ou encore dans une moindre mesure les groupes comme Freefall, Blues Pills … Ah non, on me souffle qu’ils sont tous chez Nuclear Blast, mea culpa… Issus eux aussi de Scandinavie, les cinq suédois ont, eux, un toit chez les anglais de Rise Above, un label que l’on a connu plus élitiste (intransigeant ?) dans ses choix musicaux. Tant mieux ! Leur troisième album, le second pour le label de Lee Dorrian, est sorti il y a quelques semaines déjà.
Partis du postulat ci-dessus, le moins que l’on puisse dire est que l’effet de surprise est pour le moins évaporé depuis longtemps quand on écoute les premières plages du disque. Ce qui ne remet pas en cause la qualité intrinsèque du skeud : après tout, on sait ce que l’on y trouve, et dans le genre, on en a pour son argent ! Si vous ne les connaissez pas (et que leur look de hippies moustachus ne les a toujours pas trahis… Vous êtes vraiment pas perspicaces…), vous pouvez vous imaginer une sorte d’orgie où se croiseraient Deep Purple (le chant, quand même : “She cried Wolf”), Uriah Heep (voir certains vocaux, aussi), Hawkwind, les duos de guitare harmonisés et les rythmiques sautillantes de Thin Lizzy (“Backstreet”) et les assauts des groupes de hard anglais du début des 80’s (“Brother”, les riff d’intro de “Diamonds in Orbit” et “Ain’t no Turning Back” ou le somptueux “Eyes of the Father”). On peut pas se tromper avec ces groupes en ligne de mire. A noter que le groupe, comme il l’avait fait sur son premier disque, n’hésite pas à chanter deux de ses titres dans sa langue natale, une petite surprise auditive rafraîchissante.
On n’est pas non plus déstabilisé par le concept vinylique proposé : 10 chansons, 34 minutes, le format lui-même sent bon les 70’s ! Si ce n’était cette hideuse pochette (où est l’argument commercial ? Les gars on va pas acheter votre skeud pour la beauté de vos jeans moule-burnes ou de vos pattes d’eph’ rayés !)… Mais au diable les détails, finalement. Dans une marmite vieille de trente ou quarante ans, nos hommes venus du froid ont concocté one musique juste bien foute, des titres bien écrits, concis, efficaces (pas de jams à rallonge : droit au but), se font plaisir et nous font plaisir. On ne va pas s’embarquer à questionner la légitimité, l’intégrité ni même l’honnêteté artistique de la démarche du combo (encore une fois : suffit de voir leurs dégaines pour constater que les gars sont dedans jusqu’au cou…), on va juste se replonger dans ce vieux fauteuil confortable, monter le volume, fermer les yeux et appuyer sur “repeat” pour garder le sourire.
Bright Curse est un trio français basé à Londres qui a vu le jour en juin deux-mille-douze. C’est très rapidement que ces trois garçons dans le brouillard de la capitale britannique se sont mis sérieusement au boulot pour graver leur première trace sonore puisque Romain au chant et à la guitare, Zach à la batterie ainsi que Sammy à la basse sont passés par la case studio durant l’été qui suivi leur formation. JB Pilon s’est tapé le boulot en studio et lorsque Sammy a quitté le groupe huit mois plus tard, il l’a remplacé au manche de la quatre-cordes.
Fort d’un deal avec Bilocation Records, nos lascars s’attèlent désormais à la promotion de leur art avec une réussite certaine puisqu’ils ont déjà foulés un nombre impressionnant des scènes du Vieux Continent avec notamment Naam à l’Usine de Genève. Cette plaque, qui est aussi disponible sur les plateformes de téléchargement légaux, fait l’objet d’une sortie de toute grande classe en vinyle que les détracteurs de la musique virtuelle peuvent se procurer afin d’embellir leurs collections.
Pour ce qui est du son, après une intro congrue – ‘A Sonic Wave’ – instrumentale – cela va de soit – assénée à grands coups de basse, les choses débutent sur une plage de plus de sept minutes qui prend tout son temps pour se mettre en place. Indissociable de son intro, ce titre, au tempo fort ralenti, prend son envol sur la ligne de basse bientôt rejointe par un chant – en anglais forcément – assez haut perché et des martellements simples, mais efficaces à la batterie. A mi- morceau, lorsque la guitare d’abords discrète se lance dans des solo psychédéliques, on est immédiatement conquis par le bon fuzz que balancent ces citoyens du monde. Ca fleure bon les compos mid-tempo que concoctèrent jadis Dozer sur leur avant-dernier album. Après ce ‘The Hermit’ de grande classe, on a droit à une composition plus classique nommée ‘Unknown Mistress’ sur laquelle on frise par moment le style robot rock. Ce titre très aérien, qui oscille entre envolées binaires et plans apaisés, dure un temps égal à son prédécesseur.
On attaque la dernière ligne droite – et le plat de résistance – avec ‘What’S Beyond The Sun’ qui est le premier des deux derniers titres qui vont taper les neuf minutes au compteur. D’obédience plutôt désertique, cette plage débute tout en douceur sur une rythmique ensorcelante qui, avec la tessiture de la voix, se rapproche indéniablement de l’énorme ‘Until Man Exists No More’ de Dozer. On passe un bon moment en compagnie de ce riff qui tourne et cette violence retenue jusqu’au terme d’un morceau qui est juste énorme ! Pour finir on va flirter avec Orchid – ou Black Sabbath c’est selon l’âge de l’auditeur – à l’écoute de ‘Mind Traveller’ sur lequel le vocaliste se lâche carrément sur un mur de guitares distordues soutenu de belle manière par une rythmique plombée. Encore une énorme compo à mettre au crédit de ce groupe dont on devrait bientôt entendre parler bien au delà de la communauté stoner francophone.
Les adeptes de stoner subtil et psychédélique feraient bien de se procurer d’urgence ce premier effort à la fois halluciné et hallucinant car il se situe nettement en dessus de ce que les formations du nord de l’Europe nous livrent ces derniers temps.

Le florilège d’envolées lyriques qui entoure la sortie de ce disque incite à rationaliser un peu quelques éléments de contexte, pour dépassionner le débat en quelque sorte. Commençons par préciser ce qu’est, et ce que n’est pas, Vista Chino. Vista Chino déjà, rappelons le, a adopté ce sobriquet en remplacement de son nom initial Kyuss Lives!, forcés par une décision de justice ; sans cela, ce disque aurait été celui de Kyuss Lives!. Derrière ce patronyme, le béotien aurait pu penser retrouver la majorité de Kyuss, sauf que n’y figure en fait que 75% du line up… de “Blues For The Red Sun” ! Oliveri se fera virer juste après, et Brant Bjork un peu plus tard… “Blues…”, donc, un album qui, s’il est excellent, n’est pas pour autant le plus connu ni le plus intéressant de Kyuss, loin s’en faut. Par ailleurs sur cet album, notons que Seul Brant Bjork (batterie…) avait participé au travail de composition (sur environ un quart des titres) et Oliveri sur un seul morceau. Garcia n’a contribué pour sa part aux paroles que de quatre des chansons qu’il y interprète. Quant aux albums suivants, qui ont créé et scellé le succès de Kyuss, notons que seul Brant Bjork apparaît timidement sur Sky Valley (15% du travail de composition), Garcia étant absent des crédits (et à peine présent sur “… Circus”). Voilà donc pour mieux caractériser les inputs de cet album : clairement, et factuellement, ce sont les seconds couteaux de feu-Kyuss qui se sont retrouvés dans Kyuss Lives!, il est important de s’en souvenir. Ces gars là n’ont jamais écrit quoi que ce soit ensemble depuis plus de vingt ans avant cet album, et dans tous les cas, peu de choses décisives dans la carrière de Kyuss. On retrouve donc sur ce disque nos trois lascars (ou plutôt deux, le père Oliveri ne faisant plus partie du projet, ayant quitté le navire quand ça commençait à sentir pas très bon…), avec leur guitariste belge Bruno Fevery, qui co-compose la quasi entièreté du disque avec Brant Bjork (ce dernier produisant et enregistrant la galette dans son propre home studio). Voilà, le paysage est dressé, on décompresse, on se sent mieux, on peut commencer à écouter l’album.
Après une intro bouche-trou, difficile d’entendre “Dargona Dragona” en la liant aux éléments de contexte ci-dessus. On passe de “Allen’s Wrench” à “Green Machine”, puis à “Thumb” sur le couplet, et des vocalises de Garcia sur le refrain déjà entendues sur “Tangy Zizzle”… Ca commence bien ! Pour la distanciation avec le groupe-matrice, on repassera… Que Vista Chino ait choisi de mettre le focus sur ce titre pour engager la promo de leur album est soit un acte manqué qui ne dit pas son nom, soit une décision stratégique qu’il convient de bien peser. Petit malaise, donc, passées les cinq premières minutes du disque. Satisfaction en revanche dès les premiers titres sur la bonne performance de John Garcia : le chant du gaillard ne s’est jamais rapproché autant de Kyuss (qualitativement) que sur cette galette. Une technique vocale, d’ailleurs, qu’il avait mise de côté pour d’autres tessitures sur ses autres projets. On revient à l’écoute du disque pour constater que la faute de goût introductive se résorbe petit à petit avec “Sweet Remain” puis “As you wish”, des titres moins empreints de la touche Kyuss (si ce n’est – et c’est une dominante sur l’album – ce son de batterie typique des premiers albums de Kyuss). Malheureusement, une seconde erreur est commise par l’intermédiaire du bicéphale “Planets 1 & 2” : son riff principal sonne comme un ersatz un peu glauque de “Green Machine”, jumelé à celui de “Odyssey”. Le chant de Brant Bjork sur la première partie de cette chanson n’apporte pas grand-chose (si ce n’est quelques souvenirs d’une carrière solo qu’on aimerait lui voir réactiver). Dommage pour le groupe d’avoir gardé sur ce titre cette séquence outrageusement pompée, sans laquelle on aurait pu apprécier un titre par ailleurs pas inintéressant – difficile de comprendre leur mode de pensée à ce stade… S’ensuivent comme précédemment une série de titres plutôt sympas, originaux, qui s’éloignent de l’ombre Kyussienne, notamment les assez originaux “Dark and lovely” et “Barcelonian” (le refrain de ce dernier et son break pourront même rappeler comme un clin d’œil les guitares aériennes et lancinantes des superbes Fatso Jetson), dont la fin est vraiment réussie. Puis vient l’autre double titre, “Acidize – The Gambling Moose”, morceau fleuve de plus de treize minutes trop hétérogène pour remporter la timbale. Clairement sa première section supplante la seconde (notons d’ailleurs que scinder ces deux titres aurait eu plus de sens, musicalement parlant, leur lien supposé ne sautant pas vraiment aux yeux).
Il est néanmoins insuffisant d’apporter uniquement à cet album un regard passé par le prisme de Kyuss. Si l’on approche la musique du combo dans une perspective complètement neutralisée, un œil neuf et un esprit non encombré de l’engrammage kyussien qui est fatalement le nôtre, on peut alors proposer un constat plus nuancé. Car ce disque est bon, agréable même. Les morceaux sont variés, il y a des passages audacieux (on n’ira pas jusqu’à parler de prise de risque, n’exagérons rien, mais il y a de vraies nouveautés sur les lignes vocales de Garcia par exemple). Les compos ne sont pas l’œuvre de bras cassés, et les titres sont accrocheurs. En complète transparence, on pourra déplorer le manque de “finition” de l’objet : on n’a pas un festival d’arrangements audacieux et de compos ciselées au scalpel (“Dark and Lovely”, franchement, il manque quelque chose pour que ça devienne une chanson…). La prod de Bjork est brute, ce qui n’est pas complètement négatif, et apporte un charme particulier à l’objet, une authenticité bienvenue. A titre personnel, je trouve le son de caisse claire en carton un peu daté pour un disque affichant si haut ses ambitions, un peu comme le mix de certaines lignes vocales (“Adara”), mais bon, ça passe bien…
En revanche, on a beau tourner autour du pot, le principal défaut de ce disque, si l’on s’attendait à du Kyuss (d’une manière ou d’une autre c’est forcément le cas), c’est son affligeant manque de lourdeur, que tout le monde semble avoir oublié dans les composantes principales du groupe originel : où est le riff pachydermique qui nous cueillait dès les premières secondes de “Gardenia” sur Sky Valley ? Le mur de grattes infranchissable de “Odyssey” ? Le riff monolithique sur-saturé physiquement éprouvant de “Tangy Zizzle” ? La ligne de basse tellurique qui nous plaquait au sol dès les premières mesures de “Spaceship Landing” ? Au lieu de ça, on retrouve la basse famélique de Oliveri (qu’on adore par ailleurs, mais pas forcément dans cet exercice stylistique) et la guitare de Fevery ; on est loin du compte. Le belge est un bon guitariste, mais en tant que membre non originel, son approche de la musique via ce projet laisse quand même dubitatif : son intention musicale intime en tant que musicien et en tant qu’artiste se matérialise via un mimétisme sonore et stylistique avec Josh Homme. Une approche artistique un peu embarrassante pour l’auditeur, car elle se traduit par la composition de riffs “presque déjà entendus”, et des sons de gratte qu’il est parfois gênant d’entendre vingt ans après sur un disque récent, par un autre musicien… Difficile de concevoir qu’artistiquement copiage et réalisation de soi font bon ménage – et ce même si l’on est fan absolu du musicien originel, ce qui est probablement son cas.
Bref, ce disque suscite, à juste titre, passions et avis tranchés. Mon avis ne l’est pas, tranché, tant l’on sent dans les propos ci-dessus contradictions occasionnelles et circonspection générale. Le malaise en revanche (qui est trop peu mis en avant par les différentes chroniques déjà proposées sur ce disque) tient non seulement dans l’intention de l’album (trop peu abordée ou questionnée), mais surtout dans la cible marketing du disque : tout le monde se force à rappeler, en substance, “Vista Chino est un nouveau groupe, il faut le juger en tant que tel”, sauf que non ! Vista Chino, c’est Kyuss Lives!, déjà, mais surtout, qui achètera ce disque sans connaître Kyuss ? Personne, évidemment : tout le monde l’achètera “pour savoir” en quoi il répond ou pas à son attente personnelle (naufrage musical, espoir retrouvé, nostalgie…). Faire abstraction de ce facteur est une erreur que l’on essaye de nous refourguer sous couvert de pseudo-neutralité journalistique or il est rigoureusement impossible de l’éluder dans la considération de ce disque en tant qu’œuvre musicale.
Mais passés ces constats, rappelons-le, la musique proposée par le groupe, dans l’absolu, est très intéressante. Les compos proposent des choses surprenantes, il y a de bonnes idées, et le matériau de base est bon, très bon même. C’est un bon album. Entendre ces musiciens, que l’on adore, jouer ensemble et être complètement inscrits dans le présent fait sincèrement plaisir : la musique n’est pas datée, et les musiciens jouent bien ensemble. Malheureusement, et l’oublier serait malhonnête, la raison d’être du disque suscite plus d’intérêt et de troubles que la musique elle-même, ce qui n’est jamais de bon augure. Nous verrons si après quatre albums le constat sera le même…
Avec le sentiment d’avoir mal entamé ma relation avec Lonely Kamel (jamais eu l’occasion de les écouter ces dernières années, et un concert vu dans des conditions moyennes au Desertfest Berlin), j’étais résolu à me faire une opinion plus factuelle en faisant l’acquisition de leur dernier album en date, le pourtant “vieux” Dust Devil (2011). Bien m’en prit ! Ce constat positif, c’est rare, était évident dès la première écoute de l’album : compos chiadées, rythmiques variées, son impeccable… On sait qu’on est entre de bonnes mains et que l’on peut se plonger dans cette galette corps et âme pour quelques heures en bonne compagnie…
Musicalement, Lonely Kamel fait du bon stoner, dans le sens le plus pur du terme, c’est-à-dire du gros hard rock sous influences 60s-70s, tendance psyché/blues, doté d’un son massif que l’on dirait propre aux meilleurs groupes scandinaves. Ce postulat ne suffit pas à caractériser un bon disque, et c’est là que le talent du quatuor suédois intervient : après plusieurs écoutes à essayer d’identifier le “petit truc en plus”, la touche qui rend ce disque si attachant, on finit bredouille. Pas de secret, si ce n’est un talent de composition manifestement rôdé par des musiciens qui ont fait de la scène leur terrain de prédilection (rarement un combo aura traîné une réputation scénique aussi flatteuse) : on peut sans peine imaginer que cette compétence confirmée sur le terrain du live enrichit leurs compositions dans une sorte de cercle vertueux. Efficacité, concision, plaisir de jeu… On trouve de tout dans cet album : des riffs acérés, des plages propices à de potentiels jams en live, des soli, etc… On est rassasié. Et cette accumulation de bons moments ne suffit toujours pas à expliquer la qualité de la chose. Il y a une sorte d’alchimie inexplicable qui détache ce disque de la plus grosse part de la production contemporaine. En gros, ce n’est pas le meilleur album de tous les temps, mais on y sent de la passion, de la sueur, de l’envie, de la fougue… De la vie quoi !
Parlons des compos quand même, qui méritent leur pesant de cacahouètes. On est d’abord cueilli par la superbe intro toute en bottleneck bien grassouillet de “Grim Reefer”, qui s’emballe à mi-morceau dans une petite tornade groovy. Le point d’orgue de ce disque est enquillé juste après, avec un “Evil Man” qui porte à lui seul toute la grace furieuse de ce disque : un riff taillé dans le marbre de Carrare, une structure simplissime (2 couplets-refrains, 1 pont, 1 couplet-refrain), un son monolithique impeccable (les deux guitares dans un même mouvement), un solo complètement jouissif (tout en simplicité), un gimmick vocal impeccable (“wouhou”)… Tout est là, sur trois minutes. Le titre suivant est un subtil mélange entre doom et blues, typique musicalement des premiers Sabbath. Plus loin, “Rotten Seed” nous déduit avec ses grattes fuzzées au délicieux son presque croustillant… Plus loin encore, “The prophet” nous cueille avec son riff enjoué en début de morceau, pou nous amener sur une fin de morceau lourde, lente, portées par des lamentations de Thomas Brenna, qui n’en est pas à sa première prouesse vocale sur ce disque, tant sa tessiture vocale chaude et rocailleuse à souhait sied parfaitement à la musique du combo. Bref, la suite est à l’avenant : déluges de grattes, rythmiques de charpentier, groove…
Même si ce disque ne changera pas la face du monde, il est là pour (dé)montrer si besoin était qu’il est possible aujourd’hui de produire une musique sacrément excitante dans un cadre musical “balisé”, dans un spectre d’influences vaste mais déjà pratiqué par d’autres. Mérite grandement d’être découvert, si ce n’est déjà fait.
On n’avait encore jamais parlé de Vibravoid sur Desert-Rock. L’occasion donnée par la sortie de ce “Delirio Dei Sensi” sur le label transalpin Go Down nous permet de combler ce manque. Vibravoid, c’est un groupe allemand né au début des années 2000, à l’initiative de son frontman Christian Koch. Vibravoid c’est aussi déjà presque vingt albums au compteur (dont neuf ces trois dernières années…), et une pelletée de singles, EP, etc… La production de ce groupe est juste dantesque. Musicalement, Vibravoid c’est un peu une fenêtre dans le temps, un combo qui évolue dans un genre sans âge, et qui s’y cantonne avec bonheur depus les débuts de sa carrière. C’est remarquable et honorable en soi. Après, comme on dit, “faut aimer”…
Parce que oui, Vibravoid c’est quand même un sacré choc musical. Le groupe pratique un rock psychédélique absolu : leur appréciation du genre est si totale, qu’ils ont pris le relais direct (avec quelques décennies mises entre parenthèses) des Pink Floyd (époque Barrett), Cream, Hawkwind, Tangerine Dream ou Amon Düül, en développant leur propre approche, complètement intègre, du genre. Le décalage temporel est vibrant, et il suffit d’écouter les deux ou trois premiers titres pour l’assimiler complètement : instrumentalement, le clavier prend presque toute la place. Un orgue “old school”, au son presque constant sur tout le disque, proche du Mellotron, comme un son de Hammond chargé d’écho, une composante aiguë et spacy qui surnage sur tout le disque. La guitare est bien là, mais rarement dans une posture offensive (contre-exemple : “Magic mirror”), tout comme les autres instruments.
Si l’on passe à l’écoute de l’album ici présent, nous autres francophones sourions gentiment à l’écoute du premier titre, une reprise du “Poupée de cire” de Gainsbourg (via France Gall). Sont marrants ces allemands quand même… Sauf que non, c’était pas une blague : c’est vraiment pour honorer la mémoire de Gainsbourg qu’ils reprennent ce titre avec la plus grande sincérité musicale ! Ce n’est d’ailleurs pas le seul : le CD de l’album comporte aussi en bonus (cinq bonus par rapport au vinyl quand même) la reprise de “La poupée qui fait non” de Polnareff, du même tonneau ! Le groupe n’est d’ailleurs pas avare en reprises (Aphrodyte’s Child, Tyrnaround, Human Expression…). Faut dire que cet album a une genèse particulière : le boss de Go Down Records, profitant de leur venue en ses terres nord-italiennes, leur a proposé pendant deux jours le gîte et… le studio ! Le combo a donc commencé par enregistrer quelques reprises issues de son set live (cf plus haut) puis a enregistré de nouvelles compos, en gestation jusqu’ici ou même complètement écrites ou improvisées en direct. Personnellement je retiendrai surtout “Listen can’t you hear”, qui sur plus de dix minutes, déroule un gimmick musical intéressant, l’excellente reprise de Tyrnaround “Colour your mind”, et le super ambiant “The golden escalator”, avec ses presque treize minutes de trip planant…
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