Brave Black Sea – Fragments

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Il nous arrive de chroniquer des albums assez éloignés de notre genre de prédilection, le stoner. Pourquoi me direz vous? Et bien un nom d’artiste, un label, une vague relation et on s’intéresse, on est comme ça nous, curieux de tout… C’est exactement ce qui m’a attiré dans ce projet et voilà pourquoi vous êtes en train de lire cette (courte) chronique sur ce site.
Mais concrètement, pourquoi celui-ci plutôt qu’un autre. Excusez du peu mais on trouve quand même dans ce groupe deux anciens membres de Slo Burn (Damon Garrison et Chris Hale) qui est à mon sens la définition même du stoner et derrière les fûts un certain Alfredo Hernandez. Si ces trois noms ne vous suffisent pas à vous faire saliver, en tous cas moi oui et énormément!
Sauf que si comme moi vous avez en tête les noms de Slo Burn et d’Alfredo Hernandez au moment de mettre la galette dans la platine, vous risquez de déchanter sévère. Pas que l’album soit mauvais ça non, mais juste que c’est bien éloigné de ce que j’avais espéré. Voilà un bon disque de rock, mais un bon disque comme il est existe des dizaines. On flirte avec un côté grunge plus ou moins assumé mais attention, un grunge dépoussiéré, bien clean, on est bien loin d’un Mudhoney par exemple. On tourne plutôt du côté de Bush, en moins pêchu encore avec un chanteur qui a du beaucoup écouter Layne Staley avant d’enregistrer, mais il est loin d’en avoir le talent. Les compos sont honnêtes sans plus, l’album est très bien produit mais voilà quoi, ça s’oublie aussi vite que ça s’écoute. Un groupe qui aura du mal à percer, surtout que la promo se fait autour d’un incontournable “avec des membres de Kyuss, Queens of the Stone Age et Slo Burn“…
Bon sur ce je vous laisse, je vais aller m’écouter un bon vieux Suck You Dry et un petit Positiva dans la foulée tiens…

Pet the Preacher – The Cave and the Sunlight

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J’avoue avoir eu du mal à chroniquer ce nouvel album de Pet the Preacher. La sensation de me trouver face à un groupe un peu poseur ne me lâchait pas. Des lignes de basses simples (trop), une batterie martiale maintes fois entendue, des accords ouverts très « Dieux du stade » et ce désagréable sentiment d’entendre un groupe de variété-rocaille. Sans parler du thème allégorique de la caverne et de la lumière cher à Platon, servant de liant à l’ensemble mais maintes fois abordé. Je suis un peu dur, je le conçois, mais très franchement j’ai galéré pour trouver l’angle d’attaque, le petit détail qui allait m’exciter l’échine…

Le petit détail, il tient dans un bottleneck, le petit-fils bâtard du goulot de bouteille, celui qui fait pleuvoir de la boue par hectolitre quand il est glissé sur l’acier des cordes de guitare. Remains est l’angle d’attaque. Son riff boueux joué au bottleneck donc, sa basse bûcheron, sa grosse voix à la Loading Data. Voilà, quand Pet The Preacher verse dans le malsain qui colle, il est efficace. Du coup, Fire Baby, forme un diptyque intéressant avec Remains, la voix et l’ensemble rythmique lorgnant vers les darons de Clutch. Il faut attendre What Now pour que toutes les composantes se mettent en place. Un groove stable et puissant, une basse riche et inventive, une ambiance délétère et sombre. J’ai un faible pour les compositions longues et lentes, riches et lourdes comme une fin d’après-midi en plein été, What Now, c’est tout ça. 8 minutes la bougresse.

L’album accuse 11 chansons que l’on ré-écoute en se disant qu’on est passé à côté de quelque chose, peut-être d’autres petits détails qui nous feront apprécier d’autres morceaux. Du coup, oui, Let your Dragon fly est une sévère rouste, un jeu d’aller-retour sur la corde Mi qui vous transporte sur une route sans fin. I’m not Gonna est aussi un bon morceau heavy qu’on sent forgé dans la sueur et la bière, ce genre de morceau qu’on est content d’entendre en live, juste pour le plaisir de sentir sa nuque craquer.

The Cave and the Sunlight n’est pas un album inoubliable, mais la production est quand même foutrement bien sentie. La voix a tendance à être un peu saturée d’effets mais elle est en place et juste. Certains riffs sont bien trouvés et j’espère qu’en live, Pet the Preacher ne sonne pas trop « facile » comme une partie de ce nouvel opus. Reste que Remains, What Now et Let your Dragon Fly reviendront régulièrement squatter ma set-liste de morceaux couillus et crasseux.

The Graviators – Motherload

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Troisième livraison du quatuor suédois et à mon sens la meilleure. Donc là forcément vous vous dites que si vous avez aimez leurs deux premiers albums vous ne pourrez qu’adorer celui ci et vous avez pleinement raison! Et si vous ne connaissez pas encore ce groupe, et bien voilà ma foi une excellente façon de les découvrir. Bien sur on pourra regretter quelques défauts par ci par là comme certaines facilités, une voix trop Ozzyesque à mon gout (mais cela n’engage que moi) ou quelques longueurs mais ne boudons pas notre plaisir pour autant, c’est du tout bon et il y a même quelques jolies petites pépites qui vous donneront le frisson. Tiens, le morceau d’entrée par exemple, Leif’s Last Breath/Dance Of The Valkyrie qui est quand même un modèle du genre avec riffs et solo de fou. Le genre de morceau qui reste en tête et donne envie d’être ré-écouté de suite. Avec des morceaux qui ne descendent pas sous les cinq minutes (pour passer les dix à deux reprises), le groupe prend son temps pour développer ses idées et bien exploiter le bon riff qu’ils ont l’air bien heureux d’avoir trouver. Cela donne lieu comme je le disais à quelques longueurs mais jamais à de la lassitude. C’est un peu comme si on ne leurs en voulait pas de nous remettre un petit coup de guitare là où le morceaux aurait pu se terminer, après tout, ça sonne tellement bien. Et puis la prod’ est là pour aider le tout il faut le dire. Que ça sonne bien! Sérieusement, mettez vous à fond les haut-parleurs le riff d’intro de Bed Of Bitches et vous comprendrez. Un riff simple mais un gros son comme on les aime. C’est basique mais fichtrement efficace.
Et puis mine de rien, l’album est très varié. J’en veux pour preuve Tigress of Siberia et son intro très stylé, toute en finesse le tout débouchant sur un changement de rythme bien senti et superbement amené, pour enchaîner avec un long passage instrumental agrémenté de solo qui sonnent nickel, de la belle oeuvre.
Alors oui on pardonnera quelques facilités, quelques “j’ai déjà entendu ça quelque part non?” car on ne va pas se mentir, si The Graviators ne révolutionne pas le genre ni ne le renouvelle, ils font le boulot en nous faisant headbanger avec un bon gros son, et rien que pour ça je vous recommande chaudement cet album.

ZOE – Raise the Veil

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Si vous relisez nos chroniques des deux premiers albums de ZOE, vous verrez que nous sommes de grands fans de leur musique. Et donc forcément, on peut dire qu’on attendait avec impatience l’arrivée de leur nouvel effort studio. Alors oui, il aura fallu un petit paquet d’années avant de faire vibrer nos haut-parleurs avec ce nouvel opus mais excusez du peu, comme on le dit parfois, la galette vaut largement l’attente!
Et c’est ici que commence mon modeste travail de chroniqueur sur desert-rock.com, vous donner envie de vous acheter ce Raise the Veil alors que pour moi c’est une évidence. Comment trouver les bons mots, les arguments imparables pour vous pousser à sortir quelques petits euros pour vous procurer cette petite pépite?
Hum… voyons voir la liste des arguments dont je dispose…
Un super groupe, d’excellentes compositions et une interprétation aux petits oignons, une production de toute beauté? Ma foi ça sent le grand chelem cette histoire. Mais détaillons un peu pour les quelques réticents.
Un super groupe? Ça oui, c’est indiscutable. Si vous avez déjà eu la chance de voir ZOE sur scène, vous savez de quoi je parle. Ces gars là ne font pas semblant et ne sont pas là pour amuser la galerie. Un vrai bon groupe de Rock’n Roll comme on les aime, c’est à dire en un mot, authentique.
D’excellentes compositions et une interprétation aux petits oignons? Et oui car un bon groupe qui joue bien, s’il ne vous sort pas des bonnes chansons et bien ça ne sert à rien! Et puis là on est bien dans le coeur de mes arguments si je veux vous décider, les compos. Ne tournons pas autour du pot, une courte intro et dix morceaux, autant de bonnes raisons de se laisser convaincre. Des influences seventies parfaitement digérées voilà la base du travail de ZOE. Le groupe varie les angles d’attaque pour nous donner un résultat à la fois très varié mais d’une incroyable cohérence. Globalement qu’on ne se le cache pas, le but de ZOE c’est quand même de faire vibrer vos tympans avec un son bien rentre dedans, pas de bla bla des résultats. Mais ne croyez surtout pas que le groupe se contente de vous balancer du bien bourrin comme on en trouve des morceaux par centaines. Non, ici c’est à plusieurs niveaux de lecture et c’est excellent. Vous voulez du bourrin, ok, pas de souci, vous allez en avoir. Mais ré-écouter les morceaux plusieurs fois et vous vous apercevez que le gros riff bien pêchu cache aussi une ligne de basse bien sentie, un rythme de batterie qui vaut à lui seul de crier sa joie. Vous rajoutez par dessus tout cela un chant pile dans le ton et vous avez un ensemble qui sonne carrément bien mes amis. D’ailleurs au passage, le chant m’a fait penser par moment à Kémar Gulbenkian (No One is Innoncent), quand je vous dis qu’elle est pleine de surprises cette galette!
Une production de toute beauté? Et oui car bon vous allez me dire, ton groupe il joue bien et il a de bonnes chansons, mais si la batterie sonne comme un pot de yaourt et que la ligne de basse dont tu vantes les mérites est inaudible, à quoi bon… Sauf que voilà, si je vous dis Olivier T’Servranx pour enregistrer et Göran Finnberg pour le mastering, forcément là, je vous ai convaincu. Non? Alors dans ce cas je vous invite à jeter un oeil au livret de l’album The Sundering de Glowsun (que vous avez forcément chez vous!). Bon, trêve de bla bla, je vous le donne en mille c’est du tout bon. La production est énorme! Sans rire pour peu que vous n’écoutiez pas ça sur votre téléphone portable, vous allez en prendre plein les oreilles. Et encore, je suis sur que ça doit même rendre super bien sur un mobile, c’est dire.
Bon sérieusement, en vous disant que ça sonnerait super bien même sur mobile j’ai vraiment été chercher mon dernier argument là… Alors si je ne vous ai pas convaincu c’est bien simple, c’est que vous l’étiez déjà avant, sinon moi je ne sais plus quoi faire pour donner envie.
Raise the Veil est un excellent album, ne passez pas à côté.

Arenna – Beats of Olarizu

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Allez hop, on prend son sac à dos, une bouteille de rouge, un sandwich au pâté de campagne/gros sel, on chausse ses chaussures de rando et en route pour la forêt.
C’est l’impression que me donne l’écoute de cet album d’Arenna, une ballade en forêt entre bons vivants, dans les sous bois, les prés et autre lieu typique du pays basque.

Il se dégage presque une odeur de champignon de cette musique. Évidemment il s’agirait des mêmes champi consommés par Black Sabbath en son temps ou Kyuss plus récemment.
Le mélange prend bien et la voix permet de sortir du côté sous influence (musical cette fois), à aucun moment l’accent ne se fait sentir et c’est fort appréciable. Le mix place la voix un peu trop en avant à mon goût mais comme elle est bien maîtrisée et juste, ça n’est pas un vrai problème.

Les morceaux sont plus aventureux qu’on ne s’y attend de prime abord, ils dépassent tous les 5 min et sur l’ensemble du disque la moyenne est plutôt à 8 min, heureusement les ambiances évoluent et on ne se contente pas d’alterner 3 riffs comme souvent dans ce style. Je veux bien que le coté hypnotique soit important dans notre milieu mais faut pas non plus exagérer… En tout cas ici, chaque chanson se balade d’un thème à un autre en passant par différentes humeurs et couleurs. De ce fait, un léger coté prog assez plaisant se dégage sur certains titres .

Par moment au contraire les riffs sont un peu trop bateau et semblent déjà entendus mainte fois. Vous savez ce genre de plan un peu pauvre ou les zickos semblent en mode automatique et pondent un riff qui serait devenu un classique si il n’avait pas été composé il y a 20 ans par les maîtres du genre. Puis à la suite d’une interlude ou au détour d’un couplet l’univers du groupe reprend le dessus et on est conquis à nouveau. Le charme opère le mieux sur les morceaux les plus longs, ici on prend le temps de s’installer et de sortir son tire bouchon avant d’attaquer la prochaine portion du voyage, on passe d’une ambiance 70’s à un bon riff désertique puis les chœurs viennent soutenir le chant principal qui démontre alors sa personnalité.

Pour finir, n’oublions pas de vanter les qualités de la pochette, une sorte de paysage onirique marin à la Sandoval (Tony, pas Pete, non rien à voir sur ce coup là) . L’édition vinyle doit être sacrément classe, surtout qu’elle comporte 3 titres bonus !

En rentrant n’oubliez pas d’essuyer vos chaussures sinon ça va gueuler …

Wo Fat – The Black Code

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Wo Fat est un groupe que j’adore et qui mine de rien avec ses premiers albums revient très souvent dans ma liste d’écoute. J’aime leur son et leurs compos et j’attendais leur nouvelle livraison avec impatience, c’est peu de le dire. Dans la lignée de leur précédent effort, The Black Code est très dense et excellent. En cinq titres (de 5 à 12 minutes pièce), la messe est dite. Et inutile de peser le pour et le contre, Wo Fat c’est du tout bon, c’est du solide.

Déjà la production est monstrueuse et parfaitement en adéquation avec l’esprit du groupe. Lourd sans être pesant, une surenchère dans les basses sans exagération et un parfait équilibre qui rend justice au travail effectué.

Niveau composition, on ne s’ennuie pas une seconde, bien au contraire ! Le groupe nous livre cinq petits bijoux bien taillés avec juste ce qu’il faut de son gras pour vous plaire. Le titre éponyme résume bien l’ensemble. Super riff, voix bien posée et qui sonne authentique, jam et solo bien placés et un ensemble hyper convaincant. Le groupe est vraiment efficace sur des morceaux d’une dizaine de minutes. C’est le timing idéal pour eux je trouve. On sent que le groupe prend son temps pour placer ses idées, pour les bonifier et  surtout ne pas les expédier trop vite. Un album qu’on écoute et réécoute avec plaisir et qui, tout comme les autres, devrait tourner régulièrement chez moi, peut être même plus.

C’est dans les longues parties instrumentales, agrémentées de forts jolis solos que le groupe montre toute l’étendue de son talent et de ce côté c’est l’assurance de combler les plus exigeants d’entre vous. L’alternance entre passages bien lourds, d’autres plus rapides ou encore certains très planants (The Shard Of Leng en est le parfait exemple) ravira aussi bon nombre d’entre vous c’est une certitude.

Un album à déguster sans la moindre modération tant il est réussi.

Elder – Dead Roots Stirring

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Les fesses vissées au creux du siège effiloché de la 205, nous avalons les kilomètres d’asphalte sous le soleil cuisant de Roanne en direction d’un week-end barbecue subtil et délicat. Mon oreille se tend « C’est vachement bien ce groupe, c’est qui ? – Elder. ». Dix minutes plus tard «Ca aussi c’est bon, c’est quoi ? – Elder ! ». Arrivée à destination vingt minutes plus tard, un dernier morceau hurle dans le HP 5” de la portière « C’est porc ! C’est qui ? – ELDER !!! ».

Elder donc. Et plus particulièrement Dead Roots Stirring paru en octobre 2011. Le trio de Boston mené à la guitare par Nick DiSalvo et assis rythmiquement par le batteur Matt Couto et le bassiste Jack Donovan, envoie dans ce cinq titres du gras, du gros, du très grand.
Dès le premier essai, Gemini, les trois jeunes premiers nous livrent leur quatre vérités ; des compos longues, folles, doom et psyché-es se déliant de solis guitaristiques dévastateurs. La maîtrise et le doigté du six-cordiste sont un régal. DiSalvo guide littéralement cette fougueuse monture qu’est Elder, bien aidé par la section rythmique puissante et précise de caisse claire sèche en basse éraillée. Le morceau éponyme, Dead Roots Stirring abonde en ce sens. Un titre de douze minutes qui surprend constamment – et que j’te chorus un arpège, et que j’te flange un pont, et que j’t’envoie un solo de l’espace délayé dans la réverbe – le tout saupoudré d’insidieux changements de rythmes qui propulse l’auditeur dans des sommets de prog gras et rock.

Abasourdis, les tympans viennent se faire cajoler par le troisième morceau intitulé « III » (tout le monde a droit à son petit instant « je ne me foule pas la burne à chercher un titre »), lorgnant méchamment vers les compositions de master Iommi. Une intro de trois minutes claire, aux accents folkloriques qui vient s’échouer dans un déluge de psychédélisme et de groove avec toujours ce soucis d’aller « au bout du riff », de lui en tirer la substantifique moelle. Les mecs sont jeunes et t’envoient des compos de vieux grognards rompus à l’exercice. Le seul bémol de l’album viendrait d’ailleurs de cette jeunesse qui, dans les parties chantées (rares certes), infléchie la voix et l’impact dans la capsule du micro. Ca sonne un peu forcé et fluet au regard de la production mastodonte qui se répand de la galette.

Mais ce petit détail est balayé d’un revers d’harmoniques quand déboule The End. « Oh regardez ! Le guitariste à 6 doigts à la main gauche ! ». Bin oui, parce que pour balancer autant de notes faut un truc en plus. Sur l’avant dernier morceau, Elder convoque Kyuss pour un nouveau voyage dans la Sky Valley. On ne rêve que d’une route sans fin à son écoute. La basse-moteur ronfle méchamment sous les solos fuzzés et le road-trip s’étire en wah-wah asphaltée pour le plus grand plaisir de tout fan de Stoner.
Elder finit sur Knot, un délicieux mélange d’influence 90s (une structure At the Drivienne) et de riffs 70s. Un titre plus « morceau » dans l’esprit, plus jalonné, accessible peut-être et tubesque à mort. Douze minutes quand même, faut pas déconner non plus, les mecs ne font pas de la pop. Ça headbang tout du long, ça frétille des vertèbres. Cervicalgie mon amour.

Dead Roots Stirring est un album d’une infinie richesse, de styles variés, assumés, mais s’en dégage une unité, une cohérence incroyable. Pitit conseil : la production est tellement massive et le mixage troussé comme il faut qu’une écoute au casque au moins une fois est chaudement recommandée. La dernière fois que j’ai eu un tel frisson c’est quand on m’a léché l’oreille.

Gros coup de cœur.

Earthless – Sonic Prayer

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Deux titres, 42 minutes, pas une parole. Vous voulez du jam ? Vous voulez de l’instrumental qui part dans tout les sens ? Ne cherchez plus, Earthless est la came du moment, le groupe à découvrir de toute urgence.
Flower Travelin’ Man part doucement sur un petit tempo bien seventies basse/batterie que n’auraient pas renié Noel Redding et Mitch Mitchell. Et puis la voilà, la star qui pointe le bout de son nez, la guitare électrique avec un pur son stoner comme on en rêve. Et c’est parti… solo ? riff ? impro ? C’est un mélange de tout cela à la fois et c’est totalement réussi. C’en est même impressionnant par moment tellement c’est bon.
Isaiah Mitchell a un jeu très agréable, très fluide. Il reprend son petit rythme du début et nous le ressort tout au long du morceau, avec des variations qui petit à petit le transforment, le bonifient, le font vivre et évoluer devant nous. Le tout entrecoupé et accompagné de solo et jam à vous couper le souffle. La bassiste est un métronome d’une précision ahurissante. Lui aussi s’amuse bien avec sa ligne de basse qu’il triture, modifie, transcende alors que son compère occupe le devant. Et la batterie n’est pas en reste. Du seventies pur jus et du bon. Il alterne les moments calmes avec une rythmique simple et se lance lui aussi dans un tempo plus soutenu à vous en faire perdre la tête.
Les trois compères atteignent par moment des sommets dans l’art du jam que je n’avais pas entendu depuis bien longtemps. C’est tout bonnement déroutant. Certains passages avec deux guitares sont encore plus fournis mais jamais fouillis. C’est maîtrisé de bout en bout, c’est du grand art.
Lost In The Cloud Sun est dans la même veine. Le riff d’intro, pourtant hyper simple vous fout le frisson. Là encore ce riff est utilisé, usé, abusé pour devenir l’identité même du morceau. Les variations que ce mec arrive à tirer à partir de ce petit rythme de départ, sans même qu’on s’en rende compte est un véritable plaisir. Et ce petit riff devient grand, il se transforme en jam, en solo et revient à son état d’origine le tout avec une fluidité qui me dépasse. C’est beau. A 4 min 20, il vous cueille littéralement avec un riff d’une simplicité et d’une efficacité miraculeuse. Et puis c’est comme cela pendant 20 minutes…

Du pur bonheur, le groupe à découvrir absolument!

Mars Red Sky – Stranded In Arcadia

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La rythmique est lourde, sourde, sombre, à un point que l’étouffement pourrait nous prendre dès les premières secondes. Mais les lumières percent : une guitare, de la reverb, un chant, haut et lointain. Des couleurs apparaissent : jaune, ocre, rouge. Nous voilà sauvés mais déjà loin, si loin…
Voici en peu de mots l’effet Mars Red Sky.
L’artwork de la pochette laisse maintenant place au doute. Sommes nous sur un semblant de Mars avec ce simili-cercueil déjà présent sur leur EP ? Sommes nous finalement sur une terre ravagée, comme pourrait nous le laisser subodorer le Christ Rédempteur à l’horizon ? Ce rocher extrait de l’eau par le trio ne serait-il pas le météore de leur premier album ? Depuis refroidi, digéré ? Il me semble qu’on peut voir ici un message quand à ce qui nous attend : une évolution.

L’introduction du premier morceau (“The Light Beyond”) n’est pas sans rappeler celle de leur collaboration avec Year of No Light. Quelques notes lointaines pour mieux vous surprendre et quand la voix de Julien Pras arrive vous êtes déjà transportés. On retrouve bien sûr tout de suite leur style et ce avec plaisir. Mais, au bout de cinq minutes nostalgiques, commence une montée riche en émotion qui trouvera son paroxysme dans les cris libérateur d’une voix plus intense que jamais. Passons tout de suite à “Holy Mondays” qui est certainement le morceau le plus entraînant de l’album. Une base lancinante et un refrain si entêtant que votre cerveau l’intégrera dès la première écoute. En un mot : efficacité.
Nous voilà arrivés au cinquième morceau, celui qui donne en partie son nom à l’album : “Arcadia”. On est là face à un instrumental de presque six minutes en forme de longue complainte mélancolique. La section rythmique, menée par Jimmy Kinast (basse) et Mathieu Gazeau (batterie), reprend un motif simple et lent jusqu’à épuisement. Par dessus, la guitare surnage. Le tout finit quand, dans une apothéose orgiaque, la guitare active la fuzz, reprend le motif, l’accélère puis le laisse filer… Voilà une dose pure de psychédélisme.
Pour “Seen A Ghost” déjà présent sur l’EP inter-albums la ligne de voix est étrange. Elle semble avoir été extraite d’un morceau pop puis mixée avec un cantique pour être ralentie, compressée, dénaturée. L’effet peut être déstabilisant. Pourtant l’intégration est parfaite et marque une expérimentation réussie.
Le dernier morceau (“Beyond The Light”) sert d’outro et reprend le premier motif de l’album pour boucler la boucle, comme on dit. L’ajout de vagues sonores permettant de voguer tranquillement vers la réalité.

Je vous laisse la découverte du reste mais sachez que la galette ne semble posséder aucune faiblesse. Chaque morceau évite la redite et possède son originalité, ses subtilités. Le rythme est totalement maîtrisé et nous entraîne sans difficultés, en alternant les plaisirs et les émotions, jusqu’à la fin. L’album semble en fait plus ambitieux que le précédent. Les greffes apportées à leur style en sont la meilleure illustration. La voix, plus affirmée et nouvellement enrichie de nombreuses variations, permet la création de nombreuses ambiances. Les expérimentations instrumentales vont aussi plus loin, plus souvent, plus longtemps. Pour finir, la production est d’excellente qualité. Elle évite le marasme sonore et garde un côté très “naturel”. En somme, le seul reproche pourrait se porter sur la durée avec 7 morceaux et demi pour une quarantaine de minutes. Je crois que je suis simplement trop gourmand mais bon sang que ces Bordelais sont bons !

Kyzyl Kum – Sable Rouge

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Un groupe c’est d’abord un nom : Kyzyl Kum… ça sonne original et ça fait apprendre des choses, le saviez vous : Le désert du Kyzylkoum ou désert du Kyzyl-Koum (en ouzbek Qizilqum, qui signifie littéralement « sable rouge ») est un désert partagé entre le Kazakhstan, l’Ouzbékistan et, pour une petite partie, le Turkménistan. Voilà pour la leçon de culture. Etonnamment l’album ici chroniqué se nomme Sable Rouge. Coïncidence ?

Ensuite c’est une pochette et on comprend que nos amis d’Angoulême sont dans leur démarche artistique propre. A quoi bon les codes, les gens bien pensant de la sphère musical, les faux-semblants : Kyzyl Kum propose son digipack cartonnée fait maison. Dessins réalisés par les membres du groupe et son entourage, on adhère ou non c’est leur style. Dans le même esprit je vous recommande leur présentation facebook, âme sensible s’abstenir.

Tout ça pour prendre conscience d’une chose : le plus important c’est la musique (et pas les titres des morceaux non plus). Après une intro pour nous faire pénétrer dans leur univers, le duo instrumental nous entraîne dans son usine à riffs. Le son est saturé comme il faut, comme une bonne grosse démo professionnelle. Si c’est bien d’un duo guitare/batterie dont on parle, une basse résonne en fond de mix comme pour donner un peu d’assise à l’ensemble.

On pense à Karma to Burn sur certains plans un peu vitaminés mais c’est surtout quand ils invoquent les démons d’Electric Wizard (première génération) que les Angoumoisins sonnent le plus juste. L’aspect riff crade en boucle avec quelques ambiances sonores en fond. Plus à l’aise sur ces tempos ralentis la batterie écrase et nous rapproche des tourments générés par les riffs hypnotiques de la guitare.

On sent que la crèmerie tourne depuis quelques temps et que l’idée est de faire du bon beurre d’artisan et pas de la margarine allégée industrielle. Seule ombre au tableau les idées sont bonnes mais les arrangements sont un peu bruts. Souvent les riffs tournent et s’enchainent mais manque la cerise sur le gâteau qui ferait décoller l’ensemble.

Un groupe qui assume, qui fait taper du pied, qui fait planer et qui donne envie d’être suivi parce ce premier grain de sable dans ce désert est prometteur.

Ain´t-One

Domadora – Tibetan Monk

Domadora est un trio 100% français, qui depuis plus d’un an se fait vraiment un nom dans la scène française (a mimima), à coups notamment de concerts mémorables. Le groupe est assez jeune au final, deux ans et quelques à peine, mais il ne manque pas d’une sacrée paire de cojones (enfin, de trois paires… enfin… bref, on s’comprend), qu’il pose bien là sur la table, en osant doter sa première galette d’un ornement plus que classieux, sous la forme de l’épique “Fall Of The Damned” de Rubens, une œuvre grandiloquente, roborative, majestueuse, dynamique, une œuvre mature d’un artiste qui n’a plus rien à prouver, un défi à l’époque, qui apportait un regard différent (en l’occurrence sur la caractérisation millénaire du bien et du mal)… Ben l’air de rien, “Tibetan Monk”, c’est un peu tout ça.

Quelques mois après son enfantement, et un passage par la case “auto production”, “Tibetan Monk” se voit enfin sortir (en vinyl pour le moment) chez Bilocation Records… L’album est un véritable OVNI au milieu du pourtant foisonnant et riche biotope stoner, qu’il soit français ou international. Le groupe ne ressemble en effet à aucun autre… et à plein d’autres à la fois ! On va pas se le cacher, à l’écoute de l’introductif “Tibetan Monk”, on faisait pas les fiers. Sorte d’intro “guitares en l’air, major chords à fond les ballons, et déluge de cymbales”, on dirait plutôt l’outro de tous les titres de AC/DC en live (vous savez, ces chansons qu’on ne sait pas finir proprement, alors tous les musiciens font un max de bruit pendant 30 secondes avant de se faire applaudir). Alors quand déboulent les onze minutes du bien nommé “Ziggy Jam”, on souffle, et on sourit. Parce que l’essence de Domadora, elle est là, en fait. C’est un trip, une grosse jam qui t’embarque en deux minutes, un truc un peu hypnotique qui peut te péter à la gueule à tout instant ! A ce titre, on pense évidemment à la posture musicale d’un Tia Carrera, ce combo qui ne joue jamais deux fois le même morceau, en tout cas jamais de la même manière, qui se lance dans des jams live sans jamais en connaître la fin à l’avance. Un peu plus structurés que les ricains sus-mentionnés, les frenchies n’en ont pas moins un goût immodéré pour les ambiances psyché à rallonge, étirées un peu dans tous les sens, et surtout susceptibles de s’emballer dans des contrées sinon inconnues, tout du moins imprévisibles. Il suffit d’entendre le virage pris à mi-chemin du même “Ziggy Jam”, et l’emballement boogie qui s’ensuit pour comprendre que le trio n’a pas peur de se frotter à plusieurs prismes musicaux. Pareil pour le dernier tiers de “Naïroya”, qui débute comme un titre mid-tempo superbement exécuté, et tombe dans une spirale de groove ensorcelant sur une fin menée tambours battants, sous des déluges de soli de gratte. Un peu plus loin, “The oldest man on the Left” (ou en tout cas les trois premiers quarts du morceau) n’aurait probablement pas trop dépareillé sur “… And The Circus Leaves Town”, son de gratte graisseux en bonus, groove à tous les étages, basse ronde et robuste, breaks impeccables… “Domadora Jam” sur la fin n’est pas le titre le plus intéressant de l’album, moins diversifié, moins bien produit (beaucoup d’écho, un son qui sonne plus faiblard), le titre recèle quand même quelques passages que n’aurait pas renié Karma To Burn.

Au milieu d’un triptyque instrumental épique et quasi-monumental (rien sous les onze minutes), nos parisiens n’ont rien trouvé de mieux que de balancer “Chased and caught”, une torpille furieusement charpentée, un titre presque trop direct et efficace (je l’avoue, je me suis même demandé si ce n’était pas une reprise), qui plus est dotée de chant (des vocaux juste impeccables, à se demander pourquoi ils n’en collent pas sur leurs autres titres : ce n’est clairement pas leur point faible !). Une autre illustration en tout cas que leur musique est pleine de surprises, et surtout que nos trois zicos sont plein de ressources et de potentiel. On va essayer de les choper en concert au plus tôt si possible : leur galette laisse à penser que le trip prend toute sa dimension en live, c’est une évidence.

Valley of the Sun – Electric Talons of the Thunderhawk

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Au bord de la route, une vieille dodge semble abandonnée. Pas de circulation. Espérons qu’il y ait une gourde dans la boîte à gants. L’été est chaud et humide même le son de la radio paraît étouffé. Un chant traditionnel de l’Ohio est diffusé sur les ondes : « Worn Teeth ». Voix plaintive, une simple guitare, des clappements de mains et des pas pour seule base rythmique. L’auteur devait être condamné aux travaux forcés à casser des cailloux. Finalement trois hommes sont dans le véhicule. Le moteur avec son mur de guitare/basse/batterie est lancé. La gomme des pneus se met à chauffer, le chant traditionnel s’est transformé en hymne hard. La mécanique semble bien huilée, ça ronronne sévère sous le capot. C’est lourd et efficace. La carrosserie se met en branle. La route s’ouvre à nous.

« As Earth and Moon » débarque, wouah ! La dodge fait du 0 au 100mph en une seconde ! Le moteur est déjà chaud, ça groove de toutes parts ! Des riffs heavy s’enchainent et la section rythmique étale tout son savoir faire en break, cassure de rythme, changement de motif. Chant typé hard des sweet 90’s, ça « crie » mais c’est mélodique et puissant. Des ouuuuuuh, des yeaaaaaaaaaah. Le couplet a marqué le goudron d’une trace indélébile. Le son nous rappelle que l’on sait encore faire des productions puissantes mais claires. Loin de la mode du « si l’aiguille est dans le rouge c’est que c’est bon ».
On ne roule que depuis six minutes que l’on est déjà scotché à la banquette arrière. La route est sinueuse mais les pilotes savent négocier les virages avec maestria. « Maya » prend le relai à l’antenne. L’intro est plus posée, la route monte et descend mais une fois la dernière côte attaquée, le groove est lâché. « Nomads » se la joue basse/batterie/chant, pas de gourde dans la boîte à gants mais un minibar rempli de bières fraiches. Les Américains savent jouer et dans ces conditions vous vous dandinez de manière incontrôlable sur un groove endiablé.

« Laser Vision Intermission » laisse le temps au moteur de se refroidir un peu. Interlude bienvenu au milieu de ce déluge de riffs tranchants, de basses ronflantes et de batteries claquantes. Tout est finalement de facture classique dans cette dodge mais tellement bien assemblé. « Within the Glare » reste dans la même veine. Le gratin du rock lourd et hard des années 90 est évoqué. « The Message is Get Down » vient réclamer à Fu Manchu la couronne de king of the groovy road. Les paysages défilent, la route est tracée : on ne fera que prendre son pied à chaque intro, chaque couplet, chaque refrain, chaque break. Du power-stoner-rock! « The Sleeping Hand » ne déroge pas à cette ligne de conduite que Valley of the Sun se tient à suivre de la plus juste des manières. « Gunslinger » enfonce le clou, on va être à cours de fuel ! Les chevaux sont lâchés, ça vrombit de partout. La voiture est devenue décapotable, ça devenait urgent de pouvoir headbanger librement.
« Centaur Rodeo » nous conduit à destination, la dodge a été customisée avec un petit synthé pour appuyer le côté fin de road trip. Le voyage a été tellement jubilatoire qu’ils pourraient garer la caisse dans une décharge qu’on garderait un sourire béat.

Première signature sur le label Fuzzorama des Truckfighters, Valley of the Sun signe avec “Electric Talons of the Thunderhawk” son troisième opus et nous fait amèrement regretter de ne pas avoir croisé leur route plus tôt. L’album se clôt qu’on a envie de refaire du stop.

StoneBirds & Stangala – Kreiz-Breizh Sessions

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On assimile souvent le stoner à la musique qu’on écoute au volant d’une grosse cylindrée, cheveux au vent, sous le soleil de plomb du désert, avec bière (ou whisky) et cigarette cosmique à portée de main. Avec ce premier volume des Kreiz-Breizh sessions, le stoner s’écoute aussi drapé dans un ciré, à l’abri de la pluie et du vent, avec à portée de main du chouchen et des crêpes. Car, comme leur nom l’indique, ces Kreiz-Breizh sessions nous viennent tout droit de Bretagne.

Trêve de plaisanterie et de clichés faciles, cette galette (bretonne) débute par l’offrande des sympathiques Stonebirds.

Ces derniers ont écouté, assimilé et digéré ce qui se fait de mieux outre-atlantique et leur musique suinte du Slo Burn et du Sixty Watt Shaman par tous les pores. L’excellent “Red Lights” aurait d’ailleurs pu faire partie des compos du combo du Maryland (on croirait même entendre par moment Dan Soren sur ce titre). Et quand le trio ralentit lourdement le tempo à la manière d’un Down (“Outro Drama”), il fait encore mouche. Groove, gras et headbanging sont donc au rendez-vous… et c’est bien ça le plus important. En seulement 5 titres donc, les Stonebirds se posent comme un sérieux représentant du stoner “old school” made in France et raviront les amateurs de pachydermisme velu et plombé.

Après ces 5 morceaux, c’est au tour de Stangala de balancer la sauce.

Contrairement aux Stonebirds, les influences se situent ici plutôt outre-Rhin, du côté de Rotor, tant les guitares sont aussi tranchantes et la basse aussi ronde que celles de nos joyeux teutons. “Ar Stang” (et ce ronflement de la 4 cordes) en est le plus bel exemple.

Vocalement ensuite, Stangala c’est du 100% breton. Tantôt chanté à la manière d’un Marylin Manson, tantôt hurlé façon chanteur de black metal à qui on ne presse pas les testicules assez fort, la partie vocale s’avère être le point faible du combo. Du coup, cette particularité linguistique qui aurait pu appuyer l’imagerie celtico-doom du groupe passe quasiment inaperçue, tant le chant dessert le propos et nuit à des compos qui sont toutes des tueries instrumentalement parlant.

De plus, et malgré mon bonnet rouge acheté à Saint-Malo (ça ne s’invente pas !), j’ai beaucoup de mal avec les passages musicaux typiques “bretons” qui “émasculent” certains morceaux pourtant bien couillus à la base (“Kong Kerne” sur lequel on jurerait qu’une troupe de joyeux trolls et de bienveillants farfadets vient danser le plinn en catimini).

Bref, Stangala fait figure d’ovni dans le paysage stoner hexagonal. Ovni revendiqué certes, mais qui ne ravira qu’une poignée de curieux, aventureux et sensibles aux charmes celtes.

Stonerpope

Brutus – Behind The Mountains

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Forcément avec un nom pareil, on imagine de la filiation violente mâtinée de traîtrise et de poignard vengeur. Ce Brutus-là, petit fils adoptif de Black Sabbath et de Blue Cheer, fait plutôt dans l’hommage et la partition appliquée. Ça suinte les 70s par toutes les mécaniques des guitares.
Le quintet scandinave dans “Behind The Mountains” nous balance un rock typé, efficace, qui dès les premières notes et harmonies vocales de “The Witches Remains” nous emmène à Birmingham en 1968. C’est sombre, lourd, ça bourdonne velu. Mais les poilus savent aussi se faire groovy et les morceaux suivant, “Personal Riot” et “Big Fat Boogie” sauront dénuquer le plus gonflé des culturistes. Du riff efficace sur de la rythmique binaire, du solo rocaille et de la basse précise, du son taillé pour le live et la bière.

Là où réside l’intérêt de cet album, c’est quand Brutus ralentit, quand il tape dans le mid-tempo, quand le blues envahit les entrelacs des guitares, que la section rythmique fait sonner la mélancolie. “Blue pills” est un de ces morceaux où le groupe prend le temps de nous en coller une derrière l’oreille. Et “Reflections” en est le merveilleux représentant. Quatre notes fortes, lentes et marquées annoncent la couleur. Brutus ne fait pas dans la ballade sirupeuse mais dans l’introspection, dans la mélodie lancinante. « and she lost her mind ». Le chant plus posé que sur les autres titres invite à l’écoute. Oui définitivement un blues, mais un blues bâtard qui en son centre bascule dans une course effrénée où le groupe accélère comme s’il avait le diable aux trousses. Ca joue vite, ça joue foutrement juste, on exulte à l’idée de prendre cette claque en live. Uppercut. Le titre re-bascule dans le mid-tempo, on reprend son souffle. Le crunch de la guitare, les nappes d’orgues subtiles, à nouveau, Brutus décélère et nous laisse pantois après ces 7 minutes incendiaires. Je comprends ce que ressentent les personnages sur la pochette de l’album. Et pour le coup, de noter le réel intérêt de l’artwork et la corrélation avec la musique du groupe.
L’album se termine sur “Can’t Help Wondering Why”. 9 titres, 45 minutes. Pas plus, pas moins, pas besoin.

“Behind the Mountains” est un album concis et honnête, la production y est propre, le mixage précis laissant la place à toutes les composantes du groupe. L’addition d’orgue et d’harmonica se fait avec parcimonie et juste ce qu’il faut pour enrichir des morceaux comme “Crystal Parrot”. Brutus ne révolutionne pas le genre mais participe intelligemment, à l’instar de Kadavar, à son renouveau et fait preuve d’une véritable originalité quand il prend le temps de développer ses idées.

Isaak – The Longer The Beard The Harder The Sound

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Enfin ! Enfin les vraies questions de notre temps sont posées. Enfin un groupe de chercheurs s’est penché sur une étude des plus sérieuses intitulée « The Longer the Beard the Harder the Sound » qui traite du lien entre pilosité faciale (the longer the beard) et dureté du son (the harder the sound). L’étude menée à Gênes en Italie est d’abord parue en 2012, puis rééditée en 2013 après un changement de nom de ses auteurs. Ces derniers se nomment désormais Isaak et non plus Gandhi’s Gunn. Parce qu’une bonne barbe aujourd’hui est souvent signe d’un groupe qui en impose. Le petit côté homme sauvage/bucheron/biker/hippie qui fait la richesse du mouvement stoner. Peut-on être crédible dans ce courant musical si l’on n’arbore pas une toison sub-nasale ?

Le rapport se présente sous huit chapitres bien construits et étayés, aujourd’hui enrichis de quatre annexes. Deux d’entre elles reprenant les travaux de deux précédents théoriciens (Pink Floyd et Iron Maiden) et les deux dernières étant de nouvelles compositions.

D’abord la couverture interpelle et est le juste reflet des propos développés. Cette étude trouve ses origines depuis la nuit des temps ! Images de temples ancestraux, reptiles disparus, moto et femme dénudée. La présentation est en adéquation avec le sérieux de la question !
C’est en 40 minutes pour les titres originaux et 13 pour les annexes que Isaak expose ses idées. Et des idées il y en a ! Rien de novateur mais tout est de bon goût. Premier chapitre et une intro a capella… Ca surprend mais quand tout le monde rentre en scène on comprend. Il y a du groove dans ce rapport, il y a de l’énergie à revendre et il y a du son. Pas aussi dur que l’intitulé du dossier le suggère mais saturé comme il faut. La guitare sonne presque garage avec cette saturation crade (style barbe de trois jours), la basse pas qu’en rondeur pique aussi (barbe mal taillée) et le chant bien que « clair » a un petit quelque chose qui râpe (barbe propre et bien entretenu mais barbe quand même). La batterie bien équilibrée dans le mix n’est ni claquante ni sèche (pas rasé du matin quoi). La forme y est, qu’en est-il concrètement du fond.

Au premier abord on pense à l’école américaine du stoner au sens large. Clutch, Red Fang, Corrosion of Conformity (avec Pepper), l’aspect un peu sludge de certains plans, la désinvolture, le groove. A force d’écoutes, les mélodies vous pénètrent l’esprit, la fluidité des arrangements, les outro soignées et c’est l’école scandinave qui finalement enrobe l’ensemble. Le hard stoner des Honcho, Dozer et comparses n’est pas loin. Beaucoup de grands noms, barbus de surcroît (coïncidence ? je ne pense pas), mais autant d’influences bien digérées et intégrées. Sous couvert d’une ambiance pas prise de tête, les italiens se font porte drapeau d’un stoner riche, bien foutu et addictif.

Musicalement les génois débordent de ressources, moins de quatre minutes au compteur par morceau et un condensé de couplets, refrains, breaks qui transpirent le côté bien rôdé, peaufiné, roulé sous les aisselles (“Breaking Balance”, “Adrift”). Isaak sait néanmoins ralentir le pas quand il faut (“Flood” et son intro posée au limite du doom pour un final plus explosif). “Hypotesis” et sa cithare pour une chanson hypnotique de plus de dix minutes. La vraie force de cet opus et point différenciant reste le chant avec ses lignes originales et ses refrains entêtants (“Haywire”, “Rest of the Sun”). Vous ajoutez à cela les deux reprises “Fearless” et “Wrathchild”, qui démontrent l’aisance du groupe pour s’approprier un morceau, et les deux petits brûlots en bonus derrière, et vous obtenez un disque qui a tout pour plaire. Tout est bon dedans il n’y a rien à jeter.

Small Stone les a signés en 2013 pour deux nouveaux albums, si nos amis transalpins repoussent leurs limites nous tenons dans nos mains un futur grand représentant du stoner. En attendant vous vous surprendrez à l’écouter en boucle sans vous lasser parce qu’à chaque écoute vous découvrirez une subtilité en plus. Barbu ou non, ce rapport d’étude est d’intérêt public.

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