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Toujours sur la brèche, Desert-Rock ! Précurseurs, on va vous faire découvrir un petit groupe de ricains qui n’en veulent et qui devraient se faire connaître sous peu… Ah, on me dit dans l’oreillette que Red Fang enquille sa 13ème tournée européenne cette année, a déjà ravagé 99% des salles françaises ces derniers mois, et a été couvert de louanges par tout ce que le territoire francophone et européen compte de magazines, fanzines, webzines…. Ah… Jamais trop tard pour bien faire, on va quand même parler un peu de ce quatuor fort intéressant.
Deuxième album pour Red Fang, donc, sorti chez Relapse. Ce label (un peu en perte de vitesse) a souvent été prompt à héberger quelques groupes dans la marge la plus « bourrine » du petit monde stoner (Alabama Thunderpussy, High On Fire, les premiers Mastodon, etc…), ce qui ici nous aura mis la puce à l’oreille. Dans ce repère de sauvages, Red Fang défend une musique un peu plus subtile que la plupart de leurs collègues de labels. La musique du combo est assez difficile à décrire, car très peu référencée, un peu comme un groupe sous le feu d’innombrables influences musicales assez cohérentes, indiscernables, complètement digérées. Leur son est à ce titre assez classique à première vue, mais le mix absolument cristallin des différentes strates sonores rend l’écoute limpide, donne l’impression d’un groupe qui clairement n’a rien à cacher sous une foire d’effets stériles. Les compos avant tout.
« Malverde » installe la machine par une intro presque « grandiloquente » suivie d’un riff costaud, sec et saccadé (qui s’avèrera un élément récurrent du disque) et des beuglements crasseux de Aaron Beam. Pim Pam Poum, l’affaire est emballée. Le riff lancinant de « Wires », et son solo/break sont une bonne illustration de la raison pour laquelle on affilie Red Fang de près ou de loin au mouvement stoner… Le vivifiant « Hank is dead » et ses vocaux dédoublés comme en chœur nous rappelleront la pèche de Disengage. En 3 titres, Red Fang pose la barre très haut. Les quelques titres suivants sont moins percutants, mais ne manquent pas de relief ou d’intérêt. Plus loin « Number thirteen » se démarque par son riff enjoué, et son refrain parfaitement arrangé pour mettre en avant la batterie de John Sherman et la paire de gratteux (pour successivement le riff de refrain et les soli). Riche. L’album se termine par le planant « The undertow », un presque-instrumental echaîné à l’infectieux « Human herd », où Beam nous amène via un couplet en chant clair sur un refrain malin, vicieux et catchy.
Le manque de prétention de ce groupe est manifestement inversement proportionnel à son talent, et la proposition musicale qu’ils nous font apporte une réelle nouveauté dans le paysage rock / stoner actuel. Une sorte de bouffée d’air frais, qui démontre s’il en était besoin la possibilité de faire neuf et original sans se lancer de manière hasardeuse dans des genres musicaux exotiques ou des compositions tordues… En s’appuyant sur les basiques rock / metal / stoner, Red Fang déploie son talent de compo et construit un disque chargé de hits en puissance. On salive en imaginant le potentiel de ce groupe (inévitablement on pense au parcours d’un Mastodon, dans un genre musical différent…).

Small Stone nous a encore sorti de derrière les fagots un combo atypique comme on les aime. Tout droit issus de Pennsylvanie, ce quatuor de gros rednecks mal défraîchis (dont une charmante bassiste que, par galanterie au moins, on ne fera pas rentrer sous ce qualificatif) propose un disque franchement original. Globalement, le groupe trouve sans peine sa place au sein du catalogue Small Stone : gros riffs qui défouraillent, cordes vocales houblonnées, murs de grattes éhontément saturées… Le canevas de départ est bien là. On aurait pu s’en tenir là qu’on aurait déjà été content. Mais Backwoods Payback va plus loin et larve ses titres d’arrangements tout à fait surprenants. Prenez l’excellent « Flight Pony », construit sur un riff bien groovy, il part dans le refrain sur des accents qui rappelleront aux initiés le hardcore typique de Life Of Agony période « River Runs Red », idem pour le son de gratte du couplet de « Knock wood » ou « Velcro ». Bluffant ! Quelques souvenirs du début de carrière hardcore de Mike Cummings, probablement, subtilement incorporés à sa production actuelle. Les titres s’enchaînent et ont tous un petit quelque chose qui les fait rester en mémoire, ce petit truc que cherchent bon nombre de groupes… Sur « Timegrinder » c’est l’alternance couplet « thrash metal » / refrain mélodique (faut oser) qui amène à une fin de morceau de pur doom. Sur « Parting words » c’est une seconde moitié du morceau qui l’emmène de touches heavy vers des passages plus ambiancés limite doom. Sur « Lord Chesterfield », c’est un refrain bien rentre-dedans qui vient bousculer un couplet lent et groovy. Sur « Poncho » c’est un couplet complètement étrange, décalé, enivrant.
Même si le descriptif ci-dessus laisse penser que l’on se trouve devant un combo qui se cherche musicalement, il n’en est rien : le groupe évolue dans un cadre de gros metal stoner, blindé de passages alternant gentiment entre le gros stoner un peu gras, le sludge pas trop crade, et le doom… Ce disque, qui peut sonner un peu « rêche » au premier abord, se révèle finalement très intéressant, pour qui garde un esprit ouvert.
« Green Magic », leur précédente livraison, nous avait pas mal emballé, et montrait une évolution assez fulgurante pour le trio italien. Leur versant stoner rock était enfin assumé et explosait au grand jour sur les sillons vinyliques. Il leur aura fallu presque 5 ans pour qu’ils se décident à lui donner une suite… mais il ne m’aura fallu que 5 minutes pour arracher le cellophane du disque et jeter la galette dans le lecteur CD !
Première surprise : le chant… en italien ! Niveau exotisme et originalité, ça le fait bien ! Après ce premier sourire, on entame une écoute plus attentive de la galette. Passées quelques écoutes, le constat général est sans équivoque : les chiens ne font pas des chats… et à ce titre, « Zenit » s’inscrit désormais dans la droite lignée tracée par bon nombre de groupes de stoner italiens, notamment dans les grandes heures du début du XXIème siècle. On pense à Colt 38, à OJM bien sûr, à l’époque où cette scène était foisonnante, fraîche et excitante. Ben nous y revoilà ! Car cet album d’El Thule, sans rien inventer, reprend à son compte tout ce qui s’est fait de mieux dans le stoner old school, en y injectant cet esprit frondeur du stoner italien qui nous réchauffait tant les cages à miel. Du tout bon !
En dégainant son titre le plus catchy en intro (« Pulsar »), le groupe tente un pari audacieux qui consiste à maintenir l’attention (la tension ?) de l’auditeur sur la durée de l’album. En pariant sur des compos variées, le groupe y parvient sans trop de difficultés : dès le bourrin « Nova muscae » ou le musclé « Sedna », El Thule rappelle qu’ils ne sont pas qu’un groupe de psyche rock juste bons à écouter en planant ; une sérieuse dose de bois est envoyée. Pour autant, le trio n’est pas ennemi du mid tempo, et les très heavy « Quaoar » ou « Deimos » sont là pour le prouver. Au final, 13 titres qui ne laissent pas leur part de groove, qui devraient contenter n’importe quel authentique fan de stoner « classique » : de celui qui sent le sable chaud, qui chérit le riff tout puissant… Un disque rafraîchissant.
D’aucuns prédisaient déjà la fin du « phénomène Torche », basant ces sordides prédictions sur un EP assez moyen et un split plutôt faiblard. Leur départ du label couillu Hydrahead pour le sexy mais plus policé Volcom pouvait étayer ces propos. Heureusement pour nous, la situation est toute autre, car oui, affichons-le tout haut : « Harmonicraft » est une réussite.
Musicalement, la base de travail a repris après « Meanderthal », leur « breakthrough album », pour réaffirmer leur identité musicale, développer leur style musical dans la même veine. Pas plus « pop » comme certains le craignaient, pas plus bourrin non plus. Le créneau musical du quatuor floridien est assez exclusif pour ne pas avoir à broder autour. Difficile à décrire d’ailleurs : les bios du groupe qualifient la musique de « thunder pop »… On pourra plutôt parler d’un stoner rock heavy mais propre sur lui, une sorte de sludge pop, un truc où les mélodies punky occupent le premier rang musical, bien plombées par des grattes saturées bien pêchues. On peut alterner sur un même titre entre riffs répétés à l’envie et refrain enjoué… Une musicalité travaillée, un sens de la composition complexe, des structures de morceaux atypiques… Là où le pur stoner est organique et chaud, la musique de Torche peut apparaître plus froide dans son approche, plus corticale que viscérale… Une fois dressé ce tableau assez complexe (écoutez une bonne fois, vous verrez bien de quoi il retourne !), il est temps de s’attarder sur ces chansons, 13 power hits bien tassés (moins de 40 minutes en tout) : pas un seul bouche-trou, le groupe vise l’efficacité sur toute la durée du skeud. La tension ne baisse jamais. Tandis que l’introductif « Letting go » replace l’album dans son contexte de continuité musicale, le single « Kicking » est là pour rappeler que le groupe sait aussi coller de beaux coups de pieds musicaux dans les baloches. Si ce n’était ce break psyché un peu décalé, le morceau serait juste impeccable. La minute et demi de « Walk it off » vient clôturer ce carnage en venant nous tabasser au sol. S’enchaînent ensuite des morceaux aux tempi variés, aux structures soit complexes soit ultra simplistes, aux sonorités contrastées (voir le couplet rapide de « Sky trials », porté par un lick de guitare aigu, et contrebalancé par un refrain au son de gratte sur-saturé ; voir aussi l’instrumental éponyme, plutôt bien foutu dans sa veine quasi « électronisante »).
Titres catchy, compos enthousiasmantes voire joviales (« Kiss me dudely »), ce disque a tous les atouts pour plaire au plus grand nombre, sans pour autant verser un seul instant dans le mainstream. Joli geste. Ce n’est pas le disque de la décennie, mais c’est un disque qui fonctionne très bien, bien exécuté, bien écrit, honnête et original. Avouez qu’on ne peut pas dire ça souvent sur les sorties récentes… Vivement conseillé.

Une nouvelle ration de Dixie Witch c’est un peu le contrat garanti : on est sûr d’en avoir pour son argent. Ce “Let it roll” ne fait pas exception. Malheureusement les texans sont plutôt du genre feignants (ou perfectionnistes, c’est selon…), il leur aura d’ailleurs fallu 5 ans pour donner un successeur à “Smoke & Mirrors”. Dans l’intervalle, le groupe aura remplacé son guitariste. Ne minimisons pas l’impact de ce petit événement : dans un power trio aussi puissant, resserré, quasi-symbiotique, remplacer l’un de ses membres fondateurs, avec lequel on jouait depuis 10 ans, n’est pas chose aisée. Mais on peut affirmer sans hésitation que le petit nouveau, JT Smith, s’en tire avec brio, qu’il s’agisse de rythmiques ou de leads. Ses soli sont somptueux, et la robustesse de ses rythmiques est remarquable. Mais dans tous les cas, toutes les oreilles sont tournées vers le vrai leader du groupe, Trinidad : ses vocaux délicieux (subtilement hurlés, gentiment rauques, chaleureux, puissants…) font mouche sur tous les titres, et son jeu de batterie épate encore une fois. Une grosse part du groove intrinsèque du trio vient de sa trame rythmique inébranlable : frappe de mule, subtil jeu de cymbale, trames de grosse caisse ici ou là, son registre est infini…
La musicalité des bonhommes n’est donc plus à prouver, c’est un fait. Il serait donc tentant de les challenger sur leurs talent de composition. Peine perdue ! Encore une fois ils proposent un album sans faute, une galette chargée de petites pépites de boogie sablonneux, du gros stoner chaleureux et joyeux tendance sudiste, le tout dans une cohérence stylistique sans faille. A la base, le groupe charpente ses titres sur la base de riffs menhirs – pas le choix en réalité, c’est à la fois la contrainte et le bonheur induit par les power trios : de la qualité directe du riff dépend la qualité intrinsèque de la chanson, c’est un postulat de base, une équation musicale qui ne souffre aucune contradiction (dans des genres différents : Karma To Burn, ZZ Top, Acid King, etc…). Joie, ils sont ici au rendez-vous. Pour le reste, est-il vraiment nécessaire de vous refaire le même sermon ? Son de gratte grassouillet comme il faut, soli remarquables en alternance, rythmiques alliant avec bonheur groove intensif et puissance rageuse, bla bla bla… Je vais pas vous faire l’article, vous citer des titres plutôt que d’autres, mettre en avant tel break remarquable ou tel solo spectaculaire… Tout est impeccable. Ce qui me ramène à mon introduction : en ces temps tourmentés où un sou est un sou, où le plaisir est rare, où le tri entre 40 groupes médiocres pour trouver une perle devient compliqué, l’achat d’un disque de Dixie Witch est une garantie à moindre risque, on n’est jamais déçu par la générosité et le talent de ce groupe.
Gideon Smith est de retour ! Il a beau avoir complètement changé son combo de mercenaires de la route, ses “Dixie Damned”, sa musique, elle, n’a pas foncièrement changé. Dès les premiers accords, c’est avec un certain plaisir que l’on retrouve la recette typique du rocker barbu, que l’on pourrait résumer en quelques ingrédients très simples : un riff par chanson, un son de gratte puissant et subtilement fuzzé, une production impeccable et … la voix de Gideon ! Parce que c’est bien ça qui marque le plus l’identité du skeud, à tel point que l’on pourrait presque taxer le bonhomme d’une certaine mégalomanie… Le chant est mixé très très au dessus, avec très peu d’effet. Heureusement la technique vocale du gaillard est impeccable, et son coffre lui autorise cette immodestie.
Au-delà donc de cette qualité de production tout à fait typique, les gros hits de stoner-americana-sudistes sont bien présents, chiadés comme il faut. Le grassouillet “Black fire” en intro, le très crunchy et heavy “Ride with me” (ze riff…), le catchy “Do me wrong”, ça n’arrête pas… Le bonhomme sort quelque peu de ses propres sentiers battus pour reprendre le “I Bleed Black” de St Vitus, respectueusement, sans le travestir. Même si le titre perd de ses relents mystiques au passage, il garde sa haute teneur doomy, et l’ancrage “gros rock” assure l’essentiel. Dans un genre bien différent, Smith se lance plus loin dans une doublette un peu mollassonne, avec “Shining star” enchaîné avec une reprise inattendue, “When I Die”, du punk gonzo extrême G.G. Allin… sauf que même si Allin est plutôt connu pour ses médiocres performances punk, il s’est aussi illustré sur quelques productions (relativement médiocres aussi) de country, dont cette balade. Mouaip. Heureusement, l’album se clôture sur un très sympa boogie avec “Come and howl”, sans prétention, mais bougrement efficace.
Frontman à la personnalité très affirmée, Gideon Smith ne fera pas dans la demi-mesure… et on peut attendre la même chose des personnes qui écoutent ses albums : soit ils n’aimeront pas la main mise du bonhomme sur son groupe et son répertoire, son chant prépondérant, soit ils adoreront l’authenticité du bonhomme, son talent de composition évident, son sens du riff et du groove typiques des contrées sudistes. Pour ma part, je penche pour la seconde catégorie, assez franchement. Le gars fait la musique qu’il aime, avec passion, et il le fait bien. Je n’attends rien de plus d’un musicien.
Notre période est assez trouble concernant le stoner en général. Le marché du disque est morose, le rock est annoncé comme moribond depuis 50 ans, et pourtant de plus en plus de groupes sont fiers d’étaler leurs “couleurs” stoner, à se réclamer du stoner même si le lien avec le genre est pour le moins ténu… Dans ce contexte paradoxal, il est parfois difficile de trier le bon grain de l’ivraie. Ben pour vous la faire courte : avec Freedom Hawk, aucun doute à l’horizon. Et ça fait un bien fou… On se prend pas la tête, on monte un peu le niveau de volume habituel, et on se laisse porter…
Pour vous faire imaginer à quoi ressemble Freedom Hawk, ne cherchez pas trop loin : imaginez un Black Sabbath modernisé (TR Morton sonne d’ailleurs pas mal comme le jeune Ozzy) qui aurait versé vers le desert-rock tendance Fu Manchu. C’est pas plus compliqué. Un riff bien torché, genre qui tourne bien dans les amplis, on construit une rythmique robuste sur le tempo qui va bien, et on cale quelques vocaux bien efficaces. Mais tout ça ne suffit pas à faire un bon disque, nos lascars ont donc aussi pris soin de soigner leur travail d’écriture. Et les titres s’enchaînent, symptomatiques du même mode opératoire. Tiens, prenez “Thunderfoot” : intro lente pour faire monter le “master riff”, on fait rentrer les grattes petit à petit, on fait tourner le couplet lancinant, et à la moitié du titre, on emballe la machine, prétexte à faire rugir les soli de gratte. L’enchaînement avec “Living for days” donne la pêche : le titre COMMENCE par un solo de guitare ! Rare… et délectable. Ca fait plaisir de voir un combo dans lequel il y a un vrai rôle de gratteux soliste, assumé. Et même si Matt Cave n’est pas Steve Vai, ses leads sont gracieux, cinglants, aériens, modestes, juste comme il faut, quand il faut. Bon, et puis on va pas tous vous les décrire, ce disque regorge de titres tous aussi efficaces : “Holding on” et son riff matriciel (et quel solo, encore !), “Nomad” et sa structure épique, “Magic lady” et son refrain redoutable (limite radio-friendly), “Standing in line” et son riff ingénieux…
C’est une évidence, même si Freedom Hawk n’a pas la force de frappe nécessaire pour laisser une marque dans les charts mondiaux, son stoner rock quintessenciel devrait ravir 95% des visiteurs de Desert-Rock.com. Dans un trip old school énergique, le groupe a des arguments à défendre, et ne demande qu’à ce qu’on lui laisse sa chance.
Voir un groupe français rejoindre les rangs élitistes de l’un des principaux labels stoner mondiaux, Small Stone Records, nous aura rendu heureux et fiers. Que de chemin parcouru en quelques petites années, depuis le sympathique combo Alcohsonic qui arpentait les clubs avec son album sous le bras, jusqu’à ce Abrahma “adulte”, sûr de lui… Quoi qu’il en soit, quelques mois après l’effet d’annonce, la galette tombe enfin dans notre platine, et il est temps de trancher : désillusion ou essai transformé ?…
Difficile en premier lieu de synthétiser cet album, de le résumer à une trame unique, linéaire. L’album commence par une série de morceaux assez “catchy”, aux structures efficaces et robustes. “Neptune of sorrow” en intro donne le ton, porté par un refrain remarquable, pas trop loin d’un Dozer des grands jours. L’enchaînement avec “tears of the sun”, morceau un peu plus aérien mais toujours plombé par cette chape guitaristique étouffante (quel son…) est réussi. Plus léger encore (ouais, tout est relatif, hein…), “Dandelion dust” abat un refrain impeccable, porté par un lick de guitare cristallin qui donne au titre toute son évidence : sans cet arrangement superbement trouvé, le morceau aurait-il eu cette identité ? Le reste de l’album est à l’avenant : le diable est dans les détails, dit-on, rien de plus vrai ici, avec un soin apporté aux arrangements et gimmicks sonores tout à fait cruciaux. Une qualité rarement mise en avant par les groupes hexagonaux… Illustration encore sur le refrain en choeur de “Honkin’ water roof”, refrain encore porté par une ligne de guitare aérienne en fond, qui transcende le riff pachydermique du morceau. A noter, autre denrée rare dans la production “contemporaine”, que le morceau se termine par un instru de space rock qui vire au solo de gratte sélénite… Miam !
Après un petit intermède instru, l’album prend un tournant plus “grave”, plus mûr en tout cas (ce qui ne faisait pourtant pas défaut aux premiers morceaux !). Ainsi “Vodun Pt.1…” dont les couplets feront penser aux œuvres de Dave Angstrom (Supafuzz en tête) tourne vite au refrain le plus accrocheur de l’album. Et toujours cette guitare aérienne juste derrière dans le mix qui vient apporter relief et subtilité à cette armée de cordes accordées trop bas… Et encore un soli anti-démonstratif impeccable… Arrive “Big Black Cloud”, morceau hypé depuis plusieurs mois, lorsque l’on a su qu’il accueillait les talents du space guitariste ultime Ed Mundell. Un Mundell qui vient effectivement coller quelques soli sur-fuzzés sur des passages taillés sur mesure… “Headless Horse”, comme son nom le laisse présager, nous amène en terrain lugubre, pour un titre de “space-doom” dont le son de basse nous rappelle avec nostalgie celui de Peter Steele.
Encore un intermède presque instru, à la slide cette fois, du Ry Cooder dans le texte… Au moment où arrive “Vodun Pt. 3”, on a déjà mangé 50 minutes de décibels bien gras dans la face, et on ne s’attend plus à une nouvelle déflagration… Le morceau est varié, rythmé, tout à la fois rapeux et cristalin. Mais rien à côté du tortueux “The maze”, le bien nommé : cette pièce de bravoure de 10 minutes, construit une ambiance ténébreuse et froide, un peu à la manière d’un Year Of No Light. Même s’il aurait pu perdre quelques minutes, ce titre ambitieux tient ses promesses. J’ai plus de réserve sur le quelque peu chaotique “Omega” qui vient clôturer de manière un peu brouillonne plus d’1h10 de musique.
Pour préparer cette chronique, je me suis rendu compte que j’ai dû écouter cet album une bonne vingtaine de fois. Au moins deux fois plus que n’importe quel album que je suis amené à chroniquer généralement. Au début, j’ai pensé que j’avais juste du mal à le “cerner”, à définir son périmètre, sa “matrice”. Ensuite, j’ai remarqué que ce qui me faisait écouter l’album à nouveau à chaque fois est ce sentiment de “nouveauté” qui restait bien présent, alimenté par cette production somptueuse, ces gimmicks, ces compos aventureuses, ces surprises entendues à chaque écoute. Je ne m’en lasse toujours pas. Mais au final, je réalise que si je l’ai tant écouté, c’est avant tout parce que c’est un foutrement bon album, et que chaque écoute me le fait apprécier un peu plus. Et j’en ai pas encore fini.

Lo-Pan nous revient avec “Salvador”, son premier album composé sous la bannière Small Stone. La recette de ce groupe atypique n’a pas changé depuis “Sasquanaut”, son précédent opus (que son nouveau label avait réédité, remixé, fignolé,… pour fêter son arrivée dans son roster) : du gros hard rock moderne, vif, acéré, parfois gras, sablonneux… Toujours très largement porté par les vocaux rageurs de Jeff Martin, qui marquent l’identité musicale du groupe, Lo-Pan trace son chemin comme un tronçonneuse bouillante dans une motte de beurre : sans se dégonfler, franc du collier, le quartette américain aligne les titres sans regarder autour de soi. Remarquable de régularité et de force. Tandis que bon nombre de leurs collègues de labels affichent avec plus ou moins de transparence des influences savamment teintées 70’s, voire 80’s, Lo-Pan est un groupe bien ancré dans ce siècle : son socle d’influences est largement construit sur le metal des années 2000, auquel se greffe une couche bien sentie de sonorités stoner (la gratte subtilement fuzzée de “Bleeding out”, le rapide “Intro” ou encore “Solo”). Particulièrement à l’aise sur les tempos assez enlevés, la musique du groupe est insidieuse, vicieuse, mais jamais “fun” ou lègère… Lo-Pan est un peu au stoner ce que le thrash est au heavy metal : un genre plus sérieux, plus noir, plus méchant. Le bat blesse légèrement après de multiples écoutes : ce “Salvador” massif, homogène, tendu, peut s’avérer au bout du compte un peu roboratif. La faute en incombe au genre lui-même, peu enclin à l’originalité, au profit de l’efficacité immédiate. Même si des titres sortent du lot (“Spartacus”, le mid-tempo épique “Solo”), peu de chansons émergent de cette ligne directrice et l’on peut se perdre un petit peu en route.
Lo-Pan est néanmoins un groupe sérieux, ambitieux, qui met sa motivation et son talent au service de ses albums, à travers une identité musicale affirmée et un effort de composition important. Toutefois, il lui manque ce petit quelque chose qui fera de ses chansons des titres mémorables, de ceux que l’on veut pouvoir chanter en gueulant dans sa voiture en écoutant leurs disques à fond les ballons. “Salvador” est un bon disque, qui fera plaisir à la frange la plus metal d’entre nous, mais le groupe doit gagner en maturité et en recul sur ses compositions, leur donner ce petit quelque chose nécessaire à passer de “très bon album” à “grand disque”. Un “très bon album”, donc, ce qui est déjà pas si mal.
Il y a des petits plaisirs égoïstes dans la vie, et recevoir la dernière production de Roadsaw en fait partie. Egoïstement, déjà, je suis content que leur reformation il y a quelques années (leur album précédent, en 2008) n’ait pas été éphémère. On a besoin de groupes comme Roadsaw dans le paysage parfois trop morne du rock d’aujourd’hui ! Groupe hautement décomplexé, le quartette de Boston se positionne en synthèse du meilleur du hard rock des deux dernières décennies (le groupe a 19 ans cette année), les effets de mode en moins. Gros hard rock, soli super fuzzés, riffs metal acérés, passages southern-rock grassouillets… Tout le monde y trouvera quelque chose à son goût ! Les esprits chagrins soupçonneront un manque de personnalité… On leur opposera le fait que depuis bientôt deux décennies le groupe trace sa route sur le même chemin, sans regarder sur les côtés, procurant bonheur auditif à assez de monde pour être un jour déclarés d’intérêt public !
La maturité du groupe s’affiche avant tout dans la qualité de leurs compositions : les titres défilent, et tous s’avèrent ciselés à la perfection pour s’immiscer et s’installer à long terme dans les subtiles connexions séparant les tympans du cerveau. Maîtrisant l’art difficile du mid-tempo heavy en diable (et pas trop chiants : allons, reconnaissez-le, c’est sur ces titres que vous appuyez généralement sur la touche “next track”, non ?), le groupe en balance une petite poignée superbement chiadés : à commencer par le lancinant “Dead and buried” au refrain hymnique, “Motel shoot out”, “Thinking of me”, “Song X”… Ils poussent même le vice jusqu’à ralentir un peu le tempo pour la pseudo-balade sur-fuzzée “Electric Heaven”, plutôt bien foutue. Mais le groupe excelle encore plus sur les brûlots plus rapides, des morceaux qui balancent bien, à l’image du rageur “Weight in gold” (refrain sur-heavy), du bien groovy “So low down”, de “The getaway” ou du furieux “Too much is not enough” qui rue dans les brancards sans prévenir. Le chant de Craig Riggs, puissant, polyvalent, sans faille, complète à la perfection le travail remarquable de Ian Ross à la 6-cordes (un seul guitariste qui fait tout ce boucan tout seul, ça mérite d’être vu en live !!).
Bref, bien à l’aise dans ses bottes, Roadsaw a encore commis un excellent disque avec cet album éponyme de belle tenue. Pas le meilleur disque de la décennie, mais un qui vous fera passer du bon temps devant vos haut-parleurs. Ce n’est pas grand-chose, mais c’est déjà beaucoup par les temps qui courent !
Bon sang on l’aura attendu celui-là ! Depuis le dévastateur “Healing through fire” (un disque un peu plombé par la faillite du label Sanctuary quelques mois après sa sortie…), plus de 5 ans se sont écoulés. Chacun des derniers albums du quatuor briton montrait une évolution remarquable en terme de maturité, ce qui a rendu l’attente de ce dernier effort plus dure encore ! Mais notre patience est récompensée, car ils nous reviennent enfin, avec ce “Eulogy for the damned”, sorti dans leur nouvelle maison de disques, Candlelight Records.
Le sourire nous monte aux lèvres dès que l’on entend retentir le son de gratte pachydermique de Joe Hoare : riffs bardés aux hormones, soli crépusculaires (qui trouvent leur place sur presque tous les titres, voir les meilleures illustrations sur “Acid trial” ou “The filthy and the few”), le bonhomme est sur tous les fronts (simultanément parfois : espérons que le doublement de certaines lignes de gratte ne perde pas lors de la transition en live). Difficile de ne pas voir derrière son jeu de manche la pierre angulaire de cet album, et pourtant… impossible d’occulter la performance éblouissante de Ben Ward au micro : son chant profond, rocailleux et limite guttural, mais jamais hurlé, son timbre incomparable servent les morceaux admirablement. Le bonhomme s’essaye même au chant “normal” sur le plus subtil “Save me from myself”, bluffant. Tous deux apportent à Orange Goblin sa trace sonore, son identité, ce qui les distingue parmi leurs rares compétiteurs. Grâce à eux, la présence du groupe explose sur chacun des morceaux du disque. Il serait dommage toutefois de minimiser la qualité de la section rythmique, qui, même si elle est moins “outrageusement” présente, assure une tessiture de fond qui apporte une richesse sonore admirable : leur contribution amène clairement le groupe à un niveau de “maturité sonore” qu’il n’avait jamais atteint jusqu’ici.
La première gifle vient avec l’écoute du premier morceau, “Red Tide Rising” – une double gifle aller-retour en réalité : première mandale pour le son, tout simplement énorme ! Jamie Dodd, derrière les manettes, s’est défoncé, la prod’ est parfaite : ronde, généreuse, rêche… La seconde gifle, c’est la chanson elle-même : on avait presque oublié le talent de nos bonhommes dès qu’il s’agit de pondre des hymnes metal stoner de légende. Mais en alignant l’une de ses pièces maîtresses dès l’intro de l’album, le groupe ne fait-il pas une erreur sur le moyen terme ? Que nenni, les titres suivants viendront nous le prouver comme autant de coups de pieds dans les roubignoles. Exemple sur le “Stand for something” qui suit, avec un refrain tout en harmonie, nouvelle illustration d’une maturité remarquable dans le travail de composition. Autre hymne typique des quatre londoniens, “The Fog” traîne toute sa lancinante doomitude sur presque 7 minutes, charpenté autour d’un refrain surboosté et rageur, tronqué par un break presque progressif en son milieu. Les rythmes varient, les structures des morceaux ne sont jamais sclérosées, pas un temps mort sur ces 10 titres. Et tandis que l’on pensait la cause entendue, OG dégoupille sa dernière grenade avec son morceau éponyme : sur plus de 7 minutes, ils installent progressivement un mid-tempo qui commence par une guitare sèche et monte en puissance. Le titre en arrive à vous prendre par la gorge, avec un climax d’abord étouffant puis aérien, dès la mi-chanson, prenant la forme d’un refrain énorme : basé sur un riff juste évident, calé en léger contre temps, genre pataud et vicieux, ce passage en subtile harmonie de guitare qui n’a l’air de rien assoit à lui seul le talent de composition du groupe. Chapeau bas.
Au final, cette galette remarquable apporte une éclaircie toute salutaire dans ce début d’année un peu austère : assumant sa place dans le peloton de tête des locomotives du stoner européen et mondial, Orange Goblin peut se reposer sur une nouvelle pièce maîtresse de sa discographie. Un album mastoc, ramassé, efficace… un no-brainer, clairement : ce disque ne devrait pas décevoir grand monde, tant il dresse des ponts avec de multiples tendances musicales au cœur du stoner, et les étend même au metal au sens large. Sans se disperser, Orange Goblin ramène à lui tous les amateurs de bonne musique en attente d’une grosse claque dans les gencives.
Après le dantesque “Soundtrack…”, on pouvait à juste titre saliver dans l’attente de la nouvelle galette de Los Disidentes Del Sucio Motel. Résolument décidés à ne rien faire comme les autres, plutôt que de transformer l’essai avec leur second album, les voilà débarquer avec un split, qu’ils partagent avec leurs potes de Flashfalcon. Partie remise donc, on va devoir se satisfaire de cette poignée de titres pour le moment… Salauds ! Le concept de ce split “de potes” est bête comme chou : chaque combo propose 3 compos inédites, ainsi qu’une reprise du groupe ami…
Comme pour pas mal de splits remarquables (dont certains chroniqués en nos pages), le concept permet souvent de découvrir un groupe moins connu. C’est le cas deFlashfalcon ici, que pour ma part je n’avais jamais entendu. Ce combo lyonnais de “rock énergique” est en l’occurrence franchement recommandable : sorte d’ersatz sur-vitaminé des regrettés Gluecifer et des tout aussi regrettés Hellacopters, le tout teinté de rasades metal bien senties, Flashfalcon se positionne sur un créneau musical déserté en France… et le fait bien ! Pas seulement un groupe sous influence, le quatuor Lyonnais soigne particulièrement ses compos, ce qui les distingue dans un genre musical où la “punkitude” des morceaux (comprendre : droit au but, on tourne pas autour du pot) est trop souvent la référence : ici, les chansons sont deux fois plus longues que la moyenne des titres des ‘Copters, par exemple, ce qui permet aux Flashfalcon de fignoler, d’introduire des breaks judicieux, des mini soli… Illustration est faite avec l’introductif “Ridin’ with the Mavericks” (imaginons qu’il s’agit d’un hommage aux zicos de LDDSM…) qui balance la sauce tout du long. “Low life”, porté par un riff à la beauté orgasmique, emmène le groupe sur des sentiers qu’auraient pu fouler les Ramones s’ils étaient nés en Scandinavie et avaient passé plus de temps à soigner leurs compos plutôt qu’à se shooter. Le groupe choisit le “standard” de LDDSM pour sa reprise, “Sir Dany Jack”, et le réécrit complètement ! Seules les paroles semblent coller à leur version originale, alors que les riffs et les mélodies sont méconnaissables. D’aucuns pourraient penser à une trahison, mais on comprend en réalité que la marque de respect envers leurs potes strasbourgeois tient justement dans le travail de réinterprétation complet mis en œuvre par les Lyonnais. “Numb” qui clôt l’exercice pour Flashfalcon s’avère plus aventureux encore : intro finement ciselée, structure alambiquée prétexte à moults soli et digressions bien senties… Décidément, la première moitié de l’objectif de ce disque (la découverte) est atteinte, et on a franchement envie d’en entendre plus de ce quintette pas comme les autres.
La “face B” qui accueille Los Disidentes Del Sucio Motel surprend à sa manière tout autant que la face A : tandis que la première partie me faisait découvrir un nouveau groupe, la seconde partie… aussi ! En effet, que dire du combo qui passe dans les haut-parleurs alors que retentissent les premières mesures de “The Ones” ? Clairement, les Disidentes ont pris du galon… Porté par une rythmique survitaminée, on ne sait plus où donner de la tête alors que s’enchaînent une intro qui ne dépareillerait pas sur un Black Sab’ milieu de carrière, un riff impeccable, des chœurs parfaits… Quelle pêche ! Comprenant que ce titre repose à 90% sur l’énergie brute, les strasbourgeois le ramassent sur à peine plus de 3 minutes, incluant un break sur-heavy chargé en metal. Vlan, dans la gueule. Fidèle à son imagerie d’americana légèrement surannée, le groupe enquille avec un “Lucha Libre” moins violent, mais tout aussi impressionnant : un chant impeccablement modulé (et toujours des chœurs bien sentis), le tout reposant sur une série de riffs qui se répondent impeccablement… On retrouve sur ce titre les sonorités de guitare auxquelles le groupe a pu nous habituer. Quant au titre de Flashfalcon choisi, “Eternal Lonesome Boy”, il semble que l’effort de “re-composition”, même s’il n’est pas aussi colossal, soit bien présent : le groupe s’est complètement ré-approprié ce titre, en enrobant ce morceau originellement bien plus punkisant d’une couche d’arrangements parfaits, supportant une armée de guitares ronflantes et fuzzées du meilleur effet. Le dernier titre de la galette est probablement aussi le plus couillu (c’est pas peu dire sur ce split décidément hors du commun) : “Persia” est un morceau sérieux, “adulte”, c’est ce qui surprend en premier. Une production bulldozer, encore une fois un effort sur les lignes de chant (qui distingue clairement LDDSM de ses petits copains frenchies), et une composition audacieuse, qui peut sous certains abords relever du metal progressif (ce qui est un défaut selon moi dans 99% des cas se révèle ici une force).
En conclusion, je dirai dans un premier temps que ce split 100% monté sur le fun se révèle d’une densité musicale qui n’a rien à voir avec la blague de potache entre groupes amis : on y trouve deux groupes costauds, différents mais pas tant que ça, bien à l’aise dans leur musique… Plus encore, on apprécie la promesse que ces quatre titres de LDDSM nous laissent imaginer pour l’album à venir…
La précédente sortie de ce trio ricain m’avait quelque peu déstabilisé : sur la durée d’un album, leur stoner “déstructuré”, complètement orienté “jam”, m’avait apparu un peu décalé. Comme si le format album n’était pas adapté à leurs exactions musicales, tout simplement. Peut-être mon approche était-elle trop fermée… Toujours est-il que j’étais resté circonspect, l’impression de passer à côté de quelque chose. L’occasion m’est donc offerte avec la récente sortie de “Cosmic Priestess” de redonner sa chance à la musique de Tia Carrera.
Fondamentalement, le trio reprend la bataille exactement où il avait posé ses armes : dès les premières mesures de “Slave Cylinder”, on retrouve ce grassouillet son de gratte, ces quelques riffs bien charpentés qui, lorsque repris par la basse, permettent à Jason Morales d’emmener quelques soli fortement recommandables. Franchement, c’est bien foutu. Ca joue super bien, la base rythmique défourraille : lorsque Erik Conn à la batterie tient la baraque (par une frappe métronomique, sans esbrouffe), c’est Chris Goosman qui se fait plaisir en lâchant quelques impros de basse bien groovy. Lorsqu’à l’inverse, Goosman se cantonne à tenir sa ligne de basse robuste et ferme comme un coup de trique, c’est alors Conn qui fait péter son armée de cymbales, et s’engage dans des sections débridées pendant quelques secondes. Remarquable alchimie qui permet néanmoins à la gratte de se tailler la part belle dans le trio, portée par un son fuzzé assez délicieux.
Après moins de 8 minutes (!), il est temps de s’engager sur un autre terrain sinueux, à travers le plus épique “Sand, Stone and Pearl” qui, sur 15 minutes cette fois (!!) apporte encore plus d’espace au combo : celui-ci tisse une trame musicale non pas plus complexe (on n’est jamais sur des structures de morceaux trop progressives) mais plus ambitieuse, épique en quelque sorte. Au global ce mid-tempo (un tempo linéaire tout du long du morceau, notons-le, sans emballement artificiel) permet au groupe des envolées sympathiques. Un morceau d’ambiance réussi… mais trop court ? C’est tout du moins ce que paraît penser le groupe, qui s’engage alors sur “Saturn Missile Battery”, un O.M.N.I. de presque 34 minutes au compteur ! Le groupe ne s’embarrasse même pas, sur plus d’une demi-heure de chanson, à concevoir une intro : le titre commence par un fade in à peine dissimulé, comme pour laisser penser que l’auditeur ouvre la porte en plein milieu d’une jam impromptu, sans début ni fin… Et au final, ça fonctionne. Plus que tous autres, ce titre offre à Morales un espace d’expression guitaristique remarquable, sans limite, pour enquiller licks plus ou moins catchy, soli, riffs ventrus et roboratifs, tout en ramenant son instrument à portée des copains de temps en temps pour des passages en osmose impeccable. De manière assez surprenante, la galette se termine avec “A Wolf in Wolf’s Clothing” une chanson, osons le dire… presque normale ! (sans chanteur quand même, faut pas exagérer) Bon, 8 minutes au compteur quand même, mais un titre carré, groovy, encore plus 70’s que ses 3 copains de CD, noyé de cymbales et de soli de gratte débridés.
Bref, vous l’aurez peut-être noté, il n’y a pas grand-chose de neuf à l’horizon : Tia Carrera se fout toujours un peu de nous, ils n’en font qu’à leur gueule ! Ils ont envie de coller une jam d’une demi-heure sans temps mort ? Go ! Ils n’aiment pas les chansons couplet-refrain ? On va coller 4 couplets, 7 soli et 3 riffs consécutifs sans reprendre notre souffle. Et c’est comme ça tout du long. Ce groupe est énervant… mais leur musique est quand même foutrement bonne. C’est perturbant d’enquiller les 4 titres d’affilée, formatés que nous sommes à écouter des albums de 10-12 titres quelque peu standardisés, mais pour peu que l’on lâche un peu prise pour ouvrir grand les écoutilles, il est bien probable que l’on y prenne un plaisir différent, plus organique sans doute.
Ehécatl est une émanation directe des desert-rockeux frenchies Blaak Heat Shujaa, et s’annonce comme un side project plutôt original. La première originalité, mise en avant par le groupe lui-même, tient dans le genre musical abordé, vendu comme un “stoner doom psychédélique pré-colombien”… Seconde originalité, la composition du groupe, en l’occurence un duo (Thomas et Timothée, de BHS, donc), et les instruments pratiqués, à savoir une base basse-batterie, complétée ponctuellement de flûte, percussions, sitar, etc… Et non, pas de guitare sur une galette de stoner, blasphème ! En même temps, lorsque l’on dédie un album entier au Dieu aztèque du vent, blasphémer, on s’en bat le steak. Dont acte. On va voir ça de plus près.
De manière presque “attendue” tout commence par une sorte d’incantation que l’on imagine relever d’une sorte de danse de la pluie. La petite touche de folklore qui va bien pour donner l’ambiance. Par la suite, sur “La cancion del dios ehécatl”, le vrai ton de l’album se répand progressivement : sur une intro ambiancée avec une flûte en fond sonore, les notes de basse et la batterie viennent tisser un matelas sonore qui (comme on a pu justement le lire ici ou là) rappelle effectivement les projets de Al Cisneros, Om en tête. La basse, précisons-le, se rapproche assez dans le jeu d’une guitare (un peu le même type d’attaque des cordes qu’un Lemmy, en gros, mais avec un son moins saturé). “The wrath of tepeyollotl” est garni ici ou là de sitar, ce qui à mon sens met un peu à mal le concept : on a un peu de mal à projeter cet instrument d’origine asiatique dans un projet que l’on nous décrit d’inspiration sud-américaine… Cet anachronisme mis à part, le titre tourne bien, à l’image de “rih” qui lui succède. Encore une fois, les vocaux sont rares, mais accompagnent bien les plages instrumentales. Le très entêtant “tenan” (avec sa flûte hantée) fonctionne bien sur la base d’un riff de basse roboratif, porté par une rythmique qui s’emballe heureusement sur la fin.
Musicalement, la bestiole est globalement difficile à cerner : on peut penser à un mélange de Los Natas et de Yawning Man – le premier pour le son et les riffs stoner et limite délétères, le second pour ces passages instrumentaux relevant plus de jams psychédéliques. Le duo basse/batterie, même s’il occupe un espace sonore important, peut se révéler un peu “léger” (façon de parler…) à certaines occasions, comme sur la fin de “tenan”, où ce duo modeste sonne plus comme deux potes qui jamment en répèt’… Mais au final, le tissu musical est dense, bien agencé… Je garde le sentiment toutefois après plusieurs écoutes que le pari initial (faux-groupe sud-américain) n’est que partiellement validé : j’aurais attendu une appropriation plus forte, plus radicale du folklore aztèque, des instruments associés, un parti pris plus structurant. Néanmoins, comme le revendiquerait mon idole JJ Goldman, la musique est bonne, et au final, peu de monde y regardera à deux fois avant d’acquérir ce morceau de bravoure finalement plutôt recommandable.

Quand la moitié (rythmique) de Soundgarden décide d’explorer les contrées hallucinogènes et psychés du rock’n’roll des Sixties, le résultat est cette surprenante galette intitulée « Declaration of Conformity ». Attendu de pied ferme depuis la sortie d’un premier morceau en 1993, il aura fallu attendre 4 ans à sa fanbase (comme les aficionados de la Copa Del Mondo de Futbol au Brésil) pour se délecter de ce premier effort de Wellwater Conspiracy, qui outre Ben Shepherd et Matt Cameron, compte dans ses rangs l’excellent ex-Monster Magnet John McBain. A mesure que défilent les 14 titres de cet album, on se rend compte que ce supergroupe (voire culte) qu’est Wellwater Conspiracy ne l’est pas uniquement que sur le papier. Nos gaillards sont là pour envoyer le bois et l’esprit rock façon Beatles et Beach Boys (les frères ennemis de l’époque). Ils auraient d’ailleurs presque pu rajouter un ‘The’ devant leur nom tant l’hommage/la filiation est appuyé(e) (cf la reprise de ‘Nati Bati Ya’ de The Spiders). Quelle claque. Dès le titre d’ouverture, le très inspiré et catchy ‘Sleeveless’ (ce fameux morceau sorti 4 ans plus tôt), on comprend qu’on a entre les oreilles du très très lourd. Le ton est donné : pas de chichis avec Wellwater Conspiracy; le groupe va droit au but (les morceaux n’excèdent pas 3’23 !) et fait mouche 14 fois. Tout respire les sixties chez nos gaillards. Même la fraîcheur et l’innocence de cet autre temps (et du Surf rock) sont au rendez-vous sur un titre comme ‘Sandy’ et son refrain niais à souhait. Entrecoupé par quelques pépites instrumentales (‘Declaration of conformity’, ‘Palomar Observatory’), l’album de Wellwater Conspiracy ravive également la flamme du Floyd (et) de Syd Barett, comme en témoigne la reprise de ‘Lucy Leave’, ou encore ce clin d’oeil évident qu’est ‘Far Side of Your Moon’. Autre surprise, et non des moindres : les vocaux hauts perchés de Ben Shepherd. On connaissait surtout le bassiste de Soundgarden pour sa discrétion dans les rangs des géants de Seatlle (difficile de « crever l’écran » avec un Chris Cornell à ses côtés). On le découvre aujourd’hui comme un talentueux chanteur dont le timbre colle parfaitement à cette musique rétro, comme sur le sublime ‘Trowerchord’ où il excelle et donne le change aux envolées guitaristiques de McBain. Servi par un son digne des plus grandes productions de garage rock, on pourrait presque croire que ce disque est réellement sorti en 1969. Un excellent album donc, intemporel, qui trouvera toujours une occasion de tourner sur votre platine.
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