Stangala – Lutun Salvia Delirium

(2008)

Auteur d’une première démo en solo en deux-mille-sept, Steven Le Moan s’est allié à Fabien Primot à la batterie et à Alexandre Miossec à la basse pour poursuivre ses tribulations musicales. Le désormais trio de Quimper nous livre cinq nouvelles compos enregistrées, mixées et masterisées par Steven lui-même en septembre et octobre deux-mille-huit.
Toujours aussi originale dans l’approche musicale, la formation mixe des influences celtiques à un fuzz simple et efficace. Le côté doom et lugubre de son prédécesseur a cédé le pas à des rythmiques plus entraînantes et encore plus psychédéliques. L’univers traditionnel breton émaille les plages – surtout ‘Desemer Mat Er Ar C’Horrisanned’ et son rendu proche de Tri Yann- de cette seconde plage sans pour autant prendre le pas sur le bon gros rock bien carré.
Cultivant sa spécificité musicale (on est Breton ou on ne l’est pas après tout), le groupe tape dans le bon gros fuzz avec des titres comme ‘Erin Tomm’ qui est sans aucun doute la grande réussite de cette plaque. On est proche de Kyuss ou Fu Manchu avec ce brûlot diablement abouti. L’autre grand moment de ces vingt petites minutes est le titre ‘LSD’ qui tourne durant plus de cinq minutes autour d’un riff simple répété et agrémenté de sonorités tour à tour seventies ou ethniques.
Moins oppressant que par le passé, Stangala se renouvelle avec brio tout en conservant son originalité. Les amateurs d’Orange Sunshine se régaleront autant par l’emballage que par le contenu de cette galette.

Contact:
http://www.myspace.com/stangala

chris

Paranoid – Paranoid

(2008)

Lorsqu’on opte pour un tel nom de groupe, il y a fort à parier qu’on a dû être élevé par la bande à Iommi depuis son premier cri ! La formation de Lille composée de Mathieu Dubuisson à la guitare et aux chants, de Nicolas Deleporte à la basse ainsi que de Matthieu Karolewicz à la batterie semble effectivement avoir été nourri à la musique du diable depuis le berceau.
Toutefois, malgré leur patronyme hérité de Black Sabbath, le trio du nord a dû se farcir pas mal de Nirvana durant son adolescence car les influences du grunge sont très présentes sur ce premier effort de trois titres. Mises en boîte par Ludovic Machu les dix minutes de son contenues dans ce premier cd sont essentiellement composées du premier titre qui s’étale sur près de la moitié du temps. C’est le titre le plus stoner donc c’est tant mieux ! Ce ‘Passionate Monkeys’ attaque bille en tête pas un gros riff bien plombé soutenu par des martèlements de cymbales dans le plus pur style fuzz. Les chants envoyés par saccades puis vociférés prennent l’ascendant sur la musique avant un retour très heavy rock qui s’écoute agréablement jusqu’à un interlude aérien qui ouvre à nouveau la voie au bon vieux rock des familles. J’aime bien !
Ensuite on embraye sur ‘Hysteria’ qui alterne mid tempi et plans bourrins dans un registre hérité de la scène de Seattle des nineties. C’est rudement bien ficelé et ça sonne bien. On termine avec ‘Roses’ qui mixe les influences grunge surtout au niveau du chant et heavy rock au niveau des riffs de gratte qui lorgnent vers des groupes comme Fireball Ministry et consort.
Une bonne entrée en matière !

Contact:
http://www.myspace.com/paranoiddisorder
http://paranoidrock.free.fr/

chris

The Swamp – The Swamp

(2008)

Enregistré en six jours durant l’été deux-mille-sept, cet album éponyme frais et spontané reprend les choses là où la bande à Josh Homme les avait laissées au tout début des années deux-mille. Les cinq Alsaciens balancent avec brio onze compositions originales en moins d’une demi-heure en privilégiant un son live et brut sans pour autant tomber dans les plans brouillons. Tout est foutrement en place sur cette autoproduction qui annonce la couleur avec la vignette ‘Play It Loud’ sur sa pochette. Puisque nous en sommes à la forme, il ne faudra pas s’arrêter à l’artwork bédé mi-punk mi-rock qui orne cette galette et lui donne un air de DIY car le contenu est à mille années lumières du garage rock à la punk.
Comme mentionné plus haut, le style est très proche des plaques que sortaient naguère Queens Of The Stone Age et, même si les esprits chagrins se lanceront dans leurs éternelles litanies quant à l’originalité d’un tel exercice, il faudrait avoir les conduits auditifs bien obstrués pour ne pas reconnaître les qualités indéniables que recèle cette sortie balancée pieds au plancher. Tout d’abords le temps d’enregistrement limité empêche la surproduction qui prévaut bien souvent à l’heure actuelle et c’est une grosse bouffée d’air frais et décoiffant qu’on se prend en pleine poire en insérant ce cd sur sa platine préférée. Ensuite, la structure bien en place et bien abouties des compositions bien rodées n’accorde à l’auditeur aucun temps mort et nul remplissage est au sommaire de cette galette. Enfin, même si un air de déjà-vu plane vaguement sur cette sortie, le groupe ne tombe jamais dans le plagiat en développant sa propre identité à grands coups de riffs incisifs qui évoluent entre fuzz et rock pur jus.
Quelques perles du plus bel effet sortent largement du lot sur ce disque très rock à l’instar de ‘Ending Hollywood’, ‘Flesh And Blood’, ‘Miss Vega’ et ‘Night Stalker’ et c’est avec beaucoup de plaisir que je les ai faits raisonné à fond dans ma caisse alors que je sillonnais les routes helvètes. Le clip de ‘Ending Hollywood’ au rendu arty bédé particulièrement abouti complète cette sortie qui fait parler la poudre.

Contact:
http://www.myspace.com/withtheswamp

chris

Stone Widow – Hangover

(2009)

Loin de joué les veuves éplorées noyant leur chagrin dans l’alcool, Stone Widow, à l’image de la pochette, ne cache pas son penchant pour la dive bouteille… mais pas n’importe laquelle! Sec, sans glace et laissez la bouteille sur le zinc siouplait. Le réveil risque d’être douloureux pour la tête à la lecture du titre (hangover signifie gueule de bois pour info).

En effet, ça démarre avec un titre choc au libellé sans entournures et directement en pleine poire ou ailleurs (Right In your Ass)… Le son est bien gras et le chant rageur. On évolue clairement dans ce qui se fait de plus hargneux dans le stoner metal (pensez à Down, High on Fire, Crow Bar…) et les baffes se perdent au fil des riffs mordants. On ne va pas en rester là.

L’ensemble est très cohérent et nos belles têtes de vainqueurs essuient les gouttes de sueur aux relents de gnôle perlant sur leurs fronts de guerriers. Ca bastonne dur et sans compromis. Super plaisant de sentir que ces mecs savent mouiller le maillot.

Si la cohésion est au rendez-vous, on peut être amené à penser que ça manque un peu de couleurs et que les 3 premières plages risquent d’augurer quelque chose dans la même veine tout au long de la plaque. Le 4e envoi se veut rapidement rassurant et prouve que le groupe peut aussi s’exprimer dans des breaks aux soli plaisants et efficaces.

La fin du skud est de tout aussi bonne facture et l’auditeur est même gratifié d’une plage live et d’une vidéo en bonus. Si vous cherchez de la dentelle et du psychédélisme, passez votre chemin. Pour le coup de hache, posez votre tête sur le billot svp.

Contact:
www.myspace.com/stonewidow

Thib

Catfish – The Teaser

(2005)

Autant l’avouer d’entrée, c’est en lisant la bio du groupe qui cite Queens Of The Stone Age ainsi que Tomahawk dans ses influences musicales que j’ai été incité à jeter une oreille sur ce bizarre concept. Le quatuor français s’est formé en janvier 2004 autours de Jeff au chant, Alexis à la guitare, Nicolas à la batterie ainsi que Ghislain à la basse.
‘The Teaser’ est un concept album écrit par une seule et même personne. Se déclinant à la fois graphiquement et musicalement, ce premier jet met en place le début des aventures de l’inspecteur dans ce polard qui le voit enquêter sur le meurtre d’une de ses anciennes maîtresses. Même si les artistes déclarent aller à l’encontre du mouvement actuel musical dit rock, je vais essayer de vous transmettre mes impressions quant à ces sept titres qui sont les points clés de l’histoire si vous m’avez suivi jusque-là.
On débute avec des chants religieux pour ‘Maturum Est’ qui évolue rapidement dans un registre assez semblable à ce que viennent de nous concocter les Yawning Man avec une touche voix en plus ; laquelle touche est plus utilisée comme un instrument à part entière que comme un chant posé sur des notes. Embarquement pour le Pacifique Sud avec ‘Handbraker’ et son rock’n’roll lourdingue qui groove un peu comme si Tom Morello était au manche avant de s’évanouir dans un plan très desert rock. ‘Rendez-Vous’ pourrait être la musique d’une pub pour quasiment n’importe quoi tant ce morceau passe partout avec sa ligne de voix claire qui se pose sur un rock traditionnel, certainement les influences de ces férus de cinéma. ‘Minute Made’ débute sur un plan saccadé pour se prolonger dans un style oscillant entre jam rock sous amphés et délire à la Fantomas. C’est en douceur que nous abordons ‘Next Round’ avec une ligne de voix paisible qui alterne sur fond de riffs légers mais efficace qui alternent avec des plans assez proches de Mastodon le côté Doom en moins. Un riff tranchant sert t’intro à ‘A Clue’, morceau tortueux et torturé qui ouvre la voie au dernier morceau de cet ovni intitulé ‘Draka’ (morceau composé de chants de type amérindiens langoureux à mille lieues du stoner).
N’oubliez pas d’aller visiter le site du groupe qui est le prolongement naturel du concept de cet album.

Contact:
www.catfish-music.com
www.myspace.com/catfishonmyspace

Chris

Boozing Truckers – Boozing Truckers

(2005)

C’est à Strasbourg que s’est formé en 2003 ce trio de heavy blues avec Jo à la gratte, Jim derrière les fûts et Jack aux chants avec une basse dans les pattes. Se réclamant d’un style metal blues, ils décident de sortir en février 2005 l’objet qui résonne actuellement dans mes hauts parleurs.
Les trois faux frères Bud puisent leur inspiration autant dans les boissons alcoolisées, le blues sudiste version Johnny Lee Hooker que dans le rock (et le metal) des eighties. Sans fioritures inutiles ni complexes, leur autoprod débute avec un blues lancinant aux riffs sobres, mais ô combien efficace, nommé ‘Goddamn’, morceau ponctué de soli dans la plus pure tradition blues rock. Un poil plus burné, I Hate’ poursuit cette exploration de l’univers musical de la formation alsacienne dans un registre nettement plus heavy rock ; l’influence de Black Sabbath ne doit pas y être étrangère. C’est presque slidisant sur ‘Hazy Lady’, plage à la limite de la chanson à boire intimiste jouée autour du feu de joie avec plusieurs voix qui s’entremêlent. On se réveille avec ‘Easy Rider’ et son gros son groovisant teinté de plans barrés trashisant à la guitare sur lequel les vocaux sont tour à tour caverneux puis limpides comme bien souvent sur cette production. Une marche au tambour assez martial et des riffs dans la lignée de celui de ‘My Friend Of Misery’ de Metallica servent de trame sonore à un chant presque agressif sur l’ultime pièce de cette trop courte production : ‘Rain & Bells’. Ce dernier morceau est de loin celui vers lequel va ma préférence.
Une belle pièce de rock d’influence US qui suinte le Whisky, les plans trash et le blues graisseux par tous les pores.

Contact:
www.boozingtruckers.com
www.myspace.com/boozingtruckers

Chris

Fu Manchu – King Of The Road

Fu Manchu - King Of The Road

A la mort de KYUSS, FU MANCHU vassal discret jusqu’alors, mais diablement efficace, s’est légitimement imposé auprès du public comme le nouveau King du stoner rock en enchaînant coup sur coup The action is go fin 97, une tournée magnifique en 98 et Eatin’ dust début 99. Personne ne s’opposera à considérer cette période comme ayant été particulièrement délectable pour les auditeurs avides de sons gras indélébilement marqué du sceau des 70’s. En s’autoproclamant King of the road, le FU reconnaît implicitement et probablement malgré lui qu’il n’est plus le number one. Reparti en croisade, le FU laisse la place du King du stoner rock vacante. Plutôt courageux comme démarche. Sauf qu’en tentant de consolider son statut par la construction d’un nouveau château qu’il voulait assurément encore plus grand, encore plus beau, encore plus haut que les précédents, il a perdu de vue que les fondations devaient être également plus solides que pour ses édifices antérieurs. Quelques tours sont très agréables à visiter certes et la vue y est plutôt jolie (Hell on Wheels, Weird Beard, Hotdoggin’), mais la bâtisse ressemble un peu trop à ce qu’on a déjà vu avec un niveau de finition moindre. On retiendra néanmoins sur ma gauche, dans le fond, un superbe donjon construit sur le modèle DEVO, Freedom of Choice. FU MANCHU est à nouveau sur la route, prétendant en être le roi. Attention à ce que cette route ne vous mène aux oubliettes messeigneurs.

Brant Bjork – Gods And Goddesses

Brant Bjork - Gods and Goddesses

La dernière fois que j’ai eu l’occasion de discuter avec Brant Bjork c’était pour les dix ans de Jalamanta, son premier album studio. Et je lui avais fait remarquer que l’année 2010 serait le vingtième anniversaire de sa toute première production, j’ai nommé Sons of Kyuss. Sa réponse avait alors était directe, sincère et spontanée : « le temps passe vite lorsqu’on s’amuse ». Et finalement, alors que certains ressassent encore et toujours le passé et manquent beaucoup de choses, me voici à chroniquer le septième album du bonhomme. Car oui les amis, Brant nous sort déjà son septième album solo Gods & Goddesses.
A l’image de ses autres productions, ce nouvel opus a des qualités et des défauts.
J’avais terminé ma chronique de Somera Sol en évoquant un « avenir musical varié et riche ». Sans être complètement déçu, je dois tout de même avouer que nous en sommes assez loin. En effet, les nouveautés sont assez rares et on a parfois l’impression que Brant nous ressort quelques plans, en particulier dans sa façon assez typique et stéréotypée de nous servir ses intros. Plus proche de Saved by Magic que de Somera Sol, les titres s’enchaînent dans un ensemble assez homogène et les recettes maintes fois utilisées le sont encore ici. Mais c’est indéniable, ça marche. Car Brant Bjork, c’est avant tout un feeling, une touche. Et j’en suis parfois à me demandé ; et si Brant Bjork nous le sort cet album qui révolutionne sa musique, l’accepterait on ? Et lorsque l’écoute se termine vous vous dites une nouvelle fois, ok, ce n’est pas encore le grand changement mais c’était cool.
Au risque de me répéter, je dirai que si vous avez aimé les précédents, celui-ci ne vous laissera pas indifférent et si vous avez lâché Brant il y a déjà quelques albums, Gods & Goddesses ne vous raccrochera pas. Brant nous offre ici un bon album, un de plus.

God Damn – Old Days

God Damn – Old Days

Comme l’annonce la bio du groupe : ‘Nous faisons du Stoner et ça va avoir sacrément des couilles !’, la formation hexagonale fait du gros stoner bien puissant avec des baloches que les torros des arènes ibériques leur envient ! Ca ne plaisante pas une seule seconde tout au long des dix plages proposées sur cette plaque dopée aux amphétamines et ces gars assurent furieusement question technique.
Comme cela s’est déjà vu au rayon lourd de la galaxie stoner, la formation hexagonale a débuté comme un side project de lascars venus de la scène metal (Biffins, Butchery et Sinker). C’est en deux-mille quatre que ces types se sont réunis pour balancer un southern rock puissant dans la droite ligne de Down et Crowbar. Après une première demo en deux-mille-sept, God Damn s’est dépensé sans compter sur les scènes hexagonales dont celle du Hellfest puis a rejoint le collectif Redneck Metal qui ne laisse planer aucun doute sur les inspirations de la formation qui met bien en avant le t-shirt de Superjoint Ritual d’un de ses membres sur la photo officielle insérée dans le livret de cette plaque qui envoie le bois.
Enregistrées au Studio Cartellier sur le sol français et masterisées au Nomad Studio sous le soleil texan, ces quarante minutes de riffs plombés et de débauche rythmique cartonnent ! L’auditeur n’a droit à aucun répit et sitôt une plage achevée il se reprend une grosse dose de décibels en pleine tronche sauf en fin d’album où le groupe lâche un peu de pression pour balancer ‘Here Stands Serenity’. Cette composition nettement plus calme que ses neufs consoeurs et une balade dans la plus pure tradition de ce que la Black Label Society de Zakk Wylde propose au rayon calme.
Très cohérente dans son ensemble, cette plaque recèle quelques bijoux qui sortent du lot comme ‘Hangover’ qui ne dépareillerait pas sur un album de Down ou ‘Lies’ et ses arrangements plus subtiles qui lorgnent vers les Spiritual Beggars avec une touche synthétique bien sentie qui habille un peu la trame de base sur laquelle hurlements contenus et guitares saturées se déchaînent. Au final, j’ai un gros faible pour ‘Dying In A Hole’ qui conjugue des vocaux scandés tels des déclarations de guerre, des riffs belliqueux et un groove brillant au tempo ralenti agrémenté de quelques lignes de keyboards.
Les ricains ont intérêts à bien s’accrocher à leurs sièges : la relève est prête !

Valient Thorr – Stranger

Valient Thorr - Stranger

Moins de deux ans après leur dernière saillie, les redoutables Valient Thorr repartent à l’assaut de nos platines disques, et ils sont prêts à en découdre ! Probablement dotés d’un cerveau unique pour cinq, ils n’ont manifestement pas fomenté un concept d’album très élaboré, ni une profonde remise en question de leur identité musicale. Nan! Valient Thorr, c’est le groupe de bikers qui débarque dans le pire rade de campagne en défonçant la porte, te prend par les couilles et te hurle pendant une heure dans les oreilles sans te lâcher le fut’. Amateurs de musique de chambre, il est encore temps pour cliquer « Page précédente » dans votre navigateur internet.

Faisant à nouveau confiance à Jack Endino pour produire leur avorton, le zélé quintette a choisi un artwork qui en dit plus sur son contenu que mille mots : leurs 5 sales trognes barbues au naturel (et donc effrayantes) au recto, et une superbe vue champêtre au verso, où nos 5 freluquets prennent la pose de dos, au dessous d’une magnifique ligne à haute tension qui traverse la végétation. Crasse, électricité, nature, vestes à patch, colère. Tout est là.

Dans le cas où ça ne vous suffirait pas pour vous jeter chez votre disquaire la bave aux lèvres, essayons de décrire simplement l’amas de glaviots que constitue cette rondelle plastique acérée comme une lame de rasoir. Si l’on devait comparer Valient Thorr, on serait bien emmerdés. Il s’agirait d’une sorte de mélange mal dégrossi de Motörhead, de Black Label Society (pour l’amour de la veste en jean sans manches, l’attitude, et les soli indécents qui larvent chaque titre), et même des Ramones (pour l’esprit « communautaire » et l’attitude punk). Chaque titre évolue dans la même veine musicale, et chaque plage enfonce plus profondément le clou rouillé dans la plaie béante de votre bonheur auditif (si si !) : grosses grattes avant tout (rythmiques et solo, je le rappelle, ce qui donne des relents metal tout à fait bienvenus), chant gueulé non stop (et accompagné de chœurs si nécessaire pour mieux porter des refrains que l’on chante à tue-tête), batterie qui allie la joie du binaire avec des plans hard rock. Autant d’hymnes au houblon frelaté que l’on se prend à entonner dès les premières écoutes (« Doublecrossed », « Sleeper Awakes », « Visionquest », etc.). Le tout donne un genre musical complètement hors du temps, mixant le meilleur des 4 décennies précédentes, avec un son impeccablement moderne.

Il faut de tout pour faire un monde, et dans une société un peu trop propre et policée, Valient Thorr, un combo plus intelligent qu’il n’y paraît, nous balance une rondelle direct à l’estomac, mixant joyeusement premier degré musical et second degré comportemental. Le résultat est de manière surprenante très digeste, et devrait permettre aux ricains de gravir encore une marche vers le statut culte auxquels ils se destinent. A découvrir AVANT.

Asteroid – II

Asteroid - II

Le trio d’Örebro balance son deuxième long format éponyme après sept ans d’existence. Cette formation m’avait surtout marqué lors de la sortie de son split avec Blowback et c’est avec plaisir que je me suis mis au travail pour cette chronique de rock psychédélique scandinave ; un genre dont je suis plutôt preneur.
La première écoute de ce nouveau cd ne m’a pas franchement surpris, on tape dans le fuzz très traditionnel empreint d’influences seventies planantes et ça se laisse écouter avec plaisir. Les suédois, à l’instar de leurs compatriotes actifs dans ce registre, font preuve d’une maîtrise incontestable dans ce créneau qui fleure bon les seventies. ‘Lady’, titre à qui va nettement ma préférence, est un excellent compromis entre les doux délires alambiqués de Pink Floyd et l’efficacité heavy de Dozer : ça la fait toujours aussi bien. Les neuf compos alignées sur ce second opus sont plutôt bien ficelées et aucun gimmick des mythiques années septante ne semble avoir été épargné par Asteroid puisqu’on se tape le plan bluesy, le plan orientalisant et le plan de slide durant les quarante-quatre minutes que durent ce cd.
La surprise n’est pas franchement au rendez-vous sur cette galette de bonne facture dont la qualité est irréprochable, mais sur laquelle une prise de risque aurait été bienvenue. Ceci dit, ceux d’entre vous qui affectionnent les sonorités d’il y a bientôt quarante ans, les ambiances aériennes et les compos juste alambiquées ce qu’il faut, mais pas tordues, peuvent sans autre jeter une oreille sur cet opus pas bourrin pour un centime d’euro qui est la bande son toute idéale pour une soirée Woodstock ! Fais tourner !

Alabama Thunderpussy – Fulton Hill

Alabama Thunderpussy - Fulton Hill

Ca m’arrache le coeur de le dire, mais je me dois d’être honnête : cet album est une grosse déception… J’adore Alabama Thunderpussy, c’est un groupe superbe, superbement sous-estimé et méconnu aussi, doté de musiciens doués et inspirés, un groupe que l’on voyait progresser d’album en album, se renouvelant sans arrêt, sans jamais perdre leur “fil conducteur”…
Ils ne l’ont toujours pas perdu, ce fil conducteur, on le retrouve bien sur cet album : le son des guitares est aussi tranchant, et ce morceau d’intro, le superbe instrumental “Such a life”, fait chaud au coeur : guitares crasseuses et acérées, rythmique lancinante, mélodie accrocheuse, composition épique, relents sudistes affirmés… C’est du ATP pur jus, pas de problème !
Mais tout se gâte dès la première seconde du deuxième morceau ! Le chant ! Johnny Throckmorton s’en est allé, et a laissé la place à un certain John Weills, plus “hurleur” que chanteur ! Le chant est devenu “extrême”… Alors qu’auparavant, ATP évoluait sur le fil du rasoir, le chant fait franchement basculer le groupe du côté “violent” du ravin, et ceci n’aide pas le groupe à mettre en avant ses super compos (ce même morceau, “R.R.C.C.”, sans le chant, est excellent) : des morceaux comme “Sociopath Shitlist” ou “Infested” deviennent bien trop difficiles à appréhender, comme “gâchés”…
Attention toutefois, la déception est certes grande, mais ceci n’enlève en rien au fait que ce disque est excellent, la tête et les épaules au dessus des productions que l’on a l’habitude d’écouter.
Et puis des morceaux comme le somptueux “Three Stars” nous font garder la foi : ce chanteur a du potentiel… Mais on a l’impression qu’il lui faudra encore un ou deux albums pour atteindre son meilleur niveau (alors que Throckmorton avait atteint un niveau d’excellence sur “Staring…” qui nous laissait augurer du meilleur pour l’avenir !).
Bref, un très bon disque, un excellent disque même, gâché par des vocaux qui ont tendance à induire l’auditeur en erreur : la musique d’ATP n’est pas violente, elle est délectable de bout en bout. Cet album nécessite seulement un peu plus d’efforts, c’est dommage…

T.H.U.M.B. – Primordial Echoes For Modern Bigfoots

T.H.U.M.B. - Primordial Echoes For Modern Bigfoots

Venise, ses canaux sinueux, ses petites rues calmes, ses gondoles, ses flots de touristes… et son groupe de stoner « maison », T.H.U.M.B. ! Forcément, à première vue, le contraste rebute un peu. Pour autant, le trio vénitien s’inscrit franchement dans la droite lignée des meilleurs groupes de stoner transalpins, aussi étonnant que cela puisse paraître. Huit années après sa précédente sortie vinylique (soyons honnêtes… on avait oublié jusqu’à leur existence) ils déboulent avec une nouvelle rondelle chez les excellents Go Down Records.

Le premier constat est que la prod est un peu sommaire, parfois rêche, les bords sont mal ébarbés : la saturation croustille un peu, le fuzz crépite, clairement les potards sont tous sur 11. Au final, le souffle sourd qui sort des enceintes est chaud et rauque, brut de décoffrage certes, mais globalement plutôt séduisant. Le genre musical pratiqué ici ne chamboulera pas grand monde : le stoner très classique du groupe se compose pour l’essentiel de morceaux lancinants, parfois plus punchy, de riffs lourds, le tout accompagné d’une basse ronde et grasse bien saturée (hmmm, l’intro de « Reaching the afterglow »), et d’une batterie qui met le paquet sur les rondelles cuivrées, les roulements et la frappe de mulard dès qu’il s’agit de susciter le headbang (« Road song », « Pietrosaurus »). Petit point faible : les vocaux, même s’ils remplissent leur modeste office (plutôt second rôle, voire même figurant au casting), ne cassent pas trois pattes à un canard cul de jatte. Pour le reste, franchement, cherchez pas trop loin : c’est la musique idéale à enfourner dans le lecteur de CD de sa voiture, le bras dehors contre la portière, à tracer la route sous le cagnard… Ca groove, ça dépote, et pour autant ça se permet de coller quelques passages ambiancés plus psyche voire space-rock (en recourant notamment à quelques insertions de claviers ou d’harmonica).

Ne vous laissez pas décourager par l’assez médiocre artwork qui orne cette galette : même si l’on n’est pas face au disque le plus excitant de la décennie, cet album plutôt sexy devrait sans problème satisfaire pleinement la plupart des fans de stoner traditionnel. Un disque modeste par ses ambitions mais plaisant par son attitude. Un positionnement marketing pas si stupide au final…

Glowsun – Eternal Season

Glowsun - Eternal Season

Presque quatre ans d’attente balayés en un peu plus de cinquante minutes ou comment Glowsun réussit un coup de maitre en nous balançant un album à la hauteur des espoirs.

Digne successeur de l’excellent The Sundering, Eternal Season réussit avec une facilité déconcertante l’épreuve au combien difficile du « ok le premier album était génial, mais le second hein ? Ça ne pourra jamais être aussi bien ». Vous connaissez tous cette petite déception que l’on a parfois sur le second album d’un groupe qu’on aime vraiment. Et bien ici, point de mauvaise surprise. C’est la claque ! Le retour de l’aller qu’on s’est joyeusement pris en 2008.

Sans faire une chronique morceau par morceau, attardons nous un peu sur les trois premiers, histoire de vos donner envie et laissons le reste de l’album vous surprendre.
Death’s Face, le morceau qui ouvre cet album est déjà un vrai plaisir de fan. Pour celles et ceux qui ont vu le groupe lillois en concert ces dernières années, ce titre ne leurs sera pas inconnu. On sent que le titre a muri au fil des interprétations et qu’il trouve ici sa version définitive, aboutie et brillante. Sur un tempo assez lent, la petite intro à la basse suivie de quelques effets de guitare avant que la batterie ne se mêle à l’ensemble pour véritablement lancer le titre, on voit déjà que c’est de la belle œuvre. Un peu à l’image de Inside my Head sur le premier album, le changement de rythme sur la dernière partie du titre est parfaitement amené, ça commence bien !
Dragon Witch confirme cette impression avec une richesse, une variété dans les rythmes et les sons. Bref, 6 minutes 40 denses et riches. Le groupe y place plein d’idées avec une cohérence évidente et franchement pas simple à trouver (ça résume d’ailleurs assez bien l’album, riche et cohérent). Un excellent titre qui a le bon gout de se laisser appréhender au bout de plusieurs écoutes.
Lost Soul, rien que pour son envolée dans le dernier tiers mérite à elle seule l’achat de l’album. Johan Jaccob nous balance un pur solo comme il en a le secret. Là encore, ça fourmille d’effets, de petites variations par-ci par-là rendant l’ensemble encore une fois, au risque de me répéter, très riche.
L’une des grandes forces de cet album, c’est qu’il se découvre, se dévoile petit à petit. La première écoute pour la claque, la seconde pour se dire « ok, ils l’ont vraiment fait, ils ont confirmé ces bougres là ». La troisième écoute pour se dire « ah punaise, je ne l’avais pas entendu cet effet là, qu’il est bien trouvé ! ». Cela fait trois semaines que l’album tourne chez moi, je le découvre encore.
Sauf que voilà, il sort là, on y est, il faut la publier la chronique. Ah misère !
Alors si, quand même un petit mot sur la production. Tout comme pour le premier album, la prod est excellente. Le son a une identité stoner évidente. L’équilibre entre basse, batterie et guitare est un des atouts majeurs du « son Glowsun ». Car oui, je pense qu’on peu parler de « son Glowsun ».
Alors du coup, je me suis dit que non, je n’allais pas faire la chronique hyper référencée remplies de comparaisons avec d’autres groupes instrumentaux (ou presque puisque Glowsun nous place ici encore quelques parties chantées) de la scène allemande en particulier et dont personne n’a entendus parler sauf ceux à l’érudition stoner bien plus poussée que la mienne.

Personnellement, je ne vois pas de défaut à cet album et très certainement pas le magnifique artwork dont je n’ai pas parlé car il se suffit à lui-même. Et comme il m’arrive parfois de conclure, je peux simplement vous dire que si vous avez aimé le premier album, ce second effort ne vous décevra pas.

My Sleeping Karma – Soma

My Sleeping Karma - Soma

Un peu plus de deux ans après un troisième album (le bien nommé « Tri ») qui nous avait pas mal chamboulé, le quartette instrumental allemand, via sa nouvelle maison Napalm Records, nous balance un nouveau disque, et affirmons-le tout de go : il est tout simplement excellent. Pas de changement radical dans le concept du groupe : toujours constitué d’un trio guitare / basse / batterie, My Sleeping Karma accueille aussi un claviériste, Norman. Toutefois, ne vous attendez pas à des passages de clavier Hammond bluesy ou groovy, ni encore à des mélopées sirupeuses à la Vangelis… En réalité, l’usage du clavier chez MSK relève de la volonté absolue de tisser des ambiances, de cumuler des strates musicales cohérentes, de proposer des arrangements subtils, discrets, et parfaitement assimilés. Musicalement, les 3 autres instrumentistes, en revanche, se tirent la bourre dans une osmose qui fait plaisir à entendre : même si Seppi à la guitare est à première vue le principal artisan de l’édifice, son pote à 4 cordes Matte lui tresse des lignes de basse rondes, ronflantes, qui viennent enrober ses riffs, et leur dressent un tapis rouge en direction de vos plus insondables connexions neuronales. Team work at its best ! Ne diminuons pas le rôle du batteur : même si, dans les faits, MSK n’est pas un power trio à la Karma To Burn, le rôle de la batterie dans sa musique est de premier ordre. Steffen est en tout point impeccable, que ce soit par ses percussions discrètes sur les passages les plus ambiancés, par son jeu de cymbales enlevé sur les passages aériens, par ses coups de caisse claire secs et nets pour les breaks et couplets, ou par sa frappe de mulet pour appuyer des refrains sur-heavy. Au risque de me répéter, l’osmose entre ces bonhommes est tout simplement la pierre angulaire de leur musique, une composante de base.

Ce postulat justifié, vient le temps de se pencher sur musique de ce « SOMA ». Le premier avis après une à deux écoutes est presque ambivalent : d’un côté, on reconnaît dès les premières notes le genre musical du groupe, d’un autre côté, on ne détecte pas d’évolution fulgurante. Ce n’est qu’au fil de plusieurs écoutes plus attentives que la maturité et la maîtrise (instrumentale et stylistique) du quatuor germanique deviennent prégnantes, puis éclatantes. On sent leur musique et leur genre musical complètement maîtrisé et assumé, tramé toujours à partir des mêmes composantes, peu ou prou : des titres assez longs (entre 6 et 8 minutes, en gros), chacun construit autour d’un riff (ou groupe de riffs) super mélodique et atrocement catchy, un riff qui à chaque fois est introduit progressivement, monté en tension au fil du morceau, pour ensuite tourner un peu dans tous les sens, dans des variations imprévisibles mais profondément cohérentes. Les morceaux sont inventifs, bien construits, empruntant pour cela au rock progressif sans jamais devenir démonstratif (on pense plus aux premiers Dredg qu’à King Crimson, si vous voulez…). Ces compos épiques sont assemblées en un parcours de presque une heure en tout, tous associés à des interludes subtils qui finissent de construire et lier l’ensemble. Dans ce cadre, difficile d’identifier des titres plus marquants que d’autres, tant le tout est indissociable. Pour l’exercice, on notera quand même la beauté de la rythmique de basse de « Ephedra » et le lick de guitare infectieux qui l’accompagne tout du long, la lourdeur du refrain de « Saumya » avec sa basse ronflante, ou encore le très space rock « Psilocybe » et son jeu de batterie remarquable.

My Sleeping Karma propose avec ce « Soma » un disque aux vertus multiples. Déjà, c’est un disque que vous pourrez, selon votre volonté ou votre état d’esprit, laisser traîner en boucle pendant des heures en menant d’autres activités, ou bien écouter avec attention de nombreuses fois, tant il recèle de détails, d’arrangements élaborés, et de chemins sinueux. Ensuite, c’est un disque que vous pourrez faire écouter à des gens qui ne sont pas forcément fans de stoner (soyons honnêtes, c’est moins évident avec des combos comme High On Fire, Weedeater ou Valient Thorr…), tant il peut afficher une relative « universalité » musicale, et ce (c’est notable) sans jamais perdre une once de puissance. Mais plus généralement, c’est avant tout un sacré bon album, comme on aimerait en entendre plus souvent.

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