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Il faut se projeter dans cette situation : être fan de stoner, doom et assimilés dans la région de Pau, c’est se satisfaire d’avoir, à moins de 50 bornes, deux concerts maximum par décennie dans des genres approchants. Le précédent, c’était Mars Red Sky en 2017. Pour le reste, c’est minimum 4h de route aller-retour. Alors découvrir que Messa fait escale à Jurançon, village de l’agglomération paloise, ce samedi soir, nous aura vite convaincu que l’occasion ne pouvait décemment pas être ratée. Apparemment nous fumes plusieurs à prendre la même décision, car la très belle salle est très décemment remplie, pour une date aussi improbable (au pifomètre entre 100 et 200 personnes).
Orbel
La première partie est proposée par un combo basque, Orbel. Le quatuor développe un univers musical minimaliste, ambiant, une sorte de dark-synth… Imaginez un groupe de trip-hop anglais du siècle dernier passé à la sauce post-rock. Avec une (ou deux) voix très en avant, chantant en basque par ailleurs, l’identité du groupe est marquante – mais le genre musical est un peu loin de nos sphères de prédilection. Notons un très bon accueil du public.
Place aux têtes d’affiches du soir, Messa. Les italiens n’ont pas fini de capitaliser sur leur concert du Roadburn 2022, où ils ont eu l’opportunité de proposer un set aménagé, avec quelques musiciens supplémentaires. Convaincus du potentiel du concept, le groupe a non seulement sorti l’enregistrement sur disque, mais s’est embarqué sur une tournée spéciale, “extended line-up”, qui le voit prendre la scène chaque soir avec trois musiciens complémentaires…
Le “cas” Messa est complexe : portés par une fanbase transie, il est difficile depuis quelques années d’envisager un regard nuancé (voire distancié) sur leur musique. Ce soir en tout cas, s’il nous en fallait encore une illustration, les amateurs des quelques rares sonorités vaguement doom du quatuor transalpin ne seront pas à la fête. Les atours résolument folk apportés par les musiciens (et pas vraiment ethniques ni tribaux comme on entend dire ici ou là) transforment les chansons du dernier album (“Orphalese”, “0=2”,…) sans pour autant les révolutionner. Elles gagnent en densité instrumentale ce qu’elles perdent en (relative) puissance. Harmonies, soli, parenthèses acoustiques… Les arrangements apportés par ces instruments complémentaires sont discrets mais nombreux : claviers, mandolines, guitares, flute traversière, saxophone, etc….
Scéniquement, il ne se passe pas grand chose (encore moins que d’habitude) : on se retrouve pendant plus de 30 minutes devant une brochette de 6 musiciens alignés en rang d’oignons (Rocco le batteur est derrière), très statiques, parfois assis, en mode joueurs introvertis (“immergés dans la musique” lit-on parfois chez nos plus lyriques collègues). Le public écoute avec le sourire et semble passer une bonne soirée.
Un peu plus tard, la carte “intimiste” est jouée, avec quelques musiciens qui quittent la scène pour n’en laisser que trois puis quatre en mode acoustique, assis. Deux titres sont joués dans cette configuration (dont le vieux “Confess”), pour virer sur des accents country sur la fin…
Avant de conclure, on dit au revoir aux musiciens “extended” pour proposer une poignée de titres en configuration Messa “classique”. Encore une fois, il ne faut pas être fan des plus anciennes productions du groupe, étant donné que ne seront joués que des titres du dernier album sous cette incarnation. Difficile de rentrer dedans en revanche : après nous avoir gentiment bercé pendant quarante minutes, “Dark Horse” fait un peu de bien, mais le pataud “Suspended” ne paraît pas le meilleur choix pour remuer un peu les corps et les esprits. Le quatuor revient sur scène pour un (prévisible) rappel sur “Rubedo”, qui fonctionne pas mal, mais qui peine à nous extirper de notre état mi-cotonneux mi-comateux.
Une heure et puis s’en va. Le public (une minorité d’amateurs du groupe, une majorité de curieux) a apprécié la soirée. Pour notre part, l’ennui a prédominé : peu d’énergie, pas de transfiguration des chansons… Les hordes de fans habituels du groupe auraient sans nul doute trouvé ce tour de chant remarquable, ce ne fut pas le cas de votre serviteur qui a trouvé tout celà plutôt dispensable ; un dispositif à la valeur ajoutée discutable.
Après une nuit de sommeil trop courte et une visite attentive du marché aux puces de Mauerpark, il est temps de retourner occuper le terrain de la Columbiahalle pour ce dernier jour de Desertfest. C’est d’ailleurs avec beaucoup de fatigue qu’on attaque cette troisième journée de réjouissances, et ça se voit parce que le public arrive bien plus tard que les autres journées. Peut-être est-ce aussi dû à la qualité moindre des groupes du jour par rapport aux deux précédents ? J’avoue que nous n’avons pas été meilleurs que nos camarades, séchant le concert de Perilymph, trop fatigués pour courir et être à l’heure.
Dommengang
Nous ouvrons donc cette journée sur le concert de Dommengang. Quand bien même les paupières se font lourdes, ça balance pas mal à Berlin avec eux et on profite du fait qu’il n’y ait pas encore trop de monde dans la petite salle. A peine le temps d’apprécier les Portlandais qu’on file à Blood Ceremony, et je sens que la journée va s’enchaîner sans que je n’ai rien le temps de voir !
Blood Ceremony
Ravalant ma frustration vis à vis de ces sempiternels overlaps je débarque pour le set de Blood Ceremony – et tu sais à quel point j’aime les groupes à voix féminine ? La réponse est : a lot ! Mais quand en plus ça joue de l’orgue et de la flûte traversière, mon petit cœur de sorcière est conquis !
Daily Thompson
Un tour rapide du côté de Daily Thompson me fera dire que ce n’est pas spécialement ma came, je passe en coup de vent et ne m’y retrouve pas. Beaucoup de monde ceci dit remplit le Théâtre, signe que je n’ai pas tout capté à priori.
Bongzilla
En retournant vers la scène principale, on constate qu’une descente de douane a lieu sur le trottoir devant le festival. 3 camionnettes de flics encadrent les tour bus garés le long du trottoir. Faut-il s’en étonner alors que c’est le set de Bongzilla qui va démarrer?
On attend donc qu’ils arrivent sous un épais nuage de fumée bien odorante, et là, déception, le chanteur s’est mis au bong électronique. Ça a carrément moins de gueule pour un groupe qui prône la fumette même dans son nom ! La douane repartira brocouille et nous aussi. Bongzilla est tellement plus à sa place sur la scène d’un club ! Ce set nous laisse clairement sur notre faim, et après en avoir échangé avec quelques uns des festivaliers le sentiment est le même. Un set mené selon les standards du groupe mais le manque de proximité laisse l’auditeur décrocher.
Ecstatic Vision
Laissant derrière nous le sludge herbeux nous allons voir de quoi il retourne avec Ecstatic Vision. Pour ma part, je les ai vus il y a une semaine à Nantes et j’ai hâte d’en reprendre une pelletée. Ça ne manque pas, le groupe est aussi barré quel que soit le lieu et quelle que soit la scène. Le chanteur fait mine de se pendre avec son micro, et les parties de flute ou de sax ajoutent la touche d’originalité necessaire pour que cette formation ne soit pas qu’un agréable foutoir. Vivement la prochaine.
Mono
Passage obligé par la grand salle pour aller voir ce que donne Mono (encore une fois…), s’agit-il d’une soirée techno au Berghain ou de Mono ? On se le demande ! L’OVNI de la prog de cette année c’est eux ! Beaucoup ont adoré leur set, mais je suis restée perplexe face aux réglages sonores de la batterie dont la caisse claire était beaucoup plus forte que le reste. Choix du percussionniste ou erreur technique ? On ne le saura pas. Une fois de plus la rédaction est unanime, Mono mais pas trop.
Gaupa // L.A.Witch // Slift
L.A WITCH
Que dire du set de Gaupa ? et de celui de L.A.Witch ? Deux sets pas fous. On est fatigués et leurs vibes ne sont pas recues comme il se doit.
Heureusement entre les deux sets il y a Slift, les petits cœurs des français présents battent fort alors que leurs compatriotes montent sur scène. Clairement le chauvinisme a tendance à placer ce groupe un cran au-dessus de ce qu’il est réellement. Cependant il faut admettre que les gars connaissent leur partition. Les morceaux sont impeccables et majestueux, pas mal de gens dans la fosse levitent au-dessus du sol. Pour notre part, seule incompréhension, cette incapacité à finir un set sans faire durer 1000 ans le dernier morceau. Dommage, on a frôlé la classe internationale.
GAUPA
L.A.WITCH
Uncle Acid & The Deadbeats
Voilà c’est la fin, Uncle Acid & The Deadbeats viennent clôturer ce weekend de folie. D’aucuns diront que c’était le meilleur concert du week-end, et ils n’auront certainement pas tort. La bande à Kevin Starrs a offert une prestation du feu des enfers, enchaînant les opus comme j’ai enchaîné les verres de Club Mate tout le week end : sans concession ! Et si on ressortira certainement avec un torticolis de ces trois jours de festival, ces derniers n’y seront clairement pas pour rien !
Les spectateurs sortent en transe du concert, le festival les a épuisés mais conquis. Dur de se dire qu’on ne remettra pas cela demain, mais à la fois quel soulagement, c’était si intense. Cette édition du Desertfest Berlin s’annonçait douteuse, mais les craintes ont vite été balayées, et si les overlaps et la jauge réduite du Columbia Theatre ont écorné notre plaisir, c’est là chose vite oubliée car la sélection rigoureuse des groupes, l’organisation sans pépin, la qualité humaine du festival du désert en font une perle que l’on espère retrouver dans cet écrin où un autre l’an prochain !
Un des avantages du Desertfest c’est ses horaires. En effet, les sets ne commençant pas avant 15-16h, l’ habitude est prise de faire du tourisme avant de se rendre sur le site. C’est donc après être allé faire quelques emplettes berlinoises et bu nos économies sur Alexanderplatz que nous voici de nouveau sur le chemin d’un Döner de première qualité, passage obligé avant de prendre un digestif auditif près de Tempelhof au sein de la Columbiahalle.
Plainride
On démarre doucement avec un groupe que l’on aurait pu apprécier ou non la semaine passée (cf. la chronique de Iro22). De notre point de vue et dans le contexte présent, Plainride est le groupe parfait pour commencer ce second jour du Desertfest, avec un petit côté heavy qui réveille bien ! Et, on ne va pas se mentir, ma passion minets est assouvie !
High Desert Queen
Pas besoin d’aller bien loin puisque le second concert du jour, High Desert Queen se tient également sur la scène de taille club du Columbia Theatre. Réveil difficile ? Prends une dose d’High Desert Queen avec un grand verre d’eau, tu verras, ça met un coup de fouet instantané ! Le groupe déchaîné utilise pour carburant de la tequila à même le goulot, ce qui permet au frontman d’assurer ses gesticulations rythmiques.
Fatso Jeston & Sean Wheeler
La circulation est fluide sur l’autoroute du kiff entre les deux salles, et c’est sans peine que nous arrivons pour le goûter et Fatso Jeston sur la mainstage. À l’image des membres du groupe, on est clairement sur une musique de boomers, qu’on comprend pas toujours bien. Les titres se suivent et se ressemblent, et ça ne me convainc pas le moins du monde. L’esprit de contradiction de Sidney Résurrection lui fera dire que c’est dans les vieux pots qu’on fait les vieilles soupes. En tout cas, l’enthousiasme est intact et Sean Wheeler qui accompagne le groupe sur la tournée, s’effeuille après s’ être pris pour un prédicateur maléfique tenant à bout de bras des magazines de poésie satanique dans une jam totalement folle. Ce dernier finit par disparaître pour permettre à Fatso de tenir le crachoir sur la reprise de “Going Out West” de Tom Waits.
Mr Bison
C’est à mi parcours du set que l’on arrive sur Mr Bison et si les Italiens sont habituellement plutôt du genre à nous enchanter avec leur stoner pas piqué des vers, il sera compliqué pour ne pas dire impossible de rentrer dans le set. La faute à ces couvertures entre les sets et à une salle qui à chaque concert sera désormais pleine à craquer et où nous n’ accèderons que grâce à notre privilège de chroniqueur pendant que pas mal de copains resteront bloqués à l’entrée de la salle où les vigiles surveillent la jauge, avec la règle “un entrant pour un sortant”.
Greenleaf
Ceci ne nous empêchera pas d’aller kiffer Greenleaf, et faisant fi du recouvrement nous quittons le Theatre pour la grande scène. Mais quel enfer de commencer un concert sur un problème technique (tiens, mais ça nous rappelle le set de Dozer hier ça, dont les deux groupes partagent le batteur et le guitariste). C’est le cas pour Greenleaf et malgré un premier titre sans guitare, Arvid au chant nous emmène avec lui, faisant presque oublier les couacs ! Bravo ! La salle s’est remplie bien plus tôt qu’hier, à croire que les suédois déplacent les foules. Serait-ce une erreur de les programmer aussi tôt ? Quoi qu’il en soit c’est pour le plus grand plaisir des fans que Arvid finit par se rouler sur scène et s’effondre sous le regard médusé de ses acolytes avant que ne se clôture le set.
Valley of The Sun
L’enchaînement avec Valley of The sun aurait pu être parfait si une fois de plus la structure de la seconde salle ne minorait pas notre plaisir. Prendre le set en cours et se retrouver coincé face à une enceinte ce n’est pas le meilleur compromis pour kiffer un concert, quelle que soit la qualité développée par le groupe, qui comme à son habitude délivre un set avec rigueur et professionnalisme.
Gnod
Afin de prendre un peu de repos j’ai laissé Sidney aller documenter la deuxième scène où se tenait le concert de Gnod. Un set qui le surprendra en particulier par un passage quasi Dub avant de monter dans les tours et de ravager la petite salle pendant que dans la cours entre les deux scènes se tiennent des concerts de groupes amateurs locaux et autres karaokés sous les bravos d’une terrasse de biergarten bien remplie.
Corrosion of Conformity + Crowbar
J’ai pu assister aux sets de Corrosion of Conformity et Crowbar et autant te dire que c’est le fin fond du bayou qui débarque en masse à Berlin à grands renforts de riffs puissants ! Le combo se tient à 30 minutes d’écart et arrive comme un hydroglisseur pour imposer leur sludge lancinant dans les chaumières de Kreuzberg ! Dans les deux cas on retrouve des titres cultes comme “Vote With a Bullet” pour le groupe de Pepper ou “Like Broken Glass” du côté de Kirk. Comme d’hab, ça tabasse, ça fait le taf et on est joie de les voir en forme sur scène !
Corrosion of Conformity :
Crowbar :
Mother Engine
Entracte qui valait le coup, avec Mother Engine. Crois-le ou non, la petite salle c’était the place to be à 20h50, si bien qu’il était une fois de plus carrément difficile de se frayer un chemin vers les maîtres du Kraut. Pour ma part c’est ce genre de groupes que tu découvres en live et qui te fous une claque dès les premières notes. Moi qui ne suis pourtant pas méga-fan des groupes instrumentaux, je me suis laissée embarquer par les relents psyché du trio allemand (jusqu’à en mouiller ma p’tite culotte). Et c’est avec grande tristesse que j’ai du quitter la salle avant la fin du set (fichus overlaps) pour aller au concert tant attendu du jour.
Monolord
Voici donc Monolord, c’est avec une joie non dissimulée qu’on retrouve Thomas Jager en meilleure forme sur scène, et apparemment heureux d’être là. Avec ses deux compagnons d’infortune, ils livrent un son impeccable, comme d’hab, et on en attendait pas moins d’eux. Petite surprise de trouver “Empress Rising” en milieu de set, qui m’a d’ailleurs bien fait baliser parce qu’à une demie-heure de la fin, on s’imaginait déjà qu’ils allaient la faire durer jusqu’à plus soif (ça s’est déjà vu). Heureusement non, et c’est finalement avec “Rust” qu’ils terminent pour le plus grand plaisir de nos esgourdes mais pas de l’ostéopathe qui m’a remis la nuque en place lundi !
Messa
Côté Club, c’était l’heure pour Messa de passer en mode super groupe. Un set gavé d’instruments acoustiques, remplissant la scène généreusement. Côté musique, nous sommes vite allés nous préparer mentalement pour la finale de cette journée. Désolé pour les fans, il y a des préséances à respecter. Tout ce qu’on peut vous dire c’est que les Italiens sont tombés en panne sur la route du retour chez eux. Quand ça veut pas…
Mantar
Enfin voici les tant attendus Mantar. Tu connais certainement la désormais célèbre Mantarte. Bah là c’était x10. Sans hésiter le concert le plus lourd de ces deux premiers jours. C’était d’ailleurs à la fois étonnant de les voir en tête d’affiche et en même temps pas du tout puisqu’ils jouent à domicile en Allemagne. Mantar c’est sale et propre en même temps, ça démonte des nuques à tour de bras et on en redemande. Entre “Cross the Cross”, “Astral Cannibal”, “Hang Em Low”,… Sauf certainement pour les blagues en allemand entre les titres qu’on a évidemment pas comprises, mais au vu des rires du public, on peut en conclure que les compères sont drôles ! Rassure-toi, ils ne sont pas prêts de se reconvertir dans les sketches, et on a bien hâte de se refaire péter la gueule par leurs futures interventions !
Nous rentrons donc sur les genoux et sans un chicot dans la bouche à notre collocation. Retour qui se fait seul tant beaucoup de nos compatriotes ont décidé de fuir ce dernier set, sans doute trop craintifs devant la fessée annoncée.
Si l’on s’est longtemps demandé comment serait le nouveau lieu du Desertfest, qu’on a eu quelques appréhensions surtout concernant les extérieurs et la circulation, c’est dans une ambiance cool qu’on débarque sur le site du festival aux abords de l’ancien aéroport de Tempelhof. Et si nos craintes quant aux déplacements entre les deux salles se révèlent fondées, on voit quand même bien que le festival du désert a passé un niveau ! En effet la Columbiahalle est un excellent choix d’un point de vue acoustique, bien que les allemands aiment encore pousser le son pas loin de 11. Belle surprise dans cette grande salle avec un balcon à gradins où l’on peut facilement s’asseoir en profitant des concerts.
Côté jardin, une cour où ça sent bon le currywurst et on trouve de quoi se sustenter facilement puisque les bars sont plutôt nombreux, ce qui permet de ne jamais vraiment faire la queue pour une binouze. C’est par cet espace que l’on accède au Columbia Theatre, salle de dimension plus modeste mais tout aussi bien conçue que la première : après avoir passé deux bars jumeaux de chaque côté de la salle, le parterre en escalier permet une vue sur la scène d’à peu près tous les endroits. Seul regret, la petitesse de la salle, dans laquelle il faudra probablement de la vaseline pour faire entrer tout ce beau monde.
Cela fait quelques jours que le running order est tombé, cela murmure son inquiétude vis à vis des recouvrements de concerts un peu partout dans le festival. En effet, précédemment l’organisation avait réussi à faire jouer les groupes avec un entracte qui cette année à disparu et met en place un chevauchement des sets. Il va falloir faire des concessions et l’affiche est si alléchante que cela n’enchante guère.
David Celia & Zuffalo
Cependant pas de drame pour l’heure avec l’ouverture du bal par David Celia & Zuffalo que nous irons voir en coup de vent pour constater son folk psychédélique.
Psychlona
On se rend ensuite, avides et heureux, au set de Psychlona. On y trouve des relents de Goatsnake, ça sent bon le bayou. Le public n’est pas encore totalement présent en ce vendredi après- midi. Il faut sans doute attendre que les Allemands terminent leur journée de travail avant que cela ne se remplisse. L’occasion pour nous de jouir de la salle et surtout du son! Si la qualité reste constante tout au long du weekend il y aurait bien de quoi pardonner les overlaps tant décriés. Les anglais livrent grâce à ce renfort de qualité un set remarquable et que la foule acclame, prête à avaler la suite des festivités.
En repassant par la cour, il est temps d’aller chercher quelques décorations de veste et autres disques au stand de Sound of Liberation où les premiers arrivés pourront retrouver quelques reliques de groupes disparus et constater que le prix de la galette de vinyl atteint de sommets outre Rhin.
Might
On apprécie la scénographie léchée de Might, ce groupe aux accents post et à la voix pas si bien posée. Le batteur se cache derrière un voile dont seule paraît l’ombre et dont la grosse caisse se retrouve décorative et esseulée au premier plan. Il n’y aura pas de quoi nous envoyer en l’air mais il faut avouer que ça a du charme. Ce qui nous permet tout en gardant une oreille sur le duo germanique d’aller découvrir un jardin tranquille derrière la salle et les stands de tatouage où les flashs attendent preneur pour fixer dans la peau le souvenir de ce weekend.
Church of Misery
Mais pas le temps de s’appesantir dans les chaises sous les parasols, c’est l’heure de l’apéro Tokyoïte : Church of Misery va débarquer d’une minute à l’autre. À l’heure où les japonais montent sur scène, du monde a déjà découvert l’étage de la grande salle. Musicalement c’est toujours aussi carré, mais on en attend pas moins du japon. En résumé : c’est une putain de branlée. Le chanteur Hiroyuki Takano, qui cherche à attraper la lumière en titubant, est très en voix. On a envie de s’abandonner à Satan et ses pompes, le set est puissant et enivrant. On vend son âme au doom pour rien, toujours admiratif de la capacité de Tatsu Mikami à porter sa basse au niveau de ses chevilles! Tout ceci ne nous donne pas vraiment envie d’aller jusqu’à la seconde salle. “Brother Bishop” ou “Born to raise Hell” nous captent totalement.
Godsleep
On attendra donc la fin du chapelet des titres dédiés aux tueurs en série pour aller voir Godsleep et sa chanteuse tous arpions hors les chaussettes. En tout cas, ça chauffe comme une bande d’ado dans un garage en plein mois d’août. Pas vraiment des endormis donc. Les girls ont de beaux jours devant elles dans le fuzz.
Dozer
Comme on s’en doutait, la circulation et le changement de salle se fait de plus en plus difficile avec la foule qui afflue de plus en plus à mesure qu’on avance dans les heures. Compliqué de rejoindre Dozer donc! A peine de retour à la main stage, les suédois commencent lourd avec “Big Sky Theory”, et les titres s’enchainent, on retiendra, “Supersoul”, “Born a Legend”, “From Fire Fell”, “Dust For Blood”…on était pas prêts ! Malgré quelques soucis techniques au niveau de la guitare et de la voix sur le tout début, le public ultra chaud les encourage et les soutient. Et de la voix, Nordin n’en est pas avare ! Dozer, c’est une putain de machine à tubes, et on n’hésite pas à remettre une pièce dedans.
Kanaan
Nous délaissons Dozer avant la fin pour aller écouter Kanaan. La circulation est plus fluide lorsqu’un groupe majeur joue et on déambule sans peine entre les fumées des viandes grillées… Kanaan donc s’aborde le ventre plein et les oreilles ouvertes. Il faut batailler ferme pour accéder à la scène et caresser les pieds des jeunes prodiges successeurs de Elder. Cependant l’adolescence étant l’ âge de la masturbation les gars se découvrent un manche et en abusent un tantinet. “Amazon”, “Black Time Fuzz”, “Downpour”, “Pink Riff”, “Solaris” Part I et II… décidément on reste centrés sur la dernière plaque du groupe, ça sent la promo mais qu’importe, leur voie semble toute tracée et mener loin.
Minami Deutsch
Le soleil couchant rejoint Minami Deutsch qui divise l’équipe de Desert-Rock : “pas ma came” pour Pauline, “idéal pour un chill dans quelques canapés cachés du grand public et où l’on croise le chanteur de Greenleaf” pour Sidney. Pas besoin d’avoir un œil sur le set, le Krautrock des nippons se suffit à lui-même.
Gnome
Il faut lever son cul cependant car les Belges de Gnome déroulent et il me tardait de les voir tant les avis divergent. J’avoue ne pas bien savoir à quel saint me vouer, c’est sûr que c’est très cool ce groupe qui sort du lot et se donne à fond faisant naître les chapeaux pointus dans la fosse. mais on est vraiment à la limite du hors sujet en particulier sur “Golden fool”, nouveau titre énervé dont on ne profite guère puisqu’on est physiquement aplati contre un mur sur le côté de la scène. Décision est prise de sonner un repli stratégique.
C’est alors qu’on croise (presque sans surprise) pas mal de connaissances française dont on ne savait pas qu’elles seraient présentes, et le monde du stoner européen étant petit et propice aux mélanges, on croise d’autres camarades, qui venu de Grèce, qui venu d’Espagne se tombent dans les bras les uns des autres. C’est cela aussi l’esprit d’un festival, la musique oui mais la musique en tant que convergence des cultures et des horizons.
King Buffalo
Après tant d’amour partagé c’est à King Buffalo de nous gratifier de ses notes et ce groupe croyez moi, c’est de l’amour en barres ! Le son est si lourd dès l’introduction “Silverfish” que la coursive de la Columbiahalle vibre ! Parfait pour enchaîner plus tard avec “Mammoth”. King Buffalo tient le public au creux de sa main. La beauté envahit le lieu et atteint son climax sur Cerberus.
The Great Machine
On arrive en pleine jungle pour voir jouer les dingues de The Great Machine : déjà que sur album c’était punk à souhait, que dire de la mise de ces trois israéliens ?! A l’image de leur musique, un beau bordel visuel. Ça pogote dans le pitt du Columbia Theatre, ça remue sévère et rien n’arrête le groupe qui comme à son habitude semble-t’il démonte la batterie pièce par pièce pour… la transférer dans le pit ! De là, le set reprend, batteur dans la fosse, entouré des spectateurs ravis et médusés à la fois, tandis que les guitariste et bassiste jouent perchés sur les bras tendus des spectateurs. Les roadies tirent du câble, on l’aide, c’est n’importe quoi et pourtant ça marche ! mes aïeux, quel set !
The Obsessed
Fin de service, il va être l’heure de la dernière branlée et pour cela on a ouvert l’Ehpad spécialement pour faire sortir Wino et ses copains de The Obsessed ! On aime bien l’intro avec “Brother Blue Steel” mais passé “Protect and serve” c’est quand même vachement redondant. Navré amis vieux doomsters, mais la jeunesse se trouve amoindrie, tant et si bien qu’on file se coucher avant la fin du concert aux alentours de “Punk Crusher”, éclatés par la fatigue de ce premier jour intense.
Si pour beaucoup Berlin rime avec grisaille, déchéance post communiste et imperméable mal taillé, pour notre part c’est avec allégresse que nous préparons nos valises pour cette destination et plus encore lorsqu’il s’agit d’aller couvrir le Desertfest pour vous, bande de petits veinards.
En amont du premier jour, les joyeux drilles de SOL, organisateur de l’événement, avaient concocté une sauterie de préchauffe au Cassiopea, dans les anciennes stations de train désaffectées et réhabilitées du Raw Gelände au sein du quartier de Friedrichshain.
C’est dans ce centre culturel que se tenait le Desertfest il y a quelques années, à l’Astra. On y abandonne d’ailleurs notre pote chroniqueur Chris, qui cette année délaisse le stoner pour une réunion d’anciens combattants du Punk & Disorderly. Tandis que les têtes à crêtes se battent à un bout de la zone nous investissons donc le Cassiopea, salle qui à su faire du neuf avec du vieux. Cette salle de concert est capable de tourner sur deux étages, cependant ce soir seul le rez-de-chaussée servira pour cette Warm Up. Après avoir immortalisé l’instant au photomaton du jardin intérieur, et s’être désaltérés sous une boule a facette open air, on glisse vers une salle bondée qui acclame les premiers riffs de Temple Fang.
C’est toujours cool de voir des concerts dans une petite salle, surtout avec l’affiche qui nous attend ce soir ! La soirée commence donc par le groupe Temple Fang, au son un peu lounge stoner. Je ne sais pas si le volume est trop fort ou si nos tympans se sont ramollis à force de ne pas faire de concerts, mais ce qui est certain c’est qu’en Allemagne on ne semble pas trop s’encombrer des restrictions au niveau sonore !
Ceci n’empêche en rien le public de faire valoir le sold out. L’ atmosphère moite du club et les fans qui s’ agglutinent au premier rang donnent leurs lettres de noblesse aux mots Warm Up. Une avalanche de riffs planants entre deux envolées plus costaudes ne suffisent pas pour autant à nous convaincre totalement, loin d’être mauvais, les Hollandais ne déméritent cependant pas et font valoir leur compétence live sans mollir.
Une petite demi-heure plus loin, c’est au tour de de The Devil and the AlmightyBlues de fouler la scène, toujours avec un son beaucoup trop fort et grésillant. Déception, quand tu nous tiens, même si, pour une warm-up, ils auront su garder le public à température.
La set list déroule impéccable, entrée sur fond de négro spirtiual qui fait se gonfler la salle d’un peu plus de monde qui file tout droit vers “Storm Comming Down” ou les désormais incontournable “Time Ruin Everything” et “The Ghosts of Charlie Barracuda”. Malgré ce que pourront dire nos oreilles douloureuses, le front man Arnt Andersen, toujours vêtu de sa toge et de ses colifichets, tient la salle dans sa main du début à la fin du set.
Que dire de cette préchauffe? Une soirée en demi-teinte malgré l’excitation de s’y rendre. Un son craquant au point de faire retomber le soufflé de l’envie de fêter tout cela. Cependant le public est resté compact devant la scène, a croire que c’est nous qui devenons trop exigeants ou accordons trop d’importance au son. Il est vrai que l’on aurait dû savoir à quoi s’attendre et se préparer en se rendant dans un lieu originellement aussi éloigné de la musique. Pour autant, ce lieu justement si imparfait et si particulier nous laissera sans doute cette soirée longtemps en mémoire. Pour l’heure il est temps de s’en retourner aux abords de Tempelhof pour un debrief houblonné et quelques heures d’un sommeil bien mérité.
Alors qu’elle propose une programmation éclectique, et donc parfois même rock (!!), votre serviteur n’avait encore jamais eu l’occasion de découvrir cette salle / complexe culturel de l’agglomération bordelaise. On découvre donc une salle moderne, bien équipée, de taille raisonnable, dans un cadre sympa (bar, terrasse, salle d’expo, etc…). Contexte parfait pour passer une bonne soirée !
Les affaires commencent assez fort avec les locaux de Overcharger en guise de première partie. Le quatuor évolue dans une sorte de metal sludgy rocailleux assez nerveux (on cherche toujours les sonorités “stoner” que le programmateur mettait pourtant en avant sur l’affiche du jour…) qui semble convaincre le public (dont pas mal de potes à eux). Faut dire qu’ils ont l’argumentaire qui va bien : belle énergie, prestation scénique carrée, exécution remarquable (les musiciens touchent leur bille)… Une prestation très honorable, pour un groupe qui mériterait peut-être à trouver une voie musicale plus claire et affirmée.
Overcharger
Pas l’affluence des grands soirs aujourd’hui (un week-end ensoleillé de 4 jours a un peu vidé Bordeaux et sa banlieue malheureusement) mais le remplissage de la salle est très correct lors de la montée sur scène de Mudweiser. Rappelons que le quatuor a déjà gratifié la capitale girondine d’une visite il y a six mois environ… mais pas de quoi lasser un public désormais un peu mort de faim côté concerts depuis une paire d’années sur Bordeaux et alentours… C’est donc le cœur léger que l’on prend la première salve en pleine face, avec le très efficace “Invitation”, dont le gros riff donne le signal de la translation du bar vers la salle. Confirmation : le son dans la salle est très bon, et la proximité avec le groupe toujours au rendez-vous (les vannes fusent et les échanges entre les membres du groupe et le public interviennent tout au long du concert – il faut dire que Reuno ne se prive pas de mettre à profit chaque transition pour déconner).
Pas de surprise côté scénique, on retrouve le dispositif que l’on connaît bien avec un Reuno souriant et groovy en frontman solide, Saïd en guitariste de plus en plus à l’aise avec l’exercice scénique, et Jay sur le côté qui balance sa basse dans tous les sens, en impeccable binôme avec le nouveau batteur, Bryan (impeccable). Tout ça respire la maîtrise et le plaisir de jouer ensemble, ça fait du bien…
Côté set list, petite déception : à une paire d’exceptions près, on se retrouve avec exactement la même set list que pour leur dernier set. Avec le choix du groupe de ne jouer que des titres de leur premier et dernier album, forcément la liste des choix est réduite. Par ailleurs, n’ayant pas l’opportunité de jouer des dizaines de dates par an, forcément le quatuor se retrouve sur une sélection de titres solides, maîtrisés, qui composent une bonne set list. Et on ne va pas cracher sur ces solides “My World”, “High again”, She’s Like Cocaine”, et en particulier sur les bien gras “The Hunt” et “Blasted Forever”. En revanche, on est assez content de voir apparaître “Reckless Dream” pour une bonne torgnole live. Le milieu du set propose toujours cette fenêtre lente/mid-tempo composée de “Daughters” et “Sister Mary”, salvatrice respiration avant une fin de set toute en rudesse. Et enfin, le final sur ce beau duo de pur stoner rock que sont “Bumper Hunter” et “Evil Woman” fonctionne à la perfection.
Quelques minutes à peine après la fin du set, le groupe se retrouve au bar, au merch, en terrasse… pour papoter avec le public, relax et bon enfant. A l’image de cette excellente soirée.
Mercredi 10 mai 2023, Corrosion Of Conformity est de retour à Paris, 4 ans après son dernier passage à Glazart. Passons rapidement sur Plainride, formation heavy rock allemande ayant, jusqu’ici, publié deux albums et qui, ce soir, donne l’impression d’un juke box de rock gras, joué avec de jolis et chers instruments. Leurs titres sont tous sous inspiration Clutch, un morceau a le refrain de « Sweet Emotion » d’Aerosmith et le titre qui clôt le set a de forts relents Down. Merci de revenir avec un minimum de vécu et de personnalité.
La petite demi-heure qui sépare les deux concerts sera l’occasion d’écouter des hits de Judas Priest et de ZZ Top (ce qui est la plus belle chose possible) avant que ne résonne « La Grange » un peu plus fort que les titres précédents et surtout lumières éteintes. Mike Dean (basse) entre seul sur scène et développe le riff entêtant de « Bottom Feeder », vite rejoint par Jason Patterson (batteur live du groupe) puis la paire de guitaristes que sont Woody Weatherman et Pepper Keenan. Le public (un Petit Bain correctement rempli, mais celà fait tout de même peu pour un groupe tel que CoC non ?!) acclame les Américains comme il se doit.
Sur scène des amplis et têtes de la marque Orange donnent clairement le ton. Le son sera rond et gras : « You guys like heavy shit ?! » assène Pepper Keenan avant d’envoyer le riff ronflant de « Seven Days ». Le groupe n’est pas venu pour défendre un quelconque album (rien depuis 2018) et la set list prend des allures de best-of, pour le plus grand plaisir d’une fosse en communion. Le public a tous les âges, et la proportion de femmes présentes fait plaisir à voir. Le groupe donne ce qu’il peut, car, et c’est là que le bât blesse un peu, les musiciens sont fatigués. Pepper Keenan est raide sur les genoux, peu en voix et semble tout de même vouloir que les choses ne trainent pas trop. Le concert est en pilotage automatique, les titres s’enchaînent avec une communication plutôt réduite. Keenan ne prend quasiment aucun solo, à part, bien sûr, celui, harmonisé de « Clean My Wounds » jouée, comme souvent, en version rallongée. Lorsque les rappels sont terminés, la sono passe le titre « Shelter » de Corrosion of Conformity, comme un signe de profonde mélancolie.
Le concert n’aura pas été le plus grand que CoC aura donné en terre parisienne, mais rares sont les groupes de cet acabit à encore offrir une heure de tubes dans des salles à taille humaine. Qu’ils en soient éternellement remerciés.
SET LIST Bottom Feeder Paranoid Opioid Shake Like You Seven Days Senōr Limpio Wiseblood Who’s Got The Fire StoneBreaker 13 Angels Vote With A Bullet
RAPPEL Born Again For The Last Time Albatross Clean My Wounds
C’est avec un bel enthousiasme que l’on se met en chemin pour cette nouvelle édition du Sidéral fest : cette année encore, l’événement (de son petit nom “Bordeaux Psych fest”, qui comme son nom le laisse intuiter vise à valoriser les innombrables facettes de la musique psyche) est encore bien vivant, avec une prog bariolée et audacieuse. Première bonne surprise : le nouveau lieu (volontairement ou non, le festival change de lieu chaque année dans l’agglomération de Bordeaux) s’avère une excellente salle de concert, parfaitement équipée et dotée d’un très bon son, en pleine cité universitaire. Bonne pioche ! Dans l’incapacité d’assister à la deuxième journée, nous nous concentrerons uniquement sur cette première journée, dont la tête d’affiche est un groupe transalpin bien connu… De quoi se préparer à un beau festin, à l’italienne.
Magic Castles
La soirée commence avec en guise d’apéritivo à la cool le groupe Magic Castles. Gardons à l’esprit qu’on est en festival, donc la continuité stylistique n’est pas forcément au rendez-vous, même si le noyau “psyche” reste le fil rouge de la soirée. Illustration directe de ce constat avec le set des américains, qui proposent une sorte de pop-rock psyche assez sympathique : relativement dénué de saturation, le combo délivre un set carré à haute densité mélodique, qui le voit piocher aléatoirement dans la pop anglaise de la fin du siècle dernier ou dans celle des USA des années 80. Bonne musique de mise en appétit.
Do Nothing
Place à l’entrée, avec Do Nothing en antipasto grand-briton, qui propose un rock un petit peu plus nerveux, mélange de dandy rock anglais (les gars sont de Nottingham) classieux, bercé d’influences psyche plus lointaines, le tout baigné de quelques rasades électro. En tous les cas le public (assez jeune globalement) apprécie, et ça se dandine gentiment dans la fosse, où les sourires satisfaits sont au rendez-vous.
Titanic Bombe Gas
Tradition italienne : le plat principal est proposé en deux services. Le primo piatto ce soir est livré par les locaux (d’Hossegor) Titanic Bombe Gas, qui emballent rapidement le public avec une sorte de garage rock psyche-surfisant (un peu cliché pour un groupe de Hossegor… en même temps, il ne sert à rien de lutter contre ses racines…). Initialement prévus pour jouer sur une scène extérieure envisagée hors du complexe, le groupe se retrouve bombardé sur la scène intérieure, l’orga ayant dû revoir ses ambitions du fait des orages s’étant abattus dans l’après-midi ! La configuration du groupe à deux batteurs est un peu anecdotique (votre serviteur peine à trouver la valeur ajoutée des double batteurs en général…) mais pas leur musique, qui cartonne ce soir et chauffe parfaitement une fosse désormais très bien remplie. Les compos empreintes d’un garage rock énergique (on pense parfois aux Hives des débuts quand la guitare en son clair stridente vient surnager sur les rythmiques) emmènent un public incandescent jusqu’à improviser une sorte de wall of death incongru plein d’une énergie libératrice.
Black Rainbows
On arrive au secondo piatto et on n’a plus vraiment faim finalement, on se demande si on va avoir assez d’appétit pour faire honneur à Black Rainbows. C’est à ce moment-là que Gabriele et sa petite troupe entament leur set sur le duo riffu “Evil Snake” / “The Prophet” qui met tout le monde d’accord dès les premiers accords ! Le public est à fond, la salle est bien remplie, et la tension restera au taquet sur toute la grosse heure du set.
Scéniquement, on est sur du basique, ça reste Black Rainbows : c’est joué avec conviction, c’est carré, et c’est fait avec goût. On est sur du gros riff, quelques vocaux ici ou là, et des décharges de wah-wah fuzzées pour armer des soli qui emmènent pendant de longues minutes le public dans des virées cosmiques qui donnent tout son sens à la présence du trio dans ce festival, dédié aux trips spaciaux. Côté set list, c’est du solide, ça va piocher un peu partout dans leur discographie, et même dans le nouvel album à venir dont pas moins de trois extraits seront joués ce soir (mention spéciale au groovy “Superhero Dopeproof”), avec une incartade du côté des MC5, avec leur traditionnelle reprise de “Black to Comm”.
Après un petit soucis d’ampli vite réglé pour Gabriele, le groupe prépare sa sortie sur un “Grindstone” un peu (trop) lent, pour finir sur le gros “The Hunter” pour un final impeccable. Une belle sortie pour un set maîtrisé et solide. On aura rarement vu le groupe aussi efficace, et le public, en sueur, ne nous contredira pas.
Black Rainbows
Il ne nous reste plus de place pour le dessert dans une soirée aussi dense et roborative ! On quitte la salle rassasiés, avec un sentiment de satisfaction assez franc : le Sidéral fest semble toujours fringant. Le public est au rendez-vous, la ligne musicale de la prog, toujours aussi audacieuse, reste cohérente et offre une large place aux découvertes… Evidemment on regrette de ne pas pouvoir assister à cette seconde journée, avec notamment Radar Men from the Moon, on espère juste que le succès aura couronné cette nouvelle édition… pour tracer la route d’une nouvelle édition 2024 !
Cela faisait un bout que nous n’étions pas allés écouter quelques bonnes notes de musique à l’ex-Scène Michelet, ex-Michelet et désormais nommé Décadance. Le lieu porte bien son nom pour le metalleux de passage car oui le remplacement de la déco d’origine par de douteuses couleurs criardes à de quoi laisser dubitatif pour ne pas dire pantois. Mais laissons ces considérations à Valérie Damidot et venons en à l’objet de notre visite, une soirée sous pavillon de Crumble Fight oú sont l’honneur Ecstatic Vision et Weedpecker.
Le maître de cérémonie vient battre le rappel sur la terrasse, c’est la tradition et alors la horde des spectateurs déjà chargée de houblon se rend devant la scène du club à l’étage.
Le quartette qui se définit comme la seconde venue de Hawkwind attaque le set par le seul bout qu’il connaisse, c’est-à-dire celui d’un heavy acide et psychédélique. Bien que la musique de américains aie de quoi en décontenancer plus d’ un, la salle comble est vite happée par le vortex. La frappe métronomique et quasi monotone du batteur est hypnotique. La section rythmique tient la salle dans sa main grâce à un jeu répétitif mais aux patterns pourtant séducteurs.
On en prend plein les oreilles et plein les pieds. La salle fait corps avec le groupe, son plancher renvoyant aux auditeurs toutes les vibrations pendant que les stroboscopes illuminent le visage torturé et satisfait du chanteur. Accompagnés de saxo ils descendent au milieu du public, se roulent par terre, font le show sans concession, haranguant le public où lui filant même sa gratte à l’occasion (Ce qui vaudrait à l’heureux élu de se faire acclamer au nom de Bernard Tapping). Avec de telles conditions suintantes d’absence de clim, la salle devient vite un sauna et nous replonge quelques années en arrière du temps ou cette particularité était une marque de fabrique du lieu. L’heure de set est vite écoulée et on se retrouve à devoir atterrir pour aller se désaltérer encore essoufflé d’une prestation toujours aussi folle et puissante.
Bien évidemment quelques-uns dont je suis se sont interrogés sur la personne de programmer Weedpecker en seconde partie. Comment les Polonais vont ils pouvoir assurer l envol du public après le rouleau compresseur précédent? Cela ne semble pas désarçonner les cinq compères que certains sont venus voir de loin ce soir. Après des balances qui impatientent une partie du public dont je suis, le set démarre sans crier gare. Curieuse approche mais après tout, quoi de mieux pour remplir la salle que d’envoyer un bon son hypnotique et éthéré ?
L’astuce fait mouche et il faut peu de temps avant que les rangs ne se resserrent. Le set me semble tout d’abord un peu poussif, cela manque de transport. Le son est bien là, les lights ambiancent la scène à merveille pour un si petit club mais quelque chose ne prend pas tout de suite. Cependant d’un titre à l’autre on monte d’un cran et probablement que le taux d’alcoolémie moyen montant lui aussi la salle se laisse convaincre par ce son à la fois massif, enveloppant et pourtant si léger avec son chant dans les aigus et le clavier qui fait son office avec subtilité tout en jouant les mimes pour exhorter le public à entrer plus loin dans la musique délivrée. Tout cela ne sera pas diminué par une coupure de courant au milieu du set et le groupe reprend de plus belle pour une seconde partie de show qui soulève le public et le conquiert totalement. Les titres les plus massifs font goûter des plaisirs presque proches de Dopelord sans qu’ on ne puisse vraiment l’expliquer. La musique est enivrante à souhait et on s’y plonge totalement, personne ne semble être exempté de ce bain de psyché.
Weedepecker tient 50 minutes de set avant de rendre les armes et malgré un organisateur qui crie depuis le premier rang qu’il reste 10 minutes, malgré les vociférations du public et le rappel scandé durant bien cinq minutes personne ne réapparaîtra sur scène. Clairement une déception pour une fin de set que je n’ose qualifier de fonctionnariale pour ne pas salir les agents de l’État.
Ne soyons pas mauvaise langue cependant, cette soirée était une réussite et clôturait un week-end de pont avec brio. Deux claques musicales pour deux groupes qui loin d’être des découvertes pourtant leur styles avec originalité et talent d’une fois sur l’autre. Je ne sais pas combien de temps vivra encore le lieu mais ce soir il écrivait encore une page de son histoire avec une soirée faite sur mesure par un organisateur bien à la barre de son affaire. Merci Crumble Fight pour cette soirée si réussie.
« Hey Mathieu, pourquoi tu n’organises pas un festival stoner rock sur Paris ? » Si on m’avait donné un dollar à chaque fois que l’on m’a posé cette question, j’aurais aujourd’hui pas loin de 10 dollars, ce qui n’est certes pas non plus une somme délirante, mais ça veut aussi dire qu’on m’a posé la question 9 ou 10 fois. Paris n’a pas des infrastructures adaptées à ce genre de projet ou, si c’est le cas, pas à un prix suffisamment raisonnable pour qu’un tel projet soit viable. Alors quoi de plus évident que de retrouver les redoutables Garmonbozia, responsables – entre 1000 autres choses – de la venue des tournées Up In Smoke sur Paris, à la manoeuvre derrière le Grand Paris Slugde Fest, bel événement consacré aux musiques avec pédale de distorsion, à presque Paris, soit Savigny-Le-Temple, Seine et Marne, communauté d’agglomération du Grand Paris. La tenue du festival à l’Empreinte est, après réflexion, une évidence. Jugez plutôt :
La salle et son équipe est habituée à la musique lourde et la coloration metal et fuzz de l’endroit est évidente.
La salle possède un « club » permettant de faire jouer deux scènes en alternance, à 10 mètres d’écart.
La station RER est en face. Plus près, tu fais le fest directement sur les rails.
La présence d’un espace extérieur « chill » avec lac et grande terrasse rend l’ambiance assez cool, comme une impression de petit espace hors du temps, à 40 minutes de Paris.
Le matériel mis à dispo par la salle permet des petits miracles dont nous reparlerons à la fin de ce report.
Donc le Grand Paris Sludge à l’Empreinte s’est vite imposé comme une heavydence. Et « Grand Paris » souhaitant montrer aux Parisiens que Paris n’est plus uniquement intra-muros, des moyens ont été alloués afin de prouver qu’il est possible de transformer les cités-dortoirs en cités-foutoir, et ce, sans 49.3. Quelques groupes internationaux (Conan, 1000 Mods, Rotor) alliés à la fine fleur de la cause grasse française ont – deux jours durant – été les gardiens du (Savigny-Le)-Temple.
Samedi 22 avril
19h, les portes s’ouvrent, la table de merchandising est généreuse, la bière locale et le public au rendez-vous. On parle de 250 tickets en préventes et le compte se perd sur place, dans les volutes de fumée d’un… (bref j’ai oublié de demander). 20 minutes plus tard c’est à DECASIA de monter sur scène. Le trio, à l’instar de tes Choco-BN, a été fabriqué à Nantes mais tu peux l’acheter à Paris. Le son est gros, le riff est lourd et le bassiste joue aux doigts et a l’œil rivé sur les spectateurs, déjà nombreux à garnir la salle. Leur stoner rock est de facture classique, rond comme un ballon et donne le ton du week-end. Deux nouvelles chansons sont jouées, et le public dit merci avec la nuque. Et puis bon, le chanteur guitariste a un tee-shirt Black Sabbath, donc c’est validé. En même temps, qui refuserait 40 minutes sous la couette avec une Big Muff ?
La suite se passe au Club, avec FÁTIMA en version acoustique. Fátima a grimpé de nombreuses marches de l’underground avec ses trois premiers albums et notamment Fossil, le petit dernier, aussi attachant que référencé. Un petit bonbon qu’il nous faudra déguster en acoustique, la faute à pas de chance, le batteur s’étant esquinté les doigts de la main gauche, en faisant quelque chose d’esquintant, probablement. Ce dernier tient tout de même son rang mais, à deux doigts de pouvoir taper fort, il tape le jam avec ses collègues, dans une configuration qui nous transporte immédiatement 30 ans auparavant, à l’époque des MTV Unplugged. La ressemblance entre le timbre vocal d’Antoine Villetti et celui de Kurt Cobain accentue forcément la sensation. 45 minutes hors du temps, dans ce temple de nouveau sacralisé.
Barabbas
Mais qui a libéré BARABBAS ?!?! Les bandits investissent la scène principale et savez-vous ce qu’ils font du public ? « De La Viande », évidemment. Les titres de leur dernier et excellent album La Mort Appelle Tous Les Vivants se mêlent aux meilleurs extraits de leurs deux précédents albums et cet évangile électrique, au pouvoir salvateur, nous purifie par la force du « Saint Riff Rédempteur ». Bref, en un mot comme en cent, Barabbas a crucifié l’Empreinte et rappelé qu’il n’y a pas beaucoup d’équivalents sur scène, en ce moment, dans les sphères doom.
THE NECROMANCERS est un groupe qui a grimpé vite et doit désormais gérer sa carrière, ainsi que définir la coloration qu’il souhaite donner à sa musique. Parti d’un rock occulte, rétro/satanico/acide, le groupe tend vers quelque chose de plus heavy, tout en gardant une appétence mélodique plutôt intéressante. Leur live du soir déborde d’enthousiasme et s’il manque une petite étincelle (un peu d’entrain par ci, un peu de coffre par là), le public du Club ne boude pas son plaisir et remue bien du croupion!
Conan
CONAN ? Quels sont tes hobbys ? Boarf j’ai toujours aimé écraser mes ennemis, je n’ai rien contre le fait de les voir ramper devant moi, éventuellement entendre les lamentations de leurs femmes, mais je ne vous cache pas que mon truc c’est surtout le gros doom des cavernes. 22h30, Conan transforme le petit lac de l’Empreinte en gros marais putride pour une heure de boue aux vertues apaisantes. Le trio ouvre avec « Levitation Hoax » titre issu de son dernier et très bon album, puis pioche dans sa longue discographie de quoi réduire la salle en bouillie. Mission accomplie, à l’heure de déverser ses spectateurs vers les RER et le parking, l’Empreinte toute entière tremble encore de la déflagration sonore qu’elle vient de subir. Et nous avec.
Dimanche 23 avril…
…au soir, de retour au temple (de Savigny-Le) et à l’Empreinte pour une seconde fournée de fuzz.
La soirée commence pourtant par un extrait de « Grand Paris » de Medine, avant que BRUSQUE ne prennent la scène d’assaut. Le duo est devenu trio, pour trois fois plus de sludge/doom/post trucs gras. Leur premier album, Boîte Noire, est à l’honneur et le boucan perpétré par le groupe remplit de joie l’assistance, venue, de toute façon, pour se faire molester.
La suite se joue au Club où MAUVAISE FOI lance un sample du très sain d’esprit Bone Crusher dans le film Deadbeat At Dawn puis décide de nous saper le moral pour les 45 prochaines minutes. Leur sludge convoque EyeHategod, Acid Bath ou n’importe quelle autre saleté du genre, le tempo est à l’agonie et nous aussi. C’est la poutre, la joie de crever entre amis. Je ne m’attendais pas à un tel niveau de maîtrise et de noirceur. Bravo, tout simplement.
7 albums – nommés de un à sept – de stoner instrumental aux inflexions psychédéliques, voilà ce que propose, depuis 2001, la formation allemande ROTOR. Si tout ça paraît opaque, c’est parce que c’est par le live qu’il faut commencer, histoire de prendre dans le bas ventre le son robotique du groupe, du riff qui tournoie à la section rythmique qui flamboie. Et le concert de ce soir a tout simplement des allures de démonstration.
A peine le temps de dire « geschwindigkeitsüberschreitung », soit « excès de vitesse » en allemand, et nous voici au Club pour le concert de DJIIN, l’une des belles surprises de ce festival. Dans une ambiance aussi chaotique que frénétique, le groupe met la petite salle en sueur, au son d’une harpe électrique que Chloé Panhaleux maltraite comme Hendrix le faisait avec sa guitare. Les Rennais sont complètement allumés et régalent avec quelques extraits de Meandering Soul, sorti chez Nasoni Records, label allemand réputé pour l’audace de ses choix.
1000Mods
La suite et fin du festival a lieu sur la scène principale que les grecs de 1000 MODS investissent en conquérants. J’ai beau ne pas goûter spécialement leur stoner basique, je me dois de reconnaître que la salle est en feu et que je suis moi-même en train de gigoter debout sur une table. Le groupe semble pourtant un peu fatigué, à l’image de la voix de Dany G. sérieusement endommagée par la grosse tournée que les hellènes (qui s’appellent hellènes) effectuent en ce moment, mais la musique du quatuor emporte tout sur son passage notamment quand résonne le riff de « Super Van Vacation ».
Lorsque l’heure est venue de rejoindre les rails ou les roues de son moyen de locomotion, le public du Grand Paris Sludge Festival a la tête pleine de fuzz et ne souhaite qu’une seule chose : revivre tout ça encore une fois. En attendant de savoir si le festival va se pérenniser (il y a intérêt !), sachez tout de même qu’il est possible de voir ou revoir l’intégralité des concerts sur ma chaîne Youtube :
Le Westill est un petit festival sur les terres de son grand frêre, le Hellfest. Ce Petit Poucet commence d’ailleurs à faire entendre ses ambitions, en 6 éditions il est passé du hall du Champilambart, la salle de spectacle de la ville de Vallet à l’exploitation de la scène de taille conséquente bâtie juste à côté. L’affiche de l’an passé nous avait permis de passer un excellent moment et celle de cette année nous promet une fois encore peu de répit malgré l’annulation de dernière minute de Greenleaf excusé pour raison médicale. Dès l’entrée d’ailleurs on se sent gâtés, quasi aucune file d’attente, une amélioration remarquable. Le merch permet de filtrer une partie du flux des festivaliers avant l’arrivée à l’achat des jetons pour les consommations. On trouve sur place des stands de tatouage, un barbier, un luthier et autres stands cannibales pour le portefeuille. Oui vraiment ce cru s’annonce particulièrement bon et on croise bon nombre de festivaliers qui auront franchi plusieurs centaines de kilomètres pour venir voir de quoi il retourne.
MONAS
C’est devant une salle encore éparse que démarrent les hostilités avec pas loin d’une demie heure de retard sur l’horaire attendu. Un démarrage en douceur qui laisse le temps de retrouver nombre de nos camarades que la raréfaction des concerts de notre genre de prédilection en région nantaise nous fait un peu perdre de vue. C’est donc avec bonne humeur que l’assemblée reçoit Monas, une jeune formation Rochelaise de stoner qui depuis quelques temps prend ses quartiers régulièrement pour l’ouverture de diverses programmations. Une fois de plus ils viennent faire le boulot, livrant leur stoner un rien élégant et qui ouvre la tranchée pour les groupes à venir. Ils jouent sans excès, l’acquisition de la scène est un rien timide mais le jeu est propre, accompagné d’une balance bien faite. Le public valide et communique sa satisfaction, mission réussie pour ce trio qui sait démontrer qu’il a bossé ses classiques.
DUSKWOOD
Après un nouveau détour par le bar où s’étalent les offres de bières craft à des prix que l’on rêverait de trouver dans tous les repères de hipsters, Duskwood vient fouler les planches du Champilambart. Le quartette anglais fonce tête baissée avec ses vocaux braillards et sa section rythmique qui envoie le bois. On pourrait craindre au premier titre que cette dernière n’empiète sur le reste de la formation mais il n’en est rien. L’énergie qui fait tourner Duskwood s’appelle Kyuss, cela vient frapper les auditeurs lorsque la voix se fait plus mélodieuse et se superposerait a la perfection sur celle d’un John Garcia. Malgré tout on est loin du copy cat et alors que la salle finit de se remplir sans doute au-delà des 700 personnes, le groupe convainc son auditoire malgré une tendance à laisser mourir ses morceaux plutôt que de leur offrir une vraie conclusion à chaque fois. Une affaire à suivre sur album comme sur la scène donc.
WITCHFINDER
Après des balances et une mise en place qui semblent interminables, c’est à Witchfinder de venir alourdir l’atmosphère de leur doom sludge joliment charpenté. Ils ont dû faire venir leur fan base de Clermont-Ferrand ou bien ils ont gagné une notoriété qui a échappé aux programmateurs, toujours est-il qu’avant même que le set ne débute, la fosse qui était restée timide et vide sur deux mètres devant la scène se trouve remplie de rangs compacts et braillards. La playlist est centrée autour du dernier album et n’a vécu l’expérience du feu que lors de la release party du jour d’avant. Accompagné d’une balance très pro, soulignons-le encore, et d’une scénographie brumeuse où les spots sont légion, Witchfinder déroule des titres comme “Marijuana” ou “Lucid Forest” qui passent le banc d’essai avec leur lourdeur éthérée où l’adjonction d’un clavier ponctue au coup par coup les compositions. Cette approche permet à ce dernier de ne rentrer sur scène que quand il est nécessaire. Carton plein pour le quartette qui nous aura offert un set qui aura convaincu même les plus réfractaires à leurs précédentes productions.
SAMAVAYO
Nous avions déjà eu la chance de pouvoir capter Samavayo cette année lors du Desertfest Berlin et pour les 17 bougies de Sound of Liberation. Pour cette date le débit du set est placé sous le signe du heavy psychédélique et après deux ou trois titres la batterie sort ce qu’elle a de plus saccadée à grand renfort de blasts sur-amplifiés, quelque chose semble mal tourner de ce côté car la violence des futs va devenir une constante de la soirée. Les notes orientalisantes issues de l’album Payan adossées (faute à un excès de d’ivresse de jouer sans doute) aux frappes de batterie quasi technoïdes trouvent de l’écho dans la fosse qui reste d’un bout à l’autre du set bien proche de la scène. La consécration intervient comme à chaque fois sur le titre phare du groupe, “Rollin” repris en chœur loin derrière les premiers rangs, mettant au jour le fait que ce festival draine une population de fans réels de la scène stoner. Tout ceci apporte une fois de plus crédit à la potentielle longévité future de ce rendez-vous.
MR. BISON
Pour parachever ce que l’on pourrait considérer comme la première partie de ce festival, c’est au tour des très loquaces italiens de Mr Bison de venir enjailler l’auditoire. Le trio Heavy Psychédélique après une intro floydesque dérive rapidement sur la tonitruance saccadée d’un blues rock assassin. L’épopée du groupe de titre en titre est psychédélique et saturée et flirte plus d’une fois avec un acid jazz libéré, surtout du côté de la batterie. Souvent on se prend à se demander ce qu’il en serait si le batteur était moins présent, mais les deux guitaristes qui l’accompagnent ont tôt fait à chaque fois de démontrer leurs talents et de refuser de se laisser vampiriser. La formation transalpine fait mouche, la salle est aux anges et se régale de ce qu’elle reçoit y compris lors des longues tirades du chanteur à son adresse. A cette heure il est devenu compliqué de s’adosser à la scène, signe que l’œuvre est bonne. You Win, Perfect!
Les deux têtes d’affiche de la journée vont pouvoir tenir le pavé de la soirée. L’amertume de l’absence de Greenleaf s’entend dans beaucoup de discours, la cohorte qui était venue principalement pour les suédois est importante, on espère également pouvoir les retrouver une énième fois aux portes de la maison, mais séchons nos larmes car arrivent Hangman’s Chair et Witchcraft.
HANGMAN’S CHAIR
Enfin, séchons nos larmes…est-ce bien à propos lorsqu’il s’agit d’aller ouïr Hangman’s Chair ? Les vieux routiers de la scène doom dépressive ne font jamais dans la joie et la bonne humeur. Il n’en sera pas autrement ce soir. Ils sont venus déverser le son du désespoir et semble-t-il même de la colère. Sous un set light méticuleusement préparé les corps sont brutaux, propulsés avec leurs instruments aux rythmes des accords implacables qu’ils distribuent à un public assez différent des précédents sets. En effet, la jeune génération de leurs auditeurs s’est rapprochée et plante ses crocs luisants dans le bois de la scène. La force de Hangman’s Chair réside pour les autres, plus anciens acteurs des fosses doom et stoner, dans la puissance du son qui ce soir atteint une apothéose destructrice qui va en pousser plus d’un vers la sortie. On sent que les amateurs de la première heure se sont pour une part détournés du groupe parisien. Mais qu’importe il a gagné de nouvelles recrues là où il en a perdu et que les vents les meilleurs lui en apporte encore.
WITCHCRAFT
De larmes il en sera encore question pour le final, Witchcraft. Il n’y a pourtant rien de larmoyant dans le style ou dans le discours. Certes, mais le groupe arrivera à tirer des larmes de tristesse à ses fans. Le trio livre comme à chaque fois que l’on a pu les voir cette année un set maîtrisé. L’habitude est là et ils sont attendus. On sent qu’ils ont creusé leur trou et que la configuration de la salle ainsi que les efforts portés côté consoles ne devraient que mieux leur servir la soupe. Mais à vouloir continuer à trois ce qui demanderait une formation plus nombreuse, les suédois diluent leur doom mélodique à l’eau déminéralisée. Les compositions se disloquent et chaque partie peine à raccrocher l’autre. Les amateurs du groupe font grise mine, ayant même du mal à reconnaître les titres phares. Perdu dans les brumes d’un rose laiteux de la scène on espère juste que le groupe n’aura pas trop perçu le siphon qu’il a ouvert au fond de la salle et qui petit à petit créé de grands vides. N’allons tout de même pas jusqu’à parler de naufrage, car les ayant vus trois fois cette année j’ai ressenti la même chose à chaque fois. De l’intention mais des moyens qui ne sont pas portés pour poursuivre l’effort des albums. Ce qui ce soir n’empêche pas les fans les plus opiniâtres de rester fixement au pied de la scène pour applaudir et encourager son favori a la moindre occasion.
Le Westill est la preuve qu’on peut avec beaucoup de volonté, de courage et sans doute d’inconscience, réussir là où tant d’autres se cassent les dents. Comptant sur un public bien vivant de fans du genre, une fois encore la réussite est totale et même si comme c’est notre habitude nous trouvons trop facilement le chemin de la critique pour les petits accrocs, il faut saluer bien bas ce festival qui sans solliciter grand monde creuse son trou et fait enfler son nom d’année en année sans jamais se rengorger. Vivement l’année prochaine, nous avons je pense trouver une nouvelle halte live avant les fêtes de fin d’année !
La petite tournée de Mudweiser a choisi pour son avant-dernière date de faire escale au Haillan, à quelques encablures de Bordeaux, dans une petite salle de concert fort sympathique, le Salem. Même si le cadre (zone commerciale voire industrielle) n’est pas vraiment bucolique, l’ambiance en arrivant dans la salle se fait plus chaleureuse, en terrasse ou dans le bar.
Bombtraxx
Le temps de commander un verre et Bombtraxx lance les hostilités dans la salle de concert. Le quatuor bordelais ne manque pas d’énergie et de bonne humeur. Les compos distillent toutes sortes de rock/hard rock, avec des plans très variés, piochant même parfois dans différentes variétés de metal, funk, neo metal, vaguement stoner… On a du mal à voir où ils vont en réalité et à qualifier la ligne directrice musicale du combo, mais en s’essayant à tous ces styles, les musiciens semblent s’éclater, et c’est communicatif, c’est bien l’essentiel.
Lust
Changement d’ambiance pour le second groupe de première partie, les locaux de Lust. Solide et carré dans sa mise en place, le quatuor délivre une musique plus homogène musicalement, développant un genre hybride entre metal, indus, post metal, neo metal… C’est efficace et ça fonctionne pas mal, d’autant plus que le groupe inclut une reprise du “Paranoid” de Black Sabbath et conclut sur une réinterprétation sympathique du “Personal Jesus” de Depeche Mode.
Mudweiser
L’heure est venue de passer au gros calibre, avec les sudistes de Mudweiser. Comme vous le savez, le chanteur du groupe est Reuno, le locace frontman de Lofofora, qui joue son rôle de meneur à la perfection. Gouailleur, blagueur, le chanteur a ce talent de se connecter à son public, qui lui mange dans la main. Mais c’est bien avant tout pour ses cordes vocales qu’il est là, et il met son chant rocailleux, en anglais, au plein service du groupe. Efficace, chaleureux, puissant ou subtil selon le besoin, il n’est pas un simple faire valoir.
A ses côtés les trois autres musiciens sont loin d’être des guignols. Saïd, taciturne, abat un travail de titan avec une seule guitare, bien aidé par un son à décorner des boeufs. Ses compères à la rythmique ne sont pas non plus là pour cueillir des paquerettes : Xav distille ses patterns puissants et/ou groovy sans faille, ce tandis que Jey (par ailleurs guitariste de Verdun), avec son son de basse ultra-saturé, vient opérer la parfaite jonction entre socle rythmique et support mélodique, renforçant la touche de groove typique du groupe.
Le quatuor est là pour défendre son dernier album, le très bon The Call sorti il y a quelques mois, et s’y emploie gaiement, avec pas moins de six extraits joués dans la soirée, dont les excellents “Invitation” en intro, le furieux “High Again” ou le chaloupé “Sad Man”. Pour le reste, le groupe fait complètement l’impasse sur ses deux précédents albums pour ne piocher que dans les galettes réalisées avec Said, à savoir son premier album Holy Shit, et un EP sorti il y a une douzaine d’années, Drug Queens. Un peu étrange cette impasse temporelle, mais compréhensible compte tenu qu’il s’agit de chansons écrites par l’ensemble des musiciens sur scène ce soir. Il y a en tout cas de quoi faire, et le groupe alterne morceaux costauds et mid-tempi, le tout mélant groove et influences stoner et rock sudiste assumées.
L’ambiance est bonne et le groupe est en forme, et la set list défile à vitesse grand V. Du coup, arrivé à la fin, Reuno se renseigne sur l’heure qu’il est : il reste 10 minutes avant le couvre-feu ? On en rejoue deux pas prévues ! On a donc droit aussi à “Bumper Hunter” et “Tied Up” pour un final graveleux-suave du meilleur goût. De quoi regagner nos pénates avec le sourire après ce concert, où Mudweiser, hédoniste et généreux, a encore une fois convaincu.
La galaxie des DesertFest continue son expansion : après Londres, Berlin, Anvers et New York, sans oublier l’éphémère séquelle hellénique, à Athènes en 2016 et 2017, voici venir l’édition de Ghent (Gand), se tenant deux semaines après celle d’Anvers, dans les entrailles du Vooruit, institution des arts vivants du quartier ouvrier de la ville. L’édifice abrite une salle de théâtre, une salle de concert et une autre modulable, les trois étant ici affublées des mêmes noms qu’à Anvers, à savoir Canyon, Desert et Vulture stage. Et croyez-moi le terme « entraille » n’est pas ici galvaudé, la Desert stage se trouve à 200 bonnes marches plus bas que le hall qui accueille le merchandising et le bar principal. Et même si l’ascenseur permet de sauver quelques chevilles ankylosées (en sus de l’évidente priorité PMR), l’idéal reste d’avoir travaillé les quadriceps et autres ischios-jambiers.
Autre fait notable, la présence cocassed’une scène sur une scène. En effet, la salle de théâtre du Vooruit, superbe avec ses fauteuils rouges et ses multiples balcons, sert de décor à la Vulture Stage, consacrée aux groupes plus modestes. Avec la scène de musique installée sur la scène de théâtre, endroit sur lequel s’installe aussi le public, l’endroit à des allures de secret show, et le charme qui s’en dégage est un plus indéniable, notamment pour apprécier pleinement les concerts de Tau & The Drone Of Praise et Wyatt E, deux formations jouant, à leurs manières, la carte du métissage.
Tau & The Drone Of Praise
La première est menée par Sean Mulrooney, multi instrumentiste mêlant le folklore de son Irlande natale avec diverses influences rappelant l’acid rock 60’s, piochant du côté du Mexique par exemple. Accompagné par un groupe appliquant un tempo inspiré des prises de LSD, Tau & The Drone Of Praise convoque un désert dans lequel s’ingère le peyotl en quantité non négligeable. Et ce concert aura été, à ma connaissance, le seul du festival à proposer de le flute et de la mandoline. Très belle découverte pour ma part.
Wyatt E
Wyatt E., venu de Liège, donne dans le doom/drone mêlé de références babyloniennes. Vêtu de tankakat (habits bédouins), le trio installe une transe empruntant autant aux gnaoua qu’aux compositions d’Al Cisneros, le désert ici convoqué étant celui du Sahara. L’univers de Wyatt E. agit alors comme un trait d’union entre deux mondes et le public, massif rapporté à l’endroit, ne s’y trompe pas, se laissant transporter 50 minutes durant. Un autre moment fort du fest.
En début de soirée se sont enchaîné sur la Desert stage, trois ex-grands espoirs de la musique plombée, tous trois apparus à l’orée des années 2010, apportant un vent de fraicheur dans le genre : Pallbearer, Monolord et Elder. Il est interessant de constater, dix ans plus tard, ce qu’ont été les parcours de ces formations :
Pallbearer
Pallbearer pour commencer a creusé le sillon du doom émotif à lourdes guitares et mélancolie affichée, n’ayant pas à mon sens réussi à dépasser la qualité de leur premier album, battus sur leur propre terrain par le retour aux affaire goth/doom de Paradise Lost ou l’émergence d’Hangman’s Chair sur la scène internationale. Peu aidé par un jeu de scène extrêmement statique et les blancs infinis entre leurs morceaux, l’ex espoir Pallbearer est devenu une formation de complément pour festival à riff lent. Frustrant.
Monolord
Monolord est un groupe de petits malins. En agrégeant les meilleurs ingrédients du genre stoner/doom – toute fuzz dehors – et en maquillant leur manque flagrant de qualité de composition par un son plus massif qu’un séquoia, le trio suédois s’est taillé une réputation solide, plus ou moins sur la base d’un seul riff, celui – impeccable – d’« Empress Rising ». Si à mon sens leur discographie jouit d’une trop grande clémence auprès des spécialistes es stoner, on ne peut rien enlever à la puissance qu’ils dégagent une fois sur scène (et passer derrière Pallbearer est un plus indéniable). Exemple frappant : « I’ll Be Damned » en live frappe par sa lourdeur, sa double pédale féroce et transforme le chaton Monolord en tigre flirtant avec le death metal. Merci pour ce moment.
Elder
Elder a par contre acquis un tout autre niveau. Les quatre américains, berlinois d’adoption m’ont toujours frappé par l’aisance technique et la grande cohérence dont ils font preuve. Leur discographie, ne souffrant d’aucune faille majeure et ne ressemblant – au final – à rien d’autre (on sent l’influence Colour Haze mais après ?) est sublimé une fois leurs meilleurs morceaux portés sur scène. En quatre titres Elder transforme la salle en grande vague d’énergie pure, avec, comme toujours « Dead Roots Stirring » en point d’orgue (cette reprise de riff, qui peut résister à ça ?). À voir si le nouvel album du groupe, annoncé pour fin novembre ne va pas encore faire passer un palier à une formation amenée, à mon sens, à régner sur le genre.
Je n’ai malheureusement pas pu assister au live d’Orange Goblin (convaincu qu’ils ont, comme toujours, gagné le prix Motörhead du concert le plus énergique de la journée), pour ne pas rater une miette des deux principales raisons de ma venue en Flandres Orientales : Coven et Candlemass.
Coven
Les deux concerts de Coven qu’il m’a été donné de voir jusqu’ici m’avaient toujours laissé un goût étrange dans la bouche. Entre un set approximatif au Roadburn et une prestation certes bien meilleure mais tout de même un peu tapée au Fall Of Summer, le retour de Jinx à la musique a, jusque-là, plus tenu du moment d’Histoire que du plaisir mélomane. Les choses sont désormais réparée grâce à la prestation très touchante du groupe au DesertFest. Avec un backing band renouvelé, s’articulant autour de musiciens d’Indianapolis, notamment Alex Kerchal (clavier, ingé son au studio Postal Recording) et Chris Owens (ex-Cursed Blade), Coven semble habité par une volonté nouvelle. Sur scène tout le décorum satinico-kitch est de sortie, bougies, crânes et cercueil évidement, dont Jinx sort comme à chaque show. Si Witchcraft Destroys Minds & Reaps Souls, son album culte, est à l’honneur avec 7 titres joués, la set list du groupe pioche également trois morceaux sur Coven (2013) en plus de « Blood On The Snow » titre ayant donné son nom à l’album publié en 1974. Mais mon bonbon du concert est « The Crematory », enregistré en 2016 pour l’EP Light The Fire, porté par une mélodie arabisante aussi envoutante que l’est Jinx, avec son masque et sa lanterne. Ma meilleure soirée d’Halloween et un excellent concert que je dois malheureusement quitter prématurément à cause d’un chevauchement de 10 minutes avec le début du set de Candlemass (SERIEUSEMENT LES ORGANISATEURS ??)
Candlemass
Les suédois de Candlemass, sur le point de publier le très honnête Sweet Evil Sun, leur 13ème album, clôturent la Desert stage avec autorité. 75 minutes de doom épique pur et racé. Une setlist sans surprise, se concentrant évidement sur Epicus Doomicus Metallicus (1986) et piochant dans le meilleur de la période Messiah Marcolin, un groupe sûr de sa puissance de feu (quel son, quelle voix de Johan Langqvist), tous les ingrédients sont là pour un concert parfait. Bien sûr j’aurais aimé quelques surprises dans le choix des morceaux, notamment entendre live « Scandinavan Gods » le banger du prochain album à venir, et déjà sorti en single sur la toile, et pourquoi pas « House Of Doom » de l’album précédent, mais comme l’a constaté le groupe en effectuant un sondage à main levée : une bonne moitié du public présent voyait Candlemass pour la première fois. Une raison bien suffisante pour dérouler les classiques, et finir par l’irrésistible doublette « Demon’s Gate » et « Solitude » (à noter d’ailleurs que la setlist prévoyait « Dark Reflection » qui n’a pas été jouée, probablement par manque de temps). Tout ceci n’empêche pas Leif Edling et les siens de sortir sous l’ovation d’une salle exsangue, conscient d’avoir passé un moment d’une rare force. Le concert du fest, mais j’étais conquis avant même qu’il commence.
Candlemass
Immense succès pour le DesertFest version Gand, avec son lieu chargé d’histoire, son public nombreux et des prestations plus que convaincantes. A l’année prochaine ?
Le set de Bongripper a fait l’effet d’une déflagration hors normes lors du Desertfest Anversois le dimanche soir, proposant un set d’une densité et d’une maîtrise qui en a laissé plus d’un – nous inclus – pantois. Impossible d’en rester là et d’attendre l’une des prochaines éventuelles tournées du groupe, super rare sur scène ; il nous fallait une nouvelle dose, et nous avons donc sauté dans un véhicule pour parcourir les routes sous vents et pluies pour rejoindre cette belle (!) ville de Dortmund, pour la date suivante de leur petite tournée.
NOORVIK
Premier changement notable : après le vaste confort de la grande salle du Trix, retour à une configuration plus habituelle pour le groupe, le JunkYard étant un club rock d’une capacité de quelques centaines de personnes, en banlieue de Dortmund. Et pour l’heure, c’est à Noorvik d’ouvrir les hostilités. Le quatuor de Cologne déroule un set de presque une heure fort plaisant, proposant une sorte de post-metal instrumental assez lourd, à velléité progressive. L’une des spécificités du groupe tient à leurs intros, quasiment toutes constituées de longs plans rock atmosphérico-mélodiques, avant de monter en pression pour le reste du morceau. Sur le set complet, on pourra s’interroger sur ce principe quasi-systématique, mais on ne fera pas la fine bouche, en ayant quand même bien goûté ces séquences bien pesantes qui nous ont mis dans l’ambiance.
NOORVIK
L’heure de Bongripper arrive vite et comme à l’accoutumée c’est sans effet ni mise en scène que les quatre musiciens de Chicago montent sur scène, démarrant le bruit de fond qui se transforme progressivement en intro au classique “Hail” – déja intro du set de la veille. On ne va pa rechigner à se prendre la même claque une seconde fois ; on est plutôt du genre à tendre l’autre joue après avoir pris une telle mornifle la veille. Même cause, mêmes effets : malgré une sono qui ne rivalise pas avec celle du Trix anversois (celle du JunkYard n’est pas à la peine pour autant), le son dévastateur du groupe vient nous cueillir et nous écraser au sol pendant le gros quart d’heure que dure le morceau.
Baignés par un light show modeste mais efficace, les musiciens occupent leur place et leur rôle habituel : sous le regard de O’Connor qui l’air de rien mène les débats derrière ses futs avec sa frappe gigantesque, les deux guitaristes Dellacroce et Pleckham jouent avec implication leurs parties imbriquées, et Ron Petzke, élément fondamental du son Bongripper, joue ses lignes de basse avec force en milieu de scène, frappant ses cordes sans les ménager. Le tout est bien en place et redoutable d’efficacité.
Comble du bonheur, le groupe choisit ensuite d’interpréter “Slow” issu de leur dernier album, un beau bébé de 25 minutes rempli jusqu’à la gueule de riffs plombés, de séquences aux dynamiques variées, le tout balancé avec la subtilité d’un sac de parpaings. Le public headbangue comme un seul homme pendant le reste du set, qui se conclut classiquement (et presque ironiquement au vu du titre) par le colossal “Endless” pour un dernier très gros quart d’heure de triturages de cervicales.
Le concert se termine via un feedback des guitares et le traditionnel petit rituel d’extinction via leur pédalier respectif. Quelques salutations et il est temps pour chacun de retrouver le cours normal de sa petite vie… après un passage au merch.
Requinqués après quelques heures de repos et de tourisme sous un soleil radieux, nous revoilà gagner le Trix pour la dernière journée du festival. La programmation de la veille était dense et riche ; celle d’aujourd’hui s’annonce sur le papier du même acabit… mais dans un style différent ! A l’annonce des groupes quelques semaines auparavant, cette journée nous a quelque peu interloqué, avec quelques incursions notamment dans le metal extrême un peu déstabilisantes, et il nous tardait de voir ce que cette savante mixture allait donner…
POLYMOON
Point de choc pour commencer, on est cueillis à notre arrivée par les volutes sonores de Polymoon qui envoute déjà les premiers arrivants, dans la petite salle Vulture. Les jeunes finlandais développent un efficace rock psyche, space parfois, qui fonctionne très bien sur un public encore peu garni malheureusement. Le quintette part parfois défricher quelques autres sentiers musicaux avec un peu moins de réussite toutefois. Scéniquement, menés par un talentueux vocaliste vestimentairement un peu androgyne, le groupe est bien en place et ne démérite pas. Même s’il est un peu difficile de distinguer le groupe de la quantité de groupes officiant dans un genre proche, leur prestation nous aura agréablement surpris.
PLAINRIDE
Sur disque, le trio “presque quatuor” allemand nous avait modérément convaincu. En voyant avec quelle énergie ils engagent ce set, la séduction prend immédiatement ! Le guitariste et bassiste, enjoués et charismatiques en diable, tiennent bien la scène et le (petit) public répond présent. Au bout de quelques titres toutefois, la machine semble tourner un peu en rond… et à vide ? Symptomatiques, ces 2 titres qui voient un percussionniste venir sur scène à leurs côtés n’apportent pas grand chose de significatif. Plainride n’est pas mauvais ni inintéressant : son stoner énergique et empreint de rock/blues est intéressant. Mais il a du mal à tenir la distance et à apporter quelque chose de neuf.
INCANTATION
Se démarquant des festivals stoner pur sucre, (ce Desertfest nous avait par exemple marqué avec la prestation “hors sujet” des Belges de La Muerte lors de son édition de 2016), et avec le succès de manifestations comme le Roadburn, nous ne sommes pas étonnés de croiser des pionniers du death metal à l’affiche. Franchement pas notre rayon, la prestation aux voix gutturales et aux passages ralentis semblait poussive et peinait à convaincre son propre public.
SLEEPWULF
Les jeunes suédois de Sleepwulf ont sorti récemment leur second album chez Heavy Psych Sounds. Leur prestation sur la petite Vulture stage en est une bonne illustration : mélodies catchy et lignes vocales prépondérantes viennent soutenir leur psych rock gentiment vintage. L’ensemble est bien fait, dynamique et bienveillant, et le public n’en attend guère plus.
SLOMOSA
Etrange constation faite par Slomosa en début de set : non seulement ils jouent pour la deuxième fois consécutive au même Desertfest, mais de plus celui-ci occupe une place bien à part dans leur histoire, s’agissant l’an dernier de leur premier concert hors de leur Norvège natale. Que de chemin parcouru depuis par le talentueux quatuor ! Des festivals à la pelle (dont un Hellfest), des tournées partout en Europe… Joli palmarès en une année. En tous les cas, il ne faut pas longtemps pour prendre la mesure des progrès du groupe et de l’aisance scénique qu’il a acquise ces derniers mois. On pouvait noter quelques flottements sur leurs précédentes prestations, imprécisions ou légères faussetés ici ou là (qui ne nuisaient pas vraiment à leurs concerts) ; cette époque est révolue, et le set de ce soir est solide, en maîtrise, et exécuté avec confort par des musiciens sûrs d’eux, que l’on sent se faire de plus en plus plaisir. Un plaisir partagé, assurément. Espérons voir Slomosa continuer à gravir les échelons : ils ne manquent pas d’envie, ça devrait aider.
BELZEBONG
Que dire d’original d’un concert de Belzebong ? Difficile pour un groupe de doom instrumental, dont la prestation scénique s’est toujours cantonnée à un trio d’irsutes polonais dans une sorte de headbanging perpétuel, pas toujours synchronisé… Le tout vient au service d’un stoner doom d’école, lourd et énervé comme il faut, sur lequel on ne peut décemment pas formuler la moindre critique. Leur prestation prend une toute autre dimension aujourd’hui, dans la très grande Desert stage, où étonnamment, le groupe plutôt habitué aux petits clubs sombres se retrouve à l’aise devant un public venu en nombre headbanguer en coeur. Prévisible musicalement, mais impeccablement exécuté. Challenge réussi !
CITIES OF MARS
Le trio velu manque de pot en ce qui concerne son placement à l’ordre du jour. Un quidam désirant assister aux prestations entières de Belzebong et de se taper un steak à l’étage se devait de faire l’impasse sur les Suédois ce qui est bien dommage, mais n’a toutefois pas déstabilisé ces lascars. Ces derniers sont les auteurs du super gag de la journée voire du festival : une fois le linecheck terminé pile poil à l’heure du début du set, le public s’est un peu exprimé et le frontman a déclaré un truc du genre merci les gars on se voit dans 40 minutes en virant son instrument puis son collègue lui a dit que non en fait ils devaient commencer (on est encore tordu de rire à l’heure d’écrire ces quelques lignes). Bref ça a envoyé de la buche après le quart d’heure déconne et ça l’a fait avec brio le temps que nous y avons assisté.
STEAK
Les anglais de Steak entament leur set dans le noir (récurrence de la Canyon stage : les lights dégueulasses, poussées ici dans leurs derniers retranchements), seulement éclairés par la projection d’extraits de vieux Kurosawa sur leur backdrop (rappel un peu cliché de la thématique samourai présente dans leur dernier disque). L’occasion de voir qu’un second guitariste vient désormais garnir l’effectif (live) du groupe – pour un apport marginal dans les faits. Les premiers titres, mid tempi mélodiques issus de leur dernière galette, sont bien exécutés par des musiciens sérieux et passent bien l’épreuve de la scène, mais peinent à susciter une fougue énorme de la part du public. Un peu plus loin dans le set quelques titres provoquent un peu plus d’applaudissements, mais globalement, le public est plutôt curieux (et le fond de la salle peu dense). Le constat en fin de concert est mitigé, surtout si l’on met en perspective ce groupe vétéran en comparant ce set avec le succès public bien plus franc des quatre jeunes talentueux et fougueux qui sont passés juste avant sur cette même scène.
LUCIFER
Bénéficiant d’un slot particulièrement intéressant, les rockers venus du nord ont proposé un set séduisant tant au niveau de la forme que du fond. Pour la forme, une projection du genre devanture de cabaret d’un autre temps et des lights particulièrement abouties ont servi d’écrin à ces personnages soignant bien leur apparence (et celle de leurs accessoires scéniques). En s’excusant d’entrée de jeu de ne pas être un groupe de stoner – on a pris l’habitude de ne pas avoir que du stoner lors de cette fête du désert anversoise – la frontwoman Johanna a ouvert les festivités après une mise en bouche instrumentale et le show des scandinaves s’est déployé avec maestria. L’ex-agitatrice de The Oath et l’ex-batteur d’Entombed ou le chanteur-guitariste de The Hellacopters (vous choisissez en fonction de votre éducation musicale, nous ne sommes pas là pour juger) se sont entourés de camarades talentueux et diablement efficaces. L’excitante curiosité autour du duo infernal qui nous agitait à leurs débuts a laissé la place à un focus sur l’exécution musicale et la tenue de scène qui sont les atouts fondamentaux de cette formation, constituant toujours un bon moment pour tout amateur de heavy rock teinté de doom à l’ancienne.
Mr BISON
Embrayant sur la petite scène au moment où les estomacs commençaient à crier frites, au moment où Lucifer terminait une prestation de haut vol au sous-sol et au moment où les spécialistes se dirigeaient à l’étage pour la curiosité du jour, les Toscans ont délivré un set fort sympathique. Contrairement aux déclarations de leurs prédécesseurs, ils n’ont pas eu l’obligation de déclarer que eux faisaient du stoner, car de stoner il était bien question tout au long de ce set mené tambour battant par un batteur puissant et technique. Affublé de son couvre-chef de grande classe, le guitariste a déployé de son côté ses riffs psychédéliques, soutenus par la basse, qui ont fait taper du pied les quelques festivaliers dans la place qui se sont payé une bonne tranche de pizza durant un set peu gâté question placement horaire, mais terriblement en lien avec l’intitulé du festoche.
STYGIAN BOUGH
Quelle hérésie de programmation que de proposer Stygian Bough en chevauchement avec le créneau de Bongripper : les deux groupes évoluant dans un doom exigeant partagent inévitablement une part de la même fan base… On sait donc que l’on ne pourra pas voir le set en entier, mais l’on se laisse aspirer par son entame sans réserve : le trio composé de Bell Witch (duo basse – batterie) et de Aerial Ruin (Erik Moggridge, guitare) propose d’emblée la pièce maîtresse de leur album, à travers les 20 minutes de “The Bastard Wind”, un titre épique et lent, tout en puissance retenue, où la guitare de Moggridge vient compléter la basse 7-cordes (!!) de Dylan Desmond, qui apporte un spectre de sonorités inédites, tout en puissance. Scéniquement, l’ensemble est aussi dynamique que la musique : peu mobile, calme, concentré, propice à l’introspection. L’exécution est en tout cas impeccable et retranscrit bien les nuances de l’album. C’est le coeur lourd (avec un mélange de frustration et de colère) que l’on doit quitter la Canyon stage pour redescendre dans la main stage pour ce qui s’annonce comme l’inmanquable de la soirée…
BONGRIPPER
Le quatuor de doomsters de Chicago a fait le plein : l’assistance dans la Desert Stage durant leur set sera la plus dense de la journée, avec un public plus nombreux encore que la supposée vraie tête d’affiche. Toujours en mode low profile absolu, ils montent sur scène dans la pénombre et branchent leurs instruments en laissant monter la tension avec le feedback de leur guitare, pour voir se matérialiser l’intro du classique “Hail”. Et là, le bulldozer est lancé et n’interrompra son ouvrage qu’une heure plus tard, de la même manière. Et au milieu : du riff, du riff, du riff, assénés par cette paire de bretteurs concentrés sur les bords de la scène. Au centre, la paire rythmique basse / batterie vient faire office de marteau pilon dans ce qui ressemble littéralement à une entreprise de destruction très massive de nos deux tympans (et de ce truc spongieux entre les deux). Le son dans la Desert stage est absolument massif et le public, plusieurs centaines de corps qui headbanguent non-stop en osmose, prend en pleine face les deux autres obus que sont “Satan” et “Endless”. Il est trop tôt pour faire des bilans, mais il est évident au sortir de la salle que le set absolument dévastateur de Bongripper est l’un des moments les plus incroyables du week-end.
HIPPIE DEATH CULT
Après avoir ramassé nos ratiches sur le sol de la Desert Stage tombées durant la distribution de moellons, nous avons osé le retour dans l’ambiance bar-rock du rez pour une nouvelle prestation de hard rock fuzzée. La formation de Portland, Oregon, qui pratique un style peu en lien avec la dentelle nous a semblé aussi légère qu’une bière light US, assommés que nous étions encore. C’est frustrant car les soli proprets étaient en place, le public était dans la place (comme quoi il n’y avait pas que des lourds en ce dernier jour de festivités désertiques) et la frontwoman proposait autre chose que certaines de ses homologues tapant dans le registre fluet. Pas révolutionnaire certes, mais tonique et cohérente, la prestation était à la hauteur de ce qui était attendu aussi bas sur l’affiche. Merci à ces Ricains ne nous avoir ramené aux basiques durant 50 minutes.
WUCAN
Pour ceux qui ne sont pas passés par le « sas de décompression » de la mini-Vulture stage (cf. concert précédent) la transition entre le rouleau compresseur Bongripper et la légèreté de Wucan pique un peu… En tous les cas, le quatuor germanique ne manque pas de dynamisme et tout est fait pour régaler le public : leur frontwoman extraordinaire (dans le sens littéral) Francis (!) Tobolsky mène clairement les hostilités, que ce soit en terme de prestation (sa présence scénique écrase ses comparses) ou même musicalement – son chant puissant est l’une des caractéristiques fortes du groupe, de même que ses apports à la flute traversière (!!) ou encore à la guitare. Le heavy rock 70s dynamique du quatuor fait tout pour envoûter une salle très correctement remplie. Malheureusement pour vos serviteurs, le choc de a transition est un peu brutal à digérer et on a du mal à rentrer dedans. Mais reconnaissons au groupe un réel talent pour produire un set de qualité, ce qui leur permet de se démarquer (notamment par rapport aux autres groupes du week-end évoluant dans un genre musical proche).
WOLVES IN THE THRONE ROOM
Tête d’affiche de ce dernier soir en Flandres, le quatuor d’extrémistes du metal n’a pas besoin d’annoncer qu’ils ne font pas du stoner au début de leur prestation vu leur dégaine et celle de leur batterie. En cherchant très loin, il y a bien cette adhérence due à leur passage chez Southern Lord durant leur longue carrière, mais c’est tout, basta, point final ! Ces Etasuniens de la Côte Est pratiquent un black metal redondant qui honnêtement n’a pas rameuté les foules du grand jour dans la salle. Ça blast en continu, les volutes de fumées emplissent l’espace, ça pose les pieds sur les amplis quand la fosse à photographes est pleine, les morceaux sont introduits par des intros pour metalleux classiques, le bassiste et les deux guitaristes se succèdent au micro, les tenues de scène sont pittoresques, etc. tout l’attirail est sorti pour la grande messe noire des dévots du malin et nous on est sorti de la salle aller humer l’air ailleurs en se disant que si quelqu’un avait eu le bon goût de montrer son cul on se serait cru à la Temple en juin.
TONS
Après les frites mayo dans les foodtrucks du Trix on s’est rendu une dernière fois dans la minuscule salle de plein pied qui prolonge le bar des lieux, pour se taper du Tons. C’est la première fois durant cette fête du riff que nous pouvons évoluer à loisir dans cet espace d’ordinaire si peu propice aux déplacements. Le public est très clairsemé pour le set des Transalpins. Le public est par ailleurs très réduit durant ces dernières heures de festivités et le gros de la troupe a rejoint le premier étage pour se presser devant la scène où se déroulera le dernier set qui contribue à la ligne stoner de la manifestation. La formation de Turin nous a balancé, à grands coups de basse jouée aux doigts, du matos inédit qui sera au sommaire de sa toute chaude dernière production. Le show déployé dans l’espace réduit a à nouveau été propice aux mouvements de balancier des fidèles hypnotisés par la lourde rythmique et ils ont pu en profiter jusqu’au bout puisqu’il n’y avait pas de chevauchement avec la prestation du bigfoot qui allait suivre.
SASQUATCH
Il est en quelque sorte de tradition de clôturer le Desertfest Belgium dans la Canyon stage, pour un dernier concert généralement propice au « lâchage complet » comme on dit techniquement, une sorte de baroud d’honneur. Cette édition n’y fait pas exception, avec les ténors du stoner californien Sasquatch comme maîtres d’ouvrage, l’affaire semble bien embarquée. Plus triste tradition anversoises, ce créneau tardif et en fin de week-end fait aussi office de voiture-balai pour toute la viande saoule du Trix qui tient encore sur ses jambes (et a encore la force de monter l’escalier)… Quoi qu’il en soit, le set du trio étasunien entame avec professionnalisme un set qui reposera sur les classiques et raretés de l’ensemble de leur carrière, alternant mid tempi roboratifs (“Roller”, “Just Couldn’t Stand the Weather”…) et déflagrations nerveuses (un décisif “Chemical Lady” qui mettra le feu au pit, “Rational Woman”…). L’enchaînement des missiles sol-air vient faire exploser le pit comme aucun autre set du week-end… ça moshe et ça slamme dru ! A noter que les salves successives n’auront pas réveillé le responsable des lights de la canyon stage, qui n’a toujours pas trouvé le bouton pour allumer les spots en façade sur les groupes, baignant encore et toujours les musiciens dans une pénombre violacée un peu usante… Mais le groupe n’en prend pas ombrage (vous l’avez ?) et déroule son set avec une efficacité qui force le respect. Keith Gibbs pète sa pédale en cours de set et de dépit branche son son en direct sur une seule pédale fonctionnelle, sans que ça n’ait le moindre effet « audible » sur la qualité des riffs qui se succèdent dans nos esgourdes (comme quoi, la technique…). Comme on le prévoyait (et l’espérait), ce fut l’un des plus gros sets du week-end.
Un peu difficile de faire la synthèse à chaud d’un festival aussi bigarré : la variété de la programmation (et notamment ses incartades « hors sujet ») n’a pas nui globalement à l’intégrité du fest (il faut dire aussi que les groupes concernés n’ont pas vraiment fédéré les plus grosses foules), qui ne se « roadburn-ise » pas encore (comme on l’a plusieurs fois entendu au détour des couloirs). Au final la proposition de bons concerts nous aura convaincu, et vient supplanter les désagréments (un public flamand peu aimable, des concerts qui se chevauchent générant pas mal d’énervement et peu de temps pour se détendre, une petite salle trop frustrante où seule une poignée de spectateurs peuvent vraiment voir ce qu’il se passe…). Bref, le bilan du week-end est encore une fois positif, et il ne serait pas étonnant de se recroiser lors de la prochaine édition dès l’année prochaine… et les suivantes ?