Big Scenic Nowhere – Lavender blues EP

Bon, avant de commencer à parler de cet EP, petit briefing pour ceux qui ont été confinés trop longtemps : Big Scenic Nowhere, c’est un projet composé de tueurs de la scène desert rock monté autour de Bob Balch (Fu Manchu) et Gary Arce (Yawning man) qui, pour l’occasion, s’entourent de pointures du milieu comme Tony Reed (Mos Generator), Mario Lalli (Yawning man, Fatso Jetson) ou encore Per Viberg (Spiritual beggars). Après un EP paru en 2019 dans la fameuse série Postwax et un album franchement excellent sorti en début d’année, on attendait une suite la bave aux lèvres et le porte-monnaie frétillant à l’idée d’acquérir cette fois-ci un double album de 80 minutes dégoulinant de stoner désertique gavé aux cactus.

Arrêtons le suspense tout de suite : votre banquier ne va pas (encore) vous appeler pour renflouer votre compte en banque, Big Scenic Nowhere sort Lavender blues qui, sous une pochette à la colorimétrie douteuse évoquant plus les escaliers de Poudlard que le désert californien, renferme 3 malheureux petits titres pour une durée de 24 minutes. Bon, on s’en contentera et on se dit que vu le casting, on va passer 24 belles et bonnes minutes. Alors, oui… et non.

Certes, cet EP renferme l’une des plus belles pièces heavy psych de cette année (le sublime et ultra-planant « Lavender blues » de 13 minutes, qui justifierait à lui seul l’acquisition de cette galette), mais les 2 autres titres sont franchement moyens. « Blink of an eye » et son riff évoquant les grandes heures de Lynyrd Skynyrd reste plaisant mais demeure bien trop « radio-friendly » pour satisfaire nos esgourdes. Mais le pire (ou le moins bon, n’exagérons pas) reste à venir : le dernier titre, « Labyrinths fade », est, à mon sens, une tentative assez vaine de composition progressive dans la veine des productions grandiloquentes des seventies. Après plusieurs écoutes, je n’arrive toujours pas à apprécier ce titre (pourtant, j’ai essayé!) mais quelque chose me chagrine… Sans doute ces solis de gratte trop pompeux qui ne collent pas avec la « philosophie » du desert rock…

Avec Lavender blues, je reste un peu sur ma faim. Bon, je vous rassure, on a fait bien pire cette année mais au vu du casting et de la qualité de leur LP Vision beyond horizon, j’attendais peut-être trop de la suite. Bon allez, sans rancune les gars, on se revoit dans quelques mois pour, cette fois-ci, un vrai album.

Lavender Blues by BIG SCENIC NOWHERE

 

 

Occult Hand Order – The chained the burned the wounded

La scène stoner française est en plein essor et, aux 6 coins de l’hexagone, de Lille à Brest, de Strasbourg à Nantes et de Paris à Lyon, tout le monde s’affaire pour faire mentir le fameux adage de John Lennon qui a déclaré un jour que le rock français, c’est comme le vin anglais, çà n’existe pas. Occult hand order est de ces formations « obscures » de la scène stoner française (et forcément inconnue du grand public) mais qui, comme ses camarades, mérite qu’on s’y intéresse et force le respect avec une inventivité, une abnégation et un courage sans faille pour tenter de se faire une place.

Dire qu’ils y mettent la manière est un doux euphémisme tant leur dernière livraison en date, intitulée The chained the burned the wounded (qui suit un déjà très bon EP paru l’an dernier), est d’une qualité telle qu’on se demande encore pourquoi la notoriété les fuit. Rien que le titre d’ouverture « Azazel », avec son riff monolithique, sa batterie vindicative et son chant lointain et plaintif, se doit d’être de toutes les playlists des amateurs de doom psychédélique. La force de cet album réside dans sa qualité d’écriture (5 titres pour 35 minutes de musique) et de mixage, étonnante pour une auto-production.

On sent l’influence de Mars Red Sky (belle référence) avec des nappes de guitare planantes à souhait. Tout le reste de cet EP (car oui, malgré sa durée, cela reste un EP), de « What comes after us » (assez bluesy dans son approche) à « Wound » (le plus « cosmique » des 5 titres) en passant par le délicatement puissant « Edwin the wise », est un sans-faute et tout concourt à faire de The chained the burned the wounded l’un des sérieux candidats au titre de « meilleur EP français  » de l’année. Du très beau travail.

The Chained The Burned The Wounded by Occult Hand Order

Neànder – Eremit

 

Une batterie enregistrée par Christoph “Tiger” Bartlett de Kadavar dans leur propre studio, un mastering réalisé par Magnus Lindberg de Cult of Luna, une production de jan Oberg de Earth Ship et en tête d’affiche Sebastian Grimberg également batteur de Earth Ship. Décidément, le groupe Neànder évoque plus un block buster allemand qu’un quartette de doomeux frontaliers du post métal, cependant c’est bien ce dont il s’agit et leur seconde production Eremit est là pour le prouver.

Après un premier album clairement marqué post rock il était assez improbable que le second finisse dans les pages de Desert-Rock, mais c’était sans tenir compte de l’appétit stylistique de nos camarades de Neànder.

Eremit ne fait pas exception à ce qui pourrait devenir une règle. L’album est d’une part entièrement instrumental et fait la part belle aux nappes de guitare post bidule. Cet aspect du genre a d’ailleurs souvent tendance à vite me lasser mais ici il n’en a rien été. Pas de complaisance dans les drelins drelins larmoyants. Même si la majeure partie des morceaux passe de 7 à 12 minutes, le style évolue continuellement passant de l’esprit post metal décrit plus haut à des accords doom profonds et lourds.

La lourdeur est probablement la première caractéristique de Neànder, les morceaux font la part belle à la batterie, la mettent en avant. Le titre “Ora” résume à lui seul la place de la section rythmique. La batterie et la basse avancent de concert, enflent, pour venir prendre une bonne part de l’espace sonore. On retrouve ici également une culture black métal dans la rapidité du jeu, l’utilisation des cymbales et surtout les roulements de grosses caisses.

Cette batterie omniprésente et glissant vers le blackened doom on peut déjà la sentir dans le second titre, “Purpur”. La piste illustre la force de l’album mais aussi sa noirceur. La piste évolue sur des sentiers de mélancolie, quand doom, post et black se rejoignent il n’y a pas à chercher plus loin. Cependant Neànder ne s’enferme pas dans un état d’esprit. Il se libère régulièrement de son onyx pour planter çà et là quelques phrases lumineuses à l’instar de “Clivina” où les fûts de taisent pour laisser respirer une balade guitare/basse. Avant de revenir plus puissante et martiale sur le dernier titre “Atlas”. Un morceau bien nommé qui montre les muscles et avance à lourds pas de titan sous le poids des accords doom du quartette.

La structure évolutive de Eremit, les influences multiples et le foisonnement d’idées, le choix de l’instrumental pour ne pas être obligé d’emboîter le pas d’un chanteur, la liberté de créer des atmosphères aussi sombres que lumineuse font de Neànder un groupe à part. Il est vain de vouloir les classer si ce n’est pour jouir d’en disséquer toutes les composantes.

Même en l’absence de classement il faudrait être obtus pour ne pas aller jeter une oreille curieuse sur Neànder et en particulier sur cet Eremit où je gage que beaucoup trouveront leur compte et pourquoi pas l’enthousiasme de la liberté.

 

 

Mr Bison – Seaward

Décidément, la musique en général et le stoner en particulier n’ont pas fini de nous surprendre… Et c’est tant mieux, à l’heure où le monde de la culture se meurt, à l’heure où les concerts agglutinés les uns contre les autres ne sont plus qu’un doux souvenir, il est parfois bon de voir que non, le monde de la culture n’est pas (encore) mort et enterré et qu’il survit malgré les nouvelles contraintes d’un monde qui n’a que faire d’un peuple qui a besoin de se distraire pour oublier un quotidien et un futur incertains. Je disais donc que la musique n’avait pas fini de nous surprendre : entre Kadavar qui va nous balancer un truc improbable la semaine prochaine (enfin, c’est ce qu’on pense tous…) et des groupes inconnus (Psychlona, Slomosa…) qui nous pondent un album monumental qui sera de tous les tops à la fin de l’année, on ne peut pas dire que les artistes ne font pas tout pour satisfaire notre soif insatiable de musique et de nouveauté.

Et puis, il y a Mr Bison… Actif depuis 2009, le trio transalpin (fun fact : les 3 garçons se prénomment tous Matteo!) nous gratifie à intervalles réguliers de tout ce que la scène stoner italienne sait faire de mieux : un son désertique au possible, des envolées guitaristiques majestueuses et des compositions flirtant avec les meilleures productions mondiales (voire même les surpassant de temps en temps). Le doux souvenir de la découverte, il y a 2 ans, du sublime Holy Oak est encore ancré dans la mémoire que déboule la nouvelle fournée du trio, intitulée Seaward. Un rapide coup d’oeil au dossier de presse nous renseigne sur le fait que cet album est en fait un concept-album inspiré par les légendes des 7 perles de la mer Tyrrhénienne (la déesse Venus aurait laissé tomber 7 perles de son collier et ces perles forment les 7 îles de l’archipel d’Elbe). Bon, OK, pourquoi pas…

Heureusement, la musique de Mr Bison reste tout à fait accessible et surtout hautement recommandable à tout à chacun, même si vous ne vous intéressez pas forcément à la mythologie divine. Seaward ne doit pas être perçu comme un album de rock progressif (terme un peu barbare et surtout assez réducteur) mais plutôt comme une suite de petites saynètes qui s’enchainent à merveille, le tout formant un ensemble cohérent. Difficile d’en extirper un single ou même un titre qui sortirait du lot, Seaward est avant tout un long et beau voyage à travers l’imagination de Mr Bison, une ode à la contemplation sonore, une invitation musicale à pénétrer dans un univers nouveau, mystérieux et majestueux. Bref, un appel à regarder au-delà de l’horizon.

Seaward restera une pierre angulaire dans la carrière de Mr Bison. De par sa capacité à nous emporter, à nous extirper d’un monde au futur sombre, le trio transalpin nous offre une porte d’entrée salutaire vers un monde peuplé de souvenirs réconfortants et d’une vision finalement rassurante : non, la culture n’est pas morte et elle a même, j’en fais le pari, de beaux jours devant elle.

Amen.

SEAWARD by MR BISON

Sons Of Otis – Isolation

Sur chacun des plans des millions de sphères du multivers, il existe une incarnation du champion éternel qui, délibérément ou non, est le gardien de la balance cosmique. Et à l’inverse de ce concept, inventé par l’écrivain Michael Moorcock, il existe un loser éternel répondant au nom de Sons of Otis, qui n’a de cosmique que la musique. Pourtant les natifs de Toronto (et s’il était là le problème ?) ont tout bien fait, publiant en 25 ans 7 albums ayant, à différents niveaux, de quoi marquer durablement l’histoire de la musique alourdie. Le pinacle de leur discographie sort même en 1999, en pleine période stoner rock, via le plus important label du genre (Temple Ball sur Man’s Ruin). Si à 50 ans on a pas écouté cet album c’est qu’on a raté sa vie. Leur résurrection via Small Stone Records leur permet de publier Seismic l’une des toutes meilleures productions de la décennie passée mais rien ne semble y faire, les déboires (de batteurs, de tourneurs), conjugués au caractère de Ken Baluke (qui n’est pas réputé pour être le plus vivable des artistes) et à une malchance certaine, semblent constamment rappeler Sons of Otis dans les limbes de la seconde division dont ils ne se sont jamais vraiment extraits.

8 ans se sont écoulés depuis Seismic et c’est à la faveur d’une tournée commune avec Dopethrone et Bongzilla en 2018 que le groupe fait la connaissance de Totem Cat Records, qui a propulsé la carrière des premiers et réédite méthodiquement les classiques des seconds. Sons of Otis profite des deux mamelles du label : Paid To Suffer et Spacejumbofudge sont ainsi réédités (Temple Ball est à suivre), préparant idéalement le terrain pour la publication d’Isolation. Quel plaisir de retrouver le trio tout en maestria, riffs hypnotiques et chant noyé dans les effets ! Baluke sait qu’il tient une formule qui fait remonter le temps et c’est à la fin des années 90 que le son de cet album nous renvoie, à une époque où rendre hommage à Black Sabbath ne voulait pas dire copier leur son. « Blood Moon » s’ouvre d’ailleurs sur un accord triton nous faisant immédiatement demander « quelle est cette chose, qui se tient devant moi ? ». Mais à l’instar des premières mesures de « Flower Travelin’ Man» d’Earthless, convoquant Led Zeppelin, la citation a ici pour vocation de nous emmener plus loin. Et plus loin c’est ici 57,6 millions de kilomètres plus loin, dans l’espace. L’isolement. Un thème intéressant en ces temps distanciés. Sons of Otis nous met en quarantaine, loin des modes faites de metal extrême ou de sombres musiques pleurnichardes. Les fils d’Otis font dans l’élévation, dans le monte-charge. Dans le tempo pesant, la fuzz grave et la mélodie en boucle : la transe distordue, comme ils l’ont toujours pratiquée. Et « Blood Moon » sature l’espace par ses moments de growl des enfers, « Hopeless » bourdonne, installe la gravité. La présence de « Theme II », 6 minutes d’ambiance macabre amenant la déferlante « Trust » renvoie directement à « Theme » de Spacejumbofudge. Plus que simplement marquer la filiation, Sons of Otis rappelle que même si ses retours sont sporadiques, ils constituent à chaque fois de véritables évènements pour les quelques irréductibles pour qui un vrai album de doom cosmique peut remettre un peu de saveur à une année sinistrée.

Le disque de l’année ?

 

Pont Vinyle :

3 options pour Isolation : une édition spéciale limitée à 100 exemplaires, le lp étant à l’image de la pochette, dans un superbe splatter rouge et noir, accompagnée d’un artbook, Sold out en une journée, 200 ex noir et rouges et 200 autres noirs.

 


 

Fuzzcrafter – C-D

 

Progressive fuzz, on ne saurait mieux trouver pour définir le trio instrumental lyonnais Fuzzcrafter. Artisans de la fuzz, créateurs d’un premier album studio et revendeur d’un live, ils viennent de détourer, polir et mettre sous écrin une nouvelle plaque sobrement intitulée C-D qui devrait confirmer leur étiquette. En revanche avec un titre pareil et des morceaux allant de “C1″à”D3” c’est à se demander si l’on n’aurait pas affaire plus à des ingénieurs qu’à des artisans.

Pour cette livraison, les Fuzzcrafter nous offrent sous une bonne couche grasse de fuzz des passages entre blues et jazz, où ils déroulent des gammes mine de rien et font passer le tout grâce à un tempo toujours très swing. La structuration des morceaux ne permet pas de qualifier le tout de Jam Session, mais avec deux morceaux de plus de 13 minutes, impossible de ne pas y penser.

Ce nouvel opus fait la part belle au prog dans un étalage bienséant de virtuosité. Fuzzcrafter n’enfonce jamais vraiment le clou d’une musique qui pourrait devenir trop pesante. C’est le cas avec “D2” qui joue un thème suranné avant de bifurquer vers des une basse et une guitare hyper funky, quasi pop. Le tout aboutit à quelque chose qui flottait déjà dans l’air avec certains passages sur “D1”, notamment quand la basse ultra fuzzée soutient les rythmiques hyper sèches de la gratte.

S’il est question de virtuosité tant du côté de la guitare que de la basse, le batteur qui est moins volubile que ses camarades sait cependant apporter sa touche de couleur aux composition grâce ses breaks et à de petites surprises comme avec l’utilisation d’une darbouka sur “C3”. Ce morceau reprend la recette la piste “A4” sur la plaque précédente, il est également assez central au sein de C-D, cette perle électro acoustique d’une finesse enthousiasmante confirme l’essai et Fuzzcrafter va pouvoir réitérer l’expérience acoustique sur “D3” pour une clôture qu’on aurait néanmoins souhaité plus longue. (Et là, je vous recommande d’aller jeter une oreille une fois de plus au premier opus dont la gémellité de structure est flagrante)

C-D est un album moins en recherche de fuzz et de puissance que le précédent et c’est sans renier son enseigne que le trio d’artisan intègre à son art de multiples courants au travers desquels il augmente sa capacité d’expression. Fuzzcrafter vient confirmer avec cette nouvelle galette qu’il a de l’or dans les doigts et des idées plein la tête. Une maison au savoir-faire rigoureux où l’on ne regrette pas d’être client.

 

Arcadian Child – Protopsycho

 

Il y a la Grèce et il y a Chypre, une île à cheval entre deux cultures, partagée entre deux nations et melting pot culturel s’il en est. C’est de là que viennent les quatre rêveurs de Arcadian Child qui n’ont eu de cesse de démontrer leur pluralité culturelle avec une poignée de plaques. Ils reviennent pour la seconde fois chez Ripple Music et chez Rebel Waves records pour diffuser leurs bonnes vibrations au travers de leur dernière création Protopsycho.

“Snakecharm” la bien nommée introduit cet album où plane l’ombre d’un Naxatras. Avec cependant une recherche plus totale de l’intégration des thèmes orientaux dans la musique et c’est la voix qui vient le confirmer avec un chant qui passe sur les rives de la culture arabo-musulmane. Le style sur “Sour Grapes” rappelle le travail du guitariste de Forming The Void sur l’album Rift, qui posait les fondations d’un pont entre occident et orient. Ici l’expérience est plus aboutie notamment avec le chant qui confine par moment à l’appel du Muezzin. Voilà pour l’aspect expérimentation de Protopsycho qui dure jusqu’à la piste “Bitter Tea” et transporte l’auditeur dans des contrées que le Stoner explore de façons généralement trop imparfaite et surtout au travers d’un fantasme.

Passé ce point Arcadian Child entre dans une phase plus entendue, avec une section rythmique malicieuse sur Bodies of Men puis plus psychédélique avec les titres suivants. “Raising fire” et son chant finement lancinant appuyé par une batterie aux accents tribaux laisse une sensation de bien être derrière elle tant le morceau flirte avec le beau. Les  titres qui encadrent ce dernier font le taf et accompagnent l’auditeur sans accroc, cependant on rentre là dans quelque chose de plus classique et en retrait par rapport aux premiers morceaux de l’album. Autant dire que tout l’intérêt de cette plaque ne réside pas dans cette conclusion qui cependant n’a à souffrir d’aucun défaut majeur.

Cet album est un peu à l’image de l’île qui l’a vu naître, Protopsycho est divisé en deux parties, une très orientale et l’autre très occidentale. C’est toujours un peu dommage de se retrouver en deux lieux là où l’on aurait aimé un plus de cohérence. Cependant cette production d’Aracadian Child reste un bel effort du genre et une œuvre singulière. Ce n’est pas perdre son temps que de s’y arrêter et d’y flâner pour entendre quelques sons rafraîchissants et qui s’accommodent à merveille avec le style stoner.

 

R.I.P – Dead End

Gang : def : groupe d’individus partageant une culture et des valeurs communes, engendrées par leur association et le milieu social et urbain où ils vivent.

Déniché par Totem Cat Records puis subtilisé (un peu salement il est vrai) par Riding Easy, le gang (cf. définition) de Portland sort son troisième album, traçant, publication après publication, la petite histoire de leur street doom. Le street doom. Un genre dont ils sont les rois, puisque seuls sur le créneau. Pour résumer grossièrement le concept (“grossièrement” étant un mot parfait pour décrire R.I.P.) : le street doom consiste à suivre la voie ouverte pas Saint Vitus (attitude et rythmiques punk sur fondamentaux Sabbathiens) et de faire du doom (que R.I.P. a déclaré mort dès sa première démo en 2015) une musique de ruelles sombres. L’esthétique hip-hop, mélangée à une iconographie BDSM, avec tout ce qu’il faut de grand guignol et de Lucha Libre, voilà le ticket d’entrée de l’univers de Fuzz et de ses sbires. Et en deux albums R.I.P. aura divisé le monde en trois catégories : ceux qui les adulent, ceux qui les détestent et ceux qui s’en foutent royalement. Cette dernière catégorie étant bien évidemment de loin la plus fournie.

De retour de leur première tournée européenne (vous vous souvenez des concerts ? Quand on se retrouvait pour écouter de la musique en live ?) aussi jouissive que chaotique, le groupe se paye le luxe d’enregistrer avec Billy Anderson, et Dead End de prendre alors quelques pourtours d’album ambitieux. Et soyons clair, l’ambition est l’ennemi juré du second degré. Mais R.I.P. est un groupe malin. Derrière l’intro rappelant les ambiances de John Carpenter (dixit la bio), et les quelques moments de grandiloquence, l’essentiel est préservé. Cet album est complètement stupide. Délicieusement bête. 33 minutes de crétinerie, la faux au vent, avec pas moins de quatre fois le mot « Dead » dans les titres de ses 10 chansons. Le son est sale, l’ambiance décrépie et l’album rajoute pas moins de deux hits à la galerie des horreurs du groupe : « Dead End » et « Judgement Night » (et son solo qui convoque tant de choses). Bien sûr la tentative de mid tempo chanté de « Dead of The Night » est à prendre au millième degrés, bien sûr personne n’a l’intention de décerner au groupe un grammy pour avoir utilisé la suite de Fibonacci dans la structure d’un morceau (Fibonacci, c’était pas lui qui tenait la pizzeria à l’angle de Hawthorne et la 8ème ?) mais quel pied quand même ! Des riffs comme s’il en pleuvait, nu sur des galets, des cavalcades vulgaires et des refrains le poing américain en l’air, ou sur le nez du voisin, R.I.P. a encore réussi l’exploit de transformer de potentielles caries en dents en or. Respect gros, respect.

 

Point vinyle :

Un peu plus de mille vinyles pour le premier pressage de RIP. Du splatter à 100 exemplaires, du noir, du rouge et du blanc à 300 exemplaires à chaque fois. Le plus compliqué étant toujours de faire avec les frais de ports prohibitifs venant des USA. Reste à fureter du côté de vos courageux disquaires ou de regarder du côté de Clearspot (NL) ou Kozmik Artifactz (DE), habituels dealeurs de Riding Easy en Europe. Parce qu’une pochette pareille, ça vaut bien un vinyle.

 


 

Laser Dracul – Hagridden

En 2014, sous les brumes matinales de Börlange en Suède, naissait Laser Dracul. Le trio se connaissait depuis les années 90, chacun évoluant sur son propre sentier, mais patienta jusqu’à l’alignement des astres prévu pour 2016. De là, un premier EP de quatre titres intitulé Laser Dracul sortait sous le label Van Records. Quatre ans plus tard, soit le 25 septembre 2020, le label Majestic Mountain reprend la main et offre au groupe de produire leur premier album complet. Une galette sinistre de six pistes du doux nom d’Hagridden.

Ensemble, les gars proposent un mélange de lourd doom et d’un stoner dark et heavy. Michael Brander, armé d’une basse tantôt bourdonnante tantôt rugissante, déploie un chant monocorde et litanique, évoquant par moment celui de Candlemass. De son côté, Henrik Östensson habille les morceaux de ses motifs lents et traînants tandis qu’à la guitare, Lars Bergfäl fait hocher les têtes à des fréquences rien de moins bas, « Now you see » en étant l’exemple le plus probant.

Dans l’ensemble, Lasert Dracul ne réinvente pas un style. C’est lancinant, incantatoire, puissant et sans conteste très bien réalisé, mais sans rien apporter de plus que les voisins de palier. Parfait donc pour les fans du genre qui n’hésiteront pas à retourner se servir après la première écoute, se délectant des clins d’œil (bien qu’éculés) à Black Sabbath ou encore Pentagram. Un style empreint d’une estampe vintage, transpirant la superstition et qui si on lui laisse le temps d’évoluer promet d’offrir les éléments que son jeune âge dissimule encore.

Slomosa – Slomosa

Comme le souligne très justement leur biographie, voir émerger du bon stoner rock du pays probablement le moins désertique du monde, la Norvège, ne semble pas a priori le phénomène le plus probable, au milieu de la quantité de sorties vinyliques qui s’enchaînent chaque mois. Le jeune quatuor norvégien balance pourtant un premier album surprenant à plus d’un titre, dans le bon sens du terme.

L’aspect le plus immédiatement séduisant dans la musique de Slomosa est son son de guitare en particulier : ce fuzz croustillant, tellement emblématique des meilleures productions du début du siècle notamment, émoustillera immédiatement le fan de stoner pur jus. Ce doux mélange de sonorités rencontrées ici ou là chez des groupes comme Lowrider, Truckfighters ou 1000Mods par exemple, et évidemment jamais trop loin du Kyuss matriciel, est un authentique ravissement auditif pour l’esthète “d’une certaine idée du stoner”.

Autre caractéristique distinctive : ce sens du groove imparable, parfaitement assimilé, développé à l’envi sur toute la galette. A l’écoute des huit plages (pour 37 trop petites minutes), on headbangue, certes, mais on chaloupe aussi pas mal, de manière inconsciente beaucoup, et irrésistible surtout. Jetez une oreille sur les dévastateurs « There is Nothing New Under the Sun » ou « Just to Be » pour une indécente portion de groove fuzzé. Mélodies et riffs s’entremêlent sur chaque compo pour une réussite globale qui force le respect, en particulier pour un groupe formé il y a moins de trois ans. De fait, chaque compo développe sa propre identité, comme un éventail des capacités de Slomosa à embrasser plusieurs genres musicaux, sans jamais apparaître décalé ou hors propos : ils peuvent passer d’un stoner très classique (« Horses » et son riff ultra catchy, « Scavengers » et ses réminiscences Elder, ou encore « On and Beyond »…) à des titres plus nerveux (« Kevin » qui rappelle le côté punk rock des premiers Fu Manchu), en passant par des titres plus rock (« In my Mind’s Desert » et sa nonchalance emblématique des premiers QOTSA). On ne s’ennuie pas une seule minute, et on a bien du mal à lâcher ce disque.

On peut le tourner dans tous les sens, analyser chaque chanson ou chaque riff, mais au final, la qualité de cette galette s’impose d’elle-même. Dans le genre finalement assez étroit de « l’authentique» stoner rock, il est probable qu’en fin d’année on compte les bons albums sur les doigts de la main du Baron Empain… et on peut déjà probablement affirmer que Slomosa sera de ceux-là. Mettez-moi ce groupe dans un van pour venir faire vrombir les amplis hors de scandinavie !

 


 

The Electric Mud – Burn The Ships

 

Il y a peu j’ai entendu quelqu’un dire “Le stoner, c’est le blues du metal.” Je ne sais pas si la phrase fera date mais ce qui est certain c’est qu’il y a tout de même des cas où cela se vérifie. The Electric Mud tape en plein dans cette définition avec son second album, Burn The Ships malgré un  titre qui passerait pour un hommage à Orange Goblin. Le quartette fait résonner les accents du blues depuis la Floride rien qu’avec son nom, rappel de l’album blues psyché de Muddy Waters daté de 1968. Avant même l’album on sait qu’on tient là quatre esthètes qui vont défendre les couleurs du blues.

Bien entendu tout n’est pas blues dans cet album sinon il n’aurait rien à faire dans nos pages, “The First Murder On Mars” ouvre l’album pleine balle et enchaine avec “Stone Hand”, morceau dans la pure tradition stoner, le titre ne ment pas. The Electric Mud sait travailler en agressivité et les grattes ne délaissent pas la saturation mais même si le groove chaleureux de la voix plonge l’auditeur dans une salle de pub fleurant la bière et le tabac, bien souvent les boucles lancinantes ne crachent pas sur leurs origines blues (“Good Monster”, sonnant comme si Popa Chubby s’était assagi). Les origines finissent par ne plus se cacher, l’album aboutissant sur un “Terrestrial Bird” qui n’a plus rien de stoner et offre à l’auditeur un pur moment d’extase blues. Il faut dire que c’est de là que vient The Electrical Mud quand on écoute leur précédent opus “Bull Gator”. Alors quoi ? S’agirait-il d’un accident qui nous a poussé la présente rondelle sur la seule base de sa production chez Small Stone Records et la faute à quelques titres assimilables à la famille du desert rock? Pas si sûr…

Il ne faut pas beaucoup d’efforts pour se raccrocher à “Reptile” et son chant proche de celui Neil Fallon pas tant sur la tessiture de voix que sur la qualité rythmique d’ailleurs. Le sel de l’album résidant indéniablement dans “Priestess” et son intro catchy à souhait. Les riffs coulent avec malice sur une batterie qui promet son heure de gloire. Une basse qui roule généreusement, une rondeur où une fois faite la jonction avec les guitares, prend naissance à nouveau un blues rock aux accents fermement metal. Le tout est très beau et enthousiasmant, le dernier tiers de la piste est un creuset où se fondent les instruments et les genres.

Rebelote sur “LedBelly” (encore une référence au blues?), The Electric Mud fait le hold-up, la compo astucieuse mine de rien assure l’avènement de la batterie avec un solo de près de 3’30 minutes où l’on assiste à la métamorphose du batteur en poulpe. Les camarades aux cordes servent la soupe au batteur avec l’intro et ne reprennent la main que pour la conclusion, cachant habilement une piste totalement dévolue au solo de percussions.

Dans cet album rien n’est ni trop paisible ni trop violent. Les floridiens jouent entre deux eaux sans faux pas. La galette navigue sans cesse entre blues rock et stoner pur sucre. Il semble peu probable au final que cette nouvelle signature de Small Stone Records ne soit que le fruit du hasard. Burn The Ships file malheureusement à une vitesse incroyable, c’est une grosse frustration quand l’album s’arrête abruptement à la fin de “Terrestrial Bird”. Moins de 45 minutes c’était trop peu pour être vraiment satisfait, on espère rapidement une autre production toujours aussi aguicheuse.

 

Mountain Tamer – Psychosis Ritual

 

On avait bien kiffé jusqu’ici les productions du trio californien Mountain Tamer. Ils ont changé de crèmerie depuis Godfortune // Dark Matters (passés chez les italiens de Heavy Psych Sounds), mais n’ont pas changé d’inspiration musicale ! Impossibles à faire rentrer dans une case, aussi large soit-elle, les américains continuent sur ce bien nommé Psychosis Ritual leurs pérégrinations psychédéliques énervées et barrées.

On plonge en effet dans ce disque comme on saute dans le vide sans voir ce qui se trouve au fond. Les premières minutes avec le morceau-titre nous accompagnent sur des terrains plutôt confortables et prévisibles, sur des plans psych chargés en réverb et pédales wah-wah, où survolent ici ou là les lignes vocales de Andrew Hall. Montées en tension et séquences plus planantes s’enchaînent de manière efficace. Le psych de ces messieurs est mature, clairement – on pourrait kiffer jusqu’à la fin de la rondelle qu’on s’en plaindrait pas. Sauf qu’on se fait cueillir par le riff bien gras et énervé de “Warlock” et sa succession de plans doom hybridés avec des séquences psyche presque hypnotiques… Un peu plus loin c’est “Scortched Earth” qui nous fait grincer des dents de plaisir (!) avec ce gros riff nous rappelant un bon vieux Melvins à la sauce heavy stoner. Bref, on est en équilibre précaire tout du long, ne sachant jamais vraiment à quoi s’attendre…

Psychosis Ritual est encore une fois un bel exercice de psych rock original, qui à la fois maîtrise les codes à la perfection (superbe “Chained” et ses touches orientales) et en même temps se permet d’explorer des contrées musicales complémentaires. On sort de cette grosse demi-heure un peu tourne-boulé : ça défile très vite, et ça part dans tous les sens. L’album est tellement court et manque de repères qu’il est difficile d’y rentrer pleinement dedans en première approche. C’est au prix d’un peu d’abnégation qu’on parvient à cerner son potentiel et l’apprécier à sa juste valeur. Reste qu’on aurait apprécié une paire de morceau supplémentaires, sept morceaux, ça fait un peu léger.

White Dog- White Dog

 

Image surexposée et mise au point douteuse, fripes d’un autre âge, cinq chevelus à moustaches le regard dans le vague et à l’attitude faussement décontractée, voilà ce qu’on a entre les mains quand on découvre le premier album du groupe Texan White Dog. Donc on peut s’attendre à un parangon de psychédélisme dès que l’on aura foutu la plaque sur la platine vinyle (Car oui, si on acquiert un tel objet, il faut faire fi du CD). Selon sa propre légende le quintette aurait été cryogénisé dans le courant de l’année 77 dans les souterrains d’une installation secrète et réanimé à notre époque. On se demande d’ailleurs pourquoi les avoir décongelés…ah bah, si, pour sortir leur album, White Dog.

Avec ce premier album on assiste à la résurrection des vibrations de la fin sixties et du courant des seventies. Dès les premières notes le groupe nous plonge dans un univers à l’image de la pochette du disque. Les morceaux sont des patchworks de ce que ces années ont produit de meilleur. Les gars baladent l’auditeur le long des routes du rock progressif, s’égarent aux confins du psychédélisme et réveillent parfois les origines du métal ou effleurent encore la charnière jazz avec un swing bien balancé façon Tequila comme sur “Sawtooth” ou “Snapdragon”.

Aucun des morceaux n’échappe au rappel de références conscientes ou inconscientes toujours old school.  C’est d’ailleurs ce qui fait probablement que les titres seraient de parfaits supports pour des films, “The Lantern” aurait pu être la bande son d’un Robert Altman ou “Pale Horse” d’un Quentin Tarantino.

Sans que le mix de cette pièce soit exceptionnel, sans qu’elle ne s’inscrive au panthéon des défricheurs de style, il faut admettre que White Dog arrive à implanter ses mélodies efficacement dans le crâne, le thème de “Black Powder” ou encore les crochets aguicheurs de “Crystal Panther” s’installent mine de rien et quelques jours après ils sont encore là au détour d’une pensée ou sur le chemin d’une rêverie quelconque.

White Dog n’a sans doute pas grande prétention si ce n’est celle de nous replonger dans ce que le rock psychédélique a fait de meilleur. Le quintette puise son inspiration d’une référence à l’autre pour construire un album équilibré et à la cool que je ne saurais que trop vous conseiller de découvrir malgré une sortie très confidentielle.

 

Crystal Spiders – Molt

Plusieurs choses nous ont amené à nous pencher plus attentivement sur ce disque. D’abord, c’est un duo, ce qui n’est pas une garantie de qualité en tant que tel, mais toujours un concept intéressant, surtout quand on aime le gros son. Ensuite, c’est produit par Mike Dean, le bassiste de Corrosion of Conformity. Enfin, on retrouve au chant Brenna Leath, que l’on avait admiré dans la même fonction au sein de Ligtning Born, très intéressant groupe de Caroline du Nord, dont le bassiste est… Mike Dean ! Pas net tout ça, mais ça pique la curiosité… Surtout que la susmentionnée vocaliste assure aussi la basse en plus du chant, tandis que son collègue Tradd Yancey y est batteur.

Un configuration intéressante donc, pour le moins : pas de guitare… Dans les faits, il y en a parfois sur l’enregistrement (de même, le duo se fait épauler d’un gratteux sur ses presta en live) mais la basse y est vraiment prépondérante, et la plupart du temps seule, c’est un fait. Attention, on parle d’une basse “Lemmy-esque”, pas d’une simple basse rythmique qui gronde en fond sonore : tous les riffs les plus structurants du disque sortent de ces quatre cordes délicieusement saturées, à travers un ampli bien gras. Et des riffs, il y en a, et pas qu’un peu : du riff doomy (“Tigerlilly”, “Chronic Sick”), du punchy (“Molt”, “Cunhell”, “The Call”), du mid-tempo vicieux (“Gutter”, “Trapped”)… Vous l’aurez compris, derrière ces riffs (de basse) se cachent des morceaux tout aussi variés : Crystal Spiders n’hésite pas à se frotter à plusieurs versants de la montagne stoner, du gros doom old school au punk garage en passant par diverses vagues plutôt retro issues des différentes filiations en provenance du Black Sab séminal. Conséquence : on ne s’ennuie pas au fil de ces 9 morceaux, tout aussi variés que complémentaires.

Le petit facteur “catchy”, le bonus qui rend ce disque atypique et attachant tient beaucoup à la personnalité et au talent (ayé, le mot est jeté) de Leath, sa vocaliste. Comme dit plus haut, déjà, on découvre ici ses talents d’écriture et de véritable riff-mistress. Mais surtout, ses lignes de chant sont remarquables, au sens propre : elle éclabousse la plaque de sa classe, son timbre et son coffre puissant sont pour beaucoup dans la musique de Crystal Spiders. On connaît des chanteuses qui ont plus de succès avec la moitié de son talent…

Loin du groupe-gimmick “duo”, Crystal Spiders propose donc un très recommandable premier disque, efficace et mature, bien fourni en riffs. Il s’écoute en boucle sans jamais s’ennuyer, emporté par la voix chaude et puissante de Brenna Leath, une vocaliste à surveiller tant ses dernières productions ressemblent au sans-faute.

 


 

The Brothers Keg – Folklore, Myths and Legends of the Brothers Keg

Les frères Keg sont de légendaires guerriers, prenant possession d’homme pour accomplir leurs exploits. Leur légende, aussi épique que fantasmée, reste cependant aujourd’hui oubliée de nos mémoires… transportés dans le corps de trois musicien anglais, les trois frères créent le groupe The Brothers Keg et viennent combler cet oubli de l’histoire avec un premier album, sobrement intitulé Folklore, Myths And Legends of the Brothers Keg.

L’artwork de Folklore, Myths And Legends of the Brothers Keg nous fait rentrer instantanément dans l’univers du groupe avec une imagerie mêlant science fiction et fantasy auquel vient s’ajouter une couche mystique, horrifique, rappelant en autre l’œuvre d’HP Lovecraft. The Brothers Keg assume d’ailleurs complètement cette orientation, expliquant en interview vouloir faire  un album qui pourrait servir de bande son à des univers se rapprochant de Flash Gordon ou de La Guerre des Mondes. On sent de l’ambition derrière ce premier album notamment avec le clip des titres “Moorsmen” puis “No Erthly Form” qui, même s’ils restent relativement classiques, laisse présager que le groupe ne s’est pas trompé.

On retrouve dès l’ouverture de l’album “Moorsmen” avec son chant crié et son habile mélange de cavalcades heavy/doom et de riffs plus écrasants, arrivants en cassure au milieu du titre.  On est directement plongé dans l’univers sombre de nos trois guerriers avant que “No Earthly Form” nous fasse basculer vers un doom psychédélique amenant un côté plus occulte. Folklore, Myths And Legends of the Brothers Keg sait aussi se faire plus violent avec les riffs acérés de “Castle Keg” donnant des visions de remparts embrumés pris d’assaut par des armées délirantes vouées à mourir sous la colère du chant du guitariste Tom Hobson. Ce chant crié, présent sur une bonne partie de l’album, apporte une épaisseur supplémentaire au propos du groupe mais s’adapte intelligemment aux changements de ton de l’album en se faisant plus aérien sur “Brahman” ou en devenant carrément fantomatique et inquiétant sur “No Earthly Form”. Folklore, Myths And Legends of the Brothers Keg va puiser dans diverses atmosphères heavy pour nous proposer un album puissant dans tous les secteurs, allant chopper les ambiances des morceaux les plus épais de King Buffalo jusqu’à se rapprocher d’un Domkraft sur le titre “Castle Keg”. Il faut mettre d’ailleurs en avant la qualité technique du trio, qui ne fait jamais dans la démonstration mais qui au contraire est en quête d’efficacité et de riffs à boucler à volonté. S’il y a deux relations à noter ce serait toutefois celles avec Elephant Tree et Spaceslug que l’on retrouve sur les morceaux orientés psych-doom comme “Introducing The Brother Keg”, la dernière partie de “No Earthly Form” ou encore sur le pachydermique “Brahman” et ses 13 minutes de pure lourdeur planante qui nous envoient valsés dans le cosmos.

Il n’y a pas grand chose à rapprocher à ce premier album des anglais à part peut être l’absence d’un ou deux morceaux plus agressifs qui auraient finis de nous rendre fou (surtout après écoute de leur démo, reprenant le nom de l’album, où on découvre une version plus crasseuse du groupe). Au final, on se retrouve face à un album solide, propageant immédiatement son energie et son monde chez l’auditeur. The Brother Keg apporte aussi un soin dans l’introduction de ses morceaux avec des passages plus ambiants et des interludes nous rappelant cette idée que l’on nous conte une légende, chaque accalmie faisant office d’ouverture à un nouveau chapitre. On vous conseille naturellement de jeter vos oreilles sur Folklore, Myths And Legends of the Brothers Keg  mais attention… il n’est pas dit que ce ne soit pas l’album qui vous envoute pour vous engloutir dans son monde.

Se connecter