|
|

Un bon gros toutou venu du pays des caribous, voilà comment se réchauffer le cœur en s’embarquant à bord de Music Machine, deuxième album du groupe Black Mastiff. Le premier constat qu’on peut se faire, c’est que le power trio, originaire de Edmonton au Canada, n’est pas encore très connu dans notre belle France, il est donc temps de remédier à ça.
Enregistré dans les studios Thunder-Metro à Palm Springs, les calés en géographie sauront faire le lien direct avec un certain John Garcia. En effet, le groupe a été rapidement pris sous ses ailes pour en faire ses nouveaux petits protégés, en produisant ce nouvel opus. Mais l’ancien frontman de Kyuss n’était pas seul, puisque Harper Hug rempile avec le molosse canadien pour la deuxième fois, ce dernier ayant déjà produit l’EP éponyme du groupe sorti en 2014.
On pourrait penser que cette pochette d’album austère et monochromatique pourrait renseigner sur un son bien froid, bien lourd à la Electric Wizard. Que nenni !!! En fait, Music Machine est beaucoup plus subtil que ça. Ce qu’on découvre, c’est du vrai rock’n’roll, une vraie musique symétrique qui respire et qui donne beaucoup de fraicheur pendant toute l’écoute de l’album. Ça respire le gros Heavy Blues Rock, rappelant sans conteste les débuts de Black Sabbath mais avec une teneur à la Soundgarden. Il suffit de se laisser prendre par des morceaux comme « Pariah », « Bloody Mastiff » ou encore « Leave it on the Floor » pour comprendre que Black Mastiff savent taper et donner de la lourdeur quand il faut et où il faut. Saupoudrez le tout de cette voix lisse, charmeuse mais qui sait appuyer là où ça fait mal, et vous obtiendrez une parfaite réussite musicale.
Avec Music Machine, invitez-vous donc à découvrir cet univers, groovy, sexy, d’un autre genre, qui se refuse d’emprunter les voies du gros Stoner bas et gras (qu’on aime pourtant), mais bien d’un Stoner-Rock qui se veut plus cristallin et plus recherché dans la sonorité.

Cela faisait un bout de temps que Relapse ne nous avait pas proposé une vraie sortie psychédélique, un album de transe un peu dégueu et cyclique. La chose est réparée en cette année 2015 avec la venue au monde du premier album d’Ecstatic Vision, trio from Philadelphie, égaré de la scène hardcore et souhaitant composer une musique qu’il pourrait écouter. Ok. Mais d’où vient que ce « Sonic Praise » pourrait se démarquer de ce que Hawkind ou Amon Düül ont déjà proposé ?
Les cinq titres, en effet, courent le long d’une route heavy et psychée maintes fois empruntée par ses prédécesseurs et, disons-le tout de go, avec qualité et aisance. L’effet marquant de la galette vient de son aspect terreux. On cherche, d’habitude dans le style, par une flopée d’effets spatiaux, à élever ses riffs et ses mantras pour accéder à une illumination sonore. La chose est bien sûr présente et de « Journey » à « Cross the Divide » les réverb, flanger et autres delay sont bien utilisés. Mais le chant et la plus-que-patine heavy confèrent un étrange sentiment. Voyez Motorhead vrombir et vomir sur les instrumentaux d’Acid Mothers Temple, ou bien, imaginez-vous dans un trip sous LSD mais accoudé au comptoir d’un bar PMU à 8h du mat’, à boire un ballon de blanc avec les piliers rougeots de l’estaminet. Voilà, vous y êtes. C’est l’effet que procure cet album.
La qualité, les influences et les envies du groupe sont toutes résumées dans le titre phare de l’album, « Astral Plane ». Un quasi 13 minutes où la transe primaire et le rock binaire côtoient sans dépareiller des influences afrobeat certaines, où la basse se fait aussi câline qu’impitoyable, où la voix vous rappelle que l’alcool se consomme avec modération, où le corps s’enracine autant qu’il s’envole. Une réussite et l’un des meilleurs titres de cette année.
Le groupe propose un voyage non pas convenu, mais balisé de marqueurs nécessaires et inhérents au genre. Il réussit à intégrer de petites touches personnelles qui le démarquent déjà de certaines autres productions. « Sonic Praise » ne deviendra pas non plus une référence en la matière mais on passe un vrai bon moment en sa compagnie et la prochaine fois que vous vous retrouverez accoudé à un bar, n’oubliez pas que l’esprit peut s’élever entre piquette et Rapido.

Dans la famille des groupes assimilés stoner dont le nom commence par ‘mono’, voici Monomyth et son deuxième album Further qui comblera les amateurs de prog, de kraut, de mellotron et d’orgue hammond. A une époque où les groupes instrumentaux se multiplient plus vites que les lapins et sont parfois plus mous que du chewing-gum, les cinq hollandais de Monomyth se démarquent de la concurrence en seulement trois quarts d’heure et quatre morceaux.
Captivante, envoûtante, hypnotique, la musique proposée par le groupe l’est, tout autant que mélodieuse et mélodique. La longue jam session « Ark-M » qui ouvre ce bal sonique en dit d’ailleurs long sur la créativité du combo. Pendant une bonne dizaine de minutes, les hollandais étirent leur musique, triturent les idées et multiplient les sons pour donner naissance à une bête qui se nourrit sur le dos de l’auditeur médusé.
Car c’est bien là que réside toute la force de Monomyth : chacun entend dans la musique du groupe ce qu’il veut bien entendre, donnant ainsi à chaque morceau une multitude de facettes, tel un diamant brut à l’éclat adamantin. Et encore, cette comparaison semble un brin faiblarde à l’écoute du monstrueux « 6EQUJ5 » qui vient clore ce Further tant ce dernier titre tient plus de la mine de diamants que du solitaire. Sur ce morceau épique, Monomyth déroule la complexité de sa musique en toute simplicité. Dix-huit minutes de groove, de rage, d’hypnose pendant lesquelles le combo de La Hague repousse les limites du rock progressif de nos glorieux ancêtres.
Vous l’aurez compris : la musique de Monomyth est tout sauf monotone. Pas étonnant donc que le groupe se soit retrouvé sur la main stage du DesertFest d’Anvers et est déjà annoncé à l’affiche de l’édition teutonne de 2016. En attendant, ne vous privez pas de vous gaver de cet excellent Further.

« A voyage through the ages ». Voilà ce à quoi nous invite le label World in Sound sur la page d’accueil de leur site internet. Cette organisation allemande non gouvernementale a une politique bien claire : nous replonger dans l’âge d’or du rock psychédélique, où Grateful Dead et autre Quicksilver Messenger Service régnaient d’une main de maître sur le monde du rock, à grand renfort d’improvisations enflammées, terrain de rencontre du blues et d’un hard tout nouveau. Heavy, psychédélique et rock progressif, voilà donc le fer de lance du parti. Pour mener à bien sa mission, le label s’est entouré de groupuscules à l’idéologie similaire, tous persuadés qu’un revival patte d’eph et veston-imprimé-marguerite pourrait être la rédemption espérée à notre époque d’errance sonore. Le fameux « c’était mieux avant », adage éculé mais aussi malheureusement souvent justifié. Au rang des élus locaux, on trouve notamment Christian Peters, le guitariste-chanteur et tête pensante de Samsara Blues Experiment, groupe figurant d’ailleurs au catalogue du label. Entre deux albums avec sa bande, Christian trouve le temps de se faire le porte parole de la philosophie du rétroviseur et de tous ses bienfaits pour l’industrie musical en promouvant certains artistes signés chez World In Sound. C’est le cas des heureux élus du jour, j’ai nommé les trois allemands de Dunst. Et avec le leader de Samsara Blues Experiment comme VRP, ça flaire plutôt bon la qualité.
Initialement enregistré en 2011 et distribué numériquement en 2013, « Archimedes Waffen » est le deuxième album du groupe. World In Sound a décidé d’offrir une seconde vie à l’album en l’éditant en CD cette année, Electric Magic Records s’étant quant à lui chargé de l’édition vinyl. Une fois le disque lancé, on est tenté de rouvrir notre chaîne hifi pour s’assurer qu’il est bien écrit « Dunst » et non « My Sleeping Karma », tant le titre introductif « Kin-Shaq-King » fait penser aux allemands, pas eux, les autres, donc. Finalement pas besoin de se donner cette peine, notre patience viendra taire notre surprise : même si l’influence de mon karma endormi (le titre francisé à quand même moins de cachet que l’original) est évidente, Dunst s’oriente vers quelque chose de plus jazzy et progressif. On s’amuse avec les tonalités, les rythmiques, et dans ce joyeux et très maîtrisé terrain de jeu, on perçoit les spectres chéris du passé, comme Cream ou Can, au milieu de groupe plus récent aux sonorités plus rentre-dedans. Le très réussi « Hammerhigh » offre un bel échantillon de ces différents univers, mixant riffs puissants et ravageurs avec passages plus délicats et tout en retenu. D’autres morceaux laissent paraître une volonté de pousser l’expérimentation sonore un poil plus loin en intégrant timidement des effets moins usités, comme « Agathe & Saturnia » et son synthétiseur de l’espace, ou « Dhimahi Prachodayat », dont tous les joueurs d’Altered Beast sur Megadrive reconnaitront la bande sonore.
La diversité de l’album permet de faire passer les 6 titres instrumentaux sans problème. Les influences du groupe sont liées avec une telle cohérence que cet « Archimedes Waffen » trouve finalement son identité propre sur des bases pourtant très classiques. L’initiative de World In Sound de dépoussiérer ces enregistrements passés inaperçus à l’époque est donc à saluer.À n’en pas douter, tous les nostalgiques de Pompidou trouveront leur bonheur en jetant une oreille à cet album, mais aussi aux autres proposés par le label. Si Dunst garde une filiation sonore évidente avec la sphère stoner, beaucoup de groupes chez World In Sound s’en éloignent pour un rock plus traditionnel, mais n’en restent pas moins intéressants et talentueux. Alors si pour vous aussi, tout était mieux avant, faites-y un tour.
À déguster avec : de la crème fraîche (composée par Eric Clapton et sortie en 1966)

Deville, ce n’est pas les perdreaux de l’année. Aux prémices de l’engouement pour ce que l’on nomme aujourd’hui vulgairement le « stoner-rock », les norvégiens œuvraient déjà dans un stoner (cqfd) pur jus, mâtiné de bons gros riffs sur rythmiques bien calés. Signé sur Buzzville Records (si si, souviens-toi de ce label qui sortait de son chapeau des groupes aguicheurs) pour deux albums, la traversée du désert ne s’annonçait pas si aride pour le prometteur quatuor. Fatalement (parce que l’inverse tient de l’exceptionnel) des changements de line-up déboulent, les labels se perdent et soit le groupe s’arrête (comme bien d’autres), soit il se met un bon coup de pied au derrière et tente, ose, se pousse à aller plus loin. C’est ainsi que « Hydra » est né il y a maintenant deux ans. Quatre ans après leurs précédents efforts, Deville revenait plus rasé de près. Avec production aussi puissante que léchée et des titres, qui sans renier les dénivelés sablonneux, lorgnaient plus vers un heavy-rock calibré pour les autoroutes américaines.
Passé chemin faisant par Small Stone Records, les voilà chez Fuzzorama maintenant avec leur nouvel opus « Make it belong to us ». Deville confirme et signe leur tournant « propret ». On ne change pas une formule qui gagne et en 10 titres pour 37 minutes, inutile de tergiverser sur l’évidente efficacité qui règne dans le songwriting. Efficacité ne rimant certainement pas avec facilité ici, chaque morceau conjugue plans aériens avec fuzz massive, riffs bucherons avec passages clairs. L’ombre du mastodonte d’Atlanta des derniers albums n’est jamais bien loin, avec une fraîcheur toute foo fighterienne. Autour du chant porteur, le riffing est solide et s’appuie surtout sur une batterie variant son martelage de fûts pour capter l’esprit vagabond de l’auditeur qui se serait égaré au détour d’un énième arpège.
Parce que hélas c’est un peu là que le bas blesse. Parfaitement arrangé, matraqué en règle, avoiné en raison, « Make it belong to us » perd un peu en âme là où il gagne en pédigrée. D’un fier bâtard qui se pourléchait les babines de riffs de tous poils, nous voilà face à des titres racés, ramassés, maîtrisés parfaitement exécutés mais qui pêchent en charme. Ca claque monstrueusement bien pourtant, les mélodies et syncopées s’imprégnant dans votre esprit sans forcer. La variété ne laissant pas place à de quelconques prémices d’ennui. Deville envoie du très lourd et a du talent à revendre. Un album bourré de qualité qui s’écoute sans peine, pour les plus classiques qui s’encanaillent d’entre nous. Peut être qu’un prochain disque synthèse de l’œuvre norvégienne remettrait plus le groupe dans le chemin vers Sky Valley, néanmoins aucune raison de bouder son plaisir à s’écouter cet album à en faire trembler le pacemaker du voisin. Il n’y a pas de mal à se faire du bien.

Etre originaire de Memphis (Tennessee) et ne pas avoir le blues/rock dans le sang reviendrait à être anglais et ne pas savoir cuisiner indien. Quand il s’agit de ce qu’il y a de mieux dans un domaine, autant se fier à la source. Le trio The Heavy Eyes ne déroge pas à cette règle d’or. Sans douter de leurs compétences culinaires, en terme de heavy-stoner-blues-rock les américains avec leur troisième album « He Dreams Of Lions » démontrent un savoir-faire dans le genre qui tient du jouissif. Les onze titres qui composent la galette (ou naan comme vous le souhaitez) déroulent leurs lots de licks léchés, de groove racé et de vocaux désenchantés, qui scellent la patte des américains dans un style pourtant maintes fois visité.
Cette nonchalance dans l’efficacité rapproche le groupe de poids lourds actuels comme Fu Manchu, la force des tennessiens étant de puiser dans les racines de leur terre natale. La révolution n’est pas en marche mais les maîtres pionniers de ce mix nous saluent, Led Zeppelin/Humble Pie/Mountain. L’écoute de « He Dreams Of Lions » évoque la crème des œuvres du rock alternatif ou rock indépendant des années 90, qui en toute honnêteté puisait dans l’héritage de l’âge d’or du rock pour le propulser dans les temps modernes.
Troisième album pour les américains, qui cette fois paraît chez Kozmik Artifactz, après un premier album éponyme en 2011 et « Maera » sorti en 2012 qui avait déjà attiré quelques projecteurs sur ce prometteur combo. La recette est rôdée et plus aboutie, démontrant une authenticité qui sonne le glas des rockers qui depuis longtemps l’ont mise au placard. Le genre d’album qui passe à merveille l’épreuve du poste-radio en voiture toute puissance dehors, fenêtre ouverte. « Shadow Shaker », « Saint », « Smoke Signals » sont autant de pousse-à-écraser-l’accélérateur qui sauront couvrir le bruit du moteur. Les rythmiques nous rappellent qu’avant tout le R’n’B c’est du Rhythm and Blues, un appel au dandinage du crâne aux fessiers mais pas anodin. Au fil de la dégoulinante fuzz, les incursions savent se faire pop/rock aux portes du lo-fi (« He dreams of Lions », « Hail to the King, Baby »).
Coup de maître que cet album étalon d’un stoner-rock décomplexé sur le fil du déjà-vu. Bercé par la voix apathique (« the Fool », « Modern Shells »), les mélodies ne tarderont pas de vous gluez l’esprit de leurs enchanteresses ritournelles (« Z-Bo », « Littlefinger »). Ne vous empressez pas trop de relancer l’album avant d’entendre les 3 minutes acoustiques du titre caché (ouaip comme au bon vieux temps), démonstration des sources du trio. The Heavy Eyes ont concocté un repas complet, varié, jouant autant sur les épices que sur les ingrédients. « He Dreams Of Lions » est aussi saturé en acide gras que riche en principe actif, un essentiel pour tout régime fuzzé équilibré.

Quelques notes de claviers histoire de nous faire passer de l’autre côté.
Du mur, de la barrière, des années, peu importe. Le fait de plonger à la manière d’un générique de série Z, dans ce nouvel univers, permet à Sunder de s’affranchir (un peu) de sa jeune et tourmentée histoire. Révélé sous le nom de The Socks voilà un peu moins de 2 ans, signé chez Small Stone et coupable d’un album éponyme placé sous le signe des 70s et de Graveyard, le quatuor lyonnais voilà un peu plus d’un an, envoie valdinguer ses oripeaux. Bisbille contractuelle ? Nom simpliste et réducteur pour le marché international ? Difficile d’y voir clair. Toujours est-il qu’après un barbecue d’instruments en compagnie de Naam lors d’un Up In Smoke, The Socks entame une nouvelle mue. Pour revenir un an plus tard en papillon acide et drapé de ce blaze, Sunder, signé chez TeePee Records et Crusher Records. Mêmes musiciens. Même savoir-faire. Même musique ?
Dans cette nouvelle aventure, exit la deuxième guitare et place à une batterie de claviers tous plus vintages les uns des autres. Farfisa, Mellotron, ce sont d’ailleurs eux qui ouvrent l’album et nous font plonger dans un bain 60s, révélateur photographique faisant apparaître la nouvelle patte du combo au gré d’une dizaine de titres courts et enlevés. On pense forcément aux Beatles à l’écoute des harmonies vocales léchées déployées par le quatuor et aux grilles mélodiques construisant la structure de l’album. Le fond est un savoir-faire d’écriture pop, la forme une patine fuzz et garage. A l’image de « Bleeding Trees » insidieux titre, très bien écrit et dont la mélodie va vous coller au fiacre une bonne partie de la semaine après écoute.
Cependant, l’urgence qui parcourt le disque, cette volonté d’être direct laisse peut-être des détails sur le côté. Détails qui grandiraient les compos de Sunder. La précipitation et la frustration. C’est ce qui ressort de l’album. Est-ce la volonté de sortir un album rapidement pour asseoir la nouvelle entité dans le paysage, une envie un peu trop débordante ? Toujours est-il qu’on traverse certains titres sans jamais vraiment s’y arrêter et que d’autres frustrent par leur format court. On voudrait entendre les lyonnais poser plus sereinement leurs idées, le chanteur Julien Méret entrer dans le micro avec moins de hargne par moment, les claviers prendre un peu plus le pouvoir, la section rythmique avoir plus d’espaces d’expression.
Reste que les lyonnais sont des maîtres en la matière pour trousser riffing et mélodie en de petits bijoux de composition. Quand ils arrivent à trouver le juste équilibre, qu’ils insufflent un peu plus de mid-tempo, qu’ils distillent du doute et de l’angoisse à la naïveté pop, on se retrouve avec des titres tels « Daughter of the Snow » ou « Don’t leave it behind », qui renvoient la concurrence à ses études, laissant le groupe prendre l’apéro en tête à tête avec son Oncle Acide. On voudrait maintenant que le groupe puisse grandir sereinement dans sa nouvelle formule, ce premier album posant de solides bases et ouvrant le champ à plus d’expérimentations. A plus que suivre donc.

Mine de tout ça, petit à petit Fuzzorama fait son nid. Quelles que soient les prétentions du label truckfighterien, il faut reconnaitre aux suédois la délicatesse de leurs choix et leurs à-propos. A la même latitude que leurs terres d’appartenance se trouve le Canada. Et du pays du sirop d’érable découle We Hunt Buffalo avec leur nouvel album Living Ghosts paru ce 25 septembre. Si la Suède se trouve bien à 62° N comme le Canada, l’inspiration contemporaine du trio chasseurs est bien du côté du rock à la suèdoise et de ces fiers artilleurs représentés par Dozer et Greenleaf.
N’imaginez pas un riffing à la Tommi, mais plutôt l’art de pondre des titres rock aussi efficaces qu’originaux. Ca sonne classique mais bigrement bien gaulé. Le groupe n’est pas à son coup d’essai, troisième album depuis leur naissance en 2010, Living Ghosts parfait les orientations et les aspirations des canadiens à proposer un rock fuzzé et dur (soit) mais qui offre son lot de mélodies accrocheuses et de profondeur. Plus cérébrale que bas du front en somme. L’intro « Ragnarök » inspire à une certaine mélancolie et quand la production aussi précise qu’une massue de pointe envoie la sauce et propulse « Back to the River » l’effet est saisissant. Ainsi l’album vous agrippe et ne vous relâche qu’à son terme.
Vocalises en harmonie pour appuyer les refrains entêtants, section rythmique métronomique pour guitares acérées, We Hunt Buffalo nous sort ces plus beaux atours. Les frémissements d’ambition totalement progressive nous titillent qu’un parpaing velu nous défouraille de toutes aspirations plus psychédéliques. Ainsi va la première partie de l’album avec ses hauts faits de groove (« Hold On »), ses voix hurlées (« Prairie Oyster ») et ses riffs fuzzo-mélodiques (« Comatose »).
Sur les neufs titres que proposent l’album, les quatre derniers diviseront les plus exigeants d’entre vous. Baisse de régime ? Non. Baisse de tempo assurément. La chasse est finie, place maintenant au repos des guerriers. Sans délaisser l’efficacité des titres et le pachydermisme de la batterie (aux plans plus typés metal que stoner d’ailleurs), la part belle est donnée au cœur coulant qui se cache sous l’épaisse croute de bourrin en nous. Les six cordes s’arpègent et dégoulinent de tendresse dans ses licks. « Fear » maintient l’intensité par ses voix une nouvelle fois hurlées et offre une bonne respiration après les précédents titres dévastateurs. « The Barrens » s’accélère en fin de course pour que la machine se remballe et « Looking Glass » synthétise l’ensemble, soutenu par un clavier aux touches écrasées des puissantes pates des bovidés pourchassés.
Quatre mid-tempo pour clore un album lancé sur les chapeaux de roues, c’est un parti pris artistique. Deux faces qui se complètent et s’opposent. De « Walk Again » nous incombe-t-on finalement. Si ce n’est dans l’immédiat, cela restera une partie de chasse dans laquelle on aura plaisir à se relancer. Un bel album qui sonne aussi bien qu’il est bien foutu.

Ce qui est génial avec le Stoner, c’est que cet univers musical agit comme un charmant convecteur temporel, nous permettant de remonter le temps, comme ce cher Marty McFly venu nous rendre visite un certain 21 octobre 2015. Quelques jours avant son arrivé, les Gentlemans Pistols nous ont offert leur troisième album : Hustler’s Row, sorti le 16 octobre 2015, histoire de faire découvrir des sonorités dignes des années 1970.
Ce qui est frappant, c’est tout d’abord la pochette de ce troisième opus, réalisée par John Pearson. Car en effet, nous sommes à une époque où ce genre de formation, ravivant fortement l’héritage de Led Zeppelin, use de design tout en couleur et de psychédélisme à vous donner l’impression d’assister à de perpétuelles répétitions iconographique. Il est très appréciable de voir que le groupe a fait un choix original à travers la volonté d’interrompre un cycle coloré et de se prêter au jeu du noir et du gris, contrastés par un sanguinolent titre d’album au sol. On y découvre tout un univers de débauche, de sexualité, de folie et de meurtre face à la maternité et une fécondité qui s’associent étrangement à un homme tenant sa femme morte et sortant d’une boutique au nom du groupe britannique. Mais est-ce que cette ambiance caractérise bien la teneure musicale de Hustler’s Row ?
Il est impossible de se faire une vraie idée dès la première écoute, tant cet album respire un rock 70’ très classique. James Atkinson, chanteur guitariste et leader incontesté du groupe avait cette volonté de surpasser un intéressant deuxième album et sorti en 2011 (At her Majesty’s Pleasure). Pourtant, après avoir appris à connaître ce nouvel album, on constate qu’il se divise en deux parties maladroitement réparties. En effet, Gentlemans Pistols ouvrent le bal avec une première face (si on est adepte du vinyle) des plus moyennes. On se retrouve dans un univers fidèle aux années 1970, avec un groupe qui joue bien et qui possède un son plus que vintage. Néanmoins, à mesure que les titres défilent, on ressent cette impression de déjà tant entendu en si peu de temps (Kadavar , Graveyard, … ). Ainsi l’ouverture de « The Searcher » ou du premier single et clip vidéo « Devil’s Advocate On Call » n’arrivent pas à convaincre. Relativisons tout de même les choses puisque « Time Wasters » redonne un élan de fraicheur.
Et ce n’est pas fini, puisque la deuxième partie est riche en surprises. C’est notamment avec « Personal Fantazy Wonderland », « Lady Teaser » et « Dazzle Drizzler » que cet album prend une certaine ampleur musicale, grâce notamment à Bill Steer (Carcass, ex-Firebird, Napalm Death,…) très en forme. On retrouve ainsi tous les ingrédients qui font le succès des sujets de sa Majesté, Groove et rythmiques séduisants, guitares enjouées et dignes de grands morceaux des années 1970, voix clairement maîtrisées ; de quoi vous donner l’envie de voyager sur les routes de Grande Bretagne. Seul petit bémol à cette progression, cette deuxième vitesse se retrouve bloquée par un final des plus interrogateurs avec le titre éponyme de l’album « Hustler’s Row » qui n’emballe pas. Par sa volonté de mener une balade qui monte et qui finalement n’apporte rien de plus qu’un solo oublié et casé en toute fin de titre, le groupe nous laisse sur une fin perplexe.
Hustler’s Row met donc du temps à décoller mais se rattrape très vite avec un petit point de chute un peu maladroit en fin d’album. On peut ainsi imaginer que Gentlemans Pistols saura faire encore mieux la prochaine fois, en prenant plus de risque, tout en gardant cette ambiance 70’ qu’ils maîtrisent plutôt bien.

Once upon the time in the East. Avant les autres il y avait Carn. Ils étaient les premiers. Sur leur tombe on aurait pu lire : “auront fait du stoner en France 10 ans trop tôt”. A Nancy comme ailleurs, les amateurs de musiques plombées n’ont pas oublié leurs précurseurs et quelques uns auront suivi les pérégrinations de leur plus fidèle rejeton, Caldera qui, depuis 2001, s’évertue à donner à leur carrière autant de sens que les concepts développés dans les paroles de Matt Pike pour High On Fire. Parti d’un stoner rock sablonneux le combo a muté en une véritable entité doom, toute entière dévouée aux abysses. Sans faire trop de bruit, ni trop de concerts, le trio a publié deux albums intéressants en 2008 et 2011, tranchant avec le son désertique de leur démo, Bison Skull datant de 2002. Abonné aux petits labels, si possible commençant par la lettre A (Atropine Records, Avant Garde Music), Caldera nous revient en 2015 avec un EP vinyle, leur grande première dans ce format, que le groupe décide de publier lui même, via une structure dédiée, au nom également placé sous le signe de la première lettre de l’alphabet : Ancient Battle Records.
Le moins que l’on puisse dire c’est que les frères Lacroix, Claude et Christophe, ne sont animés par rien d’autre que la passion : alors que le dernier concert de la formation remonte à 2013 ou que la page de leur label ne compte que 29 fans sur Facebook, Caldera se lance dans la réalisation d’un EP dont la facture, autant sonore que visuelle est de très, très bonne tenue. Deux titres, pour 20 minutes de doom instrumental et atmosphérique, naviguant à vue entre descente aux enfers et souffle d’espoir. « Centralia », le premier titre semble représenter la face sombre du disque : une bataille y fait rage, faisant, paraît-il, référence à celle de Nancy, qui couta la vie à Charles le Téméraire en 1477. Les 13 minutes de doom belliqueux de ce morceau aux inflexions médiévales trouvent un reflet apaisé en seconde face du disque, par le truchement d’une reprise de « Garden Of Love » de la formation psychédélique de San Francisco Amber Asylum, dans laquelle a œuvré, entre autres, Steve Von Till (Neurosis) ou Chiyo Nukaga (Graves At Sea/Nooghgrush).
Comme toujours avec Caldera il n’y a rien à reprocher au combo, si ce n’est de déplorer que malgré les efforts conjugués de quelques fidèles webzines, leur musique ne touchera hélas qu’une poignée d’irréductibles, les autre n’ayant même pas conscience que le combo nancéien aurait sa place dans de nombreuses discothèques, le vinyle de Centralia bien calé entre ceux de Burning Witch et Candlemass.
Point Vinyle : superbe édition que ce EP 12’, pressé à 100 exemplaires 160 grammes (où sont les 20g manquants ?!) accompagné d’une pochette faite main, avec un papier de haute qualité.

Pour de multiples raisons, c’est en Angleterre que la scène doom est la plus excitante. Est-ce quelque chose qu’Albion doit à son climat ? Peut-être bien. Les sous-bois humides du Dorset ont donné à Electric Wizard un son sauvage et les dimanches pluvieux londoniens semblent avoir inspiré à bon nombre de musiciens l’envie d’exprimer leurs penchants dépressifs sur bande, le tout sous le haut patronage de Lee Dorrian, heavidement. En sus d’avoir porté à bout de bras Cathedral depuis près de 25 ans, des bas fonds industriel de Coventry jusqu’au bord de la Tamise, le chanteur est aussi, avec Rise Above, le plus grand pourvoyeur de musiques grasses en Europe.
En ces temps obscurs où Electric Wizard se déchire, musicalement comme humainement, voir l’ancienne section rythmique de ces derniers – ayant depuis enchanté la putride Albion dans Ramesses – s’acoquiner avec l’une des plus grandes voix du doom a forcement quelque chose de réjouissant, comme le sentiment que les trois compères viennent avec la malveillante intention de remettre l’église satanique au milieu du village des damnés.
Le précieux a été enregistré aux désormais cultes Orgone Studios (Rise Above en général et Cathedral en particulier y ont leurs habitudes) par Jaime Gomez Arellano. Le premier album de With The Dead peut être présenté, par bien des aspects, comme la synthèse parfaite du doom anglais. En effet, Tim Bagshow et Mark Greening, en bons activistes du riff lent, continuent leur plongée dans les tréfonds de l’occulte, sertissant les six titres de l’album d’ambiances macabres tandis que Lee Dorrian semble apporter un semblant de lumière, filet blafard d’optimisme éclairant les noirs desseins des deux revenants composant la section rythmique. Un peu comme si Ramesses, rencontrait Cathedral, finalement. Derrière l’apparente banalité d’un tel constat se cache pourtant la force du disque : en alliant leurs si reconnaissables aptitudes, le trio a enfanté d’une synthèse maléfique des éléments propres à la légende du doom d’outre Manche.
En résulte alors un disque touffu, poisseux, au milieu duquel flotte deux absolues réussites que sont « Living With The Dead » et « I Am Your Virus ». Les ambiances sont travaillées à l’extrême, le son frappe comme une faux trainée sur l’asphalte et l’aspect lancinant, presque rampant des compositions, associé à un son quasi industriel synthétise tout ce qui fait la gloire du heavy à l’Anglaise : une sorte de violence brute, loin de tout idée d’esthétisme.
Dans un genre qui n’appelle à aucune révolution, With The Dead prend le parti de la synthèse, endosse le rôle de patron, laissant en filigrane penser que le costume était trop large pour les épaules tremblante du Magicien Électrique.
Les plus observateurs noteront que cette chronique est affranchie du mot « supergroupe », notion désuète à mes yeux pour qualifier des musiciens dont le volume de vente de disques ne dépasse guère quelques milliers d’exemplaires.
Point vinyle :
On peut toujours compter sur Rise Above pour régaler les passionnés de vinyles et la sortie événement de l’album de With The Dead aura été l’occasion de se lâcher pour Lee Dorrian et ses associés. Pas moins de 3 version Die Hard, avec patch, poster, 7’ et insert contenant les paroles (Black : 100 ex / Clear : 120 ex / Gold : 250 ex).
Pour les pressages normaux, il est prévu 1000 ex en violet translucide, 1000 en noir, 1000 en violet et 500 autres en violet tacheté de noir, ce dernier étant principalement réservé au marché US.
A noter que le premier pressage CD voit sa pochette être en hologramme.
Rise Above fait les choses bien.

Si les Etats-Unis font rêver c’est aussi parce qu’ils ont toujours eu des conteurs de génie pour narrer leur récente histoire. Mark Twain, Bob Dylan, Bret Easton Ellis, Lynch, j’en passe et des meilleurs. Des artistes capables de sublimer les événements et les forces, les détails et les faits, les émotions et les peines d’une nation en construction. Point de vue ethnocentré d’un habitant du vieux continent, certes, mais qui justifie en partie la force de certaines des plus belles narrations outre-atlantique. All Them Witches, par sa musique, fait partie de cette caste de raconteurs d’histoire.
Depuis ses débuts en 2012, le quatuor de Nashville brode de solides petites nouvelles et ce n’est pas leur arrivée sur New West Records, label plus spécialisé dans la folk que le doom qui va infléchir cette tendance. Mais le grand écart qui aurait pu se créer, laissant place à un gouffre artistique, perdant l’auditeur dans un abîme d’incompréhension, n’est pas d’actualité sur cet excellent « Dying Surfer Meets his Maker ». All Them Witches réussit la prouesse d’ingérer quantité d’influences, et de nous les resservir avec cet indéniable talent de composition qui les caractérise depuis leur début.
On traverse ainsi l’album de la même manière qu’on traversait le continent avec Kerouac. Le cul posé à l’arrière d’un pick-up rouillé, à ne jamais vouloir de fin à ce voyage. Le quatuor nous conduit, d’une folk “finger-pickée” à la JJ Cale, en passant par de grands espaces ouverts, bordés de psychédélisme chaud et acidulé. Ce qui frappe c’est la maturité artistique qui baigne les compositions de ce nouvel album. On trouve, par exemple, des pointes de violons traditionnels, échappés d’une lointaine Irlande-mère, au gré de certains titres, ne dénaturant pourtant pas cet americana psyché, marque de fabrique du génial combo. Maturité aussi dans la cohérence du suivi des titres. Les 9 morceaux passent, tel une discussion, entre causerie et rêverie, de “Call me Star” à “This is where it falls apart”, de la mélancolie d'”Open passageways” aux méandres de l’oubli de “Blood and Sand/Milk and Endless Water”. Narration, je vous dis.
La production de l’album rend d’ailleurs hommage à cette écriture. Simple et précise, elle se fait ponctuation le long des bons trois quart d’heure d’album. La chaleur du grain de voix, cette batterie à la limite du trip-hop 90s, le blues de la guitare et les nappes de claviers, asphalte et guide nécessaire à la locomotive All Them Witches, tous les effets de production se justifient et donnent du corps à la cohérence de l’ensemble.
Je comprends les esprits chagrins qui pourraient reprocher une fois de plus une chronique positive sur ce webzine mais là, franchement. Je retourne et dérouille cet album depuis trois semaines déjà et je n’y retrouve rien à redire. “Dying Surfer Meets his Maker” est beau, intelligent, multiple et simple pourtant. Il est un sacré voyage, une merveilleuse traversée qui apaise et transporte à chaque écoute. On bave devant l’équilibre entre le côté physique, tactile de l’acoustique qui se dégage et cette sensation de surréalisme dû aux envolées psychédéliques du quatuor, La classe américaine. Et l’un des meilleurs albums de 2015.
Les amateurs de sons fuzzés ne seront pas étonnés de retrouver, une fois n’est pas coutume, un disque estampillé du logo de Riding Easy Records, dans les pages virtuelles de Desert-Rock. La petite entreprise d’Hermosa Beach continue sans relâche son travail de dénicheur de talents et le moins que l’on puisse dire c’est que Daniel Hall a eu le nez fin au moment de signer Holy Serpent, inconnus Australiens devenus sa 46ème publication.
Il y a quelque chose d’énervant dans l’histoire d’Holy Serpent. Jugez plutôt : le groupe se forme en 2014 à Melbourne et c’est en tombant sur la vidéo de leur premier concert que la tête pensante de Riding Easy tombe sous le charme et décide de les signer. En résumé quatre petits cons, à peine pubères et venant de l’autre bout du monde, se retrouvent instantanément propulsés sur le devant de la scène grâce à une vidéo postée sur le net. Je vous avais prévenu, c’est insupportable. Mais ça serait oublier un élément fondamental que de juger Scott Penberthy et sa bande sur cette insolente (donc forcement louche) réussite : leur musique est magistrale.
Visiblement influencé par Sleep, dont ils semblent avoir hérité de la science de l’hypnose en apesanteur, Holy Serpent se démarque de la masse par son goût des choses bien faites, tartinant de psychédélisme son petit lot de titres taillés à même le gras. On appelle ça heavy psych et cette étiquette leur va comme un sticker Black Sabbath sur un skate board. Rappelant parfois Uncle Acid pour les voix et quelques harmonies de guitares, l’esprit (embrumé évidemment) tourné vers les 70’s, Holy Serpent n’invente rien et c’est tant mieux : le quatuor se contente de proposer un premier album passionnant et maitrisé, à l’image de « Shroom Doom », la pépite psychotrope de l’opus.
Sortir un album d’une telle teneur en moins d’un an d’existence est une chose plutôt rare. De deux choses l’une : soit il s’agit d’un one shot et il restera remarquable, soit cet opus en appelle d’autres encore plus inspirés. Il faudra alors laisser un peu de place pour Holy Serpent dans sa discothèque et sur sa veste à patch.
Point Vinyle :
Riding Easy est un fan acharné du vinyle, que dis-je : le Ali Baba du format. Dans la grotte de Daniel Hall, plus de 2000 LPs de Black Sabbath attendent sagement de se faire passer un diamant au sillon.
Pour ce qui est du premier opus d’Holy Serpent, il y a eu deux pressages :
– Le premier propose 100 disques transparents, version Die Hard, avec pochette en 3D, 200 violets, 300 en vert et 400 en noir.
– Le second pressage est fait de 250 vinyles en résine rouge et 250 en orange, tout simplement.

Attirés par une pochette d’une qualité graphique incroyable et par une réputation qui n’est plus à faire après trois albums au compteur, nous nous devions de prêter une oreille à ce quatrième opus de Denizen, combo français méconnu et absent de nos colonnes.
Dès les premières secondes du « Teddy Bear » d’ouverture, le ton est donné : riffs biens calibrés, rythmique plombée comme un petit soldat, Denizen est au rendez-vous avec ce Troubled Waters. Un « Whoresmoker » avec ses ralentissements brutaux et ses airs de Black Sabbath permet au combo de Montpellier de montrer l’étendue de son talent. La cougar « Jocelyne », quant à elle, exploite à fond ses (g)riff(e)s tranchant(e)s pour le plus grand plaisir de nos oreilles.
Le groupe, en près douze ans d’existence, a eu tout le loisir de parfaire son jeu et d’acérer sa qualité d’écriture…et ça se sent. Furieux, abrasif, sans concessions, ce Troubled Waters est un album qui s’écoute avec le volume poussé à fond. Cognant sur tous les fronts, le disque pourra certes paraître un brin brouillon à certains. Il est vrai que passer du très redneck « Time to leave » au furibard « Enter truckman » (qui fleure bon le Clutch du tout début) n’est pas donné à tout le monde.
Il n’empêche que ce n’est pas tous les jours que la France accouche d’une tuerie musicale comme l’est ce nouvel album de Denizen. Seule ombre au tableau de ce Trouble Waters : les vocaux de Fabien Aletto viennent parfois se noyer dans les eaux troubles d’une production pas vraiment à la hauteur de ces dix titres pourtant parfaitement ficelés.

Comme la vie nous le rappelle trop souvent, la mort n’est jamais trop loin, frappant quand on s’y attend le moins et brisant bon nombre de destins. C’est le triste constat que l’on peut faire du groupe Stoner/Doom Behold ! The Monolith, orphelin de son défunt chanteur-‐bassiste Kevin McDade, victime d’un accident de la route en 2013. Tandis que Behold ! The Monolith était en pleine ascension avec deux albums bien prometteurs, c’est sans surprise que ce brusque et involontaire changement de line-‐up va chambouler fortement tout ce petit monde de barbus. En effet, le décès de Kevin McDade va reformuler le power-‐trio en quatuor avec Jordan Nalley au chant et Jason “Cas” Casanova à la basse, afin de s’embarquer vers une troisième aventure en studio pour y concrétiser Architects of The void, disponible le 29 septembre 2015.
Behold ! The Monolith fait partie de ces groupes californiens qui ont été nourris à la racine par l’inspiration Stoner de Los Angeles, puisqu’ils en sont eux‐mêmes originaires. Rassemblant à l’origine Kevin McDade au chant et à la basse, Matt Price à la guitare et Chase Manhattan à la batterie, Behold ! The Monolith nous a offert une marche de progression forte intéressante. A travers un premier très bon album éponyme, paru en 2009 et Defender, Redeemist sorti en 2012, second opus encore mieux réussi, le groupe a su puiser dans différents domaines stylistique. En effet, la grande force de Behold ! The Monolith était de construire leur musique à travers différents styles tels que le Stoner-‐ rock, le Sludge, le Doom, le classique Trash et le Black Metal. Le tout tinté par une ambiance proche d’un Post-‐Metal aux petits oignons.
Malgré la difficile épreuve qu’a dû affronter Behold ! The Monolith, leur troisième Opus laisse voir au premier plan et sur le papier quelque chose d’alléchant. En effet, l’album Architects of The Void a été produit par un grand monsieur qu’est Billy Anderson, producteur entre autre de groupes tels que Neurosis, High on Fire ou bien encore le mythique groupe Melvins. De plus, la pochette de l’album a été concoctée par le talentueux Dusty Peterson, à qui l’on doit de belles réussites iconographiques (Six Feet Under, Oceans,…). Malheureusement, cela ne suffit pas à convaincre.
Car les changements radicaux de line-‐up ont fortement déstabilisé toute cette essence stylistique. En effet, les premières écoutes laissent très perplexe, obligeant à se replonger sans cesse dans cet album qui est clairement plus Doom que Stoner. On est finalement plus proche d’une prog Black Metal contrairement aux précédents opus beaucoup plus riches et qui nous rafraichissaient de leurs ambiances Post-‐Metal et Stoner. On constate en fait que Architects of The Void entend, encore une fois, mélanger différents styles de Metal avec une forte identité Hard-Rock menant maladroitement vers un album disparate. A croire que leur force est devenue une faiblesse, car les compositions se constituent de grilles volontairement variées mais trop changeantes sans mener vers un véritable effet de surprise. C’est finalement la grande force Stoner-Rock du groupe qui en prend le plus un coup, dans la mesure où on ressent une forte éviscération des riffs Stoner dû à un surplus de riffs et rythmes tantôt Doom tantôt Black Metal.
Architects of The Void est donc une forte déception pour un groupe qui nous avait habitué à mieux, malgré quelques morceaux et passages qui ne laissent pas indifférents. On peut sans conteste affirmer que le dernier album de Behold ! The Monolith est une petite erreur de parcours qui ne contentera que ceux qui se cherchent encore et qui creusent dans l’univers Metal. Mais cela ne reste pas pour autant un échec, en se confortant dans l’idée que la formation fraichement renouvelée à besoin de se roder encore un peu et qu’elle aurait peut‐être dû attendre de se connaître un peu mieux pour sortir Architects of The Void.
|
|