Sunnata – Climbing The Colossus

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Si on vous parle de Varsovie, comme ça, en première approche, à chaud, vous ne penserez probablement pas à la capitale montante du gros son qui tâche. Probablement parce que Sunnata s’est fait encore trop discret, malgré quelques apparitions très remarquées sur des tournées ou festivals prestigieux ces dernières années. Afin de vous préparer à leur nouvel album en cours de production, qui s’annonce comme une grosse sortie de 2016, on voulait revenir sur leur précédente (auto)production, ce Climbing The Colossus de 2014.

Ça commence par un larsen gras un peu dégueulasse et ça se termine par le même larsen craspec. Entre les deux, ça dure trois gros quarts d’heure, et ce n’est jamais moins poisseux. Autant vous prévenir, amateurs de finesse et de soli aériens, vous allez être déçus. Sunnata c’est quatre mecs qui vont s’employer sur les sept giclées qui constituent ce disque à te faire bouffer des poignées de terre jusqu’à t’en étouffer, puis une fois au sol en train de vomir tes tripes, à t’enfoncer la gueule dans la boue en t’écrasant le crâne sous le talon de leurs godasses crasseuses. En gros. Mais subtilement.

En effet, pour ça, nos polonais ne se la jouent pas gros bourrins : ils emploient toujours à bon escient bon nombre de techniques qui ont fait leur preuve. Une sous-couche de doom bien glauque (« Seven », « Monolith », « Formalhaut »), des rasades de sludge crasseux (« Path »), des mélodies qu’on était plus coutumiers d’entendre chez des combos plutôt connotés grunge (« Asteroid », « Stalagmites ») ou stoner (« Stalagmites » encore, l’intro de « Seven », le superbe « Path »).

Cette synthèse stylistique rend la première approche de Sunnata éminemment sympathique. Une approche qui incite conséquemment à une certaine bienveillance, facteur nécessaire pour s’immerger convenablement dans la musique du combo. Car le songwriting du groupe, atypique, révèle sa substantifique efficacité qu’au fruit de cette étape, constitue a minima d’une bonne demi-douzaine d’écoutes : petit à petit le facteur d’accroche se fait jour, et les écoutes suivantes sont autant du miel cérébral que du gravier auditif. Les compos progressivement apparaissent comme des évidences, et le travail de production prend la relève pour garantir l’intérêt de l’auditeur pour les dizaines d’écoutes successives. Inutile de préciser que niveau instrumental, vocal, etc… ça tient là aussi franchement bien la route.

Gros potentiel pour ce groupe, dont l’énergie sur disque laisse imaginer des expériences mémorables en live. Et surtout, comme annoncé, un prochain album qui devrait laisser des traces. A suivre de près.

Blackwulf – Oblivion Cycle

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On ne le dira jamais assez, le deuxième album peut être décisif pour un groupe. C’est le cas de Blackwulf, venant du fin fond d’Oakland en Californie, nous offrant ainsi cette petite galette du nom de Oblivion Cycle.

D’une certaine façon, être originaire d’une ville à proximité de San Francisco, ça aide toujours à puiser dans une multitude de bonnes influences musicales. C’est clairement ce qu’on ressent à l’écoute du successeur de Mind Traveler. Pourtant, la tâche n’était pas des plus aisées, puisque qu’avec un premier succès studio, le groupe avait réussi à se libérer des carcans, parfois trop « nostalgiques » de riffs à la Black Sabbath. Ici, on ne va pas se mentir, Oblivion Cycle s’insère plus globalement dans un délire Stoner des plus classiques, mais, avec tout de même une certaine subtilité qui en fait quelque chose de plus frénétique.

L’ouverture le prouve de suite, on traverse les ponts californiens sous une chaleur de plomb avec « Colossus » qui ouvre bien, mais, c’est surtout la suite qui enrichit le mieux la force rythmique et énergique du quatuor. Notamment avec les trois grosses pépites que sont « Memories », « Acid Reign » et « Dark Tower ». On a de la chance, tout s’enchaine parfaitement bien à travers une teinte de solos de guitares amplement dosés et un rock’n’roll des plus sympathiques. Puis, on arrive progressivement dans le cœur même de l’album qui fonctionne moyennement bien, où on en arrive même à ressentir une presque passivité auditive, de par le retour répliquant à une tradition « vintage » un peu redondante. C’est dommage car Blackwulf ont plus d’une corde à leur arc comme le prouve « March of the Damned », dernier morceau qui clos avec grande classe ce deuxième opus.

Alors, oui, on peut dire que Oblivion Cycle est un bon album dans le fond, un peu moins dans la forme. Puisqu’il nous offre de très bons morceaux qui arrivent à couvrir une petite moitié un peu plus classique. Mais, cette dernière ombrage les délicieuses prises de risque que le groupe avait réussi à maîtriser sur leur premier album. Ce n’est donc pas un faux pas, mais la volonté de s’enraciner dans l’univers Stoner en continuant de se chercher tout en respectant certains codes.

Witchsorrow – No Light, Only Fire

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C’est un monde désolé, où tout espoir a depuis longtemps disparu. L’épouvante et la terreur sont désormais les seuls compagnons. Ici, pas de lumière, juste du feu. Juste cette lueur orangée et vacillante émanant d’une vieille lampe à huile qui semble brûler depuis des temps immémoriaux et combat vainement l’épaisse obscurité triomphante. Bienvenue dans cette contrée où les inquisiteurs implorent une dernière fois un Dieu qui n’existe pas, alors que les hérétiques s’apprêtent à embraser le bûcher sur lequel ils sont solidement attachés, l’allumette à la main et le visage gagné par la folie.

Voilà à n’en pas douter le parfait théâtre de Witchsorrow, celui où la sorcellerie vainc toujours. Après deux sorties très remarquées chez Rise Above Records (du fameux Lee Dorrian), le groupe réitère cette année avec un troisième album chez Candlelight cette fois ci, label d’habitude plus orienté metal extrême. Changement d’écurie, changement musical ? Oui et non : notre trio anglais continue de donner dans le doom maléfique, bien qu’un peu vitaminé, il est vrai. Avec l’appui de Chris Fielding à la production, aussi connu pour tenir la basse dans le groupe au son le plus lourd du monde, j’ai nommé Conan, nous nous devions définitivement de revenir sur cette sortie de 2015 avant la fin d’année.

Le titre introductif, « There Is No Light, There Is Only Fire », nous fait d’entrée comprendre que Witchsorrow a glissé de la Juvamine dans son infusion à la verveine : on est plus proche de High On Fire que de Saint Vitus sur ce morceau secouant les morts. Même constat sur « To The Gallows », qui ne laisse pas beaucoup de place au silence en matraquant un riff au rythme des sabots de l’animal frappant la terre, se dépêchant d’amener l’accusé à la potence, gallows en anglais (oui, chacun son imaginaire). Les doomsters les plus pieux trouveront néanmoins leur bonheur sur des titres plus classiques et titrant au dessus des 10 minutes comme le veut la tradition, avec « Disaster Reality », « Negative Utopia » ou encore « De Mysteriis Doom Sabbathas », référence évidente au premier Mayhem (dont Witchsorrow a d’ailleurs enregistré une cover de Freezing Moon).
Mais les deux bijoux de cet album sont sans hésitation « Made Of The Void » et « The Martyr ». Riffs épiques, sonorités sinistres, chant clair un poil éraillé du frontman Necroskull se mariant parfaitement à l’ensemble, soli ultra efficaces et incisifs, puissance et tension croissantes… Bref, tout est réuni pour faire de ces deux morceaux des chefs-d’oeuvre du genre. On appréciera aussi la mélancolique interlude acoustique « Four Candles », on aurait même souhaité qu’elle dure plus d’une minute.

Witchsorrow nous livre ici leur meilleur album à ce jour, très complet et tapant dans plusieurs directions, pour notre plus grand plaisir. Un groupe en passe de devenir une référence et qui, comme la bonne bière, plus il vieillit, meilleur il est. À l’affiche du prochain Desert Fest londonien, on souhaite que le trio anglais profite de l’occasion pour définitivement gagner ses lettres de noblesse. Ce serait rendre à César ce qui appartient à César.

À déguster avec : des crêpes flambées (que tout ce feu serve à quelque chose)

Hooded Menace – Darkness Drips Forth

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Si le doom metal – pour d’évidentes raisons rythmiques – s’est acoquiné au fil des années avec le stoner rock, il reste, dans son essence première, un cousin des autres scènes extrêmes, death et black metal en tête. De par ses préoccupations morbides et la noirceur de son esthétique, le doom n’est finalement qu’une lente émanation du métal, tout comme le death et le black en sont des mutations rapides et radicales. Ainsi de nombreux groupes ont créé des ponts entre ces genres : citons Winter, Skepticism, Disembowelment ou Thorr’s Hammer pour les plus sombres et les plus passionnants. Hooded Menace, quatuor finlandais formé en 2007 par Lasse Pyykkö pousse le genre dans ses plus lents retranchements, installant des ambiances d’apocalypse à grands renforts de riffs que n’aurait pas renié Electric Wizard, dans une ambiance tenant plus des entrailles de l’enfer que de la réunion de drogués sataniques. Le groupe débute chez Doomentia, label Tchèque dont la notoriété se fera grâce à la publication de Fulfill the Curse le premier effort d’Hooded Menace. Mais c’est avec Never Cross The Dead, sorti en 2010 chez Profound Lore Records que la formation finlandaise tiendra son meilleur album. Passé depuis chez Relapse Records et devenu un poids lourd  du genre, le projet de Lasse Pyykkö est aujourd’hui incontournable.

Après Effigies Of Evil (2012) et un EP (Labyrinth Of Carrion Breeze/2014 chez Doomentia), Hooded Menace revient avec Darkness Drips Forth, suite logique d’une discographie aussi monolithique que passionnante.

Pour sa nouvelle livraison, deux points sont notables : tout d’abord, l’arrivée d’une seconde guitare, tenue par Teemu Hannonen, compère de Pyykkö depuis le début des 90’s au sein de Phlegethon notamment. Par cet apport, le disque gagne en profondeur, jouant à fond sur les harmonies de guitares. L’autre nouveauté réside en la longueur des titres : en effet, Darkness Drips Forth ne contient que quatre titres, cherchant tous dans les dix minutes et le rendu n’en est que meilleur.

Dès l’introduction, entre cloches mortuaires et guitares dissonantes, le groupe fait allégeance à Cathedral, convoque une nuit éternelle et entraine l’auditoire vers les bas fonds, dans un growl déchirant. « Blood For The Burning Oath / Dungeons of The Disembodied » écrase, compresse et démembre sans pitié. Si le son semble moins caverneux (plus death metal ?) que sur l’insurpassable Never Cross The Dead, le fait que les ambiances des morceaux s’étalent sur de plus longues plages est appréciable. L’ambiance glaçante de « Elysium of Dripping Death » ou la porté mélodique de « Beyond Deserted Flesh » (la chanson la plus rapide de l’album) prennent alors des allures d’odyssées morbides et l’album dans son ensemble en sort grandit.

En l’absence des références du genre, Winter ou Disembowelment, Hooded Menace hante désormais le donjon du death/doom et Darkness Drips Forth est un rempart supplémentaire à la forteresse qu’Hooded Menace s’est construite, voyant la concurrence s’écraser contre ses murs en une masse informe de corps tuméfiés, remuant, de ça, de là, en petits clapotis dans une marre de sang.

 

Point Vinyle :

Relapse propose le LP en 4 versions : Clear (100), Swamp Green/Olive Green Merge (500), Silver (250). La couleur Silver est l’édition spécial 25ème anniversaire du label qui a été proposée sur la plupart des sorties et rééditions de l’année.

Kind – Rocket Science

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La notion de super-groupe tient dans l’hypothèse que l’accumulation de vaillants gaillards œuvrant dans de supers groupes chacun respectivement aurait pour résultat de créer une structure au-delà d’un groupe jugé « normal » mais un groupe hors norme que l’on pourrait qualifier de sur-super. Une théorie en soi aussi prometteuse que fumeuse, l’équivalent musical à un repas de fête où foie gras-huitre-buche-champagne s’uniraient dans une seule et même succulente recette. Quand bien même les ingrédients sont Elder, BlackPyramid/The Scimatar, Rozamov et Roadsaw, cela pourrait se traduire par une indigestion. Gages de qualité en soi, le pédigrée des protagonistes ne doit pas faire oublier l’essentiel : le son.

Sans grande pompe, ni tralala, Kind débarque en toute innocence comme la réunion de cOpaings qui à l’occasion jammaient sans y paraître et qui suivant leur bonhomme de chemin firent un petit live par ci, une petite démo par là et sortent maintenant leur premier album « Rocket Science » sans crier gare ! Un groupe, somme toute, normal avec des supers artistes en son sein.

L’aspect jam est ce qui ressort dès les premières écoutes. A l’image de jeunes loups dans leur garage faisant tourner du riff dans un esprit classic-rock. Recherche du plaisir dans la ritournelle plus que dans la structure. Puis la magie opère au-delà de l’addition de talent, la mayonnaise a pris. L’alchimie qui se dégage de ses quatre-là quand ils écrivent ensemble, les cimentent comme un groupe à part entière. Le développement naturel des morceaux à l’image d’un « German for Lucy » en ouverture renvoie directement à la sorcellerie kyussienne. L’usage maîtrisé des effets par Darryl Shepard à la six-cordes sert aussi bien de transition que d’orfèvrerie aux riffs déjà bien ciselés. Confortablement posé sur l’épais matelas de basse graisseuse offerte par Tom Corino, lui-même soutenu par le groove ostentatoire de Matthew Couto, l’unité instrumentale transpire l’hégémonie de leur savoir-faire. Fluidité des enchainements rivalisent avec débauche de bons plans.

De cette masse incantatoire à la gloire d’un rock certes doom mais classic par bien des atours, se dégage le chant de Craig Riggs. Son arrivée a scellé la création de la bande et son destin avec. Kind sera, au-delà du side-project, un groupe qui a de quoi s’inscrire sur le long terme. Le vocaliste démontre au fil des titres combien son grain de voix tantôt mordant, tantôt caressant, propulse les jadis jam-sessions chatoyer le génie de groupe établi comme référence du genre. Dans le direct « Fast Number One » comme dans le spacieux « Hordeolum », Kind fait figure de roublards flibustiers abordant le vaisseau amiral du stoner-doom pour en prendre les commandes et le laisser dériver au grès de licks psychédéliques, de pachydermiques assauts et autres aériennes mélopées. « Pastrami Blaster », « Rabbit Astronaut », « The Angry Undertaker » équivalant à des boulets de canons aux noms aussi originaux que leur efficacité est enchanteresse.

La classe de ces gentlemen-corsaires effleure l’extatique réussite d’une fusion de super-saiyans. Leurs pouvoirs bel et bien réunis dans un super-groupe. Pour le moment ça ne dure que les 51 minutes de ce Rocket Science mais présente l’avantage d’un simple replay pour se remettre une gouleyante dose d’ambroisie musicale.

Isaak – Sermonize

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Je ne sais pas exactement comment on dit « grosse paire de gonades conquérantes » en italien mais si le terme n’existe pas, « Isaak » pourrait être celui-ci. Avec « Sermonize » les transalpins balancent un skeud gros et gras comme un burger trois steaks, une galette luisante dont l’équivalent culinaire serait le kouign-amann breton.

La face A du nouvel album renvoie à une part intéressante de la ville de Gènes, berceau du quartet. Enclavée entre la montagne et la mer, la cité est parcourue de petites routes sinueuses, bordée d’édifices, d’immeubles, envahie de 2 roues, balafrée par la crise industrielle, reine de la culture et de la violence en 2004. Cette voix saturée introductive, dégueulée sur cette guitare nirvanesque, emprunte la même sensation d’étouffement que procure la capitale de la Ligurie. A l’écoute des premiers morceaux, j’ai la même impression angoissante qui m’écrase la poitrine que lors de ma venue dans le port italien. La faute à cette production massive, à ce savoir-riffer dévastateur. On ne respire pas lors de cette première phase. On en prend plein la gueule, on encaisse comme on peut. Ça rock et ça roll à la Lo-Pan. Ça délie velu sur « Fountainhead », ça n’oublie pas ses petits effets de voix 90s sur « Almonds and Glasses ». On pourrait glisser l’intercalaire Isaak entre ses contemporains Desert-Storm et Albatross Overdrive sans peine.

Retourner le vinyle, prendre la peine de respirer ou d’expirer son Yeah (Kyuss) et nous voilà sur la face B.

Que reste-t-il de nos poumons atrophiés après la première partie ? Les italiens vont-ils insuffler un poil plus d’oxygène sur le retour ? Et bien oui, pas immédiatement mais « Lesson N°1 » apporte un groove bien connu et permet de prendre le premier bateau, de quitter le port italien et de voguer vers la lointaine et désertique Amérique. La face B est moins ramassée en production et puissance, elle permet même de reprendre ses esprits. Jusqu’à ce point final étonnant, et, finalement, intéressante porte vers le futur des italiens. « Sermonize » le morceau-titre, est une ballade éthérée, presque acoustique, aux chœurs léchés, à l’intention touchante. La simplicité des arrangements et le dépouillement éclatent après les parpaings massifs précédents, et on se prend à rêver d’un album futur plus imprégné de ce genre d’ambiance.

Au final, le nouvel essai d’Isaak est une réussite, tant au niveau composition que production. Toutefois l’aspect linéaire de l’ensemble, la redite de certains riffs, cette volonté de foncer pied au plancher peut fatiguer. Les codes sont bien assimilés, la technique est juste, reste à ajouter ce petit plus personnel qui fera du prochain album des transalpins un riffing-class-album. Et ce petit plus tient peut-être dans ce titre final. A vous d’en juger. « Sermonize » est donc une belle et importante étape dans la discographie d’Isaak mais pas encore son chef-d’œuvre. Ah, et oui, la pochette, signée Richey Beckett, est l’une des plus belles de cette année. Rien que ça. Une belle étape donc.

Sunn O))) – Kannon

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Il y a quelque chose d’irrationnel et en tout cas de difficilement compréhensible dans la soudaine notoriété de Sunn O))), concentrée autour de la sortie de ce nouvel album. Travail de promo remarquable ? Probable. Tant mieux. Hype exagérée ? Possible. Musique devenue plus accessible ? Naaan, faut pas déconner ! Mais au final, pas grand-chose à redire : « irrationnel », le groupe l’a toujours été, difficile à cerner dans son parcours, son évolution. Ce n’est pas maintenant, avec un septième « vrai » album sous le bras, qu’ils vont revenir dans des sentiers battus qu’ils n’ont jamais jusqu’ici ne serait-ce qu’effleuré…

Après un Monoliths & Dimensions qui avait rassasié son monde (beaucoup de choses, beaucoup de musique, beaucoup de nouveauté, beaucoup d’arrangements…), et une paire de disques collaboratifs tout aussi barrés, on imaginait clairement la surenchère poindre le nez pour ce Kannon, avec fatalement le risque du « trop ». On attendait notre duo de gratteux au tournant. Et bien non, virage à 90° toute ! On fait comme si de rien n’était, on re-bifurque dans une voie de la synthèse, de l’essentiel, et donc de la quintessence pour SOMA et Anderson. Trois chansons (et donc trois riffs, les connaisseurs comprendront…), 33 minutes. Maigrichon, ce Kannon ? Un peu, oui, en première approche. Ce n’est qu’après une demi-douzaine d’écoutes que l’on commence à percevoir tout le poids de l’album, et qu’on voit poindre l’ensevelissement auditif, purement et simplement : tel un explorateur hardi, on s’engage d’abord dans la moiteur du marécage instrumental élaboré par nos vicieux maîtres d’orchestre, pour se retrouver petit à petit évoluer laborieusement dans une rivière de boue argileuse jusqu’à la ceinture, éloignant tant bien que mal les toiles d’araignée de plus en plus tenaces et les diverses lianes et végétations devenant rapidement étouffantes… C’est un peu ça, l’effet de Kannon dans le temps. Là où Monoliths… nous balançait et nous bousculait en tous sens, Kannon trace droit : durant les premières heures, on digère la torpeur des bases musicales de chaque morceau, les trois gros leitmotivs du disque, qui s’enchaînent et s’emboîtent à la perfection. Puis petit à petit des strates supplémentaires s‘offrent à nos tympans et synapses désormais préparés au festin atmosphérique : discrètes apparitions de claviers (mais fort bienvenues, en ambiance, en appui aux à-plats guitaristiques …), lacérations vocales ou chants incantatoires (du troisième larron, le désormais indétrônable Attila Csihar, parfait ici, dévoué au support musical – voir ses d’abord discrètes « gutturalités chevrotantes » qui viennent supporter la montée en puissance de « Kannon 1 »), sons et instruments divers…

Chaque segment développe sa propre identité, sans pour autant (c’est coutumier chez eux) proposer une émotion ciblée, ni une ambiance un peu « radio-guidée » : tout cela reste froid émotionnellement, mais jamais sensitivement. Après un « Kannon 2 » porté par les incantations mi-religieuses mi-shamaniques du sœur Csihar, « Kannon 3 » crée un peu la (relative) surprise, se révélant moins grave en tonalité, plus propre aussi en terme d’arrangements, même si les dissonances harmonisées (oui, on dirait un oxymoron…) des guitares viennent perturber l’ordre ambiant, tout comme les déchirements vocaux de Csihar qui percent ici ou là. Jamais tranquilles !

Quoi qu’il en soit, non, Kannon n’est probablement pas le meilleur album de la dense (et chaotique) discographie de Sunn O))). Il est dans le peloton de tête, à coup sûr. Mais ça ne signifie pas que tout le monde doit/peut se jeter dessus (cf introduction : est-ce qu’autant de gens écoutent vraiment Sunn O))) désormais ??), il faut savoir à quoi s’attendre : on est toujours dans cette frontière inclassable entre doom « moderne » et drone pur, baignés d’expérimentations instrumentales perchées, ensevelis de grattes vrombissantes hantées de feedback. C’est lent et âpre. Pour vous dire, l’album compte probablement 70 fois moins de mesures qu’un album de Clutch (au hasard) et l’ensemble des partitions de guitare tient certainement sur une feuille de papier toilette (recto-verso, pour être gentil). On exagère… un peu. A ne pas mettre entre toutes les mains. En revanche, si vous êtes familier de ce courant musical, disponible mentalement pendant plusieurs jours (c’est l’un des albums les plus immersifs du groupe), vous devriez goûter ce disque, qui récompense de l’effort. Exigeant, barré mais puissant.

Chron Goblin – Backwater

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Plus de doute ne peut désormais vous assaillir, Ripple Music fait assurément parti des labels incontournables de notre sphère musicale. Leurs récentes signatures attestent d’un appétit insatiable pour des valeurs sûres, des nouveaux prometteurs et des challengers sérieux à chemin entre ces deux catégories. Chron Goblin fait en tout point parti de cette dernière classe. Formé en 2009 le quatuor canadien balance déjà leur troisième album en date et Backwater enfonce un peu plus profond toutes les bonnes pensées que l’on avait eues pour eux au fond de notre crâne chevelu de stonehead accro aux décibels fuzzés.

Enregistré par Adam Pike (Red Fang), le son fait honneur aux prétentions du groupe avec un son nerveux mais rond qui souligne aussi bien le groove de la section rythmique que l’énergie punk des morceaux. Le tout survolé par la voix claire sur le fil de Josh Sandulak qui appuie cet aspect brut mais souple de Chron Goblin. Mélange improbable ? Que nenni ! La fusion des genres c’est leur crédo. Là où le stoner prend toutes ses sources, du doom au classic rock en passant par le hardcore qui aurait séjourné dans le désert (« Seattle »), on assiste un peu abasourdi au bain de jouvence d’un style qui tendrait bien vite sinon à se mordre la queue. N’hésitant pas à jouer de subtilités rythmiques sur des breaks anéantissant le pont précédemment traversé d’un riff velu, les canadiens font montre d’une richesse mélodique et surtout d’une efficacité à toute épreuve quelque soit les méandres de leurs compos (« Give Way »).

Jam improbable entre Nebula, Orange Goblin, Faith no More et Refused comme sur « Backwater », la surprise est à chaque tournure de riff. Sachant même avoir recours à une voix féminine sur le lancinant début de « The Wailing Sound », il est notoire que quand Calgary s’exporte à Portland pour enregistrer un album il emporte toutes les influences et paysages des scènes marquantes trouvées en chemin. Leçon administrée en 8 morceaux illustrés Chron Goblin ont sorti en toute simplicité leur « New Shape of Stoner to come… ». Ou comment élargir le cercle de vos amis sans toucher les bords. Lourde comparaison à porter mais les quatre Goblins offrent bien un renouveau tout en suivant le cahier des charges pourtant bien lourd du style : passage apaisé sur « End Time », riff entêtant de « Fuller », headbanging obligatoire sur « Hard Living », intro bluesy avec « The Return ». Chaque titre recèle d’une excellence dans les arrangements et d’une exigence à ne pas se laisser porter à en défriser un mouton permanenté.

Soyez bons avec vous-même, lancez ce Backwater chez vous et quand bien même vous n’adhéreriez pas à Chron Goblin du premier coup, réessayez et si malgré tous vos efforts vous ne rentrez toujours pas dedans, offrez-le à quelqu’un. Ces gars là méritent qu’on les reconnaisse.

My Home On Trees – How I Reached Home

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Heavy Psych Sounds est l’un des labels transalpins les plus dynamiques, partageant avec leurs collègues de Go Down Records cette double vocation de plateforme pour la diffusion de groupes internationaux, mais aussi de support pour bon nombre de groupes italiens à la notoriété balbutiante. My Home On Trees en fait partie. Le quatuor milanais a choisi Heavy Psych Sounds (à moins que ça ne soit l’inverse) pour sortir son premier album, ce How I Reached Home, après moins de trois ans d’activité.

Petit album par la taille, déjà, notons-le : 36 minutes pour 7 titres (6 en réalité, l’un étant un simple extrait du « War Of The Worlds » radiophonisé d’Orson Welles). Pour un premier album, c’est soit fichtrement couillu, soit suicidaire (soit naïf…). Pour nous en tout cas c’est un peu court. Musicalement, le groupe évolue dans un stoner rock qui ratisse assez large, un pied dans le desert rock californien, un pied dans le heavy doom old school grand-briton.

Le combo de formation instrumentale assez traditionnelle (guitare – basse – batterie) propose la spécificité de compter en ses rangs une chanteuse, Laura Mancini. Ni Jex Thoth ni Elin Larsson (pourtant des références mentionnées dans la bio du groupe…), Mancini fait le job ; sans être légendaire, son organe efficace apporte comme on l’imagine une touche d’originalité au combo.

Avant de nous laisser le loisir de trop réfléchir, My Home On Trees dégaine son atout maître d’entrée de jeu : la présence de Steve Moss (gratte et beuglements chez The Midnight Ghost Train) tout en gutturalité quasi growlesque, apporte la salvatrice couche de bitume encore fumant sur un « Winter » déjà bien rentre-dedans à la base. Casting réussi. On tape fort très vite ; va falloir assurer derrière pour tenir la baraque. Et c’est là que les fondations présumées paraissent peut-être un peu fragiles. La suite de la galette oscille entre le très bon et le moyen. Sur 6 titres en tout, il est dommage d’en trouver des dispensables ; or c’est bien le cas de titres comme « I Forgot Everything » ou « Don’t Panic », qui ne laisseront pas de trace dans la postérité. En revanche, d’autres comme le bouillonnant « Arrow » (malgré son insolente – indécente ? – collusion Kyussienne) propose deux tiers très intéressants, ainsi que le groovy mid-tempo « Resume » et ses volutes d’harmonica qui ne manque pas d’intérêt.

Bref, My Home On Trees est un groupe jeune. How I Reached Home est un album humble, honorable, mais qui ne lui permet pas d’exploser et de faire sa place dans un genre foisonnant. Avec seulement 6 titres aussi disparates, le quatuor est trop dans la démonstration de ce qu’ils savent faire, mais se disperse trop pour produire un disque massif, en tension. Toutefois, quelques fulgurances captées ici ou là piquent notre curiosité : débarrassé de ses embarrassantes références (les plans Kyuss sont un peu too much…), et focalisés sur un album plus dense, plus homogène, ce groupe peut faire mal, le potentiel est là.

Kayleth – Space Muffin

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Du haut de leur dix ans d’existence les Italiens de Kayleth (en provenance de Vérone pour être précis) nous reviennent avec leur cinquième album !

Toujours à fond dans le Stoner pur et dur, les compos font mouche à chaque coup.  Lorsque le groupe se prend à ralentir le tempo, les ambiances se font pesantes et groovy à souhait, voir le final de « Mountains » par exemple.

Depuis 2013, le groupe a accueilli un claviériste à qui ils laissent de plus en plus de place lors de passages instrumentaux qui fonctionnent à merveille (voir « NGC 2244 »), ce qui leur permet d’accentuer le coté space rock qu’ils revendiquent. En effet, depuis les deux derniers albums, ambiance spatiale et thématique planétaire sont au rendez vous.

On notera un plan de gratte en forme de clin d’oeil à Led Zep sur l’intro de « Secret Place » qui fait toujours plaisir .

Un album a écouter les pieds dans le sable, le soleil dans les yeux et le regard perdu dans l’immensité du ciel.

Sweat Lodge – Talismana

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Tradition indienne reprise aujourd’hui par certaines communautés « new age », la tente à sudation (Sweat Lodge) est, selon d’ancestrales croyances nord-américaines, le lien direct pour communiquer avec les esprits. Basé sur le principe de la sudation collective, teinté de spiritisme, ce tipi a tout de la métaphore du concert de rock et c’est probablement ce qui a décidé Lee Johnson, Caleb Dawson, Dustin Anderson, Austin Shockley (ce dernier étant descendant d’Amérindiens)  et Javier Gardea au moment de choisir Sweat Lodge pour nommer leur projet. Monté en 2011 au sein de la (encore) balbutiante mais florissante scène heavy rock/stoner texane, que l’on retrouve principalement à Austin, le groupe publie l’année suivante une démo qui aura – au moins localement – fait parler, au point d’éveiller l’appétit de Ripple Music, l’un des labels les plus excitants de la côte ouest américaine. Le résultat de cette collaboration, Talismana, postule tout simplement au titre d’album de l’année.

Il n’est en effet pas banal de tomber sur une production d’une telle qualité et d’une telle énergie, d’autant plus pour un premier effort. Derrière le logo de Sweat Lodge, talisman fait d’un crane et d’une lame ondulante, se cachent cinq jeune loups (désormais quatre), ressassant comme beaucoup les grands préceptes du rock 70’s, de Coven à Pentagram, mâtinant d’occultisme un rock d’un autre temps, fait d’interminables cavalcades de guitares harmonisées, le tout sublimé par la présence vocale de Cody Lee Johnson. Irrésistible de bout en bout, du tourbillon « Tramplifier » aux faux airs de ballade de « Banshee Call » en passant par les penchants doom de « Heavy Head » ou le phrasé génial du refrain de « Phoenixascent », Talismana est un condensé de ce que cette musique produit de meilleur, trouvant sa salvation à la croisée du heavy metal, du doom et du stoner.

C’est un premier album impeccable, maitrisé et passionnant que nous propose donc Sweat Lodge. Espérons désormais les voir rapidement de ce coté ci de l’atlantique.

 

Point Vinyle :

 Ripple Music fait les choses correctement : le disque vient avec un insert sur lequel sont imprimées les paroles ainsi qu’une download cart. Sobre et efficace.

Coté couleurs, le vinyle est disponible, outre en sa version classique, en gris « aigle » et en version « spirit warrior » (une sorte de blanc cassé avec un splatter pourpre), l’une et l’autre de ces versions ont été pressées à 100 exemplaires.

Rotor – Fünf

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Oyez Oyez les amis. Pour faire patienter les pervers lubriques qui trépignent d’impatience à l’idée de se délecter du futur et lascif Sechs, nos amis teutons de Rotor sont de retour avec un nouvel opus sobrement intitulé Fünf.

Ceux déjà familiers des hymnes que sont “An3R4″ ou “Drehmoment” ne seront pas foncièrement dépaysés par cette nouvelle offrande germanique. Rotor n’a en effet pas cassé le moule et les morceaux de ce Fünf possèdent cet aspect rugueux et froid qui caractérise si bien la musique de groupe depuis plus de quinze ans maintenant. Un titre comme “Scheusal” n’aurait d’ailleurs pas dépareillé sur un Drei ou un Vier par exemple et définit parfaitement à lui seul le « son » Rotor. Mais il n’y a pas que des “Scheusal” sur ce cinquième album studio.

Car si le moule n’a pas été cassé, il a quand même été un brin refondu pour donner un peu plus de chaleur à la musique de Rotor, et potentiellement rallier de nouvelles esgourdes à la cause berlinoise. “Rabensol” illustre parfaitement ce renouveau allemand : un riff tout en rondeur, aguicheur et sexy à souhait qui nous fait du gringue en tournant pendant sechs minuten, égratignant au passage l’image frigide que pouvaient parfois revêtir les morceaux du combo aux oreilles de certains. Même chose avec “Volllast” (et son intro aérienne ; quoi de plus normal avec trois ‘l’) ou encore “Weltall Erde Rotor” qui dévoilent tous deux une facette méconnue et une musique libidineuse à laquelle il est impossible et inutile de résister.

Tout au long du skeud, les berlinois s’amusent à alterner le Rotor « old school », parfois plus froid qu’un glaçon et plus sec qu’un saucisson, et le new-Rotor, chaud et humide tel le plus tropical des ouragans. Normal donc d’être surexcité à l’issu des huit titres de ce disque qui marque un virage pour le combo. Ce dernier lorgne désormais vers un stoner plus psyché qu’auparavant.

Tel un cupidon instrumental, Rotor a ajouté une nouvelle corde à son arc et est devenu très Sechs avant l’heure. Les allemands frappent donc un grand coup avec ce Fünf de haute volée qui rendra tout durs vos tétons. Sacrés teutons !

Desert Rider – Echoes of the big sand

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“Inspiré par « Dune » de Frank Herberts, dédié au fans de classic stoner et de science fiction.”

Voila ce qu’annonce la bio du groupe et qui pourrait très bien me servir de chronique entière si j’étais flemmard (ouais, je le suis, mais une fois de temps en temps on peut faire un effort non ?).

Franchement c’est exactement ça, du Stoner à l’ancienne joué avec le cœur par et pour des Stoneheads, avec en toile de fond l’imagerie SF qui va bien.

Enregistré en 2014 après s’être entraîné sur des démos et autres EP, le son d’Echoes of the big sand est un peu étouffé à la première écoute mais au fil de l’album ce défaut se fait oublier et les compos suffisamment bien ficelées nous font voyager bien loin de ce petit problème.

Je vous mets au défi de ne pas taper du pied au moins une fois par titre, chaque chanson comporte au minimum un riff qui déclenche un hochement de tête, un sourire ou un soubresaut dans la jambe.

L’album à tendance lente et groovy, donne envie de prendre son temps, de vivre chaque chose en suivant son propre rythme (comprendre : attendre que la bière rafraîchisse).

Même sur les morceaux dont le tempo est plus élevé, une impression de pesanteur s’installe et le groove vous tient.

Les passages instrumentaux sont particulièrement réussis et évocateurs, tentez donc le coup avec « The golden path » qui sert de final à l’album. C’est d’ailleurs rassurant pour l’avenir quand on sait que le groupe vient de changer de chanteur, heureusement que tout ne reposait pas sur les parties chantées …

Si on garde l’univers de Dune en tête on ne peut s’empêcher de voyager au coté de Muad’Dib lors de ses longues traversées du désert, à la recherche des Fremen.

Pensez donc à emmener une gourde lors de vos écoutes de ce disque (non, pas elle, une bouteille…).

Throneless – Throneless

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On s’ajuste tous à la vision qu’on nous impose de la vie, une vie dont seuls sont bénéficiaires ceux qui nous régissent. On nous apprend que la seule issue est de trimer sans dire mot, on gâche nos précieuses existences dans un job pourri, à mettre de l’argent de côté et acheter des amplis pour pouvoir au final nous exprimer et dire à quel point on hait tout ça

La musique prévaut parfois sur la parole et tient lieu de moyen d’expression lorsque les mots ne suffisent plus pour traduire assez fidèlement un ressenti. C’est à n’en pas douter la vision du combo suédois Throneless, auteur de la citation ci-dessus, qui a préféré piocher entre do et si qu’entre A et Z pour coucher ses émotions. Cette approche est en parfaite adéquation avec le style dans lequel évolue le groupe, le doom. Ce genre contient une telle puissance évocatrice qu’il est capable de poser une ambiance en quelques notes, là où la parole demanderait une quantité faramineuse de mots. Throneless a trouvé son syllabaire pour enfin se débarrasser de ses remontées biliaires inspirées par l’angoissante linéarité de nos existences. Dans une société de dominants et de dominés, le riff reste la seule arme contre l’ennemi invisible.

Basé à Malmö en Suède, le trio sort aujourd’hui son premier album éponyme chez Heavy Psych Sound Records, 4 titres pour une durée totale d’une quarantaine de minutes.
“Masters Of Nothing” ouvre l’album et pose d’emblée un riff hypnotique à l’épaisseur d’un steak nous garantissant un apport lipidique d’au moins un an. Tout sonne gras et lourd, de la guitare à la basse en passant par le moindre petit coup de cymbale. Au sein de cette tempête, les vocaux succincts et hachurés sonnent comme l’écho d’une lamentation lointaine, comme eux même terrifiés par un tel déferlement de puissance. “Cavedrones” et “Thinning The Herd” poursuivent quant à eux leur quête graalesque du riff le plus massif de la planète et osent quelques hausses de tempo qui auront définitivement raison de nos tympans et de nos cervicales. Si jusqu’ici tout est très efficace, l’originalité fait quelque peu défaut sur ces compositions qui manquent de surprise, et la douce léthargie dans laquelle nous plonge Throneless manque parfois de se transformer en somnolence.

“Reaching For The Dead”, dernier morceau de l’album, vient rompre avec bonheur cette légère monotonie en apportant à l’arc du groupe de nouvelles flèches. Pas d’inquiétude, les pointes de ces flèches sont émoussées, pour une ouverture tout en douceur avec une guitare acoustique aérienne qui fait décoller Throneless des enfers pour l’envoyer dans le ciel le temps d’un instant. Mais c’est finalement un épilogue aux accents death qui terminera cet album, laissant le mot de la fin à une caisse claire martelée frénétiquement. La raison du plus fort est toujours la meilleure…

Ces prises de risques de fin d’album nous prouvent que Throneless gagne à se mettre en danger et à sortir des sentiers déjà maintes fois foulés par d’autres groupes du même genre. Elles ne pourront qu’ajouter plus d’identité et de cachet à la musique du combo, qui bénéficie déjà d’un son monumental et d’une bonne palette de riffs sur ce premier album prometteur.

À déguster avec : un carpaccio de rat (pour le dressage, voir pochette d’album)

Saviours – Palace of Visions

saviours

S’ils étaient nés noirs, dans un project du côté de Compton, les quatre lascars de Saviours auraient clairement versé dans le gangsta rap. Austin Barber et sa bande sont blancs, connaissent les bas-fonds d’Oakland, Californie, comme leur poche et ont grandit au son des riffs acérées du Priest, de Maiden ou de Motörhead. A l’instar de Matt Pike et son High On Fire – autre référence évidente de Saviours – en bonne gloire locale établie à San José, le quatuor semble avoir passé sa jeunesse en regardant d’un air défiant le ronronnement psychédélique berçant San Francisco, de l’autre coté des deux énormes ponts (payants) séparant la cité où il fait bon vivre, de la moiteur musicale d’Oakland.

Cette situation aura permis au groupe d’engendrer trois disques aussi teigneux qu’indispensables : Into Abaddon (2008), Accelerated Living (2009) et Death’s Procession (2011) tous parus chez Kemado Records.

Après quelques changements de personnel (le poste de bassiste semble être ici le plus sensible), Saviours nous revient d’une absence anormalement longue avec Palace of Visions publié chez Listenable Records.

Dans la droite lignée de ce savoureux stoner metal américain, fait de riffs et de cavalcades empruntées à la NWOBHM et d’ambiances venues du hardcore (chant, breaks), quelque part entre High On Fire et le early The Sword, Saviours frappe fort, sous la ceinture et déroule 9 titres teigneux, fidèles à la marque de fabrique du gang. L’album fait la part belle au riffing pied au plancher et à l’avalanche de notes, proposant avec « The Mountain », « The Beast Remains » ou « The Devil’s Crown » ses meilleurs atouts, petites boules d’énergies, préparant en finalité  l’arrivée de deux titres plus travaillés, au tempi pesants et aux aspirations plus construites (il serait vulgaire ici d’utiliser le terme progressif) que sont « Palace of Visions » et « The Seeker ». Cette dernière, par ailleurs magnifiquement introduite par l’interlude « Cursed Night», conclut l’album en beauté, faisant étal de tout l’amour que Saviours porte pour les harmonies de guitares, rappelant les plus grandes paires de bretteurs que nous a offert le hard rock.

Dans la lignée des albums précédents, déversant tout azimut son fiel californien, entre réminiscences thrash hardcore et duels de guitares ancestraux, Saviours ajoute un quatrième succès à son petit palmarès personnel. A l’image de leur entière discographie, Palace of Visions ne s’impose pas comme l’un des albums les plus marquants de l’année, mais rappelle, à qui aurait eu tendance à l’oublier, qu’il n’ont pas leur pareil pour composer des titres taillés pour le live, entre heavy metal bas du front et cavalcades épiques.

 

Point Vinyle:

Listenable Records propose le dernier Saviours en black (400 exemplaires), en vert transparent (300) et en blanc (300 également). Leur magasin en ligne est bien sur l’endroit idéal pour tomber sur ces éditions.

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