Cult Of Occult – Five Degrees of Insanity

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Et au milieu coule une rivière. De sang, d’angoisses, de folie. Un torrent de boue plutôt, charriant une violence sans nom en son cours tumultueux. On vous prévient. Le nouveau Cult Of Occult ne verse ni dans l’empathie, ni dans la rédemption de quelques manières. Il est même déconseillé aux personnes souffrantes et fragiles. Car à l’écoute de leur nouveau méfait, on n’en ressort pas indemne. Five Degrees of Insanity est un album progressif, enfonçant titre après titre, un clou rouillé au plus profond de la chair, transfusant son sludge noir dans vos moindres veines.

Pourvoyeur de boucherie sonore, Deadlight Entertainment ne s’est, une fois de plus, pas trompé en signant le quatuor lyonnais. Les cinq degrés qui composent l’album ne forment qu’une seule entité et il est délicat de dégager un titre tant l’ensemble se tient. Alcoholic, Nihilistic, Misanthropic, Psychotic et Satanic forment un assemblage dégueulasse où les voix s’entrechoquent, où les murs de 6-cordes pleuvent, véritable orchestre de pendus, guidé par une section rythmique inflexible, froide d’intention et rageuse dans l’exécution. La production rend d’ailleurs hommage à la vision du combo, une écoute au casque suffira à vous convaincre du pouvoir de défloraison de la galette.

Progressif donc, car, outre l’hommage appuyé à King Crimson pour l’artwork, on retrouve dans la construction des titres cette envie d’y aller pas à pas. De laisser le temps à la poisse de coller. Même quand on croit le climax atteint, les lyonnais nous assaillent encore pendant de longues minutes. Éprouvant. Il faut une attention toute particulière pour apprécier l’exercice et l’on pourrait aisément décrocher. A noter aussi quelques effets de voix un peu légers par moment, écorchant un peu l’édifice. Rien de bien méchant cependant comparé au contenu de la galette.

Five Degrees of Insanity est une expérience pour qui ose s’y aventurer. Cult of Occult se bonifie au gré des sorties, alourdissant sans cesse son sludge, le teintant de black, aiguisant de plus en plus les contours. Une musique éprouvante à ne pas laisser entre toutes les oreilles, mais qui, une fois acceptée, vous explose de belle et violente manière.

The Vintage Caravan – Arrival

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En cette période où l’on se prépare à l’hiver, quoi de mieux que de se rafraichir les oreilles en s’écoutant le deuxième album du power-­trio islandais The Vintage Caravan ?! Trois ans après la sortie du prometteur album Voyage (2012) signé par le label Sena, ce très jeune et talentueux groupe qu’est The Vintage Caravan atteint enfin l’étape tant redoutée du difficile deuxième album. Signés cette fois-­ci par Nuclear Blast, et, rodés par d’innombrables dates à travers toute l’Europe en compagnie des plus grands (Truckfighters, Kadavar,…), les vingtenaires Óskar Logi (Chant-‐guitare), Guðjón Reynisson (Batterie) et Alex Örn (basse) ont tout à prouver avec ce second opus qu’est Arrival.

Le démarrage ne se fait pas attendre puisque The Vintage Caravan prend le risque d’ouvrir Arrival avec “Last Day of light”, un morceau très riche, peut-­être trop riche en influences musicales. Titre regorgeant de toute la culture musicale que les jeunes islandais ont pu s’accaparer, il n’en demeure pas moins qu’on s’y perd un peu entre univers 60’/70’ psychédélique et teneurs Heavy 80’, ne mettant pas forcément en valeur le power‐trio, malgré un final des plus remarquable.

Fort heureusement, la suite respire la grosse claque Stoner avec “Monolith” ou bien encore “Eclipsed” qui sont de véritables rouleaux compresseurs prouvant que The Vintage Caravan a nettement progressé en terme de son. Bien que “Babylon” convainc à demi‐mesure, la deuxième partie de l’album est la véritable pierre angulaire de Arrival avec un spectacle qui devient époustouflant. A travers “Shaken Beliefs”, “Crazy Horses” et “Sandwalker”, morceaux qui respirent les grosses influences à la Witchcraft, Horisont, Kadavar ou bien encore Yes, voire ZZ-­Top, on est face à trois compositions fortes de leur originalité et de leur fraicheur islandaise.

S’en suit une troisième et dernière partie d’album des plus planantes et psychédéliques. “Inneverse” prouve la maîtrise et une certaine maturité atteinte par ce jeune groupe devenu un peu plus grand. Enfin, “Carousel” et le très bon final “Winter Queen” confirment que The Vintage Caravan a atteint avec brio l’étape du deuxième album.

Arrival s’articule donc en trois étapes, avec une première, inégalement convaincante, prouvant que les jeunes islandais se cherchent encore un peu. Mais, conforté par un album qui monte en intensité et en qualité sonore, les deux dernières étapes renforcent un peu plus le fait que The Vintage Caravan a nettement progressé en terme de son, de technique, de groove tout en possédant une certaine originalité.

Funeral Horse – Divinity for the Wicked

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Il n’aura pas fallu beaucoup de temps à nos texans de Funeral Horse pour nous proposer un second album. S’il y a un an l’entrée en matière que représentait leur premier né Sinister Rites of the Master avait su taper juste dans les tympans, l’épreuve du deuxième opus s’avère encore et toujours un exercice difficile. Car le premier album n’est finalement qu’une mise en bouche que le suivant se doit de sublimer en une vraie entrée avant (espérons le) un festin de plats et entremets tous plus gouteux. Oui un deuxième album c’est ce que le groupe affirme et confirme. C’est après une genèse effectivement primordiale, la véritable naissance d’un groupe. Dès lors il est clair que c’est bien l’œuf qui est arrivé après la poule… ou vice versa… c’est que le télescopage des idées est courant à l’écoute de Divinity for the Wicked.

Fidèles à ce qu’ils laissaient entrevoir lors de leur première sortie, le trio d’Austin se rie de toute limite stylistique. Il se vautre dans la fange d’un doom-punkisant, rencontre bâtarde d’un blues-rock décomplexé «Ygael’s Wall » et d’un proto-metal lubrique « Gods of Savages ». 7 nouveaux titres qui ne font que rappeler les 7 précédents ? Ce serait bien sous estimer votre monture funéraire. Les premiers accords de « There Shall Be Vultures » vous emmèneront en terre connue avant que le majeur ne se dresse plus fièrement encore. Le groupe ne se refusant rien : des accords de clavier digne d’une BO de James Bond sur « Underneath All That Ever Was », à la cornemusienne fin d’album sans compter sur la celtique « A Bit Of Weed » (en effet…) et la brantbjorkesque « Cities of the Red Night ».

Dérision et outrecuidance sont les maîtres mots de Funeral Horse. Un rock désinvolte et impertinent, sûr de lui sans être pompeux parce qu’ils en ont franchement rien à carrer de la vision étriquée que l’on colle à un courant musical. Au-delà de la musique, c’est ce qu’elle dégage qui vous étourdit et vous possède. Il y a dû Harvey Milk dans ces petits gars (en référence au groupe, bien qu’ils soient militants à leur manière…). Ces messieurs ne sont pas des riffeurs, ni des arrangeurs fougueux, n’attendez pas de démonstration ou de révolution, Funeral Horse joue ce qu’ils aiment et ça se sent. Ainsi cette seconde offrande sonne plus abouti, plus approfondi dans ces choix. Toujours marqué par ce son brut et ce chant scandé au cœur du confort ouateux offert par la rythmique qui donne de l’élan à des superpositions de soli décomplexés.

Qu’est-ce qui rend Divinity for the Wicked meilleur? Tout… et rien. A l’image du paradoxe de l’œuf ou la poule, vous ne saurez pas si vous préférez les passages « classiques » avant les incursions hors champs, ou si cette forme de rock n’était pas là avant toutes les autres diversions. Le résultat est pourtant bien là : électrisant !

Acid Western – Rampage

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Nouveau venu Parisien (enfin pas vraiment nouveau mais pour ma part je ne les découvre que maintenant …) fan de QOTSA et de toute la clique, Acid Western ne cache pas ses influences et ne boude pas son plaisir à jouer du Stoner simple et direct.

Simple et direct, c’est d’ailleurs ce qui définit le mieux cet EP (le 2ème d’ailleurs) : mélodique, rapide ou groovy mais toujours efficace. Pas dénué d’humour (pont sur « Rampage ») et paré de refrains accrocheurs, les compos semblent taillées pour le live ou le groupe doit prendre son pied façon rock n’ roll ou en tant que trio il y a toujours moyen de s’éclater !

Le son est à l’image des chansons de ce trois titres, très classique mais pro et bien choisi.

Une très bonne carte de visite en quelques sorte.

 

Monster Magnet – Cobras and Fire (The Mastermind Redux)

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Milking the Stars, la ré-interprétation du très bon Last Patrol, avait laissé tout le monde un peu circonspect… pour plusieurs raisons : d’abord, le principe même de proposer, quelques mois après sa sortie, une nouvelle version d’un album qui recueillait pourtant tous les suffrages publics et critiques, paraissait une démarche sinon suicidaire, tout du moins saugrenue. Ensuite, le monde s’est divisé en deux catégories : ceux qui ont trouvé l’exercice un peu trop barré, exercice de style un peu stérile et inconsistant (votre serviteur), et ceux qui ont adoré, voire même préféré cette version à l’original. Il n’empêche que la démarche avait déstabilisé. Et du coup, plutôt que de repartir en studio proposer un fillot à l’excellent Last Patrol, que nous propose Monster Magnet aujourd’hui ? Encore un remake, celui de Mastermind cette fois ! Nos ricains ont de la suite dans les idées ! Enfin, papa Wyndorf surtout, le véritable artisan derrière l’objet, bien aidé dans son entreprise de reconstruction par tonton Caivano, son bras droit.

L’album de base, Mastermind, donc, est un bon album du groupe, tout en étant probablement l’un de ceux qui réservent le moins « d’aspérités » : album de retour en forme à l’époque, mais pas album de prise de risque. En tant que tel, un bon matériau de base, potentiellement. On clique donc sur « play » (modernité, l’an 2000, technologie, âge digital, toussa toussa… les temps changent), prêts à entendre toutes les expérimentations possibles et imaginables (et, avouons-le, préparés mentalement à voir quelques excellents titres ruinés par les lubies d’un Dave Wyndorf parfois, reconnaissons-le, un peu nombrilo-centré). Et puis les titres défilent… sans difficultés ! Traduction : sans nappes de Bontempi ridicules (bon OK, « Watch me Fade » est limite), sans fulgurances vocales exagérées, bref, rien qui détonne… Agréable surprise, qui se confirme après de nombreuses écoutes : contrairement à Milking The Stars, Cobras and Fire est homogène, fluide et consistant. Si l’on devait le résumer, on pourrait penser à une réinterprétation un peu plus planante de Mastermind : on limite un peu les montées en pression, on apaise un peu les riffs, on « désature » un peu les grattes, on atténue un peu l’importance des soli, on blinde l’ensemble de nappes de claviers solides (et néanmoins très présentes, reconnaissons-le) et on gorge le tout du space-rock dont Monster Magnet s’est fait la spécialité. Le fan un peu puriste versera forcément sa petite larmichette en déplorant le manque de fuzz et de saturation (il y en a quand même, rassurez-vous, ainsi que des soli).

On peut même dire que certains titres, sans être meilleurs, se retrouvent ragaillardis ou révélés par l’opération : l’orientalisation de « Mastermind » est un parti-pris réussi ; « Hallucination bomb », complètement aseptisé et nettoyé, n’est plus le titre de remplissage qu’était la version originale ; « Gods and Punks », plus ramassé et apaisé, gagne en densité même si sa progression dynamique y perd un peu… On a même droit à une reprise d’un titre des Temptations (« Ball Of Confusion ») qui nous donnera l’occasion de découvrir une part plus obscure (à plusieurs titres) du répertoire de ces grands soulmen (!!).

On pourrait s’engager dans un track-by-track un peu stérile, mais le point n’est pas là. On n’est pas dans un objectif d’amélioration des morceaux, mais bien une nouvelle vision qui, cette fois-ci, apparaît plus cohérente, plus réfléchie aussi. Un vrai album ? Peut-être bien que oui… Les grincheux relèveront évidemment qu’il s’agit plus d’une « Wyndorfisation » plutôt que d’une vraie nouvelle vision proposée par le groupe (le bonhomme croone toujours aussi allègrement dès que l’occasion lui en est donnée…), mais l’adjonction de nouvelles pistes de grattes, pas forcément aussi chétives qu’on l’aurait pensée, rendra l’ingestion de ce Cobras and Fire bien plus confortable pour tout amateur du groupe de space rockers du New Jersey. Une agréable surprise.

Burning Full Throttle – Traveler

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Burning Full Throttle est le nom d’un groupe hongrois, très certainement visionnaire (ou alors possédant une boule de cristal). Après un premier album autoproduit et intitulé No Man’s Land, les petits gars de Budapest reviennent avec un deuxième effort, le bien nommé Traveler en cette période migratoire.

Et tandis que les forces de police hongroise tirent à vue sur tout ce qui bouge à leur frontière, Burning Full Throttle prend un chemin similaire et s’en va, à la frontière du désert californien et du riff forgé à l’acier Valyrien, pour tirer sur tout ce qui bouge. Et pas question de faire de quartier. « Harder, Faster, Stoner » montre la voie empruntée par ce Traveler : vous suivez, battant la cadence tout en vous dénuquant, ou vous restez sagement assis au bord de la route.

Au long des huit titres de la galette, les hongrois déroulent donc un stoner certes déjà entendu, mais un stoner de qualité, parsemé de riffs quasi-Seayesques. Les « Big Boobs and Booze » ou autre « River of Tears » combleront les amateurs de gras, de poils, de grosses cylindrées et autres cacti.

 

Graveyard – Innocence & Decadence

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Haaaaaa, la fin des années 1960 et ce début des années 1970 ; cette odeur de liberté, de revendications, de révolutions et d’espoir. Cette Amérique inspiratrice du psychédélisme et d’un rock toujours plus prenant et imaginatif. C’est toujours un peu ce qu’on ressent quand on décide de se plonger dans l’univers de Graveyard ; un énorme retour en arrière d’une époque que peu peuvent se targuer d’avoir vécue. Car Graveyard a toujours eu cette force qui est d’incarner et d’honorer l’histoire du rock à travers un son, un style, une ambiance et des compositions au poil. Pas étonnant quand on est un groupe natif de l’Eldorado du Stoner/rock du début du XXIème siècle, c’est-à-dire la Suède. Car en effet, il est impossible de ne pas reconnaître aujourd’hui que les plus grosses formations Stoner proviennent globalement des pays nordistes. Graveyard ne déroge pas à la règle en maîtrisant parfaitement leurs diverses influences musicales. Et que le temps passe vite, puisque le groupe nous offre déjà un quatrième album, jouant de l’antithèse, et, intitulé Innocence & Decadence. Ambiance clairement vintage avec une prédominance de psychédélisme, de blues et de krautrock, le tout baigné dans la sauce Stoner, voilà comment on peut ressentir Innocence & Decadence.

Sans pour autant prendre un virage à 90°, Innocence & Decadence s’insère parfaitement dans la continuité musicale et artistique de ses prédécesseurs Lights Out (2012) et du formidable et quasi­‐parfait Hisingen Blues (2011). Graveyard c’est un peu comme remonter dans le temps avec classe en se disant qu’on sera plus à l’aise à l’aide d’une bonne platine vinyle, car Innocence & Decadence a été prévu pour. Cet énorme travail du son est l’élément principal et la grande force des Suédois que l’on doit surtout à Johan Lindstörm, producteur entre autre de Tonbruket, et à Janne Hanson ayant déjà travaillé avec ABBA, the Hives ou bien encore Opeth. Enregistré dans l’Atlantis Studio à Stockholm (Suède), Innocence & Decadence impose ainsi un grand respect en terme de production pour ce qui est du son et de l’ambiance années 1960-­‐1970. De plus, quand on sait que Graveyard s’est prêté à l’éprouvant mais authentique exercice d’enregistrer tous ensemble en même temps, on ne peut que saluer cette belle performance artistique.

Côté Line up, c’est le grand retour de Truls Mörck (guitariste/chanteur d’origine) à la basse, que l’on peut entendre chanter sur “From a Hole in the Wall”, remplaçant ainsi Rikard Edlund. Joakim Nilsson, chanteur principal et guitariste, nous impressionne un peu plus de sa voix de caméléon ; tantôt charmeur, tantôt passionné, tantôt brutal, il est sans aucun doute la pièce maîtresse de Graveyard. Sans oublier le guitariste Jonatan Larocca-Ramm, qui sait donner de sa voix avec “Far Too Close”, et de la grosse prestance rythmique d’Axel Sjörberg.

Du coup, que peut-­on retrouver dans Innocence & Decadence ? Ce qui est frappant, c’est que dès la première écoute, on est déjà conquis par l’énergie globale des onze morceaux qui s’enchainent plutôt bien. En effet, les morceaux efficaces sont au rendez-vous avec notamment “Apple and the Tree”, premier single de l’opus, qui promet une belle expérience groovy et rappelant étrangement une certaine chanson du nom de “Sultans of Swing” de Dire Straits. “Never Theirs to Sell” saura raviver la même teneur musicale que “Apple and the Tree”. “Can’t Walk Out” ou bien encore “Too much is not Enough” forment quant à elles la grosse massue Stoner-­psyché quasi-­mystique de l’album. Mais Innocence & Decadence révèle encore deux autres phases ; une plus classique avec les morceaux “Magnetic Shunk”, “Cause & Defect” ou bien encore “From a Hole in the Wall”. Ce sont en effet les chansons qui se destinent plus à un moment cool mais avec un charme trop classique qu’on trouvera “sympa” ou “pas mal”. La dernière phase donne une certaine force supplémentaire à Graveyard ; celle de maîtriser les balades. A travers la ravissante “Too much is not Enough”, la peut-être trop précoce mais sympathique “Exit 97” et surtout avec ce très gros coup de coeur qu’est “Stay for a song” ; un final des plus magnifiques pour un album de grande classe.

Vous l’aurez compris, Innocence & Decadence est donc un formidable moment auditif qui se dessine à travers une ambiance tournée vers le vintage et le bon gros son sixties-­seventies. Un quatuor de qualité suédoise qui saura vous faire ravir d’un album à quatre niveaux ; du très cool, de la balade, du son bien groovy et la force du Stoner par excellence.

Clutch – Psychic Warfare

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Il y a deux ans à peine, le quatuor du Maryland sortait Earth Rocker, un disque impeccable, inattaquable, un produit d’une efficacité redoutable, qui (objectivement) ne prêtait le flanc à aucune critique. Le groupe se recentrait alors autour de ce qui fait sa force (sur scène notamment) : il élèvait subtilement la moyenne de ses bpm, densifiait sa base rythmique, montait la gratte dans le mix, et poussait son vocaliste dans ses retranchements. En éliminant toutes les aspérités, l’album déployait une énergie inédite dans la discographie pourtant haute en couleurs du combo, et surtout, une transposition live d’un naturel remarquable, avec des titres ne nécessitant même pas d’adaptation pour prouver leur efficacité sur scène (on retrouvait d’ailleurs régulièrement l’intégralité de l’album repris dans les set lists du groupe, phénomène inédit dans leur carrière). Fort de ce retour d’expérience, le groupe ne va pas tergiverser longtemps au moment de s’atteler à sa nouvelle production : carton commercial (toutes proportions gardées dans un marché du disque sclérosé), critiques dithyrambiques, salles de concerts combles, et des musiciens qui louent à tours de bras ce souhait de « simplification » de leurs compositions… L’équation est toute simple. Il suffit donc de rééditer l’exploit, sans trop changer. Et si les choses n’étaient pas si simples ?

En dévoilant, plusieurs semaines avant sa sortie, le tonitruant « X-Ray Visions », Clutch veut rassurer son public accro à Earth Rocker : ce titre reprend à sa sauce tout ce qui a fait le succès de l’album (rythme effréné, riff imparable, refrain propice à être repris à gorge déployée en live…). Pas de surprise. En enchaînant avec « Firebirds », on n’est toujours pas dépaysé – même si l’on ne peut qu’être abasourdi par le talent des bonhommes à pondre des titres aussi efficaces : encore un petit coup sur l’accélérateur, rien à jeter, quelques gimmicks de prod impeccables, et toujours un monsieur Sult bluffant  derrière sa six-cordes. Un peu plus loin, on pousse encore la section rythmique dans ses retranchements avec un « Sucker for the witch » endiablé, permettant à Dan Maines de rappeler quel robuste bassiste il est. Ce petit parfum vaguement sudiste, alimentant le groove d’une basse ronflante, commence à nous titiller, toutefois. Cet indice discret est validé par la suite : même s’il n’opère pas un retour arrière fondamental, le groupe charge ses riffs d’un regain de ce southern groove qui fut sa marque de fabrique sur – en gros – à peu près toute sa production du début du siècle. On en retrouve la trace plus ou moins marquée dans l’ensemble des titres de la galette (le lick de guitare et le break de « Your love is incarceration”, la gratte blues du bien nommé « A quick death in Texas », le solo du pourtant bien franc du collier « Behold the Colossus », et bien évidemment ce « Son of Virginia » suintant le deep South tout du long de ses presque huit minutes). Alors certes, non, ce n’est ni « Beale Street » ni « Strange cousins », mais ça fait plaisir à entendre. Plus globalement, l’ensemble est aussi massif que Earth Rocker pouvait l’être, et aucun titre ne vient pénaliser un ensemble encore une fois cohérent et efficace (allez, une petite réserve pour un « Our lady of Electric Light » assez prévisible, exécuté un peu en pilotage automatique).

A l’heure du bilan, sans ambigüité, le constat est bon, voire très bon. Ce Psychic Warfare, en reprenant très précisément là où Earth Rocker s’est arrêté, capitalise sur les points forts de ce dernier, et en rajoute une couche. A ce titre, l’album ne fera pas changer d’avis ceux qui voient désormais Clutch comme un groupe trop mainstream, trop prévisible. Ceux-là pourront toutefois garder espoir en l’avenir en notant les efforts déployés pour se rapprocher de leurs racines musicales, mais aussi les trésors d’inventivité déployés une nouvelle fois par un Tim Sult qui ne manque pas une occasion de sortir des sentiers battus (bien aidé en cela par des collègues de plus en plus impressionnants en rythmique). Quoi qu’il en soit, Clutch alimente encore copieusement son catalogue déjà bien fourni de projectiles live à haute vélocité, qui viendront très vite montrer leurs effets sur scène, leur vrai terrain de jeu.

Arrakis – Ammu Dia

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Si on en croit Frank Herbert et son célèbre roman, Arrakis est une planète qui n’a pour décor que le sable, la roche, quelques nomades du désert et des géants vers (qui n’ont aucun lien avec le maïs en conserve, et font bien plus flipper). Mais en Grèce, c’est également le nom du groupe de Panagiotis, Iraklis et Evaggelos, respectivement guitariste, bassiste et batteur, qui viennent de sortir leur premier album intitulé « Ammu Dia ». Et sans surprise, le soleil y darde implacablement ses rayons au fil des 7 titres.

Formé il y a trois ans à Thessalonique, le trio a déjà sorti deux démos en 2012 et 2013, et un EP en 2014 appelé « Sanatorium ». Pour faire honneur au genre du jam band psychédélique, les deux premières démos ont été enregistrées en prise live et en total improvisation. Si ce n’est peut être pas le cas de cet « Ammu Dia », on a malgré tout la nette impression d’assister à un concert du groupe, et ce à cause d’une production parfois brouillonne et très DIY. « Ammu Dia » semble avoir été enregistré d’une traite et avec l’aide de quelques psychotropes hallucinogènes. Dans un délire psychédélique purement instrumental où l’on croise les fantômes de Karma to Burn et Colour Haze, on alterne entre gros riffs qui tâchent et envolées hallucinatoires rappelant un Earthless, certes un peu moins virtuose. Le son est un poil crasseux, mais tout juste ce qu’il faut pour ne pas déplaire. La basse bien présente est très groovy et s’occupe de toujours maintenir rigoureusement le cap lorsque la guitare en pleine hallucination tente de se faire la malle vers le ciel. Les solis sont donc toujours bien mesurés sans être jamais agaçants.

Les tonalités prédominantes sont parfaitement illustrées par l’artwork de l’album : des couleurs chaudes, voilà bien ce que préfère nos trois grecs, et notre oreille caressée par la lumière l’entend bien. Le début de « Oppose » en est un parfait exemple : une intro aux sonorités lentes et lourdes se voit rapidement accélérée et dézinguée pour finir dans une envoutante jam au son chaud comme la braise. Le groupe nous figure ici qu’il n’a pas sa place dans le noir mais bien sous le soleil exactement. À l’exception faite de « Noema », petite zone d’ombre de l’album où l’on trouve des sonorités plus maussades et mélancoliques. Mais un peu d’ombre sous un tel cagnard, ça fait toujours du bien… Surtout avant l’écoute du massif et écrasant « Diplomacy ? » qui clôt avec grandeur l’album et transforme notre teint halé en un gros coup de soleil bien rouge et douloureux.

Au delà de la simplicité apparente de la formule d’Arrakis, ce qui prime ici c’est la spontanéité de leur musique. L’album est ainsi très vivant et jamais ennuyant, une tâche peu aisée lorsque l’on est seulement trois et qu’aucun ne chante. Un coup de pied dans la morosité automnale et une bonne dose de soleil, cet album est finalement le traitement idéal pour toutes les personnes souffrant de carence en vitamine D.

À déguster avec : une salade de tomate (simple, frais et estival)

SardoniS – III

 

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A nouveau frappée de l’écusson présentant deux volatiles, la nouvelle pièce des deux flamands s’intitule simplement « III » et elle suit donc logiquement l’opus qui l’a précédé : « II » (les similarités avec le dirigeable s’arrêtent là). Les inconditionnels de sensations fortes – pas les lopettes qui se font du billard de poche en lisant les cinquante nuances de ni noir ni blanc – ne seront pas égarés par l’orientation artistique des Belges. Ces mêmes quidams – amateurs éclairés de gros mouvements de nuque et de tapage du pied au sol – en auront largement pour leur pognon en se jetant sur la suite cohérente de cette bonne histoire belge.

En cinq pièces de belle facture, le sombre binôme achève son auditeur à coups de boutoirs et la digestion consécutive à l’écoute attentive de cette galette ne s’avère pas des plus aisées même si on aime bien les exercices carrément bourrins par ici. La formule reconduite par les deux complices demeure peu accessible pour le quidam ordinaire : guitare saturée accordée très bas et batterie métronomique ralentie. Pas d’adjonction superflue de légèretés vocales voire synthétiques : cette prod c’est sang pour sang gras point barre !

C’est donc une plaque qui va faire fureur auprès d’un périmètre restreint d’amateurs de grosses branlées et comme ce périmètre a tendance à s’agrandir : le groupe devrait convertir de nouveaux adeptes avec cette sortie qui fait parler la poudre. Ceci d’autant plus que là où certains se bornent à envoyer du gros doom pour lourdingues, le duo place quelques plans stoner plutôt bien sentis. Si « Roaming The Valley » est le prototype même du titre doom efficace à ces débuts, cette plage centrale – la troisième sur cinq – s’aventure en terres plus stoner en accélérant deux minutes après le début des hostilités pour délivrer un plan trépident imparable qui met en avant un riff sur lequel ne cracheraient pas certaines formations actives du côté accessible au grand public de la force stoner.

Mon côté fleur bleue – ben ouais – a été aux anges à l’écoute de « Battering Ram », un brulot de six minutes envoyé pied au plancher. Ce titre d’une rare efficacité ralenti tout de même après quelques minutes – faut pas rêver non plus ! – en conservant son emprise sur l’auditeur en s’appuyant sur un jeu de batterie brillamment mis en avant par la production (merci pour les toms). Cette expérience – très éloignée de la musique de superette – s’achève à l’instar de « II » sur un titre long et presque introspectif : « Forward To The Abyss » qui rappellera « Aftermath Of Battles » (la dernière plage de « II » pour ceux qui me suivent encore) aux fans affutés de ce genre.

Au final, c’est quarante minutes de gros son particulièrement bien foutu concoctées par Jelle et Roel qui feront le bonheur des amateurs de plans sombres, heavy et pugnaces ne se trainant pas trop quand-même.

Point Vinyle :

En plus de la petite rondelle argentée et du téléchargement un peu partout, cette pièce est proposée en heavy – what else ? –  vinyle noir de qualité qui envoie du bois.

The Sword – High Country

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Après leurs deux premiers brûlots (Age of Winters et Gods Of The Earth), un détour par l’espace (Warp Riders) et des aventures ensorcelées (Apocryphon), revoilà les texans de The Sword pour le cinquième épisode de leur saga : High Country. Et il y a beaucoup à dire de cet album, car après la claque unanime envoyée par Apocryphon, The Sword prend tout le monde à contre-pied en accouchant de ce nouvel album.

Dès l’instrumental introductif, un “Unicorn Farm” au groove emprunté à certaines dernières productions de Mark Lanegan, le ton est donné : High Country n’est pas Apocryphon. Considérés comme une des références dans la sphère stoner, les texans ont préféré s’affranchir de ce fardeau et voler vers les contrées de l’exploration et de l’expérimentation. Pourtant, l’essentiel de ce qui a forgé le son The Sword est présent : le timbre plaisant de J.D. Cronise ou les envolées guitaristiques et inspirées de Kyle Shutt. Mais cet essentiel est ici agrémenté de petits quelques choses en plus, comme sur l’introduction à l’ambiance asiatique de “High Country”. Contrairement aux précédentes offrandes, les morceaux sont moins directs mais minaudent subtilement pour nous attirer dans leurs filets.

“The Bees of Spring” par exemple, vous susurre à l’oreille tel un titre tout droit sorti des années 60 avant de vous matraquer en règle comme The Sword sait si bien le faire. Même constat pour “Mist & Shadow”. L’instrumental “Suffer no fools”, en revanche, ne s’embarrasse pas de tels atours et aurait facilement pu se voir affubler d’un simple nombre en guise de titre. “Silver Petals”, autre instrumental, lorgne quant à lui du côté des troubadours et des 60s, et sert magistralement de tremplin au riff d’entame de “Ghost Eye” qui émerge alors de toute sa splendeur, tel l’iceberg qui a coulé le Titanic, au milieu de cet océan de calme. Quant à “Seriously Mysterious” (à mon sens le meilleur morceau de la galette), il est traversé de part en part par un beat synthé/batterie aux relents hip-hop qui titille irrésistiblement l’oreille, avant que Cronise vous harponne définitivement avec ce premier couplet “Beware those gypsy witches / They are not what they seem”.

Ce High Country frustrera grand nombre de fans de The Sword, c’est certain. L’album mérite pourtant une chance et plusieurs écoutes pour en apprécier toute la richesse. A bien des égards (démarche, variété, qualité) l’esprit qui accompagne ce cinquième album peut être comparé sans rougir à celui du Angel Dust de Faith No More, un autre album qui a en son temps déstabilisé beaucoup de monde. Une belle réussite pour une prise de risque maximale.

DoctoR DooM – This Seed We Have Sown

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DoctoR DooM comme son nom ne l’indique pas forcément ne fait pas dans le riff pachydermique à répétition dronisante ou encore le blues crasseux épaissi aux psychotropes. Non. DoctoR DooM vous fait entrevoir la fatalité comme l’accomplissement d’un juste équilibre par les forces vitales de notre monde, j’ai dénommé les quatre fantastiques: guitare, basse, batterie, chant. Si les premières minutes de « The Sun » pourraient vous induire en erreur quand à la signification du nom du groupe par sa ligne de basse lourde de trépas, c’est bien du côté du célèbre Némésis des comics qu’il faut chercher l’inspiration. Surtout dans son année de naissance : 1962.

Pourtant actif depuis 2011, le quatuor français (cocorico) semble tout droit venu d’un autre temps. Plus précisément il paraît avoir traversé les âges d’or du rock pour nous présenter aujourd’hui This Seed We Have Sown , leur premier album en date après une doumO déjà prometteuse à l’époque (chroniquée dans nos pages). Si l’inspiration trouve sa source aux confluents de Deep Purple, Black Sabbath et Coven, elle s’abreuve également des résurgences plus actuelles de cette scène (Graveyard, Witchcraft, etc.). Le résultat est  impressionnant de maîtrise. Car nos ariègeois se démarquent de la tête et même des épaules par une musicalité à faire pâlir la torche humaine. L’incandescence des arrangements poussant les morceaux à la plus pure des flammes. Celle qui vous consume et vous possède, celle d’un rock en état de grâce.

L’apport de claviers met en relief les riffs qui à défaut de transpirer l’originalité marquent par leur limpide efficacité. Les grattes presque cristallines mais troublées comme il faut se démarque d’un mix équilibré faisant aussi la part belle à cette ronde basse, tantôt graveleuse, tantôt rocailleuse mais toujours généreuse. Se croisant, se juxtaposant, s’opposant et se jouant les uns des autres, les cordes mis en branle tendent à nous emmener vers des contrées progressives sans friser la démonstration gratuite. La section rythmique ne se contentant pas de couvrir les arrières de nos supers héros. Tout le monde joue de la même importance, la richesse du jeu de batterie s’élevant aux niveaux des licks mutins jazzy/bluesy/rocky que balancent à tour de bras les guitares ET la basse.

Etrange sentiment de sérénité qu’offre un groupe qui s’appelle DoctoR DooM. Jamais menacé par la lassitude, This Seed We Have Sown est un album soigné, où la voix justement posée fait échos aux passages plus jammés, où le groove rebondit sur des refrains accrocheurs, où les solos tout en fluidité ruissellent sur des breaks inspirés. La minute instrumentale qui clôt le disque nous indique que l’œuvre est « To Be Continued… », nous n’attendons que ça. Venez écouter le docteur, non vraiment n’ayez pas peur, contrairement aux antibiotiques ce devrait être automatique de se prescrire une si bonne dose de rock. Définissez le comme bon vous semble, 70’s, psychédélique, stoner, classic, progressif, il n’en est pas moins essentiel à notre bien-être.

Pentagram – Curious Volume

Pentagram Curious Volume cover

Nul besoin de refaire ici l’histoire : des débuts à l’oubli jusqu’à sa résurrection, Pentagram aura tout vécu. Véritable phœnix revenu d’entre les cendres que Bobby Liebling n’aura pas eu le temps de fumer, le quatuor américain fait depuis tout son possible pour regagner sur Black Sabbath un peu du terrain perdu, publiant tout et parfois n’importe quoi. Des compilations aux lives en passant par les différentes incarnations de groupes satellites (Death Row, Bedemon, Bobby Liebling’s Ram Family), les sorties en rapport avec la légende de Washingtown D.C. sont nombreuses, sur des labels aussi divers qu’improbables (Black Widow Records, Svart, Metal Blade, Relapse, Doom Capital et Peaceville donc). Last Rites, sorti en avril 2011 signait le retour à la composition de Liebling et sa bande mais pêchait par une production trop métallique. Il faut dire que la situation particulière de Pentagram, finalement nouveau sur la scène mais disposant d’une discographie longue comme le bras, a de quoi saturer de musique l’auditeur qui aurait décidé de se pencher sur la musique du groupe.

De tournée en festival, le quatuor s’affiche partout  (« En 55 ans je n’avais visité que quatre états. Ces trois dernières années j’en ai traversé 46 et me suis rendu dans 33 autre pays ! » disait Liebling lors d’une interview pour Tracks) et il ne restait plus qu’à cette mouture moderne de Pentagram (Victor Griffin à la guitare et les plus jeunes Greg Turley et Pete Campbell pour la section rythmique, deux recrues made in Place of Skulls) de s’imposer par la réalisation d’un disque solide.

Curious Volume a tous les pourtours d’un album mésestimé : à première vue, ce dernier semble n’être qu’un patchwork de titres ressortis des tiroirs (« Earth Flight », « Lay Done And Die » et « Sufferin » ont été composés dans les années soixante dix, tandis que le punkoïde « Misunderstood » vient de la décennie suivante et « Because We Made It » des 90’s) agrémenté des dernières fulgurances studio d’un groupe décidé à ne plus perdre de temps. Le résultat pourtant donne une toute autre impression : en effet le Pentagram nouveau ne manque pas de cohésion. Convoquant les racines heavy doom du combo (Le ligne vocale de « Walk Alone », les ambiances de « Because I Made It ») toujours porté par le grain de guitare magique de Griffin et la voix si particulière de Liebling, Curious Volume ose même quelques effets plus modernes, comme le chant de Liebling sur « The Devils Playground » rappelant Neil Fallon ou les chœurs angéliques à la fin d’« Earth Flight ». Même si le disque paraît rêche au premier abord, il se révèle riche et plein de vie, rappelant un peu les standards du doom 80’s, Saint Vitus en tête. Par ailleurs, et c’est là l’essentiel, de nombreux titres majeurs, tels que « Lay Down And Die », « Misunderstood » ou la génialissime « Because I Made It » s’incorporeront à merveille aux sets du groupe lors des futures tournées.

Il paraît peu probable que Curious Volume vienne titiller le sacro saint triptyque Relentless/Day Of Reckoning/Be Forewarned dans le cœur des fans, mais reconnaissons tout de même qu’il s’agit là de ce que le combo a produit de meilleur depuis 1994. Une autre vie, une autre époque.

 

Point Vinyle :

Peaceville Records, label bien plus metal que stoner ou doom est adepte de la sobriété en matière de Lps. Chacune de ses publications subit un traitement aussi classique qu’efficace et Pentagram n’échappe pas à la règle : Curious Volume est donc disponible uniquement en édition black Lp, 180gr pour une quinzaine de livres. Et il est inutile de s’attendre à une quelconque édition limitée.

Hangman’s Chair – This is not supposed to be positive

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Rarement artwork n’aura aussi bien représenté son contenu. La pochette réalisée par Dave Decat pour le nouvel Hangman’s Chair fait absolument corps avec l’essence du groupe. La symétrie biaisée, la composition parfaite de l’ensemble, la diagonale guillotine cisaillant la naïveté pop, cet homme qui part, prêt à sortir du cadre, ne laissant qu’un violent et sanguinolent silence derrière lui. Oui. « This is not supposed to be positive » est une pépite, noire, une merveille de complexité, évidente pourtant.

La valse des étiquettes devient nécessité ici tant le nouvel opus des parisiens brasse une quantité incroyable de genres, sans jamais s’y perdre. S’appropriant l’histoire des courants, le combo est capable de passer d’un blues froid à une dégueulasserie sludge sans pareille, bande-son vertigineuse de ce que pourrait être le viol de Chris Isaak par une tronçonneuse. Puis d’ériger en son centre un titre intense et dépouillé, qui aurait toute sa place dans une boucle Lynchienne. « Les Enfants des Monstres pleurent leur désespoir ». Tu m’étonnes.

Les parisiens ont pris le temps de relire leur doom depuis Hope//Dope//Rope paru en 2012. Aux tourments crasses déjà présents, ils ont rajouté une réflexion aérienne qui dynamite complètement leur univers. Plus poussé, plus construit, moins viscéral mais où le corps et l’esprit tendent vers un but commun, l’expiation et la mélancolie. « Flashback » en est le plus bel exemple. Mélodie imparable, production massive, lourde et aérienne, un chant d’une justesse troublante, le titre synthétise le savoir-faire du groupe et le place dans le haut du panier. Tout simplement. Avec lui, Hangman’s chair boxe là-haut, laissant les poids coq s’étriper entre-eux.

Et là-haut, la chaise du bourreau s’est attablée avec toute une collection de meubles 90s, d’Alice in Chains à Soundgarden. Le vernis grunge qui patine l’ensemble de la galette ne bouffe en aucun cas l’esprit des compositions et rajoute une couche à la dépression galopante qui court le long des pistes.

Je me rends compte en relisant cette chronique que les références sont nombreuses et semblent complètement disparates. Finalement Hangman’s Chair ne ressemble qu’à lui-même. La faute à son talent, sa tristesse et ses idées. « This is not supposed to be positive » est une sortie intelligente, bienvenue et nécessaire. A l’image de Coffin on Tyres ou Stonebirds ces dernières années, les parisiens jouent leur propre musique, se démarquant par la sincérité de leur démarche et la qualité supérieure de leurs compositions. « This is not supposed to be positive » est sans conteste une des grande réussite de 2015. D’un point de vue personnel j’y ai retrouvé ce qui faisait de moi un ado, ce qui m’obsède maintenant en tant qu’adulte et les peurs qui bordent mon futur. « Rouge pour le sang, Bleu pour la grâce ». Merci.

Grand Massive – EP II

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Pour ceux qui s’intéressaient déjà à la scène de prédilection mis en avant en ces pages il y a de cela 10 ans, le nom de Duster69 sonnera familier. De ses cendres est née en 2008 une nouvelle hydre germano-suédoise appelée Grand Massive. Une première démo atteste alors de leur vigoureuse intention de botter quelques derrières endormis sur les bancs de rock trop doux pour être honnête. Le premier EP sobrement intitulé « EP » confirme tout le bien que le groupe inspire. C’est ainsi que depuis maintenant 7 ans le quintet œuvre dans un stoner-metal (plus « métal » que le combo précédemment cité) aussi velu qu’efficace. Quelques changements de line-up n’aura su mettre en défaut ces qualités et ces dernières se voit même exacerbées sur le dernier né « EP II » qui est donc leur deuxième EP en date (simple, logique, efficace je vous dis).

La production puissante et léchée saute aux esgourdes dès les premières mesures de « Sound of War » qui couplé au second morceau « Backseat Devil » forme un duo implacable. Rythmique en béton, nuance dans les riffs et les tempos, ça avoine direct et sans détour. Une sorte de compromis entre le Dozer le plus abrupt et le Down le moins marécageux. La voix marque par sa versatilité, tantôt caressante, tantôt rocailleuse, toujours porteuse de titres fichtrement bien gaulés aussi rapidement expédiés qu’un chronopost sous amphet. Le groupe assène les coups sans broncher mais avec toujours la délicatesse d’une touche mélodique.

« I’m Atlas » fait appel à des inspirations plus lourdes et torturées, avec une voix qui se pousse à l’extrême. Grand Massive est généreux de par ses influences. Au premier abord le mur du son qui s’écroule sur nos pavillons non  préparés paraissait d’un seul bloc. Mais façonneur de talent, le combo sait dérouler des compos plus mid tempo (la reprise de Chum « Embrassing the Eyesore ») voire même franchement déroutante car inattendue (la mélodieuse et posée « Woods, susurrée avec sa seule guitare et ses samples). C’est simple ce court EP de 25 minutes frappent juste en variant les attaques pour ne pas assommer.

Sorti en février chez Daredevil Records, l’uppercut vous est peut être passé sous le menton mais un bon petit coup de boutoir de temps en temps, ça ne se refuse pas !

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