Inter Arma – Sulphur English

A mes oreilles, et à celles de pas mal de monde, Paradise Gallows, le précédent disque d’Inter Arma, est un sommet de mélange des genres, de death metal au tempo mourant, de sludge psychédélique et lugubre. Et bien sûr son successeur était attendu avec autant de fébrilité que d’inquiétude, puisque c’est le propre des chefs d’œuvres que de ne pas pouvoir être égalés. Cette attente, couplée au caractère touffu de la musique du quintet de Richmond explique le temps qu’il aura fallu pour que cette chronique voit le jour.

Car cet album, n’y allons pas par quatre chemins, est une inévitable déception. Passé « Citadel », titre monstrueux dans la droite lignée du disque précédent, le reste souffre de nombreux défauts inhérents à ce qui semble être une volonté de paraître plus intelligent que cette musique ne l’est en réalité. La ligne vocale de « A Waxen Sea » ne fonctionne pas (voire gêne) et les nombreuses accalmies du disque, passages censés préparer la furie qui va suivre,  ne font finalement que sortir du disque, dont l’unité ne semble pas fonctionner. La musique du groupe use et abuse d’effets dissonants, d’astuces sonores et souffre au final de cette même impression de prétention qui émaille les albums récents de Mastodon (Inter Arma aussi d’ailleurs a laissé le leadership à son batteur,  une erreur ancestrale dans la musique rock, nous le savons depuis Genesis). A ce jeu « Blood on the Lupines » et surtout la pièce maitresse « Sulphur English » apparaissent comme des sommets d’arrogance musicale.

Alors que la presse semble unanime pour louer l’évolution du groupe, qui a toujours clamé être en mouvement et vouloir voguer à travers les genres, Sulphur English m’apparaît comme une énorme déception. Lorsque la musique metal se pense plus maline qu’elle ne l’est, les groupes finissent toujours par sonner comme du mauvais Neurosis (j’ai tendance à penser qu’il s’agit là d’un pléonasme). Une fatalité dans laquelle Inter Arma se vautre allègrement.

Dommage, trois fois dommage.

 

Point Vinyle :

Relapse a toujours le même process pour contenter tous le monde : outre une version noire, classique, quelques fantaisies servent à satisfaire les plus collectionneurs. Et bien souvent les appellations des éditions valent leur pesant d’or. Jugez plutôt (qui est le chien de Mickey et non son ami, qui lui s’appelle Dingo) : clear, beer splatter, milky clear splatter, gold metallic with bone white galaxy merge et mon préféré : mustard and halloween orange merge with black, metalic gold and Brown splatter. Tout un programme.

Beaten By Hippies – Beaten By Hippies

Frais émoulu avec un premier album “self titled”, comme ils disent en Amérique, des riffs lourds comme une fricadelle, une voix graissée à la sauce Dallas, les belges de Beaten By Hippies sortent quelque chose de (devenu) rare. Les titres posent parfois la question du style mais nous y reviendrons car ce quartet avait toute sa place dans nos chroniques, il aurait été dommage de vous en priver.

Beaten By Hippies, c’est avant tout un enchaînement de titres où sonne toujours le stoner, mais un stoner 90’s, un son garage bien calibré. Le morceau “Rock’n’roll” avec sa ligne de basse résume tout ou presque! c’est suave, costaud, mélodique puis ça vire au prog toujours sans débauche indigeste, quel régal! En poussant un peu plus loin le chemin le titre éponyme joue dans la cours du space-rock avec des boucles aussi lascives et électro qu’un Massive Attack. La curiosité pousse à l’écoute et on ne se pose pas bien longtemps la question de la légitimité de cette prise de partie habilement intégrée.

La vision du quartet c’est au final un stoner old-school rafraîchi et rafraîchissant. Les mecs ne manquent pas de références et une fois la lecture enclenchée il est bien difficile de ne pas aller cliquer sur le bouton mise en boucle, d’ailleurs, il n’est pas très utile de se retenir, on se laisse tenter et on cède. Parfois un sentiment borderline du point de vue identité envahit l’auditeur, mais le groupe retombe toujours sur ses pattes, en équilibriste avisé. Toutes les pistes trouvent leur place, c’est assemblé avec goût et le discours s’il embrasse une tonne de sujets tient ses promesses grâce à un fil conducteur stylistique qui lui est bel et bien stoner. Le puriste pourra s’en convaincre sur plusieurs titres dont notamment “Breathe Slow”.

Avant même d’écouter cet objet parfois déroutant, il faut jeter un coup d’œil du côté de l’artwork qui résume la plaque en livrant avec humour une peinture de l’esprit du groupe. Le coup d’œil n’est pas gratuit et on le paye en auditions répétées, mais au fond, il faudra bien admettre que c’est une prise de plaisir constante. On sort de Beaten By Hippies par la grande porte sur “Tomahawk” l’objet fait son office et pose tout de même la question du point commun entre punk et stoner, sans doute un garage plein de mecs remplis de bière et de joie d’être ensembles.

On aimerait en voir plus souvent de ses plaques où siègent ensemble originalité, prise de risques et cohérence. Le pari est réussi pour Beaten By Hippies et même si la production ne mène pas toujours vers les hautes sphères d’un son léché j’ai bien envie de dire, peu importe, cet effort est vivant et humain, il transpire, il donne à voir ses tripes et ce n’est pas plus mal comme ça! Une tof babelutte à découvrir sans trop trainer.

 

High Fighter – Champain

Champion comme disait le roi Midas ; la troupe hambourgeoise nous revient 3 ans seulement après « Scars & Crosses » avec un album d’une rare sauvagerie. Ayant pris ses distances avec Svart Records pour se retrouver auprès de l’épicerie fine Argonauta Records qui se targue de proposer stoner, doom et sludge, High Fighter illsutre à merveille le propos de sa nouvelle écurie en proposant une plaque à la confluence de ces trois styles connexes. Les 11 plages constituant cette troisième pièce à l’édifice musical des Allemands effleurent les plans aériens du doigt et se complaisent dans une brutalité certaine qui lui sied comme un gant de boxe.

Fomentés chez eux dans la capitale du hamburger, c’est dans la capitale teutonne – au Hidden Planet Studio – que ces 3 quarts d’heure de brutalité ont été mis en boîte par Jan Oberg qui a fait un boulot sensationnel pour donner un rendu soigné aux interventions des 5 protagonistes en conservant la brutalité du propos sans se vautrer dans la bouillie sonore. Ce lascar mériterait presque la couronne de laurier dorée (vous avez dit champagne ?) qui orne la pochette de cette production à moins que ce soit le groupe lui-même.

Non-contents d’avoir foulé les scènes des principales manifestations culturelles de notre genre : le Desertfest Berlin, le Desertfest London, le Desertfest Antwerp, le Stoned From The Underground, le Up In Smoke, le Keep It Low, le Red Smoke Festival et le SonicBlast Moledo ainsi que des manifestations plus confidentielles comme le Wacken Open Air ou le Summer Breeze, les originaires des bayous du nord de l’Allemagne ont composé une brochette de nouvelles ogives dévastatrices dont le trépidant « A Shrine » qui s’inscrit dans la plus pure frénésie et enchaîne les vociférations infectées avec des chants clairs ayant du coffre. Le chant c’est important dans le stoner ou on case le moins mauvais du groupe derrière le micro ? La réponse que donne High Fighter est sans équivoque : sa frontwoman fait clairement la différence (autant sur scène que sur disque) et s’avère, à l’écoute de cette nouvelle galette, une pièce primordiale au style de la formation.

« Before I Disappear » ouvre les feux des festivités de manière apaisée, presque aérienne, qui s’éteint sur un plan digne des entrées en matière de Dopethrone avant de se commettre dans un sludge ultra carré qui poutre et convainc bien avant son terme plus de 5 minutes plus tard. Ce genre de titre recèle, en son sein, les compétences présentes dans ce groupe de vétérans qui se montrent à l’aise sur tous les terrains de compétition. C’est intelligemment amené et très abordable pour un bourrin qui se respecte donc la touche skip est ignorée et on se complait à explorer par la suite des territoires plus rudes mis en action avec d’énormes paires de couilles et de poumons.

On se détache par moment de la violence speedée avec des compos comme « Kozel » qui cogne lentement dans le doom pur sucre et le sludge de Louisianne avec une efficacité déconcertante qui rappelle même Pantera sur certains plans de guitares. On se rapproche des origines du genre en flirtant avec le grunge sur « When We Suffer » qui débute avec des textures distordues proche du grand Soundgarden. Ce dernier titre est une réussite à laquelle a été associée Anton Lisovoj de Downfall of Gaia (compagnons de tournée des Germains) et il fait l’objet d’une vidéo consultable sur les plateformes que vous connaissez que trop bien ; impossible de demeurer imperméable à cette incarnation musicale de la souffrance.

Parmi la foule de plages plutôt séduisantes que nous propose ce groupe qui monte, mon dévolu s’est jeté naturellement sur la plus frénétique : « Shine Equal Dark ». Emmené par une rythmique qui s’emballe, le chant flirte avec la tessiture de la regrettée Wendy O. Williams avant de céder sa place à des riffs distordus déployés sur une baisse de régime qui ne sera que passagère puisque ça cartonne à nouveau haut dans les tours durant la dernière minute de jeu. Cet objet sonore – à ne pas mettre en toutes les mains – s’avère, au final, une formidable pérégrination au royaume des buches qui demeure cohérente sans lasser l’auditeur en s’inspirant çà et là de la musique qui a bercé la jeunesse des membres de la formation (comprendre le metal au sens large), mais qui demeure fermement là où nous attendions ces gens : entre doom et sludge !

 

Zed – Volume

Quand je pense à ce bourrin de Butch Coolidge qui croyait que Zed était mort, il va avoir une drôle de surprise si le gars se remet en marche pour récupérer son chopper. Ça risque de lui faire mal aux tympans, d’ailleurs il revient, Zed n’est pas mort! (Même si son site internet dit le contraire ), il revient tout aussi énervé que de par le passé et cette fois il chevauche un fier coq noir qui s’appelle Volume

Le rock américain du quartet ne faiblit pas, il s’envenime foutrement même avec cet album tout en patate et gros riffs. Avec son tempo juste, Volume est monté pour péter des nuques sans qu’elle ne cèdent pour autant au premier riff. La baie de Californie a décidément abandonné ses idoles hippies pour faire naître d’autres monstres sortis tout droit de ses eaux et prêts, tels des Godzillas obèses, à venir écraser la ville de San José et pourquoi pas toutes les autres tant qu’on y est. Il y a fort à parier que derrière l’animal il y a une expérience un peu folle réalisée par quelques savants pas très nets qui ont voulu rassembler racines du genre stoner/doom façon Black Sab’, du blues du bayou lointain et un peu de gros Heavy qui tâche. “Wings of The Angel” en est la parfaite illustration (En particulier du côté de Black Sab’).

Vraiment il y a de tout dans cet album, “Hollow Man” et son groove Clutchéen (ce qui avait déjà marqué la rédaction lors de la sortie de Trouble In Eden ), du swing dans l’esprit d’un Red Fang sur Chingus. Décidément on prend ses marques facilement à l’écoute de cette plaque. On sait qu’on a affaire à quelque chose de bien foutu et fédérateur sans aller chercher la millième écoute et pourtant cela ne manque pas de finesse.

Volume est cousu d’une main sûre et la Balade “Take Me Home Again” débute comme si la mer se retirait après le raz de marée, mais c’est une erreur de croire que le calme revient, la suite va finir de balayer ce qu’il restait de la côte, au large le rouleau enfle et les morceaux suivants déferlent.

En étant tout à fait objectif, j’avoue n’avoir pas forcement totalement adhéré aux passages plus softs comme “Time and Space” qui ralentissent un peu le rythme de l’album et lui apportent parfois une touche aussi kitch qu’un solo des Gun’s. Mais rappelons-le, Volume est une bête protéiforme et celle-ci ne cache rien de sa vraie nature. Le monstre va d’ailleurs finir de prouver la chose sur “The Troubadour” qui devrait rappeler à certains d’entre vous ce qu’était le Heavy au début des années 90.

Zed est un concentré d’Amérique, on voyage avec eux sur tout le continent et au travers de sa culture rock par tous les moyens possibles. Posément à bord de la Greyhound autant qu’à grande bourrasques dans la gueule sur une cylindrée pétaradante. Volume qui est produit par Ripple Music est un album comme on les aime, direct, sans fioritures, juste bien conçu avec des morceaux efficaces dans un pur style stoner rock avec en prime des riffs qui viennent foutre une baffe par surprise. Zed, c’est la différence entre le talent le pastiche en somme.

 

En petit bonus on vous joint le clip monté pour illustrer le titre “Chingus”. C’est geek à souhait, un rien politique sans finesse et aussi peu tolérant musicalement que nous le sommes tous un peu au fond de nous.

 

Lightning Born – Lightning Born

« Featuring Corrosion of Conformity’s Mike Dean », scandent les différents supports promo, jusque dans le titre-même du communiqué de presse. Difficile de rater la filiation avec « l’autre » groupe de Raleigh, la capitale de Caroline du Nord… et pourtant, au-delà du lien ténu existant par le biais de l’hirsute bassiste et la colocalisation des deux équipes, il n’y a pas d’autre élément significatif liant les deux groupes, a fortiori musicalement. Ne diminuons toutefois pas le rôle de Mike Dean dans le groupe : le bassiste n’est pas qu’un habile prétexte promo pour booster la notoriété du quatuor, mais bel et bien l’architecte derrière le groupe tout entier ! Propriétaire d’un petit studio à Raleigh, Mike Dean a eu l’opportunité d’y voir jouer plusieurs groupes locaux, dont la vocaliste Brenna Leath (dans un groupe de punk…) et les musiciens d’autres groupes. Les connexions se sont mises en place, et le bassiste s’est donc invité subtilement sur le poste vacant en section rythmique ; trois ans plus tard, voici leur première production.

Lightning Born propose à première vue, sans discussion possible, un proto-doom old school plutôt classique. L’orientation est toutefois plus proche de la vague vintage hard rock de ces dernières années que des chantres du heavy doom obscur. Quoi qu’il en soit, on est assez loin de COC… Ce qui est sûr c’est que ces trois années à ronger leur frein (ils existent depuis 2016), à répéter leurs compos et à faire des scènes essentiellement locales, leur ont permis de peaufiner leurs morceaux : on n’est pas loin du sans-faute. Tempi variés, riffs marquants, arrangements subtils, mélodies efficaces… y’a du métier là-derrière, un savoir-faire d’artisan dévoué, et ce dans pas mal de nuances stylistiques : même si l’on tape quand même dans le vieux proto-doom gentillet bien foutu (« Silence », « Shifting Winds »), on est plus souvent sur des pastilles hard rock old school plus nerveuses (« You Have Been Warned », « Wildfire », « Power Struggle », « Salvation », « Magnetic »…), en passant par du mid-tempo groovy (l’impeccable « Out for Blood », le rampant « Oblivion »…). Et à chaque fois, ça vise juste. Mieux encore, l’album est larvé de petits moments de grâce et de plans jouissifs, de ceux qui distinguent les très bons albums des « juste » bons. On pense à la superbe montée en tension de « You Have Been Warned », avec sa section rythmique super groovy (un travail basse-batterie parfait, toujours aux limites de l’emballement) ; au refrain de « Power Struggle » super efficace et tout en retenue heavy ; au riff primaire de « Salvation »…

Mais la principale caractéristique du groupe tient à sa vocaliste remarquable, Brenna Leath. Soyons factuels, c’est elle qui transcende ces compos. On pense parfois à  Lisa Kekaula des Bellrays, à Beth Hart, à Stevie Nicks ou Chrissie Hynde avec plus de coffre… C’est dire ! Impeccable et juste dans tous les styles susmentionnés, puissante (« Magnetic », « Wildfire »), plus discrète lorsque nécessaire (« Out for blood »), elle va taper dans des registres blues ou soul avec une efficacité et une technique bluffantes (« Oblivion », « Renegade »). Sa capacité à mettre son potentiel en retrait la distingue de certaines vocalistes qui au contraire s’appuient sur les compos pour se mettre en avant (suivez mon regard vers la blonde vocaliste d’un groupe suédois à succès et à fort turnover…). Quant aux autres musiciens, ils sont impeccables, avec une mention spéciale à Mike Dean, très attendu, et qui pourtant se fond dans le décor lui aussi avec une déférence remarquable : le bassiste que l’on sait talentueux pourrait mettre en avant son instrument et son style très technique, mais là aussi son jeu est super discret, il joue à plein son rôle de support rythmique et ne vient jamais marcher sur les plate-bandes d’Erik Sugg à la gratte. Bref, on a sous les yeux les composantes d’un vrai groupe, et certainement pas ni d’un all-star band, ni d’un vague projet approximatif.

Lightning Born (l’album et le groupe) est donc une très bonne surprise, là où notre cynisme nous faisait craindre une forte déception et/ou un plan marketing trop beau pour être vrai. On est bien loin du side project que l’on craignait, vendu au lance-pierre à grands coups de stickers « avec Mike Dean de COC ». C’est un groupe très intéressant, qui démontre des qualités déjà affirmées. Si son jeune âge est un indice de sa marge de progression, on attend la suite de pied ferme, et en particulier leur incarnation scénique si possible.

Mammoth Storm – Alruna

On a tous dans notre entourage un bon pote à qui on laisse tout passer… Il ne donne pas de nouvelles pendant quatre ans? Pas grave, le jour où on se revoit, notre relation est restée comme la dernière fois qu’on s’est vus et on pardonne… Il porte exactement les mêmes fringues qu’il y a quatre ans? Ce T-shirt élimé jusqu’au col lui va si bien, va pour cette fois… Il n’a absolument pas évolué dans son discours, il parle toujours des mêmes sujets? Bon, passons, mais on commence à se dire qu’il serait peut-être temps de passer à autre chose, d’arrêter de ressasser son passé et de regarder devant soi, de prendre des risques, de quitter le sentier pour partir à la découverte…

Eh bien, en musique, c’est un peu la même chose: on a tous un groupe de chevet, une formation dont on attend avec impatience le nouveau single qu’on écoutera en boucle jusqu’à la nausée, ce même groupe qu’on espère ne jamais nous décevoir, pour lequel on est prêt à faire des centaines de kilomètres pour se retrouver compressé aux crash-barrières en se disant: « j’espère que ce sera aussi bien que la dernière fois…». Ces groupes se nomment AC/DC, Iron Maiden, Rammstein ou Black Sabbath (parmi des centaines d’autres), dont les pauvres mécréants hermétiques à leur musique vous diront qu’ils pondent inlassablement la même tambouille depuis des décennies. A ces béotiens, rétorquez-leur que leur ignoble musique urbaine vocodée ressemble à ce que mon chien évacue chaque matin en faisant admirer son séant aux passants…

Tout çà pour dire qu’il y a 4 ans, le premier album de Mammoth Storm m’avait enchanté dès la première écoute et que ce nouvel opus, intitulé Alruna, m’a laissé dubitatif, à tel point que je me suis demandé si je ne m’étais pas trompé de galette et que je n’avais pas posé Fornjot à la place! Daniel Arvidson (ex-Draconian) maltraite toujours autant sa basse et ses cordes vocales, les compositions s’étirent toujours sur plus de sept minutes chacune et le doom sombre et caverneux proposé par le groupe est toujours aussi prenant et sépulcral. Oui mais voilà, dans la phrase précédente, on trouve trois fois le mot «toujours», ce qui n’est pas forcément une bonne nouvelle pour qui cherche un peu de nouveauté, pour qui attend un tant soit peu d’innovation dans la musique d’un groupe qu’il apprécie.

Alors évidemment, la production est gigantesque, l’artwork est encore une fois splendide mais il manque ce parfum de la découverte qu’on a humé il y a quatre ans en découvrant Fornjot. Mammoth Storm fait du Mammoth Storm mais reste sur ses acquis sans s’éloigner d’un centimètre de sa ligne directrice, là où l’auditeur aurait apprécié un petit grain de folie, une prise de risque, un minimum d’innovation. Vous allez me dire: «ouais mais AC/DC, Black Sabbath et les autres ont produit le même album pendant des années et on ne leur en a jamais voulu». Puisse les dieux du rock donner la même longévité et la même carrière à Mammoth Storm et on en reparlera à ce moment-là…

Morass Of Molasses – The Ties Thas Bind

Originaire de Reading, ville du comté de Bershire située sur la Tamise, Morass Of Molasses sortait en juin son deuxième album chez Wasted State Records. Le trio se forme en mars 2013 et se compose alors de Bones Huse à la guitare baritonne et au chant, de Phil Williams à l’autre gratte et de Chris West, dit « The Beast » à la batterie. Ensemble, ils produisent un EP intitulé So Flow Our Fate en 2015, puis sortent leur premier album deux ans plus tard, These Paths We Tread. Dans ce dernier, le percussionniste Raj Puni s’invite et trouve peu à peu sa place dans la bande. Puis, à l’aube de la création de The Ties That Bind, il remplace Chris derrière les futs.

Leur style appartient à cette famille d’hybride aussi à l’aise pour agiter les têtes que pour ouvrir la porte d’univers psychédéliques et fantaisistes. Cet album raconte une histoire ; les pistes qui se succèdent en sont les chapitres, et les mélodies des descriptions du décor. Tout commence par un paisible pincé de corde d’environ une minute faisant office d’introduction. Tel le conteur du village au coin du feu glanant peu à peu son audience afin que débute son récit. De là, « Woe Betide » et « Death of All » lâchent la bride aux instincts les plus bestiaux du groupe. Un départ annonciateur d’un stoner musclé à la rythmique endiablée couverte d’un chant un tantinet braillard. On y découvre cependant des interludes calmes, avec des lyrics proches du murmure en totale opposition aux séquences précédentes.

Dès la quatrième piste, lorsque l’oreille s’avère à température, on change d’ambiance avec « Estranger ». La fureur s’efface sur ce titre aux ascendances nettement plus blues qui évoque la langueur délicieuse d’All Them Witches. Et lorsque « Legend of the Five Sons » commence, on comprend que The Ties That Bind c’est avant tout une histoire de rythme narratif. Ne jamais autoriser l’auditeur à anticiper l’écoute, ne jamais permettre une quelconque redondance. La voix est accompagnée d’une flûte traversière, le chant des oiseaux remplacent les cymbales et il revient à la guitare sèche de conter l’histoire. On va même jusqu’à s’imaginer dans une taverne médiévale sur « As Leaves Fall » avec ses percus sourdes et sa flûte mélodieuse.

Mais à nouveau, lorsque l’on pourrait commencer à s’habituer à cette douceur instrumentale, à cette tendre hypnose, le groupe nous prend à revers. Voici l’heure des péripéties de « Personna Non Grata ». Une composition de sept minutes avec ses propres rebondissements qui enchaîne sur la puissante « In Our Sacred Skin ». Un chant déchirant, des riffs cisaillant et une batterie punitive qui nous amène à un final inattendu.

Avec ce deuxième album, Morass Of Molasses nous projette dans sa forêt magique. Un lieu sombre, plein de créatures mystérieuses et d’enchantements. C’est une épopée qui s’écoute comme un seul et même titre, sans discontinuité. Un conte qui, s’il ne prend pas vie au coin du lit un livre entre les mains, en détient une substance identique.

Sacri Monti – Waiting Room For The Magic Hour

 

– San Diego Californie, c’est une succession de vans aux peintures fleuries, de vestes à franges, de jeunes gens aux cheveux longs ou encore seins nus qu’il nous est offert de voir. Un vent de liberté souffle sur la ville…Erm, pardon… Marty! arrête de jouer avec le convecteur temporel et revenons à notre bonne vieille année 2019.
– Mais Doc’ c’est pas le convecteur temporel, c’est la platine disque….
– Ah? Oh? quésséqueçà? Sacri Monti? leur deuxième LP, Waiting Room For The Magic Hour? Bon, je suppose qu’on va devoir en parler maintenant ?! allons-y!

C’est en effet une véritable machine à remonter le temps que ce quintet à belles moustaches. On entre immédiatement dans leur univers par un titre éponyme follement Spacerock digne d’un Camel. Puis sur “Fear & Fire” comment ne pas penser à Deep Purple? Les attaques du clavier de Evan Wenskay suivi des guitares de Brenden Dellar et Dylan Donovan sont celles qui firent les belles heures d’un Rock Psyché qui allait devenir Hard Rock.

L’intro de “Armistice” les passages atmosphériques de “Starlight” dont les Loop sonnent comme du Pink Floyd, j’ai l’impression de retrouver la discothèque de mes vieux alors que je perçais encore l’acné de mon visage. La porte du désert est fort probablement là, même si n’a pas été convié Black Sabbath. “Affirmation” roule entre les notes d’un “House of The Rising Sun”, les sons éthérées d’un Floyd et le chant suave d’un Mick Jagger sur “Angie”. Sacri Monti sort les émotions par l’évocation des piliers de la culture Rock, je veux bien hurler au manque d’originalité mais à quoi bon, la musique m’enveloppe et j’y suis bien. Pour le final, Sacri Monti fait venir Led Zep avec “You Beautiful Demon” qui résonne avec sa guitare semi acoustique comme la plus country des chansons de ces prédécesseurs.

La structure de l’album est entre l’objet construit et la Jam Session. Il n’est pas improbable que lorsque la musique s’envole les gars improvisent totalement. Cependant aucun des musiciens ne tire plus son épingle du jeu qu’un autre. Certes il en découle que l’album ne marquera pas l’esprit par une inventivité particulière ou le charisme musical supérieur d’un des membres du groupe. Il est probable même qu’aussi vite écouté il aura disparu de ta mémoire…Quoique, peut-être pas. Wainting Room Fot The Magic Hour sonne comme une habile compilation de te toute une époque sans en être une copie conforme et j’avoue n’avoir à aucun moment boudé mon plaisir lors des écoutes, j’y reviendrai de temps en temps pour traire de mon œil la larme d’une nostalgie fallacieuse venue d’une époque que je n’ai pas connu.

Pour embrasser cet album, on s’allonge sur le toit du van Volkswagen à l’ouest du désert vers l’océan, là où les nuits sont claires et on regarde les étoiles, lueurs d’un temps lointain où notre chapelle du rock s’inventait. On revient de Waiting Room For The Magic Hour comme d’une balade sur les chemins empruntés par nos aïeux hippies. “Non, Marty, tu n’as pas rêvé, regardes, tu as encore du sable de Pacific Beach plein les godasses. Mets-en un peu de côté et passons à autre chose.”

 

Salem’s bend – Supercluster

Nom: Salem’s bend. Origine: Los Angeles, Californie. Fonction: passeurs de sonorités vintage… Tel pourrait être le CV de Bobby Parker (guitare et chant), Kevin Schofield (basse et chant) et Zack Huling (batterie). Après un premier album éponyme paru il y a 3 ans, Salem’s bend propose «Supercluster», un véritable manifeste de classic rock, une ode au rock décomplexé et un hommage à peine dissimulé à tous ces groupes des années 70 qui jouaient dans leur cave, se produisaient dans des bars miteux à la recherche d’une hypothétique reconnaissance et à tous ces tâcherons du rock qui composaient et gravaient sur des galettes produites à une poignée d’exemplaires la musique qui venaient de leurs tripes et non pas faite pour remplir les caisses d’un producteur ou d’une maison de disques.

L’album commence par un «Spaceduster» à l’intro calme qui emmène petit à petit sur un riff musclé et huilé (qui rappelle immédiatement celui de «Breadfan» de Budgie, un groupe seventies que la maison vous conseille chaudement de découvrir si ce n’est déjà fait). Ce titre d’ouverture est l’une des nombreuses pépites de «Supercluster», avec des vibrations seventies absolument irrésistibles, un pont bien psyché et gorgé de réverb et un solo de guitare sublime. Le trio californien revendique des inspirations naviguant entre Black Sabbath (encore et toujours eux…), Judas Priest et Led Zeppelin et force est de constater qu’on reconnaît aisément la patte des trois mastodontes britanniques. Noirceur, puissance et feeling blues, tout y est.

On se surprend à fermer les yeux pour mieux ressentir toutes les nuances et on se retrouve vite à taper du pied sans s’en rendre compte et, surtout, sans pouvoir le contrôler! Mention spéciale au formidable «Heavenly manna» et ses multiples chemins tortueux, ses incessants changements de rythme et cette sublime guitare hispanisante qui apporte toute sa fraîcheur et son originalité au morceau. L’un des meilleurs titres du genre paru cette année, sans aucun doute. Comme à la grande époque, Salem’s bend propose le petit interlude instrumental qui va bien avec l’aérien «Winds of Ganymede». Il ne manque plus qu’un solo de batterie et on est complet… Ah, on me signale dans l’oreillette qu’il intervient à la fin de «Thinking evil», titre dont l’intro vous foutra les poils, même en ce chaud mois de juillet…

Production, sonorités, compositions et même artwork, tout rappelle ces fameuses et mythiques années 70, décennie de tous les possibles. Et Salem’s bend nous y ramène sans prendre le temps de monter dans la DeLorean, juste en s’abreuvant du meilleur pour en tirer la substantifique moelle du bonheur et du plaisir rock tel qu’il devrait toujours être. Alors, montez dans le vaisseau spatial Salem’s bend, plaisir garanti!

Worshipper – Light In The Wire

On va pas se mentir : l’album précédent de Worshipper (son premier), lui aussi sorti chez Tee Pee, ne nous avait pas forcément transcendé. On a par ailleurs eu l’opportunité de voir le quatuor bostonien sur scène (il a assuré la première partie européenne de The Skull en 2019), en particulier au Desertfest Berlin, où il nous a… laissés de marbre. C’est donc avec un enthousiasme très modéré (notez bien le sens de la litote de votre serviteur) que nous avons accueilli leur second album.

Le premier constat qui vaille est que le groupe, encore jeune, s’est manifestement bien aguerri, grâce à la scène notamment, et propose avec Light In The Wire, une galette meilleure que son prédécesseur à tous points de vue. En revanche, il ne propose pas de virage stylistique remarquable, et l’on retrouve ce gros heavy rock traditionnel déroulé à l’envi sur trois quarts d’heure, empruntant aux grosses références du doom rock US. On pense très souvent aux vieux Trouble, ou même plus précisément à sa résurgence The Skull, qui s’inscrit directement dans cette tendance musicale précise (à travers des titres comme « Who Holds The Light ? » aux riff et soli bien caractéristiques), ou encore à Pentagram (« Arise » et son riff principal par exemple). On note aussi quelques résurgences NWOBHM ici ou là (les rythmiques en cavalcade et les plans de gratte harmonisés de « Wither On The Vine »), et donc plus globalement un spectre d’influences ratissant entre les mid-70s et les mid-80s.

Qualitativement, ce disque est inattaquable : il propose un ensemble de compos solides et efficaces, une prod impeccable (jamais trop ronflante, mais jamais cheap non plus, exactement à l’image des influences musicales susmentionnées) et une interprétation jamais prise à défaut (cf un jeu de guitares omniprésent et protéiforme, toujours au rendez-vous). Il n’est pourtant pas à recommander à tout un chacun, à savoir que le genre musical couvert ici  est devenu très « daté », et il est fort probable que certains plans vous fassent lever les sourcils, a fortiori si vous êtes plus familiers des production du siècle en cours. Les guitares lead par exemple sont prépondérantes, avec sur chaque titre une large portion qui leur est dédiée : de généreuses séquences de soli, souvent enchaînés les uns après les autres, voient les guitares de Necochea et Brookhouse se passer le témoin pendant de longues minutes… mais ces plages, parfaitement menées, sont redoutables d’efficacité si on sait les apprécier ! Après, on reste dans le monde de l’americana, à savoir une propension au mid-tempo aux limites du raisonnable (seuls deux ou trois titres sur l’album appuient un peu sur l’accélérateur…) et quelques jaillissements quasi-FM parfois (« Nobody Else », encore un mid-tempo dont le riff aiguisé et le refrain semblent taillés sur mesure pour un public amateur de hard rock un peu plus lisse). Le travail sur les voix peut parfois, lui aussi, laisser un peu… sans voix (désolé, elle était facile). Les refrains – et même certains couplets – sont très souvent doublés ou chantés en harmonie (« Visions from Beyond », « Comin Through »…), parfois chargés d’écho (« Arise »…), symptomatiques en tout cas d’un travail sur les lignes vocales partagé entre Brookhouse (lead) et Maloney (backing, très présent), travail auquel encore une fois on n’est plus habitué dans les productions des dernières décennies…

Les compos sont redoutables d’efficacité, les riffs bien sentis, tout ça a été travaillé et éprouvé avant d’être enregistré, on ne se moque pas de nous. On notera le faux-pas que constitue l’indolent « Light In The Wires », une fluette balade électro-acoustique sans relief, dont le modeste crédit est balayé d’un geste dès que retentit ce hideux Bontempi au son peudo-spatial qu’un producteur probablement atteint d’un trouble ORL ce jour-là aura laissé négligemment passer. Mais c’est bien le seul écueil de ce disque par ailleurs solide.

Si vous aimez ce style de musique et de compos, vous trouverez chez Worshipper un des rares groupes jeunes et récents à s’emparer de ce flambeau et à pousser ce genre musical un peu suranné dans ses retranchements. L’album ne révolutionnera donc rien, mais propose en particulier à ceux qui ont usé les vinyls de certains groupes cités plus haut de quoi apporter un peu de sang frais à leur discographie ; un plaisir en soi.

1782 – 1782

Mais qu’a-t-il bien pu se passer en 1782 pour qu’en 2018, Marco Nieddu et Gabriele Fancellu, 2 jeunes italiens qui viennent tout juste de créer leur formation doom, aient choisi ce nom? La première publication du roman «Les liaisons dangereuses»? La fondation de la ville de Bangkok? C’est l’année de naissance de Michel Drucker? Non, la raison est toute autre (et bien plus en rapport avec leur style musical…): c’est en 1782 qu’Anna Göldin fut torturée avant d’être décapitée et ce fut l’une des toutes dernières personnes en Europe à avoir été condamnée à mort pour sorcellerie. On comprend alors mieux le magnifique artwork du single «She was a witch», paru en janvier 2019 chez Electric records. Ce single arrivera jusqu’aux oreilles du fameux label Heavy psych sounds, basé à Rome, qui signera le duo pour un premier album paru en mai dernier.

Le doom, qui plus est occulte, est régi par des règles immuables: une rythmique pesante et lourde comme une après-midi de canicule, une guitare vrombissante et granuleuse ne proposant pas plus de 3 accords par chanson (allez, on monte à 4 pour les grands gourmands…) et une ambiance morbide et sombre comme une visite des catacombes de Rome. Autant vous le dire tout de suite, 1782 coche bien toutes les cases. Evidemment, le problème avec les règles, c’est qu’il est difficile de se démarquer quand tout le monde suit le même schéma. Et c’est sans doute le seul reproche à formuler au duo à l’écoute de ce premier essai: c’est très bien fait, c’est parfaitement produit mais voilà, on a l’impression de déjà avoir entendu çà quelque part…

Après une courte introduction qui donne immédiatement le ton (le glas sonne et le bûcher est prêt), on entre tout de suite dans le vif du sujet avec «Night of Draculia» qui permet de découvrir le chant plaintif et lointain de Marco Nieddu, à mi-chemin entre Uncle Acid et Monolord. Suivent des titres caverneux et poisseux comme «The spell (Maleficium vitae)» (et ses chœurs incantatoires), le single «She was a witch» (qui bénéficie de la participation de Gabriele Fiori de Black Rainbows, accessoirement patron du label Heavy psych records) ou encore le monolithique «Black sunday» qui sont tous d’excellents titres pour se dévisser les cervicales. La guitare vrombit de plaisir, la batterie martèle ses incantations, les vocaux glacent le sang et l’album aurait très bien pu s’intituler «Le headbanging pour les nuls», on n’aurait rien trouvé à redire… A noter la très sympathique reprise de «Celestial voices» de Pink Floyd, un choix étonnant et audacieux.

Vous l’aurez compris, 1782 ne révolutionnera pas le doom occulte mais il se pose comme l’une des belles surprises du genre. Les amateurs de doom poisseux et cadavérique y trouveront naturellement leur bonheur mais ne comptez pas sur 1782 pour convertir les réfractaires à ce type de sonorités. Une musique pour initiés à mettre malgré tout entre toutes les oreilles car la qualité des compositions et l’implication du duo sont bien réelles.

Elder – The Gold & Silver Sessions

Elder, meilleur groupe de la terre depuis Alphaville nous reviens après deux ans d’absence et leur dantesque “Reflections of a Floating World”. En 2017 les américains nous délivraient une véritable merveille d’écriture, de savoir-faire, un écrin dantesque aux contours bien trop sexy pour nous autres mortels, le maître étalon de leur discographie.
La suite les vit arpenter scènes internationales et festivals dédiés où l’apport d’un second guitariste prolongea la richesse de leur opus sur les planches. Une véritable innovation qui permit à DiSalvo d’exprimer plus encore son amour du lead éternel et d’apporter un espace supplémentaire à la section rythmique.

2 ans après donc. Une attente interminable et la venue, enfin, du petit dernier. “Petit” en effet car EP dans le fond et la forme : ce disque s’inscrit dans l’initiative “Postwax” lancée par le label Blues Funeral, qui consiste en 7 albums dont les sortiées sont planifiées sur un an (Elder est le premier), avec des inédits uniquement, de la part de groupes aussi variés que Elder – donc, Lowrider, Domkraft avec Mark Lanegan, Spotlights, Big Scenic Nowhere (Bob Balch, Gary Arce, Nick Oliveri,…), Besvarjelsen…

“The Gold & Silver Sessions” apparaît après écoute plus comme piste de réflexions qu’objet définitif. Entendre par là que les trois titres composant ce nouvel essai semblent s’étirer plutôt comme de longs jams et de belles tentatives de faire éclore une nouvelle grammaire chez Elder que de véritables compositions avec âmes et gonades saillantes.
Nouvelle grammaire donc puisqu’une part conséquente de l’espace sonore est offerte aux sons clairs et aux idées limpides. Un axe hyper cohérent avec une certaine esthétique développée notamment chez Stickman Records. Il suffit de ré-écouter le dernier album de Weedpecker et les longs titres de Motorpsycho pour se rendre compte de cet amour des instants limpides, de la note précise peu ou prou napée d’un léger crunch. Cette volonté d’éclaircir littéralement les propos permet une écriture plus claire dans les envies prog des groupes. Un bon point donc qui permet en plus d’offrir un champ de fréquences large pour les ajouts de claviers et autres nappes de spatialisation.

Les trois titres sans distinction, et malgré leur durée variable, peinent à trouver un véritable but laissant l’auditeur sur ce goût étrange d’inachevé. Les fameuses guirlandes de notes-lead ne sont plus les maîtres à bord et cette relative absence désarçonne quelque peu. Il ne ressort pas non plus de cette écoute de maître-riff scotchant le sang et les envies.
On traverse le EP avec la satisfaction d’entendre le groupe tenter de nouvelles saveurs mais avec la frustration de ne pas le voir les magnifier pour ensuite les exploser en un grandiose cataclysme sonore. On se surprend parfois à souhaiter que le titre s’arrête tant les riffs principaux ne soulèvent pas l’enthousiasme, “Illusory Motion” pour ne pas le citer.

“The Gold & Silver Sessions” comprend dans son titre ce qu’il faut attendre de lui. Des sessions. Et donc du bon, du moins bon, de l’inattendu mais aussi du passable. Des réflexions donc, des axes de travail qui permettront au groupe de s’ouvrir à d’autres horizons et de sortir une suite qui fasse honneur à son prédécesseur. Difficile donc de juger le nouvel effort du combo et de le considérer comme un élément essentiel de la discographie. Il sera intéressant, par contre, d’y revenir une fois le prochain long effort développé.

Earth – Full Upon Her Burning Lips

Derrière sa musique aux atours répétitifs et lancinants, difficile en réalité de taxer Earth de faire du surplace musicalement. Ses derniers albums en sont une excellente illustration, proposant chacun des types de composition différents, et surtout des sons et influences toujours bien spécifiques sur chaque disque. Il était donc dit que ce Full Upon her Burning Lips ne ressemblerait pas à ses prédécesseurs, et dès la première écoute l’on peut confirmer cette hypothèse.

Un seul et unique fait directeur a structuré ce disque : après une carrière de trente (!) ans, Carlson fait « lean » : il pense sa musique en termes de simplicité, voire de dénuement, enlève tout ce qui dépasse, ne sur-intellectualise plus sa composition, ne rentre plus dans la course à l’armement dès qu’il s’agit de sonorités (matériel, amplis, pédales), ne chante pas (il était marginal, il n’est pas jugé utile ici… donc il gicle ! 100% instrumental)… Le bonhomme voit simple, et a fortiori concernant son line-up : il donne rendez-vous en studio à sa partenaire des deux dernières décennies (qui fut aussi son épouse plusieurs années) Adrienne Davies, et à deux (c’est Carlson qui se charge de la basse), ils se lancent dans l’écriture du disque, avec simplement quelques trames de base.

Le résultat est… dépouillé, évidemment. Mais réussi. Le talent mélodique du guitariste transpire par chaque riff, chaque accord : réduit à son minimum, son jeu de guitare, au son cristallin (la saturation est largement revue à la baisse ici, probablement le disque de Earth au son le plus clair) est le plus efficace. Ses riffs et segments mélodiques, toujours lents et souvent joués ad lib (ses bases drone minimalistes restent présentes parfois), sont tous impeccablement ciselés et surtout écrits avec un soucis de l’efficacité qui fait mouche : le refrain de « Cats on the Briar », porté par le jeu aérien et dépouillé de Davies, le dépouillé et lent « An Unnatural Carousel » et ses accords toujours justes, la redoutable mélancolie de « A Wretched Country of Dusk » qui prend aux tripes… Le talent de composition de Carlson n’est jamais pris à défaut.

Tout n’y est pas parfait, on notera en particulier un « gros morceau » qui ne tient pas complètement ses promesses, à travers les 11min30 de « She Rides an Air of Malevolence », un format propice à un déluge d’ambiances épiques et qui ne s’envole jamais autant qu’on ne l’espèrerait. Mais aucun titre de « remplissage » ne figure sur ce beau bébé de plus d’une heure de musique.

On tient donc probablement là l’album le plus dépouillé de Earth, le plus « minimaliste » en termes d’instrumentation et de son, mais certainement pas en terme de finesse de composition, domaine où au contraire Carlson met à profit ses années d’expérience pour nous proposer un disque mature et riche de mélodies.

Dommengang – No Keys

L’an dernier, aussi discrète que fut sa sortie, Love Jail avait assis Dommengang à la table des groupes prometteurs, à surveiller de près. Il n’aura pas fallu attendre très longtemps (même pas un an et demi) pour recevoir son successeur, leur troisième album en l’occurrence, No Keys. Le ressenti est vite confirmé : l’album est éclatant de maîtrise, de créativité et de talent.

Tant qu’à valser entre les étiquettes, on peut caler Dommengang dans une veine heavy psyche qui étend ses ramifications au blues rock, au hard rock, etc… En effet, le trio excelle dans la composition de titres groovy et nerveux, aux sonorités tantôt planantes tantôt plus tendues, où saturation et sons clairs se font perpétuellement la cour. Le groupe se distingue par un talent d’écriture qui rend chaque titre malin, efficace et accrocheur, le tout étant servi par une prod discrète mais qui ne tombe jamais dans le piège de sonorités vieillottes (réflexe facile des groupes qui se revendiquent de racines musicales du siècle précédent).

Les pépites sont nombreuses, mais n’allez pas plus loin que le premier titre, « Sunny Day Flooding », pour vous convaincre : intro basse mâchoires serrées, leads guitare libératrices, chant chargé de reverb emballant, on est pris par la main jusqu’au refrain impeccablement ciselé. Il en va de même pour « Wild Wash », son riff de basse énervé et ses vocaux harmonisés captivants… Le groupe ne manque pas de facettes et de surprises, à l’image de ce « Kudzu » jovial et entraînant, qui rappellera à travers son voluptueux solo central les grands Domadora dans un contexte jam band instrumental. C’est d’ailleurs en format instrumental que le trio tombe certaines de ses meilleures cartes, à l’image de ce très bon « Arcularius – Burke » qui mélange structure prog et séquences jam emballantes sans jamais provoquer l’ennui ni se répéter sur ses presque sept minutes.

Quelques titres sont moins enthousiasmants sur le long terme, mais… même le terne « Earth Blues » ou le très lent et planant « Stir the Sea » restent des titres marquants et mémorables après 2 ou 3 écoutes à peine. Le tout se termine dans une extase psych-blues (!) avec le fiévreux « Happy Death (Her Blues II) », où le chant onctueusement nasillard (!!) de Brian Markham en intro fait écho aux vaporeux riff bluesy de Dan Wilson, accompagnées exceptionnellement (et opportunément) sur ce titre de langoureuses nappes de clavier. Chaud.

Peu aidés  par une sortie assez discrète, il serait dommage que la qualité de cette galette – et de ce groupe – passent encore inaperçus. On encourage les découvreurs de talent et les amoureux de bons groupes dans les veines musicales sus-mentionnées de se pencher avec bienveillance sur cet album qui le mérite à bien des égards.

The Re-Stoned – Ram’s Head

Les production Russes ne sont pas légion. Nous avions déjà abordé le cas de The Re-Stoned ici même, il y a peu ou prou un an et demi. Le trio remet le couvert avec son septième album Ram’s Head. Les moscovites passent cette fois sous le label Kozmik Artifactz avec une galette de plus de 44 minutes que nous avons pris le soin de faire tourner sur notre platine un beau nombre de fois.

Après un Chronoclasm qui confirmait la place de Jam Band du trio, force est de constater que Ram’s Head n’apporte rien de neuf sous le soleil. C’est toujours cette culture Jam carrée qui prédomine et marque au fer rouge le The Re-Stoned. Sorti d’une peur certaine d’avoir affaire à une redite lassante avec l’entrée en matière “Chromagnetic stomp”, il devient cependant notable que la basse de Vladimir Kislyakov assied une œuvre mid-tempo avec assez de lourdeur pour l’ancrer dans la mémoire de l’auditeur. Pris dans leur ensemble, les instruments sont si serrés qu’on pourrait se demander si le tout n’a pas été enregistré dans un photomaton.

Après un début d’album moyennement envoutant, le moteur du camion repart s’emballe, retombe et repart lentement tel un vieux KamAZ Soviétique sur les routes de l’Oural. Lancé à pleine vitesse il surmonte le cahot d’une piste faite de la guitare de Ilya Lipkin toujours gravillonnée par la basse. Les titres dans leur ensemble sont qualitatifs et le solo de batterie de “Acid truck” qui ne donne pas de leçon permet tout de même de constater l’assimilation d’une rythmique entre Led Zep’ et Santana. La batterie est tenue cette fois, spécialement pour le studio, non plus par Anton Yalovchuck mais par Maximilian Maxotsky. Les gars ont fait un choix plutôt futé au vu de son talent.

“Orange sky & bottle neck” qui sonne comme Geezer (Pas Buttler, le groupe hein!) laisse dubitatif quant au fait que tout ceci ait été écrit. Il souffle sur les compos toujours cet inaltérable facture propre aux Jam Bands. Le final “Dune Surfer” est un pur Desert Rock teinté d’effets Space Rock qui enfonce le clou tout en se reposant sur les bases solides d’un son 70’s velu. Alors d’avis d’amateur de ces genres, il faut admettre que le tout est plutôt bien foutu.

Finalement avec ce Ram’s Head, The Re-Stoned ne sort pas de son postulat de base pour autant il évolue vers des terres moins psychédéliques que précédemment et ce n’est pas nécessairement une mauvaise chose. On regrettera seulement une structure bipartite de l’album qui, de fait, casse la linéarité de l’audition et n’engage pas forcément du premier coup à se laisser porter par la musique inscrite sur la plaque. Il faudra un peu d’opiniâtreté pour aller chercher cet œuvre, mais une fois que vous en aurez ouvert les portes, vous pourrez trouver matière à vous réjouir, pendant un temps au moins.

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