A peine un an après Rootstock, le trio texan remet le couvert avec une nouvelle galette de pur trip old school. Rien de révolutionnaire sur ce Haze County, et encore moins déstabilisant si vous connaissez les efforts précédents du combo. Un album complètement formaté 60’s/70’s (9 chansons, 35 minutes), droit à l’essentiel.
Dans la foison de groupes de « rétro rock » en activité, Crypt Trip se distingue par des petits détails. Les vocaux de Ryan Lee, clairs, puissants, et son timbre chaleureux, bien mis en avant par un mix très bienveillant à son égard, sont l’un des atouts du trio. Voir à ce titre le début de “Hard Times”, tout en subtilité, “Death After Life” (où son positionnement rythmique pourra rappeler certains plans de Magnus Pelander de Witchcraft), ou encore “Free Rain” cette fois en mode écorché. Pour le reste, la formule power trio, finalement assez peu usitée pour ce type musical, apporte une réelle valeur ajoutée : le dispositif étant propice aux prises de risques, les plans instrus s’enchaînent avec un réel plaisir d’écoute ; gageons que c’est en live que cette dimension trouve son principal intérêt. Dans tous les cas, la formule fonctionne, s’appuyant sur le talent de trois excellents musiciens avant tout (et même le batteur, avec, chose assez rare sur disque, un solo de batterie sur “Gotta Get Away”…).
L’identité musicale sudiste s’impose dès l’introductif instrumental “Forward” sur une base de pedal steel guitare enjouée et chaleureuse. Pour le reste, on retrouvera les racines texanes émerger de plusieurs titres ici ou là (le lick de guitare de “Free Rain” par exemple, mais surtout le duo formé par le boogie rock “Wordshot” et le country “16 Ounce Blues” et leurs généreuses rasades de pedal steel encore).
Haze County n’est pas l’album du siècle, mais c’est un très bon album de rock “revival”, qui tire son épingle du jeu à travers un disque solide, varié, pas prétentieux pour un sou, et intègre. On aimerait vraiment voir ces loustics en live…
On va la faire light, une fois n’est pas coutume. Le trio texan aura mis plus de huit (!) ans à nous proposer une suite au bien nommé The Quintessential. Dans l’intervalle, ils auront tout au plus proposé quelques poignées de concerts essentiellement dans leur région, mais sinon, rien de neuf. Ah si, secret de polichinelle : le duo fondateur Morales / Conn a officiellement recruté Curt Christenson, génial bassiste de Dixie Witch (que certains auront vu assurer la rythmique de Unida sur leur dernière tournée européenne). Un bassiste avec autant de groove a vite trouvé sa place au sein du jam band ultime, et cela fait plusieurs années qu’il occupe le poste en live.
Visitors / Early Purple, donc, l’EP du jour, ne comporte que 2 titres. Vous devinez leurs titres ? Ben ouais : “Visitors” et “Early Purple” !… Deux petites perles de jam rock torride, pur jus (lisez notre interview du groupe si vous ne les connaissez pas, mais pour résumer, les gars ne jouent jamais le même morceau 2 fois, et donc sur disque, ils appuient sur “record” et… voilà !).
“Visitors” du coup met plus d’une bonne minute à se lancer et trouver sa voie petit à petit (ça commence vraiment sur la base d’une intro très approximative, comme un jam en salle de répèt). Petit à petit le riff principal se distingue et trouve sa voie dans un dédale de soli et de wah-wah, à travers des dizaines d’impros de guitare toutes plus géniales par Morales. Quand le six-cordistes lève un peu le pied, ses compères en profitent pour caler des séquences basse-batterie parfaitement groovy. Et le bébé dépasse les 18 minutes.
Plus costaud mais presque aussi long (presque 17 minutes), “Early Purple” lâche son master-riff dès les premières secondes, un riff que Christenson fera sien pendant de longues séquences, ce qui permettra à Morales de digresser pendant de longues minutes, sans jamais faire ombrage encore une fois à ses deux compères. Plus classique et plus efficace aussi, ce titre déroule sans jamais ennuyer l’auditeur.
Musicalement, Tia Carrera nous rappelle juste avec ce petit EP qu’ils sont toujours au top de leur game. Aucun groupe ne leur arrive à la cheville dans cet exercice casse gueule mais si excitant du jam absolu. En revanche, cette nouvelle modeste offrande nous permet juste de ne pas oublier le combo, mais ne suffit pas à nous rassasier après 8 ans de disette et toujours pas d’occasion de les voir en live… D’autant plus qu’on apprend que ces deux titres figureront sur leur prochain album… à paraître en 2019 ! Bref, on va arrêter la rigolade les gars, et sortir le vrai morcif, parce que les amuse-gueules, ça va bien 5 minutes…
Dans le métal avoir deux batteurs c’est comme avoir un Hummer avec 6 roues. Ça fait costaud et ça impressionne mais ça ne sert à rien. Voilà ce qu’aurait pu être mon postulat de base si à l’origine on m’avait vendu The Lumberjack Feedback par ce biais. Il faut dire que lors de mes premières écoutes je n’ai pas tout de suite réalisé la présence de 2 batteurs puis je me suis dit qu’un poulpe ne pouvait pas tenir de baguettes et qu’il fallait revenir à la raison. Après l’excellent Blackened Visions, voici revenus les doomeux Lillois pour leur seconde plaque long format, Mere Mortal, tremblez faibles créatures que vous êtes!
Si l’attaque est puissante (“Therapy” et “Kill! Kill! Kill! Die! Die! Die!”) Mere Mortals est surtout hypnotique et organique, telle est ma vision de ce que le Doom français fait de mieux en ce moment. The Lumberjack Feedback prend aux tripes et à l’âme. Il ne s’agit pas d’un Doom monomaniaque et vulgaire, non, les temps, les compositions, la fluidité des notes plongent l’auditeur dans un bain unique. S’il est visqueux il est également apaisant et redonne de l’énergie, “New Order (Of the Ages) Part 1” en est l’exemple parfait. L’art des bienfaits du mal-être en somme.
Les cordes se tendent, gémissent comme à l’agonie. Mere Mortals est un champ de bataille particulier où tout est harmonieux et terrible. Les titres les uns après les autres montent à l’assaut, sans crainte, avec détermination et seule point dans leur chant la mélancolie de ces notes condamnées à s’éteindre au service d’une cause qui les dépasse. La facture martiale de l’œuvre de The Lumberjack Feedback est certes notable mais il y a bien plus que cela. C’est une œuvre vivante et intelligente qui puise dans les sentiments de l’auditeur autant que dans ceux des interprètes, à n’en pas douter.
The Lumberjack feedback parle de la mort mais aussi de l’univers. Il est de ces groupes qui attendent la fin des temps et embrassent pleinement cette perspective en simples mortels (Mere Mortals) qu’ils sont. Ne s’encombrant toujours pas de chant, le groupe tourne son Doom vers un Post Métal d’excellente facture, plus sombre encore qu’un Russian Circles mais tout aussi prenant. La musique y est obsédante et l’avalanche déclenchée par les deux batteurs semble ne vouloir jamais s’arrêter. Les cordes viennent apporter une tension insoutenable, laissant entrevoir l’explosion qui se prépare et respecte ainsi les préceptes d’un Alfred Hitchcock en matière de suspens. Mere Mortals s’écoute de bout en bout, chaque titre étant indissociable des autres.
Bien que l’œuvre soit sombre, elle s’ouvre vers quelque chose de plus lumineux vers sa conclusion, sur “A White Horse Called Death” en particulier. Une apogée en oxymore musical où les notes se font de plus en plus rares et où les accords plaqués vibrent longtemps comme dissociés des temps des batteries, comme deux partitions distinctes qui s’allient par un heureux hasard. Puis la clôture se fait avec “Kobe (Doors of Spirit)” et un retour à des coups de fouets rapides et étoffés. La fin du monde se sera faite en 48 minutes avant que ce dernier ne revienne à la vie. Le temps est une illusion, cela n’aura duré que l’espace d’un éclair et il faudra vite se rejouer le film encore et encore.
Une fois de plus The Lumberjack Feedback conquiert son auditoire avec un style particulier naviguant entre deux eaux. Mere Mortals est une œuvre faite d’âme et de cœur. En Sept pistes on retrouve déchaînement de violence et calme en faux semblants, mobilisant chacun des sens de l’auditeur. Ce dernier ressort de l’expérience augmenté et comblé. Il s’agit là d’un album à acquérir, à faire revivre aussi souvent que possible jusqu’à l’usure tant est qu’il soit possible d’en sonder l’entièreté!
Le trio Californien de Shotgun Sawyer en association avec Ripple Music vient enterrer la hache de guerre par le biais de son second album Bury The Hatchet. Il faut dire que leur premier album sorti en 2016 Thunderchief avait quelques relents guerriers avec un artwork à base de chasseur bombardier F-105 ayant servi notamment au Viêt-Nam (Et très accessoirement le plus lourd de l’histoire dans sa catégorie, à bon entendeur…). Cette fois-ci Shotgun Sawyer est rentré au pays, et après avoir cramé le Delta du Mékong le trio se ressource dans le Delta du Mississippi.
Bury The Hatchet est un album particulier, bien qu’il hésite entre les genres il semble vouloir retrace l’histoire d’un pan de la musique du blues au heavy. Les influences sont nombreuses et classiques. Le tout nécessitant de l’application dans l’écoute.
L’influence de Led Zeppelin se fait sentir dès les premiers morceaux, la basse si on s’y arrête enchaine les plans et seraient à même de faire penser à “Communication Breakdown”, cette dernière associée à la batterie sur “(Let me) Take You Home” fait songer à un “Moby Dick”
Côté chant il manque peu de grain pour qu’il soit totalement sexy. On trouvera aussi dans cet album du ZZ Top avec l’intro de “Hombre”, du Steve Ray Vaughan version light sur “When The Sun Breaks”. A vrai dire, si l’album a cette couche heavy qui place Shotgun Sawyer parmi le groupe de pure Stoner, il est clair qu’on a entre les oreilles aussi un pur groupe de blues. De ceux qui cultivent la tradition du storytelling à la façon d’un Muddy Waters, le morceau le plus parlant à ce sujet étant sans doute “You Got to Run” qui évoque des souvenirs fictifs avec son “When I was a young boy, Mama tell me Son […] You got to run!”
Alors attention à ne pas vous méprendre, la couche blues est bien omniprésente, mais on parle bien de rock Heavy, peut-être pas le plus métal de tous, certes, mais les amplis envoient la saturation bien comme il se doit et il n’y a pas de hors sujet. Les slides à coup de bottleneck émaillent la galette et c’est bien une des facettes de Shotgun Sawyer, un son à l’ancienne, natif américain. Un son qui bien souvent prend l’auditeur pour l’emmener s’en griller une avec un bon verre de Bourbon. Ce son qui gentiment emmène l’auditeur depuis ce qui devait être un simple moment de détente vers un peu plus d’excès et au final te laisse dans le caniveau avec “Shallow Graves” et son Crunch enivrant comme une biture de première, arrivée par surprise
Bury The Hatchet ne se placera pas dans les monuments du genre, il y a quelque chose d’un peu trop superficiel dans tout cela mais passé se constat, l’ensemble tient la route plutôt pas mal, encaisse les assauts des écoutes répétées et offre un bon moment de détente. Au final Shotgun Sawyer reste dans la lignée de ce qu’il avait produit lors de sa première sortie. Un de ces groupes que l’on écoute quelques fois afin de se faire une opinion et sur lesquels on peine à se dire que l’on est totalement convaincu avant de le ranger dans un coin de sa mémoire. Cependant, il y a fort à parier qu’une fois que l’on retombe dessus dans sa discothèque après que le temps ait fait son œuvre, on le ressort avec nostalgie et l’impression d’être passé à côté de quelque chose avant de le remettre à tourner sur sa platine quelques fois d’affilée.
On ne sait jamais vraiment quoi attendre d’un nouveau Sunn O))), au-delà de l’événement en soi. Pour l’auditeur qui en fait l’acquisition, c’est généralement un gros point d’interrogation qui met systématiquement plusieurs jours ou semaines à se décanter.
On peut évidemment se projeter sur une « tendance » au regard de la discographie du groupe. Ce prisme apporte déjà son lot de perspectives : après un ode à la noirceur bien nommé Black One, puis une démonstration en songwriting obscur à travers un Monoliths & Dimensions qui repoussait en tous sens le cadre conventionnel, le duo protéiforme s’était montré plus « canalisé » avec un Kannon qui proposait un triptyque massif et plus homogène. Une formule qui appuyait la maturité du groupe, et affirmait sa vision extrême de la musique – et en même temps un exercice en nuances dans un cadre drone qui apparaît par nature au profane comme monolithique et statique (à ce titre, les collaborations Terrestrials et Soused qui ont amené la transition à Kannon semblent, avec le recul, avoir été des éléments plus structurants qu’il n’y paraît).
En tous les cas, cette évolution trouve sa continuité dans Life Metal : l’objet est une démonstration de densité et en même temps de cohérence. Une cohérence sonore d’abord : le duo a beau s’être fait plaisir en terme de subtilités de sons de guitares, effets, amplis, etc… l’auditeur un peu simpliste – à l’image de votre serviteur – n’y verra pas d’énorme nuance sonore dans les sons de guitare(s), qui sont quasiment le fil rouge instrumental de la galette. Plus globalement, la production de ces quatre monolithes musicaux (quatre plages, 1h10min au garrot… un beau bébé à digérer !) restitue cette cohérence de fond – ce qui était probablement l’un des résultats attendus par l’enregistrement « très analogue » (une démarche particulièrement intéressante pour un album de drone) obtenu en recourant aux services de Steve Albini.
Cette base étant établie, les différents morceaux vont finir de donner le ton du disque. Quatre morceaux donc, comme autant d’expériences différentes. Le premier titre et aussi le plus accessible, « Between Sleipnir’s Breath », déroule son riff majestueux et ses harmonies de leads aériennes, qui pavent le chemin aux vocaux de Hildur Guðnadóttir, en chœurs, qui apportent une sensibilité inédite à ce morceau puissant : le contraste entre la fragilité de la voix de la musicienne islandaise associée au son de guitare pachydermique, en fond, est d’une grande efficacité (une technique déjà entendue chez Sunn O)))… avec d’autres types de chant !). La seconde pièce maîtresse est « Troubled Air », où chaque accord de guitare est amené aux frontières vibrantes du feedback, poussées dans leurs retranchements par un SOMA toujours sur la brèche. Force du morceau, il est accompagné du clavier/Moog de TOS mais aussi d’un arrangement d’orgue grandiloquent (mais pas prépondérant) pour un apport mélodique bienvenu, qui empêche constamment le titre de pencher « du côté sombre ». Classieux et puissant.
S’ensuit le plus « classique » (toutes proportions gardées) « Aurora », morceau le moins accrocheur de l’album, qui déroule ses 19 minutes d’échanges intriqués entre les six-cordes de Anderson et O’Malley et une fin abrupte plutôt surprenante (ils avaient pourtant le temps de structurer une fin plus « soft »…). On a du mal à qualifier un morceau de 20 minutes de « titre de transition » mais on n’en est quand même pas loin… Surtout que la pièce qui vient clôturer l’album, « Novae », est l’un des points d’orgue du disque. Long de presque une demi-heure, il installe d’abord une ambiance sournoise à base de riffs bien catchy et d’orgue (plus l’haldorophone de Guðnadóttir qui pleure en fond), puis décolle plus loin petit à petit vers une atmosphère bien moins suffocante au milieu du morceau. Là, toute l’instrumentation s’interrompt pour écouter barrir (si si) le violoncelle de l’islandaise, qui amène un segment de drone bruitiste de dix bonnes minutes, comme une respiration, avant un retour en clôture à un riffing plus « traditionnel ».
Inutile de préciser que l’on ressort lessivé de l’écoute attentive (car une écoute « en musique de fond » est aussi possible, mais de moindre intérêt) et répétée de Life Metal. Comme toujours avec Sunn O))), les sourires goguenards de l’auditeur s’enchaînent avec les froncement de sourcils dubitatifs et les yeux écarquillés de surprise, en particulier dans les premières écoutes. Mais sur Life Metal au même titre que pour Kannon, l’écoute intégrale du disque devient vite une séquence intéressante en soi, au-delà de l’écoute ponctuelle d’un ou l’autre de ses titres. On aime l’album ou pas, mais on l’aimera comme un tout, et pas certains titres et pas d’autres. L’ambiance générale, moins traumatique et pesante que sur leurs albums précédents, rend les choses d’autant plus intéressantes, et oblige à se concentrer sur la musique elle-même, un drone puissant, exigeant, esthétique, basé sur les instruments et les musiciens, plutôt que sur les machines et la technique. Et dans ce secteur, Sunn O))) règne en maître.
Les primates helvètes et ma pomme c’est une romance à l’eau de flamand rose qui dure depuis une flopée d’années en ce qui me concerne. En plus d’être composé d’individus fort sympathiques et chaleureux, qui se trouvent être des compatriotes de ma petite personne (personne n’est parfait), des bêtes de scène et des musiciens formidables, les tribulations du quatuor dans la galaxie stoner ont débuté quasi-simultanément avec le lancement de ce site à une époque où le stoner et ses multiples dérives se propageaient sous le manteau dans des réseaux plutôt underground ; forcément ça tisse des liens… C’est assez gratifiant de se poser un moment pour considérer l’évolution populaire du genre qui nous tient à cœur et c’est carrément toujours aussi excitant de se poser un moment pour se plonger dans une nouvelle production du quatuor de Lausanne.
Comme c’est le cas à chaque nouvelle livraison de ces maîtres de l’instrumental psychédélique, une certaine appréhension a précédé les instants précédant l’envoi du flux de décibels pour rassasier mes oreilles (j’étais tout fébrile) ; est-ce que ces garçons allaient me décevoir en commettant la galette trop avant-gardiste ? Ou alors allaient-ils me plonger dans un voyage galactique au sein de leur univers musical si envoûtant qui allie parfaitement les volets psychédéliques des nappes synthétiques ainsi que de la guitare et les précises rythmiques métronomiques ?
Après avoir lancé la lecture (numérique et il me tarde me lancer dans sa version analogique – voir le point vinyle plus bas), je retrouve les saveurs qui constituent ce que j’affectionne tant dans ce groupe. Je suis rassuré (ils ne nous ont pas trahis) et peux dérouler les six nouvelles compositions en toute décontraction en m’immergeant dans ce Sphere dont l’artwork est sublime (je note au passage que ça promet une kyrielle de chouettes déclinaisons pour le merch). Les yeux grands fermés, mon âme arpente cet album de bout en bout et je me retrouve, comme à l’accoutumée avec Monkey 3, captif de ces sorciers du rock. Je me repasse les titres, j’approfondis le déchiffrage des nouveaux titres et, dans une démarche plutôt introspective, exempte des stimuli du quotidien, je suis transporté par cette nouvelle réussite à mettre au crédit de pionniers de ce style.
Éloigné de son prédécesseur, Astra Symmetry, et de ses orientations orientales, le millésime 2019 se rapproche plus de Beyond The Black Sky voire de leur premier effort éponyme. Il est à la fois compact, intense et minéral. Question formes circulaires, le prolongement du jazzy « Circles » sur The 5th Sun n’est pas au sommaire de cette sortie plutôt froide et métallique à l’image de « Spirals » – le premier titre – qui renoue avec les compos alambiquées et inspirantes de Pink Floyd. Cette mise en bouche débutant sur des nappes synthétiques fait preuve à son apogée d’une redoutable puissance.
Burné, ce nouveau chapitre ? Clairement oui, mais pas bourrin ! Telle la sélection de compositions figurant sur Live At Freak Valley, la présente moisson se distingue par une interprétation pugnace de compos psychédéliques même si l’âme du Flamand Rose plane toujours autant (l’intro d’« Axis » est un joli clin d’œil). « Mass » illustre particulièrement la volonté d’envoyer du lourd avec sa rythmique quasi-martiale qui ne passe au second plan que lorsque les soli à la guitare déferlent, histoire d’en foutre plein la gueule à l’auditeur. Ce titre de six minutes devrait séduire quelques metalheads vu ses inspirations vintages qui leur rappellera une certaine déclinaison du hard rock d’autrefois (l’âge d’or des guitar heroes).
Dans un style concis, nous avons le simple et efficace « Ida » et ses relents acoustiques au début qui tourne durant à peine 4 minutes et sert de mise en bouche au morceau fleuve de l’album : « Ellipsis ». Les 14 minutes qui mettent un terme à cette plaque (qui frise avec l’heure de jeu) sont un condensé des gimmicks qui séduisent tant chez Monkey 3 avec des voix humaines en final. Cette ultime composition organique baisse un peu le niveau couillu en accentuant l’ambiance planante même si un riff saturé plutôt simple se décline au second plan durant la moitié du morceau.
Après de nombreuses écoutes, ma préférence va au quatrième titre de l’album : « Prism ». C’est une putain de pièce d’orfèvrerie qui flirte avec la perfection et qui promet de tout déchirer en live. Amenées par les nappes des machines de dB, ces 9 minutes montent en intensité tandis que le temps s’écoule : quelques coups de boutoir envoyés par Kevin et Walter viennent ébranler l’auditeur avant que Boris déploie de gros riffs saturés qui cartonnent bien, entraînés par avec une accélération du tempo. On plonge ensuite dans une ambiance maîtrisée par ces quidams à savoir un solo magistral sur lequel le Grand David Gilmour n’aurait pas osé cracher !
Trois ans après leur précédent album studio, les quatre garçons dans les brumes du Lac Léman réalisent un disque exemplaire à la fois aérien et burné comme il faut, exactement dans le registre où ils excellent : merci les gars, vous m’avez fait rudement plaisir une fois de plus !
Point Vinyle :
Comme d’hab avec Napalm, les fans vont être servis. On commence par le noir traditionnel avec un double gatefold accueillant sur les faces A, B et C les 6 plages complétées par une gravure en face D. On monte un poil en gamme avec l’édition dorée qui reprend le concept de la précédente, mais couleur or tirée à 300 exemplaires. On termine par le boxset ultime transparent qui se calque sur les déclinaisons déjà citées, mais est agrémenté d’un lp live capté à la Kulturkeller avec au sommaire des titres assez récents : « Icarus » sur une face et « The Water Bearer » ainsi que « Crossroad » sur l’autre ; un slipmat forcément indispensable complète le dispositif tiré à 500 exemplaires qui fait baver les aficionados depuis l’annonce de sa sortie.
Faute avouée est à moitié pardonnée : votre serviteur avait perdu la trace de Cowboys & Aliens après le virage des années 2000. Après l’explosion en plein vol de Buzzville records (le label belge ne se focalisait pourtant pas forcément sur les groupes « compatriotes ») et une paire d’albums pourtant excellents, le groupe plie bagage vers 2006 et ne donne plus signe de vie. Il s’avère avec le recul que le combo belge s’est reformé il y a 8 ans environ et a proposé une paire de sorties (EP, LP) qui sont restées sous notre radar. C’est en partie par hasard que l’on retrouve la trace des flamands en ce début 2019 à travers ce sixième album.
La (re)prise de contact est plutôt froide ; un peu comme des amis qui ne se sont pas vus depuis presque 15 ans, qui ont évolué séparément, se sont construits des parcours différents. Bref : on ne retrouve pas tout de suite le Cowboys & Aliens que l’on avait tant aimé. Mais après quelques écoutes, et notamment en se replongeant dans leur discographie, il devient vite évident que ce constant n’est pas imputable au groupe. En effet, Cowboys & Aliens est resté fidèle à lui-même et à ses origines : le quatuor de Bruges a toujours été porté sur le segment le plus « énervé » du stoner, plus propice à écraser la pédale de disto que celle de fuzz, et plutôt amateur de rythmiques nerveuses et de riffs acérés que de plans lents et lancinants. Or dans ce contexte, ce Horses Of Rebellion se révèle à l’usage un bon disque.
“A l’usage”, car même une fois que le postulat est clarifié, l’album reste difficile d’accès, un peu âpre en première approche. Il faut vraiment faire l’effort de faire tourner la rondelle un bon paquet de fois pour voir émerger la qualité des titres (encore une fois, c’est largement dû au fait que notre cortex s’est habitué à des standards stoner différents avec les années…). Une qualité qui est bel et bien au rendez-vous, avec très peu de faux pas sur les onze titres de ce disque, voire quelques vrais moments de grâce : on pense pêle-mêle à ces plans de guitare lead impeccablement catchy qui enrobent le refrain de “Still in the Shade”, au riff principal de “Sheep Bloody Sheep” et son refrain mélodique sorti de nulle part, au groovy morceau titre “Horses of Rebellion” et son refrain, au punk-isant “Refuse”, etc… Chaque titre trouve a place, du mid-tempo mature aux brulots heavy nerveux dans une rondelle solide de trois quarts d’heure bien remplis.
Cowboys & Aliens est donc un combo bien vivant, intègre et fidèle à ses ambitions musicales initiales. Cette tendance musicale, prépondérante au virage des années 2000 sur la planète stoner, s’est largement résorbée depuis… De fait, aujourd’hui, le groupe rentre moins dans le moule des sorties auxquelles on est habitués, mais il serait pourtant dommage que l’amateur d’un stoner un peu pêchu, relevant de la frange la plus “metal” du genre, ne se penche pas sur cette sortie et sur ce disque, qui gagne largement à se faire connaître.
Heavy Feather au travers de Debris & Rubble se fait jour le 5 avril avec une plongée dans un univers 60’s-70’s gavé de Blues Rock et de références telles que Cream ou Lynyrd Skynyrd. Une première création pour ce quartet qui m’a interpellé dès les premières notes pour son dynamisme et sa fraîcheur.
Heavy Feather attaque fort avec un titre éponyme qui nous laisse entrevoir au travers du temps de l’espace les Lynyrd Skynyrd des origines. Le groove des pistes “Where Did He Go” et “Waited all My life” sont un sublime présage porté par la voix suave et bluesy de Lisa Lystam. Assissterait-on à la résurgence d’un Blues Pills avec la noblesse en plus? Les riffs de gratte autant que l’exubérance de la batterie laissent entrevoir cette possibilité. Je t’invite d’ailleurs à faire un saut sur la piste Higher qui sonne comme un hymne façon Aretha Franklin…
En y pensant, c’est peut être là l’indice qu’il fallait. Oui la compo de “Higher” peut être scandée et t’emporter plutôt pas mal, mais il faut avouer que cela n’a pas toute la saveur escomptée. Les titres suivants le confirment, ils s’enchaînent et le relief qui semblait se dessiner au début de l’album se gomme. Heavy Feather est monté haut d’entrée de jeu mais une fois au sommet de son art c’est un peu plat.
Soyons justes, l’utilisation de l’harmonica est du plus bel effet et revient toujours à point nommé pour enrichir le blues rock posé sur la galette Debris & Rubble. On sent de belles influences venues de la charnière 60’s-70’s et plus particulièrement une gratte inspirée par le blues d’un Jimi Hendrix. Oui tout est très bien enregistré et sonne très propre. Cependant quand le groupe se tourne vers des sonorité plus country rock je commence à m’ennuyer assez fermement. En gros on pourrait dire que tout cela est aussi désaltérant qu’une bière accompagnant une choucroute, ça semble frais mais ça devient vite indigeste.
Le chant de “Dreams” autant que les gammes de la basse n’en finissent pas. Le point d’orgues résidant sans doute dans les deux titres de clôture, “Tell me Your Tale” et “11 Whispering Things” qui m’ont fait l’effet d’une plongée dans l’univers chatoyant d’un Buffalo Grill.
Je vais descendre d’un ton, car soyons constructifs tout de même, je ne doute pas que Heavy Feather trouve toute sa place en live en dégageant une énergie scénique qui fera bouger les bassins et hocher les têtes. Dire que tout est à jeter serait à proprement parler irresponsable. Je pense plutôt que c’est l’écoute prolongée et répétée qui en fait un album lourd à digérer. Il se placera sans doute très bien au sein d’une playlist avec une apparition ponctuelle.
Pour conclure c’est un peu la mort dans l’âme que je dois admettre que la plaque Debris & Rubble est en quelque sorte un pétard mouillé. Nanti d’une belle puissance, d’une fraîcheur certaine et d’appuis souverains dans les meilleures inspirations des années 70 Heavy Feather n’arrive pas à tenir ses promesses tout au long de son album et le talent indéniable des musiciens ne minore pas la fébrilité des compositions. Espérons que ses orientations futures reviendront avec l’énergie qui réside dans le premier tiers de l’album.
Les changements de labels de notre ami Brant Bjork auront permis de voir deux arlésiennes devenir finalement réalités. Le passage chez Napalm Records a vu la sortie du tant de fois annoncé et tout autant de fois repoussé album live (Europe ’16 sorti en 2017). Une bien belle galette que beaucoup de fans attendaient et qui a fort justement récompensé leur patience. Désormais chez Heavy Psych Sounds, Mr Cool voit un autre de ses projets voir le jour. Celui-ci était bien plus incertain puisqu’on ne compte plus les interviews avec la fameuse question sur la session d’enregistrement connue sous le nom de « Jacoozzi » où Brant répond de façon évasive. Sortira ? Sortira pas ? Et bien voilà la décision finalement prise, surement grâce au label.
Il faut dire que ce nouvel album solo de Brant Bjork a été enregistré en décembre 2010. Autant dire que bon nombre des fans avaient déjà renoncé à entendre un jour ces morceaux.
Après avoir écouté ces titres, nous voilà aussi avec la réponse qui nous taraudait. Véritables pépites en sommeil qui n’attendaient qu’une sortie pour briller de tout leur éclat ou simple jam session qui dort au fond d’un tiroir car dénuée d’un réel intérêt artistique (et donc commercial) ? Mon avis (et je suis un fan de Brant) penche pour la deuxième solution, soyons honnête. Cette dizaine de titres, presqu’entièrement instrumentaux, ne changeront pas la face du rock, ni même la carrière de Brant Bjork. De là à parler de sortie anecdotique, il n’y a qu’un pas.
Ce n’est pas mauvais, ça non. C’est juste que ça n’apporte rien de nouveau et que c’est même parfois un peu long. Prenez le premier titre, “Can’t Out Run the Sun”. Ça se traine en longueur avec des variations minimes sans jamais décoller véritablement. Plus de sept minutes pour une ou deux idées de batterie agrémentées d’une guitare en mode automatique. Et c’est pareil pour le deuxième titre à bien y regarder. “Oui” (c’est le titre), la sixième piste, sort un peu du lot avec sa batterie qui s’emballe mais là encore, force est de constater que Brant a déjà fait bien mieux.
Bref, ne tirons pas à boulets rouges sur cette sortie car elle a le mérite d’exister mais elle est à réserver aux fans hardcore. Brant avait pris beaucoup de plaisir lors de cette session et c’était certainement un passage obligé dans son processus créatif, elle est donc à prendre comme un document, une archive, plus que comme un véritable album solo.
Point Vinyle :
Heavy Psych Sounds n’est pas avare avec un pressage sur galettes : Vertes transparentes (250), oranges (700), “Splatter” orange/rouge/jaune (600) et noires.
Lorsqu’en 2016 sortait Reliquary For A Dreamed Of World, votre serviteur n’hésitait pas à qualifier 11Paranoias de groupe parfait. Et c’est un adjectif que je maintiens. Le trio continue à produire sa magie noire en totale indépendance, à sortir ses disques via leur petite (mais Ô combien qualitative) structure Ritual Productions et à enchanter par une liberté musicale (l’intransigeance du son du groupe est saisissante), et artistique (les pochettes du groupe défrichent des techniques visuelles passionnantes).
11Paranoias n’a pas changé d’un iota sa recette, consistant à la parfaite synthèse des préoccupations musicales de ses protagonistes, à savoir marier la radicalité doom, extrême et intransigeante de Ramesses avec le drone à haute teneur en sombre psychédélisme de Bong. Derrière les vocaux hallucinés, les riffs de guitares à la saturation maladive et le martellement rythmique – comme si un Hawkwind des ténèbres percutait le cosmos lors d’un rituel païen – se trouve une volonté doom indéniable. Un doom perfusé au space rock, un doom satellitaire, un doom drone, mais un doom libéré de l’idée même d’une structure classique, avec des couplets et un refrain.
La basse est monstrueuse, frappant le bas ventre, tenant la structure tandis que Mike Vest exprime toute son inadaptation musicale dans de longs râles de guitares. 11Paranoias est le jam band des enfers, Une sorte de Earthless condamné aux entrailles de la terre. Radical, rituel, le son du trio invite à un douloureux voyage, aspire l’âme et offre avec ses deux pièces épiques « Acoustic Mirror I et II » 25 minutes d’hallucination psychotropes à la froideur maladive, que n’aurait pas renié Bell Witch. L’album est parsemé de trouvailles sonores, offrant quelques prises dans le maelstrom doom ravageant nos convictions avec une inéluctable lenteur. Le pont de « Quantitative Immortalities », le riff « Weedian » de « Loss Portal » sont autant d’espoirs vite ensevelis sous l’intransigeance de ce disque décidément sublime de bout en bout pour peu que la radicalité psychédélique et la pachydermie du groupe soit pour vous une douleur transcendantale plutôt qu’un éprouvant moment.
Point Vinyle :
Ritual Production est un label généreux et ses sorties, souvent confidentielles, font la part belle aux arts visuels chiadés. Après un sublime cliché d’un tableau de Marx Ernst, puis une visuel tridimensionnel à regarder via des filtres de couleurs, voici que les deux éditions spéciales de cet album (éditées chacune à 50 exemplaires) sont faites à la main, à base de pochoirs sérigraphiés. Une édition classique est également disponible et plus facile à trouver.
Difficile de ne pas tracer un parallèle avec la discographie, la boulimie de genres et de publications foisonnantes de Motopsycho et le mythe de la tour de Babel. Par leur précédente livraison déjà « The Tower » (bien vu l’aveugle) et par leur propension à utiliser tellement de langages qu’ils en brouillent parfois le fil directeur de leur propos. Difficile en effet d’entendre le même groupe il y a vingt ans de celui d’aujourd’hui quand bien même il s’agit là d’une intelligente et raffinée mue(sicale).
Pourtant rien de trouble dans la nouvelle galette des norvégiens. « The Crucible » se pose en suite somme toute logique de la précédente livraison. Un séquel qui partage les mêmes ingrédients et mécanismes de compositions et qui assoit un peu plus la présence du batteur Tomas Järmyr (arrivé sur « The Tower »). Une suite plus sombre tout de même où les idées se font malmenées, où le groupe mène ses réflexions à plus de cassures bruitistes.
Le groupe y développe à nouveau son amour des entrelacs de guitares, des envolées de cordes, son obsession pour la polyrythmie et ses canevas complexes et tortueux. Il creuse de plus en plus ses amours et obsessions de la scène prog de la fin des années 60 début 70. Comment en effet, ne pas penser au roi Crimson dans « Lux Aeterna », à sa science de l’équilibre et à son amour du brinquebalant baroque ?
Motorpsycho cimente toujours plus son savoir-faire empirique, n’hésitant pas à piocher çà et là chez ses grands darons, Black Sabbath en tête de gondole. Difficile de ne pas écouter « Psychotzar » sans entendre ces guitares venues de la perfide Albion. C’est d’ailleurs sur sa capacité à doser ces différentes références que Motorpsycho sort du lot. Le trio pourrait tout à fait s’y perdre et nous offrir une succession de plans plus ou moins connus des initiés, or chaque titre sonne comme tout à fait personnel.
Là est la force du combo. Il est devenu, par son hyperactivité et sa force créatrice, une référence à part entière, un groupe détaillant un peu plus à chaque sortie l’orfèvrerie de ses compositions. On retrouve d’ailleurs dans cette manière de faire et d’avancer les envies de Elder, rien d’étonnant à les voir évoluer sous la même bannière, Stickman Records. Ce genre de label privilégiant la création à la copie, la naissance au clonage. On pourrait d’ailleurs citer Pelagic Records dans un genre plus aérien. On digresse me direz-vous mais il s’agit là de bien vous faire comprendre du caractère tout à fait singulier de Motorpsycho.
Car, oui, il serait dommage que vous passiez à côté, que vous ne creusiez pas plus que la première écoute. Le groupe n’est pas « bankable », pas « in », il est nul en communication, frileux dans ses tournées, rarement cité par les lecteurs et fans de stoner (dans sa large acception j’entends). Il est pourtant majeur et incontournable pour qui recherche l’évasion et l’intelligence dans la musique.
« The Crucible » n’est pas le meilleur album de Motorpsycho. Non. Il est la juste continuité d’une œuvre totale, une pierre de plus à l’édifice riche, multiple et singulier que le groupe construit patiemment depuis plus de vingt maintenant. Un porte d’entrée pour les non-initiés peut-être, un étage supplémentaire pour les amateurs assurément.
On a tous en tête un album-surprise, dont on attendait peu, et qui s’avère être une petite perle cachée. Le deuxième album de Oreyeon est de ceux-là. On est habitués à une certaine profusion de groupes italiens baignant de près ou de loin dans la scène stoner, bien aidée par des labels prolixes (Go Down, Heavy Psych…). Peu filtrés, ces groupes déferlent par poignées, tous les mois, depuis au moins deux décennies… et émergent rarement du lot (vous aurez du mal à en citer plusieurs qui font référence internationale dans le genre) ; raison pour laquelle on avait l’intention de prêter une oreille plutôt distraite à cette sortie d’un énième combo transalpin, a priori destiné à un classement vertical. Heureusement notre professionnalisme et notre rigueur (hein ? Quel melon ?) nous ont amené à pousser un peu plus loin l’écoute de cette galette… et grand bien nous en a pris.
Musicalement, on baigne très rapidement une ou deux décennies en arrière, dans un contexte où les prémices du stoner prenaient forme, et où l’inspiration des groupes associés (en tout cas de ceux qui ne se réclamaient pas du doom) trouvait ses racines dans les bases de Kyuss, de ses émanations californiennes, et de la bouillonnante scène scandinave. De fait, on entend beaucoup de ça sur ce « Ode To Oblivion » : du Kyuss, du Dozer, du Lowrider, etc… Le chroniqueur pressé aura rapidement catalogué le groupe d’une étiquette de vulgaire plagiaire, au pire peu inspiré… heureusement nous ne sommes pas de ce genre et nous avons été au-delà (oui ça va bien les chevilles, pourquoi vous posez la question ?) pour aller chercher un peu plus loin les qualités intrinsèques du disque. Et c’est clairement le talent d’écriture du groupe qui aide à passer cette phase de transition, pour transformer les écoutes suivantes en réelles séances de plaisir quasi coupables. Oreyeon disperse de petites perles de compos au fil de l’album, qui rendent chaque titre addictif : des arrangements, des riffs, des breaks, etc… captivants et foutrement bien vus. Un vrai talent on vous dit ! On est donc sur une vraie qualité de riff, mais aussi un enrobage qui mettent parfaitement les compos en avant. On pense à l’envolée de guitares et les plans quasi space qui viennent compenser le riffing acéré de l’instru « T.I.O. » (qui en soi n’aurait pas détonné sur un bon vieux Karma To Burn), on pense au refrain sur-fuzzé qui vient plomber « Trudging to Vacuity » et son break central qui amène à une section très Kyussienne, on pense au couplet de « Ode to Oblivion » dont les guitares font émerger de nos cervelets replets les sons de groupes comme Solarized (RIP), etc… Y’a du riff, y’a de la fuzz à revendre, mais surtout y’a du groove à tous les étages !
Côté interprétation, on est dans l’efficace, et hormis quelques choix un peu étranges de mise en son de la basse, tout est là et bien là. Point très marquant du disque : ces lignes vocales chargées de reverb, souvent doublées (très probablement un signe de manque de confiance) rappellent souvent Jason Shi de ASG. Etonnamment l’un des atouts de la musique des italiens.
Depuis une bonne dizaine d’années, les bons groupes de ce qu’on appellera « une certaine idée du vrai stoner » sont finalement bien rares (on parle de ceux qui ne seraient pas des émanations directes de groupes des années 70… réfléchissez-y, ça en élimine une bonne partie…). Dans ce contexte, en trouver un ainsi sorti du chapeau, et talentueux qui plus est, compense largement les dizaines d’albums médiocres que l’on écoute en continu sans y prêter attention. Un petit trésor, modeste mais efficace, qui ravira les amateurs de stoner du début des années 2000 en particulier (le vrai !).
Il y a longtemps le Diable a pris une apparence de guitare et régulièrement tombant entre les mains d’un pauvre hère sur les routes du monde, l’oblige à jouer avec sensualité pour perdre un auditoire toujours plus nombreux. La légende pourrait vouloir que ce soit là l’origine du groupe The Devil & The Almighty Blues. Et comme la modernité est fille du Malin, elle a permis au démon d’enregistrer ses notes aguicheuses pour la troisième fois. L’opus diaboli s’intitule Tre, son suppôt Blues for The Red Sun Records.
Le quintette norvégien m’a pris dans sa transe voilà quelques années et ce dernier album ne déçoit pas l’image que je m’étais faite du groupe. Leur blues sudiste porte l’auditeur de bout en bout avec calme sur un mid-tempo généreux. On pourrait se demander d’ailleurs ce qu’un groupe de blues vient foutre dans ces pages. C’est bien tout le truc de TDATAB, réussir à proposer des morceaux purement blues en les jouant avec amplification et suffisamment d’énergie rock pour qu’on les localise dans la galaxie Stoner grâce aussi à une certaine capacité à siphonner la moelle du genre.
L’économie de notes fait la moitié du job puis on en revient à des solos plus touffus et plus Heavy qui portent la seconde moitié du boulot. L’application des deux guitares à se soutenir donne une force de chœur où la basse et la batterie finissent de relever les titres. Tre est un album qui puise ses inspirations dans un style blues américain sudiste comme je l’ai dit mais les cordes font traverser l’atlantique et nous ramènent au Rock Anglais avec une touche proche de celle de Keith Richard par instants (je t’invite à t’en laisser convaincre notamment sur le solo de “One For Sorrow”) et parfois de façon ténue renvoie à un certain Monsieur Iommi. A force d’universalité on en oublierait que ce quintette est Norvégien.
Avec Tre, The Devil & The Almighty Blues poursuit un chemin entamé dès le premier album avec le titre “Root to Root” ou “North Road” et “Low” sur le second. Une route mid-tempo et foncièrement mélodique. Ici cette écriture a englobé tout l’album et la galette s’écoute détendu et posé. On ne surprend que rarement l’excès d’énergie et si excès il y a, c’est au travers des mélodies qui disposent d’une puissance évocatrice plutôt que d’une force liée à l’amplification et au jeu à proprement parler. On sent d’ailleurs bien que côté chant il y a pas mal de celà, une voix rauque qui ne pousse jamais hors de ses limites et assied le tout avec de ponctuels rehauts de chœurs féminins pour la touche de finesse.
Je t’invite, lecteur, à t’arrêter sur des titres comme “Salt The Earth” qui te bercera avec brio et te portera tout au long de ses 12,31 minutes , “Hearth of The Montain” et l’histoire qu’il raconte avec un chant scandé et des gimmicks pleins de conviction ou encore sur “Time Ruins Everything” et son engagement vocal sur jeu basse et puissant. Si après cela tu n’as pas cédé aux vices de cet album, c’est que ta chapelle se trouve aux antipodes de ce qui se passe ici et je te rends à ta sainteté.
Tre est un album de Rock’n’roll plutôt calme, il fait à vitesse réduite ce que beaucoup n’arrivent pas à faire en accélérant le pas. The Devil And The Almighty Blues emmène son auditoire avec lui et subtilement s’insinue en lui pour mieux conquérir son âme, te relançant sans cesse pour une nouvelle écoute sans aucune lassitude. Si tu as l’occasion d’aller assister à un de leurs sabbats live, je te le recommande, ce groupe est séduisant en diable et confirme sa position montante sur la scène actuelle avec cette galette toute en rondeur et en émotion.
Asthma Castle est un quintet de Baltimore qui s’auto-positionne en tant que groupe de Stoner Metal “Beefaroni” (Macaronis à la tomate au bœuf et au fromage), un peu comme si un groupe italien s’était défini comme le spaghetti bolo’ du genre. Sur ce postulat on devine déjà qu’on ne va pas faire dans la dentelle. Dix ans après la sortie de leur EP voici venu leur premier album signé chez Hellmistress Records, Mount Crushmore sorti ce 15 mars.
Portant toute la galette, le chant de Zach Westphal, est une sorte de mélange entre un growl Death, un Sludge énergique et un hurlement façon Down première mouture. A l’exception des deux premières pistes “The incline of Western Civilization” et “Mount Crushmore” où ponctuellement s’invitent les autres membres du groupe pour un chant collectif plus “léger” on sait déjà qu’on va faire dans le décrassage auditif.
Adam Jarvis, batteur polymorphe, donne corps à Mount Crushmore grâce à sa frappe tantôt mid-tempo et tantôt rapide. Il sert tout son art non pas d’un morceau à l’autre mais sur chaque titre, comme un besoin de tout donner à chaque titre. Asthma Castle sait se faire à la fois Groovy et martial comme sur “Here come the Black Ship”. Cependant les riffs Heavy et Old School forgent l’identité de ce son de Baltimore. La plupart du temps ça tabasse des bûches à une cadence folle et on n’a pas le temps de reprendre son souffle dans cet enregistrement un poil crado et sanguinolent.
La formule quintet sert bien l’effet de puissance recherché, les grattes jouent en couverture constante, la batterie tabasse furieusement et la basse sort ses notes Groovy parfois entêtante autant que des lignes particulièrement notables sur “Brazillian Catbox Incident”. Cette dernière s’y déchaîne avec une nappe de Fuzz bien dense et l’instant n’est que de trop courte durée.
Je te recommande de t’arrêter sur les titres des morceaux qui sont aussi fendards que le laisse supposer le nom de l’album. Prix spécial pour “Methlehem” et “The Book of Dudreonomy” sans doute parce que c’est toujours drôle de se moquer de la religion et que Asthma Castle reste dans l’esprit de son premier EP, Jesus, Mary, and Broseph.
Asthma Castle c’est un peu comme de la poudre noire, trois composants mélangés en parts plus ou moins importantes pour obtenir un effet variable. Des morceaux à l’allumage lent et d’autres filants comme des balles de guerre. Le quintet ne sort pas des sentiers battus, les ingrédients sont connus depuis des lustres, mais quoi qu’il en soit, le tout comme de la poudre noire s’allume compacté dans une cartouche. Cette dernière est de 31 minutes et l’effet est furieusement explosif.
Avis aux amateurs de son gras, très gras même. Dead Witches revient avec un deuxième album intitulé The Final Exorcism, titre qui colle merveilleusement bien à l’ambiance. Lent, lourd, glauque, tous les ingrédients pour un album de doom sont réunis. Les déçus du dernier Electric Wizard vont reprendre du poil de la bête.
La référence à Electric Wizard n’est pas anodine. Certains diront même qu’il s’agit d’une pâle copie de la bande originaire du Dorset. On retrouve d’ailleurs le fabuleux Mark Greening derrière les fûts, qui officia pendant plus de dix ans au sein de la bande de Jus Oborn…
Dead Witches a tout de même sa part d’originalité. Grâce à la voix de Soozi Chameleone qui balance ses complaintes mortuaires tout au long des sept morceaux qui composent The Final Exorcism. Les parties vocales contrebalancent à merveille avec les riffs lourds du groupe pour donner naissance à une sorte de stoner-doom-psychédelique plutôt bien produit. Les morceaux sont lents et lancinants et toujours plus gras comme sur “The Final Exorcism” et “Goddess Of The Night”. Basse et batterie se contentent de marteler le rythme sur un même riff pendant de longues minutes pendant que le chanteur s’égosille sur des paroles macabres. La guitare suit les mêmes plans et agrémente les chansons de quelques solos bien ficelés.
Le quatrième titre “When The Dead See The Sun” est complètement différent. Exit le doom et place à un rock psyché qui dénote avec le reste de l’album. Ce qui nous laisse quelques minutes de répits pour changer un peu d’atmosphère. Ce n’est pas plus mal car après trois chansons, on commence déjà à tourner en rond…
Le répit est de courte durée, moins de deux minutes, et nous revoilà repartis vers les complaintes doomesques du chanteur et de sa troupe. En même temps, on est un peu là pour ça. La section rythmique continue son travail de sape pendant que la guitare alterne entre riffs gras et répétitifs et envolés en solo à base de fuzz. Comme à chaque chanson, Dead Witches fait monter la sauce au fil des minutes, pour terminer dans un martèlement d’instruments toujours plus lourd. Même à la maison, on a envie de secouer la tête au rythme de la batterie.
Il ne faut pas se le cacher, The Final Exorcism n’apporte rien de nouveau à la scène doom. L’album est bon, sans plus. Si vous avez quelques dizaines de kilomètres à avaler en bagnole, ce nouvel opus de Dead Witches pourra vous faire passer 43 minutes du trajet un peu plus rapidement mais il ne faut pas en demander beaucoup plus…