Ingrina – Etter Lys

 

Aux frontières du désert, il est de ces groupes qui tracent un chemin tangent et finissent par nous heurter, c’est le cas de Ingrina, sextet de Tulle qui délivre son premier LP, Etter Lys. Entre un  Russian Circles adouci et Long Distance Calling torturé, Ingrina joue loin du poncif des successeurs d’Isis et crée une œuvre d’excellente facture.

La musique est introspective sans être profondément Shoegaze. Les passages à la fois aériens et aquatiques dégagent une force émotionnelle renforcée par des montées en puissance instrumentales qui ne permettent à aucun moment de décrocher. Cette cohérence tient beaucoup à la composition du groupe  avec ses deux batteries et trois guitaristes qui facilitent la construction d’une structure intense et riche avec de surcroît une basse aussi imposante qu’un éléphant qui charge.

Cette richesse est particulièrement prégnante dès le premier morceau “Black Hole” puis sur “Fluent” et “Coil”  où un chant tantôt clair bien que poussé, tantôt Screamo, se perd à demi au sein de successions de thèmes entrelacés.

Les compositions submergent littéralement l’auditeur pour éveiller des sentiments  liquides aussi bien que chtoniens. On croise le chant des sirènes et le craquement de l’orage dans l’air, on chute au sol dans la boue avec plaisir, avec le sentiment d’être pleinement vivant. La musique d’Ingrina est organique et aussi complexe qu’un corps. L’âme d’un monstre ancien se réveille, “Resillience” en est le morceau illustrateur, les membres de la créature bougent lentement puis la gueule s’ouvre et pousse son cri du fond des âges. les mouvement s’amplifient sur “Leeways” et du fond du lac, la créature surgit. “Surrender” lui rend hommage dans une introduction de cathédrale, une piste de près de 15 minutes. S’y enchaînent inflexions épiques et rappels de l’esprit des titres précédents. L’angoisse monte comme si la bête “Etter Lys” se dressait tout entière devant nous. Il est de ces créatures qui intriguent lorsqu’on les devine et qui poussent au recul lorsqu’on les embrasse toute entière. Ingrina crée un dragon du fond des âge, immense et polymorphe, sa complexité séduit et effraie tout à la fois.

La production léchée d’Etter Lys en fait un disque d’une richesse rare où la densité des six morceaux tient sur une cinquantaine de minutes ni trop courtes ni trop longues. Ingrina place haut la barre avec ce premier LP et s’arroge une place de choix au sein du Post-Metal Français avec cette capacité à séduire au delà des étiquettes et des genres.

Candlemass – House Of Doom (EP)

Heureux qui, comme Candlemass, fait un bel EP. Depuis 2015, et l’annonce d’une sorte de pré-retraite de la part du groupe suédois, Edling prépare son plan épargne vieillesse. Exit Robert Lowe, avec qui la greffe n’a malheureusement pas pris, le bassiste a recruté Mats Levén, qu’il a connu au sein d’Abstrakt Algebra. Un premier EP (Death By Lovers/2016) est né de cette énième collaboration et quelques headlines de festivals et autres participations lucratives à certaines émissions aident à garnir le compte en banque du groupe, qui semble très près de tirer sa révérence. Il est aujourd’hui de notoriété publique qu’Edling se bat depuis de nombreuses années contre la dépression, que son état physique s’en ressent (il est souvent remplacé en live par Per Wiberg, Spiritual Beggars/Opeth). Passons sur le partenariat avec un site de paris en ligne (oui ça craint) et la promo basée quasi uniquement sur la présence en featuring de Papa Emeritus de Ghost (oui ça craint) pour se concentrer sur ces 20 minutes d’extraction heavy doom extra vierge qu’est l’EP, première pression à froid.

Parce que la musique elle, ne fait pas de prisonnier. Quatre titres, quatre tubes. Rien de neuf, surtout pas, mais quatre raisons de se régaler de cette nouvelle offrande, complétant un peu plus la longue discographie d’un groupe qui ne va pas tarder à disparaître. « House Of Doom » déjà, s’il était sorti en 1986, aurait été le titre le plus emblématique du genre : difficile de faire plus cliché et difficile de faire plus efficace. Le refrain, le break, tout ici suinte le doom carnavalesque et épique qui fait le sel de Candlemass. « Fortuneteller » est un titre qui semble faire immédiatement référence à Deep Purple période Stormbringer. Levén dans la chemise de Coverdale, on se prend à fredonner le « Tell me Gipsy can you see me, in your cristal ball ». Derrière ces deux perles, « Flowers Of Deception » renvoie au « Sinister And Sweet » de l’EP précédent et « Dolls On A Wall » à « The Goose », instrumentaux doomy fermant idéalement les parenthèses auxquels ils appartiennent.

Bien sûr, on peut soupçonner Levén d’avoir participé grandement à la composition de ces deux derniers EP, prenant le relais d’un Edling à bout de souffle. Oui bien sûr il n’y a ici aucune trace de fraicheur et de renouveau mais quatre bonnes raisons d’avoir un sourire béat vous barrant le visage lorsque vous passez la galette sur/dans le lecteur. Soyez honnêtes, c’est pas non plus tous les jours que vous avez droit à 20 minutes de plaisir hein.

 

Point vinyle :

Classique Napalm : version noire classique, une or (300 ex) et pis c’est tout. Simple. Basique.

Crypt Trip – Rootstock

Alors que certains commercialisent du café, du Guronsan ou d’éventuelles substances peu plébiscitées par la masse afin d’éveiller les zombies que nous sommes, d’autres enregistrent sur un disque huit titres d’une sauce aux effets très similaires et dont l’abus ne causera du tort qu’à votre voisine chiante. Le power trio made in Texas qu’est Crypt Trip appartient à cette famille. Et après presque deux ans de silence, ils reviennent début 2018 avec une galette taillée pour le live qui s’intitule Rootstock.

Niveau style, on ne s’encombre encore une fois pas du lourd fardeau qu’est l’innovation. On branche les grattes sur de vieux amplis vintages et on balance l’invincible bluesy hard rock des 70’. Un pur son retro orienté jam et parfois agrémenté d’une petite touche d’orgue et de percus brésiliennes comme on les aime. « Rio Vista » en attestera mieux qu’un quelconque discours.

En dépit de quelques morceaux plus calmes, comme le psychédélique « Aquarena Daydream » avec son chant onirique et ses effets wa-wa qui évoquent un trip sous acide, le potard frénésie reste bloqué à dix. Même le doux interlude en acoustique d’à peine deux minutes qu’est « Mabon songs » ne trahit en rien la dynamique endiablée de l’album. Cameron et Sam, respectivement batteur et bassiste, en sont les principaux architectes, grâce notamment à leur complémentarité de jeu. Ils constituent un socle robuste et galopant sur lequel Ryan Lee vient lâcher ses lyrics mais surtout ses nombreux solos.

Côté influence, je ne vous ferai pas l’affront d’évoquer les similitudes avec Black Sabbath à l’écoute de titres tels que « Boogie No6 » ou Led Zeppelin sur des morceaux comme « Tears of Gaïa ». Rootstock en est constellé. Là où les Texans font vraiment la différence, c’est dans l’écriture globale du bazar. Les pistes s’enchaînent avec tant d’aisance qu’on peine à en suivre le décompte. Et ce, en sachant que trois d’entre elles existaient déjà en 2016 sur l’EP intitulé Mabon Songs. Trois titres, rafraîchis donc, qui se clôturent ici sur « Soul Games ». La musique du rappel. Celle qui groove un tantinet plus que ses sœurs avec son mariage guitare sèche / électrique et ses breaks de batterie absolument délicieux. Les deux dernières minutes de cette fièvre proposent une sortie jazzy assez surprenante sous fond de percus. Un vrai petit dessert qui nous fait nous interroger sur le pourquoi de notre présence ici, sans pour autant rien regretter du trajet.

En somme, un album conçu pour agiter les foules en live et qui séduira naturellement les fans d’Earthless et de Radio Moscow. Un album qui donne la pêche et fait partie de cette famille qui s’écoute d’une traite, encore et encore.

Yob – Our Raw Heart

Yob est un des plus grands groupes de metal de l’histoire à mes yeux, l’un des tout meilleurs. De ceux que je range dans la catégorie « metal total » qui de par leur son et leur qualité dépassent l’idée même d’étiquette. Doom ? Yob. Tout simplement. Dans sa discographie, il m’est jusqu’alors impossible de trouver un seul titre qualifiable ne serait-ce que de moyen. Alors bien sûr The Elaboration of Carbon se cherchait encore un peu stylistiquement, bien sûr Atma est un album vers lequel on revient moins que les autres, mais pour moi pas une seule minute de ce monolithe éthéré qu’est la discographie du groupe ne peut être qualifié de dispensable.

Une carrière qui aurait pu prendre fin en novembre 2016, lorsque Mike Scheidt, voix, guitare et âme de Yob se voit diagnostiquer une infection permanente des intestins (diverticulite du sigmoïde) qui aurait basiquement pu le laisser sur le carreau. Après de longues semaines d’hospitalisation, Scheidt a pu reprendre le cours de sa vie et de sa musique, évidemment influencée par ce par quoi il est passé. Se relever d’un tel moment de douleur et d’incertitude a forcément influé sur la composition (il retient de cette expérience, outre l’évidente peur de mourir, qu’il a passé 6 semaines à être trop faible pour faire de la guitare) et comme souvent lorsqu’un disque post traumatique est publié (Metallica, Baroness pour ne citer que des évidents), Our Raw Heart charrie son lot de difficultés.

Les premières écoutes de la 8ème livraison de Yob ont été terriblement déceptives. Quoique traversé par tout ce qui fait l’identité du groupe, il manque cruellement de subtilité. « Ablaze » par exemple attaque pied au plancher, avec la rage d’un survivant (là où le sage aurait pris le temps de développer) mais est submergé par la mélancolie par un ton plaintif dont le relief tarde à se dessiner. Et l’affaire ne s’arrange pas avec « The Screen », le morceau censément le plus prenant de l’album, jouant sur une corde que « Burning The Altar » (The Great Cessation/2009) avait déjà si brillamment shreddée. De l’aveu même de Scheidt, le riff est inspiré de Morbid Angel période Gateways To Annihilation – sauf que le premier néophyte venu peut s’en apercevoir. Si l’idée de ce riff lourd et rampant est absolument géniale, si la frustration de ne jamais voir le morceau décoller est une astuce merveilleuse gardant la tension de l’auditeur durant près de 10 minutes, l’ornement vocal laisse une fois de plus à désirer.

Mike Scheidt lèche toujours ses blessures – et nul homme ne peut le lui reprocher – mais tout cela manque de growls abyssaux et de variations vocales (de celles qui ont amené le net à inventer la folle rumeur que Scheidt chante parfois sous hélium…) que l’on a si souvent révérés. Le reste de l’album passe et laisse ce même goût étrange de catharsis (le mot, pas l’album) musicale parfois puissante, souvent touchante (« Beauty in Falling Leave »), malheureusement rarement grandiose. Et pourtant le grandiose avait, jusqu’à présent été la norme chez Yob.

Our Raw Heart est de ces albums qui pansent les plaies de son créateur en nous laissant par là même à la porte de ses sensations. Il serait tout de même sacrément égoïste de lui en tenir trop rigueur.

Prenons ce qu’il y a à prendre et attendons patiemment la suite.

Bonne guérison Mike. Bonne guérison.

Witch Mountain – Witch Mountain

Avec pourtant plus de vingt ans de carrière dans les semelles, on ne peut pas dire que Witch Mountain ait jamais vraiment explosé de ce côté de l’Atlantique. Plutôt underground dans son approche (complètement DIY sur tous les aspects « business ») et plus ancré aux U.S.A. (le groupe est très actif et présent dans sa région de Portland, au Nord-Ouest), le quatuor a quand même tenté quelques percées sur le vieux continent (on se rappelle d’une date au Hellfest et quelques concerts attenants il y a quelques années), mais trop rares pour figurer dans la liste des acteurs majeurs, vue d’ici. Il faut dire que Rob Wrong, guitariste co-fondateur du combo, a été pas mal occupé en tant que recrue de The Skull, le groupe dissident de Trouble avec Eric Wagner. Par ailleurs, après avoir passé quelques années à stabiliser le siège éjectable au poste de bassiste, en 2014 c’est leur emblématique chanteuse Uta Plotkin qui a quitté le navire pour se concentrer sur d’autres projets. Ils mettent alors la main sur la prometteuse Kayla Dixon, qui a usé les micros de quelques combos metal ces dernières années.

C’est ce récent casting qu’ils décident de mettre le plus en avant, probablement aussi pour rassurer les fans un peu inquiets d’avoir perdu Uta. Que ces derniers soient rassurés : même si les deux chanteuses ne sont pas vraiment comparables, Dixon est clairement la principale « attraction » du disque. Résolument mise en avant dans le mix de tout l’album, elle assure avec brio l’ensemble de ses parties, grâce à une palette technique qui force au respect (chant clair puissant, growl agressif, chœurs aériens, passages quasiment a cappella quasi soul…).

Musicalement, le quatuor ne réinvente pas la lune, loin s’en faut : le groupe est dans la parfaite continuité de l’excellent Mobile of Angels, évoluant toujours dans un doom classique qui emprunte plus aux grands pères du genre qu’à ses plus récentes et extrêmes évolutions, à savoir plutôt mid-tempo, très mélodique, chargé en soli. On pense aux premiers Cathedral, aux vieux Pentagram, à la grosse première décennie de Black Sabbath (oui oui, on déborde un peu des premiers albums cultes et on va même titiller la période Dio), et aux débuts de Trouble aussi. Bref, du très classique, exécuté à la perfection, mais qui pourrait rebuter les esthètes en recherche de fraîcheur musicale : ici on est dans une zone de confort musicale.

Les écoutes de l’album défilent donc avec un plaisir non feint, les titres s’enchaînent… et progressivement la petite faiblesse du disque se fait jour : cinq chansons seulement (dont une acoustique guitare-piano de 2min30, « Hellfire », quasi anecdotique) pour une grosse demi-heure de musique à peine. On aurait aimé en avoir plus, on n’est pas rassasié. Ça ne diminue en rien la qualité des compos existantes en revanche : on déguste le riffing old school de « Midnight » (support aux premières interventions percutantes de Dixon), on aime immanquablement le très classique « Mechanical World » (son refrain grandiloquent, ses breaks doom typiques…), et on adore l’épique « Nighthawk » qui vient clôturer la galette de son généreux quart d’heure riche en riffs mordants, en rythmiques variées et aux ambiances travaillées, passant de plans légers à des passages glauquissimes sans effort. Une belle pièce. Quant à « Burn you Down », le plus heavy metal des quatre (riffs incisifs, chant dans toutes les nuances de power metal), on le connaissait déjà car mis à disposition par le groupe il y a quelques mois.

En résumé, Witch Mountain continue à tracer son sillon musical, loin des modes, et ce faisant construit sa carrière comme une longue autoroute en légère montée, plutôt qu’en enchaînement sinueux de cotes et de pentes violentes. Même l’incorporation de Kayla Dixon se fait sans heurts, naturellement, dans un poste exposé (et largement mis en avant par le groupe sur cet album). Au même titre qu’Angela Gossow avait boosté la carrière d’Arch Enemy, il n’est pas exclu qu’une frontwoman de la densité de Dixon soit bénéfique à Witch Mountain. Il leur reste à battre le fer tant qu’il est chaud, et idéalement traverser l’atlantique pour prêcher leur bonne parole dans nos contrées, armé de ce nouveau bon album dans leur discographie.

Duel – Live At The Electric Church

 

Les américains de Duel ont sorti un live forgé dans un Stoner à l’ancienne où s’échangent riffs couillus et  pauses respiratoires. Seulement, avec deux albums à leur actif je m’interroge, quelle est la différence au fond entre un Live et un Best of ? Le public ? Si c’est pour ça que tu es venu, passe ton chemin, l’ensemble est découpé très proprement comme un enregistrement studio et le son de la foule n’est présent qu’évasivement sur la moitié des morceaux. Il s’agirait donc plutôt d’un Best of. Seulement, comme déjà énoncé plus haut les quatre zicos n’ont à leur actif que deux albums, un peu court donc pour ce qualificatif. Que nous reste t il donc ? Un contrat à honorer avec le label ? L’avenir nous le dira.

Pour ce qui est des pistes on retrouvera une bonne part du premier album “Fear of the Dead” soit quatre morceaux sur six tout de même avec “This Old Crow” (titre à l’énergie idéale pour entamer un set) , “Electricity”, “Fear Of The Dead”, “Locked Outside” (pour lequel je mets une mention spéciale pour son intro Kadavaresque) et seulement deux titres du dernier album studio avec “Snake Queen” et “Heart Of The Sun” (Deux pistes qui équilibrent l’album tant la première comme un repos entre deux suées de fosse que la seconde avec sa mélodie énergique qui ne sombre pas dans le sucré)

Au final qu’apporte cet album à ce début de discographie? L’impact live du groupe permet aux morceaux de prendre en puissance ce qui n’étant pas bien surprenant est ma foi bien appréciable. De plus la voix trouve une profondeur, qu’on aurait pu craindre de perdre entre le studio et la scène, grâce au duo de chant.  La qualité majeure de cet album réside dans la très bonne définition de l’enregistrement et du traitement.On en perd pas une miette rien n’est plat ou mal balancé, un très bel équilibre au final.

Le choix des morceaux est tout à fait cohérent et je ne déplore l’absence d’aucune composition essentielle à mon sens bien que quelques titres de plus n’auraient pas été de refus, une petite trentaine de minutes étant toujours insuffisante quand un groupe est bon.

Au final cet album n’aura aucun impact majeur pour ceux qui connaissaient déjà Duel mais il permettra de se faire une idée alléchante de ce que les texans peuvent offrir en live ou constituera une porte d’entrée idéale pour la découverte du groupe. Sans être un must, ce “Live at The Electric Church” sera (on l’espère) un intercalaire plutôt sympa dans la discographie de Duel.

Bow to Your Masters Volume 1: Thin Lizzy (compilation)

Glory or Death est un petit label discret, modeste probablement (au site web famélique voire approximatif), dont la démarche commerciale est pour le moins cryptique. En l’occurence, Bow to your Masters :  Thin Lizzy est un double album (vendu sous format 2 LP) dont le 1er volume (1er LP ?) est déjà dispo (en tout cas en digital) et le second… pas encore enregistré ? Plein de bonnes intentions à l’évidence, il faut un peu s’accrocher pour acquérir leurs produits toutefois. On s’est donc plongé dans cette première partie de cet hommage au joyau Irlandais, emmené par une batterie de groupes qu’on adore.

Impossible d’adresser un album “tribute” sans tomber dans l’exercice du “track by track”, d’autant plus lorsque, comme ici, chaque groupe intervenant a une identité si différente. Le label dégaîne l’une de ses plus sérieuses cartouches avec la reprise de “Are you Ready” par Mothership. Pas un choix méga original (souvent repris par Motörhead, Danko Jones, Rollins Band sur album…), mais le riff marche toujours autant, et les soli de Kelley Juett font bien le job. C’est ensuite Mos Generator, une véritable machine à reprises (Tony Reed les enquille en groupe ou en solo) qui se frotte à “Massacre” pour un exercice à la fois très fidèle et très bien exécuté.

Un peu plus loin c’est les très attendus Egypt (RIP) qui se frottent au plus rare “Suicide” : encore une fois, même socle rythmique, même structure, même tonalité… Bien fait, très bien fait, mais on reste très proche, et cette petite touche de folie du groupe U.S. n’apparaît que superficiellement à travers les vocaux graisseux d’Esterby. Mêmes constats pour White Dog et Red Wizard. Les peu fameux Kook se démarquent un peu en levant le pied sur le tempo de “Thunder & Lightning”, mais ça ne suffit pas à transcender le titre.

Dans un exercice où on les attendait pas vraiment, Slow Season s’en sort bien, en apportant un traitement intéressant au discret “She Knows”, lui apportant un groove subtilement différent. Sympa. Approche différente de Great Electric Quest qui “métallise” un brulot qui l’était déjà bien à la base, “Cold Sweat”, avec une prod clinquante qui apporte un atour “gros heavy US” à l’original. Et on finit sur le standard “Cowboy Song” un peu défiguré par Goya : pleins de bonnes intentions, les américains se la jouent dissonances, pesanteur et densité. Audacieux, bien effectué, intrigant. Pas transcendant, mais louable.

Qu’est-ce qui fait la qualité d’un tribute ? La liberté prise par les interprètes d’un jour ? La fidélité à l’original ? La qualité propre des groupes impliqués ? L’intérêt du groupe objet du tribute ? Il n’y a pas de réponse unique. Par ailleurs, évaluer un double LP à l’aune d’une de ses moitiés seulement est un exercice pour le moins peu délicat. En l’état, l’album est court. Trop court pour marquer durablement et développer une identité propre ou un sentiment général. Le sentiment global est plutôt bon, sans pour autant jamais mettre les compteurs dans le rouge, jamais.

A noter que le second volume proposera des prestations de High On Fire, Duel, Wo Fat, des membres de Yob, Poison Idea, Earthless, etc… Ça sera donc inévitablement intéressant. Restera à voir si l’essai sera transformé.

Let it Breathe – Let it Breathe

Sortis peu de nulle part (du Minnesota…) le trio Let It Breathe est néanmoins composé de trois vieux potes de fac, qui avaient abandonné leur groupe pendant plusieurs années avant de rebrancher les amplis récemment… Pas manchots, les bougres attirent l’attention du label culte STB Records, qui signe direct leur premier album. De quoi titiller notre curiosité, pour le moins.

Les premières écoutes du disque sont un peu laborieuses : peu original à première vue, le groupe convoque autour de gros riffs sabbathiens des sonorités qui empruntent autant au heavy qu’au doom ou au rock psyche. Difficile de s’en dépêtrer et la tentation de passer à autre chose est tentante. Mais les quelques écoutes qui s’ensuivent (notez le professionnalisme et l’abnégation du chroniqueur…) viendront progressivement dévoiler des perspectives plus enthousiasmantes. Facteur le plus remarquable émergeant après plusieurs écoutes : ce sens de la composition catchy et de l’arrangement qui fait mouche, typiquement américain (amis du cliché…), est l’une des principales forces de cette galette. Là, le lecteur lambda dénonce un lieu commun de la plus triste engeance. C’est son droit. Sauf que je l’encourage à jeter une oreille curieuse à des compos  comme “Bucket of Bullheads” (quel refrain…) ou encore “Greater Than I” (quel refrain, bis…) ou encore l’audacieux “Mauler”. Voilà.

Leur variété séduit aussi, entre les très sabbath “Wanderer” et “Fat Lip”, “Mauler” qui oscille entre doom, sludge et grunge (!), un “Coramoor” pas si éloigné des classiques de Pentagram (et au chant très Ozzy-esque sur la fin)… En sept petits titres, Let It Breathe concatène et fait siennes les plus grandes heures du heavy rock U.S., sans perdre son âme.

Le trio a construit une identité intéressante, et montre aussi un talent d’écriture remarquable. S’il assure autant sur scène, on lui prédit une belle carrière. A suivre sur la longueur tout de même.

The Death Wheelers – I Tread On Your Grave

Le second album des Quebecquois de  Death Wheelers est un bout d’asphalte sur lequel le groupe veut construire son histoire comme une légende. Cet album pourrait figurer sur la B.O d’un film de Tarantino ou de Rodriguez. C’est une invitation à la violence et à la grosse bouffe bitumée dans les espaces vierges des États Unis tout proches.

Si j’aborde cette écoute d’un point de vue cinématographique, c’est que l’album est ainsi construit, se voulant comme l’histoire d’un gang de bikers assassinés et revenus d’entre les morts pour recruter une légion d’âmes damnées d’un bout à l’autre du continent. L’album entièrement instrumental déroule kilomètre après kilomètre les inspirations Doom, Psyché dans un esprit Stoner des plus gras. On y ressent les méfaits de nos bikers infernaux passant de la candidature à la mort-vivance à la chevauchée mortuaire à toute blinde.  De “Roadkill 69” à “Motö Vampiro” l’écoute est un roadtrip qui enchaîne les influences avec pour presque chaque titre une introduction tirée de film de serie B. (tout comme le nom du groupe qui est le sous-titre de “Psychomania”, film d’horreur britannique de 73.). De la côte Est on aboutit à la côte Ouest sur “Motö Vampiro” qui joue allègrement sur les codes de la musique surf. Au milieu de tout ça, “Death Wheelers/Marche Funèbre” mets la gomme sur une basse interprétant les notes de la Marche funèbre.

“Purple Wing (Necrophonic psych-out)” est une étape dans un bar blues halte de toute la racaille du monde et la bagarre générale éclate sur “Backstabber” avec une batterie qui enchaîne coups de boules et uppercuts. On remonte en vitesses sur nos cylindres en V et on fonce poignée dans les coins sur “RIP XXXlast rideXXX” persuadé que c’est la fin. La clôture de l’album se fait réellement sur une reprise goûtue et actuelle du sublime titre de Led Zeppelin “Moby Dick”. Il en conserve toute la structure y compris une réinterprétation du solo de batterie qui n’en atteint malheureusement pas la finesse, mais qu’importe le morceau est là, il clôture l’album comme un générique de fin de film et il y a fort à parier que le vieux capitaine Achab a remplacé ses voiles par un putain de gros moteur !

Comme toute série B qui se respecte, le mot “fin” n’est jamais définitif semble t il, alors on espère un troisième volet tout aussi velu que “I tread on your grave” prochainement sur nos écrans.

 

Aboleth – Benthos

Au vu de l’émulation permanente que l’on y constate et du nombre de musiciens qui y résident / jouent / jamment, il y a proportionnellement peu de groupes remarquables qui émergent de Los Angeles. Mais parfois, une perle apparaît, comme par accident. Aboleth est de ces petits trésors cachés, un groupe hors norme, qui propose quelque chose de spécial. Le groupe s’est formé il y a 2 ans à l’initiative de Collyn McCoy, qui est aussi le bassiste du Ultra Electric Mega Galactic de Ed Mundell – et quiconque a vu sur scène le combo monté par l’ancien soliste de Monster Magnet a probablement gardé en mémoire le talent de ce bassiste extraordinaire. Après avoir rencontré la jeune Brigitte Roka, ils décident de monter Aboleth, s’adjoignant les services de plusieurs batteurs plus ou moins dispensables. Après un EP en 2016 (qui leur permet de trouver des dates de concert, en Californie principalement), ils enregistrent l’année suivante un véritable album, ce Benthos, qui sort cette année sur un discret label californien.

Attention cliché : il est peu probable que vous ayez entendu quelque chose comme Aboleth auparavant. Non pas que le style musical du trio soit révolutionnaire : ils évoluent dans un hard rock nerveux et fuzzé, calé sur une bonne base blues racée et fiévreuse. Sauf que les vocaux de Roka apportent au groupe le principal facteur “choc” : la jeune chanteuse a un coffre et une tessiture que peuvent lui envier de grandes vocalistes, dans sa diversité (son chant clair chaleureux, ses montées en tension, ou ses passages rocailleux en diable qui deviennent sa marque de fabrique) mais surtout dans sa puissance ! Toujours sur la brèche, à la limite de la rupture, la chanteuse ne tombe jamais du mauvais côté de la barrière et est l’une des pièces maîtresses de la musique du groupe. Mais comme Aboleth n’est pas “un groupe à chanteuse”, l’autre pilier du combo repose sur les épaules de McCoy, qui assure à lui seul toutes les parties “à cordes”… avec un seul instrument ! Armé d’une “baguitar”, une sorte d’hybride entre… une basse et une guitare, le bonhomme se la joue one-man band en mode basique : un instrument, deux amplis branchés (un basse et un guitare), et il crache la sauce. Pas d’overdubs, pas de pistes de gratte dans tous les sens, rien : un gros son, de bons riffs, des soli au top, et globalement un superbe doigté. Et côté batteur, pas un manchot non plus : Marco Minnemann, qui a joué avec Satriani ou Steven Wilson, et qui a craqué sur le groupe et proposé ses services (même s’il n’assure pas les tournées, ses autres employeurs étant trop “prenants”).

Les ingrédients sont donc particulièrement bariolés, restait à voir si la cuisine allait être réussie. La réponse est un grand “oui”. On ressort immanquablement séduit par tous les développements proposés à travers les trois quart d’heure de Benthos, il n’y a jamais matière à s’ennuyer. On est d’abord cueilli par ce son gras bien particulier dès l’intro de “Wovenloaf”, leur titre le plus représentatif probablement (avec un impeccable solo de slide). Après le mid-tempo catchy “Fork in the road” on rentre sur une autre pièce maîtresse, “No Good”, portée par un son copieusement saturé et fuzzé, et une performance vocale toute en feeling. Et ça continue ainsi, on passe de titres plus lents à des morceaux sanguins comme ce nerveux “Glass Cutter”, en passant par le fluet blues acoustique “Shark Town Blues” ou encore la balade “The Devil”, deux titres où la voix éraillée de Roka file presque le frisson.

Le duo/trio contourne avec grâce et talent le piège du “groupe à gimmick”, en se concentrant sur sa musique, ses compos, et en se rodant en live dès qu’un bout de scène miteux leur est proposé. Là où d’autres passent plus de temps à réfléchir stratégie marketing, look, et études de marché, cette approche assure au groupe des fondations robustes et saines. Espérons maintenant que ce premier effort, porteur de beaucoup d’espoir, permette au groupe de prendre une dimension suffisante pour que non seulement on ait l’opportunité de les voir jouer sur nos scènes, mais aussi pouvoir entendre encore d’autres albums du groupe. On croise les doigts.

Ecstatic Vision – Under The Influence

Quelle drôle d’idée de la part d’Ecstatic Vision que de sortir un EP de reprises, après deux albums excellents, dont on attendait tous la suite. Autre surprise, la sortie dudit EP chez Heavy Psych Sounds jette un petit froid : ont-ils quitté leur belle maison Relapse ? Peu de promo, peu d’infos, sortie discrète…On hésite entre enthousiasme timide et inquiétude froide (oui, on reste des gens émotivement modérés hein…).

On s’enfile quand même la galette sans réticence, et on commence par être un peu déstabilisés par un son brut, garage, aux saturations un peu branques… Mixage à la truelle jumelé à un mastering avec des moufles ; même si le groupe a toujours eu pour lui ce son un peu “garage” et vintage, là le bouchon est parti loin.

La clé d’un album de reprises tient en deux points : le choix des titres, et leur interprétation (ou appropriation). Les titres retenus par les américains alternent entre évidences (deux titres des maîtres du space rock Hawkwind, rien que ça – les méga catchy “Born to Go” et “Master of the Universe” – et un du MC5) et découvertes (l’artiste de zamrock Chrissy Zebby Tembo, Keith Mlevhu…). Côté interprétation, la touche Ecstatic Vision explose au visage, aucune ambigüité possible. Le groupe a su faire siennes ces chansons, ou plus précisément les injecter dans leur ADN pour en ressortir de fidèles hommages, empreints de tout ce qui fait l’intérêt du groupe : son son, son jeu, son sens du groove épidermique et son psychédélisme rampant…

Au final, on a beau être un peu déstabilisés par… à peu près tous les paramètres de ce disque, il n’empêche qu’il s’agit d’un bon album de reprises, et accessoirement une bonne production à ajouter à leur courte discographie. Mais bon, on attend quand même impatiemment la vraie suite…

Dead Meadow – The Nothing They Need

20 ans ! 20 ans déjà que le trio psyche de Jason Simon et Steve Kille trace sa route (bah oui, Laughlin est parti… encore…). 20 ans et huitième véritable album, bilan correct pour un groupe (même s’il a un peu levé le pied sur la deuxième partie de sa carrière) qui n’a toujours pas de faux-pas à son actif. The Nothing They Need sort comme une large part de sa discographie sur le propre label du groupe, qui joue depuis longtemps sans pression.

Levons immédiatement un suspense qui n’a que trop duré : The Nothing They Need ne révolutionne en rien la disco du groupe et ne devrait pas vraiment chambouler les aficionados des américains ; pour autant, c’est un excellent cru. Alors attention, si vous avez lâché l’affaire lors de la dernière décennie, vous allez peut-être quand même être un peu surpris : l’urgence et l’aspect brut des premiers disques du trio a progressivement évolué vers quelque chose de plus travaillé, aux compos soignées et à la production impeccable. Mais fondamentalement, les bases du groupe restent les mêmes, on a toujours une base psyche solide et des mélodies catchy. “Keep Your Head” nous en offre dès l’intro le plus bel aide-mémoire : sirupeux, mélancolique, le titre déroule sa nonchalance arrogante, parfois transpercé par le chant toujours sur la brèche de Simon et plus généralement tiré par des plans instrumentaux impeccablement maîtrisés. Tout est à peu près là, décliné en huit variations pour 35 minutes de grande classe. Les mélodies infectieuses se donnent le relais sans interruption, portées par des atmosphères variées, évoluant toujours dans une veine mélancolique, toujours sur la brèche entre allégresse (“Here with the hawk”) ou tristesse (le superbe “This shaky hand is not mine”).

The Nothing They Need n’est rien moins qu’un très bon album de Dead Meadow. Le classer comme meilleur disque de leur discographie est un exercice un peu stérile (spoiler : non), mais il mérite une belle place dans la discographie de tout fan de rock psyche US, apportant une nouvelle belle pièce dans le parcours d’un groupe clairement à part.

Mos Generator – Shadowlands

Actifs depuis le début des années 2000, les vétérans de Mos Generator reviennent sur le devant de la scène avec leur nouvel opus intitulé Shadowlands.

Peut-être un poil plus direct que le Abyssinia de 2016, ce nouvel album va vite se faire une place sur les platines des amateurs de heavy rock rétro estampillé 70s, décennie bénie qui a vue nombre de chroniqueurs de ce site ramper à quatre pattes avec des couches Peaudouce collées aux fesses. Mais, familier que vous êtes avec la discographie du combo, vous le savez sûrement déjà : Mos Generator ne renouvellera ici ni le style musical en général, ni le style Mos Generator en particulier.

Oui, le trio excelle lorsqu’il s’agit de livrer du southern rock sans artifices ni fioritures. L’éponyme « Shadowlands » ou le brutal « The Destroyer » le démontrent fort bien, tout comme le diptyque « Stolen Ages », véritable pépite de cet album, ou comment faire cohabiter un instrumental plus groovy que le chef de South Park avec du pur rock’n’roll affûté au refrain fédérateur.

Mais voilà, le bien nommé « Blasting concept », qui explose à la gueule après qu’une sournoise mèche de 90 secondes se soit consumée ou encore le décalé « Gamma Hydra » et son intro à la limite du kraut survitaminé viennent une nouvelle fois témoigner de la multitude (du trop-plein?) d’influences du combo, influences qui nuisent parfois à l’homogénéité de leurs skeuds. Shadowlands ne déroge pas à cette règle et s’essouffle donc à mi-parcours.

Ni révolutionnaire, ni fondamentalement mauvais, ce Shadowlands ne restera pas dans les annales. Les fans de Mos Generator y trouveront toutefois leur compte… avant le prochain album du combo qui espérons le sera un cran au-dessus.

Bong – Thought And Existence

Bienvenue dans l’espace. Plus qu’un album, le nouvel opus de Bong intitulé « Thought and existence » est clairement un concept drone- psyché-doom bien barré mais loin d’être inintéressant. La galette ne compte que deux titres pour 36 minutes de voyage vers de nouvelles contrées musicales, mais suffisant pour rassasier les oreilles de l’auditeur. Et puis avec une pochette comme celle-ci, on doit au moins tenter le coup.

« The Golden fields », premier morceau de l’album, nous donne l’impression de flotter dans le néant avec comme seul horizon un trou noir à perte de vue. Bong ne révolutionne pas le genre mais propose tout de même quelque chose de différent. Chaque coup de cymbale ou de grosse caisse est millimétré pour créer cette atmosphère à la fois lourde, pesante et apaisante. C’est bien la batterie qui mène la danse tout au long de l’album, appuyée par une guitare faisant ici explicitement référence à un certain Matt Pike, prouvant que trois notes répétées en boucles pendant de longues minutes peuvent avoir beaucoup d’effet sur nos âmes si sensibles. La lourdeur de la batterie et de la basse se mêle parfaitement aux envolées fuziennes de la gratte qui semblent ne jamais vouloir s’arrêter…

Seul (petit) bémol: la voix. Un genre de borborygme calé sans trop de raison en plein milieu de la chanson et qui n’a que très peu d’intérêt. Il y en a trop ou pas assez, et les vocalises nous laissent un petit goût amer en bouche… mais que pour quelques instants, heureusement.

« Tlön, Uqbar, Orbis Tertius »  deuxième (et dernier) titre de l’album est dans la même lignée que son prédécesseur: envoûtant et ravageur. Même thème, même ambiance et même puissance pour 19 minutes de plaisir supplémentaires. On s’envole même un peu plus haut dans cet espace infini et malgré la durée de la chanson, on est quelque peu déçu quand la section rythmique se volatilise définitivement, ne laissant que ces trois-quatre notes de guitares planantes se désagreger… Dès la première écoute, l’envie de rembobiner et de recommencer au début se fait ressentir, pour mieux capter les détails de ce concept qui vaut plus que le détour.

Monsternaut – Enter The Storm

Détour par la Finlande aujourd’hui pour y découvrir le second opus d’un trio au stoner crasseux bien accrocheur. Après un double EP, fusionné en 2016 pour constituer un seul et même album, appelé Monsternaut, Heavy Psych Sounds signe à nouveau avec le groupe deux ans plus tard et produit Enter The Storm. Douze pistes d’une galette difficile à manipuler tant elle est lourde.

Écouter cet album équivaut à conduire une machine de guerre. Dès l’intro de « Winter », les riffs évoquent d’énormes V8 montés avec turbo qui démolissent toute tentative de résistance. Ici les arbres sont couchés par terre, le sol recouvert de cendre, et le ciel crache des flammes. On parle davantage d’hiver nucléaire.

Cette lourdeur bestiale est assurée par un jeu de batterie efficace, et par une fuzz crade au possible branchée à la fois sur la basse de Jani Kuusela et sur la gratte de Tuomas Heiskanen. Pourtant, c’est la voix de ce dernier qui nous suggère le plus vite l’influence majeure du groupe. Car si Fu Manchu incarne l’aîné maigrelet et talentueux qui passe ses après-midi à sillonner les skateparks avec ses potes, Monsternaut est sans conteste son frère obèse qui roule à fond de balle dans son pickup dégueulasse et défonce les boites aux lettres à coup de batte de baseball. Une parenté qui, une fois remarquée dans des morceaux tels que « Landslide » ou « Filled with Vain », se révèle difficile à ignorer.

En dépit de la qualité des compositions, on peut leur reprocher une certaine redondance. Une fois passé « Back to universe » l’album semble s’essouffler. Les riffs ne séduisent plus autant, les solos surviennent quasi toujours au même moment et le chant ne s’ose guère en dehors des sentiers battus. On déplore presque le trop plein d’énergie qu’on bénissait au départ. Puis arrive « Enter the storm »…

Avec son rythme galopant, ce titre nous retire toute réticence. L’écriture permet de souffler pendant le refrain là où le couplet nous désarticule totalement les vertèbres cervicales. Une pièce équilibrée et aboutie qui mérite de donner son nom à l’album. Elle s’éteint à peine que « Swallowed by the earth » nous cueille. Presque sans prévenir, on se retrouve balloté dans un groove lancinant mais tout ce qui existe de plus burné. On y déniche même un passage doom qui trouve en fin de compte parfaitement sa place. Il viendra d’ailleurs clôturer cet album sur de francs accents pyschés et ainsi nous prouver que le trio finlandais reste capable de nous surprendre. S’ils se décident à tout mêler lors de leur prochain album, on pourrait bien obtenir une incontournable pièce maîtresse.

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