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(2011)
Après ‘The Third’, déjà chroniqué sur ces pages virtuelles, Christophe Marre fait son come back avec une nouvelle plaque de Chrisma. Alignant six compositions, cette cinquième livraison est plus une évolution qu’une suite logique de l’effort précédent.
Je m’explique : le processus d’enregistrement, l’orientation musicale, le côté psychédélique et cristallin sont de retour ; les amateurs de la production de deux-mille neuf ne seront donc pas désorientés par ces nouveaux titres. L’évolution tient surtout à l’adjonction de sonorités empruntées à des territoires musicaux non-explorés par ce poly instrumentiste sur ‘The Third’ : sampling de voix humaines, sonorités orientales voire même grosse techno en intro de l’ultime plage de ce cédé.
Dans le détail, on débute en douceur avec ‘Anti-Shred’ qui, comme promis, ne shrede pas des masses en oscillant entre desert-rock surchauffé au blues des rednecks et gros soli psychédéliques qui flirtent à la limite du pompier sans jamais transgresser la limite : bel effort ! Après ce premier jet qui explose la limite des six minutes sans lasser l’auditeur, on passe à ‘HardyPunkyReggae’ : loin des univers punk et reggae, ce titre bref est axé sur un riff bien senti qui tourne et effectue sa mue tout au long des cinq minutes que dure ce titre qui se termine en déluge de décibels. ‘Funky Leone’ et ses gémissements féminins ne m’a pas beaucoup parlé : un rythme bien jazzy, quelques incursions en territoires musicaux inconnus et de belles prouesses techniques au manche.
Avec ‘Space-Ciale’, c’est une toute autre limonade qui nous est servie par ce one-man band : petite intro bien lancinante qui évolue du côté des graves puis une insertion en douceur du gros riff faitier. Celui-ci va accompagner l’auditeur tout au long des sept minutes que durent cette plage en se métamorphosant subtilement pour la réussite de ce titre à la fois fort cohérent et bien varié avec son final dans des teintes empreintes du Hammond d’autrefois.
Sonorités puisant leurs inspirations là où My Sleeping Karma trouve les siennes et boucles zarbis annoncent ‘Muse’. Ce titre est à des lieues du groupe portant ce nom : il s’agit d’un gros riffs bien poisseux mené tambour battant à grands renforts de batteries électroniques tapant un peu trop sèchement lorsqu’elles envoient le bois alors que le reste du titre est subtilement arrangé.
Pour finir on passe à ‘Anti-Electro’ et là Christophe et moi ne sommes pas d’accord du tout : je vois de grosses influences Deep Purple et lui la pate d’AC/DC sur ‘Overdose’ (‘Let There Be Rock’). Quoiqu’il en soit ce bon vieux riff fait tout son effet et c’est à nouveau une bonne partie de plaisir que de s’écouter les créations de cet artiste de la Francophonie qui se trouve une fois de plus à quelques encablures des Desert Sessions ou de Monkey 3 pour ce qui est du registre purement stoner. Registre auquel ce disque échappe en partie, son concepteur se tapant pas mal des règles en vigueur dans le monde du rock et prenant un malin plaisir à transgresser tous les genres tout en gardant en permanence le psychédélisme dans le viseur.
Contact:
www.myspace.com/christophemarre
chris
(2009)
Formé de Brice aux chants, de Nicolas à la guitare, de Sébastien à la basse et de Guillaume Glain à la batterie, ce quatuor à l’organisation classique sort son premier court format lequel fait suite à une première démo intitulée ‘When Mornings Hurts’. L’aventure a débuté en deux-mille six pour cette formation bordelaise qui puise ses influences – comme beaucoup de nouveaux venus sur la scène stoner et ses satellites – d’une part dans le gros son des seventies et d’autre part dans le rock débridé étasunien des années nonante. Cette approche du rock, bien que peu novatrice, a déjà démontré par le passé une efficacité certaine et, de ce côté-là, ces lascars s’en sortent pas mal.
S’exprimant, comme la plupart de ses compatriotes, dans la langue de Shakespeare, B-Side Box aligne six titres sur cette plaque qui vient flirter avec la demi-heure. Loin de la b-side box usuelle, les français proposent des plages bien ficelées et élaborées ; on est loin d’une compilation de chutes de sessions. Niveau production, le travail effectué au Studio Hesat par Jibé est très propre ; il donne à l’ensemble un son ripoliné qui tranche un peu avec le côté grailleux bien en vogue pour ce type d’enregistrements. La batterie manque parfois de sons secs qui donneraient des relents plus heavy, mais tout ça n’est que question de goût…
Question style, l’unité de cette plaque est à mettre au crédit du groove et de l’efficacité de l’écriture. Ce groupe nous gratifie de titres variés qui vont des plans atmosphériques proches d’Alice In Chains sur ‘Plans On Fire’, à des ambiances psychédéliques estampillées seventies sur ‘Dreamdiver Blues’ en passant par du rock bien carré foutrement efficace sur ‘Vixenary’ qui ouvre de belle manière les hostilités en empruntant un chemin flirtant avec les productions de Small Stone le son baveux en moins.
Ma préférence va toutefois à ‘Spread The Silence’ qui est un bon titre de heavy rock au tempo ralenti interprété avec une grosse paire de couilles. Mixée avec une gratte distordue qui prend le pas sur les parties chantées, cette composition tape en plein dans le mille avec de gros riffs au son moins cristallin que sur les autres titres.
B-Side Box nous emmène sur divers territoires et l’avenir nous dira si ces jeunes gens foncent tête baissées dans une direction définie ou s’ils persistent à effleurer plusieurs sous-genres de la grande famille du rock.
Contact:
www.myspace.com/bsidebox
chris
(2010)
Le trio bordelais est l’exemple type des formations qui voient le jour ces derniers temps en Francophonie : des musiciens aguerris issus de divers courants de la grande famille du rock qui s’allient pour revenir aux fondamentaux du fuzz et du psychédélisme. Autant l’avouer d’entrée de jeux, si ceci peut apparaître aux yeux de certains comme un phénomène de mode composé de followers servant une soupe seventies insipide, nous sommes à des années lumières de ceci avec cette formation !
Avant de plonger dans le style proprement dit, faisons le tour du propriétaire : l’aventure Mars Red Sky a débuté en deux-mille sept et il s’agit de la résultante de l’énergie de trois bonshommes désirant explorer eux-mêmes le gros son du psychédélisme et des seventies. Au chant et à la guitare, on retrouve Julien Pras de Calc, un groupe développant un style acoustico-intimiste et déjà auteur de cinq plaques. A la basse, c’est Jimmy Kinast et derrière la batterie Benoît Busser de Berlin Vs Brooklyn, un duo qui officie dans la galaxie math-rock.
Ces types qui ont pas mal de métier ont opté pour un desert rock assez propret et traditionnel qui est à la fois léger et bien plombé. La légèreté est à mettre sur le compte du chant qui est assez aigu, mais attention nous ne sommes pas dans le metal germanique non plus, et aérien ; en acoustique ça doit bien envoyer. La lourdeur est le résultat de l’accordage du duo basse guitare bien en dessous de la norme.
Cette alchimie particulière donne un rendu fort sympathique aux deux titres présents sur ce premier essai. ‘Strong Reflection’ est une belle progression autour d’un riff de base au tempo ralenti dont les lignes de basse incitent immédiatement un gros hochement de la tête. Ce titre devrait emballer les fans de Brant et de ses frangins. Pour continuer et finir cette galette, ‘Falls’ embraye à nouveau sur un rythme assez lent, mais cette fois-ci, les parties de guitare tapent dans le gros fuzz hypnotique. Les coups de quatre cordes assénés à côté d’une batterie métronomique ainsi que les samples de vent désertique donnent à cet instru un rendu proche de ce que pratiquent Monkey 3 ou Glowsun.
Vous l’aurez compris, cette première trace du groupe du Sud-Ouest est à ranger sur le rayonnage des trucs bien plaisants que la grande famille du stoner d’Europe centrale nous propose ces temps-ci. J’attends donc avec impatience le premier long format sur lequel les trois lascars bossent.
Contact:
www.myspace.com/marsredsky
chris
(2012 – sortie sur le label “A tant rêver du roi” www.atrdr.net)
Belle étrangeté en soi que la découverte de ce combo en droite provenance du profond sud ouest français, patrie hautement rock’n’roll s’il en est. Ce quintette atypique (je vous passe le détail du line up, mais y’a plein de guitaristes, un tiers de bassiste, un claviériste), doté d’un patronyme à coucher dehors, est apparemment foncièrement décidé à ne rien faire comme les autres, par principe. L’objet ici présenté, déjà, joue la carte de l’originalité : le boîtier du CD est en carton, de format intermédiaire, fermé par des aimants, doté d’un artwork plutôt sympa. Ledit CD dure à peine 29 minutes pour 5 chansons, ce qui, “techniquement”, le qualifierait d’album, mais qui l’associe plus à un EP pour le commun des mortels (à noter qu’il est vendu au très modeste prix d’un EP, ce qui vaut le coup). Bref, j’ai même pas encore enfourné le skeud que déjà je sais plus où donner de la tête.
Heureusement, les hurlements de Max sur l’intro de “Dig it!” remettent mes neurones en place ! Ce furieux brûlot à la prod très garage déroule son riff impeccable, baigné de nappes de synthés totalement “Doors-iennes”. Plus subtil qu’il n’y paraît, le titre continue sur un break laissant la part belle justement au dit clavier, enchaînant avec un petit solo de gratte lancinant, presque anémique. Difficile de ne pas entendre des touches de QOTSA dans “In the rays of your light” (la seconde guitare complètement “robot-rock” en fond, et ce couplet lancinant bien saccadé ne tromperont personne). Le passage “clap your hands” au milieu, ainsi que quelques arrangements sur le reste de la galette, nous rappelleront les grandes heures des Tokyo Sex Destruction. De manière assez incongrue (et certainement involontaire !) le break au milieu du titre fait penser au Danzig des années 90. Mais revenons aux choses sérieuses avec le superbement nommé instrumental “No beer = no lyrics” : sur plus de 7 minutes, le groupe nous balade entre sonorités hétéroclites et ambiances variées. On pense un peu au Dredg de “Leitmotif” parfois (surtout sur la montée en régime sur la fin), lardé de passages presque “festifs” portés par un clavier particulièrement décalé. “Who cares about an old man like you ?” est le titre que j’aime le moins, tempo lent un peu trop poussif à mon goût. Retour au trip “Ray Manzarek meets QOTSA” avec le titre éponyme de l’album : passages lancinants, rythmique roborative, chant occasionnellement “Lanegan-esque”. Plutôt bien gaulé.
Ce disque venu de nulle part, au final, laisse un goût de “revenez-y” assez marquant : l’écoute du CD n’ennuie jamais, elle interpelle, fait sourire, fait plaisir, mais ne laisse jamais indifférent. Les compos audacieuses, dérangeantes presque, proposent juste ce qu’il faut de riffs bien catchy pour donner envie de voir le groupe botter des culs sur scène. On aimerait toutefois entendre quelque chose de plus substantiel, un album plus conséquent par exemple, pour essayer de mieux appréhender le potentiel du groupe : les 5 facettes très différentes présentées ici ne permettent pas de cerner le groupe complètement, même si c’est peut-être dans tous les cas un voeu pieux.
Laurent
(2008)
Biberonnés depuis leur plus tendre âge par Vulcain et sa subtilité musicale, Already Salted était dans l’impossibilité de pratiquer le rap tellement en vogue dans leur quatre-vingt-douze natal. Ces quatre chevelus se sont donc réfugiés derrière un gros mur de décibels au fond d’une cave pour blaster comme des déments. Après le finement nommé ‘Enculés’ et le nettement plus commercial ‘A Vendre’, le quatuor de Cla-Mort a remis la compresse avec ce nouveau six-titres dans la plus pure tradition du Do It Yourself.
Exit les ambiances alambiquées, les volutes et la poésie. Ces inconditionnels de Motörhead balancent la purée en maniant l’humour potache dans la langue de Rabelais ; on croirait percevoir ça et là l’ombre d’Ultra Vomit quand ils caricaturent Lemmy. Ca poutre de toutes parts un peu comme Duke Of Nothing, Valient Thorr ou Bible Of Devil. Les tempi pachydermiques, les riffs plombés et les parties vocales burinées par les excès de toutes sortes fonctionnent tel un rouleau compresseur en écrasant tout sur son passage.
Pour le moins très rock’n’roll, ce groupe ravira les amateurs de gros sons metalliques propulsés à la punk dans leurs cages à miel. C’est redoutablement efficace depuis des années et vu que ça n’a jamais été à la mode, ça ne peut pas être démodé !
Contact:
http://www.myspace.com/alreadysalted
chris
(2010)
Après leur plaque ‘Generator’ sortie en deux-mille sept, les Parisiens font leur grand retour sous les projecteurs avec ‘Voluntary Inventory (Of Not A Very Nice Everyday Life)’. C’est avec un peu de déception que je m’aperçois que le quatuor est, pour l’heure, à nouveau dans la section autoproduction. Non pas que ce type de sorties soient qualitativement en deçà de ce que les labels produisent, mais que les efforts déployés à la sortie de leur précédente galette m’avaient laissé penser que les quatre franciliens étaient en passe d’être signés. Les lascars et leur entourage avaient mis le paquet et quand on considère certaines sorties affligeantes mises en avant par certaines structures (et pas que les majors), on a parfois envie de crier à l’injustice. Afin d’être très honnête, je dois avouer que cette sortie bénéficie par ailleurs des mêmes qualités que n’importe quelle production. Le soin, la qualité et la gueule sont de la partie. C’est déjà ça de pris sur l’ennemi.
Un travail d’orfèvre a été fourni par la formation et ses acolytes qui nous proposent un produit fini admirable. Seul bémol, l’accent du chanteur qui persiste, mais les onze morceaux ici présents nous laissent amplement le temps de nous habituer à cette imperfection qui fait aussi partie de la spécificité de Moleskin (la fameuse exception française).
Musicalement, le groupe déploie tout son talent, et Dieu sait s’il en a, pour nous gratifier d’une pièce aussi variée qu’aboutie. Très à l’aise dans plusieurs sous-genres du rock, Moleskin se montre plus qu’à la hauteur dans maints registres et même si les fans de stoner pur et dur vont s’interroger sur la présence de cette galette sur notre site, il aurait été dommage de bouder ce nouvel épisode dans l’existence du groupe en invoquant la présence de compos hors sujet. Compos qui par ailleurs sont certainement les plus réussies !
Ceux qui possèdent la faculté d’ouvrir leurs esprits peuvent lire ce qui suit, pour les autres, vous pouvez skipper au paragraphe suivant. S’essayant au registre proche du piano bar intimiste, Moleskin fait une réussite remarquable en s’immisçant dans un univers proche du regretté Jeff Buckley avec ‘My Resurection’ que les fans du regretté noyé feraient bien d’écouter. Une autre dimension des horizons apaisés est explorée avec ‘Just A Few Seconds’ qui n’est pas loin d’être le meilleur extrait de ce disque. Super à l’aise dans leurs baskets de groupe mélancolique, les quatre frisent la perfection avec une espèce de bluette incroyable qui percute directement les tripes sans pour autant taper dans la super guimauve des stars du hard rock pour midinette que sont Scorpions et tous ses suiveurs.
Au rayon kickass rock aux forts relents fuzz, le groupe fait fort en balançant des brûlots tel que ‘Unclear’ et as ligne de basse vrombissante, ‘3 Words’ et son style syncopé dispensé à grands coups de grattes saturées ainsi que ‘A Sight For Sore Eyes’ et son groove impeccable. Envoyé en moins de trois minutes, ce dernier titre est sans conteste le meilleur titre de l’album dans le style gros son avec ‘Battered Nation’ qui lorgne plus vers la galaxie Monster Magnet.
Au final, bien que peu homogène, cette plaque recèle d’incroyables titres qui balaient un spectre assez large et c’est peut-être aussi pour ça que nous retrouvons ces gens une fois de plus dans le petit monde de l’autoprod. Car la talentueuse formation nommée Moleskin a de la peine à rentrer dans une sous-catégorie précise du genre rock.
Contact:
www.myspace.com/moleskinfrance
www.moleskin.com
chris
Ca commence sur un gross riff bien speed et répété ad libidem histoire de chauffer le gros cube qui va vrombir de manière interminable et cadencée tout au long de cette plaque qui est le 2e opus officiel du gang liégeois (Belgique francophone). Ils se repointent sans vergogne et toutes burnes dehors pour nous assainir un gros bang sur le coin de la tronche. On n’oublie pas au passage le clin d’il à Lemmy via la voix rocailleuse du chanteur/gratteux.
Primo: 3 claques d’entrée de jeu où le batteur balance de furieux roulements sans relâchement. C’est tendu, vif, graveleux. Ca respire la rage, ça transpire la franchise et, surtout, ça fait plaisir d’entendre ce genre de gros son produit dans une région vendue à la solde de la pop vérolée pour pédophiles prépubères.
Deuxio: la perle est-elle dans bien l’huitre? La réponse tend vers le positif: la 4e plage joue dans la variation et le riff, toujours hypnotique, se fait plus travaillé tout en ne renonçant pas aux contre-temps percutants si caractéristiques de la touche RZ. En plus d’un son garage arrosée d’huile sale et visqueuse, on sort les blousons poisseux le temps d’un ride infernal avec un seul objectif en tête: foutre le feu!
Tertio et pour en finir: C’est de l’autoprod et ça tient la dragée haute face aux grands frères des labels. Ces 4 types parviennent à maintenir une tension de malade comme si la crise d’épiplepsie devait être longuissime, le malaise perpétuel et soutenu. Et on apprécie. Et on en redemande. Même que, lors du 6e envoi, la plaque vire carrément au film d’épouvante façon 70s underground. La grande prêtresse monte à l’autel et on attend impatiemment qu’elle assouvissent ses libations sacrificielles. Le riff se fait sinueux et recherché: la descente n’en en est que plus intense et, au final, l’auditeur peut se détendre sur une formule blues acoustique (et toujours garage) pour mettre un point final au grand sermon.
J’en reprendrai bien une petite. Vous aussi, je présume. En résumé, du gros son garage tendance stoner, une frappe bien appuyée, un groove d’enfer et une régularité sans faille.
12 titres, pas moins, voilà ce que nous propose d’emblée le quintette de Barcelone avec ce premier album aboutissement de 10 ans passés sur la route. 10 ans passés à bouffer du bitume, biberonner du tras(h) et, évidemment, une grosse dose de wis(h)key forcément frelaté.
Le décor de ce voyage ? Sur fond de rythmique péchue (on pense d’emblée à Motorhead, puis, plus proche de nous aux desperados de Rite ou Mammoth Mammoth), défilent d’imparables riffs très typés sludge/southern (quoi ? Corrosion of Conformity ? Down ? oui, oui, oui, c’est exactement çà), Chaque arrêt est l’occasion de méchamment taper du pied sur sa bière, des bien nommés “Goddamn Hot” et “Words In Whiskey” au final, inévitable à cette vitesse, “Requiem“.
Avec une prod à la hauteur de n’importe quel monument du genre, les 12 titres défilent pied au plancher, d’autant plus facilement que le chant de Ori Novella, puissant, rageur mais avant tout accessible, finira de convaincre les allergiques aux hurlements de damnés et autres grawls agressifs.
Wis(h)key prouve, si besoin était, qu’il n’est nul besoin de hurler pour se faire entendre. “Sans maîtrise, la puissance n’est rien”, comme disait l’autre, et les 5 lascars maîtrisent leur art sur le bout des doigts.
A voir “en vivo”, une pinte à la main, la fumée dans les yeux et la sueur au front.
http://wishkey.bandcamp.com/
http://www.facebook.com/wishkeymetal?ref=ts&fref=ts
Crew.koos
(2009)
Il était de notre devoir de vous reparler des transalpins d’Herba Mate qui a eu le bon goût d’intituler leur première démo ‘A Desert Section’ (déjà chroniquée dans ces pages) en deux-mille quatre et de sortir leur premier clip ‘Desert Inn Part I’ l’année d’après car visiblement nous partageons pas mal avec ce trio. C’est assez tardivement que ce groupe nous sort cette autoproduction, qui, comme certaines berlines allemandes a tout d’une grande, car le groupe a débuté en tant que tel en deux-mille un déjà.
Comme bien souvent, ce sont des potes d’enfance qui se sont réunis pour démarrer cette aventure musicale. En l’occurrence : Andrea Barlotti à la guitare, Ermes Piancastelli à la batterie et Alessandro Trerè à la basse ainsi qu’aux chants quand il y en a. Car le groupe de Castel Bolognese privilégie les instrumentaux qui sont au nombre de six sur les neuf titres composant ce cd en comptant l’intro. Avant de vous parler de la musique, il faut s’arrêter sur le packaging : un digipack illustré de sable et de ciel qui renferme des dessins arty à l’intérieur ainsi que sur le livret. Du tout grand art soigné dans le moindre détail qui positionne cette sortie comme une vraie production (pas une auto).
Au niveau du style, Herba Mate joue dans un registre accessible et nous ne sommes pas très loin de Nebula ou Atomic Bitchwax sauf sur le dernier titre ‘Sputnik’ qui se positionne dans une contrée acoustico-aérienne. La basse est vrombissante et d’une efficacité redoutable sur certains titres dont l’instru ‘Nicotine’ bien carré et puissant qui se rapproche presque du registre d’Acid King avec sa touche de lourdeur. La guitare s’illustre dans le registre fuzz originel du stoner avec des riffs à la Josh période des deux premiers albums de Queens Of The Stone Age ; ‘Bugs’ – un autre instrumental – recèle cette petite touche magique qui fait craquer les trois quarts des amateurs de rock dit stoner. Côté batterie, la frappe est chirurgicale et légère ; le mixage peaufiné de cette plaque ayant écrêté les parties aigues de la rythmique c’est avec la grosse caisse et les toms que la batterie se distingue par ses martellements métronomiques et redoutablement efficaces sur ‘1 to 5’.
Les trois quart d’heure proposés par ces Italiens sont un agréable moment de stoner dont le point d’orgue est incontestablement le titre intitulé ‘**’ ; un morceau qui comme son nom ne l’indique pas contient des lignes de chant. Une petite pépite de stoner rock très traditionnel bourrée de testostérone sur laquelle tous les protagonistes envoient le bois.
Une démo qui n’a rien d’un produit artisanal, mais un énorme potentiel !
Contact:
www.myspace.com/herbamate
www.idea4usonly.com
chris
(2009)
Ayant vu le jour à Charleville-Mézières, ce quintette hexagonal avait pour première vocation de proposer un unique show de reprises des Ramones en deux-mille six. Comme c’est bien souvent le cas dans le monde de la musique, les protagonistes se sont piqué au jeu et ont décidé de jouer les prolongations jusqu’à ce jour sous divers patronymes dont Zombie King And The Legion Of Doom en référence au film. Les légions doomisantes ont été amputées (comme le style lourd et empreint de reverb) et c’est sous le nom de Zombie King que la formation a mis en boîte onze premières plages et ouvert pour plusieurs formations dont nos potes de Glowsun.
Composé d’Emeline au chant, de Jérôme et Thomas à la guitare, de Ben à la batterie ainsi que de Charly à la basse, ces souverains des morts-vivants pratiquent un Fuzz très traditionnel dont la particularité première est l’utilisation de vocaux féminins. Les amateurs de Misdemeanor devraient plutôt kiffer le style de ce groupe qui se rapproche des suédoises non seulement en ce qui concerne les chants, mais aussi pour ce qui est de la musique elle-même. Influencé selon la bio par Black Sabbath, Kyuss ou Orange Goblin, leur style me rappelle plus ‘Banisher Of The Light’ de Sparzanza, Red Aim ou Fu Manchu pour le rendu mid tempo et l’aspect général plutôt facile d’accès. S’agissant d’une démo, dont je ne remets pas en doute la qualité, j’admets que le rendu scénique de Zombie King peut être plus lourd que ce qui est proposé durant les trente-six minutes que dure cette première trace.
La production de cette plaque laisse pas mal de champ aux parties vocales qui s’installent dans les fréquences plutôt aigues et à la basse qui tabasse grave dans les basses fréquences. Entre les deux extrêmes, les deux guitares se posent en mur distordu plutôt retenu et ce n’est que dans les plans orientés vers l’aériens qu’elles prennent plus de place lorsque leur son est plutôt clair. Mixée en arrière par rapport à la quatre cordes, la batterie l’accompagne et en amplifie le côté vrombissant.
Très généreux en nombre de titres, ce premier effort explore plusieurs registres. ‘The Goat Of Doom’ s’inscrit dans l’urgence avec un fuzz balancé rapidement à la manière des formations scandinaves traditionnelles : ça groove plutôt bien. Les relents bluesy de ‘Somewhere Far Away’ tapent dans le lancinant avant de se sniffer un rail de coke pour s’achever pieds au plancher de manière presque déstructurée. Deux brulots balancés avec pas mal de patate m’ont bien accrochés : ‘Behind The Holy Montain’ et surtout ‘Riding The Giant Worm’ qui achève cette plaque de manière bien prometteuse dans le registre instrumental.
Actif sur les scènes du nord-est de l’hexagone, Zombie King donnera certainement suite à cette première galette et c’est tout le mal que je leur souhaite !
Contact:
www.myspace.com/zkatlodband
chris
Plus de trois ans ont passé depuis la sortie du 1er album des strasbourgeois, trois années qui n’ont pourtant pas vu chômer les frères Maverick, qui ont arpenté les routes françaises et européennes en long et en large (avec quelques faits d’armes remarquables), sorti un split avec feu-Flashfalcon et… enregistré “Arcane”, en 2012, qui sort enfin ces jours-ci chez Deadlight (décidément le label où se retrouvent désormais certains des meilleurs groupes français !).
En 1ère approche, on est plutôt rassuré par le contenu du disque : on retrouve la musique du groupe là où on l’avait laissée sur leurs dernières productions vinyliques. Soyons plus précis : on y retrouve immédiatement ce que l’on aime beaucoup chez les LDDSM. Un bon point. Et ce n’est pas le seul. Parce que très vite ce disque donne le sourire et nous rappelle à quel point ces petits saligots sont doués pour écrire de bons titres. Au début pourtant, on craint un peu le plan-plan avec un mid-tempo sympa, “A.T.A.R.I.”… on aime le riff bien fuzzé, mais ce n’est qu’au milieu du morceau, quand les bonhommes prennent l’affaire en main et boostent tous les potards qu’on commence à avoir la banane. Le titre se balade ainsi un peu dans tous les sens, mais nous rappelle qu’il faut rester sur le qui-vive, s’attendre à tout avec ces mecs. Le très groovy “Lucky Man” prend la suite, et apporte une bouffée d’air frais très salutaire pour cette entame pour le moment bien réussie.”Z” est plus heavy, plus sérieux aussi, et même s’il tire un peu en longueur, il offre quelques bonnes opportunités de soli sympas. Avec “Santa Muerte” la donne change : un gros coup d’accélérateur, une paire de grattes fuzzées bien agressives, Billy au taquet derrière ses fûts, ça décoince bien.
L’occasion de mettre en lumière la très bonne performance instrumentale dispensée sur ce disque : évidemment comme sur leurs précédentes productions, la part belle revient à Johnny et Francky, le duo de gratteux, jamais démonstratifs, mais toujours percutants et efficaces, aux jeux complémentaires ou fusionnels selon l’opportunité. La base rythmique n’est pas en reste, avec le furieux Billy, toujours impeccable, et le discret Bobby, qui déroule pourtant des lignes de basse monstrueuses (voir notamment comme il porte les morceaux les plus pêchus : “Godfather”, “Santa Muerte”…). Sonny développe un jeu de claviers efficace mais moins présent sur ce disque, probablement du fait de sa “prise de pouvoir” au chant : tandis que Francky, Bobby et lui se partageaient les titres jusqu’ici, il prend avec “Arcane” plus d’assurance et assure le job en tant que lead singer. Un rôle mérité au regard de sa performance globale – sa technique vocale est probablement la plus aboutie. On regrettera toutefois parfois un chant un peu trop “propre” sur des titres qui mériteraient un peu de gras, quelques traces de cambouis et de vieux whisky frelatté (“Santa Muerte”, “Mojo”, “Kraken”…).
On reprend le fil de l’album, et quand “Ouija” déboule, on se dit que c’est peut-être un peu trop audacieux de se la jouer doom… sauf que non, cette intro un peu cliché fonctionne, tout comme ce riff lancinant (et cette basse bien grasse…), mais elle permet en réalité d’introduire un morceau bien barré dont le dernier tiers part carrément en vrille. Couillu. Plus basique, le punchy “Godfather” est aussi prétexte au grand retour du clavier typique du groupe, plutôt discret jusqu’ici. Son refrain à deux voix fonctionne bien, tout comme son break vers la fin, propice à un solo de gratte bien sympa. Alors que “Mojo” déroule son agréable boogie bien saturé, le bourrin “Deathproof” vient remuer la pulpe comme il faut. Place est faite pour le colossal “Kraken”, une pièce maîtresse ambitieuse, heavy en diable, suivi de “Journey” un mid-tempo stoner lui aussi bien construit, notamment porté par des lignes vocales harmonisées à la Alice In Chains (si si !) qui apportent une profondeur inédite à ce titre.
Une fois digérée cette orgie de riffs, on réalise que le groupe est bien là où on l’attendait (où on l’espérait, en fait) : jamais à court d’une grosse dose de FUN (en majuscules, siouplait), sans prise de tête, le quintette gravit quelques marches salutaires en termes de maturité dans leurs compos. LDDSM reste un groupe bien à part, paradoxal presque en cela que derrière les personnalités rigolardes et sympathiques des 4 frangins Maverick et de McCormick, les bonhommes déroulent des montagnes de décibels hargneux, jouent le moindre accord de gratte comme s’il s’agissait du dernier. Un album pour amoureux de gros rock saturé, de riffs gras, et plus globalement de grattes “bigger than life”. Un très bon second album.
Ben voilà, encore 6 ans passés depuis leur galette précédente… loin des yeux loin du cœur, les gars, faites gaffe ! Pour se faire pardonner, les frenchies (partiellement frenchies on va dire) ont mis les petits plats dans les grands. Lo (ou Patròn comme on se doit de l’appeler désormais) a à nouveau traversé l’Atlantique pour enregistrer cet album, pour travailler aux côtés de Alain Johannes, ni plus ni moins.
Bon, crevons l’abcès. Rappelons-nous que Loading Data traîne comme un boulet cette diffuse réputation d’ersatz des Queens Of The Stone Age. Je ne suis pas sûr que produire son album à Los Angeles, par l’ancien guitariste de QOTSA, avec un featuring par Nick Oliveri (leur ancien bassiste, pour mémoire) ne participe à les affranchir de cet encombrant boulet… Leur démarche à ce titre est d’autant plus obscure…
Mais fi de cette encombrante introduction, laissons-nous porter par la musique du combo. Ben c’est raté, l’ombre QOTSA nous rattrape dès les premiers accords de « Double Disco », et même les premières intonations de Patròn nous mettent dans les choux. Heureusement ses vocaux graves reprennent le dessus et l’empreinte musicale de Loading Data reprend peu à peu sa place. On commence à apprécier. Si l’on devait résumer la musique et l’identité sonore du groupe, on pourrait affirmer sans trop hésiter qu’elles reposent à 80% sur son charismatique frontman : en grande partie sur son chant d’une profondeur assez hallucinante, mais aussi sur son jeu de guitare jamais démonstratif mais toujours inventif, varié et aventureux. Ses collègues instrumentistes ne déméritent pas, l’ensemble est costaud, cohérent, et le son est léché. Clairement le travail de Johannes est impeccable et sert parfaitement les velléités du groupe. On n’en attendait pas moins. Niveau compos aussi, on en a pour son argent, en (re)commençant par « Give the rat a name », un titre efficace, au refrain très accrocheur, même si l’ombre de qui-vous-savez pèse un peu sur son couplet et son intro. Mais gardons patience, on se rapproche de ce qu’on aimerait entendre… Et ça commence avec « Teeth And Tongue », qui affiche crânement son originalité. Le riff lancinant un peu robot-rock de « Butterfly Shelf » interroge un peu, même si, encore une fois, le titre fonctionne bien. Mieux encore, au milieu il part dans des sphères aériennes où l’on aurait franchement aimé rester (léger retour sur la fin, mais passage très prometteur).
Un peu plus loin, comme abordé plus haut, on retrouve « Hanging Low » un titre typique du QOTSA « early 2000’s » beuglé par Nick Oliveri : riff sec et répétitif, rythmique punky. Ca fonctionne bien, même si clairement Loading Data s’accapare la deuxième moitié de ce titre bicéphale, après avoir évacué Oliveri manu militari après 2min30. A plusieurs reprises le fantôme festif, voire circassien d’un Mr Bungle m’est apparu à l’écoute de ce disque. « Round and Round » en est l’illustration, avec ce lick de guitare enjoué mais doux-amer typique du groupe californien du siècle dernier, mais aussi plus loin « I’m not gonna take it » ou encore le bonus track « Palinka ». Ca ajoute une touche enjouée au disque, et une énième facette à explorer… Passage robot rock encore, avec le répétitif « Gift », qui tourne bien en tête. Quand arrive « Alright » et son riff vicieux et hargneux, on commence à ré-apprécier la dimension de ce disque, qui propose son lot de très bons morceaux. Un peu plus loin, « Armageddon » s’inscrit lui aussi dans la dynamique très « rollercoaster » du disque : après un couplet lancinant (encore) très QOTSA-ien, le groupe propose un refrain et un solo franchement bons. On retrouve le Loading Data un peu plus fun avec « Midnight Situation », un morceau de groove rock super catchy. Pièce maîtresse de l’album, « On my heart » fait tourner sur presque 10 minutes (!) son riff entêtant et ses vocaux d’outre-tombe dans une lente frénésie (!!) complètement enivrante. La répétition ad lib complètement insolente de son refrain sur les deux derniers tiers de la chanson (!!!) génèrent un effet proche de l’hypnotisme, porté par des saillies de guitare opiacées… Amour !
Sur ce langoureux coup d’éclat se termine un album copieux, roboratif (14 titres + 1 bonus, quand même, on en a pour son argent), qui, on s’en serait douté, ne plaira peut-être pas à tout le monde. Paradoxal, finalement, tant Loading Data se fend de titres variés, riches, susceptibles de plaire au plus grand nombre. Mais ne dit-on pas en même temps que qui trop embrasse mal étreint ? Proverbe pourri mis à part, j’ai aimé cet album. Dès la seconde écoute, je pouvais reprendre un tiers des refrains, signe d’une efficacité de composition remarquable. Je conçois toutefois que d’aucuns pourraient être déstabilisés par l’aspect « bordel organisé » de la chose et ce malgré l’efficacité d’une grosse moitié des titres. Pour peu que l’on s’intéresse de plus près au groove puissant délivré par Lo et sa bande, on appréciera le pas remarquable effectué par le groupe. A titre personnel j’aimerais qu’ils se débarrassent de cet embarrassante influence QOTSA encore un peu présente ici ou là, pour complètement affirmer leur évident talent de composition. S’ils pouvaient ne pas trop tarder cette fois pour rentrer à nouveau en studio et confirmer ce potentiel, j’en serai ravi.
Si ce « Angel Lust » devait nous prouver une seule chose, c’est que Mudweiser n’était finalement pas le groupe d’un seul album, le side-project de qui-vous-savez. Plusieurs tournées dans l’hexagone et ce nouvel album nous prouvent le contraire. Au-delà, ce disque est par ailleurs la preuve que Mudweiser est quand même un groupe qui mérite qu’on s’intéresse à son cas, à plus d’un titre. Les sudistes ont donc choisi de nous revenir, encore une fois avec un titre d’album fun et décalé. Sont pas là pour se prendre la tête, et ça tombe bien : nous non plus.
On entame donc l’écoute par le particulièrement pesant « Bloody Hands », qui reprend là où « Holy Shit » nous avait laissé : en terrain très boueux. Le riff complètement Down-ien qui introduit « Rumble love » nous rappelle les tendances sludge metal du groupe. Le titre évolue d’ailleurs vers un passage mélodique psyche pas mal gaulé sur la fin, bien joué. Une bonne transition vers « Dead Point » qui rappelle qu’au-delà du sludge « moyen », la vraie principale influence du groupe semble plutôt être Black Sabbath. Autre pièce de bravoure de l’album, « Swimming on the bottom », avec ses 7min30 épiques d’un mid tempo poisseux à souhait, qui se termine en volutes d’harmonica bien senties… Le pur blue grass « Black Bird » fait un peu trop cliché pour être honnête (et pris au sérieux), on attend donc de retrouver nos furieux à l’œuvre sur « Chuck a luck » pour reprendre une rasade de gros stoner metal. Nouvelle baisse de tension avec la power balad « Foreplay », un peu clichée… Heureusement « Witch song », l’un des titres les plus catchy de l’album, déboule pour faire oublier ce petit moment de mou. Parfait vecteur pour permettre à Ole de générer quelques riffs bien sentis et à Jay pour faire ronfler sa basse bien saturée et groovy, , le titre fonctionne bien. On regrettera occasionnellement (notamment sur ce titre) l’accent anglais perfectible de Reuno, rien de grave… Encore 7 minutes de balade avec « Burning Tree », un titre bien poisseux, un peu lent toutefois. Heureusement « Black Road » vient bien clôturer la galette sur une dernière compo pas piquée des vers. Quand ils reprennent en conclusion le « Night In White Satin » de Procol Harum, on sourit gentiment à l’écoute de cette bluette psyche comme violée par un gang de bikers… Un peu cliché au final, mais quand même sympa, ne boudons pas notre plaisir.
Plus fort, plus ambitieux, globalement meilleur que « Holy Shit », ce « Angel Lust » ne pète pas pour autant plus haut que son cul. Il délivre un beau rendement de gros riffs pâteux, dans un esprit fun et sans prise de tête. Le quatuor n’a pas prévu de réinventer le genre, ils ont surtout choisi de se faire plaisir, de faire plaisir et public, et de graver sur vinyle quelques compos qui leur permettront de reprendre la route au plus tôt pour distribuer quelques baffes scéniques de bon aloi. Mudweiser s’acquitte de ces engagements avec honneur, et parvient même à délivrer des compos de qualité honorable dans l’exercice, on n’en attendait pas tant. Une plutôt bonne surprise !
T’es Chewbacca (bah oui, sinon comment t’expliques cette magnifique cartouchière qui orne ton poitrail ?) et Han vient de t’ordonner que mettre les gaz ! Voilà grosso modo l’impression qu’on peut ressentir dès le décollage de ce 7ième album de Farflung, groupe US dont le relatif anonymat est complétement inexplicable quand on sait combien d’entre nous se sont retrouvés orphelins quand Monster Magnet a décidé de délaisser le space rock de “Dopes to Infinity” pour tenter de remplir les stades.
A l’image de “Endless Drifting Wreck”, entre accélérations spatiales et passages en apesanteur, pour peu que vous ayez déjà vu un Star Wars une fois dans votre vie, vous vous souviendrez surement de cette scène où Han Solo décide de mettre les gaz du Falcon Millenium pour échapper à ses poursuivants. Les étoiles se transforment en quelques secondes en grands traits de lumière et on comprend qu’on prend des G. En matière d’effets sp(é)aciaux, Farflung s’y connait mieux que quiconque, jetez une oreille au très Hawkwind-ien “Ix”, rampant comme un reptile jusqu’à fondre le riff de “I Wanna Be Your Dog” sous un déluge de poussière d’étoiles. Comment ne pas s’imaginer en plein combat aux commandes d’un X-wing sur l’énorme “R-Complex” ?
Entre les montées d’acides à la Monkey 3 et une gouaille qui n’est pas sans rappeler un certain Dave Windorf, Farflung peut s’appuyer sur une rythmique hydraulique qui insuffle un groove imparable à ses décollages guitaristiques. De l’épique “Invincible” au martial “Like it has never been” ou “Stella Volo” (genre “Ego the Living Planet” de qui vous savez), les californiens maîtrisent leur sujet sur le bout des doigts.
En ces heures où le toujours plus lent, toujours plus lourd semble avoir la cote dans le petit monde du stoner, voilà le genre d’album à se procurer d’urgence histoire de prendre un peu d’altitude.
Ici on adore 7 Weeks. Après un album « parenthèse » assez particulier (« 7 Weeks plays Dead Of Night »), il était temps, après 4 ans d’attente, de proposer un digne successeur à l’excellent « All Channels Off ». Dans l’intervalle, les limougeauds ne se sont pas roulé les pouces : ils ont joué sur pas mal de scènes françaises et européennes, ont perdu leur second guitariste (mais ont gagné un claviériste), et ont signé un contrat sur le label qui a le vent en poupe, Klonosphere. On est donc bien chaud, en enfournant fébrilement le CD, pour se prendre une grosse claque, et pourquoi pas réévaluer le très mouvant « top 10 des meilleurs groupes de stoner français ».
Alors, cette claque ? Ben ouais. Pas de doute, on prend bien une grosse claque à l’écoute de l’album. Clairement, le niveau est monté. Le son d’abord, est énorme, une prod splendide, « à l’américaine », un bijou en soi. Niveau chansons, 10 morceaux bien foutus, jamais répétitifs, variés… Du gros metal avec « Bones & flowers », du presque-thrash avec « Acid rain », des titres à mi-chemin entre grunge et neo-metal, des titres percutants, dynamiques… Musicalement, les gars se la donnent : jamais on ne croirait que Florian est seul derrière cette armée de guitares, la basse de Julien est ronde et bien saturée, et Jérémy frappe ses fûts comme une mule (et sait jouer avec plus de subtilité lorsque nécessaire). Je suis plus réservé sur l’apport réel d’un clavier « full time » (exemples sur « Ghosts on the seaside road » ou « Diary – Day 7 », ses nappes de clavier donnent une tonalité old school un peu anachronique…). Bref, ça joue bien, très bien même, c’est porté par un son énorme, et si ce n’était cet accent anglais perfectible (sur des lignes vocales mixées bien trop en avant), on croirait avoir dans les mains une galette de pur metal américain, à mi-chemin entre grunge « modernisé », thrash et neo-metal rageur.
Et c’est bien là que le bât blesse. Car on aurait aimé dire que 7 Weeks reprenait un rôle majeur dans la scène stoner française… C’est en fait tout le contraire : même si le quatuor n’a jamais fait partie des groupes stoner purs et durs (on entendait dans sa musique des influences diffuses mais massives), il s’est aujourd’hui complètement affranchi du genre. Je défie d’ailleurs quiconque d’identifier un vrai passage relevant de près ou de loin du genre que nous affectionnons tous ici bas. On a en quelque sorte perdu un groupe pour « la cause », donc, mais on a gagné un grand groupe de hard rock français dans l’opération…
En résumé donc, « Carnivora » est un bon disque de metal, mais aussi en quelque sorte un acte de divorce « involontaire »avec le stoner : le groupe trace sa route avec assurance et dynamisme, et ne regarde pas dans le rétroviseur. C’est louable en soi, et il serait égoïste d’attendre autre chose ! Bonne route à eux.
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